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| | comment honorez-vous vos morts ? | |
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bertrand-mogendre Bienveneur bucolique

Age : 53 Inscrit le : 09 Mar 2006 Messages : 2692 Localisation : ici et là
| Sujet: comment honorez-vous vos morts ? Dim 6 Avr - 22:12 | |
| Chalendon me permet de m'interroger sur la manière dont nous nous séparons des personnes décédées. De mon côté, je n'ai jamais connu cette proximité avec la mort. Elle a toujours rejoint les sujets tabous dont on ne parle pas.
Pourriez-vous (sans que cela ne remue trop de souvenirs difficiles pour vous) m'éclairer sur vos coutumes familiales ? Portez-vous le deuil, et ce, combien de temps ? _________________ là où le vent se pose, je m'installe un moment (bertrand-môgendre) |
|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 49258 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: Re: comment honorez-vous vos morts ? Lun 7 Avr - 1:00 | |
| Par ici dans le Sud-Ouest, le rapport avec la mort est on ne peut plus simple. On meurt à la maison, ou si on meurt à l'hosto, on est rapatrié à la maison, dans une chambre que l'on prépare soigneusement à cet effet : une housse blanche, un drap blanc brodé par les anciens, que l'on garde plié sur une chaise en attendant le corps, lequel est accompagné d'une plaque réfrigérante qui sera posée au préalable sur la housse, pour y placer le corps ensuite recouvert du drap. Il faut une coupelle d'eau bénie, un rameau de buis ou de laurier béni.
Alors les amis viennent rendre visite. Le café les accueille, réconfortant, accompagné de pâtisseries. Nous nous installons autour de la table, après être passés dans la chambre aux volets clos, dont la porte peut très bien rester ouverte sur la vie. Un mort ne dérange pas, il est ce qu'a été la personne vivante au sein de la famille, de la communauté. Et on peut vivre autour, sans que ce soit gênant.
On garde les plus proches pour le repas, chaud, convivial, chaleureux. On parle beaucoup du défunt, on se raconte des anecdotes, on rit et on pleure comme on veut, resserrés les uns les autres, liés par ces souvenirs et les liens affectifs. On veille tard, très tard, et on prépare en même temps la maison pour le jour du grand départ.
Ce jour là, la mise en bière est faite dans la chambre, et personne n'y assiste. Il n'est pas rare que tout le village soit présent dans la maison, débordant de partout. La cafetière ne fournit pas tout le monde en même temps, alors on se relaie pour le faire, ce café qui va réchauffer les coeurs.
Quand le cercueil est prêt, il est amené dans la grande salle, où chacun peut venir, entrer et sortir, poser quelque chose dedans, un objet, une fleur, un dessin d'enfant... on lui parle, à celui qui nous quitte, on lui dit adieu, chacun à notre manière, comme on le ressent. On peut aussi ne pas venir, mais dans nos campagnes, rares sont ceux qui n'osent pas, pour la simple raison que la mort est aussi naturelle que la vie, dans l'esprit des gens. Faut pas croire, mais les gens de la campagne sont souvent bien plus mûrs que ceux des villes, en tout cas bien plus en relation avec les choses naturelles de la vie. La mort en fait partie....
Et on part tous en même temps à l'Eglise. Un ami de confiance est chargé de fermer la maison pour que la famille puisse suivre prioritairement le cortège. Après la cérémonie, quand le mort est en terre, beaucoup reviennent à la maison, et on reprend du café, ou l'apéritif, et le repas du soir mitonne pour les intimes et les invitations improvisées, il y a toujours assez pour tout le monde, même si on est plus que prévu on se serre et on partage.
Voilà. _________________ "Bonjour je suis Romane alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane." (Romane)http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html |
|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 49258 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: Re: comment honorez-vous vos morts ? Sam 19 Avr - 22:28 | |
| Bertrand, je serais intéressée à savoir ce qu'en auront dit d'autres témoignages, si tu as l'occasion ? _________________ "Bonjour je suis Romane alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane." (Romane)http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html |
|  | | BloodyMary Appelez-moi Nivéa

Age : 34 Inscrit le : 27 Avr 2007 Messages : 4408 Localisation : Sous ma peau... Peut-être.
| Sujet: Re: comment honorez-vous vos morts ? Dim 20 Avr - 10:52 | |
| Chez moi il n'ya pas de tradition familliale en ce domaine. Personnellement, je les honore en silence,en secret, en intimité et parfois en écrits.  _________________
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|  | | Diego Ortiz

