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| | Poésies Marines, diverses et variées... | |
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didier meral

Nombre de messages: 608 Age: 50 Localisation: La Chapelle Thouarault Date d'inscription: 23/11/2006
 | Sujet: Poésies Marines, diverses et variées... Jeu 10 Mai 2007 - 18:21 | |
| Théodore Agrippa d' AUBIGNÉ (1552-1630)
Accourez au secours de ma mort violente
Accourez au secours de ma mort violente Accourez au secours de ma mort violente, Amants, nochers experts en la peine où je suis, Vous qui avez suivi la route que je suis Et d'amour éprouvé les flots et la tourmente.
Le pilote qui voit une nef périssante, En l'amoureuse mer remarquant les ennuis Qu'autrefois il risqua, tremble et lui est avis Que d'une telle fin il ne perd que l'attente.
Ne venez point ici en espoir de pillage : Vous ne pouvez tirer profit de mon naufrage, Je n'ai que des soupirs, de l'espoir et des pleurs.
Pour avoir mes soupirs, les vents lèvent les armes. Pour l'air sont mes espoirs volagers et menteurs, La mer me fait périr pour s'enfler de mes larmes. |
|  | | didier meral

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 | Sujet: Re: Poésies Marines, diverses et variées... Jeu 10 Mai 2007 - 18:24 | |
| Alphonse de LAMARTINE (1790-1869) (Recueil : Nouvelles méditations poétiques)
Adieux a la mer
Murmure autour de ma nacelle, Douce mer dont les flots chéris, Ainsi qu'une amante fidèle, Jettent une plainte éternelle Sur ces poétiques débris.
Que j'aime à flotter sur ton onde. A l'heure où du haut du rocher L'oranger, la vigne féconde, Versent sur ta vague profonde Une ombre propice au nocher !
Souvent, dans ma barque sans rame, Me confiant à ton amour, Comme pour assoupir mon âme, Je ferme au branle de ta lame Mes regards fatigués du jour.
Comme un coursier souple et docile Dont on laisse flotter le mors, Toujours, vers quelque frais asile, Tu pousses ma barque fragile Avec l'écume de tes bords.
Ah! berce, berce, berce encore, Berce pour la dernière fois, Berce cet enfant qui t'adore, Et qui depuis sa tendre aurore N'a rêvé que l'onde et les bois!
Le Dieu qui décora le monde De ton élément gracieux, Afin qu'ici tout se réponde, Fit les cieux pour briller sur l'onde, L'onde pour réfléchir les cieux.
Aussi pur que dans ma paupière, Le jour pénètre ton flot pur, Et dans ta brillante carrière Tu sembles rouler la lumière Avec tes flots d'or et d'azur.
Aussi libre que la pensée, Tu brises le vaisseau des rois, Et dans ta colère insensée, Fidèle au Dieu qui t'a lancée, Tu ne t'arrêtes qu'à sa voix.
De l'infini sublime image, De flots en flots l'oeil emporté Te suit en vain de plage en plage, L'esprit cherche en vain ton rivage, Comme ceux de l'éternité.
Ta voix majestueuse et douce Fait trembler l'écho de tes bords, Ou sur l'herbe qui te repousse, Comme le zéphyr dans la mousse, Murmure de mourants accords.
Que je t'aime, ô vague assouplie, Quand, sous mon timide vaisseau, Comme un géant qui s'humilie, Sous ce vain poids l'onde qui plie Me creuse un liquide berceau.
Que je t'aime quand, le zéphire Endormi dans tes antres frais, Ton rivage semble sourire De voir dans ton sein qu'il admire Flotter l'ombre de ses forêts!
Que je t'aime quand sur ma poupe Des festons de mille couleurs, Pendant au vent qui les découpe, Te couronnent comme une coupe Dont les bords sont voilés de fleurs!
Qu'il est doux, quand le vent caresse Ton sein mollement agité, De voir, sous ma main qui la presse, Ta vague, qui s'enfle et s'abaisse Comme le sein de la beauté!
Viens, à ma barque fugitive Viens donner le baiser d'adieux; Roule autour une voix plaintive, Et de l'écume de ta rive Mouille encor mon front et mes yeux.
Laisse sur ta plaine mobile Flotter ma nacelle à son gré, Ou sous l'antre de la sibylle, Ou sur le tombeau de Virgile : Chacun de tes flots m'est sacré.
Partout, sur ta rive chérie, Où l'amour éveilla mon coeur, Mon âme, à sa vue attendrie, Trouve un asile, une patrie, Et des débris de son bonheur,
Flotte au hasard : sur quelque plage Que tu me fasses dériver, Chaque flot m'apporte une image; Chaque rocher de ton rivage Me fait souvenir ou rêver...
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|  | | didier meral

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 | Sujet: Re: Poésies Marines, diverses et variées... Jeu 10 Mai 2007 - 18:26 | |
| José-Maria de HEREDIA (1842-1905) (Recueil : Les Trophées)
Armor
Pour me conduire au Raz, j'avais pris à Trogor Un berger chevelu comme un ancien Évhage ; Et nous foulions, humant son arome sauvage, L'âpre terre kymrique où croît le genêt d'or.
