Marie-Ange

Age : 33 Inscrit le : 08 Mar 2004 Messages : 3645 Localisation : LESTREM-PDC
 | Sujet: Journal de voyage Sam 8 Mai 2004 - 13:06 | |
| J’ai écrie ça, il y a deux ans, en pensant à mes enfants… pour quand ils seront un peu plus grand d’un chouyat :
JOURNAL DE VOYAGE
Anne-Lyse Delfont, c’est moi, enfin je crois, je n’en suis plus certaine. J’ai 15 ans. Je vais au collège où je mène la vie habituelle d’une adolescente de mon âge, je ne t’explique pas, tu en connais le train-train quotidien : lever, bus, cours fatiguants, cantine, re-cours, re-bus, devoirs à la maison, un peu de détente et au lit. Il y a quelques mois, il m’est arrivée un truc incroyable : j’étais en cours de français, je m’ennuyais ferme et, d’un seul coup, me voilà en train de galoper dans une prairie à l’herbe haute, d’un vert tendre, le vent sifflant dans ma crinière. Ma crinière ? Eh oui, j’étais devenue un cheval, un magnifique alezan d’un mètre quatre-vingt au garrot. Quand j’ai repris possession de mon vrai corps, j’étais toujours en train de m’endormir en cours et ma professeur, qui s’en était rendue compte, me houspillait à tout va. Mes camarades de classe étaient hilares, et moi, encore déboussolée par mon «voyage», je ne comprenais pas trop ce qui se passait. Ce qui m’a valu une convocation chez le directeur qui m’a passée un savon du tonnerre. «Vous êtes une élève, votre rôle est d’assister aux cours et de les suivre ; votre devoir est de respecter vos professeurs, ... et patati et patata». Ma prof de français s’était plainte ; paraît-il, je m’étais moquée d’elle. Je ne m’en souviens pas. Je ne me rappelle pratiquement que le plaisir que j’avais de courir, la sensation de «voler», mes sabots ne semblaient plus toucher le sol tant j’étais rapide. J’ai aussi le souvenir de mon retour un peu brusque et complètement déroutant en cours de français.
Si j’ai ressenti le besoin de commencer ce journal c’est que ce genre d’histoire continue de m’arriver ; ça me prend n’importe où et n’importe quand. C’est toujours perturbant mais passionnant, parfois aussi un peu effrayant. Il me faut à présent en parler à quelqu’un, sinon, je crois que je vais devenir folle. Mais ne sachant pas à qui je pourrais me confier sans risquer de subir des moqueries, j’ai choisi un ami neutre et muet, qui ne me rira jamais au nez et qui m’apportera un moyen de «vider le trop plein» de mon cerveau surchargé en aventures. Cher journal, je t’ai donc créé pour que tu me serves de «soupape de sécurité» comme celles des cocotes minutes qui laissent échapper le trop plein de vapeur.
La question que je me pose, maintenant, est la suivante : par quelle aventure commencer ? Le mieux serait de débuter par la première, de continuer par la deuxième, puis par la troisième, et ainsi de suite... ; mais il y en a tant que je risquerais de finir par les relater dans le désordre. Je pense que le plus simple serait de les noter au fur et à mesure qu’elles me reviennent à l’esprit, sans tenir compte de leur chronologie. Ma décision est prise, c’est ainsi que je ferais.
