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 Alan Pauls

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bertrand-mogendre
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MessageSujet: Alan Pauls   Ven 26 Mai 2006 - 10:26

lyla à propos de ta critique sur le livre , El Passado (Le passé), Alan Pauls, roman, Ed. Christian Bourgois, peux nous inviter dans ce nouveau monde si mal connu ?
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LylaTsB

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MessageSujet: Re: Alan Pauls   Lun 29 Mai 2006 - 21:10

Des années plus tard, soixante-douze jours seulement avant leur douzième anniversaire, Rimini et Sofia se séparaient….

El Passado (Le passé), Alan Pauls, roman, Ed. Christian Bourgois

Une découverte aussi pour moi Bertrand. Ce roman peut paraître ardu, de par son épaisseur et la longueur de ses phrases. Mais par une histoire d’amour qui défie le temps, Alan Pauls nous entraîne dans ses méandres, savant amalgame d’instants de bonheur, de désespoir, entre ruptures, réconciliations, rencontres, désunions, tortures, passions, destructions, et tendresse, vers une inéluctable conclusion : l’amour n’en reconnaît pas les frontières… et les deux amoureux sont condamnés à s’en rendre fous, tels des revenants éternels dans la vie l’un de l’autre,passion d’éternité dont l’auteur, un des meilleurs écrivains sud-américains vivants, mène le harcèlement au paroxysme de la souffrance physico-psychologique dans ce chassé-croisé destructeur qu’il défini lui-même comme roman gothique d’amour. Et l’on se laisse prendre, page après page, à accompagner Rimini et Sofia, dans leur quête du bonheur, en se demandant lequel parasite l’autre, lequel va revenir vers l’autre, lequel va s’abandonner à l’autre, lequel va absorber l’autre…

Extraits :

…/…
Il lui suffisait de penser à une, à une seule photo, et pas des plus significatives, n’importe qu’elle photo, de celles qui se perdent sans laisser, d’ordinaire, la moindre trace, pour sentir que l’entreprise était une folie, que le passé était un bloc unique, indivisible, et qu’il fallait soir le posséder soit l’abandonner tel quel, en bloc, comme un tout. (…)
De toutes les conséquences de la séparation, du moins de toutes celles dont il était quelque peu conscient, la seule à continuer à le prendre vraiment au dépourvu était le fait que les signes de l’amour qu’il avait laissés dans son sillage, signes « de l’autre vie », comme il aimait souvent l’appeler, aient survécu à la catastrophe pour continuer à vivre au sein de la nouvelle vie plus ou moins indemnes, porteurs du sens qu’ils avaient toujours eu. Comment était-il possible que tout change sauf eux ? Quelle pouvait être la nature de ces créatures qui avaient la force, l’obstination nécessaires pour traverser ce véritable changement d’ère géologique qu’était l’extinction d’un amour vieux de douze ans ? Parfois, alors qu’il marchait dans la rue, il levait tout à coup les yeux et découvrait, ou se précipitaient littéralement vers lui, un panneau avec le nom d’un bar, l’affiche d’une marque de vêtements, la bouche d’une station de métro, la couverture d’un livre posé sur un étal en plein air, un magazine accroché à un kiosque, une race de chiens, une plage vantée dans la vitrine d’une agence de voyages, et il sentait que, de la main d’un seul de ces signes banals, un bloc entier du passé, surgissant de la nuit sans avertissement préalable, faisait crisser son âme avec une violence brutale, comme s’il allait la fendre en deux.(…)
Il est difficile de fréquenter des gens à problèmes. Fréquenter des hommes est surhumain. C’est comme laver une vieille porte, une très vieille porte. Il faut décaper une couche de peinture, puis une deuxième, une troisième, puis une autre, encore une autre, très délicatement, parce que le moindre geste brusque peut être catastrophique, et surtout parce que, s’il y a quelque chose dont les hommes sont fiers, c’est précisément de ça, de ce qu’ils appellent « l’expérience », toutes ces couches de peinture vieille, sèche, pourrie, pleine de champignons et de moisissure, qu’il faut dissoudre très patiemment pour que, à la fin, après des années de travail, ils se retrouvent comme à leur naissance : nus. (…)
« Ecoute-moi. Ecoute-moi bien. Il y a des jours où je me réveille en tremblant. J’ouvre les yeux et je tremble, je me rends compte que je suis en train de trembler, je sais alors que je vais la voir et je passe la journée comme ça, en tremblant, jusqu’au moment où on se retrouve. C’est comme ça depuis trente ans, trois fois par semaine. Et les jours où je la vois, je ne peux rien faire, rien, sinon attendre le moment où je vais la voir. Je dis que je vais à l’usine, mais je reste dans ma voiture, tournant en rond, ou bien je vais dans un cinéma. J’ai peur. Je pense à tout ce qui doit se passer pour qu’on puisse se retrouver et il me semble impossible qu’il n’y ait pas quelque contretemps, quelque problème – et je suis heureux, Rimini. Heureux, heureux comme un petit garçon, comme un idiot. Je suis sûr que l’âtre le plus heureux de la terre n’est pas aussi heureux que moi. (…)
Tu voulais que nous changions ? C’est ce que tu demandais : un amour malléable, qui sache devenir autre chose ? C’est fait. « Je pourrais être ta mère. » (…) (Nous venons de si loin, Rimini. Nous avons des millions d’années. Notre amour est un amour géologique. Les séparations, les retrouvailles, les disputes, tout ce qui passe et tout ce qui se voit, tout ce qui a une date, tout ça a autant de ses qu’un carreau cassé comparé au tremblement qui, depuis des millénaires, fait vibrer le centre de la terre.) (…) Il y a du café à la cuisine, du pain, des serviettes propres à la salle de bains. Je te laisse ici la boîte avec les photos. Elle est intacte, t’attendant depuis des années. Non, je n’ai pas eu le temps de faire faire un autre trousseau de clefs. (Puisque j’y pense, je ne sais pas si je veux que tu aies un trousseau de clefs.) Tu es là ? C’est vraiment toi, celui qui proteste en rêve dans ce lit ? Au revoir, mon bel endormi. Au revoir, mon Prisonnier. (…)
Il se pencha et frôla le drap du bout des doigts. C’était du sang. Aussitôt, se penchant davantage, approchant son visage, il put la voir surgir de la fente de son sexe – d’abord n scintillement subit, comme si, soudain, la peau s’humectait, puis une bulle d’air minuscule qui n’avait pas encore fini de grossir et avait déjà éclatée, et enfin un fil, un fil rouge, brillant, qui laissa une trace sur la peau et alla mourir dans la grand tâche que Rimini venait de découvrir sur le drap. Rimini entrouvrit alors sa robe de chambre et vit que son sexe aussi perlait du sang.
…/...

BonneLectureSourire
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Alan Pauls
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