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 Premier journal de voyage en Inde (2000)

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filo

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MessageSujet: Premier journal de voyage en Inde (2000)   Premier journal de voyage en Inde (2000) EmptyDim 29 Avr 2007 - 3:03

Premier journal de voyage en Inde (2000) Carnetbh8






1- PARIS-KARACHI


7 novembre 2000

Après la vie de galère dans le sud de la France, à tourner pour des kopecks avec le groupe, pour des concerts de festival de soutien au Tibet ou des 'festivals de l'été' de la campagne profonde, sous-équipés en matériel de scène, Vincent et moi, en bons provinciaux, sommes montés à la capitale, enfin munis de nos billets d'avion pour New Delhi.
Le contraste brutal des quelques jours que nous avons passé à Paris fut une réelle épreuve ; morale et physique.
Et financière.
L'empire du snobisme, du superficiel, de l'indifférence affairée, de l'individualisme et du stress.
Je crois que c'est le luxe qui nous a le plus heurté, nous autres vulgaires provinciaux. Le luxe irréel qui s'étale sur notre chemin de retour de l'ambassade indienne dans le XVIème, derrière les grilles à code et leurs portails séculaires télécommandés, le long des limousines à chauffeur ringard guettant leur fragile maître grabataire alors qu'une famille nombreuse entière rentrerait dans leur palace ambulant.
Le luxe ridicule de ces magasins du Faubourg St Honoré où les cravates, les sous-vêtements, les robes et les costumes se disputent le plus mauvais goût comme les prix les plus élevés.
Et plus nous nous rapprochions du Louvre, plus les magasins sous-titraient en japonais bien sûr. Ces faux-tographes fanatiques sont certainement les pigeons les plus juteux de la planète.

Bref après le sud profond, Paris nous a révolté, agressé, comme un chien qui mord au moment où on le fuit.

Et nous avons enfin réussi à fuir.

Aéroport Charles de Gaulle. Dernière excroissance de verre et de métal de la cité mégalopole, dernier ergot arrogant du coq français avant notre envol, celui qui dégueule du Channel 5 sur la fange qu'il foule pour en masquer les effluves nauséabonds.

Nous arrivons à l'aéroport à 19h, accomplissant les dernières formalités en cinquante minutes et appelons nos compagnes respectives éplorées.
Nous rejoignons comme prévu l'aire d'embarquement de la Pakistan Airlines , le "satellite" 4, et attendons.
Le vol était prévu à 21h20, nous décollerons à 23h15. C'est le premier indice du changement d'univers que nous allons connaître, et pas le moindre.
Car les Pakistanais, à l'instar des Indiens ou encore des Africains, ont un mode de fonctionnement approximatif, voire anarchique.
Mais il compensent par la foi.
Par exemple avant le décollage, on a droit à la prière. Rassurant!

Mais le vol se passe bien.
Après une nuit blanche et une brève escale à Islamabad où nous n'avons pas été autorisés à mettre le nez dehors, nous atterrissons enfin à Karachi, la grande ville pakistanaise.
En sortant de l'avion, je sens la différence d'atmosphère: un air brutalement chaud au parfum de gant humide et rance.

Un bus étonnamment propre et moderne nous emmène au Midway House Hotel, l'hôtel de la Pakistan I.A.
A première vue, ça en jette. Un luxe inattendu, mais bon: nous sommes en transit malgré nous pour vingt-quatre heures, et tous nos frais sont théoriquement pris en charge par la compagnie.

Mais il y a un petit problème: les pourboires. En effet, il faut en donner à tout bout de champ, et pour le moindre service, et nous ne l'avions pas prévu et ne possédons aucune monnaie locale, ni même encore de rupies indiennes.
Ils ont l'air de le prendre très mal.
Comment leur expliquer? Comment pourraient-ils seulement croire que chez nous nous sommes des pauvres fauchés? Pour eux un blanc ne peut tout simplement pas l'être.
Ca commence tout de suite avant même de rentrer dans l'hôtel: l'"assistant" du chauffeur de bus m'explique que nous devons donner absolument quelque chose au chauffeur.
Je suppose que la plupart des touristes n'envisagent même pas l'éventualité de refuser.
J'explique au type que nous n'avons rien, pas d'argent, désolé, et je sors du bus. Regards noirs, mutisme, puis apparemment briefing discret à un employé de l'hôtel.

A l'hôtel nous avons beau demander à être ensemble, nous recevons chacun une chambre, la 306 et la 307. Grandes chambres luxueuses avec WC et douche privatifs, télé couleur Philips et air conditionné!
Evidemment il faut donner un pourboire aux types qui nous ont accompagné à l'étage. Je réitère mes explications, mais rien à faire, ils tendent la main et ne lâchent pas. Il est évident pour eux que des "Parisiens" - car c'est ce que nous sommes à leurs yeux - sont pleins aux as ou au moins plumables un minimum.
"We accept money from Paris"
Ok je sors mon porte-monnaie: 4 francs 70. Je lui donne 1F70 et lui montre la pièce de 2F que je destine au chauffeur demain matin.
Regard noir, mais ça passe, surtout que Vincent sort les quelques roupies de son premier voyage dont il s'était muni.

Enfin seuls! Nous analysons la situation: pour nous c'est le petit matin, mais ici c'est le début d'après-midi. Nous voulions peut-être visiter Karachi, mais vu la route pour aller en ville, le nombre de pourboires à payer, plus le taxi aller-retour, nous préférons rester nous reposer. On apprend d'ailleurs qu'on nous aurait escorté!
En fait nous sommes un peu dans une prison dorée (avec quelques blattes sur les dorures). Un type monte la garde en permanence dans le couloir de l'étage, les fenêtres des chambres ne s'ouvrent pas, de plus lorsque nous descendons dans la salle de réception, on nous assaille de questions, et pour combler le tout les autorités ont conservé nos passeports.
Bref nous nous contentons de manger, de dormir, et de prendre des douches.
Vivement demain l'envol pour l'Inde, où au moins nous serons libres.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Premier journal de voyage en Inde (2000)   Premier journal de voyage en Inde (2000) EmptyDim 29 Avr 2007 - 3:04

2- DELHI: L'INDE URBAINE



10 novembre 2000


Delhi, la deuxième nuit dans cette minuscule chambre d'hôtel, le Kiran Guest House, à 200 roupies la nuit.
Il est 3h du matin et je n'ai pas sommeil. J'ai éteint le grand ventilo plafonnier qui est si bas et si puissant qu'il me gêne. Il fait donc très chaud.

Le vacarme du Main Bazar de Paharganj s'est enfin éteint comme à regret depuis une heure. Seuls quelques moteurs isolés pétaradent et s'éloignent au coeur de ce quartier miteux et célèbre ; ou ce sont les chiens qui piquent de temps en temps leur crise d'aboiements de dix minutes.
A part ça le silence enfin.
Même le fan de variétés hindies (Boollywood) dort et laisse l'hôtel enfin tranquille.

Mais si on écoute mieux ce silence, on se rend vite compte qu'il est presque assourdissant.
Il relève du bourdonnement, du grondement diffus de la formidable cité qui nous entoure.
Comme si la chambre était au dessus d'un cloaqueux sous-sol où une chaudière à l'ancienne fonctionnait sans arrêt. Une pollution sonore traduisant auditivement la pollution de l'atmosphère même.
Delhi serait en effet la ville la plus polluée au monde. Passer une journée dans ses rues équivaut à fumer vingt cigarettes, dit-on, et il est carrément déconseillé aux asthmatiques d'y séjourner.

Le silence assourdissant n'est qu'une moindre des dualités paradoxales de cet endroit qui bascule entre sérénité et anarchie, entre harmonie et chaos, entre senteurs d'épices, d'encens et cette fameuse odeur rance de gant humide, entre passé et avenir:
ici et là, maintenant.

Vincent et moi n'avons pas perdu de temps pour nous adapter, acheter des vêtements et chaussures de circonstance. Puis nous sommes allé donner des nouvelles par Email et avons envoyé des cartes postales, réservé nos billets de train pour Bénarès (la réservation est ici obligatoire). Le départ est prévu (mais ici prévoir est un grand mot) aujourd'hui à 16h15 et l'arrivée à 4h50. Presque douze heures de trajet pour moins de huit cents kilomètres.

Vincent a commencé à prendre quelques photos et moi quelques sons sur le MiniDisc.
J'ai pu changer mes francs en roupees mais les dépenses vont trop vite, 1400 roupees en deux jours, ce qui fait plus de cent francs par jour. A ce rythme dépensier, je ne tiendrai pas la moitié d'un mois. Mais ce sont les premiers jours, avec l'engouement qui en résulte...

La plupart des Français que nous rencontrons vont au Népal. Sinon ça grouille de japonais: ils doivent à coup sûr débarquer par dizaines d'avions par jour. Puis armés de leur inévitables appareils photos et camescopes, ils fixent la réalité dans leur boîte à souvenir plutôt que de la vivre pleinement ; ils se shootent mutuellement, dans des poses figées et standard.
Les lieux-cyber sont aussi leur domaine. Lorsque nous y étions, seuls nos yeux n'étaient pas bridés, nos cheveux pas teintés et nos écrans pas couverts d'idéogrammes.
"Remarque, ils sont plus près, eux." me dit Vincent, et moi de me demander si je ne deviens pas raciste ou au moins japoniphobe en rétorquant: "Mais pas à Paris".
Un couple de Français, Caroline et Tang, nous ont invités à venir à leur hôtel, le Hare Rama, pour fumer et manger au restaurant sur la terrasse.
Incroyable: pas de clients indiens chez eux, que des touristes occidentaux, japonais bien sûr, israéliens et américains, dont certains passent la totalité de leur séjour là: dans ce bâtiment plutôt propre avec des WC-cuvettes, signe de luxe, et des chambres qui relèguent les nôtres au stade de squatt infâme. Tous les deux partent aussi pour Bénarès, puis le Népal.

Cet après-midi, nous avons erré dans les petites ruelles où la vie grouille à l'abri des yeux étrangers.
Personne de blanc ne s'aventure là, cela se voit tout de suite. C'est l'envers du décor du Main Bazar, la réalité cachée du quartier de Paharganj: une espèce de bidonville en dur, au coeur même de la capitale: la misère est surtout là, celle dont on nous a rebattu les oreilles et dont ceux qui ne connaissent pas l'Inde font un tel cliché.
Nous découvrirons à quel point c'en est un.
Là nous ne subissons pas les incessants rabattages, baratins, mendicité et sollicitations de tous poils, et pour deux raisons: les arnaqueurs et autres 'walla' sont tous au travail sur l'allée de Main Bazar, deuxièmement ceux qui restent là travaillent ou jouent.
Mais tous sourient.
Cette constatation me fait l'effet d'une libération, d'un allègement. Ces gens ne nous envient pas.
Ils sont plus riches que nous.

C'est là que commence mon vrai séjour en Inde.

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MessageSujet: Re: Premier journal de voyage en Inde (2000)   Premier journal de voyage en Inde (2000) EmptyDim 29 Avr 2007 - 3:24

Wow! très bon début, j'ai bien hâte de voir la suite...
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MessageSujet: Re: Premier journal de voyage en Inde (2000)   Premier journal de voyage en Inde (2000) EmptyDim 29 Avr 2007 - 6:32

ARRIVEE A VARANASI (BENARES)


12 novembre 2000

A cet instant magique où je commence ces lignes, je suis cerné de singes, sur une terrasse qui surplombe Varanasi la ville sacrée de Shiva.

