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Sylphide Pitchounette du Québec

Inscrit le : 22 Avr 2007 Messages : 717 Localisation : Québec, mon petit coin de paradis ^^
| Sujet: Feuilleton- Samaël Ven 14 Mar - 13:50 | |
| je vous mets ce qui m'a occupé depuis le mois d'octobre... un petit feuilleton que mes amis ont dévoré, me dévorant presque pour avoir les épisodes suivant (j'ai quelques fois craint pour ma vie... ).
C'est un feuilleton où je vous entraîne dans un récit, dans un univers semi-parallèle.
La psychagogie n'existe pas. Pas plus que les psychopompes ou psychagogues. Du moins, pas au sens où je m'en sers. Un psychopompe (synonyme: psychagogue) est une déité mythologique qui guide l'âme des morts (l'ankou, les anges, charron, et autres du genre en font partis) tandis que la psychagogie est, à la base, une cérémonie pour les morts.
Dans mon feuilleton, j'y ai donné un tout autre sens. Vous verrez. Mais j'ai réussi à créer un semi-univers. Et si il advient que j'ai raison, que cela puisse véritablement exister... bon, simple délire.
Ca suffit le babillage... bonne lecture ^^ J'espere que vous aurez autant de plaisir à le lire que j'en ai eu à l'écrire...
Présentation
Ils sont 20 jeunes, ils ont tout pour eux, enfin, presque. Mais ils sont si angoissés, si déséspérés, qu'ils préféreraient mourir plutôt que de vivre plus longtemps encore. Ils portent des surnoms étranges, liées aux mythologies diverses qui existent dans le monde, et même parfois à la littérature. Ils sont mystérieux, n'ont pas vraiment de lien commun. Sauf Samaël.
Et un jour, ils disparaissent tous ensemble. Ils sont introuvables. Ils ont laissé si peu de traces...
qu'est-ce qui a bien pu se passer? où sont-ils? dans quel état?
Sylphide _________________ mes mondes intérieurs ”J'ai tendu des cordes de clocher à clocher, Des guirlandes, de fenêtre à fenêtre, Des chaînes d'or d'étoile à étoile, Et je danse” -Rimbaud |
|  | | Sylphide Pitchounette du Québec

Inscrit le : 22 Avr 2007 Messages : 717 Localisation : Québec, mon petit coin de paradis ^^
| Sujet: Re: Feuilleton- Samaël Ven 14 Mar - 13:52 | |
| De la noirceur vers la noirceur (épisode 01/25)
Clara dévala l’escalier à toute vitesse, ne souhaitant pas manquer son autobus. Elle s’arrêta au passage devant le miroir, pour s’assurer que tout était correct. À son teint si pâle, on aurait presque craint qu’elle n’ait aucun reflet…
Elle sortit son crayon noir et entreprit de refaire la ligne sous son œil. Puis elle se regarda, prit une pose un peu aguichante et sourit, fière de ce qu’elle était devenue. Son sourire s’évanouit presque aussitôt et elle passa à la cuisine. Elle regarda froidement sa tante, qui, sous le regard qu’elle lui jeta, décida de ne rien dire. Mais la jeune fille le prit comme une insulte.
« T’inquiète, ma tante, t’en a plus pour très longtemps a m’endurer sous ton toit, lui dit-elle d’un ton dur.
-Clara… c’est pas ça…
-On dit toujours ça quand la vérité est trop crue. Bon, j’y vais, je veux pas te déranger plus longtemps. Attends-moi pas ce soir, ça vaut pas la peine. »
Clara prit son sac et sortit, juste à temps d’ailleurs pour ne pas manquer son autobus.
***
« Vous êtes certaine, Madame Desaulniers…
-Boudreault… madame Boudreault….
-Vous êtes sûre, madame Boudreault, qu’il n’y a pas d’autres détails, d’autres paroles?
-Je vous le répète encore, monsieur l’enquêteur, c’est vraiment tout ce dont je me souviens »
Patrice soupira et passa la main sur son visage, mort de fatigue. C’était sa première grosse enquête : s’il réussissait, il prouverait sa grande habileté. Mais s’il échouait, comme tout s’annonçait présentement, il ne réussirait qu’à montrer son incompétence.
« Écoutez, madame… 20 jeunes disparus dans les mêmes heures, venants de 20 endroits différents… Il y a assurément des liens entre eux et il est primordial que nous les découvrions. Il y a certainement quelque chose dont vous vous souvenez! Même si cela semble anodin, le moindre détail est important pour cette enquête! »
20 jeunes… et 19 autres services de police avec qui il devait travailler.
« Je vous le répète, enquêteur, il n’y a rien de plus. Sinon ce changement brusque de personnalité et ces téléphones de la part d’un certain Samuel… »
Le visage du jeune homme s’illumina. Voilà un nouveau détail!
« Samuel… vous êtes sûre? Ce ne serait pas plutôt Samaël?
-Peut-être bien… vous savez, moi et les noms… »
Enfin une piste qui rimait à quelque chose. Ce certain Samaël était récurrent dans les récits des parents. Un homme à la voix inquiétante…
« … qui appelait à des heures impossibles! Je veux dire, en pleine nuit, ou durant l’heure du souper, avant les cours et qui demandait à parler à Clara… »
Et celle-ci, ensuite, prétextait toujours une sortie urgente… Voilà une information qui suivait le pattern. Avec de la chance, les autres trouveraient aussi cette correspondance. Patrice l’écrivit immédiatement sur son ordinateur et envoya l’information aux 19 autres services de police.
« Et l’avez-vous déjà vu?
-Vu? À peine aperçu… il est venu chercher Clara un jour… »
Le récit semblait intéressant, peut-être même bourré d’informations… l’enquêteur resservit une tasse de café à son témoin. La nuit serait longue.
***
Anick Boudreault s’empressa de sortir son repas du four, avant qu’il ne brûle.
« Clara, ma chérie, le souper est prêt! »
Celle-ci arriva dans la cuisine et prit une pomme qu’elle fourra dans sa poche. Elle avait été étrangement silencieuse dès son retour des classes, mais Anick ne s’en était pas inquiétée. Après tout, c’était le premier anniversaire de la mort de ses parents, peut-être était-elle un peu éplorée…
Au décès de sa sœur et son beau-frère, Anick, qui malgré ses 31 ans était toujours célibataire, avait adopté sa nièce, voulant lui offrir la vie que ses parents ne pouvaient malheureusement plus. Elle avait emménagé dans la maison de sa sœur, pour ne pas trop dépayser la jeune adolescente, étant tutrice de ses biens et de son être jusqu’à ses 18 ans. Clara avait toujours été une jeune fille pétillante et sociable, mais depuis quelques semaines, elle avait changé. Bah, rien de grave, la crise d’adolescence, pensait Anick.
« J’ai pas trop faim, ma tante…
-C’est pas grave, ma chouette… alors, si tu me racontais ce que tu as fait aujourd’hui? »
Le téléphone sonna. Anick décrocha, puis fut surprise par la voix qui lui répondit.
« Bonsoir… pourrais-je parler à Clara? »
La voix, grave et lugubre, lui donna des frissons dans le dos. Mais elle ne s’en soucia pas; après tout, les jeunes se donnaient parfois des airs…
« Oui, bien sûr… »
Elle passa le téléphone à Clara qui s’empressa d’aller dans la pièce d’à côté. Anick, inquiète, resta à l’affût de tout ce que sa nièce disait, mais s’efforça, le plus naturellement du monde, de mettre la table. Au bout de quelques minutes, Clara revint, accueillie par un sourire de la part de sa tante.
« Alors, ma chouette, c’était pourquoi?
-Eh bien… je me demandais si… si tu aurais objection à ce que mon ami vienne me chercher. On a un travail à faire et ce serait bien si on y passait la soirée… en plus, je pourrais coucher chez lui, on aurait plus de temps.
-Hum eh bien… »
Comment sa sœur aurait-elle réagi devant la demande de Clara? Anick n’avait aucune idée, ne possédant aucune fibre maternelle. Mais bon, comme elle souhaitait offrir l’adolescence rêvée à sa jeune nièce, elle se dit que lui accepter cette soirée ne ferait pas de tort…
« D’accord, ma chouette… mais ne dérangez pas ses parents, d’accord? Tu veux que j’aille te porter?
-Non, ça va aller, il vient me chercher tout à l’heure. »
Elle s’approcha de sa tante et lui fit un câlin.
« Merci ma tante… je vais aller préparer mes affaires maintenant… oh et je vais peut-être manger une petite bouchée avec toi… ça a l’air appétissant ce que t’as préparé… »
Elle monta à sa chambre et prépara son sac. Elle redescendit et le posa près de la porte. Puis elle se servit une assiette et vint s’asseoir face à sa tante.
« Alors… si tu m’en disais plus sur cet ami? Demanda-t-elle un sourire aux lèvres
-Bah… je l’ai rencontré il y a quelques semaines et puis voilà… il est sympa, attentionné… »
Plus vieux, intelligent, et surtout, très ouvert d’esprit… termina-t-elle dans ses pensées.
« Fantastique, alors… et cet ami, ce n’est qu’un ami? »
Clara rougit.
« Pour le moment, ma tante, ce n’est qu’un ami… »
Mais elle espérait qu’il deviendrait plus. Après tout, comme il lui avait dit, elle était sa première, sa préférée… c’était elle qui guiderait les autres lorsqu’ils se joindraient à eux. De la noirceur vers la noirceur, disait-il.
Les deux filles jasèrent ensuite de tout et de rien, jusqu’à ce qu’une voiture noire se stationne dans l’entrée.
« Tiens, c’est lui… »
Elle porta son assiette dans l’évier, embrassa sa tante au passage et partit. Samaël sortit de sa voiture pour venir lui ouvrir la portière, côté passager. Sa tante fut surprise par l’âge qu’il semblait avoir et surtout par le fait qu’il était le conducteur de la voiture. Elle regretta soudain de ne pas avoir fait attention lorsqu’elle avait donné la permission à Clara d’aller avec lui. Il l’aperçut et lui fit un sourire enjôleur. Elle répondit par un pâle rictus, se rassurant en se disant que Clara était intelligente.
***
Anick termina son récit en éclatant en sanglots. Mais Patrice resta de marbre.
« Je n’ai pas dormi de la nuit! Oh bien sûr, le lendemain, après l’école, Clara était de retour, mais si vous saviez les remords que j’ai eus...
-comment était-il?
-Mes remords? Oh atroces!
-Non, pas vos remords madame Boudreault… s’impatienta-t-il, comment était l’homme?
-Eh bien… à l’image de sa voix : lugubre, sombre… je dirais dans la trentaine, mais avec son air un peu gothique, ce peut être trompeur…
-Vous souvenez-vous de la plaque de la voiture?
-Par cœur… j’ai eu tellement peur que je l’ai noté, par crainte que ma pauvre Clara disparaisse… »
Ses sanglots redoublèrent : la nuit avait été longue, elle était morte de fatigue et cela faisait une semaine qu’elle n’avait pas eu de nouvelles de sa nièce. Elle donna le numéro de plaque puis se fit reconduire chez elle. Elle prit au passage le courrier, sans réel intérêt. C’est alors qu’elle découvrit une étrange lettre, aux allures anciennes. Son nom, tracé d’une écriture fine, était écrit, sans rien de plus.
Elle s’empressa de la décacheter et de la lire. Une toute petite clé USB tomba sur le sol. Elle la ramassa, la posa sur la table et déplia la lettre. Elle se retint pour ne pas s’évanouir dès les premiers mots :
Chère Anick,
Ne cherchez plus Clara, elle a rejoint ses parents. Eh oui, la mort l’a emporté… cette petite, qui autrefois irradiait de lumière, m’a trop fait confiance. Après avoir guidé les autres de la noirceur vers la noirceur, Hécate, ou plutôt, Clara, a fait un pas vers la mort pour finalement s’y abandonner, avec 19 autres jeunes, qui, comme elle, m’ont fait confiance. Vous trouverez sur la clé USB, comme les 19 autres parents, ce qui se passa la nuit de leur disparition. Je tiens à ce que vous le voyiez, avant même d’en avertir la police. Ce sera un choc moins dur pour vous. Vous trouverez aussi les coordonnées des autres parents, si vous voulez connaître les jeunes avec qui Clara a mis fin à ses jours.
Mes plus sincères condoléances,
Samaël
Anick éclata en sanglot, tremblante de tout son corps. Elle reprit son calme puis ouvrit son ordinateur. Il lui pressait de voir le contenu de la clé USB.
***
Au long des semaines, Clara avait continué de fréquenter Samaël, assurant sa tante que rien de mal ne se passait. Puis, son caractère était devenu plus sombre, et elle avait commencé à accuser sa tante de profiter de son argent. Celle-ci démentait bien sûr, ce qui ne faisait que mettre en rage la jeune fille. Elle lui parlait de moins en moins et était rarement à la maison. L’atmosphère devint tendue sans même que Anick ne puisse comprendre pourquoi sa nièce changeait ainsi de caractère. Lorsqu’elle accusait ses nouveaux amis d’en être la cause, Clara se mettait en colère et lui expliquait qu’elle faisait ses propres choix et que c’était plutôt elle qui influençait les autres.
Elle avait adopté le style gothique de Samaël, avait acheté d’étranges objets ésotériques et faisait parfois venir des amis étranges à la maison. Mais Anick se gardait de critiquer, au risque que sa nièce ne fugue.
