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 De la croyance de l’école sur l’échec scolaire...Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
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Vic Taurugaux




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MessageSujet: Re: De la croyance de l’école sur l’échec scolaire...   Mar 15 Avr - 15:45

Ils étaient à l’heure aujourd’hui pour notre troisième séance. Jean-Baptiste, son papa et sa maman. Aussi Timothée encore trop petit frère, dans le ventre de sa maman. Phileas, 3 ans est resté à l’école car trop turbulent.

Jean-Baptiste garde le nez dans ces cartes. Des genres de Pokémon auquelles ses parents disent ne rien comprendre. C’est plein d’écritures, de dessins bizarres que j’avoue ne pas déchiffrer non plus.
-Ca doit être fait exprès ! Pour pas que les adultes comprennent ! s’excuse la Maman.
- Il s’en ai ramassé une ! Dit Papa en s’asseyant.
- Une quoi ? Comme si je n’avais pas compris !
- Toujours pour ce qui nous amène ici, pour sa lecture ! Il faut qu’il fasse des efforts sinon avec moi ce sera la guerre !

Je rappelle à Jean-Baptiste qui était absent à la dernière séance que son papa a beaucoup parlé pour se présenter et qu’aujourd’hui, j’aimerais bien connaître leur famille. Non pas, Jean-baptiste, son père, son frère absent ou sa mère, mais la famille G qu’ils composent à eux quatre presque cinq et qui je me doute est unique, différente de toute les autres familles. Leur singularité m’intéresse et le papa très fier de ce qualificatif et qu’il l’explique à son fils :
-Nous ! On n’est pas pareils !
Je stoppe Monsieur avec qui j’ai appris la dernière fois qu’il ne faut pas trop lui laisser la parole, demande à J-B de ranger ses cartes. Sa mère les entrepose dans son sac à main et Monsieur met son téléphone sur veille.
Je dis :
-Une famille comme la vôtre, on pourrait en parler pendant plusieurs séances que vous auriez encore des choses à me dire sans que je la connaisse vraiment. Aussi, aujourd’hui, pour que vous me la présentiez, je vous propose de faire autrement. J’aimerais que vous m’en construisiez le blason. J’explique à Jean-Baptiste qu’un blason, c’est le dessin que portaient les chevaliers sur leurs boucliers et qui représentait leur châteaux, leurs pays, leur roi.
-Oui ! Un dragon ? Me rétorque ce passionné de dessins animés !
-Vous comprenez aussi les parents ?
Ils acquiescent un peu vexés d’être pris pour des ignares. Je leur explique alors le blason que j’aimerais qu’ils construisent. C’est une figure qui a été créé par une psychologue systémicienne : Yvelyne Rey et qui sert aux familles, aux groupes constitués pour parler ensemble sur ce qui fait leur « mythe ». C’est à dire les valeurs spécifiques qui les ordonnent et les composent.
Le blason est dessiné sur trois feuilles que je distribue à chacun, et aussi en plus grand sur un paper board. Il a la forme d’un écusson comme ceux qui portent les armes d’une ville. Mais, il est divisé en quatre cases et possède un bandeau supérieur.
La consigne est :
- Chacun pour soi sur sa feuille, puis après mise en commun sur le paper Board vous allez construire le blason de votre famille.
- La case en haut à gauche est la case du passé. Là, inscrivez l’événement, le personnage qui a le plus marqué le passé de votre famille et qui fait qu’aujourd’hui elle est telle qu’elle est et non autrement.
- La case en haut à droite est la case de l’emblème. Dessinez-y l’emblème de votre famille. C’est à dire un végétal, un animal ou autre objet qui par ses particularités illustre le mieux votre famille.
- La case en bas à Gauche est la case du présent : Notez là grâce à quoi, à qui, votre famille fonctionne au mieux aujourd’hui.
- La case en bas à droite est la case du futur. Elle est divisée en deux. D’un côté, inscrivez les projets de votre famille, projet qui la concerne toute entière ou qui concerne certains de ses membres. De l’autre côté, inscrivez la mission de votre famille. Votre famille n’est certainement pas sur terre par hasard. Elle y a sans doute une mission à accomplir. Mission qu’elle se donne elle-même ou qu’on lui a donnée.
- Enfin, en haut dans le bandeau, inscrivez la devise de votre famille

Quand, chacun l’aura fait pour lui, on discutera tous ensemble pour savoir comment remplir avec ces données le blason situé sur le Paper Board.

