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| | Cendardella (Juste pour commencer...) | |
| | | Auteur | Message |
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LylaTsB

Age : 49 Inscrit le : 21 Mai 2006 Messages : 3730 Localisation : Entre Auré & Aré, Olé !
| Sujet: Cendardella (Juste pour commencer...) Mer 28 Juin 2006 - 17:53 | |
| Il était une fois, au fin fond du bout du bout du chemin de la Combe Ravine, une femme ni jeune ni vieille. Juste de l’âge du milieu. Celui qui fait que le rire cristallin de l’enfance ne résonne plus entre les parois empierrées. Celui qui fait que le rire feutré de la vieillesse ne retenti pas encore sous les pitons rocheux. Celui qui fait que le rire calme tinte seulement entre les sillons légers des murs rocailleux jusqu’aux sommets dominants.
Elle s’était échouée là, après avoir couru tout le plateau balayé par les vents tourbillonnants et exploré toutes les autres combes de la plus large à la plus étroite, parce qu’ici était sa place. Elle y vivait recluse mais ne croyez pas qu’elle y fut seule, non. Elle était liée au monde. Tous les murmures lui parvenaient, tous les chants, tous les cris, tous les bonheurs et toutes les peurs, tous les plaisirs et toutes les larmes, elle les entendait. Pas qu’elle eut des pouvoirs insolites, non, elle n’était pas sorcière, pas encore. Elle les entendait par les histoires que lui narraient les colporteurs ou les vagabonds, ceux qui s’aventuraient si loin, ceux que les ronciers géants et les sentes caillouteuses ne rebutaient pas. Ceux qui posaient leurs lourds fardeaux au pied de l’églantier dissimulant l’entrée de la mine pour boire au mince filet d’eau claire chuintant sous la mousse brune. C’est en se penchant pour laper, s’ils gardaient les yeux ouverts, qu’apercevant la tâche d’or d’une lanterne, ils écartaient d’un geste curieux mais prudent, les épines de l’arbre. Et ils la voyaient, assise à même le sol, le regard vers le ciel, sourire aux nuages. Elle se tenait là, paisible, parce qu’ici était sa place. Elle les accueillait, sans crainte, toujours confiante parce qu’elle ne possédait rien. Elle leur offrait le gîte et le couvert pour une heure, un jour, un an, le temps qu’il leur faudrait. Quelques uns partageaient même sa couche les nuits de grand froid. Elle ne demandait rien en échange mais, écoutant leurs paroles, elle s’en nourrissait. Puis elle les restituait au monde en chantant pour les oiseaux de passage. De migration en migration, les mélodies lui revenaient toujours plus belles par la bouche d’un colporteur ou d’un vagabond. Ainsi allait sa vie…
Un jour comme un autre, un de ces jours sans que rien ne présage, elle était assise à même le sol, le regard vers le ciel à lire les nuages, lorsqu’elle entendit le bruissement des branches qui s’écartent. Elle baissa les yeux vers la main qui s’écorchait aux épines. C’était une toute petite main diaphane, si fragile. Alors, plutôt que d’attendre comme à son habitude l’apparition de l’être annoncé par cette main, elle se leva. Elle tira le rideau de feuillage et ses yeux furent aspirés par deux étoiles, deux billes luisantes surmontant un sourire timide. Immédiatement, elle senti ses lèvres s’étirer davantage vers les tempes et, comme un jeu de miroir, celui de Cendardella s’étira lui aussi. La femme était stupéfaite qu’une si jeune fille ait pu arriver jusqu’à elle, au fin fond du bout du bout du chemin de la Combe Ravine, aussi prit-elle le temps de dévisager l’enfant. Elle la trouva si fine, si faible malgré son regard scintillant, si maigre et si crottée qu’elle ne vit pas tout de suite les singulières pantoufles couvertes de boue. Elle invita l’enfant, d’un mouvement de tête gracile, à quitter les branchages mais sa longue chevelure sombre s’y était emmêlée. « Vous voilà prisonnière, ne bougez pas, vous risqueriez de vous blesser. Je vais chercher une serpette pour vous débroussailler, dit-elle doucement, tandis que les cheveux s’embrouillaient de plus belle. « Vous pouvez couper mes cheveux, ils sont si noirs de cendres que je ne pourrais jamais les laver, et puis j’en ai assez de jouer la Princesse ! Coupez moi ça ! », vociféra la jeune fille. « Bien, c’est comme vous voudrez », répondit la femme. Et, saisissant sa plus grande paire de ciseaux (la serpette étant trop petite), elle tailla et sectionna l’opulente chevelure. La jeune fille, enfin délivrée, ressemblait à un hérisson. Parée de cette couronne ébouriffée, ses yeux paraissant encore plus lumineux irradiaient la peau de son visage d’une transparence irisée. Elle sautilla hors du buisson, esquissa trois pas de danse, se pencha, se plia, et souffla sur ses pieds, « Flûte, zut ! Impossible d’ôter cette boue, voudriez-vous me dire où puiser l’eau nécessaire au nettoyage de mes pantoufles d’acier ? », demanda t’elle. « Des pantoufles d’acier ? Ma pauvre enfant ! N’êtes-vous pas meurtrie par de telles parures ? », rétorqua la femme étonnée. Elle se mit à genoux devant l’enfant et lui souleva une cheville. « Oh, comme elle est lourde, épaisse et blessante…», murmura t’elle en essayant vainement de retirer la chaussure. « AÏE, aïe, rigola Cendardella, il est impossible de les enlever, seul un ferronnier le pourra, et encore pas n’importe lequel. Mais ne vous inquiétez pas, il devrait arriver bientôt ici. » « Alors nous allons l’attendre, venez vous asseoir, nous nous restaurerons pendant que vous me conterez votre histoire. » Cendardella regarda tendrement la femme et, pour la première fois, son sourire se voila. « Mon histoire… mon histoire… tu veux vraiment entendre mon histoire ? », chuchota t’elle. « C’est pour ça que je vis ici, au fin fond du bout du bout du chemin de la Combe Ravine. Je suis ici pour la recueillir et la fredonner au monde. Ainsi, elle voyagera par-delà l’horizon, sifflée par le gazouillis des fauvettes ou des passereaux, essaimée par les vents. Puis colportée de bouche en bouche, elle se modifiera, s’enrichira, se fondra en paroles. De conteur en conteur, elle me reviendra toujours plus douce, toujours plus belle, et je m’en nourrirai encore et encore. » susurra la femme, adoptant aussi le tutoiement qui les rapprochait malgré elles. Cendardella, plutôt méfiante d’habitude, se sentait glisser dans un cocon ouaté de confiance et d’amour. Cette femme si calme, si sereine, dégageait un charme puissant. « Sorcière ou fée ? » se dit-elle, sachant déjà qu’elle ne résisterait pas. Elle s’assit à même le sol, près de la femme, à la frôler jusqu’à sentir sa chaleur. Elle leva son regard vers le ciel, sourit aux nuages, et raconta…
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Dernière édition par le Mar 27 Mar 2007 - 20:02, édité 3 fois |
|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 50368 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: Re: Cendardella (Juste pour commencer...) Mer 28 Juin 2006 - 18:07 | |
| Presque Cendrillon mais pas tout à fait, aux petits souliers d'acier...
