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 Critiques et conseils bienvenus...

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Jeevusk
Moitié d'orange, bonne poire, centre ville
Jeevusk

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MessageSujet: Critiques et conseils bienvenus...   Critiques et conseils bienvenus... EmptyDim 13 Mai 2007 - 12:17

... sur une nouvellette qui s'appelle "Anamorphose".

Je n’aime pas écrire. Surtout en tapant sur un clavier d’ordinateur, avec un seul doigt. Alors, pourquoi suis-je en ce moment même en train d’écrire que je n’aime pas écrire ? Parce que cela fait partie d’une expérience. Pas d’une expérience personnelle. Mais d’une véritable expérience scientifique. Et durant cette expérience scientifique, je suis censé écrire. N’importe quoi. Ce qu’il me passe par la tête. Je dois juste faire des phrases, avec des sujets, des verbes, des compléments. Bon, je vais quand même faire un effort, parce ce que le texte que je rédige a toutes les chances d’être lu par une armée de psys. Mais pas seulement. Peut-être aussi par de vrais lecteurs. J’aimerais bien. Même si les lecteurs en question risquent fort d’être ceux qui ralentissent en voiture à la hauteur d’un accident, pour tenter de voir du sang.
13h29.
J’ai décidé de noter l’heure toutes les 5 minutes. J’espère qu’ils apprécieront l’initiative. Je n’en dis pas plus. Il faut ménager le suspense, si je veux écrire un best-seller, être un auteur à succès, même à titre posthume.
13h36.
Je suis tellement concentré sur ma frappe que j’oublie de regarder l’heure. Ce n’est pas grave. Je suppose que vous n’êtes pas à deux minutes près. Moi non plus. Enfin. Pas encore.
13h42.
Le plus simple est que je décrive l’expérience. Je suis dans un lit, en train de taper sur un ordinateur portable. On m’a expliqué que le logiciel que j’utilise n’est pas un traitement de texte. Il sert avant tout à enregistrer le temps entre deux frappes de touche, et la fréquence des corrections. Si j’ai bien tout compris, il est synchronisé avec un électroencéphalographe, et un électrocardiographe. Je suis couvert d’électrodes sur le crane et le torse. Je mâchonne un embout de tuyau relié à une machine d’assistance respiratoire. C’est un peu flippant, parce que personne ne m’a expliqué sa raison d’être dans l’expérience. Je peux encore (pour le moment, du moins) respirer sans aide. En tournant légèrement la tête sur la gauche, je peux voir des tracés bizarres et des nombres qui s’affichent sur des moniteurs. Je ne suis pas sensé les regarder. Je dois taper sur mon clavier. Mais j’ai quand même le droit de tourner la tête si je veux. Je suis un homme libre !
13h56.
La lumière dans la chambre est trop forte. J’ai un peu mal aux yeux. Je suis seul dans cette pièce, mais je suis observé à distance : trois caméras sont braquées sur moi. J’imagine qu’une présence humaine m’aurait distrait. Je me sens seul, mais détaché, quoique le terme soit assez mal choisi, vu le nombre de fils qui me relient aux appareils de mesure. Ils ont sûrement dû me bourrer de tranquillisants. Mais ça m’étonne quand même. Ils n’auraient sûrement pas pris le risque de fausser le protocole expérimental pour mon petit confort personnel. « Fausser le protocole expérimental ». Voilà que je me mets à parler comme eux. Enfin, à écrire. Parce que je ne parle pas. Ce serait difficile, avec le tuyau.
Je suis donc l’élément central de l’expérience. Parce je suis malade. Je dis « malade » mais je crâne un peu en employant ce mot. « Mourant » serait plus proche de la réalité.
14h01.
Ne comptez pas sur moi pour vous donner des détails sur ma maladie. Je laisse travailler votre imagination. Vous avez le choix. Un virus mutant, à la mode ces temps-ci. Peut-être même un virus instrument de la justice divine vis à vis d’un débauché. Ou bien, moins romantique : une substance industrielle toxique interdite un tout petit peu trop tard. Bref. Cela n’a aucune espèce d’importance, si ce n’est que cette saloperie a transformé un homme en cobaye en passant par quelques étapes intermédiaires dont je vous ferai grâce. Et ce cobaye tient à la vie. Et oui : le suicide est une solution trop élégante pour être à ma portée, de même que l’euthanasie pour être sérieusement envisageable par la Société.
14h05.
Cela fait de moi le candidat idéal pour cette loterie qui me propose de gagner le bien le plus précieux: du temps. Combien de temps ? On n’a pas été capable de me le dire. Mais je ne vais pas faire le difficile. Même quelques minutes de rab me combleraient. A priori, la durée du sursis sera supérieure. Dans la mesure où je ne souffre pas trop, je suis prêt à m’accrocher à l’existence de toutes mes forces. Et depuis quelques semaines, la douleur n’est plus qu’une sensation diffuse qui prouve que je vis encore. Merci à la fée Morphine. Grâce à elle, je peux savourer les dernières miettes de mon existence, en état d’apesanteur.
Quelques minutes avant le début de ma rédaction, on m’a injecté une substance miracle. La personne qui s’est occupée de moi était tellement fière de participer à ce programme expérimental qu’elle m’a donné des tas d’explications. A croire que j’étais son seul public. Ce qu’on m’a injecté a été développé initialement dans le cadre d’un programme de recherche militaire, il y a quelques années. Ce produit était censé améliorer la coordination neuromusculaire en situation de stress. Cela aurait pu être un flop retentissant, si le programme de recherche n’avait pas été classé « secret défense », ce fut donc un flop très discret, de quelques dizaines de millions de dollars. La substance était très efficace : plus le danger était grand, et plus la coordination neuromusculaire du soldat s’améliorait. Mais malheureusement, son potentiel intellectuel aussi, et donc ses capacités à fuir le danger. La formule de la substance et la description détaillée de son processus de synthèse furent classées puis oubliées dans le recoin d’une mémoire optique. Cette mémoire a été retrouvée il y peu, son contenu déclassifié et introduit dans une communauté scientifique pas franchement au fait des questions d’éthique. La substance fut ensuite optimisée par un génie des drogues de synthèse qui a fait ses classes en Afghanistan.
