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 comment honorez-vous vos morts ?Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
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Mahaut




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MessageSujet: Re: comment honorez-vous vos morts ?   Lun 21 Avr - 7:33

J'abonde dans ton sens Diego.

Lors de l'enterrement de ma Grany, nous avons fait une fête dont les photos me remémorent les étapes. elle était l'âme de notre famille, elle présidait toutes nos retrouvailles. Puis c'était ma Marraine et une vrai bonne fée.

Bien sûr, il y a eu la messe et l'accompagnement au cimetière, mais au retour, mon oncle, qui ne va à la messe que pour le mariage de ses enfants, nous attendais avec la plus belle célébration pour Grany, le plus bel hommage qui puisse avoir lieu : il avait sorti un Bergerac moelleux de 1962, (nous étions en 1986), et nous avons fait une des fêtes familiales les plus réussies que je n'ai jamais vécue : partie de Poker menteur à 8, puis à 10, éclats de rire et plaisir d'être ensemble, repas froid mais délicieux, vins fins, puis partie de whist qui a duré jusqu'au départ du gros de la troupe, 5 Mais non, T..., ce n'est pas toi... ni moi non pus d'ailleurs, (à l'époque))) Mais nous sommes restés, les inconditionnels de la fête familiale : les deux cousins de Papa, Robert et Raoul, et moi, nous avons refait le monde et, vers 20h, quand il a fallu partir à notre tour, c'est dans la Cage au lions, petit quartier d'Outremeuse gastronomique, que nous avons prolongé cela à 4, avec l'épouse de Robert (psychiatre, l'épouse, pas Robert ;-)) qui était venue nous rejoindre.

J'ai un souvenir de cette journée ébloui. Je crois que c'était vraiment l'Adieu à rendre à Grany, la seule célébration à laquelle elle pouvait tenir. Et elle a été magistrale.

Je file, je dois bosser, il paraît, mais je voulais vous laisser cela.
Bisous
Mahaut
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filo




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MessageSujet: Re: comment honorez-vous vos morts ?   Lun 21 Avr - 8:39

Si tu parles bien de la personne à qui je pense, Diego, je pense que son ami et collaborateur à Bénarès, Yves, a dû faire une puja à l'indienne, à moins qu'il soit rentré en France pour être présent.
J'évoque Yves >>ici<< (après la 6e photo)
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Dernière édition par filo le Lun 21 Avr - 9:29, édité 1 fois
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almalo




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MessageSujet: Re: comment honorez-vous vos morts ?   Lun 21 Avr - 9:16

Chez nous, veillée du corps dans une des chambres de la maison, c'est ce que j'ai pu voir pour mon grand-père, ma grand-mère, ma soeur aînée.
Bien sûr, pas la même peine pour les deux premiers que pour ma soeur, morte à 19 ans.
Pour mes grands-parents, la famille est là, le ou la veuve en noir, le café coule pour qui en veut, c'est assez sobre mais les enfants courent partout et la vie est là. Ensuite cérémonie religieuse pour tout le monde, chez nous ça se passe comme ça du baptême à l'enterrement. Là, il y a beaucoup de chants, de musiques. D'ailleurs cela m'avait choquée pour ma mamie, mes tantes et mes cousins préparaient ça comme s'il s'agissait d'une messe ordinaire, mais ça ne m'avait pas empêchée d'y participer. On n'imagine pas dans ma famille une cérémonie, quelle qu'elle soit, sans chanter. Et à plusieurs voix en plus, malgré les larmes. Souvent, celles-ci arrivent après, quand le voix se tait, ou pendant, quand une parole vient tout chambouler. Ensuite mise en terre dans les caveaux familiaux.

Pour ma soeur, il a fallu attendre que le corps arrive de Paris dans le cercueil pas fermé. Mes parents ont écrit jusqu'au Procureur de la République (voire le Président, je ne sais plus) pour obtenir son rapatriement dans notre Sud-Ouest. Si on meurt à Paris, faut fermer le cercueil à Paris. Quelle connerie, je vous jure. Lorsqu'elle est arrivée le soir, la famille était déjà à la maison. Veillée pendant trois jours, chacun va dans la chambre où elle est allongée quand il veut, comme il veut. Silencieusement, forcément, sauf pour les enfants qui, là encore, ont tous les droits pour vivre. Mon souvenir le plus triste : mon cousin, 15 ans comme moi à l'époque, que ma mamie traînait par le bras (mais traînait, vraiment !!) pour aller voir ma soeur. Il était en larmes, ne voulait pas. On a fini par le laisser tranquille. Mon souvenir le plus doux : un bisou que je lui ai donné sur sa bouche froide, avant de lui tenir sa main froide aussi, en regardant sa poitrine vide et en espérant qu'elle allait se soulever. Sous le beau chemisier que ma mère lui avait mis, je sentais le plastique. On a donné la plupart de ses organes, à part le cerveau tout était bon.
Mon souvenir le plus choquant : ses amis venus là la veille des obsèques, et qui rédigeaient une véritable dissertation pour faire un hommage à ma soeur, avec verbes conjugués correctement, et "ah ben non là on a déjà dit ce mot", et "oh ça c'est nul, on va pas mettre ça". Jusqu'à tard dans la nuit. Et à 2h du mat mon père qui s'agenouille et frappe le carrelage de ses poings en disant "allez-vous en, tous. Laissez-nous dormir un peu".