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|  | | LylaTsB

Age : 49 Inscrit le : 21 Mai 2006 Messages : 3730 Localisation : Entre Auré & Aré, Olé !
| Sujet: Re: Cendardella (Juste pour commencer...) Mer 28 Juin 2006 - 18:13 | |
| vi, c'est après avoir joué à "Et si La Belle au Bois Dormant se réveillait avant tout le monde" que j'ai eu envie de poursuivre le jeu... est-ce que je peux poster la suite ici ? _________________ Wip ! Clip ! Crap ! Bang ! Vlop ! Zip ! Shebam ! Pow ! Blop ! Wiiizz ! Shebam ! Pow ! Blop ! Wiiizz ! Shebam ! Pow ! Blop ! Wiiiiiiizzzz ! |
|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 50368 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: Re: Cendardella (Juste pour commencer...) Mer 28 Juin 2006 - 18:15 | |
| Bien sûr ! Tu as ouvert ce fil, il t'appartient, tu peux il y a largement la place. Sympa de partager ! Merci Lyla. _________________ "Bonjour je suis Romane alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane." (Romane)http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html |
|  | | LylaTsB

Age : 49 Inscrit le : 21 Mai 2006 Messages : 3730 Localisation : Entre Auré & Aré, Olé !
| Sujet: Re: Cendardella (Juste pour commencer...) Mer 28 Juin 2006 - 18:16 | |
| Cendardella - 2 - ....
« Quand je suis née, les cloches du royaume ont sonné à toute volée depuis mon premier cri jusqu’à l’aube de mon trentième jour. Mais ce n’était pas pour moi, c’était pour la Princesse Florelle. Pour cette raison, j’ai longtemps cru que nous étions sœurs et je m’imaginais vivre au palais un jour. Le Roi et la Reine étaient de bonnes gens. Le royaume vivait tranquille et prospère. Nous ne manquions de rien. Nous y étions heureux. Lorsque j’ai eu huit ans, ma mère m’y emmena pour y travailler. Elle était lavandière, la lavandière personnelle de la Princesse. Elle allait m’apprendre et je pourrais enfin admirer les dentelles et les soieries, les toucher. Et, immense privilège, laver et empeser ces merveilles….
Le matin de mes huit ans, donc, nous partîmes à l’aube, juste après mon père qui allait aux champs, laissant mon jeune frère et ma petite sœur encore en couche à ma grand-mère. J’étais si fière ! Je me souviens de la fraîcheur de l’air, de la blanche buée s’échappant de ma bouche, du pas vif de ma mère qui m’obligeait presque à courir à ses côtés. Je me souviens des ornières du chemin, du morceaux de pain bis que je mâchais aussi vite que je marchais. – Tu vas finir par avaler de travers, riait ma mère, allez, presse-toi, l’ouvrage n’attend pas. Et elle faisait mine d’accélérer pour me taquiner et je cavalais de plus belle pour lui montrer comme j’avais grandi…
.....
- - Excuse-moi de t’interrompre, veux-tu des baies au miel ? demanda la femme,
- - Non merci, je n’ai pas très faim, plus tard…
...........
.... En arrivant au château, nous longeâmes l’aile nord jusqu’à la tour. Nous la contournâmes pour atteindre l’entrée d’un escalier crachant autant de fumée qu’un dragon. Nous descendîmes dans cet antre et soudainement la chaleur me suffoqua piquant mon nez et mes yeux. – Ce n’est rien, tu t’y feras très vite, dit ma mère, allez, presse-toi, les cuves sont pleines. Elle sautillait sur les marches étroites et je sautillais derrière elle, éternuant et pleurant. Je me souviens de la noirceur de la cendre dans le vieux drap. Je me souviens de l’odeur âcre du linge qui trempe. Je me souviens des brins de laurier et des oignons de lis qu’on déposait au fond du cuvier pour le parfumer. Il fallait bien y ranger le linge à plat, une couche après l’autre, d’abord les draps, puis les chemises, les torchons et enfin les mouchoirs. Et les chemises, il fallait les mettre sur le dos parce que si la chemise avait le devant vers le fond de la cuve, la personne qui la portait mourrait dans l’année ! Puis on allumait le feu sous les marmites d’eau savonneuse et on emplissait les cuves. Le linge trempait. Plus tard on enlevait le bouchon du fond, l’eau coulait, on la récupérait et on la réchauffait, on en remplissait les cuves de nouveau, et ainsi de suite, toute la journée, ceci trois jours durant. Le quatrième et le cinquième jour, on allait rincer le linge à la rivière. A la belle saison, on l’étendait à même le pré, en plein soleil. Il sentait bon l’herbe fraîche. Lorsqu’il pleuvait, ou qu’il gelait, on l’étendait dans les immenses caves au dessus des braseros. Il sentait le feu de bois.
..........
- - Quelle était ta tâche alors ? questionna la femme en lui tendant une écuelle en bois d’aubépine dans laquelle, à la surface de l'eau claire, des pétales de roses dansaient
- - Non merci, je n’ai pas très soif, plus tard…
...........
J’avais une tâche très importante. Je ramassais les cendres et préparais le drap. Puis je descendais dans les cuves pour y placer deux morceaux de bois en croix et, par dessus, le drap de cendres. Et lorsqu’on les vidait, je les nettoyais aussi. Il fallait les gratter avec des boules de paille et du sable. C’est de là que me vient mon surnom, Cendardella, parce que j’avais toujours les pieds et les mains noires. Je me souviens des blessures qui ne cicatrisaient jamais malgré la toile dont ma mère m’enveloppait les mains et les pieds. Je me souviens des chants et des rires. Je me souviens des gerçures et des brûlures. Je me souviens de l’air que ma mère fredonnait en m’enduisant de douceur. Chaque mois, la cuisinière nous donnait un pot de graisse avec lequel l’herboriste nous fabriquait un onguent, en échange de sa lessive. Ainsi, quand tout le linge du château était propre et les feux sous les marmites éteints, les mains des lavandières passaient de rouge à rosé le temps du repassage et de l’empesage. Pas les miennes. Mes mains restaient noires. Parce que le ramassage des cendres ne s’arrêtait jamais. Mais ça ne m’importait guère. J’aimais trottiner de grandes salles en boudoirs pour vider les cheminées. J’ai appris tous les recoins du château, surtout ceux où l’on peut se cacher. Et chaque fois que je passais aux cuisines, un commis ou une cuisinière me fourrait un délice dans la bouche. Je pris en force et en rondeur. Je grandissais. Les jours succédaient aux jours, les semaines aux semaines, les mois, et les ans…
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|  | | LylaTsB

Age : 49 Inscrit le : 21 Mai 2006 Messages : 3730 Localisation : Entre Auré & Aré, Olé !
| Sujet: Re: Cendardella (Juste pour commencer...) Mer 28 Juin 2006 - 18:17 | |
| Cendardella - 3 - .....
Au matin de mes 14 ans, lorsque nous partîmes à l’aube, juste après mon père qui allait aux champs avec mon frère laissant ma petite sœur et ma grand-mère devant une montagne de laine à filer, ce matin là donc, comme chaque matin, nous marchâmes vivement pour nous rendre au château. Arrivée à la croisée des chemins, ma mère me regarda tendrement, s’arrêta, me regarda encore. Je revins sur mes pas, intriguée. - Ce matin est un nouveau jour pour toi, me dit-elle, à partir d’aujourd’hui tu vas apporter le linge propre aux suivantes, mais seulement celui de la Princesse. Je n’en croyais pas mes oreilles. Je faillis hurler mais je me contentais de trépigner et piaffer, tant la surprise m’avait cueillie brutalement, coupant net toute manifestation de joie. Je me souviens de la lumière blanche filtrant entre les branches des arbres nus, des senteurs froides de l’humus, et du rire de ma mère résonnant si clair dans le sous-bois. Je me souviens de mes lèvres incapables d’articuler un mot, de mon corps parcouru de millier de frissons. – Tu vas finir par geler sur pieds, pouffa ma mère, allez, secoue-toi, tu peux rêver en cheminant. Et elle s’engagea prestement dans l’allée vers la lisière, et je courus après elle les joues gonflées de questions retenues…
.....
- Le soir descend, dit la femme en attisant le feu, veux-tu une pelisse ?
- Non merci, je n’ai pas très froid, plus tard…
.....
