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Vint un soleil, comparable à nul autre

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Romane
Administrateur



Inscrit le : 01 Sep 2004
Messages : 51410
Localisation : Kilomètre zéro

MessageSujet: Il faudra...   Dim 5 Sep 2004 - 11:48

IL FAUDRA

Il faudra des lunes en croissant, des lunes blanches, des lunes rousses, des lunes noires.
Il faudra des ciels décoiffés par le vent, des neiges douces et sauvages, des printemps fiers et des étés flottants.
Il faudra des chansons amères, des poésies tourmentées, des pèlerinages assoiffés sans autre source que celle de la mémoire blessée.
Il faudra des pluies insistantes et volontaires, des champs d’écume perdue, des silences entre les cris et des cris de bête apeurée.
Il faudra des rencontres à fleur de femmes déesses et rayonner avant de s’engluer dans leur imposture.
Il faudra des rêves infiniment inassouvis, des désirs mauves et des plaisirs lacérés par des jouissances de fortune.
Il faudra des draps mensongers, des rendez-vous manqués, des verres levés au néant, des promesses légères.
Il faudra tenter en vain de combler des vides sans fond, ne pas comprendre pourquoi les aiguilles continuent leur course et se sentir rien dans le vertige de l’immensité.
Il faudra des ruptures de non union, des projets de non avenir, des sourires tièdes, des mots sans poids, des ombres sans refuge.
Il faudra des voyages à oublier, des petits matins solitaires et des crépuscules hostiles.
Il faudra des histoires chaotiques.
Il faudra des paradis aux parfums de l’enfer et mille corps à effeuiller sans comprendre l’Amour.
Il faudra des obsessions ravageuses, des larmes comme des poignards, des flèches sans direction, des rires puérils dépourvus de leur sens.
Il faudra des cadeaux que j’on jettera à l’eau, des fanfares sans instrument, des suicides à mains nues, des regards qui se croisent sans se rencontrer, des conjugaisons sans accord, des escalades sans sommet, des noyades glaciales.
Il faudra revenir au point de départ, reconnaître l’absurdité des petites croyances.
Il faudra d’innombrables dernières cigarettes.
Il faudra des parfums traîtres, des accords troubles, des épaules à frêles escales, des jambes en trompe l’oeil, des moues capricieuses.
Il faudra vider des boîtes aux lettres sans lettre et des messageries sans message.
Il faudra faire l’Amour comme on se vide sans se remplir d’Amour.
Il faudra y croire sans y croire, faire semblant plus vrai que nature et comprendre que tout n’était que mirage.
Il faudra séduire des colombes en guerre, des fleurs sans cœur, des fausses blondes et des vraies rousses, toutes libres mais trop libres.
Il faudra remplir des heures creuses, tourner autour du temps pour éviter de n’être que sa proie.
Il faudra l’envers du décor, des lumières noires sans échancrures fluorescentes, des silences opaques, et des vœux calligraphiés pour des aveugles.
Il faudra des fuites lâches, des pensées refoulées et les mêmes défoulées.
Il faudra des ivresses feintes, des joues distraites des pages noircies, des ronces qui attendent, un avion qui part seul et moins zéro-zéro sur un compte en banque.
Il faudra des semblants, des faux, des tordues à l’air droit.
Il faudra avancer à l’aveuglette en se croyant en plein jour, saigner des caresses reçues, poser un masque sur le masque d’avant, trembler de peur et se cramponner à des balustrades de poussière.
Il faudra surprendre des secrets mal gardés, payer d’autres putes, se savoir trompé, se sentir sale et faible.
Il faudra s’allumer à des lampions morts, se frotter à des félines sans race, brûler mille fois le passé , s’amputer de l’essentiel et ne respirer qu’à demi.
Il faudra courber l’échine, reconquérir sa fierté, se perdre encore.
Il faudra réinventer des vies nouvelles et arpenter des chemins porte-malheur.
Il faudra écouter aux portes closes, guetter des trottoirs déserts, longer des indifférences et se sentir misérable.
Il faudra des barbes de plusieurs jours, des poids de rancune, des fantômes de chaque instant et des instants comme des éternités.
Il faudra perdre le nord au point d’oublier qu’il existe.
Il faudra des dîners aux chandelles avec des femmes sans flamme.
Il faudra tout donner jusqu’à son âme et croire un temps, un temps seulement, recevoir l’âme amante aimante.
Il faudra enfoncer ses mains dans des poches vides alors qu’on les croyait pleines.
Il faudra embrasser éperdument en pensant que c’est la première fois.
Il faudra faire du neuf avec du vieux et ne pas vieillir ensemble.
Il faudra faire des prouesses, faire ses preuves et recevoir en échange des gages sans promesse.
Il faudra se croire conquis, se croire fidèle et s’apercevoir qu’elle ne l’est pas.
Il faudra se croire complémentaire d’un féminin à la recherche d’un autre complément que soi.
Il faudra chercher à être l’utile de l’inutile, l’indispensable d’un superflu, le poète d’une sourde.
Il faudra se donner en cadeau et se réveiller dans une décharge à ordures.
Il faudra être le père de l’une, le fils de l’autre, l’objet de toutes.
Il faudra se sentir trahi dans le plus sacré de l’être, brûler vif avant de mourir de froid.
Il faudra tout tenter et tout investir, même ce que l’on a pas.
Il faudra refuser de comprendre.

