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 De la croyance de l’école sur l’échec scolaire...Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
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Vic Taurugaux




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MessageSujet: De la croyance de l’école sur l’échec scolaire...   Mer 9 Avr - 18:15

L’institution scolaire fabrique ses propres analyses sur l’échec scolaire et les réformes permettant de l’endiguer. Vue du dehors, la difficulté d’apprendre de certains enfants ne se résume pas à un problème pédagogique…

J’ai reçu Jean-Baptiste 6 ans, CP, car il n’apprend pas à lire. C’est pourtant un garçon débrouillard, intelligent. Sa maîtresse se demande s’il ne le fait pas exprès pour lui tenir tête, mais elle conseille tout de même à sa mère de venir nous consulter, nous les psys.
Sa maman voudrait comprendre, que son fils dise ce qu’il a sur le cœur à nous les spécialistes. Elle a bien une vague idée : Jean-Baptiste serait trop triste de la mort de son Grand-Père maternel survenu il y a trois mois. Il la regarde dire cela, leurs yeux se croisent et la maman éclate en sanglots. Il n’y a pas que lui de triste. Il se lève et va consoler sa mère : Pleure pas Maman ! Pleure pas !
Je dis : Et Papa et ton petit frère, sont tristes aussi ?
Jean-Baptiste répond : « C’est surtout Mamie ! »
La maman explique : Elle habite désormais seule à 150 Kms d’ici au bord de la mer. Elle a acheté un chien aux garçons : un labrador ! Mais nous, nous habitons un appartement : avec notre commerce, les deux garçons et le bébé à venir, un chien, ça fait trop ! Alors Mamie le garde et le dresse, et tous les week-ends nous essaierons d’aller la voir, pour que le chien s’habitue à ses petits maîtres !
Puis Jean-Baptiste nous parle d’un garçon qui a fait une chute à l’école. Il saignait beaucoup, plusieurs copains riaient et se moquaient et Jean-Baptiste ne savait comment l’aider en attendant les pompiers. Il dessine l’endroit de la cour pour mieux nous expliquer comment cela est arrivé. C’était en jouant à la momie …
Le papa n’a pu venir, bien qu’il le souhaitait mais au dernier moment, il a du partir aider sa propre mère.
Les parents de Jean-Baptiste tiennent un commerce de glaces. Madame s’anime en me racontant leur passion. Leur boutique en plein secteur touristique est aussi à deux pas de l’école. Tous les soirs, tous les copains de Jean-Baptiste viennent acheter des glaces : on leur fait un prix. Ainsi, grâce à ses parents Jean-Baptiste jouit d’une grande renommée : tout le monde veut être son copain. Il règne ainsi, mais aussi grâce à sa grande taille sur une bande qui ne se désolidarise pas depuis la petite section de maternelle. Ainsi, si ce n’était ce problème d’écriture et de lecture, Jean-Baptiste serait le roi de l’école.
Je propose pour chercher à comprendre ce mystère qu’il fait qu’il ne peut apprendre ce que sa maîtresse lui enseigne de continuer mon enquête en voyant lors d’un prochain rendez-vous ses deux parents mais que ne sachant pas si je peux résoudre rapidement son « problème psychologique » je l’invite à rester la prochaine fois en classe, ses parents ne pouvant venir que sur temps scolaire.