En arrivant au château, nous longeâmes l’aile nord jusqu’à la tour. Nous la contournâmes mais nous ne descendîmes pas l’escalier. Nous avançâmes encore jusqu’à une grille, puis sous un porche distribué par quatre massives portes cloutées. – La première, m’indiqua ma mère, est la lingerie du Roi. La seconde, celle de la Reine, et la dernière, celle des Dames de la Cour lorsqu’elles séjournent au château. La troisième porte s’ouvrit sur une grande pièce, éclairée par des dizaines de flambeaux tapissant les murs au-dessus d’énormes malles de cuir alignées. En son centre, une table massive autour de laquelle s’affairaient 4 femmes. L’une cousait un jupon d’organdi, l’autre triait des perles et des pierres précieuses que sa voisine brodait sur un corsage de soie rose moirée. La quatrième pliait des robes chatoyantes et les rangeait dans une malle de voyage en vélin blond. Au fond de la pièce, devant l’immense cheminée, deux autres femmes repassaient des chemises de dentelles. Je reconnus avec plaisir la belle ouvrage de ma mère, tant ces chemises étaient pures de blancheur. Je me souviens des bouteilles de lavande, celles que confectionnaient les jeunes bergers en surveillants les troupeaux. Ils la cueillaient haute sur tiges, puis liaient solidement les bouquets à la base des fleurs. En repliant les tiges, ils emprisonnaient alors les fleurs comme dans une cage qu’ils ficelaient. Cela ressemblait à des bouteilles végétales. Les lingères y nouaient un ruban au goulot et les suspendaient quelques jours au soleil. Lorsqu’elles n’exsudaient plus de suc, elles les intercalaient entre les tissus pour les parfumer et éloigner les insectes. Je me souviens des fers à tuyauter et de la laiteuse potion d’amidon apprêtant les cols et les poignets. Je me souviens des parfums, frais sur les vêtements, cèdre, lis, lavande ou citronnelle. Et doux sur le linge de lit, fleur d’oranger, d’aubépine ou de tilleul, pour préparer au sommeil. – Viens Cendardella, approche-toi, dit la plus âgée des lingères en plaçant la dernière robe dans la malle, je finirai ce bagage plus tard. Je vais t’expliquer ta tâche, ma jolie. Puis, s’adressant à ma mère, tu peux aller Suzette, je te la rends ce soir, lui sourit-elle. – Montre-toi digne ma Cendardella, murmura maman en m’embrassant. Pendant qu’elle s’en retournait, je ne pus empêcher mon ventre de gémir d’angoisse. – Mais tu es affamée fillette ! s’exclama Rose qui, sans me laisser le temps d’expliquer que j’avais donné ce matin mon pain à mon frère le goinfre, me donna un morceau de brioche dorée. De la brioche ! Pour moi ! Je n’osais pas la toucher tant elle me paraissait sacrée. – Hé bé, mange donc, une petite main de notre Princesse se doit d’être bien nourrie, rit-elle de bon cœur, te vois-tu grondant du nombril dans le boudoir des appartements princiers ! Les appartements princiers, j’en connaissais déjà les cheminées mais, lorsque j’y pénétrais, ils étaient toujours vides. Jamais je n’y avais rencontré personne. - Bonjour Dames, dis-je enfin, je suis heureuse d’œuvrer auprès de vous. – Mais voyez donc comme elle est polie cette coquine, admira Rose, voici Jane, Louise, Mariette, Lison et Pauline. Allez, avale donc et suis moi, l’ouvrage n’attend pas. Et, écartant une lourde tenture, elle m’entraîna d’un pas vif par un escalier en colimaçon, jusque à un pallier. – Tu devras, chaque jour, à 7 heures, monter le linge de la Princesse ici, dit-elle en toquant sur la marqueterie tapissant le mur. A ma grande surprise, la cloison s’entrouvrant s’avéra être une porte dérobée. – Bonjour Rose, salua une jeune femme en dégageant le passage, voici donc notre nouvelle estafette. – Je vous présente Cendardella, Dame Isabelle, elle est vaillante et très polie. – Je sais déjà cela Rose, je suis certaine qu’elle vous sera une messagère efficace. Chaque jour, comme aujourd’hui, je t’ouvrirai Cendardella, me dit-elle en m’invitant à entrer. Tu déposeras le linge dans ce coffre en bois de châtaignier Je te donnerai la liste des vêtements à préparer pour le jour suivant. Puis tu prendras ce sac en toile de lin contenant le linge sale que tu descendras à la laverie. Tu y ramasseras le sec que tu remonteras à la lingerie dans une corbeille d’osier. Mais avant, Rose, faites disparaître cette noirceur, grimaça t’elle en regardant ma peau. – Oui, Dame Isabelle, je vais la récurer jusqu’à l’os s’il le faut, sourit-elle devant ma mine effrayée, mais avant, je vais la faire bouillir dans un baquet d’eau de saponaire. Je restais silencieuse, consciente que ma vie se jouait là, tributaire d’un savonnage en règle qui devait me rendre figure humaine.
.....
- Il fait nuit noire, dit la femme, il ne viendra plus personne à présent. Nous pouvons allez dormir. Je te prépare ta couche, à moins que tu ne préfères partager la mienne ?
- C'est avec plaisir que je me blottirais contre toi, mais pas encore, je n'ai pas très sommeil, plus tard...
- Tu ne manges ni ne bois. Tu n'as ni froid, ni besoin de repos. Veux-tu poursuivre ton récit ?
- Veux-tu l'entendre ?
- Je ferai selon ton désir, répondit la femme avec douceur. Je t'écoute...
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|  | | LylaTsB

Age : 49 Inscrit le : 21 Mai 2006 Messages : 3730 Localisation : Entre Auré & Aré, Olé !
| Sujet: Re: Cendardella (Juste pour commencer...) Mer 28 Juin 2006 - 18:18 | |
| Cendardella - 4 - .........
Je pris donc, avec un peu d’appréhension, la place du linge dans un baquet d’eau frémissante tout près de l’âtre et des repasseuses. Après quelques minutes, je m’y sentis à l’abri comme dans le ventre de ma mère. Je me laissais bercer par les bavardages des femmes et ne tardais pas à m’assoupir.
– Réveille-toi, marmousette, il est temps de te décrasser, m’entendis-je marmonner à l’oreille tandis qu’une poigne vigoureuse me saisit un bras. – Aïe, Aïe ! Dame Rose ! Vous m’écorchez vive ! – Non, non, ma puce, mais ta corne est si épaisse que je dois frotter fort, rit-elle. Pendant qu’elle me râpait le haut du corps avec application, je regardais ma peau blanchir et s’amincir. Puis Rose récura mes ongles avec un bâtonnet de buis et me dit – Tends donc tes jambes que je les brique. Elle frictionna et astiqua mes jambes et mes pieds avec la même fougue mais, malgré son énergie, une fois la corne ôtée, mes pieds restèrent chaussés de noir. – Bon, ce n’est pas grave, ça partira à la longue, m’encouragea Rose en lavant mes cheveux, tu es lisse et tendre, tu sens bon, te voilà propre comme un sou neuf. Lève-toi, je te rince, se saisissant d’une écuelle, elle m’arrosa copieusement d’eau claire et tiède, puis me saucissonna dans un grand torchon rêche et me posa sur un tabouret devant le feu. Elle démêla et dompta mes mèches rebelles qu’elle tressa en deux nattes, et me contempla, satisfaite, la mine réjouie d’une tâche prestement accomplie. - Je me sens toute molle d’avoir trop trempée, comme une guimauve ramollie au feu, lui dis-je. – Ce corsage et cette jupe de lin frais te rendraient-ils tes forces, sourit-elle. – C’est pour moi ? mais, c’est bien trop beau… - Un tablier et une coiffe brodée, une paire de bas de coton, un jupon, une chemise, un fichu ajouré et aussi deux sabots cirés, ceci pour le travail au château… et voici encore, un jupon, une chemise, une jupe et un corsage en grosse toile, un fichu, un mantelet, une paire de bas de laine et une paire de galoches, ceci quand tu rentreras chez toi. Le matin, en arrivant, tu te changeras et tu rangeras tes affaires dans cette petite malle. Tu feras de même le soir, avant de partir. Il est bien entendu que tu devras entretenir ces habits toi-même. Lorsque tu grandiras, nous t’en coudrons de nouveaux. Ah, j’oubliais tes nattes ! s’exclama t’elle. Parmi les bobines alignées sur la table des brodeuses, elle en choisit une de biais noir, en coupa deux longueurs, les enroula et me les tendit par-dessus le tas de vêtements soigneusement pliés. J’étais si étourdie de tant de richesses que je faillis m’évanouir. – Hé, simplette, veux-tu bien cesser de gober les mouches et te vêtir à présent ? s’écria Rose en me secouant fortement, nous allons être en retard pour la soupe ! La soupe ? Mais quelle heure était-il ? c’est à cet instant que, regardant dehors par la croisée, j’aperçus le jour décliner. – Où est ma robe, Dame Rose ? – J’ai brûlé tes vieilles hardes, habille toi, je vais t‘enseigner comment préparer les atours de la Princesse pour demain matin. Voici la liste. – Dame Rose, je ne sais pas lire, bredouillais-je. - Oui, je sais, je vais t’apprendre à déchiffrer les noms de toutes ces parures afin que tu besognes correctement. Tu devras étudier sérieusement pour œuvrer très vite toute seule. Jusque là, je t’aiderai. Range tes affaires puis rejoins moi près du coffre à jupons, me dit-elle en désignant une malle ventrue à ferrure ciselée….
