Le fil sur le respect me donne envie de vous parler de cette "technique" de communication, qui me semble être tout à fait en phase avec le respect à la fois de soi-même et de l'autre.
Il s'agit de la communication non violente, on CNV pour faire plus court...
Le bouquin référence que l'on m'avait conseillé quand je m'y suis intéressée est le suivant :
Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs), de Marshall B. Rosenberg.
Je vais essayer de résumer à partir de ce que j'ai lu et expérimenté moi-même.
Déjà, préambule, la description de la "technique" peut sembler au premier abord un peu "scolaire" et schématique, mais après en le faisant, ça devient fluide évidemment... il s'agit pas de s'exprimer comme des robots.
Ensuite deuxième préambule, en gros l'idée comme son nom l'indique, c'est d'arriver à une manière de communiquer exempte de toute forme de violence, qu'il s'agisse de violence verbale visible (des insultes par exemple), ou de violence plus dissimulée type manipulation, chantage affectif, pression sur l'autre etc...
En fait, on a tous tendance à faire ça même si la plupart des gens sont à des niveaux on va dire raisonnables de manipulation. Mais à partir du moment où on se projette sur l'autre, où on exige par exemple des choses de lui, où on utilise les émotions pour le faire ré-agir, on est dans une forme de manipulation et donc de violence.
L'idée étant d'arriver à zéro violence. Non violent donc.
C'est basé sur l'empathie, concept que j'aurai du mal à vous définir parce que même en ayant essayé de le pratiquer un petit peu en tatonnant, je ne saurais toujours pas en parler clairement... mais peut-être pourra-t-on compléter par d'autres sources sur cette notion d'empathie.
Donc le processus de la CNV, c'est bâti en quatre temps.
1. Observation
2. Sentiment
3. Besoin
4. Demande
L'idée est que nous avons tous des besoins fondamentaux, et que lorsque l'un de ces besoins n'est pas nourri, ça génère un inconfort, qui génère une émotion, et ensuite éventuellement une expression plus ou moins violente de cet inconfort.
Le principe avec ça c'est de construire une phrase :
Lorsqu'il se passe ci et ça (RESULTAT DE L'OBSERVATION), je me sens comme ci ou comme ça (EXPRESSION DU SENTIMENT), parce que j'ai besoin de ci ou ça (EXPRESSION DU BESOIN), je te demande de faire ceci ou cela (EXPRESSION D'UNE DEMANDE PRECISE).
1.
Observation : c'est totalement neutre.
Il ne doit y avoir aucun jugement dans l'observation de la situation, il ne s'agit que de faits.
Ca a l'air simple comme ça, mais en fait c'est sacrément coton !!
J'ai fait l'exercice plusieurs fois et les jugement se glissent vraiment très facilement...
Par exemple, quelqu'un me dit que j'ai mal travaillé et je le prends mal.
Cas 1 : "lorsque tu critiques mon travail" = un jugement
Cas 2 : "lorsque tu me dis que j'ai mal travaillé" = une observation neutre
Autre exemple, je discute avec machin et j'ai l'impression qu'il ne m'écoute pas parce que quand je parle de mon fils, il répond en me parlant de sa femme avec qui il a des problèmes.
Cas 1 : "lorsque je te parle et que tu ne m'écoutes pas" = jugement
Cas 2 : "lorsque je te parle de mon fils et que tu me réponds en parlant de ta femme" = une observation neutre des faits.
2.
SentimentLà il s'agit d'identifier le sentiment que l'on a par rapport à cette situation qui nous fait réagir et qu'on a observée juste avant.
Une amie qui travaillait beaucoup en CNV me disait qu'elle faisait aussi ce processus physiquement. L'observation se fait dans la tête, presque froidement, puisque totalement neutre et descriptive.
Le sentiment se trouve en descendant dans le coeur.
Attention, c'est pareil que pour l'observation, le sentiment est plus difficile à exprimer qu'il n'y parait.
Car pour rester dans un processus non-violent et centré sur soi, Rosenberg insiste sur le fait que le sentiment ne peut pas impliquer quelqu'un d'autre.
Par exemple : "je me sens en colère" c'est un sentiment
mais "je me sens abandonné", ça n'est pas un sentiment au sens de la CNV. Parce qu'abandonné n'est pas un état affectif simple, ça implique les autres, car ça implique que quelqu'un nous a abandonné, donc que l'on est victime de quelqu'un d'autre.
On pourrait dire plutôt que l'on se sent seul.
Ca fait beaucoup de bien cet exercice de dire ce qu'on ressent de cette manière, parce que d'une part le fait de rester centré sur soi oblige à prendre la responsabilité de ses ressentis ; et d'autre part parce que ça amène plus au fond des choses.
Si je dis que je me sens abandonnée, et que je m'arrête là, en réalité je passe à côté de ce que je ressens vraiment en termes de sentiment. Je peux en être triste, ou en colère, parce que j'ai l'impression d'être abandonnée, et c'est ça qui est important, c'est ce sentiment en dessous, car c'est lui qui va donner accès au reste.
3. Le
besoinSi le sentiment se trouvait dans le coeur, il faut descendre jusque dans le ventre pour trouver le besoin.
Le principe central c'est que les besoins sont universels et impersonnels.
On peut en lister quelques-uns : espace, liberté, amour, reconnaissance, silence, paix, authenticité....
Impersonnels, ça veut dire que "j'ai besoin que tu fasses ceci ou cela" n'est pas l'expression d'un besoin en CNV.
Le besoin n'implique pas la personne en face, il n'implique personne en particulier, c'est pourquoi il est dit universel et impersonnel.
Ca aussi ça permet de se réapproprier ses besoins, la responsabilité de sa vie....
Parce qu'on peut se rendre compte aussi que bon nombre de besoins peuvent être nourris par soi-même, dès l'instant qu'on a réussi à les nommer.
Néanmoins, il y a la quatrième phase pour que ça soit complet :
4.
DemandeIl s'agit d'exprimer une demande soit à quelqu'un soit à soi-même...
Pour que ça soit efficace, l'idée est que ça soit précis et le plus concret possible. Afin de rester dans un processus compréhensible et clair, qui ne laisse pas le mental et ses interprétations se glisser là-dedans et refoutre le souk.
Un exemple du truc complet pourrait être une demande formulée à quelqu'un qui me coupe tout le temps la parole :
"Lorsque tu commences à parler alors que je n'ai pas terminé, je me sens en colère parce que j'ai besoin d'écoute. Pourrais-tu attendre que j'aie terminé de parler avant de parler toi-même ? "
Voilà... ce que je voulais vous présenter sur cette manière d'envisager la communication.
Pour ma part, lorsque j'ai lu ce bouquin, j'avais déjà fait un certain travail sur ma parole, donc ça se recoupait beaucoup avec. De fait, j'applique certains de ces principes sans vraiment y faire attention la plupart du temps.
Néanmoins, il peut m'arriver de recourir au processus complet à certains moments, notamment quand je me sens débordée dans un échange avec quelqu'un, soit par la réaction de l'autre, soit par la mienne.
J'ai une amie en revanche qui a fait tout un chemin d'évolution perso basé là-dessus.
Donc ça peut être utilisé de plein de manières différentes.
En tout cas, à mon sens, c'est un truc qui gagne à être connu et au moins expérimenté quelques fois pour vérifier, et avoir ça dans sa besace en cas de besoin.
Voili voilà... merci de m'avoir lue jusque là...