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| | Claire (roman de Marylen : extraits) | |
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Antigone
Inscrit le : 14 Juil 2004 Messages : 86
| Sujet: Claire (roman de Marylen : extraits) Lun 19 Juil - 19:31 | |
| Tiens, Marylen, j'ouvre un nouveau fil consacré à ton roman.
Installé sous la varangue, alors qu'il sirotait avec son père un rhum arrangé, bien mérité après une si dure journée, en attendant que le dîner soit tout à fait prêt, Tizan, en humant le fumet du rougail de morue qui lui faisait palpiter les narines, demanda timidement à son père quelle était cette fille qu'il avait en vue pour lui! -Ah! J'ai eu peur de comprendre ce matin que cela ne t'intéressait pas! Mais j'ai bien vu que ça t'avait travaillé toute la journée! Il se tut. Un sourire illuminait sa face ridée, étirant ses grandes lèvres sous une moustache frémissante. Il prit le temps de se rouler une cigarette, lentement, minutieusement. L'eau verte de ses prunelles ondulait sous des sourcils broussailleux et roussis. Les derniers rayons du soleil y allumaient des étincelles qui pétillaient de malice. Il posa ses lèvres au bord du verre, huma profondément son contenu et le reposa avec mille précautions sur le rebord du guéridon. Le silence qui s'installait devenait pesant à Tizan qui était sur des charbons ardents. Il avala son verre d'un trait et ne sachant que faire de ses grandes mains calleuses de travailleur de la terre, il se mit à curer soigneusement ses ongles, puis à faire craquer les jointures de ses doigts. -Arrête! ça m'énerve! lui lança son père. Oh! C’était bien là le comble! Il prenait son temps, faisait durer le suspens, mettait sa patience et ses nerfs à rude épreuve et... -Tu vas avoir bientôt vingt ans, mon garçon ! -Oui papa ! Mais… -Il n’y a pas de mais qui tienne ! Il est temps pour toi de fonder une famille ! -Mais… -Je te donne le morceau de Grand-Terre, là les patates et le manioc poussent bien et les pois donnent bien aussi. Ca sera suffisant pour démarrer ton ménage ! Après tu t’agrandiras à ta guise… -Mais… je ne vois pas avec qui je pourrais me marier … ici ! dit-il avec un profond désespoir. Tizan posa ses mains croisées sur ses genoux et attendit en silence. Son père se leva lentement, fit quelques pas autour des parterres qui exhalaient des parfums captivants dans la douceur du soir, puis il alla s'adosser à un poteau de la varangue en prenant bien soin de ne pas bousculer le vanillier qui y grimpait. Il tira une bouffée, souffla la fumée, cracha un brin de tabac de la pointe de sa langue et lança à brûle-pourpoint: -Qu'est-ce que tu penses de Claire, mon garçon? Tizan se leva d'un bond, comme mû par un ressort. Sa chaise se renversa accrochant un fanjan de capillaires qui dégringola, entraînant dans sa chute un pot d’oreilles d'âne posé au bord du perron. Le bruit surprenant de vaisselle cassée s'éternisait dans le silence qui précédait la tombée du jour. La tignasse presque blanche de Maman-Lia émergea de la porte noircie de la cuisine. -Vous ne pouvez donc pas faire un peu attention? Vous bataillez ou quoi? Que se passe-t-il? Mon Dieu mon enfant! Tu as vu ta gueule? Tu es blanc comme un linge! Qu'est-ce qu'il te raconte encore ton père pour que tu te mettes dans un état pareil? Le père tirait une bouffée. Tizan se cramponnait au dossier de la chaise qu'il avait relevée. La mère s'était approchée et jugeait du dégât, râlant. -Mes pauvres plantes! Mes chères plantes! Tous des grosses brutes ces hommes! -Arrête donc de gueuler comme ça Lia! Va plutôt t'occuper de ton zembrocal qui est en train de brûler. Elles repousseront bien tes fleurs, va! -Oui, mais on voit bien que ce n’est pas toi qui t’en occupes ! -On parle de choses sérieuses… -Je peux savoir ce que sont ces « choses sérieuses » ? -Non pas pour le moment encore ! -Faites attention quand-même à ce que vous faites… Lia, fâchée, retourna dans sa cuisine en grommelant. Le Tizan, déboussolé par cette question inattendue, se dirigea vers le barreau, sortit dans le chemin où s'ébattait une marmaille sale et dépenaillée. Rageur, il donna un coup de pied magistral dans un galet qui vola par-dessus les piquants dorés et alla faire un plongeon dans la mare au bout du terrain vague. Les enfants sifflèrent, admiratifs. Tizan resta de marbre devant cette ovation, prit un sentier à travers les cannes et oublia le repas du soir.