Deuxième rencontre : les deux parents.
Quand je dis les deux parents, c’est surtout le père qui va prendre toute la place dans ce deuxième entretien. Physiquement. Et il s’en excuse. Il est immense : au moins deux mètres pour plus de 150 kilos. Son débit verbal fait le reste. Il me faut beaucoup d’efforts pour pouvoir en placer une tant il a de choses à dire. Il vient pour la première fois chez les psys. Mais, à l’intérieur de lui, tout est si bouillonnant qu’il ne sait si nous pourrons faire quelque chose ! Je lui dis que nous sommes là pour son fils et lui demande si sa femme ou son garçon lui ont raconté notre dernière entrevue. Je parle du décès du grand-père, des pleurs de Madame de la sensibilité de Jean-Baptiste aux malheurs des autres . Monsieur, c’est tout cela ! Si son fils est si sensible, c’est qu’il est comme lui ! Lui, toute sa vie il a du se défendre pour cacher cette fragilité interne. C’est pour ça qu’il est si gros et si impressionnant. Madame plaide timidement pour Jean-Baptiste : la maîtresse est trop sévère. L’année dernière, c’était très bien, il était avec Dominique qui est devenue une amie de la famille.
Mais, Monsieur balaie ses arguments d’un revers de main : il faut à son fils des professeurs sévères comme il en a fallu pour lui. Il est d’une famille de forains. Le commerce de glaces, sa femme qui n’est pas du milieu, la famille qu’il crée avec elle, tout cela, c’est pour se sortir de ce milieu de la foire si terrible. Les forains ne se font pas de cadeau entre eux. C’est toujours la guerre pour les emplacements et les meilleurs manèges. Heureusement, sa mère a compris son fils qui dès dix ans c’était promis de se sortir de là. Alors, à sa demande, sa mère l’a mis pour le collège au pensionnat de la ville. Chez les curés. C’est cela qui l’a sauvé. Seulement, à dix sept ans, alors qu’il allait avoir un bon métier à Toulouse grâce à ses études et au Stade Toulousain qui l’avait vu jouer au Rugby, il a du revenir aider sa mère, se battre contre des adultes qui voulait lui interdire son commerce.
La fête foraine, c’est donner du bonheur aux gens, aux enfants de tout âge. Marchands de glace, c’est la même chose mais en plus noble. Et cela permet surtout de préserver ses propres enfants de la foire. Ce Week-end, c’était Carnaval avec son immense fête foraine. Jean-Baptiste est venu aider sa mamie. Elle tient le stand de la pêche aux canards. Depuis trente-cinq ans. Seulement, c’est un manège un peu spécial. Tous les enfants qui jouent à la pêche aux canards gagnent un lot. Donc, ce manège ne rapporte rien sinon le bonheur d’offrir à tous les bambins un moment de rêve et Monsieur a repris une attraction qui marche avec des pièces et ne lui demande donc pas de main d’œuvre. Des systèmes compliqués de grues cherchent à attraper des lots dans une vitrine plus on introduit de pièces dans la fente. Bien sûr, pour la mamie, cette attraction est un métier de voleurs. Monsieur s’en défend car il doit bien faire un petit bénéfice pour subvenir au besoin de cette maman si généreuse et que de plus, parfois, le client gagne. Donc, ce dimanche, Jean–Baptiste a rencontré Ralph un garçon de deux ans plus vieux que lui qui aide aussi ses parents aux manèges mais qui ne va jamais à l’école. Il s’est montré très envieux de la situation de Jean-Baptiste, preuve que son père a fait le bon choix.
Mais, Monsieur ne fait plus partie du monde de la foire. On le lui fait bien sentir. Sa femme en le suivant, c’est également couper de sa famille, de son père qui vient de mourir et qui n’avait jamais accepté cette union et donc ses petits enfants. Que de sacrifices ! Je demande à Monsieur si tout ce qu’il raconte sur son propre parcours, Jean-Baptiste le sait. Mais, il m’avoue que non. Que toutes les décisions importantes de sa vie, il a du les prendre seul, son père étant mort quand il avait trois ans. Et maintenant, il n’a plus qu’une peur : et s’il se trompait pour ses enfants car à l’école, il sait que Jean-Baptiste souffre de quolibets à cause de lui : il est le fils du gros !
Je propose alors une prochaine séance avec les enfants car je sais en tant que grand spécialiste qu’à cet âge tous les enfants ont confiance dans leurs parents et qu’il pourra dire à Jean-Baptiste ce qu’il attend vraiment de lui.