Les parents sont très heureux d’être revenu à l’école.
-C’est noté ? Plaisante Monsieur. Je dis que non, que c’est d’abord pour eux et qu’il pourront rapporter ce travail chez eux et que nous, cela nous sert uniquement à faire connaissance.

Ils sont ravis de ce travail et s’isole chacun dans un bout de la pièce. Je propose mon aide à Jean-Baptiste CP pour écrire à sa place mais, il n’en a à peine besoin, écrit les mots qu’ils maîtrisent et dessinent le reste de ses idées. Ils s’appliquent vraiment chacun dans son coin pendant plus de vingt minutes pour résumer les nombreuses idées qui leur viennent.

Pendant qu’ils travaillent, je vous explique l’intérêt de cette technique.
Le premier intérêt, c’est que déjà, ils travaillent sur eux. Ce n’est plus moi le spécialiste qui a en charge leur problème. Je ne dis plus rien, ne pose plus de questions, ne fait pas de commentaires. Analogiquement passe le message que la solution, ce n’est pas moi qui l’ai.
Ils se centrent sur ceux qui fait qu’ils sont eux et personne d’autres sans avoir à se confronter à des problèmes de jugement du style : est-on oui ou non, une bonne ou une mauvaise famille, des bons parents, un bon enfant, normaux ou cinglés ?
Cette introspection ne les vise pas en tant que personne mais interroge la famille qu’ils veulent créer ensemble tout en permettant que s’expriment les désirs particuliers de famille. Ainsi dans le débat nécessaire pour remplir le blason final, chacun doit dire aux autres sa perception singulière de la famille commune. C’est aller retour entre moi et nous est décharger ici des rôles de chacun, parent-enfant, mari femme etc. Chacun en tant que personne parle de sa place mais sans avoir à tenir son rôle. Seul, le thérapeute est ici le garant de la tenue du débat familial qui impose parfois à domicile beaucoup de diplomatie, de non-dit pour éviter les conflits. Notre mise en scène protège de cela. Ici, on ne parle pas de l’autre, on ne parle pas de soi, on parle de cette chose étrange qui est nous.

Pour ménager le suspens, j’attends demain pour vous livrer leurs copies et le débat de la mise en commun…

D’ores et déjà, vous pouvez réagir à l’exercice…
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almalo




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MessageSujet: Re: De la croyance de l’école sur l’échec scolaire...   Mar 15 Avr - 16:26

Je réagis illico : je suis enthousiasmée par cet exercice, c'est vraiment passionnant...Et on devrait tous le faire, mais à condition d'avoir quelqu'un comme toi pour ensuite débattre du résultat...
Et je réaffirme mon admiration pour le métier que vous faites, Diego et toi. C'est extrêmement complexe et tellement délicat...
Bravo.chinois
le petit Jean-Baptiste a de la chance de t'avoir.
Lorsqu'on prend la décision d'aller voir un psy, on a tellement peur de se retrouver avec quelqu'un avec qui ça ne passe pas...
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LylaTsB




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MessageSujet: Re: De la croyance de l’école sur l’échec scolaire...   Mer 16 Avr - 12:16

vic a écrit:
j'ai le sentiment que notre travail a souvent tendance à être oublié par l'école.

Si tu savais combien d'enfants sont signalés chaque année dans mon école... mais faute de moyens suffisants, seuls les cas les plus importants sont suivis... pour te donner une idées, sur 37 élèves de ce1, 13 ont été signalés en cp (dont 8 déjà repérés en maternelle), il aurait fallu en signaler au moins 20 ; sur ces 13, 5 seulement sont suivis (dont 3 déjà signalés en maternelle, mais un seul suivi depuis la moyenne section, en intégration, qui devra sans doute quitter le système scolaire l'année prochaine, trop caractériel, dangereux pour lui et les autres), et les deux autres aussi en intégration, suivis depuis le cp... et je ne parle pas des primos arrivants, des migrants, ou des handicapés physique (accompagnés d'auxiliaire de vie scolaire) qui s'en sortent plutôt bien malgré tout... et je ne parle pas des enfants "ordinaires" de plus en plus introvertis ou agressifs face à ces "cas", ou de plus en plus déstabilisés par la vie courante...

Vous avez dit instits ? Que devient le travail de l'instit, en apprentissage et accompagnement ? Ils vont chez le psy aussi ! ! !

