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 Expérimentation animale – le malaiseVoir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
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alejandro
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MessageSujet: Expérimentation animale – le malaise   Mar 22 Avr - 22:31

Expérimentation animale – le malaise

Science & Vie se penche ce mois-ci sur un problème qui se pose avec de plus en plus d’insistance.

En fait, il y a deux problèmes, le premier scientifique, le deuxième éthique.

Personne ne conteste que l’expérimentation animale à permis de faire faire des grands progrès aussi bien à la science qu’à la médecine, des progrès qui reposent sur l’idée que les réactions physiologiques d’un animal sont, jusqu’à un certain point, transposables à l’homme. Seulement voilà, jusqu’à un certain point uniquement.

Science & Vie cite ainsi une expérience de 2006 on a testé sur des humains un traitement pour des maladies auto-immunes qui s’était remarquablement passée sur des rongeurs et des non-rongeurs mais qui a été à deux doigts de tuer les cobayes humains. De l’avis général, cet accident était absolument imprévisible.

Lors d’une autre expérience, un traitement visant à protéger du cancer du colon avait parfaitement marché sur des rats mais, alors que tout était prêt pour l’expérimentation sur des humains, par acquis de conscience, le responsable a réalisé un test sur des souris. Et là, mauvaise nouvelle, les petits rongeurs ont réagit à l’inverse des grands. Comment des humains réagiraient-ils ? Impossible de le dire, tout a donc été arrêté.

Alors, le caractère transposable de l’animal vers l’homme n’est plus de mise ? Pas facile à dire. En fait, ça dépend, l’expérimentation animale permet de prédire certaines toxicités mais pas d’autres, comme par exemple la toxicité hépatique. Science et Vie cite également le test d’un médicament utilisé jusque là contre l’hypertension en vue de l’utiliser pour des insuffisances cardiaques, en se passant d’animaux. Le test a été arrêté en catastrophe après plusieurs décès …

Bref, on ne sait pas trop …

La question éthique découle de la reconnaissance chez les animaux de capacités cognitives et émotionnelles. Au départ de l’expérimentation animale, il y a un siècle et demi, prévaut une conception cartésienne du corps comme une machine et, de là, de l’animal-objet. Néanmoins, la recherche elle-même a rapproché l’homme de l’animal, notamment en mettant en évidence leur proximité génétique. Plus tard encore, on s’aperçoit que l’on retrouve chez certains animaux, à l’état embryonnaire, des caractéristiques que l’on penserait propres à l’homme : la culture, la conscience de soi …

Que faire, alors, avec les animaux de laboratoire ? La ligne de conduite adoptée est la règle dite des 3R : remplacer, réduire, raffiner. Remplacer, à chaque fois que c’est possible, l’animal par un protocole d’expérimentation alternatif, et notamment par des cultures cellulaires. Seulement, une cellule n’est pas un organisme entier, son fonctionnement n’a de sens que par rapport à un animal complet, et il est bien clair qu’on ne peut pas toujours, loin de là, se passer d’expérimentation animale. Quand le remplacement n’est pas possible, il faut réduire au maximum le nombre d’animaux concernés ; le troisième R, le raffinement, consiste à réduire au maximum la souffrance de l’animal avec notamment des anesthésiants, logique qui trouve ses limites quand il s’agit d’expérimenter la souffrance, justement.

Quoi qu’il en soit, tout cela a donné lieu à un encadrement très stricte de l’expérimentation animale. Mais le bon équilibre est certainement difficile à trouver, et sans doute insatisfaisant pour les uns comme pour les autres.
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filo




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MessageSujet: Re: Expérimentation animale – le malaise   Mar 22 Avr - 22:49

Effectivement, les deux problèmes se posent, et si on veut en réduire un il faut aggraver l'autre !

Pour réduire le premier, il faudrait accroître le nombre d'animaux et d'espèces expérimentés pour être plus sûr, mais pour réduire le second il faudrait arrêter de faire du mal à ces pauvres rongeurs qui n'ont rien demandé, peuchère, surtout avec certaines personnes ou associations qui considèrent comme de la cruauté ce genre d'expérience, mais qui sont contents tout de même d'utiliser les médicaments pour guérir.