Monsieur hésite, regarde sa femme qui ne dit mot et conclue le pacte thérapeutique : on va le faire et si ça marche, je vous apporte des glaces !
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almalo




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MessageSujet: Re: De la croyance de l’école sur l’échec scolaire...   Mer 9 Avr - 19:06

C'est un récit très émouvant...ce grand costaud est si touchant !
je crois très fort en la psychologie pour venir en aide aux soucis d'apprentissage...Moi-même j'ai fait appel à la psy de l'école, mais depuis deux mois je n'ai aucun rendez-vous et depuis mon fils va mieux...C'est sans doute que ce n'était pas un cas urgent, tant mieux pour lui.
Il y a tant de non-dits, tant de souffrance dans toutes les familles...
Tu nous tiens au courant de la suite, hein...
Ou peut-être es-tu tenu par le secret pro...
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Romane
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MessageSujet: Re: De la croyance de l’école sur l’échec scolaire...   Mer 9 Avr - 20:12

Moi, ce qui m'épate, c'est les chemins détournés que prennent les vraies raisons qui ont suscité un comportement, et la manière dont vous, les psy, vous dénouez ces noeuds, un peu comme quand on traduit une métaphore en littérature pour trouver le vrai sens de ce qu'on lit.

Je dirais que c'est un art, et je vous tire mon chapeau, les psy.
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Vic Taurugaux




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MessageSujet: Re: De la croyance de l’école sur l’échec scolaire...   Jeu 10 Avr - 9:04

Ici, on n'a pas grand mérite. Il suffit d'écouter les gens parler. A la différence de l'école notre souci premier n'est pas que ce garçon apprenne à lire à tout prix maintenant. Alors nous pouvons mieux entendre "rebondir" l'inquiétude première de la maîtresse sur les souffrances qui jalonnent l'histoire de cet enfant et de ses parents.
Nous, ici sur ce forum, on sait que l'écriture, quand on la maîtrise, permet d'exprimer sa propre richesse et ses propres sentiments. Mais, dans ce cas présenté plus haut, ces gens ont tant à dire directement. Je crois que cette forte pression des sentiments, des affects empêchent le détour par l'apprentissage d'une autre façon de communiquer plus médiatisée.

Ainsi, l'écriture représente, évoque par des signes cabalistiques sur une feuille de papier une chose que je ne maîtrise pas. Quand j'écris le mot glace, ou que je le lis, je n'ai pas réellement de glace. Je peux écrire ou lire: "je déguste une excellente glace à la pistache". Je n'éprouvais alors du plaisir à celà quand sachant bien que cette représentation de ce plaisir n'équivaut pas au fait de réellement manger la glace. Je ne peux donc éprouver les joies de la lecture et de l'écriture que si j'accepte d'abord le manque de l'objet évoqué. Quand on est à l'école, on n'est pas à la fête foraine. Mais à l'école, on peut apprendre à évoquer la fête foraine.

Ainsi du décès du grand-père maternel qui réellement n'est plus là. Celà provoque beaucoup de larmes chez sa fille. Elle ne peut en dire plus à son fils sinon que toute cette tristesse l'empêcherait d'apprende à écrire. Mais parler du papi est très difficile car il était celui qui n'était pas d'accord avec l'union parentale et donc la naissance de Jean-Baptiste. Dans les pleurs de Madame, il y a également cette non-reconnaissance paternelle de son choix de femme. Tout cela ne pourra plus jamais être parlé entre père et fille. Pour l'instant, rien ne peut encore en être dit de cela à la grand-mère. Ce qui remplace cette parole, les mots qui représenteraient les souffrances et les blessures de chacun, c'est un chien. A la place d'un grand-père mort qui ne parlait plus à sa fille, la grand-mère offre à ses petits-fils un chien. Un chien, ca ne parle pas non plus, ca peut mordre si on ne sait pas le dresser, mais, c'est réputé plus affectueux et plus vivant. Je le perçois comme une tentative de communication entre mère et fille.
Un chien représente l'espoir de l'affection familiale qui pourrait renaître autout du tombeau du père. C'est un espoir immense car du côté du père, la mort accidentel du grand- père paternel à entraîner dans la famille foraine des haines, des conflits dévastateurs.