Almalo, si ça passe pas, change de crêmerie tong
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Vic Taurugaux




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MessageSujet: Re: De la croyance de l’école sur l’échec scolaire...   Mer 16 Avr - 13:48

LylaTsB a écrit:
vic a écrit:
j'ai le sentiment que notre travail a souvent tendance à être oublié par l'école.

Si tu savais combien d'enfants sont signalés chaque année dans mon école... GruyèreOuRoblochonSourire


Effectivement, l'enseignant signale l'élève qui ne suit pas le programme pédagogique. Il a raison. L'école reste souvent le seul lieu d'où la société peut avoir un regard sur les enfants. Mais, ce signalement peut recouvrir des problèmes bien différents. Parfois intriqués. Sociaux, handicaps physiques, maladies, etc. Hier soir, en salle d'attente, une prof de lycée avec son élève de 16 ans. Elle s'excuse. Elle a laissé sa classe en étude. Il n'y a plus d'assistante sociale au bahut. Ma collègue psy ose un entretien avec la jeune. Depuis son retour du service de psychiatrie, sa mère a rapporté à la maison un nouveau beau-père. Celui-ci tourne autour de la grande soeur. Elle même, n'est pas sûre que le verrou de sa chambre soit suffisamment solide. Il nous reste quelques amis nos désabusés dans les services sociaux. Une éduc ira faire un tour à domicile. Histoire de dire au vieux con que lui aussi peut-être signalé. On verra les "fantasmes" de notre cliente plus tard.

Avec Jean-Baptiste et ses parents, ce qui est intéressant pour cette famille désireuse de "s'intégrer", c'est ce que l'école "signifie". L'échec scolaire devenant leur affaire ...
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MessageSujet: Re: De la croyance de l’école sur l’échec scolaire...   Mer 16 Avr - 14:02

Pfiou. Dur dur l'histoire de cette gamine...Embarassed
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LylaTsB




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MessageSujet: Re: De la croyance de l’école sur l’échec scolaire...   Mer 16 Avr - 16:53

A notre décharge, il faut admettre qu'avant tout cela était muselé, cloisonné, sauf cas explosifs qui finalement étaient "placés". Mais pour un cas, combien d'autres ont subi et subissent encore... Dans ma classe de 2sd, il y avait une fille très distante ; elle a explosée le jour où son père, son violeur depuis plus de 6 ans, s'est attaqué à sa petite soeur de 9 ans ; elles ont été placées en foyer, séparées, jusqu'à leur majorité respective.

De nos jours, tout s'étale presque à la Une. Est-ce mieux ?

On a du mal avec ça Vic, tu vois, parce que quelle que soit la modalité d'aide adoptée, les enfants en grosses difficultés subissent toujours, d'une manière ou d'une autre. Leur passivité est terrifiante à nos yeux. Et la passivité des services sociaux encore plus ! Le système se met en branle, le signalement est fait, l'enfant (déjà en exclusion) est désigné du doigt, le dispositif se met en place, et puis..... ça stagne ! On ne peut s'empêcher de penser que, comme pour le reste, le drame est attendu pour constater les dégats...
Désabusés tu dis ? Oui, bien sûr, mais comment ne pas ?
Et pourtant, nous sommes toujours là, dans les établissements scolaires et ailleurs, à préserver le lien vers l'enfant en espérant.

Enl'avenirSourire
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Romane
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MessageSujet: Re: De la croyance de l’école sur l’échec scolaire...   Mer 16 Avr - 19:27

Citation:
on ne parle pas de l’autre, on ne parle pas de soi, on parle de cette chose étrange qui est nous.


Cette phrase est un lien énorme avec l'histoire qui suit, Vic. Le nous inclue les témoins silencieux et le violeur, en plus de l'individu-enfant signalé par l'école.
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Vic Taurugaux




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MessageSujet: Re: De la croyance de l’école sur l’échec scolaire...   Sam 19 Avr - 10:18

Une relecture de ce fil me fait craindre qu’à nouveau s’installent sur un sujet de psychologie des quiproquos entraînant des polémiques insolubles. Les plus anciens penseront au fil sur le pervers narcissique qui a généré de violentes disputes sur ce forum. Je m’aperçois donc qu’évoquer comme je le fais ici la « souffrance » d’un enfant en échec scolaire peut renvoyer à chacun des histoires douloureuses, et que le titre même de ce fil peut engendrer chez nos amis enseignants une certaine incompréhension alors qu’il ne s’agit nullement de ma part ici de méconnaître leur travail mais plutôt de parler du mien.