Je me souviens des signes qui dansaient sous la lueur de la chandelle, puis des lettres, puis des mots que je sus décrypter enfin… Je me souviens du sourire de ma mère lorsque j’écrivis maladroitement « eau » sur la dalle du puits avec un morceau de charbon de bois, elle comprit que ce n’était pas un dessin mais bien un mot et se mit à pleurer… Je me souviens de mes erreurs… Je me souviens de mes efforts… Je me souviens des visages et des regards attentifs lorsque je commençais à ânonner pour l’auditoire familial…
Durant plusieurs semaines, chaque soir, j’apprenais un peu plus. Dame Isabelle, étonnée devant tant de pugnacité, lorsqu’elle su que je lisais et écrivais presque couramment, me fis mander une après-midi de mai. Je montai en sautillant l’escalier en colimaçon, les bras vides de tout fardeau, je toquai sur la marqueterie tapissant le mur, la cloison s’ouvrit. - Entre Cendardella, viens, asseyons-nous à la lumière du jour, dans l’embrasure de la fenêtre, et montre moi comment tu lis, me demanda t’elle. Je n’osai ouvrir l’ouvrage qu’elle me confia alors tant il avait l’air précieux. – Allons, n’ai pas de crainte, c’est un petit recueil de fables tout à fait ordinaire. Ouvre-le au hasard, je t’écoute. J’écartai fébrilement la dorure de la tranche à peut près aux trois quart de son épaisseur. Une lettrine rouge, d’ocre et de cuivre enluminée, scintillait comme un rubis enchâssé dans du vermeil. – Allons ma fille, allons, m’encouragea Dame Isabelle, que le tracé habillé de ces lettres ne te rebute pas, à moins qu’il ne perturbe ta perception, suis-je sotte, je vais chercher un manuscrit moins ouvragé – Oh non, ma Dame, m’exclamai-je, elles sont si magnifiques, comme des joyaux ! mais je sais les lire. – Ah, la gentille ! Lis donc.
Fable du Loup et de l'Agneau
Marie de France
Ésope dit ceci du loup et de l'agneau, qui buvaient à un ruisseau : le loup à la source buvait, et l'agneau en aval était. Avec colère parla le loup qui était très querelleur. Par mauvaise humeur il lui parla : « Tu m'as, dit-il, fait grand ennui. » L'agneau lui à répondu : « Sire, et en quoi ? » Donc, ne le vois-tu? tu m'as ici troublé cette eau : je n'en puis boire mon soûl. Aussi, je m'en irai, je crois, comme je vins, tout mourant de soif.» L'agnelet donc répond : Sire, déjà vous buvez en amont : de vous me vient tout ce que j'ai bu ». « Quoi ! » fit le loup « m'outrages-tu ? » L'agneau répond : « Je n'en ai intention ». Le loup lui dit : « Je sais de vrai ; cela même me fit ton père, à cette source où j'étais avec lui, maintenant il y a six mois, comme je crois ». « Qu'en retirez-vous, fit-il, sur moi ? Je n'étais pas né, comme je crois. » « Et cela est parce que cela est », lui a dit le loup, « maintenant me fais-tu contrariété ? c'est chose que tu ne dois pas faire. » Donc le loup prit le petit agneau, l'étrangle avec ses dents, et le tue. Ainsi font les riches voleurs, les vicomtes et les juges, de ceux qu'ils ont en leur justice. Faux prétextes par convoitise, ils trouvent assez pour les confondre, souvent ils font comparaître à leurs plaids, la chair ils leur enlèvent et la peau, comme le loup fit à l'agneau.
Je finissais ma lecture, la voix chevrotante d’émotion contenue, l’esprit vagabondant près de la source où l’eau rougeoyait du sang de l’agneau. - Tu lis parfaitement Cendardella. As-tu des interrogations sur cette fable ? L’as-tu comprise ? – Bien sûr ma Dame, elle me fit frissonner de peur comme l’agneau. Mais je sais qu’en ce royaume, point n’est de riches voleurs, de vicomtes et de juges tels ce loup, car notre Sire Roi est juste et bon, il ne permettrait pas que ses sujets fussent ainsi assassinés ! m'insurgeai-je. - Que voilà une fine analyse. Tu mérites de rencontrer la Princesse qui a bien besoin de demoiselle de compagnie comme toi. Je vais en parler à notre Reine mais tu dois me promettre de n’en rien révéler à quiconque autour de toi. – Je vous le promets Dame Isabelle, je me tiendrai muette. Puis-je vous poser une question ? – Dis ma fille. - Qui est Marie de France, Dame Isabelle ? – Marie de France est la première femme écrivain française, poétesse du XIIe siècle, à qui l’on doit nombre de lais et de fables. On ne sait quasiment rien d'elle, si ce n'est ce qu'elle écrit elle-même dans l'épilogue de ses Fables : "Marie ai num, si sui de France" (J'ai pour nom Marie et je suis de France). Ta curiosité et ta soif de connaissance me ravissent Cendardella. Retourne à la lingerie et attends, finit-elle en saisissant le livre que je tenais religieusement. – Bien Dame Isabelle. Je vous remercie et vous salue, dis-je en me retirant sur une révérence.
....
- Il se met à neiger, dit la femme, regarde comme les flocons dansent. Bientôt le chemin sera recouvert et ta trace effacée.
- Ainsi, plus personne ne pourra me reprendre, je serais enfin libre, comme toi.
- Crois-tu vraiment que je sois libre, isolée ici, au fin fond de la combe, loin de tout ? La liberté n’est-ce pas de pouvoir aller où nos pas nous mènent ?
- Ton âme voyage et ton corps choisi de demeurer ici, en cela tu es librement reliée au monde.
- Dame Isabelle a raison Cendardella, tu es fine d’esprit. Poursuis donc, dit la femme. Elle souffla sur l'amadou, l'étincelle enflamma la mèche d'ouate d'une minuscule coupelle d'huile, et la lumière chaleureuse les enveloppa.
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| Sujet: Re: Cendardella (Juste pour commencer...) Mer 28 Juin 2006 - 18:19 | |
| Cendardella - 5 - .....
