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 Pièce : Le Théâtre, c'est la vie.

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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Pièce : Le Théâtre, c'est la vie.   Sam 31 Mar 2007 - 15:43

Pièce écriteen un acte de Daniel Le Gourriérec, il y a deux ans pour être autorisé à jouer du Feyfant..


Décor : La pièce se déroule dans un théâtre classique, la scène est surélevée et quelques marches permettent d’y accéder depuis la salle. La scène est éclairée plein feux, le décor est celui d’un atelier théâtre : un spot éteint sur pied l’illustre ainsi qu’une table où sont disposés, pêle-mêle et entre autres, un nécessaire à maquillage, un masque de commedia dell’arte, un miroir, un texte, etc. Derrière, un vestiaire supporte plusieurs costumes sur leurs cintres. Quelques chaises éparpillées, un reste de décor d’une ancienne pièce est à moitié monté dans un coin.
Le public est installé dans une salle classique, sur plusieurs rangs, dans la pénombre.


Distribution : Un comédien, style jeune premier
Une comédienne, style étudiant



Scène 1


L’acteur entre sur scène. Il est habillé, style étudiant en art scénique.Il lit le programme précédemment distribué au public à travers ses lunettes d’intellectuel qu’il retira par la suite, par coquetterie. On voit à son air qu’il prend très au sérieux ses études, aussi, emploie-t-il un ton professoral qui le rend un peu tête à claques pour les potaches sensés occupés les rangs du fond de la salle. Il lit:

La construction du réel nécessite chez tout individu un détour nécessaire par sa propre représentation. Depuis l’homme des cavernes peignant sa chasse sur les parois d’une grotte, en passant par la cité grecque revivant ses guerres intestines dans le reflet de l’Olympe, de tout temps, les civilisations ont puisé dans leur mythologie, la matière nécessaire à la construction de leur réalité.
Le théâtre a pour principale vocation de permettre cette assomption jubilatoire que le jeune enfant éprouve devant le miroir, tel que nous le décrit Jacques Lacan. Les grands auteurs dramatiques nous ont enseigné que ce n’est nullement une métaphore que de dire que le Théâtre, c’est la vie.

L’acteur replie précieusement le programme et le glisse dans sa poche. Il ôte ses lunettes et l’on sent à ses raclements de gorge qu’il va débuter sa tirade…Il se ravise et sur un ton dubitatif :
Le théâtre, c’est la vie ?
Ton enjoué : Le théâtre, c’est la vie !
Ton shakespearien : Le théâtre, c’est la vie !
S’adressant au pompier de service caché dans la coulisse : Le théâtre, c’est la vie ?
S’adressant au public, ton ampoulé, un rien condescendant : C’est ce que j’apprends au Conservatoire. Oui, je suis actuellement en formation au conservatoire d’arts dramatiques de Paris. Depuis six mois. On m’a sollicité pour cette petite conférence, afin que je vous explique le b.a-ba de mon art. J’ai accepté. Au pied levé! Bien sûr, ce soir, ma contribution sera tout à fait modeste, je me garderais de vous assommer de subtilités que vous ne pourriez comprendre! Non, nous allons vivre vous et moi une petite soirée qui bien qu’instructive, se veut être, comment dire, à la bonne franquette ! Hé ! Hé !
Bien ! Tout le monde m’entend ? ….C’est sûr ?…. Dans le fond ? …..D’accord, c’est génial, vous êtes épatants!
Prenant un ton professoral Le théâtre, c’est la vie ! A quel génial dramaturge doit-on cette admirable maxime? Hé ? …..Alors ?… Quelqu’un a une idée ?…Non ne soyez pas timide, je vous le demande vraiment ?…Vous pouvez lever le doigt ! Alors ? Oui ? Madame au deuxième rang ? Qui çà ? ….Guitry ? non ce n’est pas Guitry !
Recherchant la participation de la salle…..Allez, qui se lance ?…Dullin ? …Jouvet ?… Oui ? Au fond la salle ? …..Articulez mon ami ! Au théâtre, on Ar-ti-cullleu ! Comment ? Ma petite sœur ? Ah oui très drôle!….Non charmant, charmant ! Il cherche une réplique : Elle fait du vélo, c’est ça ! Très drôle ! Non très drôle, Monsieur est un comique, ça se sent tout de suite, vous pouvez l’applaudir Mesdames-Messieurs! Allez-y, n’ayez pas peur, applaudissez-le!
Les applaudissements qu’il a réussi à obtenir du public, ne l’enthousiasme pas du tout, au contraire, il s’assoit, tristement.
Alors, personne n’a trouvé…. Ca ne m’étonne pas ! ….Vous pouviez pas trouver de toute façon,… Il ne faut pas vous biler, vous n’êtes pas moins cultivés que les autres ! Vous ne pouviez pas trouver car l’auteur de cette maxime est parfaitement inconnu, il n’a jamais rien écrit ! A part cette pièce qu’on me fait jouer devant vous, il n’a jamais écrit une ligne. Regardez voir son nom sur le programme, si ça vous dit quelque chose ? ….Non ? Vous le voyez bien ?
Le théâtre, c’est la vie ! Tu parles? C’est une pièce qu’il a écrit et qu’il faut que je joue absolument devant vous ce soir, si je veux valider mon premier semestre au Conservatoire! Joue ça toi, qu’il m’a dit Pignon, c’est notre prof de première année, joue ça, ça te fera un bon exercice, je vais t’envoyer un examinateur, et s’il te donne la moyenne, tu peux revenir pour le deuxième semestre.
Donc, il y a quelqu’un parmi vous dans cette salle, qui est venu là, ce soir spécialement pour m’examiner et à la fin de ce spectacle, s’il ne me met pas la moyenne, je suis recalé. Terminé le conservatoire. Ah ! Ils ne rigolent pas, hein, dans notre formation ? Le ministère de la Culture ne veut plus employer des intermittents tocards à la petite semaine. Non, maintenant, on forme de vrais professionnels avec les nouvelles méthodes issues de l’entreprise. Tout en disant cela, il a dévisagé les personnes des deux premiers rangs, à la recherche de son examinateur. Il pense l’avoir trouvé, c’est un spectateur du premier rang. N’est-ce pas, Monsieur l’examinateur ?

