Forums de Liens Utiles
Littérature, Théâtre, Peinture, Musique, Photos, Randos, Gastronomie, Débats, Informatique et tout ce qui peut encore s'inventer.
 
AccueilAccueil  FAQFAQ  S’enregistrerS’enregistrer  ConnexionConnexion  
 Le Chant du Corbeau- NouvelleVoir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Sylphide
Pitchounette du Québec



Inscrit le : 22 Avr 2007
Messages : 717
Localisation : Québec, mon petit coin de paradis ^^

MessageSujet: Le Chant du Corbeau- Nouvelle   Ven 22 Juin - 12:39

Le chant du corbeau

Récit pour le cour de Français
présenté à M. Marc Landry
le 22 mai 2007
par Gabrielle Sylphide



« Pour éviter tout équivoque et tout délais, je vous déclare que si l’on vous a chargé de nous faire sortir d’ici, vous devez demander des ordres pour employer la force ; car nous ne quitterons nos places que par la puissance des baïonnettes.»Mirabeau avait été clair : lui et les autres députés révolutionnaires respecteraient le serment de la salle du jeu de paume. Un serment aussi solennel que celui que Juliette avait passé avec Satan. Si ce serment tenait autant que celui de la jeune fille, la révolution serait grande.
Juliette venait tout juste de sortir de la chambre de la reine lorsqu’elle avait remarqué les étranges événements qui se passaient à Versailles. Maintenant, dissimulée dans un coin de la salle, elle observait les bourgeois faisant face aux aristocrates. Elle savait bien que cela allait arriver un jour, la secte satanique de laquelle elle était membre avait tout orchestré pour ramener l’égalité entre la noblesse et le prolétariat. Savait-elle que tout arriverait si tôt? Pas du tout.
Le gourou, François d’Argol, avait implanté en tous le désir de changement, de révolution, les rêves de république et de liberté, l’abolition d’une féodalité désuète et d’une monarchie profiteuse, ainsi que la volonté de supplanter la noblesse égocentrique. Tous, sauf Juliette.
Juliette, orpheline de la ruelle, mendiante et prostituée à ses heures, mangeuse d’opium et visiteuse des paradis artificiels, la jeune fille débauchée malgré ses quinze ans, aux valeurs sombres et tordues, aux aspirations utopiques et pécheresses; Juliette, la jeune fille du fond des rues, celle dont le pacte de sang aurait une influence sur l’histoire, celle qui maintenant, en cette salle du jeu de paume, craignait pour la vie et le statut de son amante. Le Malin avait fait le serment envers elle de lui donner accès à la noblesse, en échange de quoi elle devrait user saphisme et libertinage pour y rester. Son plus grand rêve s’était alors réalisé : elle côtoyait la reine. Elle était dès lors devenue une traîtresse envers le peuple, elle, mendiante au sein de la noblesse, française et amante de l’autrichienne.
Elle remarqua que tout se calmait dans l’assemblée. Elle décida donc de partir, ayant encore à faire avant de revenir voir son amante, le soir même. En route vers un autre client, elle fit un chignon de ses boucles rousses et resserra son corset sur son corps squelettique. De son regard couleur de sylve, elle charma le premier noble qu’elle croisa. Une autre dure journée de labeur s’annonçait.