Mon fils : mort à l'hôpital de Toulouse, service de réanimation. Les infirmières ont fait des photos, depuis plus d'un an je pense à aller les récupérer. Puis on nous fait signer un papier comme quoi le cercueil ne sera pas fermé quand ils nous reviendra. En effet, il est décédé un 31 décembre, le lendemain est férié, et il faut attendre le mardi 2 janvier pour pratiquer la biopsie du poumon qu'il devait avoir à son réveil. Or après 24h à l'hôpital, on ne peut pas transférer un corps d'un département à un autre. Mes parents ont eu gain de cause, pas nous. Le mardi, on nous annonce que la police vient de celler le cercueil. Il me manque cette étape, elle me manquera toujours : ne pas avoir pu veiller mon enfant après que son coeur se soit arrêté de battre. Et que les autres membres de ma famille, nos amis, n'aient pas pu le faire non plus. Chez nous, c'est important, on y amène même les enfants qui le veulent. Pour ma mamie j'avais emmené mon fils qui avait 3 ans, c'est lui qui l'avait demandé, et on avait parlé de cette vieille dame qui avait l'air de dormir.
Là, personne n'a pu le voir. Mon mari et notre pneumologue m'ont affirmé qu'avec toute la cortisone qu'il avait pris il n'était plus beau à voir, de toute façon. Mieux valait garder de lui son visage de poupée. Mais quand même.
Ma belle-mère était choquée de savoir que je voulais que mes enfants voient leur petit frère. Elle était soulagée de voir qu'on ne pouvait pas de toute façon. Mais je montrerai les photos à mes enfants, si leur père est d'accord.
Je me rappelle d'une cousine de mon père, morte à 34 ans d'une crise cardiaque, et de son mari qui avait refusé que leurs quatre enfants voient leur mère morte. la petite de 5 ans répétait "mais elle est où, maman ?" et à l'époque ça l'avait bousculée pour elle.
Ensuite, préparation de la cérémonie pour mon fils, avec l'ami prêtre qui nous a mariés, et ma tante qui bosse avec lui et avec qui j'anime maintenant aussi certaines messes avec mon clavier et ma voix. c'est avec ça que je pense à tous ceux que j'aime. Je n'écoute pas le reste, je me concentre sur mon chant. Non parce que c'est vrai, quand je me plante, c'est quand même un grand moment de solitude...
Redevenons sérieux, comme dans la chanson de Bénabar. ON choisit les musiques, les chansons, on fait cette cérémonie à notre image, avec tout l'espoir dont nous sommes capables. Une chanson de Noah "j'y crois encore", quelques autres musiques dont la BO de Forrest Gump (la partie piano de la fin, lorsque la plume s'envole) que nous mettons lorsque nous entrons avec le cercueil. C'est mon mari et moi qui le portaons, nos enfants sont à côté de nous. Je n'aurais laissé personne d'autre le faire. Et ce n'est vraiment pas lourd.
Nous finissons la cérémonie par la chanson" tout le bonheur du monde", on voulait souhaiter ça à tous, c'était la période...
Mise en terre : pendant les quelques mots du prêtre, je demande aux Pompes Funèbres de mettre mon fils moi-même dans le trou. Ma tante me regarde en équarquillant les yeux me traitant de folle, et puis elle se retourne en disant "mais oui forcément". Mon mari et moi attrapons le tissu blanc qui est sous le cercueil de la même couleur et nous nous baissons pour accompagner notre enfant jusqu'au bout. Je l'ai souvent dit après, je l'ai écrit dans mon manuscrit : j'avais porté mon fils dans mon ventre, il fallait que je le porte jusqu'au bout.