A leur intention, je resitue mon propos. Ce fil a pour objet de présenter le travail qui peut se faire au sein des consultations médico-psychologiques pour enfants. Dans cet exemple de Jean-Baptiste, j’essaie de démontrer que ce qui fait frein pour cet enfant à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture en classe peut avoir affaire avec une dynamique affective familiale particulière et que notre métier est d’aider à ce que celle-ci évolue vers un mieux-être plutôt que de se cristalliser autour de « l’échec ». Bien sûr, le problème de cet enfant peut être lu de différentes façons et nous ne prétendons à aucune vérité autre que la réalité psychologique qui se joue devant nous à un moment donné. Aussi, quand je parle de croyance de l’école sur l’échec scolaire et des solutions qu’elle met en œuvre pour y remédier, mon propos n’est pas de critiquer ce qui se fait de l’intérieur de l’école car je sais bien qu’il s’y fait beaucoup, avec beaucoup d’efforts et de conscience professionnelle, mais de dire que pour les familles, la chose scolaire prend un sens particulier, qui lui appartient et qui « habille » la scolarité de leurs enfants quoiqu’il se passe réellement dans l’école. Chaque famille a une croyance sur l’école. Une façon de la penser, de s’y confronter. Ainsi, le père de Jean-Baptiste qui a suivi de très loin l’école élémentaire doit tout à la sévérité des curés qui l’ont « coincé » (c’est le terme qu’il emploie) en pension. Il attend donc de la part de l’institutrice de son fils la plus grande sévérité étant entendu que les chiens ne faisant pas des chats, Jean-Baptiste est, dans l’esprit de son père, un futur mariole. Sa mère par contre, n’a pas la même histoire. Elle trouve donc l’institutrice de cette année trop « froide » par rapport à son fils. L’année dernière, l’enseignante était chaleureuse, elle permettait à ce que ses élèves expriment leur sensibilité par le dessin, le chant etc. D’ailleurs, cette instit reste la chef de chœur de la chorale que Jean-Baptiste fréquente, elle est très gentille … On voit ainsi qu’en s’adressant tout à tour à la mère et au père de Jean-Baptiste, on nous décrit deux élèves fort différents. Quand nous nous adressons à lui, nous avons affaire plutôt à un personnage du petit Nicolas de Sempé. Son école, c’est d’abord la cour de récréation.



Comment cette famille, ce garçon vont-ils passer la terrible épreuve du C.P. ? En quoi et comment, ce « signalement » de l’école sur les résultats va –t-il modifier le vécu, les représentations de cette famille sur la chose scolaire, étant entendu que tout ce petit monde n’est qu’au seuil d’une longue aventure : du C.P. au baccalauréat , la route est encore longue !

En leur proposant, de se présenter, de se représenter par un blason, je demande à cette famille de travailler sur sa propre image. Leur angoisse, l’inquiétude qu’ils expriment en venant nous voir est : comment nous pauvre famille peu reconnue par les nôtres, peu reconnue par la société car venant d’un milieu marginal pourront nous avoir des enfants qui réussissent à l’école ? L’échec de Jean-Baptiste vient confirmer un scénario catastrophe qu’on imaginait que trop !


Or, leur confection du blason nous renvoie à tous un autre portrait.

Pour la case du passé Sad l’événement du passé qui marque le plus la famille) sans se concerter les trois inscrivent la même chose.
-J-B me chuchotte à l’oreille pour que je l’aide à écrire sur sa feuille : « quand Papa et Maman ont fait leur premier bisou car c’est comme ça qu’on fait les bébés.
-Monsieur et Madame : leur rencontre. Et Monsieur rajoute : c’était leur destin.
Ils expliquent : Un destin bien incroyable. A l’époque la famille de Monsieur était dans l’Hérault. Il a fallu que des événements « malheureux » les obligent à venir s’installer dans le Sud-Ouest. Là, un copain de Monsieur lui a fait profiter de son Job d’été, tenir un manège sur la côte vendéenne. Imaginez, dis Monsieur, pour moi la Vendée, c’était m’expatrier chez les ch’tis ! (en référence au film) Là, au bord de la plage, à cinquante mètres de son manège, une étudiante serveuse dans une pizzéria. Ils ont sympathisé. Ont continué à correspondre pendant trois ans en tout bien tout honneur, et à la fin des études de la demoiselle, au grand désarroi de ses parents, elle a enfin décidé de convoler avec son gentil forain. Et c’est grâce à cela que Monsieur a enfin franchi le pas pour se « sédentariser ».
On ne pouvait pas faire plus romantique.