***


Les jours passaient ainsi, au rythme de son travail luxurieux. Bientôt arriva la pleine lune du 14 Juillet 1789, soir qui suivit la prise de la Bastille, nuit qui vit une révolution chez Juliette. Celle-ci, appelée par la lumière mystique et puissante de la lune, était allée au cimetière, dans un tombeau où elle priait l’enfer.
Sous le regard d’astre que jetait sur elle la lune, dans sa lumière presque diurne, elle entama une prière à Lilith, attendant un signe venant de Satan pour s’assurer que le pacte tenait toujours
Soudain, elle vit une ombre se dessiner sur le mur devant elle, une forme monstrueuse et ténébreuse. L’esprit perclus de peur, elle voulut sortir du tombeau mais François l’arrêta à l’entrée.
« C’est un signe, Juliette » lui dit-il.
« Un signe? Un signe de quoi? » hoqueta-t-elle d’appréhension.
« Il ne te reste que quelques temps, pas plus de cinq ans et Satan viendra chercher ton âme, comme le pacte le stipulait.
-Mais... dans le pacte... il est stipulé que je le paie en profitant de ce qu’il me donne... pas par mon âme...
-Et que te donne-t-il? »
Si elle le disait, ce serait direction l’enfer, c’était la règle. Depuis toujours, la soupçonnant de ne pas être révolutionnaire, François tentait de la piéger pour se débarrasser d’elle. Elle baissa les yeux, ne rajoutant aucun mot.
« Cinq ans, Juliette, tu as le choix : nous trahir et retourner sur le chemin de Dieu, ou rester avec nous et assumer le pacte »
Sur ce, il se tut et s’éloigna, lui montrant clairement que la discussion était close. Juliette, sous le choc de la menace, prit la ferme décision de revenir vers le droit chemin, même si elle devait tout lâcher de sa vie de débauche, même si elle devait quitter la reine.
En cette ère révolutionnaire, non seulement la France serait bouleversée, mais tout ce que Juliette avait été le serait aussi.

***


Au long des mois, presque deux ans plus tard, Juliette avait tout laissé tomber, sauf la reine.
« Ah! Ça ira, ça ira, ça ira, les aristocrates à la lanterne! Ah! Ça ira, ça ira, ça ira, les aristocrates on les pendra !»
Les sans-culottes chantaient haut et fort la révolution, ridiculisant noblesse et clergé, réclamant droits et libertés. En ces temps de terreur, le roi songeait à une fuite, prévue pour le 20 Juin 1791.
Ce soir-là, alors que Juliette allait rejoindre la reine pour fuir avec la royauté, elle sut que sa mort était pour bientôt. En effet, Satan lui envoya une psychopompe, un sombre corbeau traversant le ciel teinté des couleurs du soleil couchant, lui annonçant qu’il viendrait chercher son âme d’ici peu. Elle n’avait par contre aucune crainte, se sentant si près du pardon divin. Elle le serait encore plus grâce à cette fuite.
Passant par divers chemins secrets, elle atteignit la chambre de Marie-Antoinette sans même se faire remarquer. La reine avait fait mine de se coucher comme le protocole l’exigeait et attendait Juliette, prête à fuir, vêtue comme une gouvernante. Le roi était déjà parti régler les derniers préparatifs, partant en premier, alors que la reine prévoyait partir dans quelques minutes.
« Te voila enfin, Juliette » s’exclama la reine en la voyant. « Bon, allez, fais vite, monsieur mon époux n’aimerait pas nous attendre...
-Je ne viendrai pas avec vous, Majesté.
-Mais voyons, Juliette, que racontes-tu là? »
Si Juliette l’avait appelée Majesté, c’était qu’il y avait quelque chose de grave. Habituellement, les deux femmes se tutoyaient et s’appelaient même par des surnoms plus qu’intimes...
Marie-Antoinette était sous le choc. Elle resta silencieuse pendant quelques minutes, marchant de long en large de la pièce, respirant nerveusement.
« Et pourquoi donc? » demanda-t-elle au bout d’un moment.
« Majesté, je vais entrer au cloître... » Et comme si elle sentait le besoin de se justifier, elle rajouta : « Je vous aime autant que j’aime ma propre vie... mais les circonstances ont fait qu’au bout de trois années d’amour pour vous, l’appel du Seigneur est plus fort et je me dois de vous quitter... j’entrerai au cloître de Paris dans une semaine, je ne peux donc pas fuir avec vous. »
Un autre silence, pendant lequel Juliette espéra pour que la reine ne fasse pas de crise d’hystérie. Finalement, un sourire maternel aux lèvres, Marie-Antoinette lui répondit.
« Y a-t-il quoi que ce soit que je puisse faire pour toi?
-Peut-être... si vous avertissiez de ma venue et leur demandiez de me traiter avec indulgence...
-Je te le promets, Juliette... Oh! Mais cela signifie que nous passons nos derniers instants ensemble? Bon... eh bien.... je veux les passer avec toi, contre toi... »
La reine arriva avec une heure de retard, alors que Juliette s’enfonçait dans les ruelles pour y errer une dernière fois avant le cloître. Les deux femmes n’avaient jamais connu mieux que ces adieux passionnels.