C'est après tout ça, comme le dit Mahaut, que le silence vient. Après le repas froid pris en famille, debout ou assis, là où il y a de la place. Le soir, nouveau repas avec ceux qui restent. Je crois qu'on a chanté, même.
Pour ma famille, ce sont ces chants et cet amour qui porte dans ces moments-là, ce qui n'exclut pas la souffrance bien sûr, on n'est pas cathos culs-bénits le sourire aux lèvres parce qu'il a gagné le Paradis.
Mais ça me plaît de penser que nos morts sont quelque part, les uns avec les autres.
ça doit être une belle pagaille...

pardon j'ai été longue.
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Romane
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MessageSujet: Re: comment honorez-vous vos morts ?   Lun 21 Avr - 9:44

Non, pas longue. Emouvante. Beaucoup de tes gestes portent un symbole puissant, et ton témoignage explique bien la nécessité de ces gestes et des mots, d'aller jusqu'au bout, comme tu dis. Un premier apaisement, une étape importante, très. Merci pour tout ça, almalo. bisou
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Lilylalibelle




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MessageSujet: Re: comment honorez-vous vos morts ?   Lun 21 Avr - 10:33

Je serais un peu comme bloody. Je fuis comme la peste tout ce qui concrétise la mort et les cérémonies de funérailles m'emmerdent religieusement (c'est le cas de le dire !).
Je n'aime pas exposer mon chagrin en public, je trouve qu'il n'appartient qu'à moi. Si je comprends qu'on puisse vouloir se réunir pour accompagner le défunt jusqu'au bout, je n'arrive pas à m'inscrire dans cette démarche. Je viens aux obsèques que quand mon absence serait trop incomprise, mais je préfère ne pas y assister. Je pleure dans mon coin. Je m'invente des tombes symboliques pour ceux qui n'en ont pas. Et quand je suis aux enterrements, j'ai l'impression que tout glisse sur moi et que je suis une étrangère.
Depuis le décès de mon oncle alors que j'avais 14 ou 15 ans et où la cérémonie au cimetière m'avait occasionné quelques années de cauchemars effroyables où j'étais enfermée dans un caveau tendu de violet pourpre, je ne suis plus jamais rentrée dans un cimetière. Je m'arrêtais toujours à la porte. Et puis j'ai grandi, j'ai "accompagné" mon grand-père au cimetière, enceinte de 8 mois de ma deuxième fille, puis ma grand-mère maternels, deux ans plus tard... une semaine après mon IVG.
Mais mon émotion reste sèche dans ces lieux-là. Etrangère, oui, c'est précisément ça. Quant à la veillée, je ne l'ai jamais faite, parce que je refuse de voir un mort et je n'en ai pas "besoin". Ce refus m'a occasionné quelques belles prises de têtes avec ma belle-famille qui ne comprend pas ma position. Mais moi je n'ai pas besoin de voir le mort pour me dire qu'il est mort.
Du coup, pour revenir au sujet, j'ignore un peu quels sont les rites familiaux et les traditions en la matière, puisque je ne m'y attarde pas et je crois que je ne m'y intéresse pas. La seule chose qui m'effraie, c'est lorsque la mort va frapper à ma porte pour de vrai, pour quelqu'un qui m'est proche (mes parents, mes enfants peut-être...) et là je ne sais pas du tout comment je vais réagir...
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Savoir qu'on n'écrit pas pour l'autre, savoir que ces choses que je vais écrire ne me feront jamais aimer de qui j'aime, savoir que l'écriture ne compense rien, ne sublime rien, qu'elle est précisément là où tu n'es pas - c'est le commencement de l'écriture.
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filo




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MessageSujet: Re: comment honorez-vous vos morts ?   Lun 21 Avr - 10:46

On est donc à peu près d'accord, Lily, même si tu l'exprimes de façon plus diplomate que moi (parfois je manque de tact, désolé encore).
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almalo




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MessageSujet: Re: comment honorez-vous vos morts ?   Lun 21 Avr - 11:21

Lily, je suis comme toi dans les cimetières...Je n'y ai jamais pleuré, sauf une fois. Depuis un an et demi, j'ai dû aller cinq ou six fois sur la tombe de mon fils qui pourtant est à 5 mn de chez nous. Et lorsque nous aurons vendu notre maison pour aller ailleurs, cela me fera quelque chose, mais ça ne me traumatisera pas de m'éloigner de sa tombe. peut-être même faut-il nous en éloigner un peu. Tout comme celle de ma soeur, où ma mère va parfois arranger les plantes, mais depuis quelques années elle a investi dans de belles fleurs artificielles.
Pour moi les morts ne sont plus dans ces lieux-là. Ce n'est qu'un morceau de granit posé sur de la terre qui abrote quelques planches de bois renfermant de la poussière.
Pour moi nos petits fantômes ne doivent pas être tout pour nous, parce que la vie serait trop lourde à porter pour les vivants, sinon. Mais bon, les rituels pour moi c'est aussi important. Dans mon boulot, je commence les séances de la même façon. Le soir, avec mes enfants, je ne m'imagine pas ne pas lire une histoire et chanter une berceuse.
Pour les enterrements, c'est pareil.