Ce sont les Anglais lorsqu'ils ont colonisé l'Inde qui ont appelé ce lieu Bénarès parce qu'ils n'arrivaient pas à prononcer Varanasi (le v et le b étant chez les indiens très proche et le i final court, presque éludé).

Le soleil est levé depuis une demi-heure, pourtant une activité frénétique anime déjà la ville. Rien à voir avec les dimanche matins français.
Des dizaines de cerfs-volants virevoltent un peu partout, comme pour chasser les derniers lambeaux de brume matinale, parmi les centaines de colombes immaculées, de pigeons, d'étourneaux, et je distingue même de nombreux faucons.
Une faune aérienne riche et abondante apparemment peu sauvage. Certains oiseaux par exemple n'hésitent pas à venir se poser sur le rebord de ma fenêtre, ou à rentrer carrément pour réclamer un peu de nourriture en piaillant.
J'ai vu aussi des écureuils s'approcher.
Il faut dire qu'ici les animaux ne connaissent pas la violence humaine, à part peut-être quelques chiens qui poussent les commerçants à bout en se disputant contre leur stand ; ce sont alors des coups de bâton.
Les animaux ont développé des instincts de fuite devant l'humain chez nous, mais je constate ici à quel point ça ne leur est pas naturel dans un environnement harmonieux et pacifique.

Tout à l'heure, je regardais tout en bas, au fond de la ruelle : un vendeur de bananes ne pouvait pas passer avec son étal à roulettes à cause d'une vache installée là, occupant toute la largeur de l'étroite ruelle. Cette vache est en quelque sorte là à sa place, c'est son lieu, elle y est habituée depuis longtemps. Hier déjà, elle nous a empêché de passer pour venir à cette adresse, et c'était notre première visite, et il a fallu chasser en douceur la vache, en la poussant, la tapotant sur l'arrière-train pour qu'elle se lève, en poussant quelques cris...

(pause)

Je reprends mon carnet après une courte pause. Un indien à l'air avenant vient de me saluer d'une terrasse voisine, et je me suis interrompu dans la rédaction de ces lignes pour discuter avec lui un quart d'heure.
Il m'a dit pour commencer qu'il m'observait depuis que je suis arrivé et qu'il appréciait ma façon d'être ici. J'ai tenté de comprendre pourquoi, en une curiosité égocentrique peut-être, mais il ne m'a pas donné plus d'explications ; il était trop curieux de savoir qui je suis, d'où je viens, pourquoi, etc...
Bonne rencontre.

Au loin les pétards continuent à éclater dans toute la ville, comme à Delhi où de nombreuses nuits ont été ponctuées de ces détonations et pétarades. Je suppose que ce sont les restes de Diwali, la fête des lumières.

De la chambre derrière moi s'élève les gammes de flûte de Vincent. Je les trouve particulièrement à leur place ici, comme tout ce qui est beau et serein.
Je pense à toi.
Tu aimerais ce moment, cette ambiance.
En revanche, je crois que tu aurais beaucoup de mal avec la saleté et l'odeur des rues, quoique l'odeur de la bouse est tout de même préférable à celle du métro de Paris.

Ici la pureté et la richesse existent, mais ce n'est pas dans les rues ou même dans les maisons, ou encore dans les apparences qu'on les trouve, c'est dans le coeur des gens, dans leur regard.

Pour cette seule et unique raison déjà, j'aimerais que tu sois là.


.

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MessageSujet: Re: Premier journal de voyage en Inde (2000)   Premier journal de voyage en Inde (2000) EmptyDim 29 Avr 2007 - 22:03

La suite la suite Gaga Gaga

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
C'est ainsi que je veux écrire. Avec autant d'espace autour de peu de mots. Je hais l'excès de mots. Je voudrais n'écrire que des mots insérés organiquement dans un grand silence, et non des mots qui ne sont là que pour dominer et déchirer le silence. En réalité, les mots doivent accentuer le silence. »

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didier meral

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MessageSujet: Re: Premier journal de voyage en Inde (2000)   Premier journal de voyage en Inde (2000) EmptyLun 30 Avr 2007 - 0:14

Il m'a plu de lire et relire ce carnet de voyage qui me plonge dans les émotions que tantôt tu tais, tantôt tu suggères et qu'enfin tu livres, par bribes...
Ta peine porte le nom de l'absente et il m'a semblé parfois que son visage était partout: n'est-ce pas lui que tu cherchais tout en croyant le fuir ou l'avoir momentanément perdu ?
Ces beautés dont tu pares ce que ton oeil embrasse m'évoquent, par petites touches, l'être aimé, qui ne saurait qu'être omniprésent, même au bout du monde...
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MessageSujet: Re: Premier journal de voyage en Inde (2000)   Premier journal de voyage en Inde (2000) EmptyLun 30 Avr 2007 - 0:21

Un journal qui regorge de détails. Ce qu'on aime lire pour pouvoir s'imprégner d'un lieu, d'une saison, d'une ambiance.
C'est décidément très plaisant à découvrir.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
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MessageSujet: Re: Premier journal de voyage en Inde (2000)   Premier journal de voyage en Inde (2000) EmptyLun 30 Avr 2007 - 0:54

Merci.

Didier, tu veux dire que tu as déjà tout lu, ailleurs?

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Premier journal de voyage en Inde (2000)   Premier journal de voyage en Inde (2000) EmptyLun 30 Avr 2007 - 1:05

RAM & LE SYSTEME D+


13 novembre 2000

Cet après-midi, Vincent va enfin recevoir ses nouveaux tabla, ceux que Ram a commandés à son propre fournisseur.
Pour le groupe, nous avons en effet besoin de percussions au son un peu plus professionnel, et ce ne sera pas du luxe de remplacer ceux sur lesquels il jouait jusqu'à maintenant.

Ram Chandra Sharma est notre "point de chute" à Bénarès: Vincent avait pris des cours de tabla chez lui lors de son premier voyage en Inde avec son ex, ils avaient sympathisé et étaient restés en contact.

Ram est un peu fanfaron mais adorable. Il est issu d'une famille de la caste des Brahmanes, c'est à dire la caste supérieure. Tout le monde lui doit donc le respect.
Il vit avec son neveu qui accomplit l'essentiel des tâches ménagères, et son fils Ran-Dhir, qui a dix ans et joue déjà très bien des tabla. Ce gosse est très charmant et très sage, calme et studieux. Lorsqu'on passe un peu de temps chez Ram, Ran-Dhir est toujours en train d'apprendre ses leçons de hindi ou d'anglais, de faire ses exercices de maths, ou encore de travailler les tabla sous les imprécations hurlantes de son père, s'il n'est pas à l'école.

J'avais acheté à Paris, à toutes fins utiles, un flacon de parfum bon marché, sachant que ça pouvait éventuellement me servir tôt ou tard de monnaie d'échange. Finalement j'avais envie de faire un présent à Ram et le lui ai offert, en disant que c'était de Paris. Il en fut ravi!
C'est un très bel homme, avec une moustache et une brioche naissante. Il parle fort, sur le ton de quelqu'un qui n'est jamais contredit, avec une voix haut-perchée et nasale.
Il fume beaucoup de char's au shilom d'habitude, mais fait une pause en ce moment. Sa façon de prononcer l'anglais, comme tous les indiens, me déroute énormément, alors que Vincent qui est déjà venu comprend un peu mieux.
La mère de Ran-Dhir reste toujours au village familial dans l'état voisin du Bihar, où père et fils retournent une fois par mois avec des provisions qu'on ne trouve pas dans leur contrée perdue et isolée.

Aucune femme ne vit chez Ram mais je suppose qu'il a des aventures. Je sais qu'il a autrefois séduit l'ancienne compagne de Vincent, à l'insu de ce dernier, mais je me tais, car l'intéressée m'en a parlé autrefois en confidence. Ce n'est donc pas à moi de le lui annoncer.

C'est Ram qui nous a introduit auprès de Rajhan qui possède une maison à plusieurs étages et loue des chambres "chez l'habitant". C'est une formule qui ressemble à la "Guest-House" (gîte), mais en plus simple, familial et intime.
Nous avons obtenu, grâce à cette introduction, un prix d'ami: 2500 rupees pour le mois, à deux, ce qui fait un peu moins de 400 francs.
Nous avons chacun notre espace dans une grande pièce (comme un faux-F2): deux chambres communiquantes sans porte au milieu, et qui donne sur une grande terrasse, toit de la maison.
La salle d'eau est à part avec les toilettes. L'eau est froide bien sûr, et il n'y a pas de pommeau au tuyau qui nous sert de douche, mais ça suffit bien.
Il n'y a qu'une autre chambre sur la terrasse, occupée par un Danois qui apprend le hindi et que nous voyons rarement, sa copine passe souvent le chercher.
D'ici on aperçoit le Gange et une bonne partie du sud-est de la ville.
Au dessus des chambres, une autre terrasse plus petite nous surplombe. On y a accès par quelques marches. On peut même passer sur encore une autre derrière.
Que d'espace et de quiétude (relative), au soleil ou sous les étoiles, loin des bruits de circulation et du grouillement humain et animal qui emplissent les rues plus bas.

Premier journal de voyage en Inde (2000) Planterrasse4ze



La plupart des petits immeubles indiens comme celui que nous occupons est conçu de façon ingénieuse pour la communication et l'aération: chaque étage comporte un trou central, formant une fosse si on regarde d'en haut. Comme si on voulait laisser la place à un arbre de pousser.

Je constate à quel point incroyable tout fonctionne ici. Les indiens sont pratiques. je dirais même débrouillards, bricoleurs, simples et efficaces.
La plupart des objets utilitaires ou mécaniques ont l'air antique et délabré, mais tout fonctionne!
De la corde leur suffit souvent.
Ils ont beau aimer le kitch et les dorures, ils ne sont pas du genre à se prendre la tête à faire redresser une aile froissée sur un véhicule si ça ne l'empêche pas de rouler.
Un grand nombre d'appareils vient de ce que les pays riches ne veulent plus parce qu'ils osnt plus modernes, mais peut-être moins costauds justement.
Pas de problème.
Les ventilateurs plafonniers doivent dater pour certains de la dernière guerre mondiale. Ils tournent parfois de travers avec des fils électriques un peu partout, non camouflés et aux raccords douteux, mais je n'en ai pas encore vu un seul en panne.
C'est le système indien, ce que je m'amuse à appeler le système D-plus. Ca me rappelle les dessins de ce bon vieux Albert Dubout, avec les foules de gens accumulés et tous ces objets bricolés à la ficelle de bric et de broc et qui fonctionnent on ne sait comment, défiant le bon sens.

Chez Ram, j'ai observé qu'à part l'épais tapis carré de 2m50 de côté qui sert à la fois de tapis de salon, de canapé (assis en tailleur dessus) et de table de salon, tout le reste est en hauteur au minimum à 20 cm du sol. Deux bancs longent deux murs et servent de tables-étagères, et un lit simple et un autre mur sont séparés par sa moto.
En cas d'inondation pendant la mousson, il suffit d'enlever le tapis et de patienter.