A quelques mètres de là, au bout du chemin sans issue, une autre âme se tordait les doigts de détresse. Le père de Claire venait de lui annoncer qu'il avait en vue pour elle … Tizan comme mari ! Tizan un bon gabier. Loyal. Travailleur. Tizan ne court pas après les filles, comme les autres jeunes coqs du village qui font parler de leur conduite jusque dans les villages limitrophes : villages où les jeunes filles, peu farouches, étaient bien plus nombreuses que les garçons en âge de batifoler. -"Et puis tu sais, c'est du bon monde ! Il te fera de beaux petits, à la peau claire et satinée. Il faut relever la race, ma fille... " lui avait dit son père. Claire pleurait tout doucement. Elle n'avait jamais encore envisagé de se marier. Il lui semblait qu'elle n'était encore qu'une toute petite fille. Elle ne savait presque rien de cette vie des grands qu'il allait lui falloir affronter. Cela ne faisait pas bien longtemps que sa maman avait commencé à lui confier de menus secrets de sa vie de femme heureuse. De tendres moments de complicité s'étaient crées entre elles et juste au moment où elle commençait à se sentir à l’aise dans cette complicité voilà que son père lui parlait de séparation pour aller dans une vie inconnue. Un doute assaillait Claire à présent. Sa mère était-elle au courant du dessein de son père? Etait-ce pour cette raison qu'elle lui enseignait l'art de devenir femme? femme-maîtresse, femme-mère, femme soumise à un seul homme? Elle n'osait croire à cette trahison et surveillait en coin les réactions de sa mère qui brodait près de la fenêtre, profitant de la lumière des derniers rayons du soleil. -Maman, le savais-tu? -Non, ma fille. Non ! -Maman ! Claire ne savait pas quoi dire ni comment dire ce qu’elle éprouvait. Elle tortillait le bas de son tablier autour de ses longs doigts, le chiffonnait, le défroissait, le plissait… Après un léger moment d'hésitation, piquant son aiguille dans le cœur d'une fleurette, sa mère ajouta : -Mais je pense, moi aussi, que Tizan est le mari qu'il te faut. C’est un garçon qui a la tête sur les épaules ! Il saura te rendre heureuse... Un tourbillon fit irruption dans la pièce. Daisy, la petite dernière, exubérante et farfelue, arrivait avec l’intention visible de chahuter sa grande sœur. Claire essuya du revers de la main ses yeux mouillés. Quelques perles au bout de ses longs cils la trahissaient quand-même en voilant à peine ses yeux rougis. Daisy, surprise, s'arrêta net, abasourdie, refoulant la boutade qu'elle s'apprêtait à lancer. Elle se pelotonna contre sa mère et enfournant son pouce dans la bouche questionna. -Pourquoi elle pleure Claire? -Le sait-elle seulement? lui répondit la mère soudain agacée. Puis se ravisant, en passant sa main fine dans les cheveux ébouriffés de la petite fille, elle lui souffla à l'oreille: -C'est de bonheur, sans doute, qu'elle pleure Claire! De bonheur, mon bébé. Elle lui posa un baiser entre les yeux et la repoussant doucement, lui dit: -Allez! Ce ne sont pas des contes pour les petites filles. File plutôt jouer dehors pendant qu'il fait encore jour. Ou bien, va ramasser des fleurs de corbeille d'or pour faire des colliers et des bracelets... Daisy sortit, perplexe. Claire la suivit. -Viens! Lui dit-elle. On va aller faire un tour dans le chemin.