Sauf que pour mon fils, on l'avait mis dans une chambre funéraire la veille de l'enterrement parce que mon mari ne voulait pas avoir le cercueil chez nous, et comme il n'a pas voulu assister à la veillée organisée par quelques membres de ma famille, je n'y suis pas allée non plus. Je ne le regrette pas, il fallait que je sois aux côtés de mon mari.
le lendemain, en allant chercher le cercueil, mon mari a espéré que mes proches n'aient pas mis de photos ou quelque chose comme ça.
Bingo. Un portrait (très moche d'ailleurs) agranbdi et un peu flou de Maxime cet été. La photo bien posée, encadrée, sur le cercueil.

Bref. Pareil pour les messes du 1er novembre, je n'y suis jamais allée, sauf pour les animer. Un jour une amie a été choquée que je n'aille pas me recueillir sur la tombe de ma soeur ce jour-là. Je lui ai répondu que si je devais y aller, ce serait tous les jours sauf ce jour-là. Je déteste cette marque de dévotion bigote qui fait le bonheur des fleuristes et des quêtes.

Nous avons quand même fait dire une messe d'anniversaire pour notre fils début janvier, avec quelques proches qui étaient là. Très émouvant, mais sans repas après ni tralalas. On pense, on fait, on pleure un peu, et on vit. Et il n'y en aura pas d'autres.

Pour la messe dont tu parlais filo, avec les proches un peu après les obsèques, c'est sans doute la messe de neuvaine : on prie pour le défunt que l'on a enterré quelques temps plus tôt. ça, je ne l'ai pas fait. C'est bon, un enterrement coûte déjà les yeux de la tête, alors ça va bien.
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MessageSujet: Re: comment honorez-vous vos morts ?   Lun 21 Avr - 11:38

Oui Lily tu t'es exprimé plus clairement que moi ...
Reste que si le cérémonial funèbre ne représente rien pour moi, je ne supporte pas de voir quelqu'un qui méprise les réactions des autres. Si je ne suis pas du genre à extérioriser en public, je comprends que d'autres en ai besoin et je respecte ça profondément. (au point d'avoir piqué un colère mémorable après un de mes proches un jour de funérailles à la sortie du cimetierre. Dans une autre circonstance ça aurait peut-être été comique mais là, non !)
Almalette je comprends ô combien que vous ayez voulu mettre votre petit en terre ensemble, d'une certaine manière c'était boucler la boucle et je pense que j'aurais voulu en faire autant dans cette situation.
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Lilylalibelle




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MessageSujet: Re: comment honorez-vous vos morts ?   Lun 21 Avr - 12:05

Tout à fait d'accord, bloody : je respecte tout à fait les gens pour qui ces cérémonies sont importantes. Et je me souviens être allée à l'enterrement du grand père de mon mari parce que je savais que pour sa mère c'était important (mais je ne suis pas allée le veiller).
Quant à ne pas pleurer dans les cimetières, c'est plus fort que moi parce que le chagrin est contagieux, mais je déteste exposer ça en public et quand l'émotion est plus forte que moi ça m'énerve royalement, en fait.
Pour ce qui est des tombes, je n'y suis pas accrochée non plus, et je ne ressens pas le besoin d'y aller régulièrement. Sauf que je m'invente des lieux symboliques pour celles qui sont trop lointaines (genre mettre une bougie dans une chapelle perdue sur une île).
J'ai un coté agnostique qui dispute au mystique...
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BloodyMary
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MessageSujet: Re: comment honorez-vous vos morts ?   Lun 21 Avr - 13:36

Citation:
J'ai un coté agnostique qui dispute au mystique...
Idem d'ailleurs ça me rappelle un anecdote qui illustre bien ceci...