Comment veux-tu, cher journal, que je ne finisse pas par me demander qui je suis réellement. Par exemple, l’autre soir, je regardais à la télévision un film contant une histoire vraie. Le héros, interprété par un acteur qui fait battre mon coeur à mille à l’heure - oh, ce qu’il peut être beau cet homme ! - combattait pour l’indépendance de son pays. Il était prêt à mourir pour que les siens soient libres. Mais voilà la tristesse de la chose, alors qu’il allait épouser la dame de ses rêves, des révoltés, qui se battaient pourtant pour la même cause, jugeant qu’il n’avait pas fait suffisamment pour sa patrie, pas obtenu ce qu’il avait promis, l’ont froidement abattu dans une embuscade. Le générique tombait à peine sur l’écran que moi, déjà, j’intégrais la peau de la bien aimée du héros. Héros qui ne perdait pas la vie, qui remportait la victoire, qui était porté au statut de Dieu vivant libérateur. Et, pour mon plus grand bonheur, j’épousais l’élu de mon coeur, rendant, ainsi, jalouse toutes les femmes du pays. Nous partions, ensuite, couler des jours heureux dans une petite maisonnette campagnarde. Nous y élevions des chèvres et des vaches. Nous avions un chien et quelques poules. Et, surtout, deux beaux enfants ; deux garçons dignes de leur père. Triste réalité, je rouvrais les yeux dans la demeure de mes parents, serrant bien fort dans mes bras, non pas mon tendre amour, mais un vulgaire coussin traînant sur le canapé sur lequel j’étais vautrée. Sur l’écran de télé, une femme nue ventait la douceur du nouvel adoucissant qu’elle utilisait pour faire sa lessive. Je ne comprendrais jamais pourquoi les femmes doivent être nues dans de telles publicités... et jamais les hommes. Le changement ne serait, à mon goût, pas déplaisant. Et cela, cher journal, n’est qu’un exemple de mes «voyages», un exemple dans lequel je prends l’apparence d’un être humain. Imagine un peu qu’elle surprise cela peut être quand je me retrouve dans la peau d’un animal. Vois un peu cela : avant-hier, j’étais dans un couloir du bahut. Devant moi il y avait deux amoureux qui n’avaient pas trouvé meilleurs endroit qu’en plein milieu du passage pour se bécoter. Je me voyais alors en petite souris, passant allègrement entre les jambes des géneurs, courants... et je courais, filant le long du mur. Quand, tout à coup, il me vint aux narines une bonne odeur. Cela me donna l’eau à la bouche. Je cherchais l’origine de cette exquise senteur de friandise. Sur ma droite. Une porte s’ouvrait, ... zip... je glissais entre les jambes de l’individu qui sortait de la pièce. Je me retrouvais dans un vaste endroit. Tout autour de moi il y avait des murs... Mon esprit humain me disait que ces murs étaient les parois de meubles de cuisines, et que j’étais dans la cuisine de la cantine de mon établissement scolaire. J’entendis un bruit, ça venait de... par là. Je courait vers une magnifique pomme dont la peau rouge et brillante semblait m’appeler. C’était une véritable invitation à croquer dans le fruit. Quelque chose se referma sur mon trésor ; une main, une main qui me paraissait gigantesque. Et puis, juste après que la main m’ai volée mon repas, je vis fondre sur moi une ombre. Je levais les yeux sur une semelle de chaussures. Mon esprit souris m’avait prévenu de fuir dès que j’avais aperçu la main. Mon esprit humain lui avait répliqué qu’il n’était qu’un peureux. Mais, réflexion faite, mon esprit humain était un idiot et celui souris plutôt futé. Je filais, je courais, courais. Ma peur me faisait perdre toute notion d’espace. Je ne savais plus où j’allais. Je courais aussi vite que mes pattes me le permettaient. Je courais pour sauver ma peau de souris. Une porte entrouverte, vite... zip... j’étais passée. Il y avait de drôles de piliers dans cet endroit. Mon esprit humain réagit : il s’agissait de pieds de tables et de chaises, j’étais dans la salle de repas de la cantine. Je poursuivais, à toutes pattes, ma route. Zip... je passais une autre porte, ... un couloir... zip... des escaliers... zip... une porte... et je me retrouvais sur la pelouse entourant les bâtiments où mon moi humain allait étudier. Je me croyais sauvée. Ouf, je m'arrêtais pour reprendre mon souffle. Pas de bol, j’avais choisi de stopper net ma course juste devant le nez d’un gros matou. Trop épuisée pour reprendre ma fuite éperdue, je savais que ma fin était proche, que j’allais servir de casse-croûte à ce félin aux yeux bleus. Quel soulagement de découvrir que ce n’était qu’un «voyage» de plus, que j’étais toujours moi, Anne-Lyse, adolescente humaine de 15 ans, debout, l’air complètement effarée, et me sentant totalement idiote, plantée là au milieu d’un couloir à présent vide et silencieux.