Dernière édition par le Lun 19 Juil - 20:35, édité 1 fois |
|  | | Marylen Electrocuteuse Innée

Inscrit le : 10 Juil 2004 Messages : 1295
| Sujet: Re: Claire (roman de Marylen : extraits) Lun 19 Juil - 20:19 | |
| Oups ! Je suis confuse... C'était juste pour rire! Faudrait peut-etre commencer par le commencement! Là j'avais juste selectionné un passage... Maman! j'ai peur!  |
|  | | Antigone
Inscrit le : 14 Juil 2004 Messages : 86
| Sujet: Re: Claire (roman de Marylen : extraits) Lun 19 Juil - 20:43 | |
| J'ai ajouté "extraits" dans le titre. Excuse-moi, c'était juste pour qu'il n'y ait pas interférence entre ton texte et le mien, dans l'autre fil. Ai-je gaffé?  |
|  | | Antigone
Inscrit le : 14 Juil 2004 Messages : 86
| Sujet: Re: Claire (roman de Marylen : extraits) Lun 19 Juil - 22:21 | |
| En attendant, pour continuer les commentaires, j'aime l'extrait qui se passe dans la maison de Claire et sa famille. On sent déjà que Claire est un personnage attachant, et la petite Daisy, dès son entrée, fait pressentir un je ne sais quoi de piquant.  |
|  | | nansou
Inscrit le : 09 Juil 2004 Messages : 30 Localisation : Toulouse, France
| Sujet: Re: Claire (roman de Marylen : extraits) Mar 20 Juil - 7:41 | |
| Marylen, bonne idée de commencer par le commencement, ça m'intéresse ! |
|  | | dulkera
Inscrit le : 23 Mar 2004 Messages : 79 Localisation : brest
| Sujet: Re: Claire (roman de Marylen : extraits) Mar 20 Juil - 9:15 | |
| C'est très bien écrit Marylen et j'ai hâte de lire la suite...et le début apparemment... Attends-tu des corrections pointilleuses ou un avis général? _________________ L'art ne fait que des vers, seul le coeur est poète Christian Chènier |
|  | | Marylen Electrocuteuse Innée

Inscrit le : 10 Juil 2004 Messages : 1295
| Sujet: Re: Claire (roman de Marylen : extraits) Mar 20 Juil - 10:24 | |
| Bonjour. Corrections pointilleuses? Euh... Explique! |
|  | | Marylen Electrocuteuse Innée

Inscrit le : 10 Juil 2004 Messages : 1295
| Sujet: encore un bout... Mar 20 Juil - 20:22 | |
| Dans les letchis du verger les martins bataillaient en faisant un boucan du diable. On les entendait jusque sur les coteaux du Bernica bien au-delà de la route goudronnée. L'air était clair et chaud encore. Claire prit sa petite sœur par la main, sortit de la cour. Elles suivirent le chemin qui longeait la palissade de kaders, par-dessus laquelle de grandes fleurs rouges de Saint-André penchaient leurs cœurs jaunes. Elles prirent un sentier qui coupait à travers les carreaux de cannes vers le Fond-Babrin.
Elles arrivèrent sur une sorte de plate-forme rocheuse en plein vent, polie par le temps, où nulle herbe ne poussait. De-ci de-là, entre les fissures de la pierre, quelques maigres capillaires, des mousses jaunâtres et de rares touffes de mozas avaient pris racines. C'était là le domaine des lézards et des couleuvres de la Vierge. On retrouvait parfois, accrochés aux aspérités, les vestiges de leur robe étoilée de la dernière mue. La plate-forme retenait la dernière vague de chaleur du jour.