Inscrit le : 07 Avr 2008 Messages : 458
| Sujet: Nos morts Dim 20 Avr - 11:40 | |
| Chez nous, à Genève, on ne fait plus grand-chose. Les cimetières ont été rationalisés depuis longtemps car ils prenaient trop de place, et en général nos restes finissent dans celui appelé Saint-Georges, immense et dépourvu de recueillement et de mystère. Tout le monde ou presque meurt à l'hôpital et les Pompes funèbres se trouvent juste en face. On pourrait invoquer l'excuse d'une ville qui s'étend sur presque toute la surface de son canton, mais je crois que cela serait de mauvaise foi. Le protestantisme ayant toujours autorisé la crémation, tous mes ancêtres protestants, c'est-à-dire la moitié, sont partis en fumée et en cendre. Mon père a fait disperser les siennes sans cérémonie ni témoin sur un carré anonyme situé dans un coin dudit cimetière Saint-Georges, alors que moi je les aurais emmenées se promener au pays de ses rêves, mais enfin soit. Je lui en ai voulu un certain temps de n'avoir aucun endroit où me tenir pour me sentir plus proche de lui, mais c'est fini maintenant. Il est mort en 1987, il y a prescription.
Les parents de ma mère, catholiques de la campagne genevoise, ont émigré dans les années 1920 dans un canton beaucoup plus traditionnel, le Valais. Là-bas les traditions sont très riches. Les enterrements se font dans les églises de montagne, il y a un monde pas possible, le paysage splendide est à liquider les survivants quand c'est au printemps ou en octobre, ou aux autres saisons c'est la dureté du climat. Le corps est souvent exposé, sans fards, mais au milieu de montagnes de fleurs, dans une crypte où l'on a le droit de ne pas se rendre avant la fermeture du cercueil. Il reste quelque chose de l'esprit de village, et lorsque tout se termine au bistrot, c'est l'occasion d'un resserrement voire d'un renouvellement des liens entre les vivants. Vous aurez compris que je préfère cette seconde formule à la première, quoique je ne sois pas un amateur d'enterrements. Quelques mois plus tard il y a encore une messe dont le nom m'échappe dans l'instant, avec les plus intimes.
Petite précision à propos du Val d'Anniviers, dont j'ai pu apprendre certaines traditions grâce à une amie qui en est originaire. J'ai assisté à l'enterrement de son père, mais aussi à son mariage à elle, avec un sympathique Lyonnais, dont la famille urbaine fut apparemment enchantée de l'accueil et de l'expérience ethnographique. Après le mariage proprement dit, grande fête dans la maison communale, séculaire, dont les caves recèlent le vin et le fromage des morts, qu'on ressort pour l'occasion. Car on a mis de côté, année après année, dans un petit endroit réservé, un peu du produit de la terre des ancêtres les plus récents, et on les ressort et les consomme au moment où une nouvelle famille se fonde, ce qui instaure une convivialité entre grand-père et petite-fille, et aussi petit-gendre et nouveaux alliés, et ainsi de suite.
Je suis l'heureux parrain d'une filleule valaisanne par sa mère, et après le baptême on retrouve également le vin et le fromage, sans doute dans le même esprit.
En conclusion, si j'étais mort, j'opterais pour la terre valaisanne - qui est d'ailleurs celle de mon coeur, depuis tout enfant, quand les vieux parlaient encore souvent un patois francoprovençal qui semble avoir aujourd'hui complètement disparu. Durant les années où mon travail ne cessait de me faire voyager, et dans des coins improbables, je disais toujours que je souhaitais qu'on laisse à jamais mon cadavre là où il aurait trouvé son dernier sol. Au fil des années, cependant, et sans guère songer à moi individuellement, mais à l'aura sociale et culturelle qui environne la mort et aussi les instants clefs de la vie, génératrice de sens et de désir de vivre, je suis certain que c'était une sottise que de croire que tout était aussi simple. |
|  | | filo