Ce qui m'a le plus amusé, c'est l'"interphone" à ouverture "télécommandée" de la maison de Rajhan.
Lui et sa famille habitent le deuxième étage, donc le milieu. Une cloche résonne lorsqu'on sonne en bas à l'extérieur en tirant sur une ficelle. Le premier qui l'entend (ou réagit) tire aussitôt une vieille corde de chanvre qui pend à leur étage, descend le long de la fosse et passe au rez-de-chaussée dans un anneau au dessus de la porte d'entrée côté intérieur, et sa traction soulève tout simplement la targette retenant un des deux battants au sol.
Comme l'anneau n'est pas exactement au zénith de la porte mais en retrait dans le couloir, la traction tire le battant vers l'intérieur et entraîne le deuxième battant!
Juste une corde.

C'est magique, lorsqu'on arrive à la maison, qu'on sonne, et qu'on voit cette vieille porte en bois s'ouvrir en écartant toute seule ses deux battants!
C'est ça le système D+.

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MessageSujet: Re: Premier journal de voyage en Inde (2000)   Premier journal de voyage en Inde (2000) EmptyLun 30 Avr 2007 - 1:15

GrandGuru a écrit:
Merci.

Didier, tu veux dire que tu as déjà tout lu, ailleurs?

Je crois qu'il n'est pas besoin d'attendre de lire la fin pour le comprendre.... Très rapidement on le sent ainsi.

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MessageSujet: Re: Premier journal de voyage en Inde (2000)   Premier journal de voyage en Inde (2000) EmptyLun 30 Avr 2007 - 4:53

INSTRUMENTS DE MUSIQUE

Cet après-midi, nous avons visité trois magasins d'instruments de musique. Le premier, c'est un rabatteur qui nous y a emmené: "Baba Music".
Le terme "baba" marque un respect envers quelqu'un lorsqu'on se positionne en dessous de lui, comme un guru, un père, un seigneur ou (et c'est hélas des colons anglais que vient le systématisme de cette appellation envers les blancs) un occidental, donc un riche.

Il ne fait pas de doute que ce magasin s'adresse plutôt aux touristes occidentaux qu'aux authentiques musiciens du terroir, mais nous sommes alléchés par l'objet de notre passion commune: les instruments de ce pays sont les plus beaux du monde!

Le patron a l'air sinistre, il ressemble un peu à Antonin Artaud sur son autoportrait, ou au leader de ce vieux groupe des seventies Redbone, avec le mono-sourcil à la Chain en plus.
Il nous a offert le thé et a deviné que Ram était notre prof de musique.
Il l'estime beaucoup, comme la plupart des connaisseurs de la ville, ce qui est une excellente carte de visite pour nous.
Mais à part quelques tampura-box trop chères, rien ne nous intéresse en particulier dans sa boutique.

Le deuxième magasin, c'est celui qui a vendu les tabla à Vincent lors de son premier séjour voici trois ans. Vincent m'a raconté l'anecdote s'y rapportant et elle mérite absolument d'être relatée :

La redoutable réputation de Vincent
A l'époque, lorsque Vincent avait décidé d'apprendre à jouer des tabla, qui sont des instruments de percussion très difficiles à jouer car très précis (chaque doigt génère une frappe différente et les combinaisons sont impressionnantes, de plus cet instrument s'accorde), il ignorait à quel point il faut s'y connaître pour choisir de la qualité.
Il vint dans cette boutique et acheta une paire, le dughi ou bayan (le gros, la basse, métallique) et le tabla (plus étroit, en bois). Fort de cette acquisition, il décida aussitôt qu'il lui fallait un professeur, un maître, ce qu'on appelle là-bas un guru.

Or, Ram a placé une enseigne devant chez lui qui proclame que c'est un "centre d'enseignement de la musique". Vincent le trouva facilement et commença ses leçons. Mais ses tabla n'étaient vraiment pas bons d'après Ram. Ce dernier lui conseilla de ne pas se laisser faire, de retourner au magasin et d'exiger un échange immédiat contre une meilleure qualité, digne du prix qu'il avait payé.
Ce que fit Vincent, et évidemment, refus du patron.

A son retour, Vincent dépité rapporta sa conversation à Ram, qui insista et lui dit de ne pas lâcher ce type tant qu'il n'aurait pas obtenu satisfaction, et qu'au besoin il interviendrait lui-même, en personne.
Vincent y retourna et essuya un nouveau refus, et ainsi plusieurs jours en disant que le bois n'était pas de bonne qualité, que c'était à peine jouable, etc...

Jusqu'au jour où Ram, l'air de rien et de ne pas connaître Vincent, se trouvait comme par hasard dans la boutique, à tapoter sur des percussions, fort de sa réputation, lorsque Vincent débarqua, exigeant comme tous les jours précédents non un remboursement, mais au moins un échange.
Innocemment, Ram demanda à essayer les tabla incriminés et en constata théâtralement (et maintenant que je le connais, je lui fais confiance sur ce point) la honteuse médiocrité!
Le ton montait, lorsque Ram mit le patron au défi de passer voir non loin de là la rue où la plupart des tabla sont fabriqués. Ce qui permit à Vincent d'assister avec fascination à tous les stades de la fabrication: des bouts de bois bruts d'abord sculptés et évidés, et du martelage du métal pour les dughis, jusqu'à la tension des peaux et la pose de la substance noire en cercle au centre, qui donne à la peau cette résonance particulière jusqu'à l'harmonique pure, et dont la composition reste un secret absolu (nous avons su qu'il y a entre autres des céréales alimentaires et de la poudre métallique).

Ram était si persuasif et si estimé (n'oublions pas qu'en plus d'être un musicien réputé à Bénarès, il est de la caste supérieure, celle des Brahmanes), que l'un des fabriquants éventra la peau du tabla et montra la mauvaise qualité du vidage et de la caisse de résonnance, qui était probante, aux protagonistes!
C'était justement le jour de Diwali, fête où les hindous se font pardonner leurs mésactions par les dieux, et le patron du magasin céda en changeant enfin la paire de tabla de Vincent.

Depuis cette aventure, Vincent ne risque plus de se faire arnaquer par ce vendeur, ni ceux de son entourage, peut-être même pourrait-il bénéficier de prix indiens (c'est à dire souvent 30 à 60% des prix touristes). De plus il a acquis une réputation solide, celle du petit français, élève de Ram Chandra Sharma, qui ne se laisse pas faire et qu'il ne faut pas essayer d'arnaquer.
C'est pour cette raison que le patron de Baba Music l'a identifié dans la boutique précédente!


Mais ici le patron n'est pas là et les deux jeunes qui le remplacent ne nous laissent pas l'accès aux choses les plus intéressantes. Nous reviendrons demain.

Le troisième magasin de musique, chez Nawal, est en fait celui qui est à vingt mètres de chez Ram, le plus connu et le plus achalandé. D'après Ram il faut se méfier car il est cher et Nawal est un habile homme d'affaires.

Chez lui, nous découvrons une foule de choses intéressantes:
En plus des instruments, tout un mur est occupé par des CD et des cassettes de musique indienne: le choix est immense et pour nous c'est la caverne d'Ali-Baba!
A côté de la caisse, une pile de bouquins d'occasion à l'équilibre improbable trône devant un étal de tissus et de soieries. En dessous, une vitrine de bijoux précieux et magnifiques. Sur le mur d'en face, des bijoux en argent vendus au poids: il y en a des tonnes, des colliers des bracelets, des pendentifs, bagues et autres anneaux... Sont vendus au poids également des grelots de toutes tailles et des bols chantants tibétains, du plus petit jusqu'aux immenses comme des saladiers. Tellement d'autres produits, des souvenirs, des vêtements, etc... abondent et occupent deux pièces, que nous comprenons qu'il nous faudra des journées entières pour explorer tous les trésors de Nawal.

Puis nous passons enfin aux instruments de musique.
Nous découvrons de beaux tampura, à la calebasse énorme et au grand manche creux, avec seulement quatre cordes, c'est le bourdon qui "fait" la nappe sonore d'arrière-plan en musique indienne, les cordes doivent être caressées délicatement comme un geste sensuel à un(e) amant(e). Je découvre qu'il en existe de toutes tailles, jusqu'aux petits au son plus aigu, pour les femmes, et appelés plutôt "tampuri" (mais comme il fait beau je ne peux pas placer le jeu de mots).
Nous voyons aussi des percussions: des tabla bien sûr, des kanjira (petit tambourin en peau de serpent), un superbe pakawaj (longue percussion de presque un mètre en forme d'olive et muni de peau de tabla à chaque exrémité), des gathams (cruche trouée, la paume de la main variant le bouchage du trou pour les basses), des petits thom-tarang par trois ressemblant à des dughi miniatures (mini tabla), des cymbales de batterie, deux guitares, une classique que j'évalue mauvaise tout de suite, et une Givson (et non pas Gibson) comme celle que je possède déjà et que j'avais fait importer d'Inde l'année dernière, mais le modèle au dessus, des mandolines indiennes, des tampura-box (appareil électronique reproduisant le son du tempura décrit plus haut), des flûtes bansuri (traversières en bambou) que Vincent estime mauvaises, et une métallique miniature, antiquité qu'il a dénichée... en France, et bien sûr des sitars, l'instrument à cordes vedette, rendu célèbre par Ravi Shankar.

L'homme souriant nous invite à faire une pause, à s'asseoir sur les tapis et à boire le thé.
Nous discutons en fumant. Il nous dit que dès notre arrivée il a vu tout de suite que nous étions musiciens et nous demande nos spécialités respectives. Vincent maîtrise les percussions et les instruments à vent, moi ce sont aussi les percussions mais surtout les instruments à cordes et le chant. Je lui explique que j'aimerais trouver un hybride entre la guitare et la veena ou le sitar, c'est à dire avec des cordes sympathiques, des frettes creuses, et que j'ai entendu dire que ça existait: une guitare-veena.
No problem! Il va recevoir plein de choses dans dix jours, et il est pratiquement sûr qu'il y en aura. Quelle chance inespérée. (1)

Nous commençons enfin à essayer quelques instruments. Finalement nous resterons 4 heures chez Nawal, à jouer, à improviser, en essayant autant d'instruments que dans un rêve.

Au fond, au dessus de la caisse et d'un ordinateur où Nawal propose un accès internet (!), je découvre même un magnifique surbahar, ancêtre du sitar, qui se joue de la même manière mais émet des notes beaucoup plus graves. Il est au sitar ce que le violoncelle est à l'alto. D'emblée il me fascine et je décide aussitôt que c'est mon nouveau fantasme pour ma collection d'instruments rares. Mais c'est l'un des plus chers du magasin, et pour moi c'est hors de question.

Une seule note bien jouée sur un surbahar peut m'extirper des larmes comme par magie, tant le son grave et raffiné penche vers le désespoir ou la mélancolie. Tant mon coeur et mon âme sont sensibles à ce concentré de poésie sonore tragique.

Pour moi l'essence de la poésie est aussi là.







(1) J'appris bien plus tard qu'un tel instrument n'existe pas, à l'exception de la "guitare-Shakti" que s'était fait fabriquer John Mc Laughlin. Et qu'il fallait donc que je conçoive moi-même mon instrument idéal. Ce que je fis, à voir dans un prochain chapitre intitulé "La guitare-Cobra".