14h08.
La version civile de cette drogue permet en fait de stimuler l’activité neuronale de zones cérébrales un peu différentes de celles de la version militaire. Son principal effet est d’accroître la durée du temps subjectif. La perception du temps est altérée proportionnellement au stress, qui augmente naturellement à l’approche de la mort. Cela a pour effet de reculer subjectivement cette échéance au fur et à mesure qu’elle approche objectivement
L’équipe scientifique a prédit des modifications au niveau de la coordination musculaire lorsque l’accélération du temps subjectif se sera produit. On m’a assuré que les mouvements réflexes, cardiaques notamment, ne seraient pas perturbés par l’augmentation de la « vitesse » de la pensée. La notion de vitesse est d’ailleurs inappropriée et n’est qu’une image pour décrire le phénomène ; la vitesse de l’influx nerveux, du domaine des phénomènes électrochimiques, n’est pas modifiée par la drogue. Elle améliore plutôt le parallélisme de l’activité des neurones impliqués dans le raisonnement et la mémoire.
Toujours est-il que, logiquement, la machine d’assistance respiratoire ne devrait pas servir. J’espère que ce n’est qu’une précaution inutile, et que je respirerai normalement quand les effets du produit se fera sentir.
14h10.
A ce moment là, je devrais taper de plus en plus vite : le logiciel va enregistrer l’augmentation de la fréquence de ma frappe, et ces données vont rejoindre celles de mon métabolisme enregistrées en temps réel.
Je viens de m’apercevoir que c’est le cas. Et que je tapais maintenant avec plusieurs doigts. Si je calcule bien, je dois taper presque aussi vite d’une secrétaire. Je ne ressent aucune différence par rapport à tout à l’heure. Je peine toujours autant pour transcrire mes pensées sur l’écran de l’ordinateur. Donc ça veut dire que je pense plus vite. Et je respire toujours aussi bien. J’en profite pour recracher l’embout du respirateur. C’est mon coté rebelle et aventurier. Je suis le James Dean des grabataires.
Subjectivement, rien de change. Si ce n’est ma virtuosité dactylographique. Si ce n’est que la Faucheuse me semble un peu plus distante, subitement. Bon, en pinaillant un peu, je dois dire que je ressens un léger décalage entre l’idée des mouvements des doigts sur les touches et leur exécution. C’est une sensation subtile mais qui doit s’expliquer par le fait que j’ai sûrement atteint les limites de ma coordination musculaire. D’ailleurs, je ressens une légère douleur au niveau des poignets (je tape maintenant des deux mains). Il faut que je fasse une pause.
14h16.
Je reprends mes travaux d’écriture après un repos de quelques minutes objectives. Je suis dans l’incapacité de quantifier la durée subjective de mes petites vacances, mais elles m’ont paru très longues. Je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer. J’ai commencé à explorer mes souvenirs avec ma nouvelle acuité intellectuelle. Et je suis en plein apprentissage de mes nouveaux rapports avec le monde extérieur. Le temps de réaction de mes doigts s’est nettement accru. Ainsi que celui de mes yeux : pour leur mouvements mais surtout pour leur mise au point quant ils passent de l’écran au clavier et inversement. Il faut que je fixe uniquement l’écran comme un pro de la frappe si je veux minimiser les pertes de temps. Pas de problème : je n’ai qu’à utiliser ma mémoire à court terme pour visualiser le clavier. A z e r t y u i o p. Vous avez vu : ça marche, et sans les yeux ! Mes doigts ont quand même du mal à suivre mes idées en boucle qui tournent de plus en plus vite. Ma mémoire immédiate est mise à contribution : l’image du clavier d’un coté, une idée pas trop tarte et suffisamment persistante pour être transcrite en concept textuel, de l’autre. Quand je dis d’un coté et de l’autre, c’est pour simplifier. Imaginez un puzzle à reconstituer en permanence, ou un miroir brisé qui reflète tout et n’importe quoi. Un vrai boulot de romain. Ca occupe mais rassurez vous. J’ai encore du temps libre pour mâchouiller mes souvenirs. Et j’en ai un stock. Ils surgissent de partout, comme des morts-vivants d’un cimetière de série B. J’ai quasiment perdu la vue, les infinités d’images d’écran focalisées sur une syllabe perdue dans le flou des mots alentour ne m’apporte plus rien d’autre d’une redondance imparfaite avec le clavier de ma mémoire-puzzle.
14h17 (c’est la dernière fois que je regarde l’heure : cela prend trop de temps).
Un sens que j’aimerais ne plus avoir, c’est l’ouie. Depuis des heures, une pulsation de bruits roses de plus en plus lente m’agace la conscience. Je viens de comprendre (il y a un siècle en fait) que c’est le bruit du clavier. Bon, je mets mes esgourdes en vacances cinq minutes.
Une modulation plus forte m’a tiré de mes rêves rotatifs. «Oooooooooowwwwwwaaaaaaaaayyyyyyyyyyyyyyyyyouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu ». Cava ! Mais arrêtez ça. C’est très désagréable. Même si j’apprécie votre sollicitude. D’autantquevous avez poussé la courtoisie jusqu’à traiter le son pour que je le comprenne. Je n’essaie même pas de vous répondre oralement. Je sens que cette tentative serait vouée à l’échec. Le souvenir lointain de cette tentative de communication a déclenché une sortede nostalgiepoussiéreuse donlesouvenir s’estompe. Je continue néanmoins mon texte, fildeplusenplusténu qui me retient encore à votre réalité. Mille souvenirs entre chaque mot. Milvies revécues entrechaqphrasfossil. Mort jevoulaisfuir existetoujours maisconnaissable comanamorphose tableaulesambassadeurs. Ggagné
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Gérard FEYFANT