P.S. Pour Almalo. Le petit garçon ne s'appelle pas Jean-Baptiste. C'est moi qui lui donne ce prénom ici. Pour préserver son anonymat et parce que c'est un prénom de prophète... Maintenant, je ne sais pas si je pourrais vous raconter la suite. Peut-être que cette famille ne reviendra pas. Ces deux entretiens peuvent leur paraître suffisants. Ils y auront vécu le fait qu'on peut dire les choses douloureuses et qu'ils peuvent désormais se passer de nous. Dans ce cas, je n'aurais pas de glace et je vous renverrai, pour continuer à penser à Jean-Baptiste, à votre propre imagination ...
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Romane
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MessageSujet: Re: De la croyance de l’école sur l’échec scolaire...   Jeu 10 Avr - 9:20

Il n'empêche que la maîtresse aura aidé cet enfant, en demandant à la maman de l'amener chez un psy. C'est donc que les enseignants savent déceler les vides qui font qu'on ne peut pas comprendre d'emblée la raison pour laquelle un enfant ne se comporte pas comme "il conviendrait" dans le cadre de la scolarité et sûrement dans le comportement général de l'enfant (cour de l'école par exemple).

J'aime beaucoup l'exemple du chien, qui fait le lien-communication (en silence). Extraordinaires détours, en somme.

Moi, j'aurais une question : qu'est-ce qui fait que s'exprimer en brut (sans fards, le plus simplement du monde) est si difficile, pour la plupart des gens ?

Et puis pendant que j'y suis : comment se fait-il que quand on parle sans détour, l'autre en face ne reçoit pas le message ? N'est-ce pas s'évertuer en vain ?
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Vic Taurugaux




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MessageSujet: Re: De la croyance de l’école sur l’échec scolaire...   Jeu 10 Avr - 12:57

Romane a écrit:


J'aime beaucoup l'exemple du chien, qui fait le lien-communication (en silence). Extraordinaires détours, en somme.

Moi, j'aurais une question : qu'est-ce qui fait que s'exprimer en brut (sans fards, le plus simplement du monde) est si difficile, pour la plupart des gens ?

Et puis pendant que j'y suis : comment se fait-il que quand on parle sans détour, l'autre en face ne reçoit pas le message ? N'est-ce pas s'évertuer en vain ?


Comment une jeune fille peut présenter la chose à son père?
-Tu sais Papa, j'ai un amoureux, il est très gentil!
-Que font ses parents?
-Il n'a plus que sa maman! Elle aussi est très gentille.
- C'est quoi son métier?
-Elle fait la pêche aux canards ...
- ????
- Tu sais la fête aux canards à la fête foraine ...
-Quoi? Mais c'est des gitans!
Fin de la discussion!
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Diego Ortiz




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MessageSujet: Re: De la croyance de l’école sur l’échec scolaire...   Jeu 10 Avr - 16:12

Bonjour vous, ici.

Arrivé lundi, je profite d'une petite pause imprévue pour voguer au gré des eaux et des canaux, parfois les bayous, et me voici à faire une pause pour souffler, bienvenue, en compagnie de Vic de la Nef des Fous de LU dont je suis "l'autre", le nouveau psy qui embarque [je me suis présenté en tant que tel lundi, alors ici pas trop de redites, Ortiz Diego - bon, d'accord, chef].

Citation:
Un petit brin d'anamnèse personnelle et professionnelle à l'intention de mon collègue et bien entendu de tous ceux que cela pourra éventuellement intéresser, et surtout afin de clarifier si faire se peut les positions que je prendrai forcément à chaque fois que des discussions auront trait à des questions "psy".

