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 L’estime de soi.

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Tryskel



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MessageSujet: Re: L’estime de soi.   Mar 29 Sep 2009 - 10:03

C'est vrai que la maltraitance au boulot, si sûr qu'on puisse être de bien le faire n'engendre ni la bonne humeur; c'est important de se sentir bien dans ce qu'on fait; ni l'estime de soi quand on sent que quoi qu'on fasse ce ne sera jamais ce qui est attendu.
Pire, on ne nous défini jamais ce qu'on attend de nous avec précision.
Une bonne collaboration engendre la bonne entente, trés juste, mais travailler en équipe, tenter de faire tourner correctement une équipe, c'est aussi s'exposer à des remarques style "tu joues au chef!"
confusion entre mettre en commun des compétences pour que ça marche le mieux possible et le refus des membres de "l'équipe" d'abandonner un peu leur égo au profit d'un travail d'ensemble.
Surtout, plus ça va, moins on demande de penser et agir par soi même.

Mais ne pas céder quand on sait où on va, quand on sit qu'on ne peut pas y aller seul.

Oui, le regard des autres compte pour l'estime de soi,ils nous voient autrement que nous nous voyons, ça peut être positif et conduire à des refléxions sur notre façon d'être, mais ça peut être aussi négatif si les autres ont des oeilleires!

la formule consacrée quand on estime qu'on a bien agi, même contre l'opinion générale c'est:
"Je peux me regarder dans une glace"!
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lucaerne



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MessageSujet: Re: L’estime de soi.   Mar 29 Sep 2009 - 11:13

Rosacée a écrit:

Nous faisons parties d'un ensemble.
Nous sommes l'ensemble.
Alors pourquoi tant de clivages dans notre société ?

Parce que les ensembles, les groupes, les masses... ça fait peur. Alors on morcèle, on dissocie, on divise... et on règne !

Rosacée a écrit:
L'estime de soi, ça ne vient pas toujours de soi. Ce n'est pas quelque chose d'acquis. L'estime de soi trouve sa source au travers d'autrui et à commencer par nos parents. alors c'est important la reconnaissance, c'est important de valoriser un peu en formulant des compliments afin de donner naissance à l'estime de soi.

C'est tellement vrai Rosacée. L'estime de soi se bâtit grâce aux autres. Reste qu'ensuite, une fois "grand", adulte, l'estime de soi peut ne dépendre que de soi. Même si le retour de l'autre fait toujours plaisir, bien sûr, savoir "voir" son estime de soi et la nourrir sans cesse ne dépend plus que de soi-même. Je crois que c'est pour ça que c'est si difficile. Ne sommes pas, si souvent, notre pire ennemi ?
Et pensons aussi que l'estime de soi n'est pas liée qu'au travail. Bien au contraire. On peut faire grandir son estime de soi par mille autres activités où nous serons plus authentiques, plus libres, plus nous-mêmes, plus utiles...
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Rosacée



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MessageSujet: Re: L’estime de soi.   Mar 29 Sep 2009 - 11:55

Tryskel a écrit:
Une bonne collaboration engendre la bonne entente, trés juste, mais travailler en équipe, tenter de faire tourner correctement une équipe, c'est aussi s'exposer à des remarques style "tu joues au chef!"
confusion entre mettre en commun des compétences pour que ça marche le mieux possible et le refus des membres de "l'équipe" d'abandonner un peu leur égo au profit d'un travail d'ensemble.
!


Dans une même équipe il ne devrait pas y avoir de hiérarchie sauf si l'un d'entre eux a été désigné et possède ce grade.
Ca me déçoit un peu que de penser que de temps en temps on doit être exposé à des remarques du style "tu joues au chef" surtout si ça n'est pas le cas - pour la simple et bonne raison, c'est que jouer au chef, c'est commander l'autre (pour moi) - mais ça n'a rien à voir avec la façon dont on a de parler.

Tout ce que je sais, que cela soit dans le monde du travail ou en société, certaines gens ont vite fait de vous démonter votre estime - peu importe sa solidité ou fiabilité.

