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 Nouvelle : Piège à rat

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Gérard FEYFANT

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MessageSujet: Nouvelle : Piège à rat   Mer 28 Mar 2007 - 22:02

PIEGE A RAT



« Oscar, sors de là !
- Sortirai pas !
- Sors de là je te dis, je le répèterai pas ! »

Compte pas là-dessus, mon p’tit père. Tu me prends pour une andouille ou quoi ? Je sors, tu m’attrapes. Tu m’attrapes, je suis cuit. Je resterai dans ce placard aussi longtemps que tu seras dans la maison.
« Faudra bien que tu sortes de ton terrier, mon lapereau. Pour bouffer ou te torcher le croupion, mais faudra que tu sortes. Tu tiendras pas ! Moi j’ai tout mon temps ! Tu m’entends, j’ai tout mon temps, petit connard ! » aboie-t-il en martelant la porte à grands coups de lattes.
- T’as pas tout ton temps et je t’emmerde ! »

Tu peux toujours courir. Tu ne sais pas comment je suis organisé, là-dedans. J’ai tout prévu depuis belle lurette. C’est toi qui craqueras le premier. Il faudra bien que tu sortes te ravitailler, demain ou dans dix jours. Au rythme où tu picoles, plutôt demain. Le temps, c’est moi qui l’ai, tu ne te doutes pas une seconde à quel point. Tu ne connais rien de cette maison que tu squattes. Tu te contentes d’aller du frigo à la télé, de la télé au lit, du lit aux chiottes et des chiottes au frigo. Tu te laves même pas les mains.
Quand ma mère l’a ramené à la maison, j’ai tout de suite compris que ça ne gazerait pas entre nous. Le genre gros-bras aviné, brutal. Rien dans la tête, tout dans la bedaine. Qu’est-ce qu’elle a ma mère, à s'enticher toujours de ploucs pareils ?

Je ne me souviens pas de mon père, mais quand je l’interrogeais pour savoir qui il était, elle me répondait toujours :
« C’était un pas grand chose ! »
Et quand je lui demandais où il était :
« Où il est j’en sais rien, mais qu’il y reste, c’est ce qu’il a de mieux à faire ! »
Si je posais d’autres questions, à quoi il ressemblait, depuis quand il était parti ou autre, c’était une paire de baffes, et vas faire tes devoirs.

J’ai arrêté de demander. Et d’ailleurs je m’en fiche. Sans intérêt. Probablement le genre des autres que j’ai vu défiler à la maison. Des costauds fainéants qui passent leurs journées à roupiller devant la télé et qui tournent à la Kro. Avec Jojo, c’est le bouquet. Encore plus balèze et encore plus alcoolo. Les trempes qu’il m’a mises ! Pour rien de précis, comme ça, je crois pour le plaisir. Ma mère, elle essayait bien de me défendre :

« Laisse-le, c’est qu’un gosse ! »
- Un vrai babouin, oui ! Vicieux et sournois. Tu veux que je te dise : tu le couves trop ton singe ! Je vais te le dresser, moi ! »
L’autre jour, j’ai surpris leur conversation. Il parlait de me mettre en pension. Ma mère, elle n’était pas franchement pour, mais pas franchement contre non plus.

« C’est beaucoup d’argent, la pension, et puis est-ce qu’il s’adaptera, il est tellement indépendant ?
- Pour s’adapter, il s’adaptera, pas d’lézard. Ça lui fera les pieds, l’a besoin d’être maté ce gosse. Pour l’argent, t’occupes : rien que le plaisir de plus l’avoir sur le dos, ce chieur, je veux bien cracher quelques tunes. Et je suis sur un gros coup. Je peux pas avoir sans arrêt ce petit merdeux dans les pattes ! Mes associés, c’est pas du tout-venant, c’est des Meussieurs. Quand ils sont venus l’autre soir, ça les a pas franchement branchés de voir un gnard traîner autour d’eux. C’est du sérieux, tu comprends, ce coup-là. Je joue gros dans l’histoire. Je peux pas me permettre qu’un jeune freluquet vienne tout foutre en l’air, bavard comme il est.
- C’est qu’on s’est jamais quittés, tous les deux !
- Trois mois ! J’ai besoin de trois mois peinard pour tout préparer au quart de poil. Ici, c’est la bonne planque, mais je veux pas de fouine qui traîne sa petite gueule et ses longues oreilles. Toi, déjà, c’est limite. D’ailleurs, ça serait mieux que t’ailles chez Ginette quand on travaille ici, entre hommes.
- Oscar en pension, moi chez Ginette, dis, c’est quoi ton plan pour que tu fasses tant de mystères ? »

J’ai entendu le bruit de la gifle qu’il lui a balancée. Comme Lino Ventura dans l’Emmerdeur. J’ai vu le film à la télé l’autre jour : j’espère pour Jacquot qu’ils n’ont pas tourné la scène dix fois. Une chaise est tombée sur le carrelage, ma mère s’est mise à pleurer.
« Bien la mère de son fils, cette satanée bourrique ! Ecoute-moi bien mon joli cœur : une autre question comme celle-là et t’auras plus l’occasion de l’ouvrir, ta grande gueule ! Cette affaire-là, je te répète, c’est pas du vol à la tire, c’est du grandiose. C’est le coup de ma vie. Après ça, les Seychelles, la grande vie et tout le tralala. Si tu la ramènes, ça sera sans toi sous les cocotiers, parce que tu boufferas les pissenlits par la racine avant d’avoir ouvert ton clapet. Mes associés, c’est pas des rigolos. Alors quand je le dis, tu prends tes cliques et tes claques et chez Ginette ! Et le drôle, ouste chez les curés ! »

Alors, j’ai décidé de disparaître. Et ce placard obscur d’un mètre carré où je suis planqué, mon Jojo, c’est l’antichambre de la liberté.
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Gérard FEYFANT

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MessageSujet: Re: Nouvelle : Piège à rat   Mer 28 Mar 2007 - 22:03

Un placard de rien du tout. Mais si tu réfléchissais autrement qu’avec tes poings ou ta grande gueule, tu aurais remarqué que le fond ne coïncide pas avec le mur de la chambre. Il manque un mètre vingt-cinq. Une porte basse dissimulée dans le fond du cagibi donne sur une pièce d’un mètre vingt-cinq sur trois, une petite planque où je peux prendre mes aises, me retirer en secret quand c'est trop lourd à supporter, la misère du monde. Déjà, j’étais aux anges d’avoir trouvé ce paradis, je n’en demandais pas plus. Alors, quand j’ai découvert ce qu’il y avait dessous, j’en suis tombé à la renverse ! En jouant du laguiole, je suis parvenu à desceller une trappe dans le plancher, sous laquelle un escalier en colimaçon descend, merveille des merveilles, dans une cave oubliée du monde, celui des hommes et celui des rats, tant elle est vide et sombre. La sœur jumelle de celle où les affreux se réunissent.

J’ai aménagé au fil des mois mon Château de Versailles. Pas de soupirail pour la lumière, mais un vieux puits qui communique avec je ne sais pas quoi plus profond, et par où l’air circule. Le roi carotte je suis dans cette grotte. Jamais froid, jamais chaud.