Le couchant rougissait et nous marchions encor, Lorsque le souffle amer me fouetta le visage ; Et l'homme, par-delà le morne paysage Étendant un long bras, me dit : Senèz Ar-Mor !
Et je vis, me dressant sur la bruyère rose, L'Océan qui, splendide et monstrueux, arrose Du sel vert de ses eaux les caps de granit noir ;
Et mon coeur savoura, devant l'horizon vide Que reculait vers l'Ouest l'ombre immense du soir, L'ivresse de l'espace et du vent intrépide. Bretagne
Pour que le sang joyeux dompte l'esprit morose, Il faut, tout parfumé du sel des goëmons, Que le souffle atlantique emplisse tes poumons ; Arvor t'offre ses caps que la mer blanche arrose.
L'ajonc fleurit et la bruyère est déjà rose. La terre des vieux clans, des nains et des démons, Ami, te garde encor, sur le granit des monts, L'homme immobile auprès de l'immuable chose.
Viens. Partout tu verras, par les landes d'Arèz, Monter vers le ciel morne, infrangible cyprès, Le menhir sous lequel gît la cendre du Brave ;
Et l'Océan, qui roule en un lit d'algues d'or Is la voluptueuse et la grande Occismor, Bercera ton coeur triste à son murmure grave.
Brise marine
L'hiver a défleuri la lande et le courtil. Tout est mort. Sur la roche uniformément grise Où la lame sans fin de l'Atlantique brise, Le pétale fané pend au dernier pistil.
Et pourtant je ne sais quel arome subtil Exhalé de la mer jusqu'à moi par la brise, D'un effluve si tiède emplit mon coeur qu'il grise ; Ce souffle étrangement parfumé, d'où vient-il ?
Ah ! Je le reconnais. C'est de trois mille lieues Qu'il vient, de l'Ouest, là-bas où les Antilles bleues Se pâment sous l'ardeur de l'astre occidental ;
Et j'ai, de ce récif battu du flot kymrique, Respiré dans le vent qu'embauma l'air natal La fleur jadis éclose au jardin d'Amérique.
Le bain
L'homme et la bête, tels que le beau monstre antique, Sont entrés dans la mer, et nus, libres, sans frein, Parmi la brume d'or de l'âcre pulvérin, Sur le ciel embrasé font un groupe athlétique.
Et l'étalon sauvage et le dompteur rustique, Humant à pleins poumons l'odeur du sel marin, Se plaisent à laisser sur la chair et le crin Frémir le flot glacé de la rude Atlantique.
La houle s'enfle, court, se dresse comme un mur Et déferle. Lui crie. Il hennit, et sa queue En jets éblouissants fait rejaillir l'eau bleue ;
Et, les cheveux épars, s'effarant dans l'azur, Ils opposent, cabrés, leur poitrail noir qui fume, Au fouet échevelé de la fumante écume.
Floridum mare
La moisson débordant le plateau diapré Roule, ondule et déferle au vent frais qui la berce ; Et le profil, au ciel lointain, de quelque herse Semble un bateau qui tangue et lève un noir beaupré.
Et sous mes pieds, la mer, jusqu'au couchant pourpré, Céruléenne ou rose ou violette ou perse Ou blanche de moutons que le reflux disperse, Verdoie à l'infini comme un immense pré.
Aussi les goëlands qui suivent la marée, Vers les blés mûrs que gonfle une houle dorée, Avec des cris joyeux, volaient en tourbillons ;
Tandis que, de la terre, une brise emmiellée Éparpillait au gré de leur ivresse ailée Sur l'Océan fleuri des vols de papillons.
La conque
Par quels froids Océans, depuis combien d'hivers, - Qui le saura jamais, Conque frêle et nacrée ! - La houle sous-marine et les raz de marée T'ont-ils roulée au creux de leurs abîmes verts ?
Aujourd'hui, sous le ciel, loin des reflux amers, Tu t'es fait un doux lit de l'arène dorée. Mais ton espoir est vain. Longue et désespérée, En toi gémit toujours la grande voix des mers.
Mon âme est devenue une prison sonore : Et comme en tes replis pleure et soupire encore La plainte du refrain de l'ancienne clameur ;
Ainsi du plus profond de ce coeur trop plein d'Elle, Sourde, lente, insensible et pourtant éternelle, Gronde en moi l'orageuse et lointaine rumeur.