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Premier journal de voyage en Inde (2000)   Premier journal de voyage en Inde (2000) EmptyLun 30 Avr 2007 - 8:17

GrandGuru a écrit:

Didier, tu veux dire que tu as déjà tout lu, ailleurs?

Non, du tout, je te découvre ici.

En te relisant, j'ai eu l'impression que ce départ, cette arrivée étaient prétexte (en quelque sorte!) à la décrire, à l'évoquer...déjà, à certains moments il m'a semblé retrouver le même mode d'expression que celui qui m'a fait lire en filigrane, dans le poème pour le défi-plume, ces émotions très fortes qui ne se révèlent qu'à travers les champs lexicaux employés.
Ce départ a du être un arrachement dans la mesure où elle n'était pas là; ensuite, sans dire son nom, tu l'as figurée, pour moi, à plusieurs reprises.

Ce n'est pas anodin de finir une partie de texte sur l'évocation d'une absence, celle-ci a conforté mon impression.
"De la chambre derrière moi s'élève les gammes de flûte de Vincent. Je les trouve particulièrement à leur place ici, comme tout ce qui est beau et serein.
Je pense à toi...Pour cette seule et unique raison déjà, j'aimerais que tu sois là."
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MessageSujet: Re: Premier journal de voyage en Inde (2000)   Premier journal de voyage en Inde (2000) EmptyMar 1 Mai 2007 - 1:17

LE JOUR DES ENFANTS


14 novembre 2000

Ce matin comme désormais tous les matins, Vincent a pris sa leçon quotidienne de tabla de 8h à 9h30 auprès de Ram, et moi ma leçon de chant classique indien.
Ma prof Manjhu - la soeur de Ram - et moi nous retrouvons également chez Ram, de 9h30 à 11h, et utilisons son vieil harmonium.

S'étant assurée dans les premiers cours que je chante juste, elle commence déjà à m'apprendre les bases du raga*. Moi qui croyais les connaître en gros, je remets toute ma belle science au placard, celle que j'étalais allègrement en France dans mon magazine ou dans mon association. Je n'étais pas à côté de la plaque, mais il me manquait des cases.
J'en profite pour m'initier à l'harmonium, petit clavier en bois couvrant trois octaves joué de la main droite pendant qu'on actionne le soufflet de la main gauche.

Lorsque nous nous retrouvons à la maison parmi les singes, Vincent et moi révisons et pratiquons dès que possible. Après tout, la musique a été le moteur déterminant de ce voyage.

Dans les rues, nous avons vu énormément de groupes d'enfants aujourd'hui, qui chantaient ou criaient. Nous avons l'explication le soir en accompagnant Ram à une "école sociale pour enfants pauvres" où il doit chanter gracieusement à l'occasion de la journée des enfants.

Il lui arrive souvent de jouer en public, car avec les cours de tabla c'est son gagne-pain. Il chante très bien et s'accompagne de son superbe et rutilant harmonium de scène, lourd et volumineux, qui couvre quatre octaves.

Ram nous emmène donc.
C'est de l'autre côté de la ville, pas loin de la Benares Hindu University (BHU), et nous montons à trois dans un rickshaw* avec l'harmonium.
Ce trajet m'a semblé interminable à cause de l'inconfort : seul Vincent était assis au milieu, Ram et moi chacun sur un bord en équilibre sur une fesse. Le type peinait tant à pédaler pour nous tracter (nous étions tout de même trois hommes adultes au lieu de deux + un harmonium conséquent, et il n'avait pas un pédalier dix vitesses!), que je questionnai Ram sur le rude travail et l'ingrate condition de cet homme.
Ram me dit que ces gens ne sont pas malheureux et n'ont rien à foutre de notre pitié. Il ajouta que si nous voulions épargner ces efforts à cet homme, il n'aurait plus de gagne-pain, et que nous pouvions être assurés qu'il était ravi que nous l'ayons choisi.
Lorsque nous arrivâmes enfin sur place, j'avais tellement mal au cul et aux jambes que j'aurais préféré échanger ma place avec le pauvre chauffeur ou courir derrière plutôt que de faire cent mètres de plus!

La nuit était fraîche et le quartier mal éclairé. La fête battait déjà son plein. Les flonflons nous parvenaient dans la rue, où nous attendîmes encore vingt minutes celui qui allait accompagner Ram aux percussions. J'en profitai pour regarder le ciel étoilé.
Etrange, je n'arrivais pas à trouver mes repères habituels, tout semblait bien décalé. Pourtant nous sommes toujours sur le même hémisphère et sur une latitude pas si éloignée...

Le tabliste* arriva enfin et nous pénétrâmes dans la grande salle où venait de résonner du sitar et des tabla.
Le présentateur céda la place à un quinquagénaire à l'air important qui tint un discours je suppose sur les conditions inacceptables de nombreux enfants indiens, et de l'utilité de ce genre d'institution. Il fut dûment applaudi.

Je remarquai dans le public de nombreux occidentaux, principalement des jeunes filles européennes dont certaines étaient très jolies. Des étudiants de la B.H.U. probablement.
Nous conclûmes d'un commun accord avec Vincent que les jeunes indiennes avaient vraiment quelques choses de plus...

Deux troupes d'enfants enchaînèrent trois spectacles de danse, le style de spectacle qu'on peut qualifier de mignon et qui n'est en général apprécié que par les parents et le personnel d'encadrement, et une saynète de mini-théâtre plutôt réussie dont je passerai ici les détails.
Entre les deux troupes, un trio interpréta deux raga que je n'ai pas reconnu, sans alap*, avec un tabliste dont on n'entendait pas le dughi* et un bon joueur de Mohan-veena, guitare-slide indienne tenue à plat.
Du chaï* gratuit tournait et la salle était comble.

Ce fut enfin le tour de Ram. chaque spectacle ne devait pas durer plus d'un quart d'heure et il devait donc ne chanter que deux chansons. Mais le présentateur ne le connaissant pas et ignorant qu'il devait être en quelque sorte la vedette de la soirée, il lui demanda de n'en chanter qu'une en raison du retard sur le programme. Ram fut vexé mais ne le montra pas tout de suite. Il chanta une chanson sur Krishna et Radha, excellente performance, soutenue par le jeu superbe et puissant en keherwa* du tabliste, à la suite duquel le public enthousiaste en redemanda.
Mais Ram ne voulut rien savoir, il rangea son harmonium et quitta aussitôt la scène. Le présentateur s'étant entre temps aperçu de sa qualité et ayant appris le statut de Ram, vint s'excuser et l'implorer d'interpréter tout de même sa deuxième chanson, qui de plus était particulièrement réclamée par les enfants, mais Ram, têtu, nous entraîna dans le hall où nous bûmes le thé en compagnie d'un homme important et du tabliste, dont j'ai oublié le nom.
Ce dernier est particulièrement sympathique et ouvert. Il parle un anglais parfait, différent de celui des indiens en général (et de Ram et Manjhu en particulier, qui est à la limite du compréhensible : ils n'arrivent pas à prononcer les sons Fe, Ze, Che et We, qui deviennent Pe, Te, Se et Ve. Les R sont tous roulés à tel point que ce ne sont que des L, et le Th anglais devient T). Il m'explique qu'il fait des études dans une école anglaise, la plus réputée, et ça se sent : un homme cultivé. On se promet de se revoir.

Le retour en rickshaw fut moins éprouvant pour moi car cette fois c'est moi qui me suis mis au milieu.
Arrivés devant chez lui, Ram nous a convié à passer fumer un shilom*, ce que nous acceptâmes volontiers.

Nous sommes finalement rentrés à la maison en fin de soirée, munis d'un précieux sachet de 300 grammes de ganja* qu'il nous a offert, après nous avoir interprété la fameuse chanson : il fallait qu'elle sorte ce soir, nous expliqua-t-il, il ne pouvait plus la retenir, et nous en eûmes l'exclusivité privilégiée!




*Raga: thème modal basé sur une gamme précise adaptée à un moment de la journée, servant de base à l'improvisation d'un soliste. Figure basique principale de la musique classique indienne.
*Rickshaw: petit taxi tricycle apparenté au cycle 'pousse-pousse' chinois, dont le siège accueille deux personnes sur la version vélo et quatre sur la version cyclomoteur. On en voit partout dans les villes indiennes, mais la version vélo n'existe plus que dans la région de Bénarès.
*Tabliste: musicien jouant des tablas, instruments de percussion extrêmement raffiné et répandu en musique indienne.
*Alap: Introduction sans percussion au raga, où les notes de la gamme sont présentées et explorées une par une puis deux par deux puis trois, etc, en une improvisation suggérant le thème.
*Dughi: ou Bayan: Élément le plus grave des deux tabla.
*Chaï: (prononcer tchaï) Thé au lait et aux épices (gingembre, cardamome, cannelle, poivre, girofle).
*Keherwa: Rythme en 8 temps, réservé souvent à la musique populaire.
*Shilom: Pipe droite en forme d'entonnoir étroit, servant à fumer la ganja.
*Ganja: Mélange de têtes et feuilles de cannabis particulièrement chargées en THC. En Inde, sa vente et sa consommation sont interdites officiellement, mais tolérée car trop répandue, sacrée par certains sadhus, et reconnue thérapeutique.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Premier journal de voyage en Inde (2000)   Premier journal de voyage en Inde (2000) EmptyMar 1 Mai 2007 - 1:20

CARTE POSTALE

postée le 17 novembre 2000





Je voudrais te dire le parfum des mangues-melons,
les couleurs qui sourient au delà de leur fanaison,
la malice des singes rois des toits de la ville,
l'omniprésence débonnaire des vaches à bosse
la beauté timide des indiennes,
les odeurs d'épices et d'encens qui parlent encore de sacré ;

j'aimerais te dire la misère vécue non comme un martyre mais comme un sacerdoce éphémère,
le regard perçant et éclairé des sadhu,
la curiosité dans les yeux de jais des enfants,
le goût et la douceur d'un lassi à la rose préparé dans les règles de l'art,
les reflets chauds et veloutés de la soie pure qu'on te déroule avec une emphase millénaire ;

je voudrais te dire la sérénité d'une errance en barque sur le Gange sacré,
la liberté des apparences et le peu de souci qu'on finit par en faire,
l'absence du superflu et du superficiel,
l'inaction vécue non comme ennui mais comme recueillement,
le transport des innombrables appels à la prière
s'élevant ensemble des minarets musulmans dans les brumes incertaines de l'aube
le silence requis à l'aune du tumulte,
et surtout la langueur mélancolique de t'évoquer à mes côtés.

Je voudrais te dire tout cela, te l'expliquer, et bien plus encore, mais les mots seraient si réducteurs, si faibles et misérables.
Il nous faudrait partager leurs sources et, comme l'amour, ce partage serait multiplicateur.