Puis était venu le jour fatidique de la disparition. Ce jour-là, Clara était partie avec tout ce qui lui tenait à cœur. Elle n’était pas revenue après l’école. D’ailleurs, nulle ne l’y avait vu. Elle n’était pas revenue le lendemain. Elle avait tout simplement disparu, sans laisser de trace. Les policiers étaient sur l’enquête. 19 autres jeunes, comme elle, avaient disparus, le même jour, dans les mêmes heures. 20 jeunes de 20 milieux différents, sans aucun lien commun. Sinon Samaël, ce mystérieux homme dans la trentaine, aux allures gothiques.
Mais les clés USB contenaient le secret. 20 parents découvrirent en même temps ce qui était arrivé à leurs jeunes. Enfin, durant les derniers instants de leur vie. _________________ mes mondes intérieurs ”J'ai tendu des cordes de clocher à clocher, Des guirlandes, de fenêtre à fenêtre, Des chaînes d'or d'étoile à étoile, Et je danse” -Rimbaud |
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| Sujet: épisode 2/25 Sam 15 Mar - 20:34 | |
| Archaïsme (Épisode 02/25)
L’atmosphère dans la salle à manger était tendue. La veille, il avait offensé ses parents en refusant de se rendre à la messe. C’était la première fois qu’il le faisait, bien qu’il ait depuis longtemps cessé de montrer sa foi comme les autres. Sa mère posa le souper sur la table, regardant son mari pour chercher appui dans son regard. Mais il était aussi froid et hautain qu’à l’habitude. Tant pis, elle s’en passerait. Elle regarda ses quatre fils puis en revint à l’aîné, celui qui lui avait tant brisé le cœur la veille.
« Jean-Luc, qu’en dirais-tu de dire la bénédiction?
-C’est à père de le faire, pas à moi.
-Jean-Luc, répondit son père. Ta mère t’a demandé quelque chose. »
Il regarda son père droit dans les yeux, refusant de le laisser gagner à nouveau. Il ne lui restait que ce souper avant d’aller rejoindre sa belle déesse… il devait absolument faire de son départ un événement grandiose et, surtout, choquant. Il acquiesça silencieusement, fermant les yeux. Quelque chose de choquant…
« Je te remercie, Seigneur, d’avoir permis un autre délicieux repas… je te remercie de pousser mon père à faire mieux, jour après jour, pour détruire ma mère. Je te remercie aussi de faire de ma mère une pauvre croyante aveugle… »
Il ne l’entendit pas arriver, trop concentré à trouver de bonnes répliques pour cette bénédiction. Le poing de son père s’écrasa sur son visage, le renversant de sa chaise. Mais il n’eut pas de cri de douleur. Il se releva, regarda froidement son père et monta à sa chambre. Il ramassa son sac, son cellulaire, son manteau et décida d’aller marcher pour fixer un nouvel endroit à Sekhmet pour se rejoindre. Il redescendit précipitamment, prenant soin par contre à s’arrêter dans l’encadrement de la salle à manger.
« Désolé, mère de ne pas avoir pu vous libérer de mon père. Soyez forte… »
Puis il sortit, malgré les protestations de ses parents. Mais cela lui importait peu, ils ne pouvaient plus rien contre lui. Parce que lui, il était libre de son baptême et n’avait aucun péché à se repentir.
***
« Monsieur Poulin, je vous en pris, dites-moi, c’était dans les comportements habituels de votre fils de ne pas aller à la messe?
-Comme je vous dis, c’était la première fois qu’il ne nous y accompagnait pas.
-Et il n’y a rien d’autre?
-Non, rien d’autre.»
Catherine Lachance regarda la frêle femme qui se tenait à côté de Denis Poulin. 18 ans de mariage et Louise Poulin semblait à peine avoir 35 ans. Elle n’osait pas parler, mais il était clair qu’elle en savait plus que lui. Il semblait l’intimider pour cacher quelque chose. Le regard qu’il posait sur elle à chaque fois qu’elle voulait rajouter un mot. Heureusement, l’enquêtrice Lachance savait quoi faire pour avoir plus d’information…
« Monsieur Poulin, je vous en pris, vous pourriez sortir le temps que j’interroge votre femme?
-Pour quoi faire?
-Eh bien il est mieux d’interroger un témoin seul à seule. Demandez à mon collègue de vous servir de café, si vous voulez… madame Poulin et moi serons le plus rapides possible. »
L’homme sortit, visiblement malcontent. Catherine reçut alors le courriel de Patrice et sourit en voyant son contenu. Le pauvre jeune homme avait été tout découragé en voyant que son affaire semblait sans indice. Ça lui rappelait sa propre première enquête, 25 ans plus tôt, presque jour pour jour, où elle avait eu affaire à une étrange affaire de meurtre….
« Bon, madame Poulin, je voudrais vous poser quelques questions…
-allez-y, mais je ne vois pas ce que je pourrais répondre de plus que ce que mon mari vous a dit.
-eh bien… vous savez, je suis tenue au secret professionnel, donc vous pouvez tout dire ici… tout ce que cela fera, c’est aider à retrouver votre fils. »
La mère de famille sembla se détendre, comme si elle était prête à dire quelque chose. Le but était atteint. Au bout d’un silence, le cœur gros, elle se mit à parler, en disant le plus possible.
« Mon fils n’est pas un fou… ni un meurtrier ou un dangereux…
-Je vous crois madame, les traces que l’on a ne nous indiquent rien de tout cela. Il est tout simplement porté disparu.
-Je ne sais pas où il est…
-Nous non plus et c’est pourquoi nous enquêtons. Mais pour le retrouver, il nous fait le plus d’information possible. Ne vous inquiétez pas, nous travaillons avec 19 autres corps de polices qui, eux aussi, ont des cas très semblables au nôtre. Si on retrouve votre fils ou un des 20 jeunes, tout le monde sera soulagé… j’ai besoin de tout savoir sur le soir de la disparition. Vous m’avez dit qu’il a quitté de table après que son père se soit choqué de sa "bénédiction"… mais vous ne me dites pas tout, enh? »
La femme baissa la tête pour cacher ses larmes.
« Mon mari n’est pas un homme violent envers ses fils habituellement… mais ce soir-là il… il l’a frappé…
-Pas violent envers vos fils? Que voulez-vous dire?
-Eh bien c’est un peu ce qui mettait de la discorde entre lui et Jean-Luc…
-C’est-à-dire? »
La piste était bonne, très intéressante même… un bon indice sur les causes de la disparition, donc, du type de disparition. Sûrement une fugue. Ce serait à envoyer aux autres corps de polices : identifier si la disparition pouvait être une fugue, et si oui, de quel genre.
« Le fait qu’il soit parfois un peu agressif avec moi… mon fils disait que mon mari abusait de son titre d’époux sur moi… que je ne devais pas me soumettre à mon époux ainsi, que j’avais les mêmes droits que lui… il aurait voulu m’aider à prendre ma place… mais mon mari ne le laissait pas faire…
-Et quand a-t-il commencé à en parler? Est-ce quand il a commencé à fréquenter ce certain Samaël?
-non, c’est un peu après… je crois que l’élément déclencheur, c’est au souper où il a emmené son amie… une certaine Clara… mais lui, il l’appelait Hécate… »
Clara… ce nom n’était pas étranger à Catherine… mais où pouvait-elle bien l’avoir vu… cela lui revenait : le meeting sur les 20 disparitions!
« Clara! Oui je sais de qui vous parlez! Elle fait partie des disparus »
La mère en sembla presque heureuse, mais elle le dissimula rapidement. Catherine, à l’affût du moindre détail, s’en sentit alertée. Une bonne piste…
« Racontez-moi donc ce souper… »
Dans la pièce d’à côté, Monsieur Poulin angoissait en imaginant ce que sa femme pourrait raconter sur leur famille et ce que l’on pourrait en penser. Elle n’avait toujours été pour lui qu’une idiote… mais une belle idiote tout de même, bien soumise…
« Eh bien, c’était un dimanche soir et Jean-Luc avait voulu nous la présenter, disant qu’il la trouvait bien amicale… »
***
Clara était tout simplement adorable. Polie, bien élevée et en plus, elle avait un réel attachement à ses études. Jean-Luc semblait fier de son coup, présentant enfin une jeune fille à son père, omettant bien sûr de lui dévoiler son âge et ses croyances. Le souper se déroulait à merveille, Hécate jouait parfaitement son rôle, d’ici peu, ses parents auraient une totale confiance et le laisserait partir avec elle n’importe quand. C’est dans ces moments là qu’il pourrait aller aux réunions…
« Et dis-moi, Clara, commença le père de Jean-Luc, à quelle église as-tu été baptisée?
-Eh bien, pour être franche, monsieur Poulin, mes parents ne m’ont jamais fait baptiser. Mon père était athée et ma mère n’était pas assez proche de sa foi… alors, ils ne m’ont pas fait baptiser.
-Ah… je vois… »
Déjà un froid de jeté. En espérant qu’il ne continue pas dans la lignée de ces questions…
« Et ton père… il travaillait dans quoi?
-Mon père était auteur, il faisait assez d’argent pour survivre avec les livres qu’il écrivait et les nouvelles publiées dans les magazines. C’était ma mère, journaliste, qui nous permettait surtout de vivre dans le confort.
-Ta mère qui ramenait l’argent… je vois… »
Il était visiblement choqué dans ses valeurs. Clara s’en sentait ravie, atteignant son but.
« Mon père m’a donc beaucoup élevé… il m’a appris l’égalité entre les hommes et les femmes, l’importance capitale de cette égalité…
-Et quel type de roman écrivait-il? Coupa-t-il sèchement
-Principalement des romans érotiques. J’ai commencé à les lire un peu après sa mort, et j’apprends à y connaître mon père, et indirectement, ma mère. »
C’était faux, en partie, mais elle se plaisait à le choquer ainsi. Jean-Luc jubilait intérieurement face au malaise que son père éprouvait. La discussion sembla prendre fin à ce moment et le reste de souper fut animé de discussions platoniques sur des sujets anodins. Plus tard, Jean-Luc alla reconduire Clara, prenant la voiture de son père. Dès qu’ils furent éloignés de la maison, le patriarche éclata d’une noire colère, s’en prenant à son épouse devant ses 3 autres fils.
« Tu parles d’une fréquentation! Et tu le laisses ainsi aller se promener avec des filles sans morale!?
-Je ne savais pas… je suis désolée. »
Il se leva, s’imposant face à elle, la dominant de son physique menaçant, encore plus en colère.
« Désolée, désolée… et que tu feras quoi quand ce sera un homosexuel qu’il ramènera ici! Louise, si je te demande de rester à la maison, ce n’est pas pour prendre du bon temps, c’est pour surveiller ce que nos fils font! »
Il la gifla, puis se retourna vers ses autres fils.
« Et vous, je vous avertis, si jamais vous emmenez des gens comme cette jeune fille de ce soir, je vous envoie au pensionnat! Montez à vos chambres maintenant, que je ne vous revois pas de la soirée! »
Il passait sa rage sur sa famille. Deux bouteilles de vin allèrent s’entasser avec les autres dans le bac de récupération. Et son épouse n’en avait pris qu’un petit verre.
***
La mère de famille termina son récit en sanglotant.
« Vous savez, madame Poulin, vous pouvez faire une plainte pour violence conjugale. Nous ne sommes plus dans les années 1950, vous avez des droits et votre mari ne peut pas vous battre ainsi…
-Non, mes aïeules ont vécu ainsi, je me dois aussi de le faire. Mon mari en a pleinement le droit, je suis son épouse… de toute façon, ce n’est pas pour cela que nous sommes ici, c’est pour la disparition de mon fils aîné… je vous ai dit ce que je savais, je peux partir maintenant?
-Oui, madame Poulin. Mais s’il y a quoi que ce soit, vous pouvez appeler. Au moins pour trouver un peu d’aide et de support.
-Je m’en souviendrai, enquêtrice Lachance. Merci beaucoup. »
Louise ressortit et alla rejoindre son mari, qui l’attendait, impatient. Ils retournèrent à leur demeure, en silence. Une semaine qu’on les interrogeait, à la recherche de nouveaux indices. Les trois frères de Jean-Luc aussi avaient été interrogés, mais n’avaient rien emmené de plus à l’enquête. Sinon qu’il cachait dans sa chambre d’étranges objets occultes et qu’il disait avoir rejeté son baptême.
En arrivant à la maison, Louise ramassa le courrier, puis alla dans la cuisine, son lieu de refuge. Son mari l’y suivit pourtant cette fois-ci, contrairement à son habitude, brisant les frontières de sécurité que Louise avait cru gagner.
« Louise, j’espère que t’es pas allé te plaindre…
-Non, aie pas peur… j’ai que raconté ce qu’elle m’a demandé…
-Comme?
-Eh bien la visite de cette abominable Clara…
-Tu as raconté cette honte! »
Elle ne put prévoir le coup de poing.
« J’espère qu’il est bien mort, ce traître!
-Mais Jean-Luc était notre fils…
-Du moment où il a renié son baptême, ce n’était plus notre fils! Il a probablement été perverti par cette envoyée du diable!
-Ben voyons, Denis, tu parles comme nos grands-parents… disons qu’elle était seulement dans le courant de société actuel… »
Cette fois-ci, elle prévint le coup en interposant sa main. Elle voulut lui tenir tête, enfin.