Dernière édition par le Jeu 10 Mai 2007 - 21:25, édité 3 fois |
|  | | didier meral

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 | Sujet: Re: Poésies Marines, diverses et variées... Jeu 10 Mai 2007 - 18:38 | |
| Victor HUGO (1802-1885) (Recueil : Les chants du crépuscule)
Au bord de la mer
Vois, ce spectacle est beau. - Ce paysage immense Qui toujours devant nous finit et recommence ; Ces blés, ces eaux, ces prés, ce bois charmant aux yeux ; Ce chaume où l'on entend rire un groupe joyeux ; L'océan qui s'ajoute à la plaine où nous sommes ; Ce golfe, fait par Dieu, puis refait par les hommes, Montrant la double main empreinte en ses contours, Et des amas de rocs sous des monceaux de tours ; Ces landes, ces forêts, ces crêtes déchirées ; Ces antres à fleur d'eau qui boivent les marées ; Cette montagne, au front de nuages couvert, Qui dans un de ses plis porte un beau vallon vert, Comme un enfant des fleurs dans un pan de sa robe ; La ville que la brume à demi nous dérobe, Avec ses mille toits bourdonnants et pressés ; Ce bruit de pas sans nombre et de rameaux froissés, De voix et de chansons qui par moments s'élève ; Ces lames que la mer amincit sur la grève, Où les longs cheveux verts des sombres goëmons Tremblent dans l'eau moirée avec l'ombre des monts ; Cet oiseau qui voyage et cet oiseau qui joue ; Ici cette charrue, et là-bas cette proue, Traçant en même temps chacune leur sillon ; Ces arbres et ces mâts, jouets de l'aquilon ; Et là-bas, par-delà les collines lointaines, Ces horizons remplis de formes incertaines ; Tout ce que nous voyons, brumeux ou transparent, Flottant dans les clartés, dans les ombres errant, Fuyant, debout, penché, fourmillant, solitaire, Vagues, rochers, gazons, - regarde, c'est la terre !
Et là-haut, sur ton front, ces nuages si beaux Où pend et se déchire une pourpre en lambeaux ; Cet azur, qui ce soir sera l'ombre infinie ; Cet espace qu'emplit l'éternelle harmonie ; Ce merveilleux soleil, ce soleil radieux Si puissant à changer toute forme à nos yeux Que parfois, transformant en métaux les bruines, On ne voit plus dans l'air que splendides ruines, Entassements confus, amas étincelants De cuivres et d'airains l'un sur l'autre croulants, Cuirasses, boucliers, armures dénouées, Et caparaçons d'or aux croupes des nuées ; L'éther, cet océan si liquide et si bleu, Sans rivage et sans fond, sans borne et sans milieu, Que l'oscillation de toute haleine agite, Où tout ce qui respire, ou remue, ou gravite, A sa vague et son flot, à d'autres flots uni, Où passent à la fois, mêlés dans l'infini, Air tiède et vents glacés, aubes et crépuscules, Bises d'hiver, ardeur des chaudes canicules, Les parfums de la fleur et ceux de l'encensoir, Les astres scintillant sur la robe du soir, Et les brumes de gaze, et la douteuse étoile, Paillette qui se perd dans les plis noirs du voile, La clameur des soldats qu'enivre le tambour, Le froissement du nid qui tressaille d'amour, Les souffles, les échos, les brouillards, les fumées, Mille choses que l'homme encor n'a pas nommées, Les flots de la lumière et les ondes du bruit, Tout ce qu'on voit le jour, tout ce qu'on sent la nuit ; Eh bien ! nuage, azur, espace, éther, abîmes, Ce fluide océan, ces régions sublimes Toutes pleines de feux, de lueurs, de rayons, Où l'âme emporte l'homme, où tous deux nous fuyons, Où volent sur nos fronts, selon des lois profondes, Près de nous les oiseaux et loin de nous les mondes, Cet ensemble ineffable, immense, universel, Formidable et charmant, - contemple, c'est le ciel !
Oh oui ! la terre est belle et le ciel est superbe ; Mais quand ton sein palpite et quand ton oeil reluit, Quand ton pas gracieux court si léger sur l'herbe Que le bruit d'une lyre est moins doux que son bruit ;
Lorsque ton frais sourire, aurore de ton âme, Se lève rayonnant sur moi qu'il rajeunit, Et de ta bouche rose, où naît sa douce flamme, Monte jusqu'à ton front comme l'aube au zénith ;
Quand, parfois, sans te voir, ta jeune voix m'arrive, Disant des mots confus qui m'échappent souvent, Bruit d'une eau qui se perd sous l'ombre de sa rive Chanson d'oiseau caché qu'on écoute en rêvant ;
Lorsque ma poésie, insultée et proscrite, Sur ta tête un moment se repose en chemin ; Quand ma pensée en deuil sous la tienne s'abrite, Comme un flambeau de nuit sous une blanche main ;
Quand nous nous asseyons tous deux dans la vallée ; Quand ton âme, soudain apparue en tes yeux, Contemple avec les pleurs d'une soeur exilée, Quelque vertu sur terre ou quelque étoile aux cieux ;
Quand brille sous tes cils, comme un feu sous les branches, Ton beau regard, terni par de longues douleurs ; Quand sous les maux passés tout à coup tu te penches, Que tu veux me sourire et qu'il te vient des pleurs ;
Quand mon corps et ma vie à ton souffle résonnent, Comme un tremblant clavier qui vibre à tout moment ; Quand tes doigts, se posant sur mes doigts qui frissonnent, Font chanter dans mon coeur un céleste instrument ;
Lorsque je te contemple, ô mon charme suprême ! Quand ta noble nature, épanouie aux yeux, Comme l'ardent buisson qui contenait Dieu même, Ouvre toutes ses fleurs et jette tous ses feux ;
Ce qui sort à la fois de tant de douces choses, Ce qui de ta beauté s'exhale nuit et jour, Comme un parfum formé du souffle de cent roses, C'est bien plus que la terre et le ciel, - c'est l'amour !