@ Lucaerne : je suis pas d'accord, une fois qu'on est adulte ça ne dépend que de soi.
Alors ça veut dire quoi, Luca, explique-moi ?
Penses-tu qu'on est tous assez forts, assez sûrs de soi pour ne pas envisager à ce que l'on "entretienne" cette estime de soi ?

Personnellement, je continuerai à parler comme je parle dans la vie de tous les jours. Je suis telle que je suis, et ce n'est pas l'ego, la jalousie des autres qui vont me changer. Seulement, si l'on n'est pas capable de m'accepter telle que je suis, dans la mesure où je n'octroie pas la place d'autrui, dans la mesure où je respecte autrui, dans la mesure ou je ne commande pas autrui - je ne mérite pas d'être "insultée" - "méprisée" - "humiliée".

C'est ce que je disais, faut prendre du recul et se blinder.
Je vais rester seule face à mon estime de moi.
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Vic Taurugaux



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MessageSujet: Re: L’estime de soi.   Mar 29 Sep 2009 - 12:06

Faire le point, c’est aussi un terme maritime. Pour savoir où nous en sommes. A chaque fois, le calcul est le même. Il nous faut croiser des « amers ». Désormais, je suis plus proche de l’Irlande que de la Bretagne pour qui croiserait en mer d’Iroise. Déjà, je me sens plus Irlandais.

Luca a raison quand elle dit la nécessité de mille activités où nous nous estimerions différemment. D’avoir été par exemple le mal aimé de ses parents ne doit plus être à l’âge adulte la seule cartographie nous permettant de lire le monde. Sinon, il y a de grandes chances pour que nous soyons tour à tour, le mal aimé au travail, le mal aimé un peu partout. Or, peut-être qu’au cours de nos pérégrinations, aurons-nous la chance d’accoster des rivages où notre présence sera souhaitée. Enfin, une nouvelle tête, quelqu’un de l’extérieur. Ses îles généreuses peuvent parfois révolutionner notre cartographie : et si ma situation de mal-aimé n’était valable que sur ma terre d’origine ? Que ce positionnement pourtant si vrai n’est d’aucune utilité sur ce nouveau continent. Et qu’il n’appartient qu’à moi seul de modifier mon regard.

A quelle terre désormais, j’appartiens vraiment ? Celle de mon enfance, celle de mon métier, de mon club de bridge, de mon couple actuel ou encore, un peu, beaucoup, du précédent ? Sans doute, ces différents pays ont besoin différemment de moi. Chacun m’attire à sa façon. J’en connais pourtant les havres et les écueils. Dois-je y revenir m’y échouer ? Dois-je plutôt laisser mon sillage aux mouettes et viser l’Orient ?

Là-bas, les arabes calculent différemment les choses. Avec leurs astrolabes, ils visent les étoiles. En serais-je capable ?

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
L'aurore s'allume,
L'ombre épaisse fuit;
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Rosacée



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MessageSujet: Re: L’estime de soi.   Mar 29 Sep 2009 - 12:23

Vic Taurugaux a écrit:
Faire le point, c’est aussi un terme maritime. Pour savoir où nous en sommes. A chaque fois, le calcul est le même. Il nous faut croiser des « amers ». Désormais, je suis plus proche de l’Irlande que de la Bretagne pour qui croiserait en mer d’Iroise. Déjà, je me sens plus Irlandais.

Luca a raison quand elle dit la nécessité de mille activités où nous nous estimerions différemment. D’avoir été par exemple le mal aimé de ses parents ne doit plus être à l’âge adulte la seule cartographie nous permettant de lire le monde. Sinon, il y a de grandes chances pour que nous soyons tour à tour, le mal aimé au travail, le mal aimé un peu partout. Or, peut-être qu’au cours de nos pérégrinations, aurons-nous la chance d’accoster des rivages où notre présence sera souhaitée. Enfin, une nouvelle tête, quelqu’un de l’extérieur. Ses îles généreuses peuvent parfois révolutionner notre cartographie : et si ma situation de mal-aimé n’était valable que sur ma terre d’origine ? Que ce positionnement pourtant si vrai n’est d’aucune utilité sur ce nouveau continent. Et qu’il n’appartient qu’à moi seul de modifier mon regard.