Inscrit le : 02 Avr 2007 Messages : 2674 Localisation : Montpellier
| Sujet: Re: comment honorez-vous vos morts ? Dim 20 Avr - 12:45 | |
| Comme Bloody. Déjà je n'aime pas les rites, traditions, etc... mais en plus je considère qu'un corps mort n'est plus qu'un corps mort. _________________ Les fêlés sont précieux car ils laissent passer la lumière
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|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 49258 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: Re: comment honorez-vous vos morts ? Dim 20 Avr - 13:41 | |
| J'adore le témoignage de Diego parce qu'il ressemble à ce qui se fait par chez moi, et oui, j'y retrouve aussi des gestes de transmission, comme cette bouteille... Cette transition naturelle d'un état à l'autre, qui n'a plus rien à voir avec la peur ou l'horreur, simplement la continuité de quelque chose, normale, évidente. Pour avoir vécu les deux manières, ville et campagne, je préfère ces traditions dédramatisantes et chaleureusement-familiales-amicales.
Filo, bien sûr que nous aussi, nous considérons que le corps mort est un corps mort, quelle idée ! Mais vous en faites bien quelque chose, quoique je me demande si à Montpellier, ce n'est pas comme dans toutes les grandes villes : très impersonnel et assez rapide.
Blood, l'un n'empêche toujours pas l'autre, nous aussi on y repense en silence ou pas, en écrits ou pas. Là, le sujet était sur les funérailles, donc difficile de rester dans son coin, on est au milieu de la famille dans une cérémonie. Mais comme je le dis à filo, et vu que vous êtes tous deux d'une ville assez grande, je suppose que les traditions sont amoindries, forcément. _________________ "Bonjour je suis Romane alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane." (Romane)http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html |
|  | | BloodyMary Appelez-moi Nivéa

Age : 34 Inscrit le : 27 Avr 2007 Messages : 4408 Localisation : Sous ma peau... Peut-être.
| Sujet: Re: comment honorez-vous vos morts ? Dim 20 Avr - 14:24 | |
| J'avais bien comprit rom'bichette mais je ne parlais pas de Montpell' précisémment, je parlais de tradition familliale. Qui est inexistante dans ma famille d'ailleurs. _________________
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|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 49258 Localisation : Kilomètre zéro
| |  | | Selmer Perturbateur de masses en fils

Inscrit le : 13 Aoû 2005 Messages : 4282 Localisation : Est
| Sujet: Re: comment honorez-vous vos morts ? Dim 20 Avr - 22:18 | |
| Dans ma famille, pour répondre à la question de Bertrand, je n’ai pas vu deux enterrements se passer de la même manière…
Un proche mort jeune (16 ans) a été mis en bière au domicile, cercueil fermé, puis veillé. Enterrement avec cortège (tout le village) derrière le corbillard à cheval.
Une très proche morte à l’âge de 33 ans. Enterrement plus que sommaire pour éviter la pompe risquant de traumatiser encore davantage sa fille de 7 ans, et aussi pour raisons d’athéisme total assumé jusqu’au bout. Rassemblement de la famille, une dizaine de personne, au cimetière. Arrivée du cercueil en ambulance en provenance de l’hôpital et inhumation immédiate en caveau sans cérémonie et sans un mot. Eh bien, je peux vous dire que c’est affligeant. Nous avons tous respecté la volonté du mari qui agissait pour le bien de sa fille, c’était la priorité. Je ne suis pas sûr que ce soit la meilleure manière. Je n’attache pas d’importance particulière au corps, moi non plus, mais entre des funérailles nationales et un enterrement à la sauvette, il y a de la place pour quelque chose de plus digne. Il y a besoin d’un hommage, d’un adieu partagé, d’un minimum de rite. Sur ce point je ne rejoins pas Filo. Il ne faut pas rater la traversée des événements essentiels, parce qu’on n’a pas le loisir de les recommencer. Non, c’était très moche.
Son mari, plus récemment, a eu la chance, si j’ose dire, d’être exposé en chambre funéraire pendant la demi-journée précédant l’inhumation. C’est une tradition dans sa région mais pas dans la mienne. Je me demandais si ça n’allait pas être un peu sinistre voire déplacé. Pas du tout. C’est une façon de permettre à tous, famille et amis, de saluer le défunt une dernière fois. Il est entouré de fleurs. C’est sobre et émouvant. Pas d’autre cérémonie mais quelques mots, au cimetière.
Le corps d'un grand-père a été transporté jusqu’à son domicile en ambulance à une époque où c’était interdit mais couramment pratiqué. Maintenant, la pratique a été légalisée. Entre parenthèses cela pouvait aboutir à l’établissement de faux certificats puisque le décès était réputé avoir eu lieu à l’endroit où le corps était amené, afin d’éviter les histoires. Mise en bière immédiate à la maison. Cérémonie religieuse. Mise en terre.
Un autre a passé quatre jours à la morgue de l’hôpital. Culte avec beaucoup de monde, chants, piano, belles paroles, sobre et simple mais très chaleureux. Transport au cimetière en voiture, chacun de son côté. Encore quelques mots, brièvement. Rassemblement au bistrot du coin, réservé pour la circonstance. C’est la tradition. Café, pâtisseries.
Pour un troisième, nous avons posé un problème au protocole en réclamant une exposition, afin que la famille venue de loin puisse le voir une dernière fois, comme elle le demandait. Il n’y a pas de chambre funéraire… Finalement, le corps a été exposé dans l’entrée d’un bâtiment du cimetière, pendant une demi-heure.
Quant au deuil, chez nous chacun fait comme il veut. Jusqu’à présent je n’ai vu personne afficher de signe vestimentaire. On entretient les tombes. On se raconte les souvenirs, avec attendrissement ou réprobation. On parle librement, sauf pour les deux plus jeunes dont la mort prématurée a été un drame inconsolable dans un cas, une conspiration du silence dans l’autre.
Voilà, mon cher Bertrand, une réponse à options.
Mais où sont les funérailles d’antan ? Les petits corbillards, corbillards, corbillards, corbillards de nos grands pères Qui suivaient la route en cahotant, Les petits macchabées, macchabées, macchabées, macchabées, ronds et prospères. Quand les héritiers étaient contents Au fossoyeur, au croque-morts, au curé, aux chevaux même ils payaient un verre. Elles sont révolues, elles ont fait leur temps Les belles pon-pon-pon, pon-pon-pompes funèbres. On ne les verra plus, et c’est bien attristant Les belles pompes funèbres de nos vingt ans… |
|  | | Mahaut