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|  | | didier meral

Nombre de messages: 608 Age: 50 Localisation: La Chapelle Thouarault Date d'inscription: 23/11/2006
 | Sujet: Re: Poésies Marines, diverses et variées... Jeu 10 Mai 2007 - 18:40 | |
| Victor HUGO (1802-1885) (Recueil : Les orientales)
Clair de lune
La lune était sereine et jouait sur les flots. - La fenêtre enfin libre est ouverte à la brise, La sultane regarde, et la mer qui se brise, Là-bas, d'un flot d'argent brode les noirs îlots.
De ses doigts en vibrant s'échappe la guitare. Elle écoute... Un bruit sourd frappe les sourds échos. Est-ce un lourd vaisseau turc qui vient des eaux de Cos, Battant l'archipel grec de sa rame tartare ?
Sont-ce des cormorans qui plongent tour à tour, Et coupent l'eau, qui roule en perles sur leur aile ? Est-ce un djinn qui là-haut siffle d'une voix grêle, Et jette dans la mer les créneaux de la tour ?
Qui trouble ainsi les flots près du sérail des femmes ? - Ni le noir cormoran, sur la vague bercé, Ni les pierres du mur, ni le bruit cadencé Du lourd vaisseau, rampant sur l'onde avec des rames.
Ce sont des sacs pesants, d'où partent des sanglots. On verrait, en sondant la mer qui les promène, Se mouvoir dans leurs flancs comme une forme humaine... - La lune était sereine et jouait sur les flots.
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|  | | Invité Invité
 | Sujet: Re: Poésies Marines, diverses et variées... Jeu 10 Mai 2007 - 18:45 | |
| z'avez vu ? Didier se fait l'Atlantique à la nage ! hé, ho ! du bateau ! tout va bien ? *** mmm, réponds pas, il fatigue, je dis !  |
|  | | didier meral

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 | Sujet: Re: Poésies Marines, diverses et variées... Jeu 10 Mai 2007 - 19:08 | |
| Joachim DU BELLAY (1522-1560) (Recueil : Les Regrets)
Comme le marinier, que le cruel orage
Comme le marinier, que le cruel orage A longtemps agité dessus la haute mer, Ayant finalement à force de ramer Garanti son vaisseau du danger du naufrage,
Regarde sur le port, sans plus craindre la rage Des vagues ni des vents, les ondes écumer ; Et quelqu'autre bien loin, au danger d'abîmer, En vain tendre les mains vers le front du rivage :
Ainsi, mon cher Morel, sur le port arrêté, Tu regardes la mer, et vois en sûreté De mille tourbillons son onde renversée :
Tu la vois jusqu'au ciel s'élever bien souvent, Et vois ton Du Bellay à la merci du vent Assis au gouvernail dans une nef percée,
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|  | | didier meral

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 | Sujet: Re: Poésies Marines, diverses et variées... Jeu 10 Mai 2007 - 19:10 | |
| Pierre de MARBEUF (1596-1645)
Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage
Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage, Et la mer est amère, et l'amour est amer, L'on s'abîme en l'amour aussi bien qu'en la mer, Car la mer et l'amour ne sont point sans orage.
Celui qui craint les eaux qu'il demeure au rivage, Celui qui craint les maux qu'on souffre pour aimer, Qu'il ne se laisse pas à l'amour enflammer, Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.
La mère de l'amour eut la mer pour berceau, Le feu sort de l'amour, sa mère sort de l'eau, Mais l'eau contre ce feu ne peut fournir des armes.
Si l'eau pouvait éteindre un brasier amoureux, Ton amour qui me brûle est si fort douloureux, Que j'eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.
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|  | | didier meral

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 | Sujet: Re: Poésies Marines, diverses et variées... Jeu 10 Mai 2007 - 19:12 | |
| Max ELSKAMP (1862-1931) (Recueil : Salutations, dont d'angéliques)
Étoile de la mer
Et de vaisseaux, et de vaisseaux, Et de voiles, et tant de voiles, Mes pauvres yeux allez en eaux, Il en est plus qu'il n'est d'étoiles ;
Et cependant je sais, j'en sais Tant d'étoiles et que j'ai vues Au-dessus des toits de mes rues, Et que j'ai sues et que je sais ;
Mais des vaisseaux il en est plus, - Et j'en sais tant qui sont partis - Mais c'est mon testament ici, Que de vaisseaux il en est plus ;
Et des vaisseaux voici les beaux Sur la mer, en robes de femmes, Allés suivant les oriflammes Au bout du ciel sombré dans l'eau,
Et de vaisseaux tant sur les eaux La mer semble un pays en toile, Mes pauvres yeux allez en eaux, Il en est plus qu'il n'est d'étoiles.
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|  | | didier meral

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 | Sujet: Re: Poésies Marines, diverses et variées... Jeu 10 Mai 2007 - 19:13 | |
| Charles-Marie LECONTE DE LISLE (1818-1894) (Recueil : Poèmes barbares)
Fiat nox
L'universelle mort ressemble au flux marin Tranquille ou furieux, n'ayant hâte ni trêve, Qui s'enfle, gronde, roule et va de grève en grève, Et sur les hauts rochers passe soir et matin.