A quelle terre désormais, j’appartiens vraiment ? Celle de mon enfance, celle de mon métier, de mon club de bridge, de mon couple actuel ou encore, un peu, beaucoup, du précédent ? Sans doute, ces différents pays ont besoin différemment de moi. Chacun m’attire à sa façon. J’en connais pourtant les havres et les écueils. Dois-je y revenir m’y échouer ? Dois-je plutôt laisser mon sillage aux mouettes et viser l’Orient ?

Là-bas, les arabes calculent différemment les choses. Avec leurs astrolabes, ils visent les étoiles. En serais-je capable ?


C'est toujours écrit avec plein de bon sens.

Mais, viser les étoiles ça n'est pas un peu oublier ce qui nous rapproche, là où l'on est, au moment-même où l'on se trouve ?

Changer son propre regard c'est vraiment passer au-dessus de ce qui peut nous toucher au présent - on peut passer au-dessus de l'enfant "mal aimé". Toutefois, cela ne veut pas dire nier l'évidence des actions, des comportements d'autrui.
Faire avec toutes ces directions en/et soi et les autres, ça n'est pas aussi facile à faire qu'à dire.
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cathyhune



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MessageSujet: Re: L’estime de soi.   Mer 4 Nov 2009 - 11:02

beaucoup de choses très justes ont déjà été dites dans cette discusion. Aussi je ne rajouterais que cet adage que j'ai lu : l'homme a quatres visages : celui qu'il est, celui qu'il croit avoir, celui qu'il donne au public et celui que le public reçoit.
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thierry



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MessageSujet: Re: L’estime de soi.   Mer 4 Nov 2009 - 12:09

L'estime de soi pour moi aujourd'hui ne passe pas par la rencontre avec les autres et le "modelage" qui en résulte mais à travers ma capacité à être dans un état de conscience par rapport à la Vie.

Une expérience.

juillet 2009
Je suis allé faire du vélo ce matin, un long tour dans les montagnes, un col bien raide, juste histoire d'entretenir le bonhomme...Je savais bien que j'allais "prendre cher" comme disent mes deux gars.

Bon, effectivement, j'ai pris cher ! Mais moins qu'hier quand même...Le coup de pédale qui revient.

Mais là n'est pas le sujet.



Je roulais sous le soleil, douze kilomètres de montée, je soufflais les gouttes qui perlaient régulièrement au bout de mon nez ou qui venaient me brûler les yeux, je ruisselais tellement que la route devait glisser derrière moi...

Et puis là, soudainement j'ai réalisé que je ne pensais à rien ! Bon, bien entendu, il a fallu que je pense pour m'en apercevoir mais j'aurais été incapable de dire depuis combien de temps il n'y avait rien eu dans ma tête qu'un grand vide apaisé...

Quel bonheur !!

Pourquoi est-ce qu'ainsi je parvenais enfin à perdre la tête ?

La solitude tout d'abord. La première explication qui me venait à l'esprit. Dans l'absence de l'autre, je ne disposais d'aucun miroir, aucun retour vers ce moi identifié. L'autre n'est que l'architecte de ce moi. Il m'apporte le rôle qui convient à l'instant. Je n'étais ni le père qui accompagne ses deux garçons, ni le cycliste qui roule dans un groupe, rien. Aucune parole, ma voix ne venait pas me rappeler ce que je suis. Aucune attention envers cet autre que je ne dois pas perturber si je souhaite maintenir le contact, la reconnaissance. Aucun besoin d'établir cette réciprocité nécessaire envers l'autre moi qui cherche inconsciemment à construire ce qu'il pense ou souhaite "être"...Aucun regard vers cet individu que je suis à travers la communication. Personne pour me renvoyer l'image de moi. Lorsque je parle à quelqu'un, je peux voir dans ses regards tournés vers moi que "je" suis là. Mais est-ce le "je" ou le "tu" auquel il s'adresse ? Etant donné qu'il profite de la même façon de mon attention, il est probable que je ne lui donne ce sentiment d'existence qu'à partir du moment où je profite également de ce qu'il m'offre...Dès lors, nous imaginons simultanément deux êtres constitués, identifiés, séparés, face à face, comme deux entités différenciées...Et ce sentiment d'être là grâce à l'autre nous comble de bonheur. Même s'il s'agit d'un jeu de rôle auquel nous nous soumettons afin de préserver l'assemblage. Nous acceptons d'être modelés par les réactions de l'autre parce que nous y prenons forme. Parce que le "tu" se dresse et du haut de son égo se ravit.