Case de l’emblême :
J-B dessine un magnifique lion qui est là pour protéger la famille.
Madame dessine un cornet de glace, métier oblige.
Monsieur lui nous sort sa carte de visite sur lequel est dessiné l’emblême du magasin. Je dis : -Mais c’est l’emblême de votre famille que je vous demandais.
-C’est la même chose !
Finalement, après concertation entre eux , l’emblême du magasin est modifié. C’était un magnifique cornet de glace que savourait un ange alors qu’une vache s’approche en courant.
Exit la vache qui n’était là que pour attester de la qualité du produit, J-B compose un tableau ou le lion et l’ange savoure une glace. Monsieur commente : à la place de l’ange, j’aurais bien mis un diable, ce serait plus conforme avec nous, mais j’ai peur que cela ne fasse fuir la clientèle ! (Il dit cela sans humour, au premier degré).

Case du présent : grâce à quoi notre famille fonctionne au mieux aujourd’hui ?
J-B : Papa !
Madame : Les efforts de chacun. Elle insiste sur la notion de travail. (Son mari nous avoue : c’est ce goût du travail, des choses bien faites qui l’a séduit le plus chez sa femme.)
Mais pour lui, la chose qui fait que sa famille fonctionne au mieux, c’est l’amour !
Quand il lâche cela, J-B se jette a son cou en pleurs. Madame, à ce spectacle rougit et éclats à son tour en sanglots. Nous avons peur que cela recouvre une chose douloureuse. Mais non, nous explique-t-on en chœur, c’est l’émotion, le bonheur que provoque l’amour de Monsieur. Il s’essuie lui-même une larme en excusant sa femme et son fils : Ils sont trop sensibles !

Case du futur :
J-B : le bébé de Maman. (Elle accouche dans deux mois) Et puis, à plus long terme, il a pour projet de devenir glacier. Son petit frère, champion de foot, mais lui glacier.
Madame : Son projet, c’est fonder une famille heureuse. Le reste n’a pas d’importance.
Monsieur : Développer son commerce de glace aux Etats-Unis. Il en a parlé à Madame. Elle acquiesce. Il développe combien ce projet lui tient à cœur. Je lui demande comment il voit cela, à plus ou moins long terme. Et, toujours très sérieusement, il me répond : le plutôt possible : Dès que je gagne au Loto !

Nous arrêtons la scéance au bout d’une heure et demie, sans avoir le temps de discuter de la devise. Nous les félicitons de la richesse du travail accompli et leur proposons d’emporter avec eux le blason pour le continuer à la maison. Nous nous reverrons après les vacances.
Monsieur conclue :
-Alors, si mon fils n’apprend pas à l’école, c’est qu’il a tout dans sa famille, qu’il y est trop heureux !
- Je lui propose de réfléchir à cette idée pour que nous en parlions la prochaine fois !
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MessageSujet: Re: De la croyance de l’école sur l’échec scolaire...   Sam 19 Avr - 17:59

Moi je la trouve adorable cette famille...
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Diego Ortiz




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MessageSujet: Une fleur à ton blason   Dim 20 Avr - 13:05

Je me suis délecté à la lecture du récit que nous a fait notre ami Vic d'une aventure en trois épisodes, sur dix jours seulement. En tant que collègue de notre explorateur engagé, je crois même pouvoir dire que l'expérience pourrait s'arrêter là :

Citation:

Monsieur conclut :
- Alors, si mon fils n’apprend pas à l’école, c’est qu’il a tout dans sa famille, qu’il y est trop heureux !

Vic :
- Je lui propose de réfléchir à cette idée [pour que nous en parlions la prochaine fois !]


J'espère que tu aimes les glaces, l'ami ! Alors tu vas te régaler...

En effet, l'essentiel du travail a été fait, et en majeure partie par la famille elle-même, tandis que le thérapeute s'abstenait autant que possible de se définir comme l'expert des "problèmes de Jean-Baptiste", tels qu'ils avaient été définis par "Sa maîtresse [qui] se demande s’il ne le fait pas exprès pour lui tenir tête, mais elle conseille tout de même à sa mère de venir nous consulter, nous les psys."

Dans son intervention finale, Vic propose encore une réflexion et le projet de se rencontrer encore une prochaine fois, ce qui laisse la porte ouverte à une suite de travail commun, même si je persiste à croire qu'un premier chapitre de l'histoire a été conclu avec maestria, et je trouve qu'il a tout à fait raison, puisque d'une main de maître il est parvenu à la fois à tenir le sujet (issu de la demande initiale) et l'esprit d'un processus créatif et ouvert.