Si la félicité de ce vain monde est brève, Si le jour de l'angoisse est un siècle sans fin, Quand notre pied trébuche à ce gouffre divin, L'angoisse et le bonheur sont le rêve d'un rêve.
Ô coeur de l'homme, ô toi, misérable martyr, Que dévore l'amour et que ronge la haine, Toi qui veux être libre et qui baises ta chaîne !
Regarde ! Le flot monte et vient pour t'engloutir ! Ton enfer va s'éteindre, et la noire marée Va le verser l'oubli de son ombre sacrée.
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|  | | didier meral

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 | Sujet: Re: Poésies Marines, diverses et variées... Jeu 10 Mai 2007 - 19:19 | |
| Alfred de VIGNY (1797-1863) (Recueil : Poèmes antiques et modernes)
La Frégate La Sérieuse
Qu'elle était belle, ma Frégate, Lorsqu'elle voguait dans le vent ! Elle avait, au soleil levant, Toutes les couleurs de l'agate ; Ses voiles luisaient le matin Comme des ballons de satin ; Sa quille mince, longue et plate, Portait deux bandes d'écarlate Sur vingt-quatre canons cachés ; Ses mâts, en arrière penchés, Paraissaient à demi couchés. Dix fois plus vive qu'un pirate, En cent jours du Havre à Surate Elle nous emporta souvent. - Qu'elle était belle, ma Frégate, Lorsqu'elle voguait dans le vent !
II
Brest vante son beau port et cette rade insigne Où peuvent manœuvrer trois cents vaisseaux de ligne ; Boulogne, sa cité haute et double, et Calais, Sa citadelle assise en mer comme un palais ; Dieppe a son vieux château soutenu par la dune, Ses baigneuses cherchant la vague au clair de lune, Et ses deux monts en vain par la mer insultés ; Cherbourg a ses fanaux de bien loin consultés, Et gronde en menaçant Guernsey la sentinelle Debout près de Jersey, presque en France ainsi qu'elle. Lorient, dans sa rade au mouillage inégal, Reçoit la poudre d'or des noirs du Sénégal ; Saint-Malo dans son port tranquillement regarde Mille rochers debout qui lui servent de garde ; Le Havre a pour parure ensemble et pour appui Notre-Dame-de-Grâce et Honfleur devant lui ; Bordeaux, de ses longs quais parés de maisons neuves, Porte jusqu'à la mer ses vins sur deux grands fleuves ; Toute ville à Marseille aurait droit d'envier Sa ceinture de fruits, d'orange et d'olivier ; D'or et de fer Bayonne en tout temps fut prodigue ; Du grand Cardinal-Duc La Rochelle a la digue ; Tous nos ports ont leur gloire ou leur luxe à nommer : Mais Toulon a lancé La Sérieuse en mer.
La Traversée
III
Quand la belle Sérieuse Pour l'Egypte appareilla, Sa figure gracieuse Avant le jour s'éveilla ; A la lueur des étoiles Elle déploya ses voiles, Leurs cordages et leurs toiles, Comme de larges réseaux, Avec ce long bruit qui tremble, Qui se prolonge et ressemble Aux bruits des ailes qu'ensemble Ouvre une troupe d'oiseaux.
IV
Dès que l'ancre dégagée Revient par son câble à bord, La proue alors est changée, Selon l'aiguille et le Nord. La Sérieuse l'observe, Elle passe la réserve, Et puis marche de conserve Avec le grand Orient : Sa voilure toute blanche Comme un sein gonflé se penche ; Chaque mât, comme une branche, Touche la vague en pliant.
V
Avec sa démarche leste, Elle glisse et prend le vent, Laisse à l'arrière L'Alceste Et marche seule à l'avant. Par son pavillon conduite, L'escadre n'est à sa suite Que lorsque, arrêtant sa fuite, Elle veut l'attendre enfin : Mais, de bons marins pourvue, Aussitôt qu'elle est en vue, Par sa manœuvre imprévue, Elle part comme un dauphin.
VI
Comme un dauphin elle saute, Elle plonge comme lui Dans la mer profonde et haute, Où le feu Saint-Elme a lui. Le feu serpente avec grâce ; Du gouvernail qu'il embrasse Il marque longtemps la trace, Et l'on dirait un éclair Qui, n'ayant pu nous atteindre, Dans les vagues va s'éteindre, Mais ne cesse de les teindre Du prisme enflammé de l'air.
VII
Ainsi qu'une forêt sombre La flotte venait après, Et de loin s'étendait l'ombre De ses immenses agrès. En voyant Le Spartiate, Le Franklin et sa frégate, Le bleu, le blanc, l'écarlate De cent mâts nationaux, L'armée, en convoi, remise Comme en garde à L'Artémise, Nous nous dîmes: « C'est Venise Qui s'avance sur les eaux. »
VIII
Quel plaisir d'aller si vite Et de voir son pavillon, Loin des terres qu'il évite, Tracer un noble sillon ! Au large on voit mieux le monde, Et sa tête énorme et ronde Qui se balance et qui gronde Comme éprouvant un affront, Parce que l'homme se joue De sa force, et que la proue, Ainsi qu'une lourde roue, Fend sa route sur son front.