L'épuisement ensuite. Comme une déliquescence favorable, une perdition de tous les repères. Je pensais au zazen de Jacques Brosse ou Jean Klein.

Cette identification proposée par l'autre est une superposition de la réalité. L'impression adorée qu'il y a une personne dans le monde, une croyance à laquelle je m'attache parce qu'elle me renforce. Mais là, il n'y a personne pour m'observer et me renvoyer mon image et je perds en plus la sensation éprouvée de mon corps. Et ce corps est "l'autre" entité à laquelle je suis attachée. Je ne le vois pas comme un "transporteur" mais un être à part entière, une réalité détachée de celle du monde. Hallucination.

Et là, dans le tempo de mes jambes qui appuient sur les pédales, sans que je n'ai à y penser et sans qu'aucune sensation précise ne me parvienne, je me dilue, je m'évapore, je quitte cet ectoplasme réduit à une enveloppe vidée de tout, juste animée encore (heureusement !) par les battements cardiaques et toute la machinerie physiologique qui lui obéit, sans que je n'ai besoin d'intervenir, sans que mes pensées n'aient à en prendre la charge, comme si dans la sueur qui ruisselle toutes les images afférentes à ce corps dégoulinaient, ruinées par l'abandon complet à la mécanique lancinante des jambes qui pédalent, qui pédalent... Je ne sais pas où est le sommet, je ne m'y intéresse même pas, je fixe le goudron devant ma roue, les yeux cloués à la route, dans un vide silencieux. L'épuisement est une humiliation bénéfique, salvatrice, je ne suis qu'un vide que personne ne regarde, que personne ne sonde, juge, observe, moule, transforme, je n'ai plus de tête puisque personne ne m'offre à travers ses regards la présence de cette tête, je n'ai plus de corps, il ne reste qu'un mouvement qui ne m'appartient pas, une certaine hypnose qui m'extirpe de cette carapace fracturée, un leitmotiv mécanique comme si la vie elle-même se maintenait, aucune volonté, ce n'est pas "moi" qui pédale, "ça" pédale en moi et il n'y a plus de moi mais un puits ouvert qui absorbe la lumière, l'énergie, le souffle vital, je ne cherche pas à accélérer, je ne cherche même pas à avancer, rien n'est à moi, j'appartiens à ce vide qui me remplit.



J'ai voulu quitter mes pensées à un moment...Elles revenaient à l'assaut...Alors je me suis concentré sur la remontée de la jambe gauche pendant que la droite redescend...Jean Klein parle de concentration pour faire zazen...Pour s'enraciner dans l'absence et découvrir la présence.

Appuie, remonte, appuie, remonte...Appu...Remon...Ap...Re...

Plus rien. Le vide.

Je n'ai rien vu des derniers kilomètres...
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Vic Taurugaux



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MessageSujet: Re: L’estime de soi.   Dim 22 Nov 2009 - 8:59