« J’en ai assez que tu me frappes, Denis Poulin. Jean-Luc avait bien raison. Il faut que tu me respectes. »
Elle soutint son regard. Elle se sentait en force pour lui tenir tête. Denis la prit alors par le poignet et la ramena à lui. Il lui assena plusieurs coups de poing violents, jusqu’à ce qu’elle se retrouve au sol.
« Ne me réplique plus jamais ainsi! »
Il ramassa le courrier et trouva une antique lettre qui lui était adressée. Pendant que Louise sanglotait sur le sol, il alla s’asseoir dans le salon, comme si de rien n’était, pour lire la lettre. Louise en profita pour appeler discrètement la police. Ses trois fils étaient montés à leur chambre, incapable de supporter la vue de leur mère qui souffrait.
Denis ouvrit la lettre, découvrant une petite clé USB, plus ou moins au même moment qu’Anick et que 18 autres parents, dont les enfants, avaient disparu dans les mêmes heures. La lettre allait ainsi :
Mes hommages, sir Poulin
Jean-Luc a malencontreusement échoué à vous transformer. Vous êtes encore dans cette antique pensée de l’église. Heureusement, lui, je l’ai débaptisé : il n’est plus esclave de vos croyances archaïques. Malheureusement, votre épouse n’a pas pu profiter de ses idées de changement, d’évolution. Mais dès aujourd’hui, elle le pourra. Jean-Luc, dit Judas, a déposé, par écrit, une plainte à votre sujet. Sous peu, la police devrait venir vous chercher. Je vous suggère d’emmener la clé USB avec vous : vous y trouverez la clé de l’énigme pour la disparition des vingt jeunes, dont votre fils. Laissez la feuille qui suit à votre femme, elle trouvera les coordonnées des autres parents, afin d’y trouver, peut-être, un peu de réconfort, et d’en donner, en se disant que la mort de ces vingt jeunes aura au moins permis à libérer une famille du joug de son patriarche.
Mes plus sincères condoléances,
Samaël.
La police sonna à la porte. Louise était soulagée de savoir que l’aide arrivait déjà. Les trois fils descendirent. Le père suivit les agents, sans tenter de résister, certain de pouvoir s’en sortir, que son épouse ne témoignerait pas contre lui. Mais le regard de Louise l’en dissuada.
Au poste, la honte ne fut que plus grande dès que la vidéo sur la clé USB fut présentée.
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| Sujet: Re: Feuilleton- Samaël Sam 15 Mar - 20:34 | |
| Archaïsme, Épisode 02/25 partie 2
Après le souper, non seulement Jean-Luc avait-il raccompagné Clara chez elle, mais ils avaient aussi fait l’amour, pour leur première fois respective. Comme Anick n’était pas là, ils en avaient profité, s’offrant un à l’autre, comme ils le désiraient depuis plusieurs semaines. À son retour chez lui, le jeune homme avait eu droit à toute la rage de son père, en particulier lorsqu’il lui lança en plein visage ce qu’il venait de faire avec Clara.
Dans les semaines qui suivirent, Jean-Luc entreprit une vie plus débauchée, d’alcool et de sexualité, sortant souvent malgré l’interdiction de son père. Il allait bien sûr à la messe, pour faire plaisir à sa mère, mais ses prières étaient maintenant adressées à ses propres pensées, et sa croyance était absente. Il faisait souvent l’amour avec Clara, mais aussi avec les autres filles qui s’ajoutaient au groupe, sans pour autant s’en sentir coupable comme il aurait du selon sa religion. Samaël le surnomma Judas, trouvant, moqueusement, qu’il trahissait bien sa religion catholique ainsi que les paroles dites si sages de son père.
Jean-Luc répliquait maintenant à son père et tentait de convaincre sa mère de se plaindre à la police. Au soir de la disparition, il avait tenté une dernière fois de la convaincre. Sa bénédiction, soigneusement pensée, avait au moins pu la faire réfléchir. Puis il était parti marcher sur le bord du fleuve, pour penser un peu et avait décidé d’écrire une plainte, que Samaël déposerait pour lui le jour où il enverrait les documents vidéo.
Par delà la mort, il était vengé de son père et sa mère trouverait enfin le respect et l’égalité. Bien qu’il lui fasse probablement du mal en lui montrant ce qu’il avait fait, ce serait particulièrement son père qui en serait blessé dans son orgueil. Au soir de la disparition, de son départ définitif de chez lui, il avait enfin pu se venger. _________________ mes mondes intérieurs ”J'ai tendu des cordes de clocher à clocher, Des guirlandes, de fenêtre à fenêtre, Des chaînes d'or d'étoile à étoile, Et je danse” -Rimbaud |
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| Sujet: Épisode 03/25- Polyamour Mar 18 Mar - 13:19 | |
| Polyamour Épisode 03/25
Dans ses yeux, il voyait enfin le bonheur qu’il n’avait jamais pu lui apporter. Tout son être la désirait encore, pour l’infini et même plus. Il ne voulait pas la tuer, il ne voulait pas tirer…
« Vas-y, crisse, tire! »
Il ne pouvait pas, il ne voulait pas…
«Marie... je...
-Qu’est-ce que t’attends, tire! »
Son cri était un mélange de satisfaction et d’impatience, entre la jouissance et la douleur. Son corps nu sous le sien, traversé de lacération, humide de leur sang, était si beau, si parfait, qu’il ne voulait pas la tuer, même si son petit fusil était pointé sur sa tempe.
« Tire, j’t’en pris… c’est le moment… » Murmura-t-elle après l’avoir embrassé une dernière fois, en plein orgasme.
Était-ce grâce à lui ou parce que sa mort était proche qu’elle jouissait? Il préféra ne jamais le savoir et tira, la tuant sur le coup au moment où il jouissait à son tour. Mais il n’eut pas droit à ce moment d’extase qui suivait habituellement leurs relations. Il était désemparé, seul survivant parmi tous ceux avec qui il avait vécu les derniers mois. Ne restait que Samaël, caméra en main, qui l’observait. Il eut un étrange rire, à la fois cruel et compatissant.
« Et maintenant, Asmodée, c’est ton tour », dit-il simplement en faisant un gros plan sur lui.
Le jeune homme redirigea l’arme vers sa propre tempe. Le coup de feu partit.
***
La température dans la petite pièce était étouffante. L’enquêteur Lucien Desbiens marchait autour du pauvre couple qu’étaient les parents de François Dorion.
« Bon, enquêteur, je suis désolé, mais je dois quitter, j’ai une réunion des plus importantes.
-Monsieur Dorion, votre fils a disparu et vous ne pensez qu’à votre boulot! Je ne comprends pas.
-Ce n’est pas la première fois que lui et sa copine disparaissent, je ne m’en inquiète plus.
-Mais cette fois, ils font partis d’une disparition... massive. Nous avons besoin du plus d’information possible! Madame Dorion, auriez-vous quelque chose à dire? Des comportements étranges, sortant de l’habitude... je ne sais pas, n’importe quoi! »
Lucien était à bout. Tout cet interrogatoire allait vers un cul-de-sac, les parents ne semblaient pas prendre la disparition au sérieux et n’avaient rien à dire.
« Non, je n’ai rien d’anormal. Je le voyais à peine, avec le travail...
-Bon, j’ai compris! Retournez travailler, nous vous avertirons lorsque son cadavre sera retrouvé! »
L’inspecteur révisa ses papiers, en rage de n’avoir aucune information. Nancy embrassa furtivement son mari, le laissant ensuite partir. Mais elle resta devant l’inspecteur, cherchant par quoi commencer ce qu’elle voulait dire. Celui-ci leva la tête et lança bêtement :
« Quoi? Il y a autre chose?
-Écoutez... je ne suis pas sûre de ce que j’avance... mais j’ai quelques informations...
-Bon eh bien allez y!
-C’est ce certain Samaël qui est venu le chercher, avec sa copine, Marie. La jeune fille était venue souper à la maison comme elle faisait souvent d’ailleurs. Mais mon mari était absent, comme à chaque soir en fait. Tout s’est bien déroulé, Marie semblait moins triste qu’à l’habitude... pour faire court...
-Non, dites-moi tout en détail. Moins triste qu’à l’habitude? Que voulez-vous dire? »
Nancy commença donc le récit de ce dernier souper avec son fils et sa presque belle-fille.
***
Marie et François étaient montés dans la chambre du jeune homme un peu avant le souper, la laissant terminer le repas. Marie semblait moins triste qu’à l’habitude, la joie illuminait enfin son visage. Peut-être avait-elle trouvé une solution aux problèmes qu’elle avait avec son père depuis quelques mois. Habituellement, même derrière ses sourires, on pouvait voir les traces laissées par la tristesse. Sauf aujourd’hui. Aujourd’hui, nulle tristesse, seulement le bonheur.
« Marie, François, le souper est prêt! »
Le jeune couple descendit sans se presser, jouant l’amour passionné. Les regards qu’ils s’échangeaient en disaient long sur ce qu’ils sentaient l’un pour l’autre, pour tout cet amour, assez fort pour une vie entière, qu’ils se devaient de consumer entièrement en cette dernière nuit. À l’aube, ils s’étendraient. Il n’y aurait pas de lendemain, plus aucun réveil dans les bras de l’autre, pas de « à demain », qu’une unique nuit pour se dire adieu. Heureusement, il n’y aurait pas plus d’angoisse, de tromperie ou de mensonge, pas plus d’incertitudes ou d’épreuves.
Il y avait eut la grossesse de Marie, qu’elle avait du interrompre par un avortement, puis le regard, et même le corps entier, de François qui s’était posé sur bien d’autres filles... et puis les problèmes de Marie avec son père, le goût trop prononcé pour les infidélités de François... valait mieux mourir maintenant en tant qu’amant par-delà la mort plutôt que de continuer à vivre et à souffrir de tout, surtout de la possible perte de leur amour.
« Alors, les jeunes, que prévoyez-vous faire après souper?
-J’sais pas... t’as prévu de faire quoi toi, m’man?
-Oh je pensais aller rejoindre ton père à son bureau... pour lui tenir un peu compagnie... ou bien aller voir un film, comme une célibataire... »
Bref, tout pour les laisser seuls. Si Nancy avait une qualité d’une bonne mère, c’était celle de ne pas gérer la vie de son fils. Et de le laisser profiter du temps avec sa blonde. Sinon, elle n’était qu’une mère absente qui n’avait jamais su éduquer son fils. Elle lui avait donné tout le meilleur, mais n’avait pas su être présente pour lui, pas plus que son père. Il s’était donc ramassé avec Marie, cette pauvre fille de ruelle, enfin, presque, qui se prostituait déjà à 14 ans, à l’époque où il la rencontra.
« Oh et Samaël va venir nous chercher, plus tard, on va aller fêter un peu avec la gang...
-D’accord, essaie de ne pas revenir trop tard... t’as des cours demain. »
Elle ramassa rapidement la cuisine, mais laissa la vaisselle là : la femme de ménage passait demain, elle pourrait la nettoyer. Elle partit ensuite, loin d’être inquiète pour son fils.
Marie et François firent l’amour comme dans les premières fois, se redécouvrant à leurs dernières heures de leurs jeunes et tristes vies. François vola le fusil que son père gardait pour leur « sécurité » dans le buffet de la salle à manger, prit deux balles, de nombreux objets ésotériques et fourra le tout dans son sac. Il passa à son cou une petite chaîne ornée d’un pendentif représentant un dragon, seul véritable cadeau que son père lui ait offert, lors de leur voyage en Asie plusieurs années auparavant.
Samaël arriva vers 21 heures avec, déjà, plusieurs personnes dans l’auto. Ils les emmenaient dans une vieille bâtisse d’un village perdu dans le Nord du Québec. À peine deux heures de route pourtant.
Mais Marie et François n’eurent conscience de rien de cela. Il n’avait d’yeux que l’un pour l’autre, commençant à douter que la mort soit une si bonne idée. Après tout...
Mais pourtant ils le firent. À l’aube, on ne trouva d’eux que cadavres, unis pour l’éternité, François semblant encore protéger Marie.
***
Nancy ne put raconter l’histoire que jusqu’au moment où elle quitta les deux jeunes. Le reste, elle ne le sut que bien plus tard. Lucien lui sourit et lui dit :
« On va les retrouver, m’dame. Ce Samaël doit bien avoir laissé une trace quelque part, si on le retrouve, on retrouvera les 20 jeunes aussi. »
Il lui posa quelques questions sur Samaël et sur les comportements de son fils, pour s’assurer que tout correspondait parfaitement, puis la laissa partir.
Nancy se rendit directement chez elle, annulant ses rendez-vous pour la journée. La jeune designer de mode ne l’avait pas toujours eu facile. Pendant que son mari se faisait du bon temps avec sa secrétaire, elle, elle avait dû élever son fils, malgré sa carrière déjà fort exigeante.
Voila 18 ans qu’elle était mariée, mais au moins 20 ans qu’elle fréquentait le même homme. Elle était tombée enceinte de nombreuse fois avant le mariage, mais à chaque fois, elle avait avorté, sans que personne ne le sache, faisant passer le tout sur sa santé très fragile. À 19 ans, elle était tombée enceinte de François, seule grossesse menée à terme, mais avait dû, par la suite, sous la pression de son mari, commencer à prendre la pilule, pour ne pas retomber enceinte. Elle avait dû interrompre ses études, mais heureusement, pu les reprendre rapidement grâce à l’argent que lui fournissait l’emploi de son mari, PDG d’une grande multinationale.