Pauvre Jojo qui me croit prisonnier dans ce réduit et qui s’agace après la porte ! Tu peux toujours essayer de la fracturer, tu t’y casseras les dents et les griffes. Quasi blindée, elle est ! Cogne tant que tu veux, mon p’tit père, elle ne bronchera pas. Ils savaient bosser les anciens. Te faudrait un bazooka et encore.
C’est grâce à toi, Jojo, que j’ai découvert ce paradis. Tu m’enfermes pour un oui ou pour un non dans ce placard. Privé de télé, privé de manger, privé de n’importe quoi et tu ne sais jamais vraiment pourquoi. Je fais semblant de pleurer cinq minutes, je crie que j’ai peur, tu m’engueules et je finis par me taire, après avoir reniflé et ravalé bruyamment mes larmes de crocodile. Mais je m’en fiche pas mal : j’aime être seul, j’aime l’obscurité. J’ai toujours un livre et une lampe planqués, et une couverture que j’étale sur le sol carrelé. J’ai même caché des tupperwares dans lesquels je fais mes besoins, si la punition dure trop longtemps. Lorsque Jojo m’enferme, j’évite de gagner mes appartements, où le puits fait un vécé idéal ; il peut me libérer sans préavis et pourrait tout découvrir. Le réduit me convient : un mètre cinquante de haut et de long sur soixante centimètres de profondeur. Une heure, un jour ou une nuit là-dedans, c’est une récompense. Merci Jojo !

Mais cette fois, j’y suis allé tout seul et j’ai la clé, une bonne grosse clé pour serrure d’autrefois. La clé du Paradis ! Il valait mieux, c’était moins une, je crois qu’il avait décidé de me faire la peau, tellement il était en rogne.

« Bon, tête de mule ! Tu veux pas sortir, c’est ton problème ! Je te le redis, je suis pas pressé. Pisse dans tes frocs, j’en ai rien à foutre. Si t’as faim et soif, tu me sonnes, je suis toujours là. En attendant, je vais me taper la cloche à ta santé ! »
Je l’entends qui farfouille dans le frigo, qui ouvre des placards, les referme en les claquant plus que d’habitude ; il pose une casserole sur la gazinière et vlan, sort une assiette, un verre et des couverts, les jette sur la table bruyamment. Il veut me saper le moral. Tu ne m’auras pas à la fringale, mon p’tit père : tu ne m’auras pas du tout ! Bon appétit ! Empiffre-toi et que la dernière bouchée t’étouffe ! Moi, je mange quand je veux, ce que je veux. J’ai un matelas bien sec. J’ai tout prévu, je te dis ; je peux tenir des mois là-dedans. J’ai du pétrole pour les lampes, des mèches de rechange ; j’ai à bouffer pour un an, à lire pour deux siècles et de quoi écrire mes mémoires en vingt volumes. J’en ai tellement à raconter sur la misère humaine !

Première étape pour préparer ma disparition, c’était faire des provisions. Question monnaie, pas de problème. Je sais où Jojo planque son pognon, je n’ai eu qu’à me servir. Le mercredi, il est à son PMU toute la journée, ma mère à ses ménages. J’ai rempli ma cave : conserves, fruits secs, biscuits, pâtes, lait en poudre, camping-gaz, ustensiles de cuisine, une radio avec des piles et un écouteur, papier-vécé, lessive et tout un tas d’autres bricoles pour tenir un siège. C’est incroyable tout ce qu’il faut dans une maison. Pas étonnant que ma mère se plaigne sans arrêt : « J’y arrive pas avec ce que je gagne, la vie est devenue trop chère ! Et Jo qui me donne pas un sou ! » Quatre mercredis entiers il m’a fallu pour faire le plein. J’en ai trimbalé des caddies ! Plus que quelques voyages chez Monsieur Auchan pour le stock de flotte et je serai fin prêt.
J’ai descendu tous mes dictionnaires et mes livres, plus d’autres que j’ai achetés sur le compte à Jojo, sans oublier des vêtements, des couvertures, des draps et un matelas. Et de quoi écrire. Je suis prévoyant : j’ai même piqué à l’école les livres de classe de l’année prochaine ; faudrait pas que je rate mon brevet des collèges. Ce n’est pas que je compte passer là-dedans toute ma vie mais, comme disait mon moniteur en colo, quand on partait en montagne avec la polaire dans le sac à dos, en plein été : il faut parer à toute éventualité. Et puis, j’aime prendre de l’avance, question études. D’ailleurs, j’apprends tout tout seul et je sèche les cours, la plupart du temps, sauf pour les contrôles. L’école, c’est ringard. La journée, j’apprends dans la rue. Et à longueur de nuit, je bouffe des dictionnaires. Je m’endors dessus. J’ai dix-huit en Français. En maths, vingt sur vingt, j’ai pris deux ans d’avance avec les bouquins, mais je ne le dis à personne. Les autres matières, c’est kif-kif, je lis, je me souviens. Trop facile ! Sauf en angliche. Blocage : je ne peux pas blairer Tony Blair. Le père Mazère m’a bien dit : « C’est aussi la langue de Shakespeare ! » Bon, on verra plus tard. Shakespeare attendra, le Blairot passera. Un prof, qui n’avait que le mot surdoué à la bouche, a parlé de me faire sauter une classe, l’année dernière, mais j’y ai mis bon ordre. J’ai mal travaillé un trimestre, et l’affaire a été vite réglée. On a le temps de vieillir ! Pour ce que ça vaut, le monde des adultes !


La caverne d’Ali Baba c’est devenu, mon Versailles, avec tapis, poufs, table pliante et chaise : un vrai chez moi pour moi tout seul ! J’ai débarrassé un énorme établi d’un tas de vieilles ferrailles pour en faire ma bibliothèque. Jamais sur le sol, les livres, c’est trop précieux ; avec l’humidité on ne sait jamais.
J’aurais bien mis l’électricité, mais je n’ai pas eu le temps.

Le problème, c’est quand Jojo s’est aperçu de la fauche : quatre mille euros il lui manquait. Trois mille pour la nourriture et installer ma casbah, le reste dans ma tirelire. C’est ma mère qui a pris la tornade noire. Et moi pour pas faire de jaloux. Je m’en suis tiré avec un joli coquard et une bosse comme un œuf de pigeon. Plus vingt-quatre heures de cachot. Merci Jojo ! Mais ma mère, elle a reçu une correction comme personne ne lui en avait jamais fichue de mon vivant, qui l’a laissée sur le carreau et trois jours au lit. Excuse-moi ma pauvre maman, c’était pour la bonne cause. Mais aussi, qu’est-ce que tu fais avec cette brute épaisse ? Je te vengerai, maman. Je lui prépare un coup de derrière les fagots, au Jojo, qui sera pas piqué des hannetons.
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Gérard FEYFANT

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MessageSujet: Re: Nouvelle : Piège à rat   Mer 28 Mar 2007 - 22:04

Une belle vengeance je tenais, qui allait nous débarrasser de Jojo pour toujours. Il suffisait que j’aille voir les flics ou que je leur téléphone depuis une cabine, et que je les renseigne sur le coup que cette brute était en train de monter avec des caïds. Mais je n’en savais pas assez. On n’allait pas prendre au sérieux un môme qui balance des adultes sans précisions, et anonyme en plus. Ça doit courir les rues des comme moi, qui ne rêvent que de voir le mac à leur mère finir au trou.