Je suis complètement perdue, mon cher journal. Mes voyages ne durent, dans le temps réel - mais qu’est-ce qui est encore réel et qu’est-ce qui ne l’est plus dans ma vie - que quelques minutes, généralement à peine trois ou quatre. Mais j’ai toujours l’impression de partir plus longtemps. Une fois, je me suis vue m’envoler à tire d’ailes par la fenêtre ouverte de ma chambre. A grands battements d’ailes, je suis montée tout la haut dans le ciel et j’ai survolé la ville durant plusieurs heures. En fait, pour l'horloge humaine, je ne suis partie que trois minutes. J’ai constaté, également, que le temps réel pendant lequel je m’échappe n’est pas du tout proportionné avec le temps où je suis autre chose que moi. Je m’explique : je peux partir deux minutes pour un voyage qui me semble durer une journée, et six minutes pour un qui ne me paraît être que d’une demi-heure. Je m’y paume complètement. Hier, j’ai quitté à demi - tu comprendras pourquoi seulement à demi - mon corps. J’ai vécu une expérience fabuleuse, la plus belle qui me soit arrivée jusqu’à présent. Mon «voyage» s’est étalée sur plusieurs jours et pourtant, j’ai repris possession de mon existence d’ados à peine deux minutes après mon départ. Je crois que je vais devenir complètement folle ! Voici donc ce qui m’est arrivée hier :
«Région de Toungouska - Sibérie - 1908 : comète ou vaisseau cosmique ? Roswell - Etats-Unis d’Amérique - 1947 - Vaisseau extra-terrestre ou ballon sonde ? Morbihan - France - Aujourd’hui - Deux objets se sont crashés dans la nuit de dimanche à lundi, ne causant, heureusement, pour tout dégâts que la destruction de quelques cultures céréalières. Un barrage militaire a été immédiatement mis en place pour interdire l’accès de la zone concernée. les ufologues s’en donnent à coeur joie, les responsables officiels se contredisent : pour les uns, on ignorerait tout de la nature des objets tombés du ciel ; pour les autres, tout est clair et net, il n’y aurait rien d’extra-terrestre dans ces objets, un communiqué complet sera bientôt présenté aux journalistes. Ce dont on est cependant certain c’est que deux objets se sont écrasés à un kilomètre l’un de l’autre, en plein champs bretons et que nul n’a encore pu ou voulu définir avec exactitude de quoi il s’agit ! C’était Francis Dourlan, en direct de...»
Le visage que je voyais refléter sur l’écran de télévision était bien le mien. pourtant, j’étais persuadée qu’il y avait encore juste une minute j’étais en classe de science-physique et que mon professeur venait de me poser une question, mais je ne me souviens plus de laquelle. Je jetais un coup d’oeil autour de moi, j’étais dans une petite boutique spécialisée en hifi-stéréo. J’étais moi et pourtant je me sentais différente... Je ne me sentais pas... comment dirais-je... humaine. Oui, c’est cela, je ne me sentais pas humaine... mais ce n’était pas la même sensation que lorsque j’étais dans le corps d’un animal. Je me sentais... plutôt... extra-terrestre... Oui, c’était exactement cela, et c’était exactement cela... j’étais une Extra-terrestre. Et je n’étais pas qu’un peu dans la nuise : des militaires et des chasseurs de Martiens partout, et moi qui me baladais au milieu de tout ça. Je n’aurais pas étais plus en danger au milieu d’un champ de mines. Il m’est venue alors une idée : il était bien question de deux engins ?! Cela voulait dire que je n’étais pas seule ! Mais où était l’autre et qui était-il ? Un autre «voyageur» ou un «vrai extra-terrestre» ? Il allait me falloir enquêter, tout en restant le plus discrète possible. Je tenais à ma peau quand même !
Imagine la suite _________________ La connerie humaine est la seule chose qui donne une idée de l infini. |
|