En fait pour ce qui est des tombes je pense n'être allée qu'une fois dans ma vie y poser une fleur. C'était une situation particulière : mon ex belle soeur avait perdu son bébé in utero à 8 mois de grossesse.
L'enfant mort né a eu une sépulture mais les parents ne sont pas venus à l'enterrement ; ils étaient très secoués et j'ai compris que c'était au-dessus de leurs forces. Mais du coup personne n'y est allé et j'ai trouvé ça atrocement triste.
C'était leur premier enfant, une petite fille, tous leurs espoirs, leur enfant "rêvé" comme l'est toujours le premier. L'enterrement (civil) a eu lieu en octobre et savoir que personne n'avait accompagné la dépouille de cet enfant... Je ne sais pas ça m'a hanté.
Pourtant je n'avais aucune affinité avec ma belle soeur. Alors le premier novembre, j'en ai parlé avec ma belle-mère qui m'a confié qu'elle souffrait de ne pas avoir suivi le cercueil (elle était très croyante). Face à sa tristesse à elle, j'ai réalisé qu'il fallait faire un geste, même symbolique. J'ai décidé d'aller au cimetierre et je le lui ai dit. La pauvre femme était toute retournée. Elle essaya de m'en dissuader, prétextant que sa fille m'en voudrait ect... Je lui ai dit qu'elle n'en saurait rien et du coup, elle m'a donné de l'argent pour que j'achète une plante à poser sur la tombe de sa part. Il n'était pas question de religion pour moi, mais pour elle cela avait surement une autre portée.
Bref je suis allée toute seule au cimetierre, j'ai posée la plante de ma belle mere et un petit bouquet de ma part et j'ai dit à la petite Julie que sa grand mere pensait à elle. Je lui ai dit au revoir et je suis partie. 5 minutes montre en main, mais cela a suffit à me rendre la paix.
Environ 3 ans plus tard j'ai dit à ma belle soeur ce que j'avais fait. Elle a été très émue, c'est la première et dernière fois qu'elle m'a remercié pour quelque chose. Elle avait eu un autre enfant et évoquer Julie redevenait possible.

Donc comme toi Lily... Un reste de rituel se débat au fond de ma tête entre le "mange-soutane" et le "ne pas oublier la vie"
Compliqué...
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MessageSujet: Re: comment honorez-vous vos morts ?   Lun 21 Avr - 15:14

Comment vous dire ?
Ma première vision de la mort : une voisine. J'avais 11 ans. Mon père m'a dit : "Ma fille, chez nous on ne craint pas la mort. J'ai moi-même cloué le cercueil de mon père en lui chantant sa chanson préférée. Tu vas venir avec moi dire au revoir à G. et comme ça tu sauras." Je n'avais pas à refuser, c'était une obligation. Nous sommes entrés dans la chambre sombre. J'ai regardé le visage de G., si paisible après tant de maladives souffrances, J'ai souris et je l'ai embrassé sur le front, comme m'a dit mon père. Et voilà, je n'ai plus eu jamais peur. Peu après, ma mémé, pleurs pour l'absence, obsèques traditionnelles comme chez Ro, avec variantes selon les voeux du défunt. Puis mon bébé : obsèques civiles non maîtrisées (j'étais trop jeune) sans messe ni fioriture (j'habitais en foyer d'accueil). Puis ma mère, telles qu'elle les avait organisées de son vivant (merci maman, toujours étudiante, je n'aurais pu payer le caveau ni la cérémonie). Puis ma belle-soeur, soeur de coeur. Puis mon père, qui s'en fichait pas mal de la messe, et dont on a suivi le convoi à pied en riant de ses conneries, ses dictions et ses citations qu'il semait depuis toujours dans l'oreille de ses nièces et neveux pour qui il a été et restera "L'Oncle".
Et les autres, tantes, oncles, cousins, amis, avec ou sans cérémonies, religieuses ou pas, notamment celle de mon cousin que j'ai appréciée plus particulièrement. Rendez-vous au funérarium, ceux qui voulaient assister à la crémation le pouvaient. Puis, dans une salle sobre et lumineuse, un simple hommage de ceux ou celles qui voulaient l'évoquer, prennant la parole durant le temps de la crémation, émouvant et presque joyeux. Les cendres récupérées, nous nous sommes intimement retrouvés à la maison autour d'un buffet, à rire et à finir la soirée en chansons (n chante beaucoup chez nous, tout est prétexte à se réunir, pour les mariages, les naissances, les communions, les anniversaires, les morts, tout cela fait partie de la vie).
L'important pour moi n'est pas tant le déroulement des obsèques, je fais acte de présence quand j'aime la personne et non par obligation. L'important est de suivre ses volontés dans la mort, comme la dernière de ses libertés. Peu importe si je pleure, peu importe si je ris, peu importe si il y a cérémonie ou pas, peu importe le lieu, peu importe le cimetière, le colombarium, les cendres dans les jardins, etc, ce n'est que matériel...
L'important pour moi est l'empreinte qu'elle a gravé dans mon coeur... avec qui je converse et me marre régulièrement ! Le seul "rituel" Bertrand, le seul que je pratique...
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MessageSujet: Re: comment honorez-vous vos morts ?   Lun 21 Avr - 15:42