***


On arrêta les fuyards à Varennes. La reine revint à Versailles vers 22 heures, accueillie par une foule révolutionnaire en rage. Juliette, emmi* les sans-culottes et les bonnets rouges, observait la reine, tentant de se rendre à elle. Elle arriva alors que sa Majesté frôlait la mort. Elles réussirent, grâce à quelques nobles présents, à fuir jusqu’à une église.
Dès qu’elle entra dans le lieu saint, Juliette fut frappée d’une illumination. L’endroit, qui autrefois lui semblait si dictateur et accusateur, était maintenant empli d’une douce sérénité, d’un calme protecteur, enveloppant. Il semblait à Juliette que c’était la façon dont Dieu avait voulu lui faire part de son pardon, lui dire que son Salut était acquis. D’un pas léger, elle s’avança, observant avec admiration chaque détail de l’église. Tout au fond d’elle, elle se sentait mieux, en paix avec elle-même et Dieu.
« Juliette, les révolutionnaires vont arriver d’une minute à l’autre, tu dois fuir au plus vite! »
La reine l’avait ramené à la réalité. Il fallait qu’elle fuie, c’était vrai, mais elle devait faire plus.
« Majesté, restez ici, je vais chercher du renfort... »
Juliette alla pour partir mais la reine la retint par le poignet pour la ramener à elle. Elle s’échangèrent un long baiser qui, sans qu’elles ne le sachent, se révéla le dernier, l’ultime baiser.
« Prends garde, Juliette, ils sont fous... »
Sur ce, Juliette lui tourna le dos, marchant d’un pas rapide mais léger vers la porte, courageuse et décidée.
Le premier regard qu’elle croisa dans la foule fut celui de François. Un regard froid, cruel...
« C’est une traîtresse! Cette femme était avec l’autrichienne! Coupons-lui la tête! »
Tel un chef, François l’avait ordonné à la foule et la foule s’exécuta. On s’empara de la pauvre prostituée, sans même qu’elle ne puisse comprendre, et on l’emmena à l’échafaud, enterrant ses faibles protestations sous des chants révolutionnaires.
Il y eut un dernier battement de cœur, effrayé, puis, plus rien sinon la mort. Durant les deux secondes où sa conscience survécuet, elle sut qu’elle avait sauvé la vie de la reine en entraînant la foule plus loin de l’église. François, un sourire aux lèvres, s’approcha ensuite de son cadavre, sortant un rat de sa poche et le laissant aller se nourrir de la chair encore fraîche.
« Voilà, Juliette... la voilà ta bête qui t’as prévenue de la mort. J’ai voulu t’avertir que ton temps était compté si tu restais avec l’autrichienne... traître... mais non, tu es restée avec Madame Veto! Profite de ta mort pour penser à ce temps perdu! »
Puis il laissa la dépouille là, suivant la foule pour aller protester à Versailles. Le corbeau se posa non loin de là pour entamer son chant funèbre, dernier hommage à Juliette, celle que l’histoire oublia.


Sylphide


(les commentaires que mon prof m'a laissé étaient plus qu'élogieux.... j'ai rougi en les voyants et voila que je vous présente ce texte... le Chant du Corbeau... qui sait... le texte pourrait devenir conclusion d'un récit...)
*vieux francais, signifie parmis
_________________
mes mondes intérieurs
”J'ai tendu des cordes de clocher à clocher, Des guirlandes, de fenêtre à fenêtre, Des chaînes d'or d'étoile à étoile, Et je danse”
-Rimbaud
Revenir en haut Aller en bas
Le Chant du Corbeau- NouvelleVoir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forums de Liens Utiles :: Littérature :: Biblio LU :: Nouvelles, feuilletons & autres :: Sylphide-