Il faudra traverser de longs déserts hostiles entre mille forêts luxuriantes condamnées, avant d’apercevoir au loin l’île qui attend depuis la création qu’on la trouve enfin.
Il faudra le courage de transgresser les interdits.
Il faudra venir, faible, intimidé parce que redevenu neuf, amnésique de tout le reste qui n’aura plus d’importance, débarrassé des masques.
Il faudra venir dans la lumière éblouissante.
Alors Deux se reconnaîtront.

Elle dira sa poésie.
Jamais Elle ne finira ses phrases, parce que cela ne finira jamais.

« Amour, mien, toi, mon
Sens de mes sens, de mon essence, essentiel
Cœur du bouton de mon cœur Entière moitié de mon si rien sans toi,
Roi du royaume Je,
Prince de Dame Moi,
Ciel de mes yeux, Marin de mon Océane,
A tous les temps connus et inconnus,
Intime conviction,
Confondus

»

Il ne faudra plus rien d’autre, si ce n’est Etre.
Romane - 03 Août 2004
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Invité




MessageSujet: Re: Vint un soleil, comparable à nul autre   Dim 5 Sep 2004 - 16:24

il faudra qu'il ait toujours des poètes.
merci à toi d'en être.
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suhali




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MessageSujet: Re: Vint un soleil, comparable à nul autre   Dim 5 Sep 2004 - 16:31

Citation:
il faudra qu'il ait toujours des poètes.
merci à toi d'en être.


bon, c'est moi, pas connectée, encore une fois. Embarassed [/quote]
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"On ne rêve jamais trop. C'est trop peu de rêver"(Infonte)
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Romane
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MessageSujet: Re: Vint un soleil, comparable à nul autre   Dim 5 Sep 2004 - 18:06

Merciiiiiiiiiiiiii Suhari Smile

J'aime particulièrement ce genre d'écriture et j'y suis plus à l'aise que dans la poésie où parfois je me sens étriquée par les contraintes.
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suhali




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Localisation : Poitiers

MessageSujet: Re: Vint un soleil, comparable à nul autre   Dim 5 Sep 2004 - 18:09

il ne faut pas avoir peur des "règles".
je ne les respecte vraiment que quand je veux faire un poème de forme classique, et encore pas toujours au pied de la lettre.
quant à moi , la prose....je n'y arrive pas. Laughing
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rose




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MessageSujet: Re: Vint un soleil, comparable à nul autre   Dim 5 Sep 2004 - 18:10

C'est une poésie que tu as écrit n'en doute pas, et une fort belle....
rose
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Romane
Administrateur



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MessageSujet: Re: Vint un soleil, comparable à nul autre   Dim 5 Sep 2004 - 18:54

Merci Suhali, Rose.
Je crois qu'il faut écrire là où on se sent bien, tout simplement.

Et prendre le temps de sortir ce que l'on a au fond de soi.
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Gi




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MessageSujet: Re: Vint un soleil, comparable à nul autre   Dim 5 Sep 2004 - 20:32

Romane
j'en ai les larmes aux yeux.
Ces mots sonnent si justes.
Ils arrivent à point nommé pour moi.
Tu es géniale.
Merci d'être là.
Gi
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Romane
Administrateur



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MessageSujet: Re: Vint un soleil, comparable à nul autre   Dim 5 Sep 2004 - 22:57

Gi, merci du fond du coeur. Ces mots viennent à point nommé pour tous les affamés inassouvis. Ils m'a fallu aller profondément en moi pour les extirper et ce fut douloureux.
Ce n'est pas un texte écrit pour écrire... mais tu as compris cela.

A bientôt nous deux. Bisous.
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Romane
Administrateur



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MessageSujet: Vint un soleil, comparable à nul autre   Mar 7 Sep 2004 - 23:50

Vint un Soleil, comparable à nul autre.


J’arrive au bout de quelque chose. Là, tout surgit.

Drapeau des impasses, flèche des dissonances, fichés bien profondément en terre, érigés jusqu’au plus haut des nuages les plus hauts du ciel – j’imagine leurs racines enfoncées jusqu’à se perdre dans le cœur de la terre – une épée pour chaque erreur, pointées, droites et sans bavure, cent, mille, autant de jours et de nuits accumulant les maladresses.
Fond de tunnel en pierres de blessures, de ces pierres qu’on ne peut pas soulever, ni même faire trembler, de ces pierres qui pèsent le poids d’une vie humaine multipliée par autant d’autres vies – ceux qui, jadis, à peine hier et peut-être encore en cet instant ne peuvent pas être et ne furent pas des anonymes.
Cul de sac de l’errance, où le regard ne peut plus fuir au-delà des arrangements, des convenances et des médiocrités méticuleusement orchestrées, des ravaudages grossiers et hâtifs, des contentements restreints et restrictifs.