Almalo, je viens de te lire... Je t'embrasse fort ma belle... Un souvenir me vient suite à tes paroles :
- ma mémé nous racontant la mort de ses enfants (mortalité infantile considérable avant et pendant les guerres et qui étaient enterrés près de la maison parce que le cimetière le plus proche était si loin), comme une banalité douloureuse de la vie.
- mon fils qui, lorsque son deuxième grand-père est mort, a voulu m'accompagner à l'ouverture du caveau où mes parents étaient déjà. J'ai regardé avant lui pour vérifier l'état des cercueil, puis je l'ai laissé faire. Il y est descendu (il avait 11 ans), il a observé, il est ressorti en disant : "La prochaine fois, je viendrais peindre ces murs gris avant. Maman, est-ce que je peux aller acheter des fleurs pour mamie et papi aussi ?" M'a scotché le marmot ! "Bien sûr" "Bon, alors on y va et je redescendrais les poser avant que papi arrive". Et c'est ce qu'il a fait, grand bonhomme, un bouquet pour chacun, orange pour son grand-père, rose-thé pour sa grand-mère qu'il n'a pas connu.
Quand on en parle maintenant qu'il est un jeune homme, on en rit encore. Il n'a pas répété qu'il mettait son projet à exécution. Mais il est si taquin, qu'il est fichu de peindre un énorme gâteau mangé par une énorme bouche ouverte à ma place et sonoriser l'espace de beuglement de vachette pour son père ! Et comme je suis aussi taquine que lui, ben j'irai pas à ma place, NA, (faut pas délirer, entendre des meuh pour l'éternité) ! lk Ou du moins pas entière, car j'ai toujours sur moi une carte de don d'organes. A mourir, autant mourir utile. Et ensuite, je leur ai dit : "Escamper mon corps où vous voulez, je m'en fiche un peu, mais faites le en fanfare, pur jus de rhum et fiesta !"
Quoi de plus simple finalement...
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Vic Taurugaux




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MessageSujet: Re: comment honorez-vous vos morts ?   Mar 22 Avr - 10:08

filo a écrit:

mais en plus je considère qu'un corps mort n'est plus qu'un corps mort.


Je trouve ce fil très intéressant sur la question d'honorer ses morts. Je lis actuellement un livre passionnant: "l'histoire du corps" écrit par des historiens français sous la direction de Vigarello. Il reprennent l'histoire des représentations, des façons de faire avec le corps depuis le XVIIème siècle jusqu'à nos jours en France.
La façon dont nos aîeux traitaient la question du corps mort est très surprenante mais aussi très instructive sur la façon dont nous gérons actuellement les rites mortuaires.

Le XVIIème siècle, c'est avant la Révolution, avant la déclaration des droit de l'Homme et du citoyen. C'est à dire qu'à l'époque un individu seul, ça n'existe pas. Soit vous êtes noble et appartenez à une famille, soit du clergé et appartenez à un ordre religieux ou à la hiérachie ecclésiastique, soit du tiers-état et alors membre qui d'une ferme, qui d'un village, une ville, une corporation.
A cette époque pas si lointaine, le discours officiel sur le corps vient de l'église. Il se réfère au corps de Jésus-Christ mort sur la croix pour sauver les hommes. Ce mystère divin qui fait loi n'est pas enseigné par le livre, la parole (la grande majorité est analphabète) mais d'abord par des images qui représentent, où l'on voit réellement le calvaire du christ. L'art sacré est son apogée, les peintres exécutant pour l'Eglise des tableaux, des sculptures qui sont la pour former la représention de tout un chacun pour édifier les foules sur la façon de se penser. Un peu comme aujourd'hui les images de mode, de mannequins disent réellement aux jeunes adolescentes comment leur corps doit-il être pur, maigre anorexique. A l'époque, devenir, star, people pour s'extraire de sa piètre condition de mortels est également à la mode et tout aussi nécessaire à l'économie.
Il faut des saints, des saintes qui souffrent le martyre dans l'imitation de notre Seigneur Jésus-Christ. Cette imitation est un sacrifice à prendre au pied de la lettre. De jeunes nonnes dans les communautés religieuses, se mettent à jeûner, martyrisent leurs corps et s'imposent des heures durant à rester en prière, en méditation devant l'image du christ sur la croix. Au bout de quelques années, ce comportement devient devant la communauté religieuse de plus en plus honorable. La bienheureuse souffre en silence dans nos murs. Tout le monde attend, espère le miracle. Un jour, il survient: apparaissent sur le corps de la sainte, les stygmates de notre seigneur Jésus-christ. Un procès est alors tenu par l'Eglise pour savoir s'il s'agit vraiment d'une action divine et pour écarter une oeuvre toujours possible du diable qui se prend si facilement dans les corps. Il n'est pas rare en effet que certaines jeunes filles trop impatientes après des années d'extase et de calvaire en viennent à ouvrir elle-même sur leur corps les saintes plaies. Alors, il faut vite brûler ses sorcières! Avouez que pour elles ce n'est pas de chance, échouer si près du but!