Age : 48 Inscrit le : 20 Avr 2008 Messages : 357 Localisation : Boulogne-sur-Mer
| Sujet: Re: comment honorez-vous vos morts ? Dim 20 Avr - 23:18 | |
| Ce que nous faisons dans les Ardennes natales de Maman ressemble pour beaucoup à ce que tu racontes, Romane.
La tristesse du deuil est là, mais elle est rendue bien plus légère par ces trois jours où on n'est jamais seuls, où l'agréable de ce qui faisait les souvenirs des uns et des autres se mêle à ce plaisir d'être ensemble.
Puis je peux vous dire que, même si son corps est dans la pièce à coté, c'est avec nous que le défunt passe ces trois jours. Le café coule à flot, mais aussi le Pèket, pour les hommes, (et pour moi, le soir, à l'occasion...faut bien que quelqu'un leur tienne compagnie...)
C'est vrai que le soir de l'inhumation, quand tout le monde est reparti, après la vaisselles que les femmes du village nous ont aidé à faire et la remise en ordre de la chambre mortuaire que les hommes désinstallent pour ne pas que la mort reste là, on ressent comme un vide. Viens le temps de l'absence.
Mais ce temps est en général aussi celui où les bonnes volontés se donnent le mot pour montrer qu'on n'est toujours pas seuls : le temps de "rendre visite". Visite qu'il est bon de rendre d'ailleurs...
C'était bien la vie de village.
Mais j'en connais qui réussissent à faire de certains coins de ville comme un nouveau village. Et Léon Shwartsenberg avait raison en 1980 quand il disait que réintégrer la mort dans le naturel de la vie est plus sain pour tout le monde. De toutes façon, je n'ai jamais aussi près de ma mort que maintenant...
non maintenant... maintenant... ...
Puis,  _________________ N'oublie jamais que tu es Fille du Ciel faite pour épouser la Terre http://blog.bebook.fr/mahaut/index.php/ |
|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 49258 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: Re: comment honorez-vous vos morts ? Dim 20 Avr - 23:25 | |
| | Citation: | | réintégrer la mort dans le naturel de la vie est plus sain pour tout le monde |
Voilà. Sain. C'est exactement cela. Je crois que c'est en se bouchant les yeux et les oreilles, qu'on se monte le plus terrible enfer sur le thème de la mort.
Je rejoins aussi Selmer, dans ses témoignages. Le dernier voyage de cette femme de 33 ans a du être horrible, et dieu sait ce qu'a absorbé sa petite fille, dans sa mémoire... J'en ai froid dans le dos. _________________ "Bonjour je suis Romane alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane." (Romane)http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html |
|  | | filo