Si cela ne vous gêne pas, je préfère poser des repères ici que dans les flonflons de ma présentation en tant que Diego Ortiz. Comme ça, ce sera fait, et j'aurai aussi davantage de chances de ne pas avoir à passer trop longtemps à dialoguer sur le fait d' "être psy" - une identité bien plus simple à cerner par ceux qui ne le sont pas que par ceux qui le sont, en tant que spectre flottant partout dans notre culture. Philippe Pinel l'avait déjà annoncé pour les fous, qu'il fallait les libérer de leurs chaînes, mais d'une part cela n'a pas marché, et d'autre part, nous autres, les autre-disant et soi-disant psys, nous partageons par définition bien des chaînes avec ceux que l'on désigne comme "nos" fous. Dont acte.

Je ne voulais en aucun cas devenir psy, mais vétérinaire. Ensuite littéraire. Et à dix-huit ans, effrayé par mon propre désir de littéraire, médecin au lieu d'auteur tourmenté, tropicaliste au lieu d'interniste, humanitaire plutôt que trop spécialiste, épidémiologiste plutôt que clinicien, et enfin, depuis fin 1992, aspirant psychiatre attiré à l'origine surtout par la psychanalyse. Il n'a guère fallu que deux ans pour que je préfère la thérapie familiale d'inspiration systémique à la psychanalyse (c'est ma formation en tant que psychiatre psychothérapeute FMH, la certification suisse). Ayant longtemps travaillé pour MSF et voyagé je me suis trouvé rapidement intéressé par les aspects culturels, et depuis 2000 je travaille exclusivement avec des migrants à Genève, étant responsable d'un centre de soins psychologiques pour une association nommée Appartenances. Voilà qui serait un programme suffisant, mais comme les migrants qui nous sont arrivés par vagues étaient des familles ou individus rescapés des guerres en ex-Yougoslavie, en Somalie, au Congo, dans une moindre mesure au Rwanda, voici que ma pratique a autant à faire avec le traumatisme qu'avec l'ethnopsychiatrie, je veux dire traumatisme tel que massacres, tortures, viols de guerre; et que par un pli supplémentaire dans le tissu qui nous relie au reste du monde, s'est ajouté le durcissement des politiques d'immigration et d'asile, et en Suisse (pour ne pas parler de tout et de la France), un risque de plus en plus net de fascisation dure. Voilà le topo et le curriculum. [Qu'est-ce que tu peux être long toujours, Ortiz... - Mais je le dis ici une fois pour toutes et c'est inscrit dans ce petit coin pour être LU par qui veut... - Fais le zouave si tu veux mais les fais pas trop tartir tout de même... - Ouais].

Actuellement, bien qu'ayant été moyennement lettré et même formé dans le modèle psychanalytique/psychodynamique, et après la systémique de seconde ou troisième mouture des années 1990 ce qui me branche et me chauffe, ce sont les approches narratives et ce qui tourne autour. Bon. Il me semble que je puis commencer à parler plus librement à partir de là.

Merci d'avoir sauté si cela ne vous plaisait pas, j'ai tout mis en citation exprès pour cela.


Oui, Vic, à l'heure où les politiques aimeraient pouvoir ficher les bambins dont de faux scientifiques prétendent qu'ils ont des facteurs de risque tout en laissant traduire qu'un jour ils incendieront des voitures, à l'heure où les nouvelles les plus intéressantes pour trop de gens qui se croient experts sont du genre de celle que j'ai lue hier : "Il y a deux dyslexies au moins : l'IRM fonctionnelle démontre que les zones dysfonctionnelles sont différentes dans les cerveaux des petits Chinois dyslexiques que dans ceux des petits Américains", à l'heure enfin où l'orientation professionnelle devrait être déterminée par amniocentèse voire redirigée par thérapie génique, je trouve bien, vraiment, de trouver sur un site tel que celui-ci un récit de début de thérapie qui permette à qui en prend la peine de réfléchir activement à la multitude de facteurs qui entrent en ligne de compte, et illustrent le travail activement créatif, et non normatif, et non issu d'une mission de contrôle social, d'un thérapeute.