C’est ainsi qu’elle s’était peu à peu absentée de la vie de François, malgré qu’elle ait toujours voulu se rapprocher de lui. Sa carrière, fort palpitante pour une amoureuse de la mode comme elle, l’avait souvent forcé à diminuer le temps passé avec son fils, voir à l’oublier. Mais maintenant qu’elle était enfin retombée enceinte, sans vraiment en parler à son mari, elle avait l’intention de changer le tout. Si seulement François pouvait revenir..., il était dans le secret de la grossesse, parce qu’elle n’osait pas en parler à son mari tout de suite. Mais François semblait s’en foutre éperdument, prêtant de moins en moins attention à elle lorsqu’elle était là. Son cœur de mère en était déchiré, mais elle assumait les conséquences de son absence.
Et maintenant, après avoir fait plusieurs fugues depuis les derniers mois, il disparaissait pour de bon. Nancy essuya les larmes qui coulaient le long de ses joues, s’arrêtant sur le bord du boulevard. Elle pleura quelques instants, regrettant son rôle de mère absente et son mariage raté, son fils perdu et sa vie de merde. Son cellulaire sonna : c’était Lucien Desbiens.
« Madame Dorion? Ici l’enquêteur Desbiens. Nous avons quelques informations supplémentaires. Mais avant toute chose, il est primordial que vous alliez chercher votre courrier!
-Mon courrier? Mais monsieur l’enquêteur, qu’est-ce que mon courrier aurait à voir avec...
-Faites ce que je vous dis. Je vais rester en ligne avec vous.
-D’accord... »
Elle reprit le chemin de sa maison, dans le riche Cartier Westmount de Montréal. Quelle que soit la question qu’elle posait, Lucien se refusait à lui expliquer pourquoi il voulait qu’elle vérifie son courrier. Elle arriva chez elle et prit le courrier, allant s’asseoir dans son bureau, seule, avec son ordinateur portable, comme lui indiquait l’enquêteur.
« Bon, dans votre courrier, vous devriez trouver une vieille lettre...
-Vieille? On dirait une lettre du 19e siècle!
-Oui, bon... ouvrez-la et lisez le contenu. Vous me l’emmènerez. »
Tremblante, elle ouvrit la lettre, plus qu’inquiète. Mais au moins, elle allait en savoir plus quant à la disparition de son fils. Une rançon? Ça, au moins, elle pourrait facilement l’offrir. Une lettre d’adieu? Il serait toujours possible de le retracer. Une lettre de suicide? Impossible, il n’avait aucune raison de le faire, il avait Marie...
L’écriture était fine, très jolie même, digne des plus belles lettres.
« Bonjour Nancy,
J’ai le triste malheur de vous annoncer que plus jamais votre cher François, ledit Asmodée, ne franchira la porte de votre manoir, pardon, maison de Westmount. À l’heure où je vous écris ces lignes, son corps est encore chaud contre celui de Marie, mais lorsque vous me lirez, il sera mort depuis si longtemps. Toutes ces fugues auront servi à préparer ce dernier départ, ce dernier au revoir. Si seulement vous et votre mari aviez pu être plus présents, peut-être auriez-vous constaté que François vivait seul, comme Marie, dans l’espoir d’un monde meilleur, par delà la mort. Vous le trouverez, dans son dernier repos, dans le village de..., dans le Nord du Québec. Vous vous souvenez, ce chalet que vous aviez acheté où vous n’avez passé qu’une ou deux semaines chaque été, y laissant votre fils avec ses gardiennes? Ce vieux chalet abandonné dont vous avez presque oublié l’existence... vous les trouverez dans le sous-sol. Oh et je vous offre, sur la clé USB, la vidéo de ce qui se passa au soir de la disparition.
Puissiez-vous ne pas commettre la même erreur qu’avec François pour votre prochain enfant,
Mes plus sincères condoléances,
Samaël.
P.-S. Faites donc parvenir, grâce aux coordonnés que vous trouverez sur la clé USB, l’adresse de ce chalet aux parents des autres disparus.
Au téléphone, Lucien n’entendait que les sanglots amers de Nancy.
« Madame Dorion, dites-moi, que dit la lettre?
-C’est trop terrible... mon François, mon petit garçon...
-Que dit la lettre!?
-Ils sont dans notre ancien chalet... ce vieux trou à rat dans le nord!
-D’accord, vous allez d’abord regarder la vidéo chez vous, sur la clé USB, et j’envoie une auto patrouille venir vous chercher pour vous emmener au poste. Nous allons aller chercher François... je reste en ligne, j’aurai peut-être d’autres questions... »
Nancy prit son portable, encore toute tremblante, mit son cellulaire sur sa base pour le mettre en mode conférence et brancha la clé USB à son ordinateur. Elle lança la vidéo, décrivant l’horreur qu’elle y trouva à l’enquêteur Desbiens.
***
En fait, les nombreuses fugues de François avaient souvent servi à préparer le chalet, à rencontrer les autres membres du clan. Il en était un peu devenu le patriarche, le grand frère aimant qui guidait les autres dans cette horreur, comme on montre la vie à un jeune enfant. Celui-ci l’avait nommé Asmodée, patron des voleurs et des criminels, représentant le péché capital de la luxure. C’était grâce à lui que tout pourrait avoir lieu, que cette ultime nuit de débauche pourrait se faire.
C’était Marie, elle qu’il aimait plus que tout, qui l’avait entraîné dans ce groupe. Elle lui avait même transmis son envie du suicide, peut-être parce que les seuls moments où il ne se sentait pas seul, où il se sentait vivant, c’était quand il était avec elle. L’absence de ses parents fut profitable pour toutes ses manigances, tout ce plan, mais il espérait que le second enfant de sa mère n’aurait pas à vivre la même chose que lui.
Maintenant, son regard se fixait à jamais, voilé par la mort, dans celui de Marie, celle avec qui il se sentait en vie. _________________ mes mondes intérieurs ”J'ai tendu des cordes de clocher à clocher, Des guirlandes, de fenêtre à fenêtre, Des chaînes d'or d'étoile à étoile, Et je danse” -Rimbaud |
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| Sujet: Épisode 04/25 Jeu 20 Mar - 13:45 | |
| mon épisode favoris (oui oui ^^), l'épisode 4 est... très Québécois dans ses dialogues... mais bon... je crois que sur ce forum, ce n'Est pas un si grand problème ^^
Épisode 04/25: Fidélité
La tête appuyée contre la vitre froide de l’automobile, Marie regardait le paysage urbain, son paysage urbain, son cartier, défiler devant ses yeux, pour une dernière fois. Une larme coula lentement le long de sa joue. Elle reconnut soudain le coin du grand boulevard Ste-Catherine où elle avait rencontré François, alors qu’elle se prostituait. Là où sa mère aussi s’était si souvent prostituée pour les faire vivre, elle, sa soeur et son incapable de père. Là où on l’avait tué aussi…
«Câlisse de vie chiante. Nous faire naître pour nous tuer... tu parles d’un but!
-Marie… je sais que ton choix est fait… mais tu penses pas qu’on pourrait vivre encore? C’est pas prédit qu’on finira pas nos jours ensemble, pis que tout ira mieux…
-Ce qui est prédit, par contre, c’est que si tu me quittes, va falloir que je retourne me prostituer… non, j’préfère quitter ce monde pendant que je vis une belle vie plutôt que de le quitter dans mes heures les plus sombres. Samaël a bien raison sur ce point. Cette nuit, ce sera la plus belle, je te le promets… »
François soupira, mais décida de ne rien dire de plus. La mort, il la souhaitait simplement pour rester avec Marie. Elle avait été la seule à être là pour lui. Et puis, il préférait mourir maintenant avec elle à ses côtés plutôt que de vivre une vie merdique sans elle. Sur ce point, il la comprenait.
L’automobile s’engagea dans l’allée de la grande maison de Westmount des Dorion. Ce serait maintenant le silence à propos de leur dernière nuit jusqu’à ce que Nancy Dorion soit partie. Après cela, ils partiraient à leur tour avec Samaël…
***
L’homme devant l’enquêteur Fabien Delorme n’avait pas du tout une allure soignée. Il puait la cigarette et ses cheveux étaient gras, ses vêtements sals et vieux, déchirés à plusieurs endroits.
« Monsieur Delatour, dites moi, depuis quand votre fille faisait-elle des fugues fréquentes?
-Ça a commencé il y a quelques mois… mais vous savez, fugue… c’est dire beaucoup... c’est seulement qu’elle ne revenait pas coucher à la maison… elle était rarement présente à l’appartement, occupée par ses amis, son chum et son boulot…
-D’accord… et habituellement, au bout de combien de jours revenait-elle coucher à la maison?
-Deux ou trois, maximum… mais une semaine, ça me surprend même pas. Vous dites qu’elle n’est pas chez son chum, le p’tit fils de riche… voyons... hum... François…
-François Dorion, non, il a disparu lui aussi. Et les comportements de votre fille avaient-ils changé au cours des derniers mois?
-Pas vraiment… peut-être seulement ses nouveaux amis aux surnoms étranges... Hécate, Judas, Thanatos, Sekhmet…
-Et votre fille?
-quoi, ma fille?
-Elle devait bien avoir un surnom…
-Vesta je crois… mais je ne suis pas bien sûr…
-D’accord… et y avait-il un certain Samaël?
-Mouais… un étrange bonhomme ce gars… toujours en noir… à la mode du 19e siècle... un drôle d’oiseau…
-Bon, d’accord… au téléphone vous me disiez que votre fille tenait un journal intime… l’avez-vous emmené?
-Oui, oui… »
Il sortit un petit cahier barré par un tout petit cadenas.
« Par respect pour elle, je ne l’ai pas ouvert… je vous laisse y fouiller…
-D’accord, monsieur Delatour. Vous pouvez retourner chez vous, je vous appelle si j’ai besoin de renseignements ou si nous en apprenons plus sur l’affaire. Tenez le coup, on retrouvera votre fille…
-Mouais… »
Ça ne semblait pas l’enchanter, mais Fabien n’en tint pas compte. Il était trop excité par la perspective de pouvoir en apprendre plus sur Marie Delatour et la disparition via ce journal intime. Oh et puis, un journal intime de quelqu’un d’autre… rien de plus excitant à découvrir…
De son côté, le père de Marie ne put que se remémorer toutes ces fois où François avait brisé le cœur de sa petite fille en la trompant avec des catins de la pire espèce. La dernière fois, quelques mois plus tôt, avait été particulièrement difficile pour Marie et une orageuse dispute avait éclaté dans la famille. C’était d’ailleurs un peu après que Marie avait commencé à fuguer, de plus en plus souvent et de plus en plus longtemps, allant souvent chez François, d’autres fois au chalet dans le nord, leur « havre d’amour ».
***
C’était quelques mois avant la disparition. Marie avait trouvé sa sœur dans les bras de François, en rentrant de sa marche habituelle. Celui-ci était arrivé pendant qu’elle était absente, comme très souvent d’ailleurs, et en avait profité pour discuter avec Laurence, la sœur de Marie. Mais cette fois-ci, ils n’avaient pas fait que discuter. Ils avaient profité de l’absence des parents et de Marie pour se « connaître » un peu plus, laissant libre cour à leurs pulsions. Laurence était du même âge que François et avait, depuis le début, un œil sur lui. De son côté, le jeune homme aimait beaucoup Marie, mais aimait aussi laisser libre cours à ses passions avec n’importe quelle belle fille venue…
Toujours en est-il que lorsque Marie arriva à l’appartement, elle les trouva sur le divan du salon, à moitiés-nus, en sueurs, en pleine action. Marie resta sans voix à la vue de sa sœur ainée et de son petit ami qui la trompaient l’un et l’autre… les pensées se bousculaient dans sa tête, la haine pour sa sœur, les larmes en pensant que François la trompait encore, et l’impuissance face à ce qui se passait. Elle croisa le regard de Laurence, un regard un peu moqueur, fier et victorieux face à ce qui s’accomplissait. Mais François ne l’avait toujours pas vu, lui faisant dos.
« Comment t’as pu… » Réussit-elle enfin à articuler, sans s’adresser vraiment plus à Laurence ou à François. Elle éclata en sanglots, la rage s’emparant d’elle au même moment.
« Ma tabarnak! Comment tu peux me faire ça! »
Laurence, sourire cruel aux lèvres, jouit devant elle, approfondissant la détresse et la douleur de Marie. Celle-ci eut un mélange de cri et de gémissement de douleur, se sentant insultée et blessée par celui qu’elle aimait. Elle se sentit défaillir, le goût du fiel et de la bile en bouche.
François l’entendit enfin. Surpris, il se retourna et, bien que conscient de ses tords, tenta de se justifier en balbutiant quelques mots, se détachants de Laurence pour se rhabiller en hâte. Mais Marie, le voyant ainsi, reprit un peu de force et se redressa face à lui.
« Écoute Marie… tu sais ce que…
-Laisse faire, toi, avec tes idées de "liberté sexuelle"! C’est pas n’importe quelle fille, c’est ma sœur, esti! Ma sœur!
-Ça change rien… tu sais que t’as pas à être jalouse…
-Ferme ta criss de gueule, je veux plus t’entendre! Me reparle plus jamais, t’as compris? Plus jamais!
-Mais... Marie... je t’aime »
Il tentait de se racheter. Mais elle ne le croyait pas, elle ne voulait pas faiblir, elle voulait rester forte...