Les jours passèrent, puis les semaines, sans que Dame Isabelle ne dise mot sur notre entente. Je me gardai bien d’une quelconque allusion mais, chaque jour, en grimpant l’escalier en colimaçon, j’espérai si fort…
Au matin de mes 15 ans, bien avant l’aube, bien avant le départ de mon père et mon frère, bien avant le lever de ma grand-mère et de ma sœur, alors que j’étais encore endormie, je sentis la caresse de ma mère sur mon front. – Cendardella, réveille-toi, ma jolie, tu dois partir pour le château dans la seconde, vite Cendardella, insista t’elle, bouleversée. – Maman ? Qu’y a-t-il ? Sortant de mon alcôve, je vis un homme sur notre pas de porte, piaffant autant que l’alezan sur lequel il s’impatientait. – Vite demoiselle, le Reine vous demande, pressez-vous. Simultanément, il me hissa en croupe, salua ma mère et éperonna son cheval. Je me souviens de la froidure de l’air, du martèlement sourd des sabots dans les ornières, du craquement des branches mortes et des ramures qui me fouettaient au passage… Je me souviens des rares étoiles qui filaient… Je me souviens de mon angoisse…
Le chemin parcouru tant de fois me parut étranger et hostile. En arrivant au château, nous longeâmes l’aile nord jusqu’à la tour. Nous la contournâmes mais le cavalier n’arrêta pas sa monture devant le porche des communs. Nous entrâmes sous le porche des appartements royaux où Dame Isabelle trépignait sous sa cape légère. – Vous pouvez aller Pierre, suis-moi Cendardella, m’ordonna t’elle. Une telle brusquerie de sa part me sembla de mauvaise augure aussi je m’exécutai sans un mot, malgré les dizaines prêts à jaillir de ma bouche. A ma grande honte, mes galoches souillées claquaient sur l’escalier de marbre, déposant son lot de terre à chaque marche, mais Dame Isabelle ne s’attarda pas à me faire déchausser. Devant les tapis somptueux du petit salon , je stoppai et protestai – Dame Isabelle, je ne puis continuer ainsi chaussée ! – Suivez-moi donc, sotte, l’heure n’est plus à cela, la Princesse … un sanglot la saisit, elle ne put achever sa phrase. Nous arrivâmes devant la chambre de la Reine. Dame Isabelle se retourna enfin vers moi. – Point d’apparat Cendardella, ni d’avis, ni de protestation. Ecoute. Acquiesce. Et comprends. J’acquiesçai donc, d’un hochement de tête obéissant, sans y rien comprendre mais décidée à satisfaire de mon mieux, comme j’avais promis à ma mère. Je me souviens de son regard, ce matin là, ce regard puissant érigeant autour de moi une forteresse d’amour…
Le regard de la Reine était tout autre, empreint de souffrance, de désespoir, d’amertume. Je plongeai en une révérence afin de le fuir tant il me blessait. Elle me détailla, me scruta, m’évalua, me jaugea sans prononcer une parole. Une interminable estimation durant laquelle j’essayai vainement de dissimuler mes pieds sous mon jupon. – Dame Isabelle, préparez cette enfant, soupira la Reine, Retirez-vous.
S’en suivit des heures sombres où je compris enfin. La Princesse était à l’agonie, vaincue par un sortilège dont aucune fée n’avait pu la délier. Elle se mourrait. Son esprit, divagant et voguant, désincarnait son corps. Je passais tout mon temps auprès d’elle, à lui faire la lecture pour l’accompagner dans ce voyage. Mais les desseins de la Reine à mon égard ne se limitaient pas à cela. La nature m’avait dotée d’une santé vigoureuse mais également d’une étonnante ressemblance avec la Princesse. Même taille, même chevelure sombre, même visage, même regard, au point que l’on eût pu nous confondre si je n’avais cette robustesse qui lui faisait défaut. Sachant sa fille unique perdue à jamais, elle me destinait à la remplacer.
La Princesse ne se nourrissait plus. Les rations qu’on me servait se réduisirent jusqu’à se limiter à un bol de soupe par semaine.
La Princesse ne buvait plus. Je n’eus qu’un seul verre d’eau par jour.
La Princesse ne bougeait plus. Je restai assise à son chevet, somnolant lorsque ma vue se troublait d’avoir trop lu.
Je devins aussi diaphane et éthérée qu’elle pouvait l’être.
Je devins aussi savante et éduquée qu’elle pouvait l’être.
Je devins aussi précieuse et maniérée qu’elle pouvait l’être.
Si bien que, lorsque son âme légèrement s’envola, je me glissai à sa place, dans ses dentelles et ses soieries sans qu’aucune retouche n’y fut apportée.
- Cendardella n’est plus, mon enfant, me dit la Reine. Le charme est rompu grâce à sa bonté. Elle a accepté de porter le sortilège, l’a absorbé et en est morte par devoir pour ce Royaume. Nous ferons en sorte que jamais son dévouement ne s’oublie. Venez Princesse Florelle, allons saluer votre père et nos sujets. Mais qu’est-ce donc sur vos pieds ? s’étrangla t'elle. Alors que je m’abîmai dans ma révérence, le bout de mon escarpin s’était échappé coquinement, laissant entrevoir à travers la finesse de mes bas, la noirceur dont Dame Rose n’avait pu me débarrasser. – Ce sont les cendres de vos cheminées qui ont tatoué ma peau à jamais, ma mère, dis-je narquoisement. – Je ne souffrirai un tel affront, Florelle. Pour vous punir, vous porterez des pantoufles d’acier en lieu et place de vos brodequins. Ainsi, cette noirceur sera définitivement enclose et ne salira plus ma vue !
Au matin de mes 16 ans, les cloches du royaume ont sonné à toute volée pour célébrer la renaissance de la Princesse Florelle. Elle apparut, plus belle et fraîche qu’une fleur de printemps entre le Roi et la Reine radieux, devant la foule en liesse. Elle parcouru ces visages tendus vers son sourire à la recherche de sa famille qu’elle ne distingua pas, les yeux troublés par les larmes refoulées. Elle habitait au palais. Le Roi et la Reine étaient de bonnes gens. Le royaume vivait tranquille et prospère. Il ne manquait de rien. Les gens y étaient heureux. Et la vie s’écoula de nouveau, paisiblement. Mais les pieds de Cendardella brûlaient dans ses pantoufles froides. Mais l’âme de Cendardella brûlait dans son corps impassible.
......
- C’est pourquoi elle n’avait jamais froid ? questionna la femme
- C’est pourquoi elle n’avait jamais froid, admit la jeune fille
......
Un jour comme un autre, un de ces jours sans que rien ne présage, elle cueillait les premières roses thé quand le chant d’une mésange capta son attention. Elle vit l’oiseau, sur la branche de lilas blanc . Ses trilles semblaient conter une légende. – Je deviens aussi folle que cette pauvre Florelle, pensa t’elle, voilà que je comprends le langage des oiseaux. Elle continua néanmoins à prêter l’oreille. « Il était une fois, au fin fond du bout du bout du chemin de la Combe Ravine, une femme ni jeune ni vieille. Juste de l’âge du milieu. Celui qui fait que le rire cristallin de l’enfance ne résonne plus entre les parois empierrées. Celui qui fait que le rire feutré de la vieillesse ne retenti pas encore sous les pitons rocheux. Celui qui fait que le rire calme tinte seulement entre les sillons légers des murs rocailleux jusqu’aux sommets dominants. » chantait l’oiseau. – Rhaaa ! rageai-je (car c’était bien moi, Cendardella, tu t'en doutais) mais comment est-ce possible ? Comment puis-je entendre le langage des oiseaux ? Par quelle magie ? Je ne suis pas née coiffée, je n’ai reçue aucune Fée pour marraine, c’est donc un maléfice qui me ronge ? De rester cloîtrée dans ce palais doré, voilà que je me prends pour un oiseau en cage !
.....
- J’ignorais que les oiseaux colportaient aussi mon histoire, s’étonna la femme
- Je ne serais pas là si je ne l’avais écoutée, sourit la jeune fille
......
Je m’assis, à même le sol, regardant les nuages, et recueillis la ritournelle en mon cœur. Les gazouillis s’y enroulèrent en volutes joyeuses, me dévoilant l’existence de cette femme dont l'image m'obséda et que, pour une raison que j'ignorais et ignore toujours, j'étais déterminée à rejoindre, la mélodie de l'oiseau se muant en chant des sirènes. Comment fuir de ce château ?