Et encore les rongeurs sont suffisamment éloignés des animaux domestiques pour qu'on ne s'offusque pas avec excès, mais quid des singes ou des chiens ? (ou des bébés phoques, triple horreur, là les scientifiques seraient promis à la géhenne !)

Personnellement, j'ai du mal à me prononcer. J'ai même du mal à manger de la viande trop souvent, car je ne peux m'empêcher de me souvenir qu'il s'agit de cadavres d'animaux exécutés à cette fin.
Alors, lâchement sans doute, je laisse d'autres décider, et prendrai le médicament volontiers s'il peut me guérir.
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alejandro
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MessageSujet: Re: Expérimentation animale – le malaise   Mar 22 Avr - 23:01

Je ne pense pas qu'il y ait lieu de se prononcer pour ou contre ; j'ai posté ce message tout simplement pour signaler que le problème existe et qu'une réflexion en la matière - ce qui est, j'imagine, le but de Science & Vie - est la bienvenue.
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Diego Ortiz




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MessageSujet: A la grâce de Dieu, j'avoue...   Mar 22 Avr - 23:45

En 1980 j'étais un étudiant en médecine qui comme tous les autres cherchait un sujet de thèse. Je voulais l'immunologie mais le prof était à ce moment le doyen de la faculté de médecine de Genève et m'a poliment éconduit, car faire sa thèse pendant ses études revient à un "stage sauvage", qui est évidemment interdit parce qu'il fait ombre aux cours, à moins qu'il ne débouche sur un résultat académique gratifiant pour la faculté.

J'arrive donc en pathologie expérimentale, un paquet, un train de mesures, qui me garantit la participation 24/24 à une équipe multidisciplinaire de pointe, six heures de microscope électronique par jeudi, l'initiation au cryodécapage, les délices de la neuropathologie, et une première approche de la salle d'autopsie que j'aurai de toute façon à fréquenter assidument un peu plus tard pour les examens de fin d'étude.

On me met au travail sur le cytosquelette et le myofibroblaste. Je ne suis pas certain que cela vous intéresse vraiment, mais ces machins ont un rôle capital dans la cirrhose du foie, l'athérosclérose, et la contraction des plaies de brûlures, ainsi que les chéloïdes et mille aberrations emmerdantes de nos réactions organiques.

Mon mandat - j'avais donc 22 ans - consiste à créer des dispositifs d'expérience afin de tester de nouvelles substances (prostaglandines en particulier), in vitro, pour leur capacité à inhiber la rétraction pathologique des myofibroblastes. Passionnant. Mais pour cela il faut tuer au moins mille ou dix mille rats Wistar, tout blancs, sympathiques, doux et chauds au toucher. Ligaturer leur aorte avant de leur infliger une plaie de 1 cm2 dont la cicatrisation sera ralentie par le manque d'oxygène, provoquer une hypertension rénovasculaire par la ligature partielle de l'artère rénale gauche, voire pratiquer des néphrectomies en combinaison avec tout cela, pour corser, varier, diversifier, conforter si possible les résultats des expérimentations.

J'ai eu de la chance de ne pas tomber sur des chiens ni des lapins, qui gueulent quand on les tue. Je vous laisse imaginer le reste. Quand j'étais petit j'avais toujours voulu devenir vétérinaire, car je trouvais les animaux meilleurs que les humains, pour des raisons bien à moi. Au bout de six mois le Patron me convoque pour me dire que je suis un bon élément mais que je semble souffrir de certaines inhibitions sentimentales en ce qui concerne l'expérimentation sur les animaux. Je reconnais que oui, et sors de son bureau entièrement libre. Depuis lors je ne suis plus vivisecteur.
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Romane
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MessageSujet: Re: Expérimentation animale – le malaise   Mer 23 Avr - 0:00

Voilà un sujet pour moi douloureux. S'il est vrai que je profite des progrès en matière de médicaments ou produits en tous genres, il n'en demeure pas moins que je n'arrive pas à me faire à l'expérimentation sur animaux. J'peux tout simplement pas.

J'ai vu un jour, enfin, je veux dire, j'ai commencé à regarder un jour une émission. Le film montrait une maman singe et son petit. L'expérience consistait à poser la maman sur une plaque chauffante brûlante, pour voir quel serait l'instinct qui l'emporterait : instinct de survie ou instinct maternel ?