J’ai assisté ce week-end dans le cadre d’une formation à une conférence de Jean-Paul Kaufmann, sociologue.
J’ai trouvé ce type épatant, très sérieux et très drôle, et je voulais vous le faire découvrir à moins que vous ne le connaissiez déjà ?
Il s’intéresse depuis très longtemps à un sujet devenu d’actualité pour les besoins de la politique actuelle : à savoir, l’identité.
Sa thèse, très résumée, est que nous sommes dans une période de « seconde modernité » où la définition de votre identité vous appartiendrait désormais en très grande partie. C’est une façon de faire tranchant sur des siècles de pensée traditionnelle où c’était la société qui vous définissait. Or, aujourd’hui, chaque individu est sommé de se définir, de choisir son comportement, son costume, son conjoint, son travail, sa religion etc ; toute chose qu’auparavant la société lui fournissait en fonction de sa caste sociale. Ainsi, il y a encore 15-20 ans, les gens mangeaient ce qu’il y avait dans leurs assiettes. Aujourd’hui, chaque aliment dûment analysé par les médias est suspect de tel ou tel inconvénient, possède telle ou telle vertu. Faire ses courses devient une science où vous devez choisir devant mille menus selon des critères de plus en plus complexes.
Se définir est donc un travail quotidien, souvent harassant et que Kaufman analyse dans un bouquin dont le titre dit bien ce qu’il veut dire : l’invention de soi.
Mais, c’est dans la sphère privée, c'est-à-dire le couple, puis, la famille, où cette identité forgée par soi-même est paradoxalement la plus menacée.
Jean-Paul Kaufman possède une méthodologie très rigolote. Il recueille ses données par questionnaires et aussi par des « entretiens compréhensifs », c'est-à-dire des entretiens semi-directifs, ou souvent les silences, les gênes sont des réponses aussi importantes que ce qui peut-être parlé.
Ainsi, pour explorer le « risque identitaire » découlant d’une rencontre amoureuse, il s’emploie à collecter ce qui se passe dans la tête des amants juste après le coït, c'est-à-dire quand on se réveille dans l’appartement de l’autre après une première nuit commune. Car là, il faut bien dire quelque chose. Faire comprendre à son partenaire que cette folle nuit n’était qu’une passade ou alors, un peu plus …Le livre narrant cette recherche s’intitule « petits matins »
Mais comment savoir ? Comment risquer de s’engager plus avant dans cette relation avec cette autre que l’on ne connaît que pour avoir seulement partager des ébats amoureux. Autrefois, c’était plus simple. On faisait l’amour à l’intérieur du couple. Une fois mariés. On était chez soi. Aujourd’hui, il faut d’abord faire l’amour pour savoir si on va ou non se marier ensuite ! Mais, au nom de quoi ? Sur quels critères, en quoi cet autre nous convient ?
Notre identité est faite de nos petites manies. C’est des choses que nous ne réfléchissons pas, des automatismes dans lesquelles nous sommes bien. Mais, si nous devons désormais vivre à deux. Ces petites manies risquent fort d’être chamboulées par celles de l’autre.
Ainsi, Kaufmann nous donne comme exemple Agathe qui fait partie de cette catégorie de gens qui aimaient bien faire sortir le dentifrice du tube de façon méthodique en écrasant d’abord le fond du tube. Or, elle a eu pour premier mari, un type qui lui écrasait le tube à n’importe quel endroit le rendant ainsi complètement informe. Lors de leur divorce, parmi tous les griefs qu’elle avait à son encontre, celui qui la mettait la plus en rage était justement son manque de savoir-vivre avec le tube de dentifrice. Actuellement, elle vit avec un deuxième mari qui a le même défaut. Heureusement, un homme ne se résume pas à la façon dont il se brosse les dents, il possède d’autres qualités, et elle espère beaucoup que celles-ci prévaudront pour la survie de son deuxième couple.
Les « petits agacements » de la vie quotidienne, voila, la frontière entre moi et l’autre, voilà le champ d’études de Monsieur Kaufmann.
Il explore aussi les couples par la gestion du linge ect …
Mais, si j’ai réussi à vous mettre l’eau à la bouche, je vous convie pluôt à l’une de ses conférences que j’ai découverte sur le net. D’accord, c’est un peu long, mais laissez vous prendre par sa logique : vous verrez, c’est passionnant à la fin, vous serez conquis. …
http://www.canal-u.tv/producteurs/universite_de_tous_les_savoirs/dossier_programmes/les_conferences_de_l_annee_2005/la_famille_aujourd_hui/le_couple
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Claude_Kaufmann

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MessageSujet: Re: L’estime de soi.   Dim 22 Nov 2009 - 9:21

Voudrais-tu dire que l'estime de soi passe d'abord par l'estime et le respect des petites manies de l'autre, de son fonctionnement intime ?