Ces lieux sont un havre d'amour, de paix et de sérénité.
Mais mon havre souverain c'est toi.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Premier journal de voyage en Inde (2000)   Premier journal de voyage en Inde (2000) EmptyJeu 3 Mai 2007 - 3:09

LES GHATS

21 novembre 2000

Premier journal de voyage en Inde (2000) 1014343-Dasaswamedh-ghat--the-main-ghat-0
Dasashwamedh Ghat, mon repère


Nous allons souvent nous promener au bord du Gange, déambuler le long des ghats.
De l'autre côté du fleuve, côté est, il n'y a rien. Un horizon de terre plate marécageuse, avec des arbres et des arbustes. La vue de ce rien est apaisante. Lorsque le Gange déborde, c'est de ce côté désert, ce qui préserve les ghats côté ville.
Les ghats, ce sont les quais, tous surmontés d'escaliers, qui bordent la rive ouest, tels d'innombrables parvis sortant de l'eau et menant à la ville

Chaque ghat a un nom, une histoire, souvent en rapport avec l'hindouisme, et constitue un petit quartier avec ses loueurs de barques, ses masseurs, ses monuments, ses riverains, ses habitués, du mendiant au joueur de carrom, du sadhu à la petite vendeuse de chaï.
Certains ghats ont une particularité, une "spécialité locale": l'un est l'endroit habituel où vont se baigner les vaches, l'autre est le terrain idéal pour les enfants qui viennent jouer au cricket... Sur le Syndhya Ghat par exemple, un temple dédié à Shiva, ou plutôt sa moitié supérieure, émerge de la plage de boue qui borde le Gange.
Il est si ancien que sa base est enfoui, relégué à jamais au passé multi-millénaire. De plus il est légèrement penché. Actuellement le niveau de l'eau atteint le haut des grandes colonnes du parvis, et il continue peu à peu à s'enfoncer paraît-il.

La crémation des morts se fait sur des ghats particuliers. Lorsqu'on les longe par derrière, en haut des escaliers, se succèdent des tas de bois. Ce bois est vendu au poids aux familles qui viennent brûler leurs morts, et lorsqu'ils n'ont pas assez d'argent les morts ne sont pas brûlés entièrement, et on peut voir d'ignobles restes au milieu des cendres jetées au Gange.
Les photos y sont proscrites et sacrilèges: j'ai vu un touriste américain se faire courser pour ça.

Le quartier où nous habitons, Godaulia, est celui des artistes et des artisans, du marché aux légumes, et des musiciens. Lorsque nous descendons de chez nous jusqu'au Gange, nous nous retrouvons sur le Dasashwamedth Gath.
Nous voulions faire un tour en bateau et avons loué une barque avec l'aide de Ram, qui a tenu à nous accompagner, et même à ramer.
Donc Ram rama. (ben oui!)

Au moment de partir du quai, une petite fille des rues s'est précipitée à bord : elle voulait nous vendre un de ces petits bols en feuilles séchées contenant des fleurs oranges et blanches, et au milieu une petite bougie de ghee (beurre clarifié), qu'on allume lorsque la nuit tombe, et qu'on laisse flotter sur le fleuve en offrande aux dieux.
Effet féerique garanti.

Puis nous avons déambulé sur les eaux calmes et vertes du Gange, juste pour le coucher du soleil.
La promenade à la rame sur le Gange est un des moments quasi-incontournables de la visite touristique à Bénarès. Mais il faut reconnaître que c'est à juste titre.
Le fleuve est si large et tranquille que c'est une occasion idéale de s'isoler, de méditer ou, pour certains, de flirter.

Nous nous sommes contentés de parler politique, car hier tout l'état d'Uttar Pradesh votait pour son gouverneur. De nombreux partis sont en liesse, mais les favoris et adversaires traditionnels sont le BJP, intégrisme hindou, majoritaire au gouvernement, et son opposant le parti du Congrès, dirigé par Sonia Gandhi.
J'ai demandé à Ram ce qu'il votait, et il m'a expliqué qu'il a toujours voté pour le BJP (il est hindou, Brahmane), mais qu'à chaque fois qu'ils sont au pouvoir rien ne fonctionne vraiment, alors que le Congrès a déjà fait avancer pas mal de choses.
Il a voté donc cette fois pour le Congrès.

A l'occasion de la journée de vote hier, les rues étaient baignées d'un calme inhabituel, car tout ferme pour les élections, même les taxis ne travaillent pas. Donc exceptionnellement pas de klaxons et de circulation frénétique. Dommage que nous n'ayons pas pu en profiter, car nous étions malades, rhume et intestins, tous les deux.

Aujourd'hui, tout est revenu à la normale. Après notre balade en bateau, nous allons déambuler le long du Gange vers le sud, vers Assi Ghat, le secteur des hôtels de tous les touristes occidentaux (et japonais bien sûr).
Nous y rencontrons Clément, un membre de l'association de Montpellier qui s'inscrit à toutes les sessions de cours de tablas que nous proposons en collaboration avec mon ami Rashmi Bhatt, musicien émérite international, intime du grand Zakir Hussain.
C'est assez amusant de rencontrer Clément ici, et nous sortons les habituelles banalités sur la petitesse du monde.
Il nous présente Alex, un autre musicien qui débute les cours de tablas cette semaine.

Nous finirons tous les quatre la soirée au Ganga- Fuji, restaurant minuscule mais toujours plein à craquer. On peut y assister tous les soirs à des concerts de musique classique indienne.
Ce soir un sitariste et un tabliste ont joué le raga Desh en teental.
Le raga Desh est un raga de la nuit, nous l'entendons donc dans un moment approprié.
La gamme ascendante est pentatonique, mais la gamme descendante ajoute deux notes subtiles, caractéristique particulière à ce moment de la nuit.

Je laisse mon regard vagabonder sur tous ces gens entassés dans la pièce et me rends compte que tous, absolument tous sont en train de sourire.
Je digère mon repas avec un chaï et un shilom et me laisse bercer par cette musique subtile et cette ambiance de joie chaude et épicée, en me disant que certains français que je connais doivent être en train d'éructer du cloclo dans un karaoké de bord de voie rapide.
Et je fixe cet instant dans ma mémoire, sachant que lorsque je serai vieux je l'évoquerai en me disant "c'était vraiment le bon temps".

Premier journal de voyage en Inde (2000) Ghatpic1zz

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Dernière édition par le Dim 2 Sep 2007 - 5:03, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Premier journal de voyage en Inde (2000)   Premier journal de voyage en Inde (2000) EmptyVen 4 Mai 2007 - 5:31

NOTES, PIZZA & DAUPHINS



27 novembre 2000

Avec les jours, nous accumulons les leçons de musique. Vincent commence à s'aventurer aux tabla dans des variations infernales du teental, le fameux rythme à 16 temps.
Pour ma part c'est différent. Je suis obligé d'apprendre la théorie musicale depuis le début, paraît-il, pour chanter. Moi qui n'ai jamais fait l'effort de me mettre au solfège, je m'y mets enfin contraint et forcé, mais avec un système différent du nôtre.
Sa re ga ma pa dha ni sa : pas de portées, de croches, de clés de sol de fa ou d'ut, juste ces notes, en fait des correspondances d'écart, adaptables sur n'importe quelle tonalité, agencées de façon très simple, mais interprétées avec subtilité sur des gammes millénaires, et autour d'une émotion particulière, d'une ambiance même, ou d'un état d'esprit.
On appelle ça un raga.

Une précision tout de même sur le nom de ces notes, qui sont en fait des abréviations:
SA: Shadja (père des six autres), RE (ou RI): Rishabha (le taureau), GA: Gandhara (parfumé), MA: Madhyama (mèse, son moyen), PA: Panchama (cinquième note), DHA: Dhaivata (subtil, pondéré) et NI: Nishada (assis).
Ce serait en partant de ce système indien que Guido d'Arezzo au XIe siècle aurait eu l'idée de représenter nos notes par des syllabes qui peuvent être chantées, et il choisit les premières syllabes des vers de l'hymne de Saint Jean "Ut Queant Laxis".
Il existe pour toutes ces notes, sauf pour la tonique et la quinte, des nuances dans la hauteur des sons utilisés dans les différents modes.
Les musiciens occidentaux font à peine une différence entre un ré dièse et un mi bémol mais elle est arbitraire et mal définie. Dans la musique indienne ces intervalles sont extrêmement précis et nombreux! Un octave est divisé en soixante-six intervalles (inégaux en plus) dont vingt-deux sont utilisés couramment dans la pratique. Ces derniers sont appelés des shruti. Chacun a un nom également, mais je fais court (!).

Alex, un musicien français que nous avons rencontré la semaine dernière et avec qui nous avons joué quelques fois, est parti hier en train pour Shantiniketan, la fameuse université d'art fondée par R. Tagore près de Calcutta, fonctionnant comme un ashram.
Il paraît que c'est très paisible, retiré et particulièrement indiqué pour y étudier.
C'était le lieu de retraite favori de Tagore.

Alex ne supporte plus les bruits de la ville, les klaxons et les gens ; il n'arrive pas à étudier les tabla dans ces conditions.
Nous avons quand même eu le temps d'enregistrer quelques échanges musicaux : il est pianiste, je lui ai donc prêté l'harmonium que Ram m'a prêté pour travailler, et il avait avec lui son didjeridoo qu'il maîtrise admirablement.

Nous avons également eu droit au son du sarod avec Mario, un allemand qui étudie ce fascinant instrument à Bénarès ; et Bobby, un anglais d'origine indienne, nous a présenté David, un australien qui a une guitare!
Hier, ce dernier est venu nous rendre visite, et j'ai enfin pu jouer un peu de guitare, ça me manquait.

Nous sommes tous allés dans un restaurant où on sert, paraît-il, des plats italiens et des pizzas! Ce qui est exceptionnel, le pain et le fromage n'existent pas ici!
Qu'à cela ne tienne, me dis-je, commandons une pizza...
Monumentale erreur!
La sauce tomate inexistante, à la place quelques pauvres rondelles mal cuites, et le fromage (on en a que si on commande la pizza au fromage) est réduit à une espèce de matière blanche entre Mo(-vai-)zarella et Vache-qui-rit (jaune).
J'ai également aperçu des spaghettis (qu'ils écrivent sapagaty) qui avaient plus l'air de sentir le curry que la sauce tomate.
En revanche nous avons goûté le bhang-lassi au poivre : le lassi est une boisson rafraîchissante qui mélange le lait à du curd (yaourt en mieux), parfumé à l'eau de rose ou aux épices, mais le bhang-lassi est censé contenir du cannabis. Effet détonnant garanti! (surtout lorsqu'on demande "hard"). Ce fou de David en a pris deux alors qu'il en avait déjà pris un dans l'après-midi. Il n'en pouvait plus.

Après le restaurant, nous somme allés nous asseoir sur un ghat presque désert. Un calme incroyable comparé à l'activité grouillante de la journée.
Vers 23h, nous avons même entendu des cris de dauphins dans le Gange.
Alex en a déjà vu, il nous confirme, mais ce ne sont pas les dauphins marins, leur tête est légèrement différente.

Sur ce mystère, Vincent et moi sommes rentrés à la maison, le vacarme de la liesse nous attendait dans les rues.
Les indiens sont toujours en train de fêter quelque chose.
Ce week-end c'était la victoire des intégristes hindous du BJP aux élections.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Premier journal de voyage en Inde (2000)   Premier journal de voyage en Inde (2000) EmptySam 5 Mai 2007 - 17:44

LA GUITARE-COBRA



1er décembre 2000

Depuis deux semaines, je prospecte, j'arpente Bénarès ça et là à la recherche d'un luthier qui sera capable de réaliser la guitare-veena-cobra de mes rêves, armé du plan et du design que j'ai dessiné sur une page d'un cahier de Ran-dhir.

