 | Forums de Liens Utiles Littérature, Théâtre, Peinture, Musique, Photos, Randos, Gastronomie, Débats, Informatique et tout ce qui peut encore s'inventer. |
| | |
| Auteur | Message |
|---|
Antigone
Inscrit le : 14 Juil 2004 Messages : 86
 | Sujet: Nous allons nous battre Mer 14 Juil 2004 - 18:31 | |
| Mon amour vient d'arriver Dans notre chambre à coucher. En souriant, il me regarde. Moi, je me tiens sur mes gardes. J'ai mon bustier des dimanches Et j'ai les mains sur les hanches.
Il se met torse nu, J'ai les épaules nues. Et là, nous allons nous battre, Nous bagarrer comme quatre.
Une bagarre amicale, Un petit peu animale, Le couguar et sa panthère Dans un nuage de poussière. Nos batailles au jour le jour Sont des préludes à l'amour.
Une lutte au corps à corps Pour voir qui est le plus fort, Le macho ou l'amazone, Polynice ou Antigone. Oui, là, nous allons nous battre, Nous bagarrer comme quatre.
Nous voici nez contre nez, Sourcils froncés, poings serrés, Nous sommes prêts pour le jeu. Un couple très amoureux Se bat comme frère et soeur. Tu crois que tu me fais peur?
Il s'est mis torse nu, J'ai les épaules nues. Et là, nous allons nous battre, Nous bagarrer comme quatre.
Et nous nous sommes battus. Nul n'est vainqueur, ni vaincu. Notre pugilat délire Vient d'allumer le désir. Au lit, nos poings se reposent. Nous passons... à autre chose. |
|  | | nansou
Inscrit le : 09 Juil 2004 Messages : 30 Localisation : Toulouse, France
 | Sujet: Re: Nous allons nous battre Jeu 15 Juil 2004 - 10:42 | |
| J'aime beaucoup le thème de ton poème !  |
|  | | rotko Invité
 | Sujet: Re: Nous allons nous battre Jeu 15 Juil 2004 - 18:34 | |
| bien vu ! un tableau de picasso s'appelle le baiser, et represente deux crabes aux pinces enchevétrées  |
|  | | espoire
Inscrit le : 10 Juil 2004 Messages : 20 Localisation : france
 | Sujet: Re: Nous allons nous battre Jeu 15 Juil 2004 - 18:39 | |
| J'aime beacoup ton poème... Il fait réapparaitre en moi de jolis souvenirs. Amicalement. Espoire |
|  | | Marylen Electrocuteuse Innée

Inscrit le : 10 Juil 2004 Messages : 1318
 | Sujet: Re: Nous allons nous battre Jeu 15 Juil 2004 - 18:50 | |
| Cela me rappelle un passage de mon roman" Claire" ...Au bout de leurs doigts fébriles s'échappaient les volutes de volupté qui les emportaient dans un océan-bleu-azur inconnu où la noyade était interdite. Les phantasmes, refoulés depuis les temps dans des élans de pudeur, prenaient forme dans les plis des draps froissés et se libéraient du poids des tabous ancestraux. Ils se livraient un corps à corps sans merci où il n'y aura ni vainqueur ni vaincu, mais qui laissera des corps meurtris d'avoir trop aimé d'un coup, des corps qui auront tout à apprendre de la patience et de l'exubérance à maîtriser. |
|  | | Antigone
Inscrit le : 14 Juil 2004 Messages : 86
 | Sujet: Re: Nous allons nous battre Ven 16 Juil 2004 - 12:55 | |
| Merci, Nansou, Rotko, Espoire et Marylen, pour vos commentaires.
Rotko : Je ne connais pas ce tableau de Picasso, mais l'image des deux crabes qui se bagarrent me plaît assez. C'est une façon vigoureuse de se serrer la pince.