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| Sujet: Re: Cendardella (Juste pour commencer...) Mer 28 Juin 2006 - 18:20 | |
| Cendardella - 6 - Elles en étaient là, l’une écoutant, l’autre contant, quand le silence de la nuit crissa sur la sente caillouteuse du bout du bout de la Combe Ravine. La charrette stoppa tout près. Des pas se rapprochèrent (– Ho – holà - ho, mon beau… là… tout doux… murmura une voix grave), puis s’éloignèrent. Elles entendirent des bruits confus , puis les pas se rapprochèrent de nouveau . Une main écarta les branchages de l’églantier.
– Ohé, puis-je profiter de cette belle lumière, il fait si noir au fond de cette gorge ? demanda la voix.
– Approchez, lui répondit la femme, venez vous asseoir avec nous.
– Lucas, LUCAS ! Enfin, te voilà ! Cendardella se leva d’un bond et couru accueillir le gaillard qui s’avançait.
– Ma puce ! Quel bonheur ! Ils s’étreignirent et s’embrassèrent, elle si petite et lui si grand, comme frère et sœur, comme fille et père, comme complices. La femme détaillait cet homme. Ses mains calleuses, ses bras vigoureux, sa solide corpulence, lui laissaient à penser qu’il n’était pas né coiffé. Il ne portait ni arme, ni armure, ce n’était pas un noble, ni un chevalier.
– Madame, je vous présente Lucas, mon ami ferronnier grâce à qui j’ai réussi à m’échapper du château. Lucas, je te présente… Cendardella s‘interrompit soudain, la bouche ouverte sur un nom qu’elle ne connaissait pas. Elle éclata de rire. Tu ne m’as pas dit ton nom, quel est-il ? Préfères-tu nous le taire ? demanda t’elle à la femme.
– Je suis ravie de vous rencontrer Lucas, dit la femme en plongeant ses prunelles dans l’océan du regard de l’homme. Je ne t’ai pas donné mon nom, Cendardella, car il y a bien longtemps que personne ne m’en qualifie. Lorsque je vivais encore dans le monde, on m’appelait «Eglantine ». Quand je me suis exilée ici, je l’ai abandonné, comme tout le reste, comme une vieille peau dont on se déleste, juste au bord du dernier passage qu’aucun arbre ne protégeait encore. Au matin, je vis qu’un églantier y avait fleuri durant la nuit, en occultant l'entrée. Un grand nombre d’âmes transite par cette combe, mais il n’est pas donné à chacune d’entrouvrir le goulet de la source. L’églantier n’offre ce couloir qu’aux cœurs sincères.
– Sincères ? Pourtant je…
-- Cendardella, quoi que tu traînes dans tes pantoufles, l’églantier m’a juste forcé à cisailler ta crinière, l’interrompit la femme en riant, pas tes chevilles.
.....
J’ai laissé les miens. Je ne pourrais pas y retourner. Je les ai laissés à ce royaume jadis rayonnant mais si terne à présent. Je les ai laissés au ciel sombre, aux champs en friche, au sol gelé, aux rues désertées, aux ruisseaux stériles, à l’air lourd et muet. Je les ai abandonnés au chagrin. Elle ne pleurait pas, la petite aux pieds ferrés. Elle disait, juste pour lâcher enfin les mots. Et les mots glissèrent en spirales légères jusqu’à la femme qui les respira lentement. Cendardella se tut et passa le flambeau de ses yeux aux yeux de Lucas.
Lorsque je la vis, la première fois, si délicate, si blanche, si recueillie, je crus qu’un ange en prière m’était apparu. Elle écoutait l’oiseau perché sur la branche de lilas blanc. Son aubade la captivait tant qu’elle en paraissait illuminée, habitée par l’esprit, suspendue entre mirage et miracle. Je revins plusieurs fois. Je la trouvais toujours ainsi, en contemplation, en communion . Il me prit une envie furieuse de l’arracher à ces chimères. Je sautai brusquement au centre de l’allée. Comme vous avez pu le constater, je suis assez costaud et le sol manifesta son humeur de me recevoir. Mais elle n’en fut pas effrayée. Aucun sursaut, aucun affolement. Lucas se tut et passa le flambeau de ses yeux au yeux de Cendardella.
Je regardai ce géant faisant irruption et fi des convenances. Il restait campé solidement sans bouger, sans parler, mais son regard intense me suppliait : Laisse-moi te délivrer. Laisse-moi briser ta cage. S’il te plait, laisse-moi te rendre au bonheur. Alors je lui ai confié ma vie. L’oiseau chantait toujours.
.....
- Voulez-vous une bolée d’eau fraîche ? demanda la femme
- Oui, je pense qu’elle ne m’étranglera plus désormais, sourit Cendardella
- Avec plaisir, j’ai bien soif et cette eau limpide hèle délicieusement mes papilles, plaisanta Lucas, mais avant je vais abriter mon cheval, si vous le permettez. Il neige dru.
- Bois à très fine gorgée ma jolie, conseilla la femme, puis à Lucas, Rentrez-le sous la voûte végétale du bûcher, il y sera bien, il y a déjà du foin, ne gaspillez pas le vôtre.
Quand il fut revenu les bras chargé de bûches et qu’il eut ravivé le feu, Cendardella y réchauffa ses mains, se frictionna les bras, les épaules et les jambes, se rapprochant du foyer. - Je pense que mon sang ne stagnera plus désormais, sourit-elle encore.
......
A l’aube de mes dix-sept ans, alors que tout le château dormait, Lucas déverrouilla une à une les grilles de ma cage grâce à la clef qu’il avait forgée patiemment, déjouant tous les pièges des rouages. Princesse Florelle laissa ses perles et ses jupons, elle endossa les haillons de Cendardella et, pendant qu’elle gagnait l’abri sombre de la forêt, Lucas referma soigneusement toutes les serrures. Il attendit que le château se réveille. Il attendit que Suzette longe l’aile nord jusqu’à la tour. Il attendit qu’elle la contourne et atteigne l’entrée de l’escalier crachant autant de fumée qu’un dragon. Il attendit qu’elle descende dans cet antre où il s’était tapit, la chaleur le suffoquant et piquant son nez et ses yeux. Il attendit qu’elle arrive jusqu’à lui, jadis femme fière mais recroquevillée sur son chagrin depuis la disparition de sa fille. Il attendit qu’elle s’immobilise entre deux marches, devinant sa présence plus que ne le voyant. Et là, il attendit qu’elle l’écoute lui murmurer que la Princesse s’était envolée vers la forêt sur les ailes d’une mésange. Alors le sourire de Suzette éclaira le petit matin et elle se redressa. Il attendit encore que l’ordre fut donné à tout ce qui marche, roule, chevauche, jeunes et vieux en âge de battre campagne, forêt, sentes et ravins, de se mettre en route jusqu’aux limites du royaume pour retrouver la Princesse, puis il apprêta sa charrette.
......
- Et le voilà, après des jours et des nuits, des semaines et des semaines, mais je suis quand même arrivée la première, rit Cendardella
- Oui, mais de si peu ! répliqua Lucas, Tu ne t’es pas perdue, c’est déjà un miracle !
- C’est parce que la mésange m’a guidée jusqu’à l’entrée de la combe Ravine, puis elle est repartie transie, chassée par le froid, rejoindre le sud.
- Elle reviendra au printemps, sourit la femme, veux-tu manger à présent ?
- J’ai faim, se surprit à dire Cendardella, j’ai vraiment faim !
- Allons, prends des forces, elles te serviront à maintenir tes jambes lorsque je vais attaquer ces gangues d’acier avec mes outils, grogna Lucas, j’espère que je ne vais pas te blesser.
- Quoi que tu fasses, ne t’arrête pas avant d’avoir réussi, répliqua vivement Cendardella, je t’en aimerai éternellement !