« Ben moi non plus » répondit-elle avec calme et cruauté.
Elle se tourna vers sa sœur, et lui cria :
« T’es qu’une putain, une esti de catin sans morale, t’es qu’une criss d’allumeuse! T’as toujours tout pris ce qu’y’avait de mieux, tu m’as jamais rien laissé! T’as jamais été une sœur pour moi, t’as toujours été celle que je détestais le plus! Pis maintenant tu me prends la seule chose qu’y’a su me garder vivante! Fuck you esti, j’veux pu rien savoir de toi! »
Lâchant un douloureux sanglot, elle alla s’enfermer dans sa chambre, claquant la porte au passage. Laurence cacha son sourire et dit à François :
« Elle te comprend vraiment pas, elle te mérite pas…»
Lui, sous le choc, ne sut que faire. C’est à peine s’il prit conscience de ce que Laurence lui disait. Elle tentait de le convaincre de quitter Marie et de sortir avec elle à la place…
Il fallut une semaine avant que Marie ne reparle à François, et encore une autre avant qu’elle ne lui pardonne enfin. Tout revint à la normale, sinon Marie, qui, marquée, devint méfiante et craintive, effrayée de perdre celui qu’elle aimait. C’était depuis ce triste soir que ses idées de suicide étaient de plus en plus précises…
***
Fabien lirait plus tard cet extrait du journal, l’histoire du point de vu de Marie, plus sombre encore que la vérité. Elle se sentait blessée jusque dans son estime et sa confiance en elle. Mais ça, seuls le journal et Fabien ne le surent.
L’enquêteur trouva que le journal était comme une mine d’or pour ses recherches et le parcourut en entier.
Mon sommeil a encore été hanté par cet horrible cauchemar. Celui où ma mère se fait tirer, devant mes yeux. Je revois encore ce moment où elle est morte, sur le boulevard Ste-Catherine, parce qu’elle avait trop de dettes... elle était plus assez rentable, valait mieux la tuer, comme a expliqué son employeur à mon père, s’excusant de m’avoir laissé orpheline. Foutaise, il s’en câlisse que je sois orpheline. C’est juste que mon père a demandé une compensation pis qu’il l’a eu, parce que j’étais sa pauvre petite fille...
Bref, je me souviens que trop bien du bruit du coup de feu, les cris de ma mère me disant de fuir, l’ambulance, la police... c’est fou comme de si horribles images peuvent s’imprimer à jamais dans la tête d’une petite fille. J’avais 9 ans. J’en ai 15 aujourd’hui. Bonne fête Marie, c’est ça... j’aurai encore droit, ce soir, à mon père qui ne demande rien de mieux que je crève, à ma sœur pis son idiotie constante, à la blonde de mon père qui trouve que je leur coûte trop cher, pis à l’absence de ma mère. Au moins, elle, elle doit tellement être bien où elle est...
J’vois pas pourquoi j’continuerais à me fendre le cul à vivre. Si seulement François ne me retenait pas autant... j’partirais, simplement. Peut-être ben qu’au fond, c’est mieux qu’il me garde en vie.
Les derniers mots étaient légèrement flous : visiblement, la page avait été mouillée de larmes. Le journal sentait bon, comme une odeur féminine, douce et délicate. L’écriture était fine, très esthétique, aucune erreur notable et le texte était ponctué ici et là de vers, de citations et d’autres poèmes.
Fabien tournait les pages, survolant le texte. Un passage attira son attention, daté près de deux mois après la précédente.
...Samaël est un peu comme mon sauveur. Ou enfin, mon libérateur. Autant François a pu me sauver de la ruelle en m’emmenant vers la lumière, autant cette fois, Samaël et les autres de la gang m’entraîneront dans la noirceur, l’anesthésie totale, l’absence de douleur, là où repose ma mère.
Samaël m’a contacté via internet, où on a souvent discuté, puis il m’a fait rencontrer d’autre monde, contactés comme moi, et je leur ai présenté François. Depuis, Samaël nous vante les mérites de la débauche, nous disant qu’il n’y a rien de si infernal à avoir du plaisir ainsi. Il nous promet qu’un soir, tout ensemble, nous connaitrons l’extase du suicide. Mais d’ici là, on doit encore vivre un peu, car certains ont des choses à faire ici-bas.
François m’a encore trompé avec une autre fille en dehors de la gang. Je ne comprends pas pourquoi il le fait. Probablement qu’il est comme les autres petits riches et qu’il me quittera dès qu’il aura trouvé mieux. Il m’assure du contraire, mais j’ai tellement peur qu’il me quitte. Si... si je me retrouve seule, vaudra mieux mourir seule, loin des autres.
J’en peux plus de ma vie, de mon père, sa blonde pis ma stupide de sœur. Elle m’a encore fait du trouble. Je la soupçonne de cruiser François pour avoir de l’argent, elle aussi. Mais moi, je ne le fais pas pour avoir de l’argent, c’est lui qui m’en offre...
Le journal s’arrêtait quelques pages plus loin, les dates devenant de plus en plus éloignées l’une de l’autre jusqu’à ce que finalement quelques semaines avant la disparition, Marie cesse d’écrire. On comprenait au moins la cause de la disparition et de la mort de celle-là. Étrangement, Fabien avait remarqué qu’elle signait Vesta au lieu de son prénom.
Alors qu’il reposait le journal sur le coin de son bureau, le téléphone sonna. C’était la sœur de Marie, Laurence. Elle avait trouvé la lettre de Samaël.
***
Laurence avait trouvé la lettre à son nom dans la boîte à malle. Cela l’avait surpris, elle qui était plus habituée à recevoir un SMS ou un courriel plutôt qu’une lettre… surtout une lettre à l’allure aussi ancienne. Curieuse, elle l’ouvrit, ramassant aussi la petite clé USB qui tomba sur le sol, souriant du contraste de la lettre et de sa pièce jointe.
Chère Laurence,
Félicitation pour avoir tué votre sœur. Eh oui, vous êtes la cause de sa disparition et du coup, de sa mort. Vesta, la pauvre petite qui prêchait la fidélité, aura été détruite du fait que vous ayez provoqué l’infidélité de son petit ami. Je me souviens de ce soir où elle m’a appelé, me suppliant de vous punir… eh bien je vous ai puni en la sauvant : elle et François sont morts dans les bras l’un de l’autre, afin que jamais vous ne puissiez avoir François. Vous trouverez sur la clé USB l’équivalent de ce que votre sœur a vu le soir où vous avez été si cruelle : Marie et François faisant l’amour. Elle vous offre même un magnifique sourire…
Mes plus sincères condoléances,
Samaël
Laurence eut un choc en voyant le sourire que lui offrait Marie : ce même sourire cruel qu’elle lui avait offert… ce sourire immonde…
C’est en sanglot qu’elle raconta le tout aux policiers et c’est toujours en sanglots qu’elle l’expliqua à son père.
***
Marie avait, au long des mois, évolué vers la noirceur, guidée par la volonté d’une fidélité éternelle, un mariage indestructible par les liens de la mort. Pour son obsession de la fidélité, Samaël la nomma Vesta, comme la déesse romaine du mariage. Elle avait reçu un coup mortel de la part de sa sœur et avait voulu lui offrir un tel coup en lui présentant par vidéo sa mort et la mort de l’être que toutes deux aimaient.
Elle était morte d’une balle dans la tête pour les mêmes convictions que sa mère : la fidélité. Car pour eux deux, vivre sans être fidèle était impensable. Elle donna une leçon à sa débauchée de sœur et à son père, si cruels envers feue sa mère. _________________ mes mondes intérieurs ”J'ai tendu des cordes de clocher à clocher, Des guirlandes, de fenêtre à fenêtre, Des chaînes d'or d'étoile à étoile, Et je danse” -Rimbaud |
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| Sujet: Re: Feuilleton- Samaël Jeu 24 Avr - 13:29 | |
| (la correction avance... à pas de tortue... XD) Épisode 05: Les étoiles
L’horloge indiquait 20:47. Comme toujours depuis qu’elle s’était arrêtée. Mais bon, qu’importe l’heure. On ne se demande pas l’heure de sa mort. Elle vient d’elle-même. À quoi bon après tout la connaître? Elle ne sert plus à rien une fois trépassé...
Karine était la première arrivée dans le petit chalet. Normal, elle n’habitait qu’à quelques minutes de là. C’était son refuge depuis que François lui avait donné un double de la clé. Oh François... penser que ce soir serait leur dernière aventure ... Marie avait eu bien du mal à se faire à l’idée que François la désirait aussi, et désirait d’autres filles, différemment, sans amour, seulement pour une nuit comme il disait. Mais elle avait accepté, sans pour autant apprécier Karine ou les autres filles.
Laissant ses pensées divaguer, elle se mit à rêvasser sur Odin, l’amant de ses nuits… il n’était pas Endymion, mais il valait quand même la peine. Pour supporter les dernières heures de vie, elle voulait bien s’abandonner à lui.
Assise sur les marches du balcon, serrant son pashmina sur ses épaules, la jeune fille regardait le ciel, comme à chaque soir. Les étoiles, la lune... tout l’incitait à aller rejoindre cet autre monde, par-delà la voûte des vivants, par-delà notre propre ciel. Tant pis pour les rêves de ses parents, pour son avenir brillant, elle n’en voulait pas. Rien ne valait vraiment la peine pour elle. Jamais autre rêve que la mort ne brillerait autant que les étoiles à ses yeux. Le sommeil éternel pour aller rejoindre son Endymion, le pauvre gars qu’elle avait aimé quelques années auparavant et que le cancer avec emporté...
« Séléné! » l’appela-t-on.
C’était Samaël qui arrivait avec une partie du groupe. Karine sourit tendrement à François, puis à Marie. Une autre auto s’engagea dans l’allée : Sekmeth arrivait avec d’autres personnes. Bientôt, tout le monde fut arrivé. Étrangement, pas de retrouvailles heureuses, de rires ou d’échange de nouvelles. Non. Ce soir, tout le monde était silencieux, en dernière communion avec eux-mêmes, prêts à la mort. Personne n’avait envie de plaisanter. Plus personne n’avait d’intérêt pour hier, la semaine passé ou demain. C’était le moment de faire ses adieux à ce monde. Rien de si surprenant, pourtant : cela faisait bientôt presque un an qu’ils attendaient ce moment...
Karine fut la dernière à descendre au sous-sol, souhaitant imprimer dans sa tête la beauté du ciel ce soir-là. Après tout, c’était bien la seule chose qu’elle avait vraiment appréciée de sa vie.
***
L’enquêteur Gendron tempêtait encore contre son ordinateur qui refusait de se connecter au réseau. Il était grand temps que le matériel informatique soit mis à jour...
Bon, enfin, il fut connecté à la vidéoconférence. Pas moins de 18 autres enquêteurs étaient connectés pour la réunion, histoire de faire un bilan des derniers événements. Seul un enquêteur, l’enquêteur-chef Seymour, manquait à l’appel, et personne n’avait pu le rejoindre. Mais c’était compréhensible : son fils avait disparu avec les 19 autres jeunes. Matthieu Gendron entendit donc les histoires de d’autres jeunes, prenant des notes. Ce fut Patrice Doyon qui débuta, expliquant brièvement ce qu’il savait à propos de la disparition de Clara Desaulniers.
« Selon ce que j’ai pu trouver, expliqua le cadet des enquêteurs, plusieurs éléments viennent confirmer que ces disparitions sont liées tout en nous donnant des pistes intéressantes. Par exemple, ce certain Samaël qui a contacté tous les jeunes, les surnoms qu’ils se donnaient, tous liés à la mythologie... »
Mais Matthieu n’écoutait qu’à moitié. Il connaissait déjà la plupart des éléments, ayant étudié à fond chaque dossier. Puis, enfin, arriva son tour.
« Bon... euhm... vous m’entendez? Oui... ok... si vous permettez... »
Il avait du mal à parler par ce micro, se sentant presque intimidé... il s’alluma une cigarette, ressortit ses papiers et expliqua :
« J’ai pas l’enquête la plus riche en indice, vous savez... c’était une jeune fille heureuse, brillante, appréciée de tous, avec un avenir prometteur... rien qui puisse mener à un suicide, pas même à une fugue. La seule cause plausible, et encore, c’est presque tiré par les cheveux, c’est qu’elle se soit suicidée pour rejoindre son ancien petit ami, décédé du cancer il y a 3 ans. Ses parents n’ont quasiment jamais entendu parler de Samaël, encore moins de d’autres jeunes aux surnoms étranges. Si ce n’était que Samaël ait appelé une fois avant la disparition, on pourrait presque croire qu’elle n’a rien avoir avec les autres. »
Son téléphone sonna. Normalement, il ne répondrait pas. Mais c’était la mère de Karine Morin. S’excusant, il retira son casque d’écoute, ferma son micro et répondit.
« Ici l’enquêteur Gendron, service de police de...
-Enquêteur, j’ai reçu une lettre... et... »
Nouveaux sanglots. Elle respira calmement et reprit. Matthieu sentit l’impatience le gagner mais il resta calme.
« J’ai reçu une lettre... et une clé USB contenant un vidéo... ma pauvre petite fille... ma Karine... je n’y comprends rien...