Je m'arrête ici pour l'instant car il s'agit d'un forum interactif... et non d'un plénum du Comité Central du Kremlin... mais me réjouis des dialogues, ou des récits complémentaires et mutuellement fructueux, dont j'espère que nous prendrons l'initiative ici...

Alors à bientôt si vous le voulez bien...
D.O.
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Vic Taurugaux




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MessageSujet: Re: De la croyance de l’école sur l’échec scolaire...   Jeu 10 Avr - 18:46

L'intérêt du courant systémique, j'en suis, est qu'il apprend que l'on peut penser à plusieurs sur une situation sans s'enfermer dans des chapelles de spécialistes. Ainsi, si je présente ici la situation de Jean-Baptiste, c'est qu'elle peut faire penser et réagir tout le monde. Son problème de ne pas réussir à apprendre à lire et écrire au bout de six mois d'école n'est en soi pas dramatique et sans doute bien des élèves dans son cas ne vont pas consulter.
Face à une telle famille qui souffre, qu'est-ce qu'un thérapeute. Bien sur, d'abord quelqu'un qui les écoute mais aussi quelqu'un qui cherche à réfléchir avec eux sans avoir à priori un savoir supérieur. Vos avis sont donc les bienvenues, dans notre jargon, on appelle clà des tiers-pensants.... C'est bien pompeux!
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MessageSujet: Re: De la croyance de l’école sur l’échec scolaire...   Jeu 10 Avr - 20:00

Sur la pointe des pieds, je viens te dire, Diego, que tu peux user et abuser et t'exprimer librement et aussi longuement que tu le souhaite.
Nous sommes, nous, néophytes en la matière, des lecteurs assidus de ce genre d'informations qui nous sont délivrées et qui nous aident à prendre un certain recul, à nous frayer un chemin dans nos propres labyrinthes. C'est précieux.

Ton exemple de la mini présentation, Vic, met en valeur immédiate (dans mon esprit, du moins) les cloisonnements dans lesquels nous nous confinons et les notions de mal et de bien (qui nous enferrent tant). Je suis en train de penser que le système religieux notamment est très réducteur, malgré les paroles de générosité et de partage, car nous sommes bel et bien baignés dans le catholicisme et pour autant aussi rétrécis du caberlot que cette conséquence "fin de discussion".

Que risquerions nous, si nous transgressions les a priori de races, conditions sociales, convictions politiques, religieuses, repères d'âges, homosexualité, j'en passe et des meilleures ?
Est-ce que ce serait "immoral" ?
Pourquoi ?

Que se passerait-il si nous osions ?
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MessageSujet: Re: De la croyance de l’école sur l’échec scolaire...   Jeu 10 Avr - 20:29

Vic, j'aime beaucoup ta vision des psys et j'y adhère totalement. Lorsque j'ai suivi ma thérapie, je ne soupçonnais pas où elle allait me mener, et je tire un grand coup de chapeau à mon thérapeute. Lorsque ma maman, infirmière, s'est lancée dans une formation de thérapeute en analyse transactionnelle, elle a suivi elle-même une thérapie et ne soupçonnait pas non plus ce qui allait en découler. Et au bout d'un moment, elle est revenue à son métier d'infirmière, ne pouvant pas vivre au quotidien la souffrance des autres en plus de la sienne. Son métier d'infirmière est, quelquefois aussi, un peu psy sur les bords...
Mais c'est avant tout ça un "bon" psy : être à l'écoute comme un membre de l'entourage ne pourrait pas l'être parce qu'il a son poids de partage dans les souffrances de l'autre, réfléchir avec le patient pour l'amener à ses propres conclusions...Une fois, je suis sortie de ma séance en insultant presque mon psy et en me disant que dans la mesure où je le payais il ne devait pas me dire de telles choses...Plus tard j'ai compris que ce qu'il me disait, je ne voulais simplement pas l'entendre. Or une thérapie n'est pas un lieu où on vous dit ce que vous avez envie d'entendre. Parce que ça, ça ne fait pas avancer.