IX
Quel plaisir ! et quel spectacle Que l'élément triste et froid Ouvert ainsi sans obstacle Par un bois de chêne étroit ! Sur la plaine humide et sombre, La nuit, reluisaient dans l'ombre Des insectes en grand nombre, De merveilleux vermisseaux, Troupe brillante et frivole, Comme un feu follet qui vole, Ornant chaque banderole Et chaque mât des vaisseaux.
X
Et surtout La Sérieuse Etait belle nuit et jour; La mer, douce et curieuse, La portait avec amour, Comme un vieux lion abaisse Sa longue crinière épaisse, Et, sans l'agiter, y laisse Se jouer le lionceau ; Comme sur sa tête agile Une femme tient l'argile, Ou le jonc souple et fragile D'un mystérieux berceau.
XI
Moi, de sa poupe hautaine Je ne m'absentais jamais, Car, étant son capitaine, Comme un enfant je l'aimais ; J'aurais moins aimé peut-être L'enfant que j'aurais vu naître. De son coeur on n'est pas maître. Moi, je suis un vrai marin; Ma naissance est un mystère ; Sans famille, et solitaire, Je ne connais pas la terre, Et la vois avec chagrin.
XII
Mon banc de quart est mon trône, J'y règne plus que les Rois ; Sainte Barbe est ma patronne ; Mon sceptre est mon porte-voix ; Ma couronne est ma cocarde ; Mes officiers sont ma garde ; A tous les vents je hasarde Mon peuple de matelots, Sans que personne demande A quel bord je veux qu'il tende, Et pourquoi je lui commande D'être plus fort que les flots.
XIII
Voilà toute la famille Qu'en mon temps il me fallait ; Ma Frégate était ma fille. Va, lui disais-je. - Elle allait, S'élançait dans la carrière, Laissant l'écueil en arrière, Comme un cheval sa barrière ; Et l'on m'a dit qu'une fois (Quand je pris terre en Sicile) Sa marche fut moins facile, Elle parut indocile Aux ordres d'une autre voix.
XIV
On l'aurait crue animée ! Toute l'Egypte la prit, Si blanche et si bien formée, Pour un gracieux Esprit Des Français compatriote, Lorsqu'en avant de la flotte, Dont elle était le pilote, Doublant une vieille Tour, Elle entra, sans avarie, Aux cris : Vive la patrie ! Dans le port d'Alexandrie, Qu'on appelle Abou-Mandour.
Le Repos
XV
Une fois, par malheur, si vous avez pris terre, Peut-être qu'un de vous, sur un lac solitaire, Aura vu, comme moi, quelque cygne endormi, Qui se laissait au vent balancer à demi. Sa tête nonchalante, en arrière appuyée, Se cache dans la plume au soleil essuyée : Son poitrail est lavé par le flot transparent, Comme un écueil où l'eau se joue en expirant ; Le duvet qu'en passant l'air dérobe à sa plume Autour de lui s'envole et se mêle à l'écume ; Une aile est son coussin, l'autre est son éventail ; Il dort, et de son pied le large gouvernail Trouble encore, en ramant, l'eau tournoyante et douce, Tandis que sur ses flancs se forme un lit de mousse, De feuilles et de joncs, et d'herbages errants Qu'apportent près de lui d'invisibles courants.
Le Combat
XVI
Ainsi près d'Aboukir reposait ma Frégate ; A l'ancre dans la rade, en avant des vaisseaux, On voyait de bien loin son corset d'écarlate Se mirer dans les eaux.
Ses canots l'entouraient, à leur place assignée. Pas une voile ouverte, on était sans dangers. Ses cordages semblaient des filets d'araignée, Tant ils étaient légers.
Nous étions tous marins. Plus de soldats timides Qui chancellent à bord ainsi que des enfants ; Ils marchaient sur leur sol, prenant des Pyramides, Montant des éléphants.
Il faisait beau. - La mer, de sable environnée, Brillait comme un bassin d'argent entouré d'or ; Un vaste soleil rouge annonça la journée Du quinze Thermidor.
La Sérieuse alors s'ébranla sur sa quille : Quand venait un combat, c'était toujours ainsi ; Je le reconnus bien, et je lui dis : Ma fille, Je te comprends, merci.
J'avais une lunette exercée aux étoiles ; Je la pris, et la tins ferme sur l'horizon. - Une, deux, trois - je vis treize et quatorze voiles : Enfin, c'était Nelson.
Il courait contre nous en avant de la brise ; LA Sérieuse à l'ancre, immobile s'offrant, Reçut le rude abord sans en être surprise, Comme un roc un torrent.
Tous passèrent près d'elle en lâchant leur bordée ; Fière, elle répondit aussi quatorze fois, Et par tous les vaisseaux elle fut débordée, Mais il en resta trois.
Trois vaisseaux de haut bord - combattre une frégate ! Est-ce l'art d'un marin ? le trait d'un amiral ? Un écumeur de mer, un forban, un pirate, N'eût pas agi si mal !
N'importe ! elle bondit, dans son repos troublée, Elle tourna trois fois jetant vingt-quatre éclairs, Et rendit tous les coups dont elle était criblée, Feux pour feux, fers pour fers.