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MessageSujet: Re: L’estime de soi.   Dim 22 Nov 2009 - 15:24

Je viens de regarder la conférence. Le côté bouleversant du sujet (et son coeur, me semble-t-il) est le cul de sac dans lequel on est parce que nous protégeons farouchement notre identité individuelle en même temps que nous ne pouvons nous passer de créer un couple (ou de vivre l'amour, c'est la même chose) dans lequel nous allons forcément être obligé de modifier notre identité au contact de l'Autre.

Jadis le problème ne se posait pas, puisque le concept du couple était différent, ainsi que le mode de vie (allusion aux choix/non choix).

Dans un cas comme dans l'autre, ce qui me saute aux yeux est que là où nous trouvons des acquis (différents selon tel ou tel mode de vie), nous nous trouvons confrontés à des inconvénients (différents pour les mêmes raisons), au point qu'il me semble que l'on peut dire qu'aucun de ces modes de vie n'offre la possibilité d'un bien être sans remise en question d'une manière... ou d'une autre.

Soit on privilégie comme avant la famille et les traditions, soit comme aujourd'hui l'identité individuelle, chacun nous laissant sur notre faim quelque part.

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MessageSujet: Re: L’estime de soi.   Dim 22 Nov 2009 - 22:09

J'ai lu son bouquin sur la gestion du linge dans le couple, c'était passionnant. Je suis tout à fait consciente que les petites détails peuvent pourrir une vie quotidienne. La tolérance aux petites manies ou habitudes de l'autre ne dure que le temps de la passion, c'est à dire selon certains spécialistes environ deux ans. Après, on s'adapte, ou on modifie éventuellement ses comportements, non sans tension et marchandages.
Mais la vie à deux suppose une grande adaptabilité, s'pas.
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MessageSujet: Re: L’estime de soi.   Dim 22 Nov 2009 - 22:13

Je suis restée sur ma faim tout de même, parce que je trouve que le processus des deux identités (pour ne prendre que l'identité individuelle et l'identité "nouvelle" en regard à la vie commune au sein d'un couple) n'a pas été décortiquée très profondément.

De même que la notion de choix n'a pas tenu compte des choix dans une situation où l'on n'a pas le choix, si vous voyez ce que je veux dire.

Sinon, je suis d'accord avec lui, mais je pense que bon nombre de choses dites se voient comme le nez au milieu du visage, je n'ai pas appris grand chose au fond.

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MessageSujet: Re: L’estime de soi.   Hier à 9:19

Depuis hier, je cherche pourquoi il m'a manqué quelque chose, en regardant la conférence. J'ai peut-être trouvé, Vic me portera une médaille ou me fouettera, selon ; Kaufmann étudie et dresse un constat, observateur en quelque sorte, là où j'attendais peut-être des pistes pour l'avenir, des astuces, des ingrédients un cran plus loin que le constat. Alors dans ce cas, c'est moi qui serais trop gourmande et lui aurait bien fait son boulot.

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Vic Taurugaux



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MessageSujet: Re: L’estime de soi.   Hier à 10:11

Romane a écrit:
Sinon, je suis d'accord avec lui, mais je pense que bon nombre de choses dites se voient comme le nez au milieu du visage, je n'ai pas appris grand chose au fond.



L’intérêt du sociologue n’est pas tant ce qu’il regarde (la même chose que nous) mais la manière dont il regarde. Et je trouve original le regard de Kaufman sur l’identité.

D’abord de rappeler que la façon dont nous réfléchissons aujourd’hui à notre identité est une nouvelle liberté et un travail sur soi nécessaire très récemment acquis. Avant, dans la société traditionnelle, il n’était pas nécessaire que chacun réfléchisse à son identité : elle allait de soi dans le sens où elle vous était attribuée de l’extérieur. Qu’elle vous plaise où non n’avait absolument aucunes espèce d’importance dans les critères d’attribution. C’est une révolution de pensée moderne qui ne date que des années soixante de me dire qu’il faut que je me définisse désormais moi-même. C’est une liberté imposée.