Moi, je voulais devenir acteur, parce que j’avais plein de choses super à exprimer! Pas pour vous réciter ce texte qu’on m’a obligé à apprendre par cœur ! C’est son histoire à lui, il montre les cintres. Pas la mienne !
Silence…. Il n’aurait visiblement plus l’intention de jouer ?

Et en plus, il faut que j’y mette de la vie ! …C’est le metteur en scène là, désignant la régie au fond de la salle, qui me l’a dit! Ca fait trois semaines qu’il me fait répéter, … c’est ma chance qu’il me dit ! Tu parles, ma chance…. Non je ne suis plus d’accord, je vous le dis tout de suite, d’ailleurs, heureusement que vous êtes venus ce soir ! Nous ne sommes pas obligés de leur obéir, vous et nous !
Défiant la régie, il se rebelle de plus en plus On est plus nombreux que vous ! Moi et le public, on fait ce qu’on veut, maintenant que la représentation est commencée, je joue comme je veux ! Singeant le metteur en scène. Ne danse pas sur tes pieds quand tu dis ta tirade ! Respire ! Prends le temps de respirer entre chaque phrase !Ressens ce que tu dis, on ne sent aucune émotion, là !
Eh bien, je danse si je veux! Il trépigne sur place. Je respire si j’ai envie, non mais sans blague, et si vous voulez de l’émotion, je vais vous en mettre: Il articule sans le dire en direction de la régie : je vous em-merde. C’est clair !
Arrivé au summum de sa colère, il s’arrête : long silence. Puis, légèrement inquiet, au public :
Comment vous m’avez trouvez là ? Hein ? Je veux dire le jeu là, j’étais convainquant ? C’est vrai ? …Non ! N’ayez pas peur de me critiquer ! Il n’y a que comme ça que je pourrais progressé. C’est vrai, vous me croyez, quand je dénonce leur dictature ?
Oui ? Ah ! vous me rassurez, j’avais peur de l’avoir jouer trop en-dedans ! Non ? J’étais bien alors ? Merci ! Il marche sur le devant de la scène, totalement rassuré et fier de lui.
Faut vous dire que ce n’est pas évident à jouer !…. Ce texte !…Le texte-là que je viens de jouer, ce n’est pas évident, il faut savoir bien le respirer! …..Mais évidemment , que c’est un texte que je joue, Madame ! A une dame du premier rang à l’opposé de l’examinateur, il lui explique comme à une demeurée. Je n’étais pas vraiment en colère, je jouais le texte de l’auteur là, bien sûr !
Evidemment, si çà fait vrai, c’est parce qu’on y a vachement travaillé avec le metteur en scène. Non, mais qu’est-ce que vous croyez ? Que je me permettrais vraiment d’insulter mes profs, alors qu’ils ont autant bossé que moi sur cette pièce ? Je ne respecterais pas leur travail, et sur un coup d’humeur, j’enverrais tout balader ? Pourquoi, je ferais cela ? Non mais pour qui vous vous prenez ? Alors je vais me disputer avec le Conservatoire pour vous faire plaisir à vous, que je ne connais même pas ?
Revenant, au milieu de la scène, sur un ton complice avec l’ensemble du public : Je lui ai fait peur, hein ? A la dame. Je vous ai fait peur hein ? Mais évidemment que je joue ! Depuis le début là, je joue, il n’y a pas un mot que j’ai prononcé qui ne soit pas dans le texte! Et ce sera comme ça, jusqu'à la fin de la soirée ! Il faut attendre que ce satané rideau retombe pour que je puisse enfin à nouveau être moi !
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Le théâtre, c'est la vie (2)   Sam 31 Mar 2007 - 15:51