-Bon, madame Morin, écoutez, j’arrive... on va retrouver Karine... »
Il raccrocha rapidement puis remit son casque d’écoute et ouvrit le micro. Déjà, les discussions étaient animées, plusieurs étaient déjà partis. Il comprit que laréunion se terminait avant la fin.
« Je viens de recevoir un téléphone...
-Oui, nous savons, la plupart des enquêteurs les ont reçus... on se recontacte dès que l’on a plus d’information.... »
Matthieu ferma la vidéoconférence, prit son arme (bien qu’elle lui soit inutile, C’était un plaisir pour lui de la transporter) et quitta. En route, il passa, sans le savoir, devant le petit chemin qui menait au chalet. Tant de choses qu’ils ne savaient pas sur Karine... tant de chose que sa sœur aurait pu leur apprendre. Charlotte, la petite sœur, celle qui recevait les confidences... Karine lui avait souvent parlé de leurs rencontres, entre eux, dans le chalet : des choses semblant si anodines, des histoires qui semblaient si banales, rien d’assez important pour faire des liens entre les personnes.
Mais personne n’avait interrogé Charlotte, on était encore trop sous le choc de la disparition. Si seulement elle avait pu raconter ce qu’elle savait...
***
Marie était étendue contre François, un air presque protecteur, surveillant chaque fille présente, et même chaque garçon. Dans le petit salon du chalet abandonné, une vingtaine de jeunes buvaient, riaient et discutaient. Rien d’anormal, si on ne tenait pas compte de l’ombre de la mort planant au-dessus d’eux. C’était quelques mois avant leur nuit, la nuit finale.
Samaël avait emmené de la bière et avait décrété qu’ils fêteraient l’arrivée de Karine parmi eux ce soir-là. Karine, encore une de cueillie sur internet, sur des sites de clavardage, des blogues, des pages « facebook »... des jeunes qui se plaignaient de leur vie et qui avaient une confiance aveugle. Combien de jeunes approchés pour finalement en trouver 20, chiffre précisément choisi par Samaël, qui le suivraient aveuglement vers la mort? Pas loin d’un demi-millier avec qui il avait discutés avant de fixer ses choix.
D’abord Clara, puis Xavier, Marie, qui avait entraîné François, Isaac... et maintenant, dernièrement, Karine. Ils les avaient tous « baptisés » dans la débauche, les nommant par des pseudonymes mythologiques. Combien de nuit de débauches, de révoltes contre les parents ou la culture? Combien de ces filles avaient couchées avec lui? Combien de ces garçons avaient-ils poussés à boire jusqu’à en être malades? Combien d’expérience les avait-il fait vivre, « une dernière fois avant la libération »?
Ce soir, c’était à eux d’introniser Karine au groupe. Il l’avait déjà baptisé, quelques heures plus tôt, brisant la barrière psychologique restante pour qu’elle lui fasse aveuglément confiance. Après tout, comment un homme si doux, si attentionné pouvait lui faire du mal...
Le psychopompe* , vêtu d’une redingote noire, chapeau haut-de-forme sur la tête, fit entrer Karine et l’entraîna dans le salon, l’intimant silencieusement à lui faire confiance en la prenant par la taille. Il baissa le son de la musique et retira son haut-de-forme, demandant quelques instants d’attention aux jeunes à moitiés soûls. Chez certains, la pudeur semblait peu à peu s’envoler, d’autres étaient tout près de monter dans une chambre à l’étage et on dénotait quelques absents déjà.
« Chers amis, je vous présente Séléné, notre dernière venue dans ce groupe. J’espère que vous saurez la rendre à l’aise... »
Le premier regard qu’elle croisa fut celui de François et elle eut tout de suite de l’attirance pour lui. Puis ce fut celui de Marie, hostile envers elle, sachant d’avance qu’elle rencontrait une rivale de plus. Les regards qu’elle croisait lui étaient un peu familiers, reconnaissant en chacun ce qu’elle avait, ou plutôt, n’avait pas : le goût de vivre.
Elle fit un clin d’œil discret à François, lui promettant ainsi silencieusement de revenir le voir, curieuse de le connaître, puis observa les autres. L’un des garçons s’approcha d’elle, sourire aux lèvres.
« Bonjour Séléné… j’espère que tu trouveras parmi nous ce que tu cherches. Je suis Odin, le... roi de ce groupe. S’il y a quoi que ce soit, je suis là pour toi… »
Il la prit doucement par la taille et la sentit frissonner. Encore toute délicate, comme il les aimait. Un rien, lui semblait-il, aurait pu suffire à ce qu’elle soit à ses genoux, lui demandant de lui montrer ce qu’il savait…
« Oui… merci… »
Elle voulut se détacher de lui mais il la tenait toujours. Les filles présentent dans la salle étaient prêtes à intervenir si il la forçait à quoi que ce soit, mais la grande majorité des gars du groupe auraient tôt fait de les arrêter et de laisser Odin, leur roi, faire ce qu’il voulait. Le salon était silencieux; Samaël, dans le cadre de la porte, sourire en coin, observait ce qui allait se passer; Marie avait un air satisfait, pensant qu’elle le méritait bien; François aurait voulu arrêter Odin immédiatement, mais il ne voulait pas provoquer de désastre; et Clara, tout près, était déjà prête à défendre la nouvelle venue.
Karine sourit et, du bout des doigts, lui fit lâcher prise, le regardant toujours droit dans les yeux pour lui montrer sa résistance. Il sourit tendrement à la jeune déesse lunaire.
« Je crois que l’on s’entendra bien, ma reine de la nuit…
-Tu es mieux, je crois, Odin, d’apprendre à bien te tenir avec moi si tu veux que je m’entende bien avec toi »
Autoritaire, elle le poussa de son chemin, remarquant les sourires qui se profilaient sur le visage de plusieurs, les expressions de surprises et les yeux emplis de désirs que l’on posait sur elle. Mais elle n’appartenait pas à n’importe qui. Elle n’appartiendrait jamais à n’importe qui.
Plus tard, lorsque la plupart furent partis et qu’il ne resta plus que François, Marie, Samaël et Odin, elle s’approcha de ce dernier, l’air charmeur.
« J’habite tout près d’ici et mes parents sont partis pour le Week-end…
-Tu m’invites chez toi, c’est ça?
-Si tu veux… »
Il avait bien vite allumé en elle la flamme du désir. Son air supérieur, son autorité sur elle, ça lui plaisait assez pour qu’elle accepte de baisser la tête. Elle sourit à François et Marie, consciente qu’elle ne connaissait toujours pas leur nom, remercia Samaël de l’avoir introduite au groupe et suivit Odin vers sa vieille voiture. Il lui ouvrit la portière côté passager, non sans un sourire malin, puis revint s’assoir près d’elle.
« Séléné, la lune, la reine de la nuit…
-Et Odin, le roi des Dieux nordiques, des vikings… aucune prétention, surtout… répondit-elle en se moquant un peu.
-tu vois, nous sommes faits l’un pour l’autre, sans personne qui n’a le droit de nous gérer. Je te paris que je pourrais devenir ton Endymion aussi…. »
Le regard de Karine s’assombrit et elle détourna la tête pour regarder le paysage défiler.
« J’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas? Demanda-t-il, inquiet.
-Non… c’est juste… c’est pas important. C’est rien. »
Le froid passa rapidement lorsqu’ils arrivèrent chez Karine. Outre le jeu de séduction qui prenait tout son sens, un duel se déroulait entre les deux jeunes amants, à savoir qui céderait à l’autorité de l’autre, qui baisserait la tête en premier.
C’est Karine qui, lorsqu’Odin lui retira ses vêtements et la prit par la taille, baissa la tête en premier, s’avouant vaincu par l’autorité qu’il dégageait même lors de ce moment. Heureusement, Charlotte était couchée, à l’étage, alors que sa sœur et son nouvel amant étaient au sous-sol. Elle eut droit à un récit complet dès le lendemain matin.
***
Matthieu Gendron stationna sa voiture dans l’allée menant à la maison des Morin. Il sortit de sa voiture et marcha d’un pas rapide mais surtout calme jusqu’à la porte. À peine avait-il frappé qu’une jeune adolescente vint lui ouvrir.
« Ma mère est en sous le choc, je crois… dit Charlotte, l’ordinateur est sur la table de cuisine, avec la lettre. J’ai noté l’adresse… c’est… c’est tout près.
-D’accord, montre moi tout ça, dis à ta mère de se préparer, nous allons y aller. »
Elle le guida jusqu’à la cuisine où il put remarquer l’étrange lettre et la clé USB, branchée à l’ordinateur portable, le vidéo prêts à être partis. Il décida de commencer par la lettre. Dans l’enveloppe se trouvait une clé. Chère madame Morin,
J’ai la lourde tâche de vous annoncer que votre fille Karine, votre astre nocturne adorée ne viendra plus jamais éclairer vos nuits. Séléné, votre tendre fille, si brillante, intelligente, à l’avenir prometteur, a mis fin à vos rêves, préférant aller rejoindre son Endymion dans le sommeil éternel. Sa lumière, à jamais, s’est éteinte. Mais cela faisait bien longtemps que dans ses yeux, elle ne brillait plus. Si seulement la pression que vous aviez mise sur elle n’avait pas été aussi forte, aussi lourde…
Vous trouverez son enveloppe corporelle non loin de chez vous, dans ce lieu où elle allait s’isoler…
Mes plus sincères condoléances,
Samaël.
Matthieu respira lentement pour reprendre son calme. Cela lui rappelait sa sœur, quelques années plus tôt, qui avait été enlevée, violée, abusée des pires façons puis tuée. On avait retrouvé son corps quelques jours plus tard… l’enquêteur avait du mal à ne pas perdre son sang-froid et son professionnalisme.
Il lança la vidéo, pour ensuite aller chercher le corps de Karine.
***
Comme ses parents partaient souvent à l’auberge la fin de semaine, Karine avait pu revoir Odin très souvent. Celui-ci était fier d’avoir réussi à la dominer, mais dut se rendre à l’évidence que ce n’était que lors de leur moment privés qu’elle acceptait de se soumettre. Lorsqu’ils étaient avec le groupe, elle se montrait toujours aussi farouche et autoritaire, insoumise et rebelle.
Elle avait développée une solide relation avec François et d’autres garçons aussi, mais ce qu’elle vivait avec Odin, ou plutôt, Isaac, était incomparable. Son caractère ne changea pas trop, elle continuait d’admirer le ciel, mais maintenant, en sachant qu’elle rejoindrait les étoiles sous peu.
Elle était partie en paix avec elle-même, heureuse de rejoindre son Endymion dans le sommeil éternel. Sans super nova, ni même nova, l'étoile s'était éteinte doucement
* Conducteur des âmes des morts. (Dans l’Antiquité, ce rôle était joué surtout par Hermès, Charon et Orphée.) [Synonyme : psychagogue.] © Larousse 2005 _________________ mes mondes intérieurs ”J'ai tendu des cordes de clocher à clocher, Des guirlandes, de fenêtre à fenêtre, Des chaînes d'or d'étoile à étoile, Et je danse” -Rimbaud |
|  | | Sylphide Pitchounette du Québec

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| Sujet: Re: Feuilleton- Samaël Jeu 24 Avr - 13:55 | |
| Épisode 06: Éros & Thanatos
Les doigts valsaient sur le piano, semblant à peine frôler les touches. La musique envahissait la maison, chaque note emplissait le silence avec douleur. Xavier avait fermé les yeux et laissait ses doigts embrasser chaque touche d’ivoire. La musique était douce et pure, semblant cacher tant de chose dans ses gammes, telle une déesse grecque sous ses voiles de soie.
La musique prit fin au bout d’un moment, mais Xavier était toujours penché sur le piano, les yeux fermés, les doigts effleurant les touches avec douceur, sans jamais appuyer. Sa mère, dans la cuisine, les larmes aux yeux, l’avait écouté. C’était le morceau préféré du père de Xavier. Juste avant sa mort, il l’avait joué. Ça avait été son chant du cygne, une pièce de sa composition, belle à en… mourir. Une pièce qui chantait louange à la mort, une pièce aux parfums d’Éros et Thanatos.
Xavier replaça ses cheveux, relit la pièce et la recommença, souhaitant pouvoir la jouer parfaitement avant sa mort. Ce serait son chant du cygne à lui aussi.
À nouveau les notes vinrent combler le silence, amoureusement, s’incrustant, tel un pieux, dans le cœur de Xavier. Une larme perla sur sa joue et vint se poser sur une touche, tout près de son doigt. Se laissant envahir par la musique, il sentit que cette fois il la jouait parfaitement. Lorsque la musique prit fin, sa mère l’avait rejoint dans le petit boudoir où se trouvait le piano. Essuyant ses larmes, elle lui expliqua, d’une voix tremblante :
« C’était la dernière pièce de ton père… le soir où… où il nous a quitté, il l’a joué plusieurs fois… tu as joué aussi bien que lui… »
Ses yeux parcoururent la pièce, s’arrêtant à la poutre de bois au plafond. C’était là, 7 ans plus tôt, qu’elle avait trouvé son mari, pendu. Il n’était pas venu se coucher se soir-là, mais elle ne s’en était pas inquiété, sachant qu’il composait souvent durant la nuit. Xavier le remarqua.