Du coup, cette identité nouvelle qui ne tient qu’à moi, me fragilise énormément dans ma rencontre à l’autre. On le voit sur ce forum. Un nouveau venu arrive et, mis en confiance, y expose tout de go« ses vérités ». D’une certaine façon, il se met à nu, il parle de lui, de ses convictions profondes, éventuellement de son mal-être, offre son identité intime au débat et se livre peut-être d’une façon moins retenue que dans une discussion physique où il verrait les mimiques de ses vis-à-vis quand il parle et adopterait alors une certaine retenue due à sa timidité naturelle.

Ainsi, dans la discussion internet, il se livre à l’écran comme à un journal intime moderne, un blog qui nuancerait ses certitudes comme mon traitement de texte m’informe de mes fautes d’orthographe grâce au logiciel correcteur qui y est intégré sauf que là, sur le forum, les autres correcteurs sont des vrais gens comme lui. D’autres personnes qui bien au chaud derrière leur écran, à se curer le nez, cherchent aussi la discussion avec d’autres internautes. On se sent alors à l’abri derrière cette coquille, (je vous parle depuis chez moi en pantoufles et robe de chambre), et je peux enfin vous dire tout ce que je pense, asséner mes véritables croyances, convaincu de disposer enfin d’une tribune me permettant de parler au monde entier.

Mais, qui a déjà vu un tribun se lancer devant son auditoire en pyjama ? C’est périlleux car, tout à coup, alors qu’il croit vraiment dans ce qu’il dit, il perçoit vaguement des sarcasmes dans la foule. Et alors, comme un acteur qui se regarde jouer, il s’aperçoit qu’il s’est laissé emporter, qu’il a dit trop de choses qui le révèlent, qu’il est désormais à nu, par sa faute devant tout un tas d’étrangers. Qui le jugent lui et sa fragile identité !

Le débat sur le fil éducation entre deux enseignants ( Thierry et Alex) est exemplaire en cela. Thierry, nouveau, se lâche. Il nous dit sa vérité la plus chère car il pense avoir découvert en nous de nouveaux amis. Mais Alex, le vieux de la vieille, lui, il fait comme d’habitude dans la salle des profs de son collège avec ce nouveau collègue : il critique sans plus de façon sa pédagogie et son vocabulaire.

L’admin le retient : modère tes propos, mais trop tard, vous connaissez comme moi Alex et son goût forcené du débat !

Thierry comme Alex ne sont plus dans la société traditionnelle, chacun des deux à sa propre définition de ce qu’est un bon enseignant. Nous n’avons pas sur le forum d’inspecteur d’académie capable de les faire taire tous les deux pour qu’ils respectent les strictes attributions que l’Education Nationale leur imposerait. Non, ce sont des profs modernes, c’est eux qui réfléchissent désormais l’Education Nationale et non l’inverse. Alors, forcément, s’il existe en France autant d’éducations nationales qu’il existe de profs, on risque un nombre plus que certain de conflits.

Maintenant qu’avec les forums, les préliminaires sont réduits au maximum, je peux « coucher » très rapidement. Vivre des discussions très intimes sur des fils avec tout un tas de personnes différentes et zapper dès que ça ne me plaît plus.

Kaufman étudie ça dans son bouquin « les petits matins. » On s’est envoyé en l’air cette nuit tous les deux d’accord, mais maintenant que je me réveille dans ton lit : qu’est-ce qu’on fait pour la suite?

-Tu m’as dit : je t’aime avec une telle conviction !

- Ah ! ben non, tu sais, c’était juste histoire de dire …

- Ah ! alors pour toi, c’était juste une …

-Non ! non ! J’ai pas dit ça ! Tu es une fille formidable mais…

-Mais quoi ?

-Heu ! Tu ne veux pas que j’aille nous chercher des croissants, t’aime les croissants, à moins que tu préfères une brioche, je ne sais pas tes habitudes, qu’est-ce qui te ferait plaisir ?

-Mais que tu me dises vraiment ce que tu penses de moi…

- ….