Quand je vous parle là, c’est l’auteur qui l’a écrit. Il s’en fiche bien qu’on se dispute, vous et moi Madame ! Vous pensez, il a écrit çà bien au chaud dans son bureau, et maintenant c’est à moi de le jouer.
Et pas sur n’importe quel ton, il s’est entendu avec le metteur en scène pour que le joue exactement comme vous le voyez maintenant et que vous le reverrez à l’identique si vous revenez à la prochaine représentation. L’auteur tient à ce que je vous dise exactement ce qu’il a écrit et le metteur en scène m’oblige à vous le déclamer avec un bras comme cela. Son coude gauche se relève tout à coup comme tiré par un fil invisible depuis les cintres, il regarde son avant-bras qui se balance.
Vous parlez si c’est pratique ! Son coude droit se lève brusquement à son tour. Ne cherchez pas à comprendre ce que ça veut dire, c’est de la mise en scène contemporaine. Sa tête se trouve tout à coup désaxée comme si le metteur en scène-marionnettiste avait voulu se venger.
C’est pas une vie! Il arrache les fils auxquels il était suspendu.
Sérieux et triste.
Le théâtre, c’est rien que du toc ! Regardez, tout est faux ! Même ce projecteur là, sur scène, c’est un faux : il n’est pas branché !, C’est juste pour faire style décor d’atelier-théâtre. Ca vous plaît à vous ? Moi je trouve ça mortel! Je suis tout faux, je ne peux rien vous dire maintenant, tout ce que je suis en train de vous dire, c’est l’autre-là qui l’a écrit. Comment voulez-vous que j’y mettes de la conviction quand le metteur en scène me demande de prendre un air affligé!
…..Elle est où la vie la-dedans ?. Moi je suis mort !
Pinocchio, lui, il y croyait à la bonne fée, il s’imaginait qu’il finirait bien par devenir un vrai petit garçon, que ça s’arrêterait bien un jour, ce sort de pantin de bois ! Si seulement il avait pu s’arrêter de mentir ! Tu parles, ce n’était même pas lui qui mentait, c’était l’auteur : un pantin de bois ne peut absolument pas mentir. Il n’a aucune imagination: c’est scientifique !
Eh bien moi ! je suis scientifiquement mort ! Qu’est-ce que vous êtes venus voir ? Un cadavre ? Vous parlez d’une distraction.
Parce que vous vous croyez plus vivants, vous? Eh ben, il ne vous faut pas grand chose ! Non, mais regardez-vous là, tous avachis dans le noir à regarder un macchabée qui vous raconte les histoires d’un auteur qui n’est même pas fichu de venir vous les dire en face. Ne vous inquiétez pas! Je n’ai pas peur de vous dire que c’est un lâche : c’est lui qui l’a écrit !
Regardez-vous, au lieu de me regardez ! En s’adressant à la régie. Allume un peu la salle, qu’ils se voient ! Allez regardez vous , regardez votre voisin, il est comme vous ! Vous me regardez tous avec des yeux de merlans frits! Il attend et insiste au besoin pour que tout le monde regarde son voisin.
Ah ben non, là, çà ne va plus, si vous vous regardez tous, forcément, votre voisin lui aussi, il vous regarde. Vous ne pouvez pas voir qu’il fait comme vous à me regarder si vous vous regardez en même temps!
Arrêtez, ce n’est pas le bon exemple pour démontrer votre passivité.
Arrêtez, je vous dis ! Regardez-moi à nouveau, c’est moi l’acteur.
Eteins la lumière toi, remet-les dans le noir, c’est moi qu’il faut voir, c’est la convention théâtrale.
Elle est où la vie, au théâtre si le public est aussi mort que l’acteur, hein ? Il a l’air malin, l’autre là, avec son titre, qu’est-ce que je fais moi, mainte… Vous allez arrêter de vous regarder là, c’est fini, l’expérience, maintenant, faut m’écouter A un jeune homme placé près d’une jeune fille :
-Toi là, au quatrième rang, oui, toi là, je te vois bien, arrête de regardez ta voisine comme ça, ça me gêne! Il scrute toute la salle pour être bien sur que tout le monde le fixe. Au besoin, il attend.
Je sais, c’est fastidieux, mais on est au théâtre, il faut que tout le monde me regarde, sinon, je le sens tout de suite, un regard qui se détourne et aussitôt, moi, je joue moins bien. -Comment? Dans le fond ? …Il attend qu’on lui répète la phrase. Ca ne peut pas être pire ? C’est gentil, c’est délicat ! Avec vous au moins, je suis sûr de me sentir soutenu., ça fait chaud au cœur, un public comme ça.
Qu’est-ce que je disais, déjà ? ….Ah oui, au théâtre, les acteurs jouent en communion avec leur public, ce n’est pas du cinéma ! Là, quoiqu’il se passe dans la salle, sur l’écran le film cont…Non, mais ,c’est pas bientôt fini ? Toi là, qu’est-ce que tu as à regarder sans arrêt ta voisine! C’est bon, il est fini maintenant l’exemple de tout à l’heure! La pièce continue ! Tu ne vas pas la regarder tout la soirée non plus ?