Ce serait une guitare inspirée de celle que John McLaughlin utilisait dans son groupe Shakti, avec cordes sympathiques, mais avec en plus une septième corde, plus basse, plus encore 2 cordes chikârî, rythmiques aigües, comme sur un sitar ou un sarod, et avec les touches du manche incurvées concaves pour jouer à l'indienne. Ne trouvant pas de guitare-veena, autant me créer la mienne.
Mais ici personne n'est connaisseur en guitare et ne peut vraiment me renseigner.

Premier journal de voyage en Inde (2000) Guitarecobra8cj


J'ai fini par trouver un facteur de sitars et tempuras assez réputé qui était intéressé par mon idée.
Avant-hier il m'a demandé de lui laisser mes plans pour qu'il les étudie, et de revenir le lendemain.
J'y suis donc retourné hier, et il m'a expliqué qu'il est capable de la réaliser mais qu'il mettrait de préférence un manche de sitar, parce que les cordes sympathiques ne servent à rien si elles ne sont pas parallèles avec les principales, les vibrations ne communiqueraient pas et il n'y aurait pas sympathie. Il est catégorique et s'y connaît.
Cela veut dire que la guitare Shakti ne serait que de la frime?!

Il faut donc repenser mon concept autrement, et j'avoue que je n'ai pas trouvé de solution pour que les cordes sympathiques soient alignées sous les cordes principales sur toute la longueur.
De plus il m'apprend qu'il lui faudrait minimum trois mois et qu'il m'aurait demandé au moins 25000 roupies, environ 4000 francs. Je n'aurais donc pas pu.
Pas de chance, je voulais ramener un instrument nouveau et original, adapté à mon jeu.
Je louche sur la Mohan-veena, mais elle est trop chère (12000Rs), et elle ne peut être jouée qu'à plat et en slide.
Je me rabattrai certainement sur l'achat d'un sarod, bien que ce soit un instrument très difficile à maîtriser, ou bien un esraj, sorte de mini-sitar qui se joue à l'archet comme un violon, mais que je pourrais jouer aux doigt en l'adaptant.

En attendant, je n'ai plus de sous et attend impatiemment de recevoir mon RMI par Western Union.
Vincent, c'est pire: il vient d'apprendre que son projet RMI a été refusé (d'apprendre la percussion indienne et l'enseigner ensuite en France), il ne touche donc plus rien. Nous allons vivre à deux sur mon RMI jusqu'à la fin du séjour, et devrons nous restreindre.
Nous risquons même de devoir rentrer plus tôt que prévu.
Alors en attendant, nous sommes restés souvent ces jours-ci à la maison à travailler la musique.


MIKAELA

Depuis quelques jours une italienne, Mikaela, a emménagé au premier étage, réservé aux gens de passage.
Elle vient souvent en Inde, et la dernière fois elle y a passé un an. Elle parle couramment le hindi et suit des cours de sanskrit et de urdu à la BHU. Nous communiquons en anglais. Elle est très charmante et très douce.
Elle nous a invité à boire un thé dans sa chambre, spartiate, fonctionnelle, et passe quelquefois nous voir.
Nous, nous sommes séduits, évidemment. Et ça a l'air d'être le cas de tous les hommes qu'elle rencontre. On dirait qu'elle les connaît tous, sans être avec aucun.
Nawal, le vendeur de musique, par exemple est l'un de ses meilleurs amis sur Bénarès. Elle connaît Ram aussi, que le monde est petit, et a l'air de l'avoir complètement séduit.
Un descendant de Maharaja, en fait le fils du Raja de Bénarès est, d'après ce que j'ai cru comprendre, amoureux d'elle, et sa femme a déjà créé des problèmes à Mikaela.
Elle avait commencé à prendre des cours de flûte chez un vieux guru, mais celui-ci s'est tellement attaché à elle qu'elle a préféré arrêter ses cours.
Et pour couronner le tout, que le monde est décidément minuscule, Mikaela est sortie avec Rashmi! Notre Rashmi Bhatt qui donne des cours de tabla pour nous à l'association de Montpellier!

Vincent et moi nous efforçons de garder la tête froide et de penser à l'amour et la confiance de nos moitiés respectives...

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Premier journal de voyage en Inde (2000)   Premier journal de voyage en Inde (2000) EmptyDim 6 Mai 2007 - 19:19

BARPA



7 décembre 2000


Après quinze heures de route, train, bus, toit de jeep et marche au milieu des rizières, nous avons atteint hier le village où vit la famille de Ram, Barpa, paumé au beau milieu de l'état du Bihar.
Le Bihar est l'un des états les plus pauvres de l'Inde. Sa population est égale à celle de la France.
La vie y est si simple, sereine et authentique que notre dépaysement atteint son paroxysme. Nous avons encore franchi un pas vers un idéal d'humanité, et je ne sais pas si nous pourrons trouver mieux.
De Paris, nantie et pervertie, nous sommes passé à la méfiance et au fanatisme sous-jacent de Karachi, puis à Delhi, fourmilière urbaine et polluée, pour atteindre Bénarès, plus amicale, mystique et magique, mais parasitée par le tourisme et les sollicitations innombrables qu'il provoque lorsqu'on y circule.

Ici nous sommes évidemment des extra-terrestres. Les villageois et surtout les enfants s'attroupent autour de nous et restent là à nous regarder, même si nous restons immobiles et inactifs, ou nous suivent en bonne escorte.
Jamais aucun touriste ne s'aventure dans ce coin paumé de l'Inde où aucun véhicule ne peut parvenir. Pour l'atteindre, il faut le faire exprès, voire le mériter.
Le village ressemble à ce que tous les villages du moyen-âge devaient être, en tout cas dans mon imaginaire personnel. Pas d'électricité bien sûr, et eau du puits, qui est très bonne paraît-il, et nous prenons le risque de la boire telle quelle, avec confiance.
Le chauffage, c'est le feu, le bétail, le foin et la bouse de vache.
La bouse séchée es une ressource idéale dont les vertus innombrables sont connues en Inde depuis quatre ou cinq mille ans : c'est notamment un combustible pratique et durable et un crépi isolant.

L'agriculture est la principale, sinon la seule activité des autochtones avec l'élevage, et leur permet de fonctionner en autarcie. Elle est constituée surtout de rizières, de cannes à sucre et de manguiers, à quoi il faut ajouter de nombreuses parcelles potagères.
Le climat est très aride-chaud, la région absolument plate, avec un horizon toujours lointain, comme esquissé à l'aquarelle très diluée, des palmiers de partout, des manguiers à la prestance magnifique rivalisant avec celle des magnolias, des bananiers, des touffes géantes de bambous énormes (j'en ai vu de vingt centimètres de diamètre), des banyans enchevêtrés de racines, et des "seesams" comme on dit ici, dont on fait paraît-il les meilleurs tabla : j'ignore le nom occidental de cet arbre.
Et des champs... plats, de partout.

La famille nombreuse et les amis de Ram se rassemblent aujourd'hui pour célébrer la fin de la période de trois ans lors de laquelle le fils (ici le frère aîné de Ram) et sa femme doivent vivre dans la maison parentale après leur mariage. A partir de demain, ils s'installent enfin dans leur propre maison que tout le monde a aidé à construire, juste à côté.

Une centaine de personnes se rencontre et se fait servir des amuses-gueules à l'indienne, du chaï, et un repas végétarien préparé dans des plats énormes.
Les femmes restent de leur côté: dans les cuisines.

Avant le repas, vers vingt heures, une puja (célébration) inoubliable met tout le monde en scène. Dans la pièce centrale de la maison, la cuisine à ciel ouvert, le père tient un thali (assiette en feuilles séchées) où brûle une grosse bougie de ghee (beurre clarifié), et c'est la seule lumière. Il la passe sous les feuilles d'un tulsi (basilic) en chantant, et tout le monde chante debout sous le ciel étoilé. C'est une mélopée dominée par les voix graves des hommes, rythmée et atonale, me rappelant les chants tranquilles des vieux amérindiens.
Instants magiques qui resteront longtemps gravés dans notre mémoire.

On nous a aménagé un coin pour dormir dans la grange aux vaches, ce qui est un grand honneur, summum d'hospitalité par ici, avec du foin partout, recouvert de tapis et de tentures. Le lit idéal.

J'ai fait le clown pour les enfants lorsque j'ai mangé ma première canne à sucre, feignant de lutter contre sa résistance, et dès qu'ils me croisent, ils rient ou me miment en train de faire le con.

Tous ces gens sont adorables, beaux et souriants. Aucun n'est intéressé, contrairement à ceux des villes, sinon de par leur curiosité immense. Facile à comprendre.
Vincent prend de nombreux clichés, mais aucune photo ne pourra témoigner de ce que nous vivons ici, et de ce que ça apporte à nos coeurs. De ce que ça remet en question aussi, dans notre conception même de la vie.


11 novembre 2000

Une réunion entre hommes autour du feu, sans cesse alimenté de palmes de cocotiers, pour économiser le bois, précieux ici en hiver... chants sous les étoiles.

Des repas extrêmement épicés à base de riz, de dal (sorte de féculent entre la lentille et le pois chiche, préparé en soupe), et de légumes en sauce, le tout accompagné de chapatis (petits pains-pita de la taille d'un CD) et présentés sur de grands thali. Pas de couvert, seulement la main droite, lavée avant et après à l'eau.
Après le repas, les femmes peuvent manger à leur tour.

Encore une nuit froide mais confortable sur la paille à côté des vaches.

Le matin, le brossage des dents, long et méticuleux, se fait à l'aide d'une branche de babul ou de magnolia préalablement mâchée, ou bien à l'aide d'une poudre rouge au gingembre.

Les hommes rotent, crachent après d'énormes raclements préalables, et se mouchent directement dans l'air, sans mouchoir (ici les mouchoirs n'existent pas), ce qui me surprend au début, mais finit par devenir aussi naturel, pratique et simple pour moi que pour eux qui n'ont jamais connu les manières coincées des occidentaux.
Ils trouvent au contraire révoltant par exemple de recueillir sa morve dans un bout de tissu et de le mettre dans sa poche, ou désopilant le fait de manger la bouche fermée, ce qui est contre nature. Ils se sont bien moqué de nous lorsque nous leur avons expliqué que ce sont nos traditions, et se sont même amusés à nous imiter.

J'offre aux enfants du village des petits spectacles à base de clowneries, de chansons (ils adorent et me réclament sans cesse La mauvaise réputation de Brassens quand j'imite la voix du vieux Georges en mimant l'histoire, et se joignent à moi chaque fois), d'acrobaties (je me suis dépassé, et je n'ai pas perdu la forme autant que je le croyais depuis que j'ai arrêté le kung fu), de tours d'adresse, jongleries et même de blagues en français auxquelles ils ne comprennent rien, mais qu'ils me réclament souvent, avec le mîme.
Ce qu'ils ont préféré, c'est apprendre à péter sous le bras, en comprimant l'aisselle de la main! Une vraie révélation qui va faire long feu ici, je le sens!

La toilette est difficilement intime puisqu'il n'y a qu'une fontaine à pompe en plus de celle de la cuisine. Il faut obligatoirement garder un linge sur les reins.

Le soir les hommes se réunissent autour d'un shilum pour fumer la ganja familiale. "Good quality".