Ils se réunissaient tous les jeudis vers la fin d’après-midi. Ma mère au travail jusqu’à neuf ou dix heures, comme tous les soirs, elle trime pire qu’une esclave, et moi j’étais censé être à mon entraînement de judo jusqu’à huit heures. Suffisait que je me planque dans ma cave à moi avant l’arrivée des affreux et que j’attende peinard. Dans le mur de séparation des deux caves, une pierre est dessertie. Je l’enlève et la remets à volonté. Côté Jojo, le trou est dissimulé par une étagère. Un poste d’écoute idéal !

J’en ai appris de belles. Une banque, qu’ils voulaient se faire. Et pas de face, pas direct au guichet avec les kalachs, non : par en dessous, en creusant, rien que ça ! Doivent être sacrément fortiches les mecs !
Mais qu’est-ce qu’ils ont besoin de s’encombrer d’un poivrot comme Jojo qui n’a jamais su réfléchir plus haut que son cul et qui est bien trop fainéant pour tenir une pioche ?


C’était un mois après que j’ai commencé à transformer ma cave en succursale de supermarquète. Ne restait plus qu’une semaine d’école, deux de vacances de février et ensuite, zou ! le Oscar en pension chez les culs-bénits ! Pas question mon p’tit père ! Pas pour moi ! Je disparais avant la fin des vacances, ils pourront toujours lancer Interpol à mes trousses ! Et quand j’en sais suffisamment pour leur faire foirer leur casse, que j’ai assez de tuyaux pour qu’on me prenne au sérieux, je sors ni vu ni connu j’tembrouille, un petit coup de fil, et en cabane mon Jojo !

J’étais quasiment prêt. Ne me restait plus qu’à être patient pour en savoir davantage. J’avais tout mon temps : environ deux mois avant le casse. Les loubards n’en étaient encore qu’aux repérages. Ils devaient bientôt obtenir des plans par un gars des services techniques de la mairie. J’ai cru comprendre, un soir, qu’ils profiteraient d’un long ouiquinde, un avec jour férié. J’ai consulté mon calendrier dans la cave : probable pour Pâques, dans douze semaines. Huit après que j’aurai disparu. Le reste du temps, ils ont parlé mode d’emploi : comment percer pour atteindre la banque au niveau de la salle des coffres, comment neutraliser les alarmes, qui allait faire quoi, la liste du matos, enfin tout comme au cinéma. Il n’y a que le rôle de Jojo que je n’arrivais pas à cerner. J’ai fini par saisir qu’il connaissait un type dans la banque. Un col blanc en cheville avec un cou crasseux, ça doit pas être la Banque Rothschild, qu’ils vont se faire !

Le jeudi suivant, ç’a été le grand chambardement chez ces messieurs. Un potin d’enfer ils ont fait, à descendre des trucs qui semblaient peser des tonnes. Ensuite, ils se sont mis à l’inventaire. Je n’ai pas tout retenu, mais ça parlait d’outils de terrassier, d’explosifs, de chalumeaux, de matériel électronique et tout le saint-frusquin. Eux aussi venaient de faire leurs emplettes, et ils stockaient tout leur barda chez ma maman, les squatters !

Si j’arrivais à voir exactement à quoi ressemblait leur gourbi, je pourrais peut-être accélérer le mouvement et demander aux flics de venir faire un tour, un soir qu’ils seraient à leurs messes basses dans leur crypte. Jojo gardait la cave fermée à clé et la clé toujours sur lui. Attendre le bon moment !

Aujourd’hui samedi, alors qu'il faisait sa sieste, le cul dans son fauteuil et la télé à fond, j’ai plus tenu. Quand il dort, même une alerte aérienne ne le réveillerait pas. Pour avoir la clé, fastoche : trousseau dans poche gauche de blouson, blouson sur chaise cuisine. Jojo, c’est réglé comme du papier à musique.

Un vrai trésor, là-dedans ! Et pour plus cher que dans ma caverne à moi ! Ordinateurs, téléphones, un tas de matériel électronique avec des écrans posés sur des tables, des perceuses et, bon sang de bonsoir, dans une caisse, un vrai arsenal de mafieux ! Ma parole, c’est Al Capone et sa bande, les copains de Jojo ! Je n’en croyais pas mes yeux : des calibres pires que l’ETA.
Je me suis régalé, avec l’autofocus que maman m’a offert à Noël !

Je rigolais en me disant que Jojo allait en prendre pour dix ans, quand il m’est tombé sur le râble.
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Gérard FEYFANT

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MessageSujet: Re: Nouvelle : Piège à rat   Mer 28 Mar 2007 - 22:05

« La sale fouine ! » j’ai entendu, en même temps qu’il me sautait dessus. Je n’ai pas eu le temps de me retourner qu’il me balançait une beigne magistrale et m’envoyait bouler dans un coin, sur un vieux tas de briques qui s’effondrait sous moi, pour me rattraper aussitôt par la tignasse en gueulant comme un putois.

« L’enfant de salaud ! Je vais t’apprendre la curiosité, petit morveux ! T’as pris le père Jojo pour un cave, hein ! Deux jours que je te vois me tourner autour. Fini de faire le mariol, tu vas trinquer fais-moi confiance ! »

Une deuxième baffe m’éclate la lèvre, ma tête cogne le mur. Jojo qui ne décolère pas, qui m’attrape à nouveau par les cheveux et me pousse dans les escaliers en aboyant.

« Dans le placard le rat ! Tu vas y crever cette fois ! »
Dans la cuisine, il me projette sur le carrelage. Je suis sonné. Avec l’énergie du désespoir, je me libère et bondis vers la porte d’entrée. Un croc-en-jambe me renvoie à terre. Jojo m’a devancé : il ferme à double tour en rigolant comme un damné. Il est fou, il va me tuer, je sais qu’il va me tuer. J’aperçois le placard entrebaîllé, la clé sur la serrure. J’ai à peine le temps de la saisir, de plonger à l’intérieur, de refermer. Je ne sais pas comment, dans le noir, la clé trouve la serrure tout de suite, je tremble comme un parkinsonien, gentille clé je t’aime, je la tourne un tour, deux tours. Jojo est fou furieux, il vomit des insanités, lance des ruades dans la porte, une porte en chêne massif comme on n’en fait plus.

Je suis enfermé, je suis condamné. Je suis sauvé !

« T’es foutu, fils de pute, foutu ! Tu vas y crever dans ton trou ! T’es déjà mort, tu m’entends, t’es mort ! »

De rage, je lui ai tout balancé. Au point où en sont nos relations ! Que je sais tout : le casse qu’ils préparent, lui et sa bande ; que je vais les dénoncer aux flics, qu’on sera enfin débarrassé de lui.

« Et comment tu vas moucharder, sale cafard, depuis ton placard ? T’imagines peut-être que je vais te laisser filer si tu pointes ta tronche ? T’es cuit, je te dis ! Tu crèves dans ton trou ou tu crèves entre mes paluches ! Sors juste me faire une grimace, que j’ai le plaisir de t’écraser la gueule ! »

Mon gros matou, tu as provisoirement raison, je suis coincé là-dedans et tu domines la situation. Mais à deux détails près : je suis inaccessible à tes crocs et je vis dans un garde-manger.

Tout de même, je suis furieux contre moi. J’ai été trop impatient et mon plan a échoué. Je n’aurais pas dû prendre de tels risques, mais attendre une meilleure occasion.
J’en sais suffisamment mais Jojo sait que je sais. Il l’a mauvaise et ne va plus me lâcher.
Il est revenu à la charge quelques heures plus tard, sans conviction :
« Oscar, sors de là !
- Sortirai pas !
- Sors de là je te dis, je le répèterai pas ! »

J’ai retrouvé mon calme et sa fureur est passée. Mais il rumine sa vengeance. On s’est échangé encore quelques politesses.