Puis, s’adressant au reste de la salle : C’est le problème dans ce métier, certains soirs, on tombe sur des spectateurs :qu’est-ce qu’ils sont lourds ? Je ne dis pas ça pour toi, mais… il s’interrompt car, il vient de remarquer la voisine. Ah, effectivement, je commence à mieux te comprendre, je n’avais pas bien vu, à cause des projecteurs. Il met sa main en visière, et regarde avec insistance la voisine. Tu es drôlement bien placé. Qu’est-ce qu’elle est jolie !
Tout à coup, il sent les regards du public se tournant vers la jeune fille.
Non, ne la regardez pas tous à la fois, vous allez la faire rougir. Trop tard. Excusez-les Mademoiselle !
Il vient se replacer au centre de la scène, attend un peu que le public se concentre à nouveau.
Bon, regardez moi tous maintenant, on reprend ! Il se racle la gorge, puis prenant sa respiration….Silence….Nouvel essai ! Silence.
C’est malin, à cause de vous, j’ai un trou ! Pas du tout gêné, il prend sur la table, son texte et le feuillette pour retrouver la page.
-Qu’est-ce que je disais, déjà ? Ah oui, ça y est, j’ai retrouvé la page, tout en gardant le texte sous les yeux, il se ré-avance sur scène et reprend un peu plus haut.
Gna, gna, gna, gna, gna gna, dans ce métier, certains soirs, on tombe sur des spectateurs, qu’est-ce qu’ils sont lourds. Je dis pas ça pour toi, mais… Il s’interrompt car, il vient de remarquer la voisine.
Ah, effectivement, je commence à te comprendre, j’avais pas bien vu, à cause des projecteurs ! Il met sa main en visière, et regarde avec insistance la voisine. Tu es drôlement bien placé. Qu’est-ce qu’elle est jolie !
Non, je plaisante, c’était juste pour le plaisir, enfin, pour le sien. Désignant l’auteur en montrant le texte. Ca ne lui coûte pas cher, ses blagues, et en plus, çà meuble : il doit être payé à la ligne.
Vous voyez, ce qui vient de se passer. Vous êtes venus ce soir pour me voir jouer la théorie d’un auteur sur le théâtre, et vous trouvez le propos un peu alambiqué. L’auteur s’en doute, aussi, qu’est-ce qu’il fait, pas gêné une seconde, il vous séduit avec Mademoiselle qui n’a rien demandé. Vous vous dites qu’il est gonflé, mais ne vous bilez pas, ils sont tous comme ça, on vous fait croire que vous allez jouer du Ibsen alors qu’il calcule déjà votre décolleté.
Il se met la main sur une oreillette invisible. Pas du tout ! Le metteur en scène est en train de me dire que j’exagère, je n’exagère rien du tout ! Si vous n’avez pas le physique, au théâtre vous n’aurez pas l’emploi. La preuve, pour jouer devant vous ce soir, Pignon m’a sélectionné, moi!…Jeune premier, mentionne la distribution. On était plusieurs ! Qui a-t-il choisi ?: Moi !
Il prend des poses, marche comme un mannequin jusqu’à la dame du premier rang.
Comment me trouvez vous? Non ! pas mon jeu, cette fois, je vous parle…physiquement Reprend des poses pour qu’elle puisse apprécier. Puis, s’éloignant, star : Je sais, je sais, c’est pour ça que l’on m’a choisi !
Il cherche la jolie voisine du regard, et pose à nouveau pour elle, sur ton charmeur :
On vous a déjà proposé de jouer, Mademoiselle ? vous savez, vous seriez parfaite dans…
Reprenant un ton sérieux :
Méfiez-vous, ça ,c’est mon auteur qui vous drague, il doit être en train d’écrire une autre pièce à l’heure où je vous parle, parce que ce n’est pas avec celle-ci qu’il va…, enfin bon…
Qu’est-ce que vous croyez, pour faire venir un public, une affiche, ça compte! Son titre : « Le théâtre, c’est la vie », d’accord, mais si vous n’aviez pas vu mon nom en haut, nous serions beaucoup moins nombreux ce ..Ah !
Il s’arrête stupéfait et court, affolé, s’asseoir à la table où il farfouille jusqu’à sortir le miroir ou il découvre horrifié que son bouton d’acné est à nouveau visible sur son nez. Il essaie de le masquer au mieux en le triturant et en le couvrant de fond de teint. Quand il a fini, il retourne un visage triste vers le public, esquisse un sourire comme pour s’excuser et espérer une quelconque mansuétude. Il se regarde à nouveau dans le miroir, souligne avec du maquillage un œil. Il prend le masque de comédia dell’arte, le regarde, triste et pensif :
To be or not to be.
Il se concentre, se lève et reprend en déclamant comme un tragédien:
To or not to be, that is the question!
Les autres, Pignon leur a donné des textes classiques : Molière, Hugo, Racine…
Remarquez, ils auront peut-être moins de monde que moi ici, ce soir. Mais, c’est plus facile à jouer, quand on a bien appris les alexandrins, c’est plus qu’une question de diction : on est sur des rails, tandis que ce texte là….