Je constate, comme je le suspectais, que Vic et moi partageons largement nos positions éthiques, méthodes et postulats de départ, en particulier celui de la compétence des familles et de la nécessité d'aider celle-ci à prendre connaissance d'elle-même afin d'évoluer dans un monde où

Citation:
Vic, Mer 9 Avr - 18:15
L’institution scolaire fabrique ses propres analyses sur l’échec scolaire et les réformes permettant de l’endiguer.


...et si cette formulation peut indisposer certains enseignants, qu'ils soient ici suppliés de ne pas se sentir mis en cause, car il est tout aussi vrai que l'institution psychiatrique fabrique ses propres analyses sur la soi-disant pathologie familiale et les traitements permettant de la soigner. On peut multiplier cette constatation pour une multitude d'autres institutions qui forment le tissu de notre société, et je trouve que Vic a bien raison de préciser

Citation:
[...] que le titre même de ce fil peut engendrer chez nos amis enseignants une certaine incompréhension alors qu’il ne s’agit nullement de ma part ici de méconnaître leur travail mais plutôt de parler du mien.

A leur intention, je resitue mon propos. Ce fil a pour objet de présenter le travail qui peut se faire au sein des consultations médico-psychologiques pour enfants. Dans cet exemple de Jean-Baptiste, j’essaie de démontrer que ce qui fait frein pour cet enfant à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture en classe peut avoir affaire avec une dynamique affective familiale particulière et que notre métier est d’aider à ce que celle-ci évolue vers un mieux-être plutôt que de se cristalliser autour de « l’échec ». Bien sûr, le problème de cet enfant peut être lu de différentes façons et nous ne prétendons à aucune vérité autre que la réalité psychologique qui se joue devant nous à un moment donné. Aussi, quand je parle de croyance de l’école sur l’échec scolaire et des solutions qu’elle met en œuvre pour y remédier, mon propos n’est pas de critiquer ce qui se fait de l’intérieur de l’école car je sais bien qu’il s’y fait beaucoup, avec beaucoup d’efforts et de conscience professionnelle, mais de dire que pour les familles, la chose scolaire prend un sens particulier, qui lui appartient et qui « habille » la scolarité de leurs enfants quoiqu’il se passe réellement dans l’école. Chaque famille a une croyance sur l’école. Une façon de la penser, de s’y confronter.


Je crois que tu en as parfaitement réussi la démonstration, Vic. Et je suis particulièrement sensible à tes analyses, non seulement parce que je suis convaincu que nous autres thérapeutes avons entre autres pour travail d'aider les familles à trouver leurs repères dans la société au sein de laquelle elles vivent, mais aussi parce que cette attitude de type ethnopsychiatrique - parce qu'elle implique souvent un exercice de traduction et de médiation culturelle même s'il ne s'agit pas de migrants - est aussi celle qui nous permet de prendre des positions bien étayées lorsqu'il s'agit, dans des cas exceptionnels à l'école mais banals dans le cadre des politiques d'asile ou de harcèlements au travail, de sortir de notre réserve et d'intervenir d'une manière citoyenne.

Ici je dépasse ton propos et commence déjà à parler de ce que ma pratique avec les familles migrantes m'a forcé à adapter dans mon travail. Ce n'est pas bien, c'est trop tôt. Je raconterai une de mes histoires de thérapie une fois que la tienne sera aboutie, pas avant, afin d'éviter d'introduire de la confusion dans la lecture de nos amis.

Mais je ne puis m'empêcher de citer la contribution qui précède celle-ci, de la part d'Almalo, hier soir :

Citation:
Moi je la trouve adorable cette famille...


Et sa délicieuse signature, si pertinente dans le cas présent :

Citation:
"L'avenir, on ne peut pas le prévoir, mais on peut le permettre". Saint-Exupéry


Cela m'évoque la communication en "saute-mouton thérapeutique" (H. Malan), qui permet au travail de la pensée de sauter des étapes, en thérapie, art, création, entre lesquels, et tu le montres, les différences ne sont pas aussi grandes qu'il n'y paraît.
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Romane
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MessageSujet: Re: De la croyance de l’école sur l’échec scolaire...   Mer 23 Avr - 15:32

J'aimerais ne plus jamais entendre ricaner sous cape, quand on parle des psy. Vous êtes épatants, tous les deux.
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