Instinct de survie : poser le petit à même la plaque et monter dessus.
Instinct maternel : souffrir l'enfer, mais au moins protéger son petit.

Je n'ai pas compris en quoi cette barbarie pouvait nous être "utile" à nous, tortionnaires.

Je suis partie vomir en titubant, prête à me trouver mal.
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Diego Ortiz




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MessageSujet: Vivisection   Mer 23 Avr - 0:10

Et moi je ne tue même plus de moustiques, et ne supporte pas les films que tu nous livres sur un autre forum, parce qu'avant que les cartouches soient enfilées dans la culasse du vieux fusil, le réalisateur a fait œuvre de Mengele cinéaste. On change. Je mange toujours de la viande, bien que sans doute, seul, j'arrêterais. Elle ne m'a pas manqué chez les Tibétains. Mais le poulet fermier des Landes de dimanche (eh oui, je prépare mes papilles) fut un régal. Il n'y a qu'à cesser de se considérer comme des êtres rationnels et nous mettre une fois pour toutes à l'écoute de nos boussoles internes, qui sont aptes à décider de paradoxes.
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Romane
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MessageSujet: Re: Expérimentation animale – le malaise   Mer 23 Avr - 0:17

Le vieux fusil est nécessaire pour expliquer ce qui ne l'est pas ; tuer.
Il fut pour moi comme un poids dans la poitrine, quand on la sent prête à exploser sous la pression d'un gros chagrin. Alors oui, je comprends.

Je pense que ne pas manger de viande ne me dérangerait pas, mais qu'en manger ne me dérange pas davantage. Ça fait partie de la vie, au même titre que certains animaux en tuent d'autres pour se nourrir. Ni plus, ni moins. Pour moi, la différence est énorme.

Question poulets fermiers du Gers (ou des Landes), la poule au pot qu'on fait par chez moi peut délier n'importe quelles papilles et délecter n'importe quel convive. J'dis ça, hein... j'ai rien dit. Enfin... tout bas, je veux dire.
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Diego Ortiz




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MessageSujet: Le Cauchemar Annoncé   Mer 23 Avr - 0:50

Mercredi dernier une femme que je connais depuis un an décide de se confier. Déjà dans le canapé de la salle d'attente, conviviale, elle a l'air d'avoir maigri de plusieurs kilos depuis la semaine dernière. Cela fait longtemps que je sais que je ne sais que la moitié de son histoire, et deux visites en famille ont donné une première fois un résultat agréable, ouvert sur un travail commun éventuel, et une seconde, sur une fermeture hostile.

Je ne puis donner trop de détails pour des raisons compréhensibles, je crois. Je savais que cette femme avait été violée devant ses quatre enfants lors d'une guerre des Balkans, et que depuis lors, le père n'étant pas au courant, une scission s'était instaurée au sein de la famille, la mère fragilisée et annihilée servant de bouc émissaire.

"Mon mari n'a été mis au courant de mon viol que par la bêtise des autorités, qui lui ont adressé mon rapport d'audition à Berne, les crétins. Mais ce qu'il ne sait pas, c'est que sa propre mère a été violée juste avant moi et assassinée sous nos yeux. Nous avons dit qu'elle était morte d'un infarctus, et l'enterrement a eu lieu sans lui, puisqu'il était déclaré déserteur."

Je n'ajoute rien de croustillant. J'ai fait la connaissance du frère de cette femme, aussi, qui vient enfin d'avoir l'autorisation de rejoindre le reste de la famille à Genève, alors que depuis des années, en tant que "célibataire", les autorités suisses, toujours au nom de la politique de dissuasion en matière d'asile, l'avaient assigné à résidence dans un canton alémanique. Il porte une casquette et son corps est brun-noir comme celui de Romy Schneider dans le film, à la fin. Je comprends qu'il a voulu s'interposer et qu'il a reçu un coup de lance-flammes. Toutes les phalanges de ses mains ont été dévorées par le feu et il n'est pas capable de remonter son pantalon tout seul. Trois séances de dialyse par semaine : les reins sont foutus, comme c'est le cas ordinairement.