Pendant qu’il était en train de déclamer sa tirade de Shakespeare, une autre comédienne, (la voisine du spectateur) est montée sur scène, depuis la salle, par le petit escalier. Elle est restée à l’entrée du plateau, discrète mais attentive, pour ne pas le déranger. Elle est habillée de façon plutôt classique pour une étudiante en arts dramatiques : elle a un cartable à la main.
.../....
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Le théâtre, c'est la vie. (3)   Sam 31 Mar 2007 - 15:57

Scène 2

Lui : -Qu’est-ce que tu fais là toi ?
Elle : Je te regarde.
Lui : outré. Je vois bien que tu me regarde, je te demande ce que tu fais là sur mon plateau, je ne sais pas si tu es au courant, mais là, je passe l’exam, en direct live, devant un vrai public, tu t’es trompé de salle où quoi ?
Elle: très calme et posée Je suis là et je te regarde parce que c’est écrit dans le texte.
Lui: Affolé, court chercher son texte, le feuillette en cherchant fébrilement où il serait écrit qu’un autre comédien devait jouer avec lui. Mais tu te trompes là, il n’y a jamais eu deux rôles dans cette pièce: c’est un monologue !
Elle : Dans la scène 1, oui, mais là, on en est déjà à la sixième réplique de la scène 2.
Lui: Livide, il s’aperçoit à l’arrière de son texte, que les agrafes sont ouvertes et que sans doute il a égaré la deuxième scène : il balbutie, décomposé : Je ne l’ai pas appris….. je ne l’ai pas appris… j’ai…euh…Il cherche à comprendre. Je me disais bien aussi, ça finissait en queue de poisson, là, la tirade de Shakespeare, ça n’avait pas de sens, mais je croyais, justement que c’était pour illustrer le non-sens du théâtre que l’auteur concluait ainsi la pièce…Il se tourne vers le public pour voir leur réaction, vers l’examinateur ?
Elle : Rassurante, durant toute cette scène, elle restera très calme pour lui. Tu n’as pas oublié d’apprendre le texte de la scène 2 : il n’y a pas de texte dans la scène 2.
Lui :Comprenant de moins en moins. Comment ça, il n’y a pas de texte, ce n’est pas possible ! S’il n’y a pas de texte, il n’y a pas de scène, tu dis n’importe quoi ! On est là pour jouer le texte d’un auteur, sinon, c’est plus du théâtre ?
Elle : prenant un ton incrédule Tu crois ?
Lui : Pourquoi, tu ne crois pas ce que je te dis ?
Elle : Bien sur que je te crois !
Lui : Alors pourquoi, tu prends cet air incrédule quand tu me dis : tu crois ?
Elle : Parce que l’auteur a mis une didascalie devant ma réplique, il a écrit :prenant un ton incrédule.
Lui : Il regarde, exaspéré, vers les cintres ou est toujours caché l’auteur-marionnettiste. A elle : Il se moque de nous.
Elle s’assoit à même le sol. Elle ne fait rien. Lui, reste planté, debout, il cherche à faire quelque chose, il voit bien que le public attend.

Lui : Qu’est-ce que tu fais ?
Elle : Rien.
Lui : Paniqué. Mais c’est mon exam !