Ils savourèrent les baies, puisant autant de vigueur dans ces fruits que dans l’amitié calfeutrée les unissant ici, au bout du bout du chemin derrière l’églantier s’abreuvant dans la font de la Combe Ravine, ici où le jour commençait à poindre, déposant sa lumière blafarde réfléchie sur la neige en un ciel scintillant de milliers de cristaux.
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| Sujet: Re: Cendardella (Juste pour commencer...) Mer 28 Juin 2006 - 18:21 | |
| Cendardella - enFIN - Lorsque le soleil blême fut assez haut, effaçant la dernière ombre, Lucas prépara l’écarteur, la masse et le burin dont il posa l’extrémité biseautée dans la braise. Il attendit que la pointe soit incandescente. De la poche gauche de sa chemise, il tira une blague à tabac.
– Tu prises Lucas ? s’étonna Cendardella.
– Non, non, sourit-il, c’est ma poudre magique. Aucun outil ne peut attaquer de telles chausses s’il n’est pas enchanté.
– Encore un de tes secrets dont tu ne m’as dit mot, sourit t’elle.
Il jeta une pincée de poussière dans les flammes et le ciseau s’irisa d’une lumière noire.
– Il est temps Princesse, pose un pied sur ce tronc d’ébène, et vous Dame, placez-vous derrière elle pour la soutenir s’il vous plait, demanda t’il.
Ainsi fut fait. Cendardella s’abandonna dans les bras de la femme, renversant sa tête sur l’épaule offerte, elle contempla le ciel et son regard s’abîma au firmament. A chacun des coups de masse, le tranchant du burin pénétrait plus profond dans l’acier. A chacun des millimètres gagnés, l’étau se desserrait. Cendardella respirait calmement, les yeux perdus au-delà des nuages. Lorsque le burin refroidissait, Lucas le replongeait dans la braise, en surveillait le blanchiment, le saupoudrait, et reprenait le martèlement. La femme ne bougeait pas. Cendardella ne bougeait pas. La femme ne parlait pas. Cendardella ne parlait pas. Rien. Le temps, l’air, l’espace, tout semblait en attente, tributaires de Lucas, suspendus à ses actes. Et dans ce grand silence immobile, seulement les coups de masse de Lucas, secs, métalliques. Les mains rougeaudes de Lucas fixées, assurées. Les gestes précis de Lucas, méthodiques, efficaces. Le souffle court de Lucas, mesuré, concentré. La sueur de Lucas, parcimonieuse, compatissante. Toc, une seconde. Tac - Toc, deux secondes. Toc -Tac - Toc, trois secondes. Les secondes, cadencées par les frappes régulières aussi sûrement qu’un mécanisme d’horloge, se succédaient en rythme décompté. Les minutes succédaient aux minutes. Les heures succédaient aux heures. Les nuits succédaient aux jours.
Au terme du sixième jour, le martèlement cessa. Un filet de sang, s’écoulant des pantoufles fendues, avait baptisé le billot, s’immisçant dans la fibre de bois noir.
– Princesse, il faut les écarter à présent afin de dégager tes pieds. Mais pour cela, il faut aussi les blanchir dans la braise.
– Fais ce que tu dois, mon ami, murmura Cendardella, la brûlure me sera douce puisque délivrance.
– Dame, pendant que je maintiendrai la pantoufle dans le feu, vous glacerez sa chair grâce à l’eau de la source, dit Lucas à la femme figée. Elle l’approuva du regard.
Lucas s’approcha de ces deux statues pétrifiées par nécessité, les saisit unies dans son étreinte protectrice, et les posa à la lisière du foyer. Il donna la cruche suintante de givre à la femme, puis chuchota à la jeune fille – Ma puce, tu dois le faire toute seule, tu dois poser ton pied toute seule.
Cendardella respirait calmement, les yeux toujours perdus au-delà des nuages. La femme perçut le léger frissonnement de son corps soudé au sien lorsque la petite avança la pantoufle vers les tisons. Puis plus rien. Immédiatement, Lucas jeta la pincée de poussière et l’acier s’irisa d’une lumière bleue tandis que l’eau glacée, gelant la peau, s’évapora en brouillard rose. Profitant de cette luminescence féerique, il brisa l’étui de métal qui fondit en grésillant et disparu aussi vite que du beurre frais. Lucas recueillit le pied mutilé de Cendardella dans le nid de ses mains jointes, puis il souffla sur lui tendrement.
– Tu me soignes comme une mère, rit la jeune fille, il ne manque plus que le bisou et mon bobo sera guéri !
La femme, tuteur humain, sourit. – Faites lui un chausson de tourbe et de mousse brune, celle qui habille la roche à la naissance de la source, conseilla t’elle à Lucas, je ne les ai pas ramassées plus tôt car, pour en conserver les vertus médicinales, comme tous les simples, elles doivent être coupées fraîches. Prenez la serpette d’or pendue à ma ceinture. Et, tandis qu’il allait prestement cueillir les herbes après avoir attisés les braisons au passage, la femme se mit à fredonner une mélopée envoûtante qu’un vent de l’ouest lui avait ramenée des terres à bisons.
– Quelle est cette musique étrange ? s’émerveilla Cendardella.
– Te parle t’elle ? lui demanda la femme.
– Je n’en suis pas certaine car les images qu’elle m’évoque ne me sont pas familières.
– Que perçois-tu ? insista la femme.
– Je sens des immensités de prairies, des peuples migrateurs libres et heureux les parcourent. Je vois des arbres peints, sans feuilles ni branches, coiffés de fumeroles. J’entends des chants gutturaux percutant en échos sur des peaux tendues. Avec l’aigle et le faucon, je vole. Avec le loup, je chasse. Avec le pur sang, je galope. Avec la rivière, je ruisselle. Avec la montagne, je respire. Avec la plaine, je me nourris. Avec le soleil, je vis.
– C’est les premiers liens de l’univers qui s’invitent en ton cœur Cendardella, beaucoup d’autres suivront si tu le désires.
– Que faudra t’il que je fasse ?
– Simplement les laisser entrer, sourit la femme, et elle reprit sa litanie, berçant la jeune fille lentement.
- Regarde, dit-elle en visant le zénith d’un index fébrile, regarde, la mésange revient !
Quand Lucas eut noué le cataplasme végétal enveloppant le pied droit de Cendardella, la mésange vint se poser sur la branche d’églantier la plus basse, juste en face du trio. La femme se tut. – Ma puce, dit Lucas, il te reste un prisonnier. Il tendit de nouveau la cruche suintante de givre à la femme en chuchotant de nouveau à la jeune fille, tu dois le faire toute seule, tu dois poser ton pied toute seule. Cendardella respirait calmement, les yeux fixés à l’oiseau. La femme ne perçut aucun frissonnement de son corps soudé au sien lorsque la petite avança la pantoufle vers les tisons. Puis plus rien. Immédiatement, Lucas jeta la pincée de poussière et l’acier s’irisa d’une lumière bleue tandis que l’eau glacée, gelant la peau, s’évapora en brouillard rose. Dès que la luminescence féerique éclata, s’éleva le chant de l’oiseau. L’étui de métal fondit en une grésillante protestation et disparu aussi vite que du beurre frais. Lucas recueillit le pied mutilé de Cendardella dans le nid de ses mains jointes, puis il souffla sur lui tendrement avant de l’emmitoufler d’un frais chausson végétal.
– Me voilà encore pire qu’avant, rigola Cendardella en tentant d’esquisser quelques pas de danse malgré la douleur.
– Holà, tout doux ma belle, réprimanda Lucas, permets à tes petons une convalescence méritée avant de les tyranniser ainsi.