Cette femme vient de menacer d'égorger ses quatre enfants et de faire de même pour elle ensuite, à la suite de la dernière sottise du fils cadet, qui a enfermé pendant quelques heures une femme de soixante-quinze ans dans un ascenseur, le dimanche précédent.

Je lui ai déclaré qu'elle n'avait plus qu'à passer à l'acte ou à se résoudre à paraître ridicule, lorsque j'ai appris ses nouvelles menaces. Je ne cesse d'avoir des communications de tiers qui aimeraient bien voir cette femme hospitalisée à vie et le reste de la famille dispersée dans divers foyers. Je refuse catégoriquement, ai des arguments pour cela, et les maintiendrai.

Après une heure d'entretien pénible, souffrant, sanglotant, si typique des récits de traumatismes comme si l'on y était [ils ont d'abord crié le nom de mon mari depuis le jardin, et tout de suite ils étaient sur la porte et frappaient de tous leurs poings; ensuite à coups de pieds et de crosses ils l'ont enfoncée et tout de suite ils se sont jetés sur mes deux aînées, dont ils ont arraché les vêtements; je suis descendue à toute vitesse et me suis proposée de tout subir à leur place; ils m'ont laissée pour morte dans la flaque de sang de la mère de mon mari; trois semaines après j'apprenais que j'étais enceinte; et ainsi de suite].

A la fin, je lui ai dit : cela ne vous soulagera en rien d'avoir parlé de tout cela aujourd'hui, mais au moins j'aurai un cauchemar, et l'interprète aussi; et la prochaine fois - demain 23.04 - nous pourrons au moins démarrer avec le niveau nécessaire de clarté entre nous.

Et voilà que le soir même ou le lendemain tu nous mets en guise de buenas noches le Vieux Fusil. Bien sûr que Romy Schneider est charmante, et Noiret aussi vulnérable et touchant que nous l'avons toujours connu... Mais j'ai un petit problème pour regarder tout cela, au coeur de la nuit...

Je me suis demandé s'il était nécessaire de te raconter les dessous de ma réaction. Je crois que oui. Ce n'est pas seulement pour toi, qui n'as peut-être pas eu le malheur de côtoyer d'aussi près le cauchemar absolu des atrocités de guerre - mon pain quotidien depuis des années - mais aussi pour tous ceux qui pourraient, après avoir regardé "Le Vieux Fusil", se considérer comme quittes, affranchis. Ce n'est pas vrai. La réalité est pire. Seuls des films documentaires accidentels comme celui des Skorpios peut donner une idée de l'horreur absolue. Et l'odeur des charniers de Kigali. Je suis désolé. J'aimerais que tu puisses te laisser glisser dans la tendresse indifférente de la nuit, mais sur ce point je me sens contraint d'être un peu désagréable. Excuse-moi.
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Romane
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MessageSujet: Re: Expérimentation animale – le malaise   Mer 23 Avr - 1:12

Tu n'es point désagréable, et tu confirmes ce que je pense sans pour autant l'avoir vécu (je n'y suis pour rien, on est là ou pas en période de guerre ou pas, dans tel pays plutôt qu'un autre, et personne n'y peut rien). Je veux dire par là que je me doute bien qu'un bouquin, un film, même partant de bonnes intentions, ne pourront jamais, jamais égaler la réalité des choses. Mis à part le Procès de Nuremberg... et des images qu'on nous passe aux JT, mais elles sont parasitées par la marotte du scoop, ils ne savent pas à quel point le tape à l'oeil finit par dénaturer le sens profond des images saisies par une caméra.

Donc oui, bien sûr, tout le reste n'est que fiction montée "sur le thème de", et souvent romancé, même sans doute "La liste de Schindler" a été romancé, je n'en sais rien mais j'imagine.