Elle : Je sais… Il ne sait plus quoi penser, il est prêt à se mettre en colère aussi contre elle, elle lui prend la main et l’invite. Assieds-toi. Il s’assoit. Long silence, elle attend. Lui se calme peu à peu, il regarde tour à tour le public qui attend quelque chose d’eux, et elle, qui est très calme, qui ne fait rien, mais qui l’attend. Elle prend soin de lui. Elle ramasse le texte qu’il a laissé tomber et le range dans son cartable. Quand elle le sent suffisamment calmé, elle reprend.
Elle : Sophie m’a téléphoné. Pignon est malade. On a une semaine de congés supplémentaires.
Lui : Faussement naturel, il cherche à s’intéresser. Qu’est-ce qu’il a ?
Elle : Une extinction de voix, je crois ? Cela le fait sourire et le décontracte. Silence.

Elle : Tu comptes remonter comment ?
Lui : A Paris ?
Elle : Oui.
Lui : Ben, j’y allais en train, mais là, je ne sais pas, je me dis que pour descendre mes affaires, avec le train, ça ne sera pas pratique.
Elle : Je dois monter avec ma R5, parce que ma grand-mère veut à tout prix me fourguer sa vieille machine à laver. Seulement, mon père n’est pas rassuré, il a peur que je tombe en panne sur le trajet,…. à cause de l’huile, je crois….Alors si tu venais avec moi, ça le rassurait !
Lui : Ah, ben, je n’y connais rien en mécanique, mais si tu veux, de toute façon, maintenant, j’ai le temps.
Elle : On pourrait aussi profiter de cette semaine de congés pour aider Sophie à déménager : elle s’est engueulée avec son proprio, il faut qu’elle trouve une nouvelle piaule, je lui ai dit de venir chez moi en attendant de trouver quelque chose. Elle prend une feuille et un crayon dans son cartable dont elle se sert de pupitre sur ses genoux et elle écrit tout en parlant :Lui : Oh, j’en connais une qui se libère si ça peut l’arranger.
Elle : Venant de le comprendre. Tu veux arrêter le théâtre ?
Lui : Pas moi ! .Pointant l’examinateur du menton. Lui. Avec la bulle, que j’ai pris ce soir, ils ne vont pas beaucoup se forcer pour me retenir
Elle : Mais qu’est-ce que tu vas faire ?
Lui : Je ne sais pas. Sûrement, retourner dans la vraie vie, faut croire que je suis fait pour ça.
Elle : Elle parle maintenant sans trop croire à ce qu’elle dit, en fait, elle meuble pour finir d’écrire. Et ça te plaira la vraie vie ?
Lui : Je n’en sais rien, je ne sais même pas ce que c’est.
Elle : Tu veux mon avis ?
Lui : Dis toujours.
Elle : Tu as surjoué durant toute ta première scène, tu n’étais pas obligé dans faire autant. Je t’ai mis quand même la moyenne, parce que là, sur tes dernières répliques, tu étais vivant. Elle lui tend sa feuille, il la regarde, interloqué, il comprend pas, il regarde le public, l’examinateur. C’est Pignon qui m’a demandé de venir te noter, il n’y a pas d’examinateur au Conservatoire, on doit se noter entre nous.
Ils se lèvent, elle lui prend la main et l’accompagne en avant-scène où elle l’aide à saluer. Il a gardé sa note à la main.