Dans le cas que tu présentes, ce qui est beau c'est de voir le papa exprimer ses souffrances à lui, sans préjugés, sans se dire "c'est pas pour moi qu'on vient c'est pour mon fils"...
Lorsque j'ai fait appel à la psy de l'école pour mon fils et que mon mari est parti dans une colère folle, je lui ai glissé que notre enfant n'était pas seul dans sa souffrance et qu'on y était aussi...Mais ça, quand on ne veut pas l'entendre...

Et je suis d'accord avec toi, même si cette famille ne revient pas, ils en auront fait du chemin grâce à toi...

Moi, en tout cas, je continue à revenir ici.AngeR bisou


Romane, il y a encore beaucoup de boulot avant que tous, nous sachions "oser"...Le tout est de faire chacun notre chemin, à petits pas, sans rater les marches...Ange
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MessageSujet: Re: De la croyance de l’école sur l’échec scolaire...   Jeu 10 Avr - 20:41

Je me demande simplement si c'est possible, lavés du cerveau que nous sommes dans une succession de sociétés castratrices de notre être profond.

"quand on ne veut pas l'entendre"...
J'ajoute "quand on ne peut pas l'entendre"
Tout est dit, n'est-ce pas... chinois
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alejandro
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MessageSujet: Re: De la croyance de l’école sur l’échec scolaire...   Jeu 10 Avr - 23:13

Vic Taurugaux a écrit:
L’institution scolaire fabrique ses propres analyses sur l’échec scolaire et les réformes permettant de l’endiguer. Vue du dehors, la difficulté d’apprendre de certains enfants ne se résume pas à un problème pédagogique…


J’ai lu avec beaucoup d’intérêt ce fil ; je note aussi, comme Romane, que l’institutrice a fait le bon choix en redirigeant les parents, et du coup, je n’ai pas bien compris en quoi l’institution scolaire serait à blâmer.

Romane a écrit:
Je me demande simplement si c'est possible, lavés du cerveau que nous sommes dans une succession de sociétés castratrices de notre être profond.


C’est marrant, parce que j’ai le sentiment inverse, moi.
Autrefois – il n’y a pas si longtemps – la société ne nous demandait pas notre avis sur quoi que ce soit ; elle dictait nos alliances matrimoniales, nos métiers, notre richesse ou misère sans que nous n’y puissions grande chose.

Notre société nous laisse en grande partie choisir avec qui on veut vivre, nous permet jusqu’à un certain point de choisir le métier que nous voulons exercer et nous donne une chance – même si tout le monde n’a pas la même – d’améliorer nos conditions matérielles. Bien sûr, nous ne sommes pas aussi libres de nos choix que nous le voudrions mais, en même temps, le choix auquel nous avons affaire peut en lui-même être assez angoissant parce que nous pouvons faire le mauvais choix. Par exemple, autrefois nous ne risquions pas de rater notre mariage, on nous mariait et nous nous débrouillons avec, que ce mariage nous plaise ou pas.

Alors, si nos sociétés actuelles sont castratrices, je me demande bien le qualificatif que celles d’autrefois mériteraient.
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Diego Ortiz




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MessageSujet: Couper ou non les noisettes   Ven 11 Avr - 0:01

Excusez-moi. Pour aujourd'hui je suis déjà en bout de course et demain je vais avoir, tout comme Vic, à me laisser envahir la tête et le coeur par des situations telles qu'il raconte, de les laisser pénétrer en moi telles les armées napoléoniennes jusqu'à incendier Moscou, et ensuite, comme Koutouzof, et contrairement aux ordres, de les balader dans la steppe sans but particulier jusqu'à ce que l'hiver, la pierre de touche de la bataille, fasse son oeuvre. Remarquez qu'il n'y a aucun ironie de ma part quant à la déconfiture des soldats de la Bérézina, car il est plus probable que pas mal de frères de mes ancêtres y soient restés, les mains dans les entrailles de leurs chevaux.