Inscrit le : 02 Avr 2007 Messages : 2674 Localisation : Montpellier
| Sujet: Re: comment honorez-vous vos morts ? Lun 21 Avr - 0:22 | |
| | Selmer a écrit: | | il y a de la place pour quelque chose de plus digne. Il y a besoin d’un hommage, d’un adieu partagé, d’un minimum de rite. |
Oui, nous ne sommes pas d'accord dans le sens où tu parles de dignité, de rite. Je place la dignité ailleurs, et je ne considère pas l'enterrement comme un rite, mais comme une façon de se débarrasser d'un corps encombrant qui n'est plus la personne qui nous manque, mais une enveloppe vide, crevée et bientôt puante. Il faut regarder les choses en face et se laver de nos tabous et de nos rites. En plus de gens de ma famille (dont la seule personne qui m'ait aimé enfant), j'ai perdu deux amis très proches, mon meilleur ami dans un accident de voiture, puis plus récemment un ami très cher atteint de la maladie de Hotchkin qui est mort dans mes bras. Le premier, je ne suis pas allé à son enterrement car c'était des bondieuseries qui m'auraient mis hors de moi malgré le respect que je garde envers ce genre de croyances (mais là il m'était trop cher pour que je supporte qu'on assimile ce qu'il était aux restes qu'on encensait, avec force textes solennels et impersonnels), le second désirait se faire incinérer, et sa famille n'ayant pas daigné se déplacer, c'est moi qui m'en suis occupé. Ces jours n'ont pas spécialement été marquant pour moi, ce que j'ai conservé, c'est leur souvenir d'avant. Je ne suis pas indigne pour autant dans mon attitude, je pense, sauf aux yeux peut-être de ceux qui ont besoin d'aller dans le cimetière pour parler à leurs morts et pleurer, ou à l'église. D'avance pardon à ces derniers. _________________ Les fêlés sont précieux car ils laissent passer la lumière
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|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 49258 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: Re: comment honorez-vous vos morts ? Lun 21 Avr - 0:43 | |
| Je ne le vois pas du tout comme ça, en fait. Je ne vois pas le côté "pour se débarrasser de", mais "le dernier accompagnement" qui nous permet à nous d'extérioriser par le biais d'un rituel, des gestes, des mots, un au revoir en quelque sorte (primaires, peut-être, mais nous en avons besoin), et surtout, surtout, une dédramatisation de la mort par un fil-lien entre la présence de la personne et son absence. C'est très sain, il me semble, car nous jetons un sale regard sur la mort, alors que par logique, quand on nous offre à naître, on nous offre à mourir. _________________ "Bonjour je suis Romane alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane." (Romane)http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html |
|  | | Diego Ortiz

Inscrit le : 07 Avr 2008 Messages : 458
| Sujet: Eros en Thanatos Lun 21 Avr - 6:40 | |
| | Mais, Filo et Romane, vos positions ne me paraissent pas du tout incompatibles. Par manque de temps je n'ai pas raconté d'autres honneurs rendus. Voir le film de Wim Wenders sur la fin de ce cinéaste génial qu'il affectionnait et faisait figurer dans quelques-uns de ses propres films, vous voyez qui, voyons, un petit effort. Dernièrement une infirmière qui travaillait pour les migrants est morte, et je me suis rendu à la non-cérémonie encadré de deux de nos patients communs, un Sri Lankais et un Albanais, qui n'auraient jamais osé s'y rendre seuls. Il n'y avait ni prêtre, ni croix, ni décorum, mais la salle était pleine de gens comme moi, vêtus de couleurs gaies, alors que nous ne nous étions pas passé le mot. La fille cadette, huit ou neuf ans, a commencé par chanter une chanson que sa mère avait trouvé super. Larmes dans la voix au début et distributions de mouchoirs au sein de l'assemblée, mais après quelques strophes la gorge se desserre et c'est comme si le toit s'était envolé, on traverse un petit moment de bonheur de par le partage de cette intimité entre mère est fille qui est, on l'apprend et le réalise sur le moment, le bonheur par excellence à cet âge. Ensuite les plus grandes : "Je ne sais pas vous, mais quand elle s'était mis quelque chose dans la tête il fallait assurer, hein". Ici rires, franchement. Elle partait un mois par an organiser le creusement de puits en Inde, mais le reste du temps elle emmerdait tout le monde à Genève. Je l'appréciais tout naturellement à ce titre. Ensuite la trappe a avalé le cercueil et l'a emmené dans les fours crématoires, tandis qu'on se passait encore à plein tube ses morceaux préférés. Ses goûts n'étaient pas de chiottes et nous avons encore là passé un moment heureux. Dehors il faisait un froid de canard et le bistrot choisi, Le Tivoli sur La Rampe Qui-Dort, se trouvait à au moins un kilomètre, que nous avons parcouru comme si nous venions de faire une course d'école. J'ai trouvé cette option pas mauvaise, non plus. Et je serais curieux de savoir ce que ses amis de l'Inde ont pu inventer de leur côté. |
|  | | | comment honorez-vous vos morts ? | |
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