– Je tombe de sommeil ! Excusez-moi de vous fausser compagnie mais je ne puis lutter plus longtemps, soupira la jeune fille en s’allongeant sur une soyeuse peau de mouton, douce nuit à vous…
La torpeur la cueillit, lissant ses paupières comme les pétales d’un coquelicot s’épanouissant à la vie. La femme se penchant expira le souffle d’un rêve doré dans le creux de son oreille-coquillage, déposa un baiser conjurant les cauchemars à la lisière de ses cheveux-hérisson, et couvrit son corps-chrysalide d’un voile d’amour. – Dors ma tendresse, la longue route du destin s’ouvre à toi. Dors, ma princesse, le bonheur est ton avenir… Après quelques instants, rassurée par la respiration paisible de Cendardella, elle regagna sa couche où Lucas la rejoignit. La mésange patienta jusqu’à l’obscurité totale, picorant, voletant, se baignant et s’ébouriffant, puis elle revint se nicher sur la plus basse branche de l’églantier et glissa la tête sous l’aile.
Cendardella émergea des profondeurs du sommeil très lentement. Elle éprouva d’abord comme un sentiment de plénitude qu’elle voulut prolonger, elle n’ouvrit pas les yeux. – C’est ainsi que l’oisillon se retrouve prêt à percer sa coquille, pensa t’elle. Elle écouta les bruits feutrés, étouffés par la bulle protectrice dont l’avait enveloppé la femme. Elle distingua le piétinement des sabots, le claquement du cuir, le grincement du bois, et sut que Lucas attelait. Elle isola le ruissellement de la source de celui glougloutant contre le goulot en argile des récipients, elle dissocia le raclement du pique-feu de celui de l’écuelle au fond de la marmite, et sut que la femme accommodait. Elle perçut le bourdonnement des insectes, le grignotage des rongeurs, le pépiement des oiseaux, et sut que la nature s’éveillait. Alors, elle entrebâilla les paupières et le vit, magnifiquement épanoui, princièrement orné, merveilleusement auréolé de douceur pastel.
– Il est en fleurs ! Il a fleuri ! Il a fleuri cette nuit ! s’écria Cendardelle en se dressant d’un bon, les yeux écarquillés sur cet enchantement.
– Ah, la voilà enfin revenue à la vie, bien dormi Princesse ? rit Lucas.
– Bonjour Demoiselle, sourit la femme, désirez-vous du caillé au miel et des fraises des bois ?
– Hummm, oui, avec plaisir, Cendardella en fronça son nez de gourmandise, j’ai faim !
– J’ai aussi de l’eau de mélisse, en voulez-vous ?
– Bien sûr, quel parfum délicieux, j’ai soif ! s’exclama t’elle en s’accroupissant près de la natte de palme tressée.
– Les provisions et les semences sont chargées, les cruchons d’huiles essentielles et de propolis bien calés, tout est prêt pour le départ, annonça Lucas en s’asseyant.
– Déjà, soupira la jeune fille, nous sommes si bien ici…
- Voyons vos pieds, dit la femme. Elle retira les pansements de mousse brune, dévoilant la peau nue parfaitement propre et lisse, vierge de toute cicatrice.
– Oh ! Merci, mille fois merci Ma Dame, s’émerveilla Cendardella pour la deuxième fois ce matin là, mais pourquoi me vouvoyez-vous ? s’étonna t’elle. La femme la prenant par la main l’entraîna vers la source.
– Regardez-vous Princesse dans ce pur miroir.
Se penchant sur l’onde claire, Cendardella fut saisie par ce reflet inconnu, ce reflet d’une jeune femme révélée par une aura luminescente, nimbée d’amour absolu.
– Il est temps, mon ami, dit tendrement la femme à Lucas, d’emmener La Princesse vers sa destinée.
Elle les accompagna jusqu’au goulet. Elle écarta les branches chargées de fleurs odorantes, et, pour la première fois depuis son arrivée au fond de la gorge, elle franchit la barrière de l’églantier. Depuis le seuil végétal, elle les regarda s’éloigner sur la pente caillouteuse, précédés par les joyeux gazouillis de la mésange. Lorsqu’ils disparurent happés par les coudes du chemin, elle se pencha pour laper à même la source le filet d’eau fraîche, y baigna son visage, puis embrassa la vallée du regard avant de s’effacer derrière l’arbre qui se referma.
Et la romance s’éleva. Prenant son envol, elle s’égrena dans le vent, bien au-delà des sommets surplombant le bout du bout de la Combe Ravine, s’accrochant au duvet de la mésange.
– Ecoute Lucas, sourit Cendardella, écoute-la, c'est notre histoire.
Et Lucas entendit la voix cristalline de la femme chanter :
« Ce matin là, un matin paisible et clair, le matin de ses dix-huit printemps, la Princesse aux pieds nus s’en fut répandre son amour… »
.......
LylaTsB, ContEnCieux Contextes, 2005 EglantineSourire _________________ Wip ! Clip ! Crap ! Bang ! Vlop ! Zip ! Shebam ! Pow ! Blop ! Wiiizz ! Shebam ! Pow ! Blop ! Wiiizz ! Shebam ! Pow ! Blop ! Wiiiiiiizzzz !
Dernière édition par le Mar 27 Mar 2007 - 20:04, édité 1 fois |
|  | | LylaTsB

Age : 49 Inscrit le : 21 Mai 2006 Messages : 3730 Localisation : Entre Auré & Aré, Olé !
| Sujet: Re: Cendardella (Juste pour commencer...) Mer 28 Juin 2006 - 18:26 | |
| Il y a un sûrement de nombreuses erreurs de mise en page (guillemets, tirets, interlignes, etc) et aussi qq fôôôtes, mais suis pas éditeur, hein ! Demand'IndulgenceSourire _________________ Wip ! Clip ! Crap ! Bang ! Vlop ! Zip ! Shebam ! Pow ! Blop ! Wiiizz ! Shebam ! Pow ! Blop ! Wiiizz ! Shebam ! Pow ! Blop ! Wiiiiiiizzzz ! |
|  | | LylaTsB

Age : 49 Inscrit le : 21 Mai 2006 Messages : 3730 Localisation : Entre Auré & Aré, Olé !
| Sujet: Re: Cendardella (Juste pour commencer...) Mer 28 Juin 2006 - 18:29 | |
| Ni écrivaine d'ailleurs, juste scribouilleuse Vos corrections sont les bienvenues PasséSimpleSourire _________________ Wip ! Clip ! Crap ! Bang ! Vlop ! Zip ! Shebam ! Pow ! Blop ! Wiiizz ! Shebam ! Pow ! Blop ! Wiiizz ! Shebam ! Pow ! Blop ! Wiiiiiiizzzz ! |
|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 50368 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: Re: Cendardella (Juste pour commencer...) Mer 28 Juin 2006 - 21:33 | |
| Bon, un tipeu par un tipeu, je vais lire.  _________________ "Bonjour je suis Romane alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane." (Romane)http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html |
|  | | LylaTsB

Age : 49 Inscrit le : 21 Mai 2006 Messages : 3730 Localisation : Entre Auré & Aré, Olé !
| Sujet: Re: Cendardella (Juste pour commencer...) Dim 2 Juil 2006 - 9:19 | |
| MerciSourire _________________ Wip ! Clip ! Crap ! Bang ! Vlop ! Zip ! Shebam ! Pow ! Blop ! Wiiizz ! Shebam ! Pow ! Blop ! Wiiizz ! Shebam ! Pow ! Blop ! Wiiiiiiizzzz ! |
|  | | LylaTsB

Age : 49 Inscrit le : 21 Mai 2006 Messages : 3730 Localisation : Entre Auré & Aré, Olé !
| Sujet: Re: Cendardella (Juste pour commencer...) Mar 27 Mar 2007 - 20:10 | |
| | Romane a écrit: | Bon, un tipeu par un tipeu, je vais lire.  |
Ben t'es drôl'ment en r'tard pour les com, là !  _________________ Wip ! Clip ! Crap ! Bang ! Vlop ! Zip ! Shebam ! Pow ! Blop ! Wiiizz ! Shebam ! Pow ! Blop ! Wiiizz ! Shebam ! Pow ! Blop ! Wiiiiiiizzzz ! |
|  | | | Cendardella (Juste pour commencer...) | |
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