Hier matin, le coiffeur-barbier du village est venu rafraîchir la tête des hommes avant la cérémonie du départ des meubles et de la femme (dans l'ordre) du marié.
Sur un coup de tête, je prends la décision de me faire entièrement raser le crâne. Du beau boulot, à l'eau claire. C'est tout nouveau pour moi, et je décide de garder cette "coupe" pour toujours, en souvenir de ce séjour et de ces gens. Ils comprennent et apprécient.


12 novembre 2000

Ce matin est le dernier à Barpa. Pas de grands adieux, de poignées de mains et d'interminables promesses. Les indiens n'ont pas la même conception de la politesse que nous: jamais de "s'il vous plaît" et d'"au revoir". Lorsqu'ils reçoivent un cadeau ils ne diront pas merci et le poseront de côté ; sa découverte et l'émotion qui en découle restera intime et pudique.
En revanche, le "namasté" ou "namaskar" de bienvenue est apprécié, et un inconnu peut entrer dans une maison et dire qu'il a faim, il aura toujours quelque chose à manger, avec le sourire...

Nous quittons Barpa escortés à nouveau par les enfants qui se disputent pour être à nos côtés. Les regards sont profonds, chargés d'un amour universel, une sorte de solidarité à l'échelle de l'humain, de l'espèce. Une énergie presque tangible.

En effet, ils savent que nous retournons vers l'enfer des villes
et qu'ils ne nous verrons probablement plus jamais.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Premier journal de voyage en Inde (2000)   Premier journal de voyage en Inde (2000) EmptyMar 8 Mai 2007 - 5:30

GANGA PUJA


Premier journal de voyage en Inde (2000) Gangapuja1ri4



Force de Shiva, force de la dévotion,
cercles de flammes, cercles encensoirs purifiant l’air,
gestes circulaires,
séculaires
cercles autour de la chandelle fleurie
que le fleuve emporte à la nuit,
cercle des dévôts autour, assis par terre,
cercle de la lune dans l’eau du Gange et dans le ciel.

Force du cercle et son omniprésence,
celle des cycles et des éléments.
Tout est lié.
Vaishnava est dans le feu, l’air, l’eau, la terre et le ciel.

Force des tambours et des cloches,
arythmiques comme la vie,
transcendants comme la foi,
inéluctables comme la mort.

Vacarme pénétrant la chair et les os,
tout n’est plus que vibrations,
pulsation anarchique, échantillon du chaos,
car le chaos est partout, et comme Shiva,
il n’est pas seulement destruction,
il est diversité, hasard, art.

Le brahmane drapé d’orange se retourne,
ou plutôt son corps: lui est ailleurs.
Tout s’arrête.
Il empoigne une conque
et y souffle une note unique, animale.

Le chant peut commencer.
Ganga Puja

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Premier journal de voyage en Inde (2000)   Premier journal de voyage en Inde (2000) EmptyMer 9 Mai 2007 - 14:25

16 décembre 2000

Après les raga Bhupali et Vrindavani-Sarang, j'ai attaqué cette semaine le raga Yaman, fameux et langoureux.
Manju parle trop peu l'anglais et moi trop peu le hindi pour une profonde compréhension, mais la communication est malgré tout suffisamment établie entre nous pour qu'elle puisse m'enseigner les subtilités du chant indien.
Je voulais savoir le sens des paroles que je chante, afin de m'imprégner plus encore du sentiment à vivre et à donner. Elle est étonnée, je suis le premier à le demander.

J'ai pu avoir finalement le sens de chaque phrase grâce à Ram, et j'en tire des traductions cohérentes.
Cela m'aide énormément, car je ne chante plus des syllabes en chaîne, mais à présent des mots et l'émotion qu'ils dégagent.

Nous avons rencontré un couple de français, montpelliérains depuis cet été, Julien et Lucie. Ils débutent aussi les cours de Ram et Manju.

Julien a une guitare classique et me l'a prêtée 2 ou 3 jours et avec Vincent nous avons enfin pu répéter quelques morceaux de notre répertoire de Santal.
Nous n'oublions pas que nous devons donner un concert juste en rentrant en France au théâtre du Minotaure à Béziers. Ce passage en revue n'était pas superflu, mais vu le contexte, de nouvelles idées d'arrangements ont tendance à fuser...

Hier c'était l'anniversaire de Vincent et je nous ai fait un festin, avec du dal délicieux et du bon chaï au lait entier. Depuis que j'ai acheté tout le nécessaire pour cuisiner moi-même, nous nous faisons des petits plaisirs. Vincent tente pour la première fois de faire la pâte à chapati et c'est plutôt réussi. Il passera vite maître dans cet art, d'ailleurs!
Quelques pétards ont salué notre digestion.

Ce midi Mikaëla est passé nous voir alors que je préparais le repas. Je l'ai servie mais elle n'a pas daigné y goûter malgré mon insistance, elle n'était venue que minauder et nous faire les yeux doux. J'avoue avoir été un peu vexé.
Elle commence à user notre patience avec son petit jeu d'allumeuse, mais pas notre fidélité.

Mais tout porte à croire que Ram s'y est fait prendre, lui.




19 décembre 2000

Mauvaises nouvelles de France qui entament sérieusement mon moral.
Je ne rentrerai pas ici dans les détails, mais tout porte à croire que mon couple est au plus mal, à cause de la distance, de l'incompréhension, de mon absence et de sa solitude...

Je guette chacun de ses messages, avec quelques bribes d'espoir de plus en plus vain, et cette expectative désespérée occulte tout ce qui peut m'arriver ici désormais.

J'ai tant rêvé d'être ici, au coeur de l'Inde mystique et artistique, Bénarès, mon rêve de tant d'années. Et maintenant que j'y suis, mon coeur est trop déchiré pour en profiter pleinement.

Je vais peut-être arrêter ce journal de bord.

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MessageSujet: Re: Premier journal de voyage en Inde (2000)   Premier journal de voyage en Inde (2000) EmptyJeu 10 Mai 2007 - 22:23

SANJU L'INTOUCHABLE



22 décembre 2000

Avant-hier nous sommes retournés manger au restaurant New Star, où nous étions devenus des habitués avant de faire nous-même notre cuisine. On l'appelle entre nous "chez les Brahmanes" car il est effectivement tenu par des membres de la caste supérieure. On y paye 15 rupees (2 francs) le thali, avec rab de tout à volonté, que ce soit le riz, la viande, les légumes, la sauce ou les chapatis!

On y a rencontré Christelle, une française qui débarque du Népal et qui est allée avant en Malaisie et en Thaïlande. Elle compte partir pour les Îles Andaman qui sont sévèrement protégées.
On l'a invitée pour un chaï et un repas à la maison et on a discuté à bâtons rompus sur la foi, la méditation, l'amour et toutes sortes de grands sujets sur lesquels tous les trois avions chacun un avis différent. Vincent s'en est donné à coeur joie sur son fameux concept d'altruisme/égoïsme en matière d'amour (il ramène presque tout à l'égoïsme).

En fin de soirée, j'ai raccompagné Christelle à son hôtel, car la nuit il n'est pas bon de se balader seul, surtout quand on est une fille occidentale. Au Shivesh Lodge avait lieu une petite veillée à la bougie sur le toit. Je m'y suis tant attardé que lorsque je suis rentré à la maison, vers 1h30, tout était fermé à clef, Rajhan nous avait effectivement prévenu au début de cette mesure de sécurité. Je n'y avais plus pensé, tellement j'ai l'habitude de pouvoir entrer partout la journée.

Tout le monde dormait donc. Ou je sonnais et réveillais toute la famille, ou j'étais à la porte pour la nuit.
Je choisis la deuxième solution: passer une nuit blanche à arpenter Bénarès, bonne occasion de m'enfoncer dans la déprime dûe à mes problèmes de coeur.
Marcher dans le froid, dans les rues sales où la nuit les ordures sont brûlées à même le sol, croiser les mendiants intouchables, les chiens affamés, les singes et les rats, en me morfondant sur mon amour qui m'échappait, sur la rupture qui n'avait pas encore été formulée, mais qui était déjà sous entendue.
En pensant "que vais-je devenir à présent?"

Alors que je pleurais égoïstement sur mon sort, le sort pitoyable (et impitoyable) de ces pauvres malheureux qui dorment dehors dans le froid (il a beau faire chaud en Inde, de fin décembre à fin janvier à Bénarès c'est presque comparable au sud de la France tout de même) et dans la fange, leur sort m'apparut soudain beaucoup moins enviable que ma tristesse.

Les vapeurs de ganja de la veillée, le froid de cette première nuit d'hiver, et mon désarroi, tout celà concourait à m'alourdir, m'affaiblir et finalement m'abattre. C'est en tremblant et en claquant des dents que je m'accroupis parmi un groupe d'intouchables autour d'un feu.

Je n'avais pas pensé que ça ne se faisait pas, il existe des rites, des manières, des gens qui ne doivent jamais se rencontrer.
D'abord ils me regardèrent subrepticement, puis je leur adressai la parole, et là ils communiquèrent. Ou plutôt tentèrent de communiquer, mais en vain. Ils ne parlaient pas l'anglais ni même le hindi, mais l'hindustani, dialecte qui m'est inconnu.

L'un d'eux avait l'air beaucoup plus débrouillard, actif et interpelé que les autres. C'est lui qui dégotait toujours quelque chose à brûler, et il avait de la ganja et un shilom. Il m'en proposa.
Il m'appelait "How Much" car la plupart des blancs n'ont selon lui que ces mots à la bouche. Le cercle s'agrandissait lorsqu'un nouveau venu arrivait, en apportant une contribution au feu. Je compris que c'était une condition incontournable parmi eux pour venir s'asseoir. Une vieille veste sèche et figée par exemple, généra des flammes et de la chaleur pendant au moins dix minutes.

Moi je n'en pouvais plus, il fallait que je m'adosse quelque part, ma tête tournait et j'étais épuisé. Le jeune m'a installé des cannisses et je me suis écroulé dessus. J'appuyai ma tête sur une brique qui traînait là et le feu me réchauffait.
J'étais beaucoup mieux, la tête me tournait moins. J'avais heureusement mon étole et m'enveloppai entièrement, même la tête.
Je ne dormais pas mais ils devaient le croire, car ils ne me prêtèrent plus aucune attention, ni ceux qui arrivaient qui me prenaient à coup sûr pour l'un d'eux.

A un moment, le jeune m'emmena non loin de là où un vieux tient un stand de chaï. Je n'eus même pas à lui expliquer que j'étais sorti sans argent, il me paya le chaï d'office, fièrement! Lui à moi!
Il retourna à son feu, alors que d'autres jeunes tentaient de communiquer avec moi.
Lorsque je retournai à mon tour près du feu, il avait l'air réjoui de me voir revenir. J'avais la vague impression que tous mes gestes et toutes mes actions pouvaient être interprétés selon leurs codes et donc prêter à confusion.
Il vint vers moi et me baisa les pieds, à la manière dont on salue un guru ou un Brahmane.

Il me ramena un second chaï et voulut me montrer quelque chose: son rickshaw. Je compris soudain pourquoi il avait de l'argent, contrairement aux autres! Il était taxi. Il voulait que je monte, ce que je fis.