Marylen : Très joli, l'extrait de ton roman, bravo, et c'est vrai qu'il y a des expressions communes avec mon texte, même si c'est un autre ton.  |
|  | | nansou
Inscrit le : 09 Juil 2004 Messages : 30 Localisation : Toulouse, France
 | Sujet: Re: Nous allons nous battre Sam 17 Juil 2004 - 14:11 | |
| | Marylen, j'aime beaucoup le passage de ton roman. Tu es en train de l'écriture ou tu l'as terminé ? |
|  | | Marylen Electrocuteuse Innée

Inscrit le : 10 Juil 2004 Messages : 1318
 | Sujet: Réponse à nansou Sam 17 Juil 2004 - 16:28 | |
| | nansou a écrit: | | Marylen, j'aime beaucoup le passage de ton roman. Tu es en train de l'écriture ou tu l'as terminé ? |
Je suis en train de l'écrire. Je te soumets ce passage. Critiques et remarques sont les bienvenues.
Installé sous la varangue, alors qu'il sirotait avec son père un rhum arrangé, bien mérité après une si dure journée, en attendant que le dîner soit tout à fait prêt, Tizan, en humant le fumet du rougail de morue qui lui faisait palpiter les narines, demanda timidement à son père quelle était cette fille qu'il avait en vue pour lui! -Ah! J'ai eu peur de comprendre ce matin que cela ne t'intéressait pas! Mais j'ai bien vu que ça t'avait travaillé toute la journée! Il se tut. Un sourire illuminait sa face ridée, étirant ses grandes lèvres sous une moustache frémissante. Il prit le temps de se rouler une cigarette, lentement, minutieusement. L'eau verte de ses prunelles ondulait sous des sourcils broussailleux et roussis. Les derniers rayons du soleil y allumaient des étincelles qui pétillaient de malice. Il posa ses lèvres au bord du verre, huma profondément son contenu et le reposa avec mille précautions sur le rebord du guéridon. Le silence qui s'installait devenait pesant à Tizan qui était sur des charbons ardents. Il avala son verre d'un trait et ne sachant que faire de ses grandes mains calleuses de travailleur de la terre, il se mit à curer soigneusement ses ongles, puis à faire craquer les jointures de ses doigts. -Arrête! ça m'énerve! lui lança son père. Oh! C’était bien là le comble! Il prenait son temps, faisait durer le suspens, mettait sa patience et ses nerfs à rude épreuve et... -Tu vas avoir bientôt vingt ans, mon garçon ! -Oui papa ! Mais… -Il n’y a pas de mais qui tienne ! Il est temps pour toi de fonder une famille ! -Mais… -Je te donne le morceau de Grand-Terre, là les patates et le manioc poussent bien et les pois donnent bien aussi. Ca sera suffisant pour démarrer ton ménage ! Après tu t’agrandiras à ta guise… -Mais… je ne vois pas avec qui je pourrais me marier … ici ! dit-il avec un profond désespoir. Tizan posa ses mains croisées sur ses genoux et attendit en silence. Son père se leva lentement, fit quelques pas autour des parterres qui exhalaient des parfums captivants dans la douceur du soir, puis il alla s'adosser à un poteau de la varangue en prenant bien soin de ne pas bousculer le vanillier qui y grimpait. Il tira une bouffée, souffla la fumée, cracha un brin de tabac de la pointe de sa langue et lança à brûle-pourpoint: -Qu'est-ce que tu penses de Claire, mon garçon? Tizan se leva d'un bond, comme mû par un ressort. Sa chaise se renversa accrochant un fanjan de capillaires qui dégringola, entraînant dans sa chute un pot d’oreilles d'âne posé au bord du perron. Le bruit surprenant de vaisselle cassée s'éternisait dans le silence qui précédait la tombée du jour. La tignasse presque blanche de Maman-Lia émergea de la porte noircie de la cuisine. -Vous ne pouvez donc pas faire un peu attention? Vous bataillez ou quoi? Que se passe-t-il? Mon Dieu mon enfant! Tu as vu ta gueule? Tu es blanc comme un linge! Qu'est-ce qu'il te raconte encore ton père pour que tu te mettes dans un état pareil? Le père tirait une bouffée. Tizan se cramponnait au dossier de la chaise qu'il avait relevée. La mère s'était approchée et jugeait du dégât, râlant. -Mes pauvres plantes! Mes chères plantes! Tous des grosses brutes ces hommes! -Arrête donc de gueuler comme ça Lia! Va plutôt t'occuper de ton zembrocal qui est en train de brûler. Elles repousseront bien tes fleurs, va! -Oui, mais on voit bien que ce n’est pas toi qui t’en occupes ! -On parle de choses sérieuses… -Je peux savoir ce que sont ces « choses sérieuses » ? -Non pas pour le moment encore ! -Faites attention quand-même à ce que vous faites… Lia, fâchée, retourna dans sa cuisine en grommelant. Le Tizan, déboussolé par cette question inattendue, se dirigea vers le barreau, sortit dans le chemin où s'ébattait une marmaille sale et dépenaillée. Rageur, il donna un coup de pied magistral dans un galet qui vola par-dessus les piquants dorés et alla faire un plongeon dans la mare au bout du terrain vague. Les enfants sifflèrent, admiratifs. Tizan resta de marbre devant cette ovation, prit un sentier à travers les cannes et oublia le repas du soir.