A l’odeur, il mange des raviolis, au bruit il picole sec. J’entends cinq ou six fois le goulot de la bouteille cogner contre le verre. Il a dû sécher le litron. Ensuite, il va tourner à la bière et ça fera pshitt à chaque fois qu’il décapsulera une cannette. Tout le pack va y passer. De douze !

Vers minuit, ma mère est de retour.
D’abord, Jojo lui dit :
« Par ici la monnaie ! »

C’est une nouvelle habitude. Il a décidé de se rembourser des quatre mille euros. Ma mère trime de plus en plus, des fois jusqu’à des trois ou quatre heures du matin.
« Un boulot en plus, elle m’a dit, des ménages à la Défense ».

Je pense : tu es sacrément sapée, ma mère, pour faire les vitres, tu ferais pas plutôt la vitrine ?

Ensuite, Jojo se fend d’un couplet goguenard, entre deux rots. Il a le ton jovial des mauvais jours :
« Tu sais pas la dernière ? Ton petit génie y s’enferme tout seul, maintenant ! Plus besoin de l’envoyer au mitard à coups de pieds au cul, y connaît le chemin. Un vrai singe savant que t’as là ! »
Ma mère lui demande ce qu’il s’est passé, mais il reste vague :
« L’a foutu son nez où y fallait pas, c’te musaraigne ! Et l’a peur des représailles ! »

Le salaud, il sait que je ne peux pas me plaindre à ma mère, je la mettrais en danger. Il ne nous fera aucun cadeau. C’est un type trop dangereux. Il s’est vanté, un soir qu’il était plus saoul que d’habitude, d’avoir refroidi un pompiste.
Il n’est ici que pour la planque et n’a rien à faire de nous, on l’encombre un point c’est tout. Son casse a trop d’importance ; il ne peut pas se permettre d’avouer à ses complices que j’ai les moyens de tout faire foirer.

Dans sa grande naïveté, ma mère m’a demandé à travers la porte :
« Sors au moins manger un petit quelque chose !
- C’est ça, répond Jojo à ma place, qu’il vienne s’asseoir à table avec moi, je vais lui donner la becquée à l’oisillon ! »

Sans commentaire. On reste en froid, c’est clair.


Un peu plus tard dans la soirée, ma mère est partie se coucher, Jojo cuve devant la télé. Après les résultats de l'Euromillion, il s’approche de moi et me parle doucement, à travers la porte du placard, sans colère. Pour une fois, sa voix est calme et posée. « Ecoute-moi bien mon mignon. Tes conneries, c’est terminé. Profite bien de cette nuit pour te rappeler les bons moments de ta courte vie, si t’en as eu, parce que c’est ta dernière.Tu es fait comme un rat. Demain je m’occupe de toi. Définitivement. »

Presque un murmure. Et la menace qu’il met dans ce murmure, je comprends que ce n’est pas du chiqué.
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Gérard FEYFANT

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MessageSujet: Re: Nouvelle : Piège à rat   Mer 28 Mar 2007 - 22:05

Il s’est installé dans son fauteuil. Inutile que je tente quelque chose cette nuit, ce serait trop risqué. Même s’il s’assoupit, il réagira au premier tour de clé. Je l’ai sous-estimé et j’ai payé pour ma précipitation. Il vaut d’ailleurs mieux que je dorme, je dois avoir les idées claires pour faire face aux événements à venir. J’essaye de lire. Parmi tous mes bouquins, deux ne me quittent jamais. Je les ai là, dans mon placard, toujours à portée de lecture : Germinal, rapport à la dignité des miséreux, et l’Odyssée. Ulysse, voilà un type qui a su se tirer de tous les traquenards !

Jojo veut me supprimer. Comment compte-t-il s’y prendre ? Demain, c’est dimanche, ma mère ne travaille pas. Il ne peut tout de même pas éclater la porte à coups de hache ! Même pas sûr qu’il y parviendrait, il exploserait avant, ce type souffle comme un phoque dès qu’il monte trois marches. J’ai bien cru, cet après-midi, qu’il allait me faire une crise d’apoplexie ou un truc dans ce genre. Le bonheur ! Et puis, ma mère entendrait le vacarme, elle s’interposerait. Je la vois bien se transformer en tigresse si la vie de son chaton est menacée.
Comment compte-t-il s’y prendre ? De toute façon, j’ai assuré mes arrières, il ne peut rien contre moi. Trop de questions se bousculent dans ma tête, je n’arrive pas à lire trois lignes. Je pose mon livre et j’éteins la lampe de poche. Dans l’obscurité, je saisis mon couteau et le déplie. Souvenir d’une colo en Aveyron. On était allé visiter les Forges de Laguiole. Un prix fou ce bijou, mais un présentoir si mal surveillé ! Je serre le manche très fort, le contact de la corne me rassure.

Dors mon Oscar, dors, la nuit porte conseil.

Je fais des rêves de toutes les couleurs : noirs, gris clair, gris foncé. Je tombe dans un puits sans fond. Je veux crier mais aucun son ne sort de mon gosier. Je tente de m’accrocher à la paroi, mais elle est lisse, poisseuse, je glisse inexorablement. La tête de Jojo, Cyclope déchaîné à l’œil crevé, qui me poursuit de son courroux, se dessine là-haut, en contre-jour, éclairée à intervalles réguliers par des éclairs de flash. Il balance mes livres dans le puits, un par un. Il part d’un gros rire bien gras, diabolique, qui résonne dans le puits et vibre dans ma carcasse. Tourbillon de feuilles arrachées. Je saisis une page de dictionnaire. Je lis : « Mort : souffrance, agonie, cuit à petit feu, asphyxie ». Tout au fond un coup de grisou explose en silence. Un nuage de poussier monte du puits. Je tombe encore, je tombe toujours, je n’en finis pas de tomber. Je suffoque. « Mort : asphyxie, cuit comme un rat, comme un lapin. »

Je ne vois pas ma mère, mais j’entends sa voix, étrangement douce, immensément tendre, qui me murmure à l’oreille :

« Mon petit, mon petit lapin ! »

J’ouvre grand les yeux. Tout s’efface. L’obscurité totale. Je transpire à grosses gouttes. J’ai l’impression d’étouffer.
« Réveille-toi mon lapin ! »

Je suis dans le placard, la main toujours crispée sur mon couteau. C’est maman qui chuchote, de l’autre côté. Je mets quelques instants à retrouver mes esprits, pendant qu’elle gratte doucement à la porte, comme si elle avait peur de me réveiller.
« Réveille-toi mon Nono.
- Maman, c’est toi ? Il est parti ?
- Il se rase dans la salle de bains. »
J’entends dans la cloison les vibrations de la tuyauterie. Je parle à voix très basse, moi aussi.
« Il veut me tuer, maman, il a décidé de me tuer. Il veut braquer une banque. Je sais tout. Il veut me tuer.
- Je sais tout cela, mon petit ! Ecoute, j’ai ouvert la porte de dehors. Tu as juste le temps. Sauve-toi et cours chez Ginette, raconte-lui tout, elle t’accompagnera au poste. Je refermerai le placard, il croira que du dors encore. On va en finir avec ce sale type.
- S’il arrive pendant ce temps, il nous tue tous les deux, maman. C’est trop dangereux.
- Je t’en supplie mon Nono, c’est le moment ou jamais. Ça va marcher, dépêche-toi.
- Et toi, qu’est-ce qu’il va t’arriver ? Je peux rester là-dedans très longtemps, tu sais, j’ai tout ce qu’il me faut.
- Ta cave, je suis au courant. Je ne sais pas ce que tu y as stocké, mais je sais ce que ça a coûté. Sauve-toi vite, tu as juste le temps. »
J’hésite une longue minute. Je donne un tour de clé. Est-ce une bonne idée ? Jojo m’a déjà tendu un piège hier, j’y suis tombé comme un bleu. J’attends encore une poignée de secondes. La tuyauterie continue son vacarme.