Je ne sais pas pour les autres, mais jamais je ne me suis sentie quitte après avoir regardé ou lu sur le sujet. C'est quelque chose qui me vient de bien plus profond, en creux, là où personne ne peut venir y mettre son regard, tu sais, un point précis où je demeure à la fois questionnante, douloureuse, honteuse, écoeurée, révoltée, désarmée, et qui pointe du doigt le genre humain. Quel film, quel livre, pourraient nous faire dire : bon j'ai vu, on peut passer à autre chose.
Pas possible. Tout ça est en nous, en chacun de nous, qu'on en soit ou non conscient.
C'est latent.
Et puis un jour pas fait comme un autre, ça sort. Insupportable. Ce peut être la guerre, ce peut être la condition féminine dans telle partie du globe, ce peut être les petiots au travail bien trop tôt et leur espérance de vie si frêle, ce peut être des hommes qu'on torture, ce peut être l'expression décapitée... ce peut être tant de choses qu'il m'arrive souvent de penser à l'humain comme la pire des espèces.

Comme je le disais à quelqu'un hier ; alors je m'en vais sur mon caillou du ciel, dans un recul si considérable et dans le silence, que j'arrive à reprendre souffle. Encore un peu.

J'avais compris qu'il s'était passé quelque chose ce jour là. Aujourd'hui, je me demande si le hasard n'a pas voulu provoquer cette discussion, par la rencontre de ta journée et de ma vidéo.
Si ça pouvait servir à quelque chose... ?
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Diego Ortiz




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MessageSujet: Vieux Fusil toujours bon à quelque usage   Mer 23 Avr - 1:18

...En tout cas cela m'a tenu lieu de cauchemar... Et je pourrai rencontrer cette femme demain, à nouveau, l'esprit assez libre pour nous remettre à chercher de voies de sortie...

Je l'ai partagé avec toi parce que la coïncidence était évidente, mais il faut reconnaître que de telles collisions se produisent régulièrement dans nos existences quand nous sommes confrontés au traumatisme personnel ou à celui d'autrui. Il semble y avoir une sorte de loi de résonance, et avec la propension de notre psychisme à produire des symbolisations et des représentations toujours nouvelles, une oeuvre d'art, un film, peuvent très bien tenir lieu de cauchemar et en faire office. Pour ma part, je préfère souffrir en la compagnie de Noiret et de Schneider qu'en beaucoup d'autres... et le résultat est finalement le même...
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Romane
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MessageSujet: Re: Expérimentation animale – le malaise   Mer 23 Avr - 1:29

C'est-à-dire qu'il est édulcoré, mais que pour peu qu'on soit apte à visualiser la réalité, il est un pont pour nous ramener à la réflexion qu'on a besoin de mener pour continuer à explorer l'humain, et toutes ces questions et/ou constats qui nous sont nécessaires.
Je me trompe ?
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filo




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MessageSujet: Re: Expérimentation animale – le malaise   Mer 23 Avr - 1:31

Je ne comprends pas la relation que vous faites entre la vivisection et les viols & tueries de guerre, et je ne sais pas d'où sort le Vieux Fusil dans ce fil, mais j'ai énormément été touché par ce film lorsque je l'avais vu pour la première fois, et même la seconde. D'ailleurs j'ai toujours sa musique en tête, une musique hautement mélancolique et nostalgique, qu'elle soit interprétée au piano ou au saxo.
Diego, ton témoignage est terrible (et le premier aussi d'ailleurs).
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Romane
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MessageSujet: Re: Expérimentation animale – le malaise   Mer 23 Avr - 1:34

Le lien entre les deux conversations, ou plus exactement entre le début et la suite de la conversation, vient des images.
J'ai un jour posté le lien menant à la scène du lance-flammes dans "Le vieux fusil" et le hasard a voulu que ce jour là, Diego avait été plongé dans l'histoire de cette femme et des horreurs de la guerre. Ou plutôt, il n'y a pas de hasard, nous devions sans doute naviguer ce jour là sur une onde commune et nous ne l'aurions jamais su sans ce lien vidéo.
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alejandro
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MessageSujet: Re: Expérimentation animale – le malaise   Mer 23 Avr - 2:23

Il y a quelque temps, j’ai ouvert un fil où j’essayais de montrer l’impasse à laquelle conduit le fait de se poser des questions éthiques en termes de bien et de mal. Je défendais l’idée que la question éthique fondamentale à laquelle nous sommes confrontés était de savoir jusqu’où sommes-nous prêts à faire des concessions au diable. Par diable il ne fallait bien évidemment pas comprendre le personnage biblique ni une figure maléfique avec des sabots et des cornes, mais ce qui dans nous-mêmes nous pousse à transgresser de nos valeurs, notre morale et, aussi, notre intérêt.