« Sois pas triste, maman, s’il s’est suicidé… c’est probablement parce qu’il pensait que c’était mieux pour lui. T’aurais rien pu faire… »
Xavier lui rappelait tellement son mari… les cheveux noirs comme un ciel nocturne sans étoiles, les yeux profonds comme l’océan et l’air bohème qu’ont les artistes…
« Tu as probablement raison… mais je ne peux pas m’empêcher de penser que c’est de ma faute… j’aurais du aller le voir… je n’aurais pas du le laisser seul comme ça… »
Trop de problèmes financiers sur les épaules, il avait préféré se suicider… mais les problèmes n’avaient fait que retomber sur les épaules de sa femme. Elle sourit à son fils et sortit de la pièce. Lui, il continua à pratiquer, alors que la pluie venait doucement battre la mesure sur les vitres. Il pratiqua la pièce longtemps encore, jusqu’à ce que sa mère soit couchée, jusqu’à ce que les notes soient entrées en lui, jusqu’à ce qu’il la joue exactement comme son père l’avait joué au soir de son suicide. La musique de ce soir là, de l’ultime nuit de son père, était encore gravée dans sa mémoire, imprimée à l’encre indélébile... Prenant son sac à dos et mettant son manteau sur son dos, il sortit de la maison, marchant jusqu’à une petite boutique à quelques rues de chez lui. Là, Asmodée, Vesta et Samaël l’attendaient. Il monta à bord de la voiture, entendant encore à ses oreilles le Éros & Thanatos de son père…
***
La pauvre femme pleurait à chaude larme, même une semaine après les événements. Son fils avait disparu et, elle le savait, il s’était suicidé…
« Je vous le dit monsieur l’enquêteur… il a fait comme son père… le chant du cygne… cette maudite pièce… il l’a joué, au soir de sa disparition… lorsqu’il a cessé, je suis descendue mais j’ai vu qu’il était sorti… je n’ai pas osé le suivre, mais il est certainement allé se tuer…
-Calmez-vous madame Chagnon… on va le retrouver, n’ayez crainte… peut-être n’est-il pas mort… »
L’enquêteur Lachapelle poussa un long soupir, prenant sa tête entre ses mains. L’enquête stagnait depuis quelques jours et, bien qu’elle corresponde exactement aux autres disparitions, elle ne rimait à rien.
« Donc… reprenons… il jouait du piano au soir de la disparition… Éros & Thanatos, la pièce que votre mari avait jouée avant sa mort… oui, bon. C’est une chose. Vous en sauriez plus sur ce certain Samaël?
-non, je vous ai tout dit… »
Exactement la même chose que tout le monde en fait.
« Bon, eh bien je vais aller interroger des jeunes de son école, on ne sait jamais, peut-être certain en sauront-ils un peu plus… »
La mère retourna chez elle, alors que l’enquêteur Lachapelle se rendait à l’école secondaire que fréquentait Xavier. Il demanda à la direction de rencontrer les élèves du niveau de Xavier, du moins, ceux qui pourraient lui donner des informations intéressantes. On les réunit donc dans l’auditorium, laissant soin à l’inspecteur de parler aux élèves.
« Bon, les jeunes… »
Angoisse. Il détestait parler devant un tel groupe. Surtout qu’une bonne partie ne l’écoutait pas. Tant pis. Au moins, il aurait essayé d’avoir de l’information.
« Écoutez, Xavier Chagnon a disparu et nous avons besoin d’information à son sujet… si l’un d’entre vous… »
Mais personne ne l’écoutait. Il termina tout de même, espérant que le hasard ferait qu’au moins une personne ayant de l’information l’entendrait…
« … aurait de l’information, qu’importe l’information, qu’il vienne me contacter au plus tôt… »
Poussant un soupir, il ressortit de l’auditorium. Tout ça n’aurait servi à…
« Eh, monsieur le policier, attendez! »
… Rien. Enfin, peut-être jusqu’à maintenant. La jeune fille qui le suivait semblait prête à lui offrir un témoignage. Enfin, peut-être serait-ce utile...
« Oui, mademoiselle?
-Je voyais souvent Xavier, il était dans mon bus, pis son casier était à côté du mien… pis moi, je le rejetais pas comme les autres… il aimait pas trop se faire des amis, mais j’crois avoir réussi à l’apprivoiser… mais dans les derniers temps…
-Bon écoute, si tu veux…
-Melody.
-… Melody, tu viens avec moi au poste et tu me racontes tout ce que tu sais à propos de Xavier.
-Ok... dites, c’est vrai ce que l’on raconte : que Xavier s’est suicidé, comme son père? »
***
Les regards des gens sur lui pesaient. Tête basse, yeux au plancher, Xavier s’avançait dans le corridor, en direction de son casier. Il sentait fondre sur lui les moqueries des autres, les murmures le traitant de fou, de fils de cave, fils de suicidé… il était le moins que rien, le futur pendu, le cave, le laid, l’intello…
On le fit trébucher. C’était encore un de ces gars qui se pensaient mieux que les autres qui voulaient s’amuser à le détruire… ses livres s’étalèrent sur le plancher et les rires fusèrent. Il reçut un autre coup, en plein ventre, lui coupant le souffle.
« Regarde où tu marches, l’intello » lui lança-t-on d’un ton moqueur.
Il commença à ramasser ses livres lorsqu’on se mit à l’aider. Il croisa le regard de la jeune fille. Les moqueries fusaient autour de lui, mais il n’entendait que sa voix.
« Écoutes pas ce qu’ils disent… ils font que t’écraser pur tenter de prouver aux autres qu’ils sont forts… faut pas les écouter… »
Sa voix, une mélodie parfaite, la musique au naturelle, un accent un peu exotique…
« Je m’appelle Melody, et toi?
-Xa… Xavier. Merci de m’aider… mais ils vont te…
-Oh regardez, le laid a trouvé sa laide! » Lança-t-on.
Melody se releva et fit face au garçon qui l’avait traité ainsi.
« Aïe, le cave, t’as pas rien de mieux à faire que de faire le singe? Sacre donc patience à Xavier, veux-tu?
-Eh, bébé, faut pas… »
Elle lui donna un coup de pied bien placé, le laissant se tordre de douleur devant elle.
« M’appelle pas ainsi… pis apprends donc le respect, ça te ferait pas de tord! »
Xavier eut un petit rire puis reprit ses livres.
« Merci Melody…
-de rien… ça faisait longtemps que je voulais lui régler son compte à ce gars là…»
Il ramassa son sac et son manteau dans son casier puis, osant avec courage, lui dit :
« Si tu veux, on pourrait faire de quoi un de ces soirs…
-Mouais… pourquoi pas ce soir?
-Ah ben… j’avais déjà prévu avec mes amis…
-Pas grave, un autre soir… à plus! »
Elle lui sourit et s’éloigna, continuant à garder un œil sur lui. Il n’arrivait pas à croire ce qui s’était passé. Sourire aux lèvres, il sortit de l’école, allant rejoindre Samaël qui l’attendait, accoudé à sa caravane noir, fumant distraitement une cigarette. Melody observa Xavier monter à bord, avec d’autres jeunes, curieuse. L’homme en noir lui lança un regard glacial, lui signifiant clairement de ne pas se mêler de ce qui ne la regardait pas. Des frissons de peur la parcoururent.
Ce soir là, Xavier, ou plutôt, Thanatos, parla un peu de Melody, rougissant timidement lorsqu’on lui demanda si elle lui plaisait.
« Tu sais, Vesta, elle était pas aussi belle que toi… mais elle me plaisait bien, oui… »
Marie rit un peu et continua :
« Dis donc, pourquoi tu lui proposerais pas de nous rejoindre…
-Faudrait d’abord que je la rencontre pour déterminer si elle pourrait nous rejoindre, coupa sèchement Samaël. Mais tu pourrais toujours t’amuser avec elle, un peu, Thanatos… fais attention par contre, elle semble trop curieuse… je ne voudrais pas avoir à me débarrasser d’elle…. »
Thanatos acquiesça, rêvant déjà de Melody… mais il n’eut jamais le courage de lui demander de sortir avec elle jusqu’à sa mort.
***
L’enquêteur termina de noter le témoignage et remit le rapport à plus tard, voulant aller réconforter la petite Melody qui pleurait devant lui.
« Il est mort, enh? Eh criss... pourquoi je l’ai pas un peu plus supporté....
-T’inquiète pas, Melody, il n’est peut-être pas mort...
-Oui, il l’est... écoutez, lundi soir, j’ai reçu un message de sa part sur la boîte de messagerie de mon portable... je le croyais pas alors... alors j’osais pas en parler mais... mais maintenant je pense que c’est vrai. Qu’il...»
Avant que sa voix ne s’étrangle dans quelques sanglots, elle préféra se taire. Elle sortit son cellulaire, puis un cable, le brancha à l’ordinateur, fouilla dans les dossiers et trouva ce qu’elle voulait. Un message audio. On entendait la voix du jeune garçon, un peu tremblante, surtout hésitante.
« Melody? Bon... j’aurais aimé ça pouvoir te parler... tu dois... tu dois être occupée... mouais... bah c’est pas grave... »
Une pause, un soupir, il cherchait ses mots.
« J’aurais p’tête du te le dire plus tôt... mais j’avais pas le courage... tes yeux m’hypnotisent... ta voix... ta voix c’est la plus belle des musiques... »
Nouvelle pause. Nouveau soupir. Cette fois plus découragé.
« Criss... j’fais quoi moi à te faire une déclaration juste avant de me suicider... c’est con mais c’est ça... je t’aime, Melody... désolé de pas avoir pu te le dire avant ce soir, avant la fin. Ça a ben l’air que mon destin allait être comme celui de mon père... eh criss... pardonne moi Melody. Oublies moi, j’aurais jamais du accepter ton aide, accepter de te parler, je te fais juste plus de mal.... »
En arrière fond, on entendit alors :
« Thanatos, allez, ca suffit les messages, on attend après toi... y’en a déjà une coupe qui sont en train de...
-Tabarnak, Odin, sacres moi donc patience pour une fois! J’vous rejoins dans pas long! »
Puis, reprenant le combiné :
« Adieu, Melody. Merci d’avoir rendu les derniers mois moins pénibles... pis oublie pas, la musique... je t’ai enregistré une copie de Éros & Thanatos, tu devrais la recevoir dans une semaine... je t’aime »
Sur ce, le message coupait. L’enquêteur resta sur le choc, un instant, mais Melody avait repris son sang-froid.
« En principe, la copie devrait être reçue aujourd’hui... » Murmura l’enquêteur. « Melody... appelle moi sur mon portable dès que tu la reçois... »
Il lui donna le numero de son portable puis laissa un de ses collègues aller la reconduire chez elle. Moins d’une quinzaine de minutes plus tard, elle rappelait, étant arrivée chez elle. Aussitôt, il s’y rendit, mettant fin à la vidéo-conférence. En route, il appela la mère de Xavier, lui donnant l’adresse où se rendre, conscient que ce qu’il recevait avait une grande importance dans l’enquête.
Il découvrit la lettre de style ancien que Melody avait reçu, avec la clé USB sur laquelle on trouvait le video ce_qui_ce_passa_au_soir_de_la_disparition.wmv et Eros&Thanatos.mp3. Il prit la lettre et la lue.
Chère Melody,
« Si douce Melody » comme vous appelait Thanatos, celui qui pour vous se nommait Xavier, j’ai le malheur de vous annoncer que Thanatos ne viendra jamais vous murmurer ces mots à l’oreilles. Heureusement pour vous, il n’insista pas pour vous emmener par-delà la mort, là où il allait. Et, encore très heureusement, vous n’avez pas trop poussé votre curiosité, sinon je vous expediait ad patres devant ses yeux. Vous souvenez-vous ce jour où vous le rencontrâme? Eh bien dès ce jour, dites-vous qu’il était plus heureux avec moi que jamais il n’aurait pu l’être dans vos bras. Sa mort était prédite, dans ses gènes, dans son destin, il se suiciderait un jour, tout comme son père. Vous trouverez son corps (si jamais vous souhaitez faire un peu de nécrophilie) dans le sous-sol d’un petit chalet... d’autres centre de police vous contacteront pour vous donner l’adresse.
Mes plus sincères condoléances... non, laissez-moi me reprendre... votre tristesse me réjouit, Melody. J’imagine les larmes perlant sur vos joues, vos yeux atrocement indiscrets embués par la douleur, et je souris. Justice est faite.
Adieu, fouineuse,
Samaël.
La cruauté de la lettre était inhumaine. Mais Melody gardait son sang-froid.
« Je détestais cet homme simplement à entendre son nom... »Murmura-t-elle.
L’inspecteur remarqua alors qu’elle portait à son cou une petite chaine ornée d’une croix. Il nota le détail, ce pourrait être intéressant...
Puis, sur l’ordinateur, il partit la video, après avoir noté l’adresse qu’il reçut sur son portable de la part de d’autre policier. Il demanda à ce que l’on appele la mère, sans quitter de ses yeux dégoûtés la vidéo.
***
Xavier, pour sa fascination à propos de la mort, avait reçu le surnom de Thanatos. Sans vraiment trouver son Eros, il avait aimé, d’un amour fou et inconditionnel Melody. Malheureusement, étant très près de Samaël, celui-ci ne lui avait pas permis une relation avec la jeune fille. Il avait préféré garder le jeune homme pour lui, ne se cachant pas d’être possessif. Il était son frère d’âme, pour son amour de la mort, pour sa grande ressemblance avec lui. Eh puis, c’était un peu Samaël qui avait entraîné son père à la mort... mais tout ça, c’était loin, et nul ne le savait. Dire que 7 ans plus tôt, Samaël avait commencé sa « carrière » international de psychopompe...