Je donne le deuxième tour de clé, je passe la tête à l’extérieur et commence à sortir, à quatre pattes. C’est maintenant ou jamais. Le visage de maman accroupie devant moi, pas maquillée, des valises sous les yeux. Je jette un œil dans la cuisine. La lumière extérieure m’aveugle, mais j’ai le temps de voir, à contre-jour, la masse énorme de Jojo qui déboule de l’entrée et se rue sur nous avec un rire hystérique d’hyène affamée.
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Gérard FEYFANT

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MessageSujet: Re: Nouvelle : Piège à rat   Mer 28 Mar 2007 - 22:06

L’automne dernier, les souris ont envahi la maison. Habituellement, il y en a toujours quelques-unes, je les connais bien. L’une d’elles a pris ses quartiers derrière la commode, dans ma chambre. Une nuit au lit j’essayais de traduire un passage de la Guerre des Gaules. Je ne fais pas de latin à l’école, mais une copine m’a enseigné les bases et j’ai continué tout seul. La souris est venue se planter au milieu de la chambre et m’a observé longuement, immobile. Sa moustache frémissante analysait les ondes que je lui envoyais. Pendant un bon quart d’heure, on a discuté en silence, tous les deux, on s’est échangé des confidences. Elle m’a appris que les souris ne craignent pas les chats qui sont des ennemis systématiques, elles acceptent le risque chat comme une fatalité qui fait partie de leur existence. Par contre, elles redoutent les humains parce qu’ils sont imprévisibles. Un jour ils les ignorent, le jour suivant ils déploient des ruses machiavéliques pour les éliminer. Ils inventent des armes invisibles, des armes de destruction massive contre lesquelles il n’existe aucune parade.

Mais cet automne, il y en avait vraiment trop dans la maison. Des crottes partout dans la nourriture et cette odeur âcre d’urine. Ma mère a semé du blé empoisonné sur leur passage, a installé des tapettes. Après quelques pertes, elles apprennent à décortiquer le blé sans manger l’enveloppe du grain. Les plus âgées parviennent à s’emparer du fromage sans déclencher le ressort du piège. Mais l’hécatombe est importante chez les souriceaux inexpérimentés.

Un soir, une souris s’est faufilée derrière le magnétoscope. Je l’ai déplacé brusquement. La souris était à quelques centimètres d’un trou dans la plinthe. Elle aurait pu y filer mais elle est restée pétrifiée, ses yeux anthracite exorbités plantés dans les miens. Elle tremblait de tous ses poils, incapable de réagir, hypnotisée. Son cœur devait battre à deux cent quarante, au bord de la crise cardiaque. J’ai tendu le bras et j’ai suspendu mon geste. Je n’avais plus qu’à refermer la main sur elle pour l’attraper. A l’ultime seconde, son réflexe de survie a dominé sa peur et elle a disparu dans le trou.

Le rire de Jojo nous a pétrifiés le temps qu’il soit sur nous. Il balance un violent coup de pied dans la tête de ma mère pour l’écarter et se précipite sur moi ; ça fait crac dans le crâne à maman. Je tire la porte. Trop tard, le pied de Jojo empêche déjà la fermeture. Comme il se penche pour ouvrir, je saisis mon laguiole et le lui plante de toutes mes forces dans la chaussure. Il pousse un hurlement de douleur, se jette en arrière, le couteau enfoncé à mi-lame. Il gueule comme un dément et aussitôt, sa fureur se déchaîne sur ma mère. J’entends les coups qui pleuvent, puis un râle de souffrance abominable qui n’en finit pas. Je ressens comme un coup de poignard qui me déchire le cœur.

« Il a tué maman le fumier, il a tué maman ! » Je n’arrive pas à crier.
Je tremble de froid, de rage et de terreur. Je reste longtemps prostré, la tête entre mes genoux repliés, à hurler en silence dans un silence de mort.

Il revient bien plus tard, j’ai perdu la notion du temps. Je devine qu’il s’accroupit. Je sens son souffle tout près.

« A nous deux maintenant ! » murmure-t-il presque à mon oreille.

Puis un bruit de zip que je ne reconnais pas ; le rai de lumière dans l’encadrement qui s’éteint, centimètre par centimètre. Il est en train de calfeutrer la porte avec du scotch ! Il a décidé de m’asphyxier !

« Je tiens mes promesses, bâtard, c’est fini pour toi aussi ! »

Son ton est calme, comme la veille. Il colle plusieurs bandes l’une sur l’autre. Je me dis qu’il a dû utiliser de la toile adhésive, maman en avait tout un stock pour faire des sous-verres. Le matériel est resté dans un tiroir, les gravures qu’elle avait achetées chez un bouquiniste pour les encadrer n’ont jamais décoré la maison. Je les ai récupérées et les ai punaisées dans ma chambre. Des paysages de montagne. Plus tard, quand je serai suffisamment calé pour être astrophysicien, je partirai dans les Pyrénées et je deviendrai berger. C’est bien le diable si, à force de vivre sous les étoiles, je ne découvre pas l’origine de l’univers.

J’ai repris mes esprits, je repense à la planque que j’ai eu le temps d’aménager au fil des semaines. Il me croira mort, je pourrai attendre peinard tout le temps nécessaire et m’échapper au meilleur moment.
Une heure ou deux s’écoulent, je ne pense pas à consulter ma montre. Il quitte la cuisine plusieurs fois, jamais très longtemps. J’ai entrouvert la porte de communication avec la pièce d’à côté, mais je reste dans le placard, dans l’obscurité totale. Je vais lui jouer la mort du héros en direct. Je réclame de l’air, je râle, je tousse. Jojo me lance :

« Respire un bon coup, ça va passer ! »

Il rigole méchamment, il est content de son humour.

Combien de temps dure l’agonie par asphyxie dans un local d’un mètre cube et demi ? Je ne sais pas, lui non plus probablement. Au bout d’un moment, je gémis faiblement, de plus en plus faiblement et je finis par me taire. Silence radio.

Un peu plus tard, je devine qu’il traîne le corps de maman. Je me remets à trembler et je fonds en larmes. Je mords dans le gras de mon pouce pour qu’il n’entende pas.