Adossé au rocher, Tizan, les yeux fermés, rêvait tout éveillé. La proposition de son père faisait du chemin dans sa tête bien pleine. Il voyait sa case construite sur la Terre du Verger, avec une belle varangue et des lambrequins. L'ombre et la lumière joueraient à cache-cache dans les ciselures sous le soleil. L'allée fraîchement balayée, bordée de parterres, s’ouvrirait sur la grand-route. La cour fermée par une solide palissade de bambous verrait s'ébattre de beaux enfants rieurs. Non loin de là, des poules du pays aux longues pattes et des canards pékins vivraient en pleine liberté. Dans un coin, sûrement, il ferait un barrage pour deux ou trois chèvres et, peut-être aussi un joli petit cochon noir qu'il engraisserait chaque année pour les fêtes du Nouvel An. Et pourquoi pas compléter ce petit bétail par une jeune vache qui leur donnerait du bon lait chaud et crémeux? Il imaginait, virevoltant dans ce petit paradis, une robe fleurie dont le corsage, légèrement échancré, laisserait deviner de beaux tétés : promesses d'avenir. Il imaginait les longues jambes fines et fortes aux chevilles nerveuses. Il imaginait les plus beaux pieds du village, nus dans la poussière, ignorant les pierres et les épines, qui danseraient en faisant virevolter gracieusement les plis de la jupe ample. Au-dessus de l'échancrure du corsage le visage rieur de Claire dont les mains ébourifferaient ses longs cheveux frisés. Elle aurait l’air un peu fofolle, mais ça lui irait si bien... si bien... si bien... Un léger bruit venant du sentier de cannes le sortit de sa rêvasserie. |
|  | | nansou
Inscrit le : 09 Juil 2004 Messages : 30 Localisation : Toulouse, France
| Sujet: Re: Claire (roman de Marylen : extraits) Mer 21 Juil - 7:42 | |
| Marylen, j'aime beaucoup, mai sjsi jepeux me permettre, un mot ne colle pas du tout avec le reste du texte : tétés. C'est un terme très peu poétique, qui contraste étrangement avec les autres !
Merci encore pour ton texte ! |
|  | | Marylen Electrocuteuse Innée

Inscrit le : 10 Juil 2004 Messages : 1295
| Sujet: Re: Claire (roman de Marylen : extraits) Mer 21 Juil - 22:44 | |
| Oups ! Un mot qui colle pas? Il y en aura plein de mots qui ne colleront pas forcément. J'ai expliqué que je voulais garder dans mon texte les mots parlés dans le pays où mon histoire se passe. Il y a aussi des mots de vieux créole qui ont pratiquement disparu aujourd'hui mais ce sont des mots qui chantent, qui ont bercé mon enfance et qui me sont chers comme: cabaye=chemise farlangué=déchiré bandèze= bassine zakavoël= traînée (en parlant des filles de petite vertu) montrer son bôyau= (péjoratif) montrer son derrière, sa fesse etc... En créole, on ne dit presque jamais "les seins" mais pratiquement toujours "les tétés" Exemple: Ti fi là néna zolis tétés (Cette jeune fille a de beaux seins) C'est peut-être un tort, mais j'ai envie de garder les mots créoles parce que sans eux, je crains que mon histoire perde som âme et cela me fait tellement plaisir de l'écrire...
Merci pour les comentaires. Tu es gentille. Encore un peu ou j'arrête?  |
|  | | Marylen Electrocuteuse Innée

Inscrit le : 10 Juil 2004 Messages : 1295
| Sujet: Re: Claire (roman de Marylen : extraits) Jeu 22 Juil - 0:14 | |
| La silhouette de Claire, talonnée par sa petite sœur, se découpait dans la lumière mourante. Apparition angélique sur fond de ciel de feu. Il ne rêvait pas… Elle était là ! Elle était de chair et d'os ! Il était abasourdi. Après un vague sentiment de frayeur, il sentit monter en lui une bouffée de désir pour ce corps splendide offert dans un écrin de ciel cuivré.