J'aurais pu tomber plus mal, avec Vic, mais les autres membres du forum auraient pu tomber mieux : d'après ce qu'il dit, jusque-là nous sommes totalement d'accord entre nous. Aucune polémique. Pas de débat. Mais ne vous en faites pas, sauf miracle cela va venir : narcissisme des petites différences, comme on dit. Maintenant que j'ai livré un extrait crédible de mon pédigree, je puis vous dire que si nous sommes d'accord avec Vic, c'est bien dommage pour le débat sur LU, car pour un Vic il y a cent contradicteurs en ce qui me concerne. Vous serez frustrés, apparemment, du duel auquel moi-même j'étais en train de me préparer mentalement depuis mon inscription lundi.

Mais non. Nous allons faire autre chose. Dépassant les vieux machins nous allons lancer des feux d'artifice pour les nouveaux, et dans un langage clair et avec des exemples éloquents. Si nous parvenons à le faire, je vous garantis que cela ne sera possible que sur LU à l'exclusion de tout autre lieu.

Les noisettes ne seront pas coupées mais retrouveront leur véritable raison d'être.

Et quoi ? Personnellement j'en ai dans mon jardin et ignore toujours à quoi servent les noisettes dans nature.

Peu n'importe. Plus on est de fous pous on se marre. Et cela vaut aussi pour les psys. Et maintenant nous sommes deux. Toute une bande. Gare à vous...
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Romane
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MessageSujet: Re: De la croyance de l’école sur l’échec scolaire...   Ven 11 Avr - 0:25

Je suis prête. J'adore imaginer :

- soit que vous allez vous entendre sur tous les points, et dans ce cas je me prépare à boire vos interventions complémentaires bras dessus bras dessous, LU deviendra un énorme dossier rempli de trésors.

- soit que vous allez trouver quelques points divergents, et nous allons assister à des joutes assez incroyables, car vous connaissant l'un et l'autre, vous ne perdrez pas la boule (pas d'allusions vaseuses, messieurs dames) et nous en retirerons autant de trésors.

Bref, je suis archi ravie de vous réunir. Et puis comme tu as du le voir, Diego, nous, les artistes, nous nous triturons souvent les méninges sur des pacotilles, mais aussi sur des sujets qui nous taraudent. Deux psys ne seront pas de trop pour nous guider...
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Vic Taurugaux




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MessageSujet: Re: De la croyance de l’école sur l’échec scolaire...   Ven 11 Avr - 8:36

alejandro a écrit:
Vic Taurugaux a écrit:
L’institution scolaire fabrique ses propres analyses sur l’échec scolaire et les réformes permettant de l’endiguer. Vue du dehors, la difficulté d’apprendre de certains enfants ne se résume pas à un problème pédagogique…


J’ai lu avec beaucoup d’intérêt ce fil ; je note aussi, comme Romane, que l’institutrice a fait le bon choix en redirigeant les parents, et du coup, je n’ai pas bien compris en quoi l’institution scolaire serait à blâmer.



Je ne blâme pas l'école. Je dis qu'elle a sa propre grille de lecture de l'échec scolaire. Or, qu'un élève soit en difficulté peut recouvrir des significations autres que ce qui se passe en classe mais comme nous travaillons sous le sceau du secret, j'ai le sentiment que notre travail a souvent tendance à être oublié par l'école. C'est peut-être ce qui explique mon titre provocateur. Mais effectivement, dans ce cas précis, il n'y a rien à lui reprocher et j'espère que l'institutrice de Jean-Baptiste continue à user de tout son art de pédagogue pour que les choses s'arrangent. Venir nous consulter pour cette famille n'a pas du être simple car notre appelation psy renvoie aussitôt à Monsieur sa "folie" intérieure. J'imagine donc le talent diplomatique de cette enseignante pour que la chose se fasse.
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L'aurore s'allume,
L'ombre épaisse fuit;
Le rêve et la brume
Vont où va la nuit.
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