J’ai dû m’endormir. Des bruits sourds contre la porte me réveillent et le frottement d’un objet métallique sur de la pierre. Comme le bruit de la lame quand j’affûte mon couteau sur l’arête du trottoir. Comme… comme le raclement d’une truelle sur des briques ! Le salaud est en train de m’emmurer vivant !
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MessageSujet: Re: Nouvelle : Piège à rat   Mer 28 Mar 2007 - 22:07

« Te voilà piégé, mon gars.
- Mais soulagé !
- Soulagé mais piégé. Entre nous, tu fais quoi maintenant ?
- J’attends. J’observe de toutes mes oreilles, je réfléchis de toute ma cervelle et j’attends.
- Et quand tu as fini d’attendre, quand les chats sont partis, comment tu sors de ton trou à rat ?
- J’attends le bon moment, je te dis. Ici je suis peinard, j’ai tout ce qu’il me faut. J’attends les prochains locataires ou un huissier ou Ginette qui s’inquiète de ne plus nous voir, maman et moi. Elle a une clé. Elle ne viendra jamais tant que l’autre taré sera dans le secteur, mais plus tard, si. Je frappe à la porte, toc toc, elle me dit « qui est là ? », je réponds « c’est moi ! » et elle m’ouvre. Quelques briques à faire sauter. Pas compliqué !
- Tu ne stresses jamais, alors ?
- Je stresse quand je suis en danger et que je ne maîtrise pas la situation et ce n’est plus le cas, c’est même tout le contraire.
- D’accord ! Mais alors pourquoi tu t’agaces en parlant ?
- Je m’agace pas, j’explique ! De toute façon j’étais parti pour me planquer ici plusieurs semaines, voire quelques mois. Et j’ai prévu large question bouffe.
- Dans ton plan, tu sortais quand tu voulais. Maintenant, c’est quand tu pourras.
- Vouloir c’est pouvoir !
- Si tu le dis !

M’énerve ce moi, à me casser le moral.
« Je t’énerve peut-être, mais j’essaie d’être réaliste, j’envisage toutes les hypothèses.
- D’abord tu n’es pas censé me répondre quand je ne m’adresse qu’à moi. Ensuite je ne vois pas l’intérêt d’envisager toutes les hypothèses en vrac et à chaud. Ce n’est pas être réaliste çà, c’est être désordonné. Il faut prendre du recul. Donc on fait comme j’ai dit : j’attends. J’attends et je réfléchis.
- Excuse-moi, mais quand tu ne t’adresses qu’à toi c’est un peu à moi tout de même. Je voulais seulement que tu prennes conscience qu’il y a comme un os dans le potage.
- Et bien laisse-le tremper, il ramollira. Pour l’instant, je suis le roi carotte je t’ai déjà dit.
- Tant qu’elles ne sont pas cuites.
- Ta gueule, j’ai faim !
- Et tu n’as pas soif ?
- Qu’est-ce que tu dis ?
- Je te demande si tu n’as pas soif.
- Pourquoi tu me demandes çà ?
- D’après toi ?
- … ?
- D’après toi ?
- Nom de Dieu, la flotte !
- Et oui mon gars, y’a comme un os mais il te manque l’eau pour le potage. »

Je me rue sur mes stocks. Fruits secs, biscuits, pâtes, lait en poudre, que du déshydraté ! Des jambons, secs comme un coup de trique, et salés, bonjour la soif. De la charcuterie en tout genre, du pain de mie, des vitamines à diluer. Pour le reste, des centaines de conserves de légumes. Au moins c’est plein d’eau dans les boîtes. Je tente l’expérience. J'en saisis une que je perce à chaque extrémité et je tète goulûment. C’est infect mais c’est liquide. Il faudra faire avec.

Je frime, je frime, mais là j’ai un gros coup au moral.

J’ai arrêté de me parler à moi-même, parce que je redoutais l’autre moi, qui n’allait pas manquer de faire son fier, genre : « Je te l’avais bien dit, tu devrais m’écouter plus souvent et tout le tintouin ».

Alors j’ai écrasé, en évitant de réfléchir, le plus longtemps possible. J’ai bien tenu cinq minutes et puis j’ai craqué. Mais il n’a pas été chien, il n’a pas profité de l’avantage.

« T’as pas tort, y’a un os, mon frère ! j’ai dit.
- Il faut dire qu’on n’est pas très bien tous les deux !
- Enfin, c’est bien de ma faute. On a une tête pour deux, mais côté action, c’est bien moi qui décide, et là, j’ai été un peu léger avec cette histoire de flotte !

- Dis pas ça ! Moi non plus, ça ne m’est pas venu à l’esprit ! Et il faut dire qu’on a été un peu précipité par les événements, ces derniers jours.
- Tu l’as dit bouffi ! Qu’est-ce que tu suggères ?
- Ecris tes mémoires !
- Voilà une idée qu’elle est bonne !
- Pour la postérité.
- Mort de rire !
- Mieux vaut mourir de rire que vivre sa vie à la pleurer.
- Pfff !

Le Pfff, c’est juste pour avoir le dernier mot.
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MessageSujet: Re: Nouvelle : Piège à rat   Mer 28 Mar 2007 - 22:08

Combien de jours j’ai croupi dans mon cul-de-basse-fosse avant le plongeon final, j’en ai vite perdu le fil. Les deux premiers jours, totale déprime. Je suis resté prostré sur mon matelas, sous la couette avec un pull. Pourtant j’ai toujours froid. Je me lève juste pour faire mes besoins dans le puits, manger sans appétit, boire par nécessité le jus des haricots verts sans fils et des petits-pois à l’étuvée. J’en ai soupé de l’eau des conserves. Un mal de bide à me tordre. J’aurais dû prévoir de l’ultra-levure. Je tremble de toutes mes quenottes, malgré la température plutôt correcte : le thermomètre indique 16°. A la maison, maman ne chauffe pas davantage - économies-économies, chaque sou compte - sauf dans ma chambre où elle a installé un petit radiateur électrique à bain d’huile. Quand je rentre de l’école ou de la rue, il est branché et diffuse une douce chaleur. La nuit, quand elle croit que je dors déjà, je l’entends qui entre dans ma chambre et qui l’éteint. Le matin, quand elle croit que je dors encore, elle vient le rallumer.

Maman ! Je pleure de la dernière vision que j’ai eue de toi : celle de ce corps si menu penché sur moi, brisé d’avoir tant trimé, usé trop vite ; de ces yeux cernés comme la mort, de ce visage sans fard, crevassé de fatigue. J’ai compté l’autre jour chez Ginette les bougies sur ton gâteau d’anniversaire. Comment elle s’est passée ton enfance pour que tu aies trente ans quand j’en ai treize ?
Maman ! Je t’aurais emmenée dans les Pyrénées. Je t’aurais expliqué les étoiles et les galaxies. On serait restés au bord d’un lac tout bleu sous un ciel tout bleu, rien que tous les deux. Dans le chalet, j’aurais entretenu le feu de la cheminée jour et nuit. Tu n’aurais jamais eu froid. Et tous les Jojo de ta chienne de vie, ils auraient pu se les geler à perpèt’ au gnouf ou en enfer.
Gros salaud d’enfoiré j’aurai ta peau, tu me le paieras ! J’irai aux assises, je veux pas louper ça.
Rien qu’à imaginer sa tronche de pochtron et sa bedaine en forme de cirrhose entre deux condés, mon moral remonte d’un barreau sur l’échelle de Beaufort.

Le troisième jour, je me lève, j’enfile trois pulls et je me mets à écrire. Ça m’occupe, mais le cœur n’y est pas.

J’ai le pressentiment que je suis condamné dans mon trou. Peut-être qu’un jour, dans quelques siècles, des spéléologues remonteront par le puits et découvriront mon squelette assis, un bic à la main. J’ai besoin de témoigner que j’ai existé. Alors j’écris, j’écris. Je voulais raconter l’histoire d’un pauvre gosse qui n’avait pas fini de grandir mais qui n’y tenait pas. Alors il vivait avec des poids sur la tête. Mais tout ce que je trouve à écrire c’est l’histoire de ma vie ordinaire.