Là, le gars, il est mal ! Mais la fille aussi ! Comment qu’on va faire maintenant tous les deux ? On se quitte là, on continue …Utiliser tour à tour la salle de bain ?… Voilà l’idée ! … Pour gagner un peu de temps, pouvoir réfléchir d’abord chacun pour soi. Pour après, c’est sûr trouver quelque chose à se dire de raisonnable une fois qu’on aura chacun retrouver notre apparence…

Mais se dire quoi !

Le problème, on le voit bien pour nos petites identités, partager le même lit où le même forum, y a rien à faire : ça engage ! Ce qu’on a dit, on l’a dit ! Arrivé à hauteur de ce post, je vois déjà Alex venir avec ces ciseaux me découper mes phrases pour y répondre une à une en reprenant « exactement » ce que j’ai dit.

- Ce qui est écrit est écrit ! Vic ! Tu as dit ça, tu me mets en cause !

-Non ! Mais si je t’ai cité, c’était juste un exemple, pour illustrer …

-Alors pour toi, depuis tout ce temps, je suis juste là pour illustrer quand le débat s’enfonce de plus en plus…

-Non, c’est pas ce que j’ai voulu dire … Euh ! Elle est bien Luca non ? Qu’est-ce que tu penses de Luca ?

-Oui ! C’est ça ! Comme toujours, change de sujets ….



C’est ça que Kaufman regarde : les petites bisbilles qui, alors que l’on ne veut pas y accorder trop d’importance, forgent nos identités, font que Vic est Vic, Alex Alex et Thierry Thierry.

Il n’y a pas besoin de conflits énormes pour s’apercevoir que l’on est tous différents. Que nos identités ne seraient pas si fragiles mais plutôt tenaces. On ne veut pas changer de points de vue comme ça. Parce qu’elles existent malgré nous en nous et fortement nos identités, et surtout quand on n’y pense pas. Qu’on n’est pas en train de se dire : là, il faut que je prenne une position politique forte ! Mais que dans la surprise de débattre avec l’autre on s’aperçoit qu’on est à la fois très semblable à lui ou à elle et tellement différent.

L’identité collective, c’est cela aussi. C’est quand j’y pense le moins que je suis le plus français, pas quand je me prends la tête avec le concept d’identité nationale, et si je croise un afghan dans la rue en bas de chez moi, il y a peu de risque, vu mon tempérament, que je me mette à lui balancer des cailloux… Je crois…

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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L'ombre épaisse fuit;
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MessageSujet: Re: L’estime de soi.   Hier à 11:34

Qu'est-ce que je fous là, moi ??? scratch mdr

Est-ce que pour un homme, l'estime de soi peut en partie résider dans ces moustaches ? Rolling Eyes


Dernière édition par lucaerne le Lun 23 Nov 2009 - 14:07, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L’estime de soi.   Hier à 12:34

Evidemment d'accord avec toi, Vic, et tes exemples on pourrait les multiplier à l'infini. Et bien sûr que j'ai picoré des trucs intéressants dans la conférence de Kaufmann, notamment la notion de fragilité là où précisément pas mal de gens doivent se dire qu'affirmer leur identité leur donne un poids fantastique. C'est sans compter l'identité des autres qui pensent la même chose.

Perso, j'apprends beaucoup sur les relations humaines, en gérant LU. N'empêche que parfois je me fais aussi piéger. Il faut sans arrêt retrouver l'équilibre en soi, si on veut tenir le choc. Alors donc on en arrive au couple, c'est la même chose et kaufmann parlait de cet épuisement qu'on ne peut pas ne pas louper, cet acharnement à se sentir soi, à affirmer soi, quelle que soit la situation.

Je cherche toujours ce que j'attendais et n'ai pas trouvé dans la conférence. Je crois l'avoir dit plus haut, je crois que j'aurais aimé des pistes, quelque chose qui permette de se dire : bon ok, on fonctionne comme ça de nos jours, mais alors, quels moyens pouvons nous nous donner pour ne pas tant nous épuiser.

J'ai une pensée fugace pour le lâcher-prise, qui n'est pas à mon sens signe de démission, mais position d'accueil. Qu'en penses-tu ?

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L’estime de soi.

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