Et il m'emmena, loin et longtemps. Nous traversâmes une grande partie de la ville, puis il s'arrêta de pédaler dans une espèce de bidonville, vint s'asseoir à côté de moi et me proposa encore un shilom, sur un ton qui ne supportait pas le refus.
Je ne vois pas comment je lui aurais expliqué que je n'était pas aussi endurant en la matière que lui!
Puis il me montra une sorte de cabane en me faisant comprendre qu'il y avait sa femme et son fils à l'intérieur et qu'il allait rentrer, et me proposa de dormir chez lui. Je me demandai comment ils pouvaient tenir à trois là-dedans et refusai, lui expliquant tant bien que mal, avec le peu d'hindi que nous avions en commun, que je comptais aller sur les ghats pour voir le lever du soleil sur le Gange.

Je voulais lui dire combien je lui étais reconnaissant de m'avoir réchauffé alors que j'avais froid (près du feu il m'a même couvert de son propre châle), de m'avoir offert du thé chaud alors que je me sentais mal et avais soif, le remercier de m'avoir témoigné une amitié si spontanée et désintéressée, mais impossible de communiquer suffisamment pour exprimer cela, et pas moyen de trouver quelque passant anglophone dans cet obscur bidonville.

Il me fit à nouveau traverser la ville sur son taxi à pédale et me fit comprendre que mon idée de coucher de soleil au dessus du Gange le tentait aussi, et qu'étant d'ici, il n'en avait jamais eu l'idée.
Nous arrivâmes au Dasashwamedth Ghat, mon quartier, et trouvâmes un interprète enfin.
Je pus donc lui exprimer tout ce que j'avais voulu lui dire, en insistant pour que nous restions amis, et qu'il vienne chez moi manger ma cuisine et boire mon thé. Nous convînmes 19h.

Puis nous allâmes au bord du Gange pour une promenade, une flânerie d'une heure. Il m'emmena au stand unique d'un type aux allures de sadhu à qui il acheta quelques biscuits. Puis il me tendit un verre. J'y goûtai deux gorgées puis m'interrompis: c'était de l'eau ...trouble!
Je sais que certains hindous très croyants osent boire l'eau extrêmement polluée du Gange, mais quand je compris que c'est ce que j'étais en train de faire! Pouah! Je suis allé recracher (discrètement).
Puis un chaï.

Nous rencontrâmes de nombreux quidams assez singuliers: ceux de l'aube.
Un type par exemple faisait sans arrêt le tour d'une terrasse sur pilotis au bord du fleuve. Nous sommes restés une bonne demi-heure à côté, et il ne s'est jamais interrompu. Au retour, plus d'une heure après, il était toujours en action!
J'ai vu aussi les blanchisseurs, qui tapent le linge pour le laver, debouts dans le fleuve jusqu'aux genoux. Ils fouettent sans relâche des pierres plates avec le linge. A un moment les coups m'ont semblé rythmés ensemble.

Nous étions assis sur un méplat rocheux parfaitement adapté à la situation. Je lui demandai son nom: Sanju, me dit-il.
Quand je lui dis que le mien était Filo, il fut incapable de le prononcer. En effet le son F n'existe pas dans sa langue.

Puis l'horizon et son miroir, le Gange, nous offrirent un spectacle inoubliable de tons entre le rouge et le rose.
Je le lui dis en hindi. Il s'est passé un instant de communication exceptionnel: je lui dis "Gulabi Lal", ce qui veut dire un rouge rosé, et il a dit la même chose exactement au même moment!
Et nous avons ri!

Ensuite il m'a encore payé des espèces de toasts grillés avec du ghee fondu et un autre chaï, puis il m'a ramené à la place où je l'avais rencontré autour du feu.
C'était le petit matin, il faisait jour, il n'y avait plus de feu et l'activité urbaine diurne avait déjà repris son cours, vacarme, gaz et racoleurs de tous poils.
Le monde diurne était si éloigné et différent du monde nocturne qu'on avait du mal à les situer au même endroit.

Un dernier shilom avant de se séparer, avec les premiers compagnons du feu dont l'un est également chauffeur de rickshaw, non pas mendiant comme je le pensais, puis j'ai vu Sanju s'en retourner à son véhicule.
Je lui fis un dernier signe avec mes doigts: 7! Sept heures, notre rendez-vous! Qu'il n'oublie pas, j'y tenais.
Puis je rentrai à la maison. J'étais à dix minutes à pied.

Je marchais depuis quatre minutes peut-être lorsque j'entendis Sanju m'appeler derrière: "Psiilo! Psiilo". Depuis le début il me suivait et m'appelait!
Il voulait me ramener en rickshaw jusque chez moi, mais nous étions dans une ruelle très étroite. Qu'à celà ne tienne! Il s'en est très bien sorti. Je lui montrai donc pour la deuxième fois où j'habitais, et là: surprise! je compris brutalement:
il me réclama des roupies! Il voulait de l'argent!
Je comptais bien lui en donner pour le dédommager et l'aider, bien sûr, mais lorsqu'il serait venu manger, avec d'autres cadeaux, mais là... hélas, il les réclamait!

OK.
Je l'ai emmené chez nous, où Vincent était déjà levé, et lui ai donné carrément un billet de 100, le seul que j'avais.
Il fut surpris, ne s'attendant qu'à 10 ou 20. Il marchanda pour la forme, la moitié? mais j'étais trop en colère et voulait qu'il parte avec ses 100 roupies, puisqu'il réclamait!
Il me baisa encore les pieds avant de partir devant les yeux ébahis de Vincent!
Je lui fis encore le signe 7 avant qu'il ne disparaisse dans les escaliers.

En début de soirée, j'ai préparé un vrai festin.

Il n'est jamais venu.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Premier journal de voyage en Inde (2000)   Premier journal de voyage en Inde (2000) EmptyLun 18 Juin 2007 - 19:06

Voici le dernier chapitre de mon journal de bord que je publierai ici.
En effet, ce carnet de voyage a été interrompu à cause d'un drame personnel (sentimental) qui m'a découragé à continuer quoique ce soit à l'époque.
Je vous rassure, ça s'est bien terminé par la suite (jusqu'en 2006 du moins), mais la fin manque, c'est ainsi.





TRIMURTI, UNE THEORIE PERSONNELLE


A force de séjourner ici, de discuter de l'hindouïsme et d'en découvrir ses subtilités (comme la théorie des univers cycliques, commençant tous par un big bang et ça repart), j'en viens à établir des rapports entre plein de choses.
Cette religion pourrait être envisagée comme une explication de l'univers rejoignant théoriquement la science, en tirant quelques cheveux.

La Trimurti est la "trinité" hindoue (aussi bien shivaïte que vishnouïte), les 3 principes régissant l'humanité et l'équilbre de l'univers.

BRAHMA, représenté avec quatre têtes, crée un univers en se réveillant, et il dure le temps d'un kalpa, c'est à dire une de ses journées (plus de 2 milliards d'années) ; quand il s'endort le monde prend fin.
VISHNU, pour protéger le monde et faire régner le bien, Vishnu s'est incarné en 10 avatars (ce mot vient de là), à des périodes différentes de l'univers (du moins le nôtre, notre cycle), depuis sa création. Il s'est ainsi incarné en Matsya, un poisson géant ; en Kurma, une tortue géante ; Varaha, un sanglier géant ; Narasimba, un homme-lion ; Vamana, le nain malin ; Parasuarama, l'homme à la hache ; Rama, le seigneur bien connu grâce à son épopée le Ramayana ; Krishna-le-noir, le plus populaire ; puis Bouddha, dont le nom a été rajouté à ce panthéon par diplomatie envers les bouddhistes qui ont régné en Inde au début de notre ère. Le dixième avatar est encore à venir : Kalki, qui viendra sur son cheval blanc à la fin de notre cycle.
SHIVA enfin qui endosse de nombreuses formes, comme par exemple le Nataraj, dieu de la danse, ou l'ermite en haillons, ou le père de famille, époux parfait (de Parvati et père de Ganesh), ou encore le plus puissant des dieux, le destructeur nécessaire de l'univers, pour une meilleure reconstruction.

Ces trois principes de l'hindouisme, je me suis amusé à les associer à des principes matériels et symboliques:

Premier journal de voyage en Inde (2000) Trimurti18eyjm8



Mon carnet se termine par une résolution qui m'est apparu comme une bonne idée et que j'ai tenu pendant exactement 6 mois le premier semestre 2001:

QUATRAIN:

Mon serment libre de toute influence,
Ma discipline en cette nouvelle ère:
Observer jeûne, chasteté, silence,
De l'aube au couchant de tout jour lunaire.


TRADUCTION:

Je m'engage, sans être influencé par aucune religion ni autre système de pensée mystique, seulement par souci de discipline personnelle et d'introspection, à compter de maintenant (début de l'année 2001), à ne pas manger, à ne pas fumer, à ne pas faire l'amour et à ne pas parler, du lever au coucher du soleil de chaque lundi de chaque semaine.




FIN

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MessageSujet: Re: Premier journal de voyage en Inde (2000)   Premier journal de voyage en Inde (2000) EmptyLun 25 Juin 2007 - 22:33

Je réalise qu'il faut toujours mesurer ses propos. Et lire, les textes de ceux à qui on s'adresse, avant de le prendre à parti.

C'est avec beaucoup d'intérêt que j'ai lu, ton carnet de bord.

Je ne suis pas allée à Bénarés, le Rajasthan visité c'est limité au nord,de New Delhi, Agra, Jaipur, Bundi et retour à New Delhi.

Autre parcours et autre démarche, certainement. Le regard que tu poses sur le peuple hindi, et, la façon dont tu l'exprimes, me renvoie des visages , des scènes, des lieux. Que je retrouve sur tous mes clichés ramenés. Dommage, pour la non existence du numérique en 1985. Je n'ai pas envie de défaire mon album de voyage, répertorié.

Tu parles de ton barbier-coiffeur, aussitôt, j'ai dans ma tête. Le barbier-coiffeur, assis en position tailleur, entrain de raser son client, sur l'allée poudreuse, avec l'agitation perpetuelle de la foule, autour.

New Delhi : des scènes de quiétudes, dans le bruit incessant, de la ville en mouvement.

En fait à te lire des émotions me reviennent.

J'ai lu entièrement, ton carnet de bord et ta leçon de vie que tu as ramenée, de ce voyage, en Inde. Je vais donc, dorénavant, mesurer mes mots, et, ne pas me laisser aller, à toutes mes envolées.


Pour le plus :
On mange bien du pain, en Inde. Les chapatis.
Quant au fromage, c'est un fromage indien qui s'assimile un peu à "La feta", car il sert de base à la succulente cuisine indienne.

Je crois que les meilleures lentilles que j'ai mangé c'est en Inde.

Inde où tous les sens se réveillent.
Inde où toutes nos idées se bousculent.
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MessageSujet: Re: Premier journal de voyage en Inde (2000)   Premier journal de voyage en Inde (2000) EmptyDim 5 Aoû 2007 - 14:42

filo a écrit:
ARRIVEE A VARANASI (BENARES)

il a fallu chasser en douceur la vache, en la poussant, la tapotant sur l'arrière-train pour qu'elle se lève, en poussant quelques cris...


.


j'ai eu la même "obligation" super de devoir faire cela sur les chemins pastouraux élévés de la frontiere france espagne pyrénéenne.
sourire
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MessageSujet: Re: Premier journal de voyage en Inde (2000)   Premier journal de voyage en Inde (2000) EmptyVen 28 Sep 2007 - 16:05

[mince, DSL Romane, je crois que j'ai effacé ton gentil message, suite à une fausse manoeuvre!]

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