A quelques mètres de là... |
|  | | José Cha Invité
 | Sujet: Nous allons nous battre Sam 17 Juil 2004 - 18:29 | |
| Bonsoir Antigone,
Beau poème d'amour sous le regard de l'humour : rare. J'aime!
Et nous nous sommes battus. Nul n'est vainqueur, ni vaincu. Notre pugilat délire Vient d'allumer le désir. Au lit, nos poings se reposent. Nous passons... à autre chose.
José |
|  | | nansou
Inscrit le : 09 Juil 2004 Messages : 30 Localisation : Toulouse, France
 | Sujet: Re: Nous allons nous battre Sam 17 Juil 2004 - 18:48 | |
| Marylen, ton extrait de roman est très intéressant. Deux petites remarques : je pense que ta première phrase est beaucoup trop longue. C'est dommage, elle est jolie. Elle gagnerait (selon moi ) en intensité à être fragmentée. Je pense aussi que la distinction entre le père et le fils n'est pas toujours très claire. PArfois, je n'ai pas compris à propos de quel "il" tu écrivais.
Mais je serai ravie de lire d'autres passages de ton oeuvre si tu as l'envie de la montrer.
MErci de nous l'avoir proposé ! |
|  | | Antigone
Inscrit le : 14 Juil 2004 Messages : 86
 | Sujet: Re: Nous allons nous battre Lun 19 Juil 2004 - 13:01 | |
| En effet, ça promet, Marylen. Je rejoins assez Nansou pour la première phrase, elle me semble aussi un peu longuette. A mon avis, un bon moyen pour éviter ce genre de chose, c'est de lire tes phrases à haute voix, comme le faisait Flaubert; ça permet de voir si elles passent bien, si elles sont fluides et si ça coule comme un long fleuve tranquille.
"La mère s'était approchée et jugeait du dégât, râlant."
Dans une narration comme la tienne, le verbe râler me paraît un tantinet familier, et employé au gérondif, il fait bizarre. Si j'ai bien compris, dans ton roman, le narrateur est impersonnel, c'est une sorte de démiurge omniscient, pas un personnage qui raconte l'histoire à la première personne. Donc, un vocabulaire très "académique" me semblerait approprié.
Enfin, comme dit Nansou, c'est vrai que les pronoms "il" ne permettent pas toujours de distinguer le père et le fiston, mais il suffit de les remplacer par des périphrases pour lever les ambigüités.