Nous sommes des êtres humains, à ce titre nous sommes des animaux et nous, animaux, partageons avec le règne végétal le statut d’êtres vivants. Si Dieu existe, en nous donnant la vie il nous aura tous fait une bien sinistre farce : lier la vie à la mort ; la vie n’existe que parce qu’il y a la mort, la vie ne peut s’épanouir que sur un monceau de cadavres, et toute forme vivante est condamnée à devenir une carcasse. Nous ne pouvons pas glorifier la vie et simultanément dénigrer la mort. Nous ne pouvons vivre que parce que nous tuons, et nos cadavres serviront à nourrir des plantes qui nourriront à leur tour d’autres animaux. Notre destin d’être vivants est la mort(1).

Nous sommes des êtres humains ; et pour tout un tas de raisons, nous nous posons des questions d’ordre éthique. A titre tout à fait personnel (mais je ne pense pas être le seul), je considère que la référence absolue en matière d’éthique est l’être humain et la vie humaine. Je suppose que c’est cela que l’on appelle être humaniste. C’est vrai que c’est une option qui peut être contestée ; après tout, pourquoi l’être humain et pas l’amibe ? Parce que plus que tout autre animal l’être humain a davantage de conscience, ou autre chose dans le genre ? Je dirais que c’est surtout parce que je suis moi-même un être humain, que si je n’attribuais pas une valeur particulièrement importante à ma vie je ne sais pas pourquoi je chercherais coûte que coûte à l’endurer le plus longtemps possible, et que je comprends difficilement ma vie autrement qu’en rapport avec la vie d’autres êtres humains. Ca me paraît important, ce genre de rappels, parce que la vie humaine n’a pas toujours été considérée comme importante, elle n’est, par beaucoup, toujours pas considérée comme importante, et que, en conséquence, tout discours visant à relativiser l’importance de la vie humaine – par exemple en la comparant avec celle d’une souris – m’inspire immédiatement une profonde méfiance.

Je n’aimerais pas être le chercheur qui découpe en petits morceaux des centaines de souris encore vivantes, comme je n’aimerais pas être celui qui tue des bœufs à la chaîne dans les abattoirs ni qui élève des poulets comme on cultive des carottes. Il est certain que si on se pose la question de savoir si c’est bien ou mal de torturer des souris, massacrer des bœufs ou traiter des poulets en objets, la réponse peut difficilement être autre chose que mal. Mais, à mon humble avis, la question ne se pose pas comme ça ; la mort, la souffrance, c’est toujours mal, mais c’est indissociable de la vie. La question, je pense, c’est de savoir jusqu’où est-t-on prêt à aller non seulement pour rester en vie, mais pour améliorer notre vie. Combien de centaines, de milliers, de centaines de milliers de rats « Wistar, tout blancs, sympathiques, doux et chauds au toucher » est-on prêts à massacrer pour sauver un enfant leucémique ?


1. Si on me fait remarquer qu’il y a des animaux qui ne tuent pas, les abeilles, par exemple, je ferais remarquer en retour que les abeilles vivent de plantes qui ont poussé sur des cadavres.

EDIT : correction après vérification

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Dernière édition par alejandro le Mer 23 Avr - 14:38, édité 1 fois
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Romane
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MessageSujet: Re: Expérimentation animale – le malaise   Mer 23 Avr - 2:33

J'aurais tendance à regarder le problème sous forme de cycle, c'est-à-dire à penser qu'on améliore chaque jour un peu plus, jusqu'à ce qu'à force d'amélioration on se heurte à son paradoxe, on implose et on repart à zéro.

Nous sommes sans foi ni loi. Nous disons protéger les espèces (sous-entendu "animales"), or nous en avons décimé. Nous disons protéger la nature, or nous la saccageons.
A partir de ce simple constat, effectivement, l'éthique... pfiou...

Mais.
Nous disons que l'humain est prioritaire, or nous nous suicidons à petit feu.

C'est presque d'un sourire ironique, que je vais dire : ça me soulage.
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