Rideau

François des RUES / Les Marguerites françaises (1595) / Moralistes du XVIIe siècle / Robert Laffont - Bouquins 1992

« La vie est une comédie, laquelle il n'importe combien elle soit longue, mais qu'elle soit bien jouée. »
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MessageSujet: Re: Pièce : Le Théâtre, c'est la vie.   Dim 1 Avr 2007 - 23:15

Je viens de lire cette tranche de scène en me délectant. On y est. On y est ! Le théâtre dans le théâtre est carrément jouissif. On peut tout croquer, tout se permettre et surtout amplifier toutes les facettes possibles. Le public, lui, se régale ; il pénètre dans un lieu qui lui est d'ordinaire fermé.

Belle prestation ! chinois

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MessageSujet: Re: Pièce : Le Théâtre, c'est la vie.   Lun 2 Avr 2007 - 9:33

Au théâtre, l'intérêt du public est suscité par ce qui se passe derrière le rideau. Une fois que le bonimenteur a fait son travail, et surtout que la billeterie a planqué la recette, quelques acteurs choisis dans la troupe pour leur générosité vont pouvoir en lever un bout. De rideau. Bien sûr, le public ne verra pas tout. Non seulement à cause du chapeau de la dame du premier rang, mais encore parce que les comédiens ont tendu d'autres rideaux derrière le rideau. Et là, Tintin! On ne peut rien voir. Ce sont les coulisses. On aimerait savoir. C'est interdit. Ce qui s'y joue est littéralement obscène. C'est con. Enfin, si on prend un abonnement, on pourrait peut-être espérer que..... La jeune première aurait peut-être une loge perso...On ne sait pas. On s'imagine de ces trucs!
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Romane
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MessageSujet: Re: Pièce : Le Théâtre, c'est la vie.   Lun 2 Avr 2007 - 11:59

Ça dépend du théâtre. Dans certaines configurations (aaaah que j'aime cette position, n'ayons pas peur des mots) point n'est besoin de loge du moment que Roméo fait partie des comédiens, voire... as-tu jamais tenu en mains les boutons de la régie ? Tu devrais t'y essayer. Quant au trou du souffleur, sous la trappe coquine... Il se passe des choses partout, dans un théâtre !

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MessageSujet: Re: Pièce : Le Théâtre, c'est la vie.   Lun 2 Avr 2007 - 14:28

C'est alors un théâtre sans dessus dessous. Que font les costumières?
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MessageSujet: Re: Pièce : Le Théâtre, c'est la vie.   Lun 2 Avr 2007 - 14:41

Elles sont à la vigne. Pour la récolte des feuilles.

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MessageSujet: Re: Pièce : Le Théâtre, c'est la vie.   Mer 9 Jan 2008 - 22:56

J'ai retrouvé avec plaisir ton texte, invitée depuis le mien :
http://liensutiles.forumactif.com/theatre-f82/detournements-creation-t14090.htm

Ta pièce me réjouit parce qu'elle mêle les ingrédients, dans un bonheur de jeu. Tu as raison, et ça n'a pas fait tilt quand j'ai diffusé celle des enfants, notre imaginaire est allé piocher dans un pot commun. Ceci dit, je trouve carrément jouissif pour les comédiens, mais aussi pour les spectateurs, ces plans multiples, croisements et... tiens je penses soudain au film "les uns et les autres", avec ses infinies possibilités, probabilités réalisées ou pas, ses hasards joués de telle sorte que le public se régale toujours !

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