Bravo, en tout cas, pour l'atmosphère et pour ta richesse lexicale. Et merci à José pour son appréciation sur mon texte.  |
|  | | Marylen Electrocuteuse Innée

Inscrit le : 10 Juil 2004 Messages : 1318
 | Sujet: Merci Lun 19 Juil 2004 - 16:51 | |
| Pour vos instructifs commentaires. Mais je dois avouer que j'écris comme je parle(le français n'étant pas ma langue maternelle). J'aimerais aussi garder ce parler rude des ïles sans confort du 19ème siècle, temps où se passe mon histoire. Et là, ça va t-y mieux? A quelques mètres de là, au bout du chemin sans issue, une autre âme se tordait les doigts de détresse. Le père de Claire venait de lui annoncer qu'il avait en vue pour elle … Tizan comme mari ! Tizan un bon gabier. Loyal. Travailleur. Tizan ne court pas après les filles, comme les autres jeunes coqs du village qui font parler de leur conduite jusque dans les villages limitrophes : villages où les jeunes filles, peu farouches, étaient bien plus nombreuses que les garçons en âge de batifoler. -"Et puis tu sais, c'est du bon monde ! Il te fera de beaux petits, à la peau claire et satinée. Il faut relever la race, ma fille... " lui avait dit son père. Claire pleurait tout doucement. Elle n'avait jamais encore envisagé de se marier. Il lui semblait qu'elle n'était encore qu'une toute petite fille. Elle ne savait presque rien de cette vie des grands qu'il allait lui falloir affronter. Cela ne faisait pas bien longtemps que sa maman avait commencé à lui confier de menus secrets de sa vie de femme heureuse. De tendres moments de complicité s'étaient crées entre elles et juste au moment où elle commençait à se sentir à l’aise dans cette complicité voilà que son père lui parlait de séparation pour aller dans une vie inconnue. Un doute assaillait Claire à présent. Sa mère était-elle au courant du dessein de son père? Etait-ce pour cette raison qu'elle lui enseignait l'art de devenir femme? femme-maîtresse, femme-mère, femme soumise à un seul homme? Elle n'osait croire à cette trahison et surveillait en coin les réactions de sa mère qui brodait près de la fenêtre, profitant de la lumière des derniers rayons du soleil. -Maman, le savais-tu? -Non, ma fille. Non ! -Maman ! Claire ne savait pas quoi dire ni comment dire ce qu’elle éprouvait. Elle tortillait le bas de son tablier autour de ses longs doigts, le chiffonnait, le défroissait, le plissait… Après un léger moment d'hésitation, piquant son aiguille dans le cœur d'une fleurette, sa mère ajouta : -Mais je pense, moi aussi, que Tizan est le mari qu'il te faut. C’est un garçon qui a la tête sur les épaules ! Il saura te rendre heureuse... Un tourbillon fit irruption dans la pièce. Daisy, la petite dernière, exubérante et farfelue, arrivait avec l’intention visible de chahuter sa grande sœur. Claire essuya du revers de la main ses yeux mouillés. Quelques perles au bout de ses longs cils la trahissaient quand-même en voilant à peine ses yeux rougis. Daisy, surprise, s'arrêta net, abasourdie, refoulant la boutade qu'elle s'apprêtait à lancer. Elle se pelotonna contre sa mère et enfournant son pouce dans la bouche questionna. -Pourquoi elle pleure Claire? -Le sait-elle seulement? lui répondit la mère soudain agacée. Puis se ravisant, en passant sa main fine dans les cheveux ébouriffés de la petite fille, elle lui souffla à l'oreille: -C'est de bonheur, sans doute, qu'elle pleure Claire! De bonheur, mon bébé. Elle lui posa un baiser entre les yeux et la repoussant doucement, lui dit: -Allez! Ce ne sont pas des contes pour les petites filles. File plutôt jouer dehors pendant qu'il fait encore jour. Ou bien, va ramasser des fleurs de corbeille d'or pour faire des colliers et des bracelets... Daisy sortit, perplexe. Claire la suivit. -Viens! Lui dit-elle. On va aller faire un tour dans le chemin. (la suite demain!) |
|  | | nansou
Inscrit le : 09 Juil 2004 Messages : 30 Localisation : Toulouse, France
 | Sujet: Re: Nous allons nous battre Lun 19 Juil 2004 - 17:06 | |
| | A demain alors, et merci de nous faire partager ton texte ! |
|  | | |
| Page 1 sur 1 |
| | Permission de ce forum: | Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
| |
| |
| |
|