Ils se regardaient, se jaugeaient, s'estimaient. C'est sans doute cela qu'on appelle le coup de foudre. Cette sensation brûlante qui vous échauffe les oreilles et vous les fait bourdonner. Plus rien n’existe autour que les sifflements en longues modulations de votre âme émue. Votre cœur prisonnier de vos émois, sentant venir le danger du piège de l'amour se met à tambouriner, prêt à exploser. Votre vue se voile, comme pour ne pas voir les orgies de la fête nuptiale promise. C'est peut-être le moment de tenter une retraite. Mais vos jambes, subitement remplies de coton, se dérobent sous vos pas et au lieu de vous enfuir, vous tombez à genoux au milieu de la clairière luxueuse. Sont là, les anges entourant Eros et les oiseaux de la Vierge, les moutardiers et les becs-roses, les teks-teks. Même les moineaux qui sont si bruyants d'ordinaire, se taisent à l'instant pour vous laisser pleinement la possibilité de capter les ondes qui irradient autour de vous. Ces ondes qui vous conditionnent et vous font penser que c'est cela le grand amour. Ces ondes se cherchent, s'entrechoquent et vous font toucher du bout des doigts le bonheur, palpable, réel. En fond de tableau, des bananiers riches de régimes nourrissants, des bougainvillées mauves ou roses ou jaunes pour égayer les jours ordinaires, les azalées et les zinnias, et les pluies-d 'or vous font une haie d'honneur quand vous pénétrez dans votre nid d'amour ! Et vous voyez encore le far-far plein d'épis de maïs mis à sécher dans la fumée de la cuisine à l'abri des charançons voraces, le magasin où sont rangées les bonbonnes paillées, remplies de pistaches, de pois pays, de zantaks, de zembrevates et de voèmes ! Ce sont toutes ces images, ces odeurs qui défilent, se superposent, reculent, avancent, s'enfuient, réapparaissent, s'imposent dans votre tête en l'espace de quelques secondes, qui vous font dire à l'autre: "- Je vous aime! " Et c'est pour la vie. Dans la minute présente, vous y croyez ! C'est exactement ce qui arrivait pour le moment à Tizan et à Claire, sous l'œil incrédule et innocent, faussement aveugle de la petite Daisy qui se tenait légèrement à l'écart. Elle se balançait d'un pied sur l'autre, les doigts croisés derrière le dos, sentant vaguement sa présence superflue, et ressentant instinctivement la nécessité de ne pas bouger, de ne rien dire, pour ne pas faire s'évanouir la magie de l'instant qui, comme l'oiseau surpris, risquait de se sauver à tire-d'aile par-dessus les mozas. Dans l'or et le cuivre du jour finissant, le couvercle de l'écrin du monde se refermait sur deux perles précieuses. Qui sait ce dont sera fait le lendemain ? Hier, l'instant présent, l'avenir, tout leur appartenait ! Daisy recula lentement dans le sentier et se fondit dans l'ombre des cannes en fleurs. |
|  | | nansou
Inscrit le : 09 Juil 2004 Messages : 30 Localisation : Toulouse, France
| Sujet: Re: Claire (roman de Marylen : extraits) Jeu 22 Juil - 7:40 | |
| Merci Marylen, ça me fait très plaisir de découvrir peu à peu ton texte !
J'aime beaucoup cette partie, elle est très belle ! Cet "arrêt" (pas description, c'est bien trop aride) sur le coup de foudre est très belle. J'aime beaucoup cette phrase :
| Citation: | | Dans l'or et le cuivre du jour finissant, le couvercle de l'écrin du monde se refermait sur deux perles précieuses. |
Je comprends que tu veuilles garder les mots parlés... DOnc allonsy plour "tétés" !