mais, si par la grâce de dieu, votre village, votre couvent recèle une véritable sainte, alors vous pouvez commencer à organiser les pélerinages, la fortune de votre communauté est faite. Généralement la sainte à le bon goût de mourir assez rapidement. Son corps va désormais pouvoir être toucher par tous les fidèles en attente de Rédemption ou de guérison. On utilise alors ses reliques, des os de son squelette que l'on présente à la foule lors de grandes processions et qu'on garde précieusement dans le trésor de son église ou de son abbaye désormais riche et célèbre.
tout le monde veut son saint. On s'arrache les dépouilles sacrées, on troque des reliques, il existe des faussaires. ainsi, on répertorie à un moment donné dix sept crânes de Saint Jean-Baptiste! La découverte des catacombes à Rome tombe à pic. Un peu comme une relance de la Banque mondiale, ce fond de premiers chrétiens martyrs permet à chaque petite communauté de posséder désormais qui un tibia sacré, qui une mandibule.
Le corps du saint est le représentant même du corps social. La langue utilise le même mot. Aussi, n'a-t-on que peut de scrupules à le démembrer. La communauté essaime d'autant plus facilement qu'un squelette est composé de nombreux os...

Pendant ce temps, les prêtres catholiques cherchent à inculquer à leurs paroissiens le culte de tous les morts. Jusqu'à présent, il faut bien reconnaître que les vivants sont un peu "légers" dans la façon de se comporter avec leurs disparus qui d'ailleurs ne le sont guère. Dans le champ clos qui ceint les petites églises des villages, tout le monde se réunit là pour bavarder tout en piétinant les fosses jamais suffisament nombreuses pour accueillir tous les macchabées que le village produit. On déterre les plus anciens pour faire place aux cadavres plus "frais" qui ont besoin à leur tour de leur temps de décomposition . Mais des os traînent partout et ne sont nullement respecter ni par les humains ni par les chiens. Alors, en Bretagne, comme en Limousin, les prêtres du bas clergé se battent contre la difficile piété de leurs ouailles pour construire des ossuaires afin de rendre aux modernes cimetières un nouveau lustre grace à l'investissement dans des stèles et des pierres tombales. Les carrières de granit tournent à plein pour permettre ainsi de délimiter au mieux le monde des morts de celui des vivants.

Ce n'est qu'après tout ce travail que le clergé peut parler du destin des âmes. Je me rapelle ma première veillée funèbre en Bretagne. J'avais quatorze ans et mon grand-père maternel venait enfin de mourir à l'âge de soixante quatorze ans. Il était né avec le siècle au coeur de la bretagne profonde et avait eu miraculeusement la chance de survivre à la boucherie organisée par les Français et les allemands sur le chemin des Dames. Il avait été le seul de la contrée a revenir et le recteur avait demandé à ma grand-mère alors chef de choeur dans la grnade église de Guémené, plutôt que d'embrasser les ordres comme celà était son plus grand désir (se marier avec Jésus pour ses vingt ans) de devenir la femme de ce poilu que la grande guerre avait écarté du pieux chemin que doit emprunter tout breton dûment baptisé . Je me rapelle de mon grand-père pour avoir vécu toute mon enfance avec lui. Il buvait force cidre et en guise de stygmates de la guerre entretenait à chaque cheville des blessures purulentes qui ne guérissaient jamais malgré les soins hebdomadairess et les prières pluriquotidiennes de sa femme.
Heureusement grâce à la vigilance de son épouse, il put bénéficier de l'extrème-onction à temps. Le docteur venu délivrer le certificat de décès râla beaucoup qu'on ne l'ai pas appelé plutôt. Pour faire des papiers, ces gens sont prêts à tout. Il ne fallut que six ans à ma grand-mère pour mourir à sa suite en ne s'alimentant plus.