« Arrête ! Tu te fais du mal mon Oscar ! Faut pas te laisser aller comme ça ! Il est où ton optimisme légendaire ? Je te reconnais plus ! Fais quelque chose, remue-toi, tu vas devenir neurasthénique. Tiens, fais des pompes par exemple ! T’as vu tes biscoteaux de moineau ? Men sana in corpore sano camarade !
- T’as pas tout faux mais lâche-moi la grappe. »

Et puis si, t’as tout faux. C’est quoi cette idée de vouloir me faire faire des pompes avec la fièvre de cheval que je me tiens ? C’est s’hydrater qu’il faut. S’hy-dra-ter. Mais bon sang que c’est infect cette flotte de légumes. Elle me tord les boyaux. Une goulée, je vomis illico. Mon ventre se calme un peu mais mes jambes prennent le relais. Une crampe de tous les diables me prend dans un mollet. Je reviens me coucher, je me recroqueville et je m’endors.

Le quatrième jour, ou le cinquième, j’ai perdu le compte, je suis réveillé par les loubards. La pierre dessertie était enlevée. Heureusement que je dormais dans le noir. Même à travers l’étagère de leur côté, posée contre le mur, la lueur de ma lampe à pétrole aurait pu filtrer. Je me suis approché, enveloppé de deux couvertures. Je tremble comme une feuille morte.

Ils ont un problème avec le plan.
Voix un, inquiète : « T’es sûr de toi ? Sur ton plan y devrait y avoir un puits.
Voix deux. C’est Jojo qui rassure : - Cool mec, je te dis que c’est juste de l’autre côté.
Voix trois et quatre qui s’en mêlent. Jojo qui met son grain de sel. Ils se disputent sec.
Voix un qui remet de l’ordre : - Vos gueules ! Pâques c’est dans deux semaines pile-poil et on aura besoin des trois jours bien tassés. On peut pas se permettre de l’à-peu-près. Donc samedi on se descend ce mur pour voir ce qu’y a derrière. D’ailleurs c’est évident, bande d’analphabètes, qu’il manque un morceau de cave par rapport au plan. Ce mur a été rajouté. Et toi Jojo, tu commences à me les gonfler avec ta gueule de chiotte et ton pied bot. Çui qui t’as marché sur les arpions, total respect. Et pour t’apprendre la politesse, t’auras l’honneur de la barre à mine, ça te calmera tes petits nerfs. Fin des commentaires. On s’écrase ou on gicle, vu ?
Jojo : - D'accord !
Voix un : - D'accord qui ?
Jojo : - D'accord chef.

Faudrait être blond pour pas piger. Leur plan est juste, à un détail près, bien vu chef : entre la banque et leur repaire, il y a mon cercueil !

Mais l’affreux Jojo dans le rôle de la carpette, c’est le petit plaisir qui sauve ma journée !
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Gérard FEYFANT

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MessageSujet: Re: Nouvelle : Piège à rat   Mer 28 Mar 2007 - 22:08

Ulysse mon pote, par la force et la ruse tu as vaincu Polythème et tu as pu lui échapper. Je ne t’arrive pas à la cheville. Je me suis enfermé moi-même dans sa grotte et quand il va me tomber sur le râble, il ne fera de moi qu’une bouchée. Plus tard, quand tu as fui les Sirènes, tu étais prévenu des dangers de Charybde et Skylla ! Je n’ai pas de Circé. Je suis seul au monde. Et malade comme un chien.

Je me déshydrate vitesse grand V. J’ai la fièvre. Mes lèvres sont en feu. J’ai l’impression que ma langue se recroqueville dans ma bouche comme une éponge desséchée, que mes yeux me rentrent dans la tête. Je transpire, je suis frigorifié. Je délire. Je me vide à grandes eaux. Même plus la force de percer des boîtes de conserve pour boire. De toute façon c’est cette flotte qui m’a flanqué la courante, à vouloir - économies-économies, j'ai été à bonne école - réutiliser les boîtes entamées. Dans l’une, que j’ai ouverte en grand, c’était tout moisi.

Je vais crever, je le sais. Ce qui est le plus dur à avaler, c’est d’imaginer la trogne à Jojo quand il va me trouver là, mort. Ou pire, encore en vie, à sa merci ! J’espère que ce sera déjà fini pour moi. Je ne veux pas subir cette humiliation, la victoire du méchant sur l’orphelin. Je veux crever avant, te rejoindre, maman.

Maman ! Il faut que je te dise. On a eu des mots tous les deux mais je t’aime. Je l’ai écrit là-haut, très haut dans la montagne, l’année où tu m’as envoyé en colo dans les Pyrénées.
Le plus beau cadeau que tu m’aies jamais fait ! J’avais voulu te remercier. On a marché jusqu’à un lac qui domine le monde. Le bleu de ses eaux, il n’existe nulle part ailleurs, que dans tes yeux. Au milieu du lac il y a un îlot. J’ai plongé dans l’eau glacée, mon laguiole entre les dents, comme un indien et, sans écouter les cris des Tuniques rouges qui m’ordonnaient de rejoindre le groupe sur la berge, j’ai nagé jusqu’à cette île. Sur un pin à crochet, qui parvient à pousser là on ne sait pas comment, entre deux rochers, arbre aussi maigre et robuste que moi, j’ai gravé un cœur et « maman je t’aime ».
J’ai été privé de rando le lendemain, mais les potes de colo, ils m’ont surnommé Davy Crockett. Ils ont tout faux : je suis le Dernier des Mohicans !


Tout ça pour ça !
J’aurais bien voulu grandir encore un peu, finalement. Juste assez pour casser la gueule à tous les affreux qui ont pourri la vie de ma mère.
Dans mon délire, je refais ce cauchemar où je tombe dans un puits sans fond. Des Cyclopes-Jojo en pagaille ricanent là-haut, comme des hyènes, en balançant par-dessus la margelle des blocs de pierres qui pleuvent sur moi sans jamais m’atteindre. Mais je sais qu’à la fin, ils m’auront enseveli.

La nuit succède à la nuit. Et d’autres nuits encore. Je ne sais plus. Je rêve d’une pluie d’orage. Je veux sortir la langue pour laper quelques gouttes, mais mes lèvres asséchées sont scellées. Jojo se pointe en boitant, un couteau à la main. Il me l’enfonce dans le pied en murmurant à mon oreille : « T’es déjà mort, tu m’entends, t’es mort ! » Je me réveille en hurlant, une crampe affreuse dans une jambe.
Tout mon corps se tétanise. Je veux pleurer mais je n’ai plus de larmes. Je perds conscience.
Je flotte au-dessus de mon lit. Je nage vers mon île mais ne l’atteins jamais. Mais soudain c’est Skylla qui dresse devant moi ses écueils coupants. Je nage pour la fuir. « L’île enfin disparaît. Mais soudain j’aperçois la fumée d’un grand flot dont j’entends les coups sourds.» On cogne dans le mur. Je suis pris dans un gigantesque mælström. C’est Charybde qui m’engloutit. Des voix terribles montent de ce puits d’eau, celle des cyclopes, Polythème en tête, mon laguiole planté dans l’œil. Ils m’ont trouvé. Ils se disputent ma dépouille. Des éclairs zèbrent la grotte, le tonnerre retentit, qui éclate comme des coups de feu. Puis un long silence où tout s’immobilise.