Ses boulets enchaînés fauchaient des mâts énormes, Faisaient voler le sang, la poudre et le goudron, S'enfonçaient dans le bois, comme au coeur des grands ormes Le coin du bûcheron.
Un brouillard de fumée où la flamme étincelle L'entourait ; mais le corps brûlé, noir, écharpé, Elle tournait, roulait, et se tordait sous elle, Comme un serpent coupé.
Le soleil s'éclipsa dans l'air plein de bitume. Ce jour entier passa dans le feu, dans le bruit ; Et lorsque la nuit vint sous cette ardente brume On ne vit pas la nuit.
Nous étions enfermé comme dans un orage : Des deux flottes au loin le canon s'y mêlait ; On tirait en aveugle à travers le nuage : Toute la mer brûlait.
Mais, quand le jour revint, chacun connut son oeuvre. Les trois vaisseaux flottaient démâtés, et si las Qu'ils n'avaient plus de force assez pour la manœuvre ; Mais ma Frégate, hélas !
Elle ne voulait plus obéir à son maître ; Mutilée, impuissante, elle allait au hasard ; Sans gouvernail, sans mât, on n'eût pu reconnaître La merveille de l'art !
Engloutie à demi, son large pont à peine, S'affaissant par degrés, se montrait sur les flots ; Et là ne restaient plus, avec moi capitaine, Que douze matelots.
Je les fis mettre en mer à bord d'une chaloupe, Hors de notre eau tournante et de son tourbillon ; Et je revins tout seul me coucher sur la poupe Au pied du pavillon.
J'aperçus des Anglais les figures livides, Faisant pour s'approcher un inutile effort Sur leurs vaisseaux flottants comme des tonneaux vides, Vaincus par notre mort.
La Sérieuse alors semblait à l'agonie : L'eau dans ses cavités bouillonnait sourdement ; Elle, comme voyant sa carrière finie, Gémit profondément.
Je me sentis pleurer, et ce fut un prodige, Un mouvement honteux ; mais bientôt l'étouffant : Nous nous sommes conduits comme il fallait, lui dis-je ; Adieu donc, mon enfant.
Elle plongea d'abord sa poupe et puis sa proue ; Mon pavillon noyé se montrait en dessous ; Puis elle s'enfonça tournant comme une roue, Et la mer vint sur nous.
XVII
Hélas ! deux mousses d'Angleterre Me sauvèrent alors, dit-on, Et me voici sur un ponton ; - J'aimerais presque autant la terre ! Cependant je respire ici L'odeur de la vague et des brises. Vous êtes marins, Dieu merci ! Nous causons de combats, de prises, Nous fumons, et nous prenons l'air Qui vient aux sabords de la mer. Votre voix m'anime et me flatte, Aussi je vous dirai souvent : - Qu'elle était belle, ma Frégate, Lorsqu'elle voguait dans le vent !
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|  | | didier meral

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 | Sujet: Re: Poésies Marines, diverses et variées... Jeu 10 Mai 2007 - 19:20 | |
| André CHÉNIER (1762-1794) (Recueil : Poésies Antiques)
La jeune Tarentine
Pleurez, doux alcyons ! ô vous, oiseaux sacrés, Oiseaux chers à Thétis, doux alcyons, pleurez ! Elle a vécu, Myrto, la jeune Tarentine ! Un vaisseau la portait aux bords de Camarine : Là, l'hymen, les chansons, les flûtes, lentement, Devaient la reconduire au seuil de son amant. Une clef vigilante a, pour cette journée, Sous le cèdre enfermé sa robe d'hyménée Et l'or dont au festin ses bras seront parés Et pour ses blonds cheveux les parfums préparés. Mais, seule sur la proue, invoquant les étoiles, Le vent impétueux qui soufflait dans les voiles L'enveloppe : étonnée, et loin des matelots, Elle crie, elle tombe, elle est au sein des flots.
Elle est au sein des flots, la jeune Tarentine ! Son beau corps a roulé sous la vague marine. Thétis, les yeux en pleurs, dans le creux d'un rocher Aux monstres dévorants eut soin de le cacher. Par ses ordres bientôt les belles Néréides S'élèvent au-dessus des demeures humides, Le poussent au rivage, et dans ce monument L'ont, au cap du Zéphyr, déposé mollement ; Et de loin, à grands cris appelant leurs compagnes, Et les Nymphes des bois, des sources, des montagnes, Toutes, frappant leur sein et traînant un long deuil, Répétèrent, hélas ! autour de son cercueil : " Hélas ! chez ton amant tu n'es point ramenée, Tu n'as point revêtu ta robe d'hyménée, L'or autour de tes bras n'a point serré de noeuds, Et le bandeau d'hymen n'orna point tes cheveux. "
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|  | | didier meral

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 | Sujet: Re: Poésies Marines, diverses et variées... Jeu 10 Mai 2007 - 19:22 | |
| François-René de CHATEAUBRIAND (1768-1848) (Recueil : Tableaux de la nature)
La mer
Des vastes mers tableau philosophique, Tu plais au coeur de chagrins agité : Quand de ton sein par les vents tourmenté, Quand des écueils et des grèves antiques Sortent des bruits, des voix mélancoliques, L'âme attendrie en ses rêves se perd, Et, s'égarant de penser en penser, Comme les flots de murmure en murmure, Elle se mêle à toute la nature : Avec les vents, dans le fond des déserts, Elle gémit le long des bois sauvages, Sur l'Océan vole avec les orages, Gronde en la foudre, et tonne dans les mers.