Xavier était resté discret à propos du suicide, comme son père l’avait été. Seul Melody avait été témoin de son amour de la mort, en dehors du groupe des disparus...
Maintenant, il était comme le Dieu de la mort, au milieu des 20 suicidés. _________________ mes mondes intérieurs ”J'ai tendu des cordes de clocher à clocher, Des guirlandes, de fenêtre à fenêtre, Des chaînes d'or d'étoile à étoile, Et je danse” -Rimbaud |
|  | | Sylphide Pitchounette du Québec

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| Sujet: Re: Feuilleton- Samaël Ven 25 Avr - 13:19 | |
| Épisode 07: Enfer
Cassiopée regarda son chum droit dans les yeux, se demandant une dernière fois s’il valait la peine.
« Envoyes, Cass, appelle les pis dit leur que tu viendras pas ce soir… c’est pas un drame… j’veux passer du temps avec toi… je te veux ce soir…»
Elle renifla bruyamment, essuya ses larmes d’un geste impatient, prenant soin d’ignorer que sa joue lui faisait mal. Il l’avait encore frappé ce soir. Parce qu’ils s’étaient chicanés. Parce qu’elle lui avait dit qu’elle s’en allait avec ses amis. Si elle lui avait dit le reste…
« J’suis désolée, Antoine mais… pas ce soir. Ce soir, j’veux aller avec eux.
-C’est ça, va me tromper avec d’autres là-bas… qu’est-ce qui me dit que ton kid sera pas celui d’un autre? » Cria-t-il, provoquant une autre crise de larme.
« C’est ton enfant, je te le jure! Arrête de me ramener ça… »
C’était bel et bien son enfant : ce n’était qu’avec Antoine qu’elle ne se protégeait pas. Parce que selon lui, ça ne valait pas la peine. Les autres, ils savaient ne pas prendre de risque…
« J’peux pas te faire confiance quand tu pars comme ça… » Commença-t-il doucement, comme il le faisait toujours.
Cassiopée respira profondément et fit comme lui avait suggérer Dom Juan : exprimer son point de vu et ne pas se laisser avoir par des fausses promesses.
« J’en ai assez, Antoine… j’en ai assez que tu me frappes, que tu m’écrases comme ça, que tu m’accuses… j’suis pas à toi à ce que je sache, et si je voulais, j’aurais la plupart des autres gars à mes pieds… ça suffit maintenant. »
Autant tout terminer en beauté. Elle reprit son calme, cessant de sangloter et lui dit franchement :
« Je ne t’aime plus, je ne t’ai jamais aimé. J’suis sortie avec toi... mais au fond, j’avais pas vraiment de raison. Tu semblais un type bien… ben t’es qu’un esti de salop. J’veux plus jamais te voir »
Avant qu’il ne la rattrape par le poignet pour la frapper ou la menacer, elle lui tourna le dos, s’éloignant vers la rue bondée de monde, marchant sous la pluie un peu froide. Elle serra sa veste contre elle, mit son capuchon sur sa tête, croisa les bras et baissa la tête. Elle trouva un petit toit devant une boutique, éclairée par un réverbère et s’y réfugia. Les larmes se mêlaient à la pluie qui coulait sur ses joues et elle tremblait de froid, portant instinctivement les mains vers le bas de son ventre, comme pour s’assurer que la fragile petite vie en elle s’accrochait toujours. Elle n’avait jamais voulu de cet enfant, mais le mal était fait, et Antoine avait refusé qu’elle se fasse avorter, prétextant qu’à 17 ans, ils pouvaient s’en occuper. Et elle, comme une idiote, avait accepté sa décision. Il décidait pour son corps à elle, pour sa vie à elle. C’était probablement ce qui avait provoqué les questions dans l’esprit de Cassiopée, quand à savoir si elle devait rester avec lui ou non.
Elle prit son cellulaire et décida d’appeler Dom Juan, son presque frère, celui qui la réconfortait et l’aimait tendrement. Un peu plus qu’un frère à vrai dire. Chose sûr, il avait été le premier à la respecter, le premier à briser ses barrières, avant même Samaël.
« Perséphone, ma puce… qu’est-ce qu’il y a? Pourquoi tu m’appelles à cette heure…
« Dom Juan… il… il m’a encore frappé… mais… cette fois j’ai décidé que c’en était assez… »
Elle sanglota quelques instants puis il lui demanda :
« Où t’es? Où est-ce qu’on pourrait se rejoindre?
-J’suis pas loin de chez toi je crois… écoute, j’vais prendre le métro et me rendre à la station Bonaventure… on devrait être pas loin de chez Asmodée, on appellera Samaël pour qu’il vienne nous chercher…
-correct, ma puce… »
Elle appela ensuite Samaël et lui dit de se rendre au métro Bonaventure. Là, elle retrouva aussi Dom Juan, qui la réconforta comme un frère l’aurait fait, lui promettant que tout finirait bientôt. Ils rejoignirent ensuite les autres dans le chalet du nord du Québec.
***
L’inspecteur Beauregard avait devant lui un jeune homme qui semblait intimidé par la présence des parents de sa blonde… ou, comme il semblait dire, ex-blonde.
« Eh bien, on s’est chicané, expliqua Antoine, rien d’anormal… ça nous arrivait souvent depuis… depuis un bout de temps.
-Et où elle est partie? Demanda l’inspecteur
-J’sais pas! Probablement avec ces gars avec qui elle allait régulièrement… elle était enceinte, c’est sûr. P’tête qu’elle est allée se faire avorter. Moi j’étais contre. Mais elle était vraiment inconsciente du geste qu’elle allait poser… enfin, pas important, on peut rien y faire, enh…
-Attends un peu, mon gars… tu me dis qu’elle était enceinte?
-Ouais. Probablement de ce gars qui venait la chercher souvent… Samaël, ou un autre de leur bande de débiles... j’crois… ça faisait à peine quelques semaines qu’on le savait, ça paraissait pas encore… mais ouais, elle était enceinte. »
Sanglots venus de la mère, choc pour le père. L’inspecteur n’avait pas le temps de s’arrêter à eux. Il devait continuer l’enquête.
« D’accord… bon… et elle t’as parlé de quoique ce soit?
-Ben un peu de tout…
-Alors raconte tout ce que tu sais… »
Il sortit de son tiroir un sac de chip qu’il ouvrit, pour lui et le jeune homme. Histoire de le mettre en confiance. C’était sa technique avec les jeunes et son antidépresseur personnel.
***
On était samedi. Ils avaient décidé de se retrouver, quelques uns, dans l’appartement de Dom Juan, l’aîné des 20. En fait, il n’avait que 20 ans, mais cela faisait toute la différence pour eux. Il avait acheté un peu de pot pour faire essayer à ceux qui disaient ne jamais avoir tenté.
Dans le petit salon, en pleine après-midi pluvieuse, les 7 jeunes présents se passaient le joint, riant de n’importe quoi, certains laissant leurs mains se balader sous les vêtements de d’autres. La drogue y était pour très peu dans l’euphorie générale qui régnait, un genre de joie sarcastique… rire pour ne pas pleurer, voilà la philosophie des jeunes. Samaël n’était pas là, heureusement pour Cassiopée qui le craignait un peu. Elle avait été la seule, selon les autres filles, à ne pas coucher avec lui. Mais elle ne voulait pas coucher avec lui non plus…
« T’imagine, Perséphone… tes parents ont probablement fait comme nous : fumer du pot en gang, dans un p’tit salon… » Lâcha Dom Juan.
« T’oublies que eux, ils chantaient des chansons psychédéliques…. Rajouta en riant Séléné, genre… remember when you were young…
-You shone like the sun! Shine on your crasy diamond… » Continuèrent ceux qui avaient déjà eut droit à cette pensée de la part de Karine. Ce fut suivit d’une euphorie générale à chanter de vieux succès. Ils eurent même droit à l’interpretation atrocement faussée de Roxane de The Police par Dom Juan.
Cassiopée les écoutait distraitement chanter, triste que ce moment doive avoir une fin… au bout d’une heure, sans avoir rien pris, pas même une bière, elle annonça qu’elle partait. Dom Juan la rattrapa dans le portique.
« Ben voyons, Perséphone, tu peux pas partir comme ça…
-Mon chum aime pas attendre après moi, pis j’lui avais dit que je le retrouverais chez lui vers 17 heure… j’vais partir plus tôt pour aller me préparer… tsé, C’est important pour lui… ses parents sont pas là alors il a envi qu’on… »
Laissant ses paroles en suspend, elle mit ses souliers, puis passa son manteau sur son dos. Dom Juan la regardait, la questionnant du regard.
« Pis toi? T’en as envi, ou tu fais ca pour lui faire plaisir? Demanda-t-il au bout d’un moment.
-Ben…
-T’es pas obligée d’y aller si tu veux pas; reste ici, il pourra bien attendre…
-Ben non… j’vais y aller…
-Cass… »
C’était la première fois qu’il se servait de son prénom et non de son surnom. On ne faisait cela que dans l’intimité habituellement... Cassiopée baissa la tête, intimidée qu’il pense à être plus près d’elle. La frapperait-il lui aussi?
Il remarqua son malaise, conscient de ses problèmes. C’était difficile de ne pas remarquer une échymose sur une joue. Et il était facile de faire le lien entre ces blessures et le malaise qu’elle éprouvait à retrouver son chum.
« J’t’en pris, pars pas. Je sais ce qu’il te fait, pis tu le mérites vraiment pas...
-De quoi? De qui tu parles? Qu’est-ce qu’il pourrait bien me faire? Dit-elle en se mettant sur la défensive.
-J’suis pas con. Je l’ai vu ton chum. Je t’ai vu avec lui. J’ai vu comment tu étais quand il était avec toi. Il te fait peur. Pis il t’a frappé. »
Elle garda le silence mais les larmes coulaient le long de ses joues. Il se radoucit.
« Eh, p’tite puce, pleure pas comme ça... ça me fend le cœur... »
Il la ramena dans ses bras pour la consoler et elle se laissa faire.
« Mais je l’aime, Dom Juan... je l’aime... c’est un bon gars au fond...
-Ben oui, ben oui, j’veux bien te croire... mais regardes le mal qu’il te fait... »
Elle pleurait doucementdans ses bras, expiant ce qui l’étouffait depuis des mois. Il l’emmena dans sa chambre, dans le calme, et continua de la réconforter, loin du bruit de ceux qui faisaient la fête. Finalement, elle ressortit de l’appartement vers 21 heures, après avoir longuement parlé avec Dom Juan et fait un peu la fête. Aussitôt qu’elle eut quitté l’appartement, la peur s’empara d’elle. Elle prit son cellulaire et découvrit plusieurs messages de la part de Antoine.
« T’es où? Ça fait une heure que je t’attends... rappele moi », disait le premier. Le dernier avait été reçu une demi-heure plus tôt.
« Criss, tu me niaises ou quoi? T’es rendue où la? Pourquoi tu réponds pas à mes messages? »
Elle pianota rapidement son numero et, tremblante, attendit.
« Hello...
-Antoine? C’est Cass... j’suis désolée de pas t’avoir averti... mais j’suis restée plus longtemps...
-Caliss! Ça t’aurait pas tenté de m’appeler? Moi j’avais préparé à souper, tout préparé pis tu me fausses compagnie comme ça, sans avertir!
-J’suis désolée que je te dis... calme toi là...
-Me calmer?! T’étais avec qui d’ailleur!?
-Bon, écoute, j’m’en viens chez vous, on en jasera... si ça peut te faire plaisir, j’ai pas soupé... »
Il la frappa, lui cria des bêtises, la fit sentir coupable, la convainquant presque qu’elle l’avait trompé même si elle n’avait même pas pensé à cela en réalité. Elle pleura, regretta de ne pas être restée avec Dom Juan mais finalement accepta son sort, se disant que l’amour valait bien cela. L’amour... c’était quoi au juste?
Elle lui conta la soirée et il l’interpéta à sa façon, la faisant sentir coupable. Il lui fit l’amour sans douceur, sans lui faire plaisir, puis s’endormit en la tenant de façon possessive contre lui. Elle, elle pleura le reste de la nuit.
***
Antoine coupa certaines parties du récit, en embelli d’autres, rendit celles sur les 20 jeunes plus affreuses et débauchées, tout pour être certain de paraître comme le bon gars, puis termina sur :
« J’suis sûr que c’est ce certain Dom Juan qui l’a mis enceinte... avec un surnom pareille...
-Merci Antoine » termina l’enquêteur Beauregard.
Il nota plusieurs choses dans ses papiers pui renvoya tout le monde chez eux. Il fut le premier à quitter la conférence, lorsque Antoine l’appela. Il se rendit chez le jeune homme et appela les parents de Cassiopée.
Il trouva l’étrange lettre et la lue aussitôt, avant même de regarder la vidéo.
Cher Antoine,
Votre tant aimée (j’ai du mal à croire que vous l’ayez vraiment aimée) Cassiopée n’est plus. Persephone, la reine de son enfer, de l’enfer que vous lui avez fait vivre, n’est plus, et votre enfant non plus. Car il était bien de vous, quoique vous en disiez. Les autres hommes, eux, la respectaient assez pour se protéger... enfin, bref. La pauvre petite que vous disiez aimer est morte d’avoir souffert de vos mots vipérins et de votre amour empoisonné. Le venim de votre violence s |
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