Donc, lors de la veillée funèbre de mon grand-père alors qu'on avait réunit toutes les pleureuses des alentour et que le recteur officiait avec tout ce rituel compliqué de prières et de bénédictions pour être sur que ce breton gagne son paradis, j'avais eu la malencontreuse idée de me préoccuper des vivants. En effet, on était déja à la fin de l'automne, je me trouvais près de l'unique fenêtre qui était restée entrouverte et par où le froid rentrait. J'ai donc pris sur moi de la fermer non seulement pour mon confort mais aussi pour celui de toutes ces vieilles personnes dont j'imaginais la santé fragile. Ma grand-mère m'a discrètement lancer un regard réprobateur. comme je ne comprenais, elle est revenu ouvrir le battant de la fenêtre.
Ce n'est qu'après l'enterrement qu'elle me donna l'explication. si la fenêtre était restée ouverte comme d'ailleurs la bouche du grand-père, c'était simplement pour permettre à son âme de quitter d'abord l'intérieur de son corps puis ensuite après avoir errer parmi nous, celui sa maison.

On voit dans les exemples donnés sur ce fil combien la gestion du corps du mort reste nécessaire au "corps" des survivants, c'est à dire la famille et les proches du défunt. La famille se rassemble autour du corps du défunt et bien souvent on entend des familles dire: c'est malheureux, mais on se voit plus que pour les enterrements. Ensuite, l'assemblée mange ensemble. En bretagne on dit qu'on mange le mort.

Chez les Dogons, le mort doit effectué un parcours pour pouvoir devenir un ancêtre, c'est à dire, une figure tutélaire. Cela prend un certain temps et suit d'une façon analogue le cheminement d'initiation qu'emprunte les enfants dogons pour devenir des adultes. Les dogons mettent des statuettes un peu partout dans leur village. Ce ne sont ni des totems, ni des éléments de décor comme pourraient le penser des occidentaux collectionneurs. Non, ces statues, ces masques aident l'âme des morts à se raprocher le plus possible des figures ancestrales dont le village a besoin.

Ainsi, je pense que l'idée de faire reposer Aimé Césaire dans le Panthéon parisien a été pris par les Martiniquais comme une évolution trop rapide de leur grand homme. Il lui faudra un certain temps pour accomplir ou non ce voyage. Certains envisagent que son oeuvre circule d'abord dans les livres scolaires. Il est en effet nécessaire que l'âme de la négritude soit suffisamment répandue, disséminée pour que dans la république française le corps des noirs soient suffisament représenté, ne serait-ce qu'à l'Assemblée Nationale.
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L'aurore s'allume,
L'ombre épaisse fuit;
Le rêve et la brume
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MessageSujet: Re: comment honorez-vous vos morts ?   Mar 22 Avr - 10:31

"On ne se voit plus que pour les enterrements"...Oui. c'est ce que j'ai écrit dans mon témoignage, à propos de ma belle-soeur qui n'avait pas voulu venir au baptême de mon fils quatre mois plus tôt.


Lyla, je viens de te lire aussi...je t'embrasse fort, ma belle, toi et tous tes fantômes...bisou bisou bisou
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Selmer
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MessageSujet: Re: comment honorez-vous vos morts ?   Mar 22 Avr - 10:42

Filo a écrit:
Oui, nous ne sommes pas d'accord dans le sens où tu parles de dignité, de rite.
Je place la dignité ailleurs (…)

Abondance de biens ne nuit pas. On peut mettre la dignité où on veut mais pourquoi ne pas la mettre aussi dans ce qui entoure directement la mort ? Sinon, que reste-t-il à vivre en commun à propos de cet ancien vivant, au moment où il s’en va ? Ce qu’on fait ensemble autour de la mort n’est pas une vague mise en scène machinale ou un moyen technique d’évacuer un cadavre mais un rassemblement chargé de sens et de symbole. C’est aussi l’occasion de se retrouver bien en face de la réalité et du mystère de la mort et face aux questions que seuls l’animal et l’imbécile heureux ne se posent pas. Que ce soit dans la solennité ou l’exubérance, avec les grandes orgues ou le tam-tam, peu importe. Ce n’est qu’une affaire de style derrière laquelle il y a autre chose.
Ensuite chacun fait comme il veut ou comme il peut avec ses souvenirs, son chagrin et la perspective de sa propre mort. Qu’une question soit profondément intime ne l’empêche pas d’être également collective et vécue ensemble, précisément parce que sa profondeur relève de l’universel et de la condition humaine.
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