Merci encore ! |
|  | | Antigone
Inscrit le : 14 Juil 2004 Messages : 86
| Sujet: Re: Claire (roman de Marylen : extraits) Jeu 22 Juil - 15:54 | |
| Tu as raison de garder les mots créoles, Marylen, ça fait "couleur locale". Ton roman est très bien écrit, et je vais peut-être en relire les extraits en me passant, en bruit de fond, "Ba moin en ti bo" par la compagnie créole, pour voir l'effet que ça fait.  |
|  | | Marylen Electrocuteuse Innée

Inscrit le : 10 Juil 2004 Messages : 1295
| Sujet: Re: Claire (roman de Marylen : extraits) Jeu 22 Juil - 22:51 | |
| (…) Assise sur le perron devant sa porte, la tête entre les mains, les coudes sur les genoux, Claire se rappelait comme si c'était hier.
L'année s'était trouvée trop longue cette année-là ! Trop longue avec ses mois de sécheresses. Trop triste avec ses cortèges d'enfants morts de toxicoses, aux alentours du mois de Marie et sur les petits cercueils desquels on déposait des fleurs de cosmos blancs. Trop angoissante avec ses cyclones, sans noms encore et leurs lots de dégâts, de sans-abri, de noyades. Sans parler des faits-divers, les longues litanies de bagarres électorales, les coups fourrés et les échauffourées entre partisans fervents. Les autres, les moins fervents profitaient de cette période trouble pour régler leurs comptes avec leurs voisins. L'année trop longue se mourait dans le rouge-bonheur des letchis mûrissants. Les explosions des pétards chinois achetés à l'épicerie du coin et le sang versé des flamboyants animaient les cours et la place. Le bruit finissait d'assourdir les têtes saoules d'avoir trop bu pour oublier les malheurs d’hier et aborder l’an nouveau sous de meilleurs auspices. Endormies, dans la nuit de la Saint-Sylvestre, les rancœurs tenaces ! Endormis les chagrins et les amours mal vécus ! Envolées, dans la fumée bleutée de la poudre, les douleurs de reins attrapés à tant dépailler et gratter dans les champs de cannes, les chiendents coriaces et les lianes-toupies envahissantes ! Oubliés les jours sans viande, où l'on a trempé son riz d'un bouillon de brèdes avec une sauce de piments ! Le sang des flamboyants, versé à leurs pieds, se mêlait au sang des animaux sacrifiés pour les fêtes. Un vague relent de chair grillée stagnait dans l'air se mêlant à l'odeur âcre des pétards. Le cochon vorace, engraissé pour la circonstance, avait été égorgé à la barre du jour au fond de la cour. Sa vie finissait dans des râles affreux et se transformait en cochonnaille appétissante. Les boudins au cresson et aux oignons verts bien pimentés donnaient déjà la coulante aux intestins les plus fragiles… Le foie, le cœur et les poumons, les morceaux de choix avaient été dégustés en carri comme le voulait la tradition ! Déjà, de bons morceaux macéraient dans le gros sel. Le fromage cochon était pressé et les grappes de saucisses s'égouttaient au-dessus d'une fumée de bois d'encens bien entretenue. Demain, on préparera les andouilles qui sècheront pendant des mois. Elles feront l’agrément d'un bon carri de pois verts à l'occasion d'un repas de fête. Ce soir, après avoir chapardé les boyaux jetés sur le tas d'immondices, les chiens se taisaient, sourds et insensibles aux explosions des pétards. Quelques-uns se faufilaient le long des touffes de bananiers, rotant, mal à l'aise et s’en allaient reposer leurs ventres gonflés, la tête entre les pattes, loin des regards indiscrets. |
|  | | nansou
Inscrit le : 09 Juil 2004 Messages : 30 Localisation : Toulouse, France
| Sujet: Re: Claire (roman de Marylen : extraits) Ven 23 Juil - 7:39 | |
| | Marylen, ta description de la cochonaille juste après l'énumération des morts et des désastres est... surprenante ! Ca ne fait que rajouter à cette atmosphère un peu écoeurante que tu décris. Bravo ! |
|  | | | Claire (roman de Marylen : extraits) | |
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