Ce calme étrangement me sort de mon coma. J’entends confusément des coups de masse dans le mur, les moellons qui s’écroulent. C’est parti pour la mise à mort. Tout ça pour ça ! C’est fini maman, c’est fini.
J’arrive à peine à entrouvrir les paupières. Je veux voir ta gueule une dernière fois Jojo, et avoir la force de te dire que tu n’es qu’une ordure, de te cracher à la gueule les trois gouttes de salive qu'il me reste encore. Je referme les yeux quand un faisceau de lumière m’éblouit. Maman je t’aime. A tout de suite !

Des voix me parviennent d’outre tombe.
Un homme : « On l'a retrouvé ! Appelez une ambulance, vite ! »
Une femme : « Le pauvre petit, le pauvre petit ! »

C’est la voix de Ginette.
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Miller
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MessageSujet: Re: Nouvelle : Piège à rat   Sam 7 Avr 2007 - 19:17

Un récit sans concession, sans faux semblants. Pour moi: une référence de plus. Te lire me donne envie de découvrir les auteur vivants. J'étais dans mon carcan: Baudelaire - Rimbaud - Stendhal - Hugo - Balzac, et j'en passe. Je me débarrasse de ce défaut de croire que le meilleur a déjà été écrit. J'ai apprécié de te lire en écoutant la voix de Jean.
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Gérard FEYFANT

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MessageSujet: Re: Nouvelle : Piège à rat   Sam 7 Avr 2007 - 19:30

Miller a écrit:
Un récit sans concession, sans faux semblants. Pour moi: une référence de plus. Te lire me donne envie de découvrir les auteur vivants. J'étais dans mon carcan: Baudelaire - Rimbaud - Stendhal - Hugo - Balzac, et j'en passe. Je me débarrasse de ce défaut de croire que le meilleur a déjà été écrit. J'ai apprécié de te lire en écoutant la voix de Jean.

Tu exagères peut-être un peu, là ! Embarassed
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Miller
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MessageSujet: Re: Nouvelle : Piège à rat   Sam 7 Avr 2007 - 19:33

Non!

Citation :
Je me débarrasse de ce défaut de croire que le meilleur a déjà été écrit.

C'est tout. (Faut dire que Jean sait faire vivre un texte)
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reGinelle

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MessageSujet: Re: Nouvelle : Piège à rat   Sam 7 Avr 2007 - 19:50

Miller a écrit:
Non!

Citation :
Je me débarrasse de ce défaut de croire que le meilleur a déjà été écrit.

C'est tout. (Faut dire que Jean sait faire vivre un texte)

si le "meilleur" avait déjà été écrit... il n'y aurait plus rien à écrire... le meilleur ? Je crois que ce n'est qu'une vue de l'esprit... De grands auteurs ont vécu, d'autres vivent, il en reste encore à venir.
Inventer ? Il n'y a rien à inventer... juste être soi-même... c'est tout ce qu'un auteur peut apporter de "nouveau"... ce qu'il est lui et son "comment" exprimer.
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Romane
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MessageSujet: Re: Nouvelle : Piège à rat   Sam 7 Avr 2007 - 19:54

Miller a écrit:
Je me débarrasse de ce défaut de croire que le meilleur a déjà été écrit.

Comment pourrait-on imaginer cela ? Pourquoi jadis et plus jamais ? De tout temps il y eut, il y a et il y aura des médiocres et des génies. Heureusement, sinon à quoi bon ?

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
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MessageSujet: Re: Nouvelle : Piège à rat   Sam 7 Avr 2007 - 20:06

Tout à fait d'accord. Mais avant Internet, je fourrageais chez le libraire uniquement. Mais là, sur LU (et sur d'autres forums), j'ai découvert un espace d'expression d'une immensité infinie. EN plus, pouvoir communiquer avec les auteurs! Chez le libraire, j'étais limité par les classiques, et je ne me suis pas gêné, ce qui m'a donné une base solide. Mes auteurs préférés sont français. Les morts en plus. Stendhal et Hugo m'ont marqué, entre autres. Je te dis Réginelle: si je n'avais pas connu LU, je n'aurais pas soupçonné les talents (Français, pour la plupart) qui postent des textes qui me laissent sur le cul. J'ai parcouru plusieurs forums littéraires, mais il n'y avait pas le côté un convivial de LU. Moi, j'écris aussi, mais je suis impressionné par certains auteur ici. J'écris depuis l'âge de 11 ans, après avoir lu La Chartreuse de Parme de Stendhal. Par après, comme l'a dit Rainer Maria Rilke, si tu ressens qu'écrire est un besoin, il faut écrire, enfanter. Je m'y efforce, sans concurrencer. Mais je découvre le plaisir de lire ici, sur LU.
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Miller
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MessageSujet: Re: Nouvelle : Piège à rat   Sam 7 Avr 2007 - 20:10

Romane a écrit:
Miller a écrit:
Je me débarrasse de ce défaut de croire que le meilleur a déjà été écrit.

Comment pourrait-on imaginer cela ? Pourquoi jadis et plus jamais ? De tout temps il y eut, il y a et il y aura des médiocres et des génies. Heureusement, sinon à quoi bon ?

Je reconnais que cet à priori m'a privé d'une certaine ouverture.
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Romane
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MessageSujet: Re: Nouvelle : Piège à rat   Jeu 10 Mai 2007 - 13:49

Des notes prises à la volée, éparpillées sur le bureau. D'avoir réécouté hier l'émission qui t'était consacrée, m'a rappelé que je n'avais pas repris ces ntoes prises lors de la première écoute.

Voici donc ; En cours d'émission, Jean t'a demandé quel était ton sentiment à propos de la poésie. Ce à quoi tu as d'abord répondu que tu en avais écrit jadis comme tous les ados, et que dans ta prose, tu es sensible à la musicalité des mots, ce qui leur donne sans doute une connotation poétique.

Pour te lire régulièrement et avec le plaisir que tu sais, je peux te dire que tes textes sont tous empreints de poésie, non seulement en raison de leur musicalité, mais aussi dans la manière dont tu distilles certaines images (et leur choix), le choix des thèmes et leur développement.

L'enfance revient souvent et avec elle un regard particulier sur l'environnement et sur le monde en général. Toutes tes histoires contiennent beaucoup de tendresse, parfois rieuse parfois désespérée, souvent vulnérable et naïve alors dans tous les cas poignante.

L'enfant de Piège à rat m'est apparu comme un surdoué d'autant plus attachant que sa conscience est lucide et mûre. J'ai pensé à l'enfant de City (Alessandro Baricco), un autre surdoué. Ces deux là, s'ils s'étaient rencontrés....

Ce n'est pas l'enfant, que j'ai trouvé tordu. Mais les adultes. L'enfant, lui, a choisi de résister contre la mocheté de celui qui le tient à sa merci. Le pot de terre contre le pot de fer, en quelque sorte. Mais qui est qui ?

Sacrée beau message pour qui le chercherait.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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nouchka

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MessageSujet: Re: Nouvelle : Piège à rat   Ven 11 Jan 2008 - 18:15

quel texte!! j'en ai mal au ventre...
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Nouvelle : Piège à rat   Ven 11 Jan 2008 - 19:07

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nouchka

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MessageSujet: Re: Nouvelle : Piège à rat   Ven 11 Jan 2008 - 22:21

merci mon guide
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MessageSujet: Re: Nouvelle : Piège à rat   

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Nouvelle : Piège à rat
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