Où le regard ne peut plus que saisir la vérité des mensonges, le non sens des mots prononcés parce qu’il fallait les dire pour se rassurer, pour tenter de croire qu’ils exprimaient ce qu’ils taisaient.

Où le regard ne peut que prendre à la loupe ce qu’il refusait de voir à l’œil nu ; l’imprécision, la défaillance, la feinte des gestes auxquels on ajoutait un sous-titrage mal traduit car en réalité ils n’étaient que des gestes muets, je veux dire à destination perdue.

Où le regard embrasse toutes les promesses reprises, toutes les parades d’un soir, d’un an ou de vingt ans, épuisées par le cauchemar de la rupture, toutes les eaux troubles de ces autres regards à fausse route, toutes ces frêles embarcations, tous ces mots bernés par les sens et les sens trompés par la faim, tous les éblouissements artificiels et fugaces, tous les orgasmes en cri de solitude que l’autre n’entendait pas au milieu de son propre cri de solitude, toute la fragilité de l’espérance et tout l’abîme du désespoir intimement mêlés au crépuscule du cœur bouleversé.

Où le regard se heurte aux débris, aux gammes enrouées, aux intentions sans attention, au frou-frou à l’en dessous sans cœur dedans fait pour l’âme qui l’effeuille, aux enfants que l’on fait trop tôt et si mal, aux piliers branlants, aux fondations sur des sables mouvants à l’apparence de terre fertile.

Où le regard décèle les anomalies des définitions : homme, femme, couple, serment, Amour, engagement, écoute, offrande ; ceux là et tous les autres, tous sans exception ni concession, tous les mots clé nécessaires pour fabriquer ensemble, tous ces mots détournés par l’inconscience ravageuse et la cécité du cœur.

Où le regard fait le compte des nuits blanches à brûlures glaciales, de ces nuits ardentes dans ce que l’on croyait être des draps inusables.
Où le regard s’écorche encore aux cicatrices que l’on imaginait à tort pâlies par le temps.

Où le regard, agressé par toutes ces vérités accumulées, dressées en monument dédié à la mémoire du temps de l’errance, ne peut plus se soustraire et s’enfuir, ne peut plus transformer ni justifier.

Où le regard devient courageux, parce qu’il ne VEUT PLUS se soustraire ni s’enfuir, ni transformer, ni justifier.

J’arrive là, en ce point précis où tous les masques s’effondrent au pied des erreurs et de leurs récidives, en cet endroit où le jour et la nuit se confondent pour n’être plus qu’un projecteur révélateur des actes faussés par l’inauthenticité du sentiment que l’on croyait juste et pur.

J’arrive en ce point rond comme le monde, d’où rien ne s’échappe ni ne se perd, où tout porte un nom clairement énoncé ; tout ce que l’on cachait, tout ce que l’on ignorait, tout ce que l’on pressentait, tout ce que l’on cherchait confusément, tout ce que l’on craignait sans en saisir l’essence, tout ce que l’on refusait, tout ce que l’on attendait, ce que l’on revendiquait, tout ce qui blessait dans l’inconfort du détournement, des privations, des excès, des absences et des quêtes.

J’arrive là, au centre de l’éveil, au point G de la conscience, en ce que je croyais être introuvable, fruit des utopies ou mirage des vieux rêves humains.

J’arrive là et ce n’est ni un lieu, ni un instant, mais UN ETAT.

Je suis arrivée la première au rendez-vous du Lien Sacré et si je tremble de tous mes membres, de tout mon être, c’est parce que j’ai peur. Viscéralement.

Il n’y a que cette peur là, pour donner au Lien Sacré le poids de sa gravité et sa certitude de vérité.

12 Juillet 2004 - Romane
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zorgx




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MessageSujet: Re: Vint un soleil, comparable à nul autre   Mer 8 Sep 2004 - 3:57

Romane,
Je viens de te lire comme tu m'y avais invité.
Je reste sans voix.
C'est trés beau tous ces mots.
Je pleurais déjà et la je pleure encore tu vois je suis sensible merci pour tes jolies paroles elles me réconfortent.

zorgx Wink
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Romane
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MessageSujet: Re: Vint un soleil, comparable à nul autre   Mer 8 Sep 2004 - 4:11

Merci Zorgx

Ce n'est pas simplement un texte pour écrire un texte.
C'est plus que cela.
Mais tu le sais bien, toi.
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Vint un soleil, comparable à nul autre

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