Mais quand le jour sur les vagues tremblantes S'en va mourir ; quand, souriant encor, Le vieux soleil glace de pourpre et d'or Le vert changeant des mers étincelantes, Dans des lointains fuyants et veloutés, En enfonçant ma pensée et ma vue, J'aime à créer des mondes enchantés Baignés des eaux d'une mer inconnue. L'ardent désir, des obstacles vainqueur, Trouve, embellit des rives bocagères, Des lieux de paix, des îles de bonheur, Où, transporté par les douces chimères, Je m'abandonne aux songes de mon coeur.
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|  | | didier meral

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 | Sujet: Re: Poésies Marines, diverses et variées... Jeu 10 Mai 2007 - 19:24 | |
| Arthur RIMBAUD (1854-1891) (Recueil : Poésies)
Le bateau ivre
Comme je descendais des Fleuves impassibles, Je ne me sentis plus guidé par les haleurs : Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles, Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.
J'étais insoucieux de tous les équipages, Porteur de blés flamands ou de cotons anglais. Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages, Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.
Dans les clapotements furieux des marées, Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants, Je courus ! Et les Péninsules démarrées N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.
La tempête a béni mes éveils maritimes. Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes, Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots !
Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sûres, L'eau verte pénétra ma coque de sapin Et des taches de vins bleus et des vomissures Me lava, dispersant gouvernail et grappin.
Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème De la Mer, infusé d'astres, et lactescent, Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;
Où, teignant tout à coup les bleuités, délires Et rhythmes lents sous les rutilements du jour, Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres, Fermentent les rousseurs amères de l'amour !
Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes Et les ressacs et les courants : je sais le soir, L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes, Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir !
J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques, Illuminant de longs figements violets, Pareils à des acteurs de drames très antiques Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !
J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies, Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs, La circulation des sèves inouïes, Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !
J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries Hystériques, la houle à l'assaut des récifs, Sans songer que les pieds lumineux des Maries Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !
J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux !
J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan ! Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces, Et les lointains vers les gouffres cataractant !
Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises ! Échouages hideux au fond des golfes bruns Où les serpents géants dévorés des punaises Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !
J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants. - Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants.
Parfois, martyr lassé des pôles et des zones, La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux...
Presque île, ballottant sur mes bords les querelles Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds. Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles Des noyés descendaient dormir, à reculons !
Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses, Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau, Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau ;
Libre, fumant, monté de brumes violettes, Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur Qui porte, confiture exquise aux bons poètes, Des lichens de soleil et des morves d'azur ;
Qui courais, taché de lunules électriques, Planche folle, escorté des hippocampes noirs, Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;
Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais, Fileur éternel des immobilités bleues, Je regrette l'Europe aux anciens parapets !
J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur : - Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles, Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ?
Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes. Toute lune est atroce et tout soleil amer : L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes. Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer !
Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache Noire et froide où vers le crépuscule embaumé Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche Un bateau frêle comme un papillon de mai.
Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames, Enlever leur sillage aux porteurs de cotons, Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes, Ni nager sous les yeux horribles des pontons.
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|  | | didier meral

Nombre de messages: 608 Age: 50 Localisation: La Chapelle Thouarault Date d'inscription: 23/11/2006
 | Sujet: Re: Poésies Marines, diverses et variées... Jeu 10 Mai 2007 - 19:25 | |
| Charles SAINTE-BEUVE (1804-1869) (Recueil : Vie, poésies et pensées de Joseph Delorme)
Le calme
Souvent un grand désir de choses inconnues, D'enlever mon essor aussi haut que les nues, De ressaisir dans l'air des sons évanouis, D'entendre, de chanter mille chants inouïs, Me prend à mon réveil ; et voilà ma pensée Qui, soudain rejetant l'étude commencée, Et du grave travail, la veille interrompu, Détournant le regard comme un enfant repu, Caresse avec transport sa belle fantaisie Et veut partir, voguer en pleine poésie. A l'instant le navire appareille : et d'abord Les câbles sont tirés, les ancres sont à bord, La poulie a crié ; la voile suspendue Ne demande qu'un souffle à la brise attendue, Et sur le pont tremblant tous mes jeunes nochers S'interrogent déjà vers l'horizon penchés. Adieu, rivage, adieu ! - Mais la mer est dormante, Plus dormante qu'un lac ; mieux vaudrait la tourmente ! Mais d'en haut, ce jour-là, nul souffle ne répond ; La voile pend au mât et traîne sur le pont. Debout, croisant les bras, le pilote, à la proue, Contemple cette eau verte où pas un flot ne joue, Et que rasent parfois de leur vol lourd et lent Le cormoran plaintif et le gris goëland. Tout le jour il regarde, inquiet du voyage, S'il verra dans le ciel remuer un nuage, Ou frissonner au vent son beau pavillon d'or ; Et quand tombe la nuit, morne, il regarde encor La quille où s'épaissit une verdâtre écume, Et la pointe du mât qui se perd dans la brume.
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