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MessageSujet: Re: Critiques et conseils bienvenus...   Critiques et conseils bienvenus... EmptyDim 13 Mai 2007 - 12:46

C'est saisissant. On est totalement scotché.

Je relève quelques fautes d'orthographe ou de frappe (bien entendu je ne parle pas du dernier paragraphe)

à 13h42, tu es "sensé" ne pas les regarder ; à 14h05, ce produit était "censé"...
14h08 :quand les effets du produit se feront (pas fera) sentir
14h10 : aussi vite qu'une (pas d'une) secrétaire
dernière ligne avant 14h17 : rien d'autre qu'une (pas d'une ?) redondance.

Bravo pour ce texte d'un surréalisme saisissant, dont le style d'écriture est parfaitement adapté à la situation.
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Vic Taurugaux

Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Critiques et conseils bienvenus...   Critiques et conseils bienvenus... EmptyDim 13 Mai 2007 - 14:12

Anamorphose

Dans le plan, nous définirons l'anamorphose associée à une courbe (G0) (le miroir) et un point W (l'observateur) comme la relation qui à tout point M fait correspondre son (ou ses) symétrique(s) par rapport au miroir en partant de W, c'est-à-dire tout point M' symétrique de M par rapport à la tangente en H à (G0), H étant un point d'intersection de la droite (WM) avec le miroir (G0) ; de la sorte, un rayon lumineux issu de M' arrive dans les yeux de l'observateur après réflexion en H et M est une image virtuelle de M'. En clair, l'observateur croit voir M, alors qu'il voit M'.

Critiques et conseils bienvenus... Anamorphoseconstrucyf2

Etonnant, non?
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filo

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MessageSujet: Re: Critiques et conseils bienvenus...   Critiques et conseils bienvenus... EmptyDim 13 Mai 2007 - 16:29

Un coup de coeur, ce texte! Bravo.
Quelques lourdeurs au niveau des explications techniques, mais vu le contexte, on les pardonne volontiers.
Je me disais un truc bizarre et peut-être faux, mais je n'imagine pas une femme pondre un tel texte. Je veux dire autant l'idée que le traitement et le contenu

Tiens en parlant d'anamorphose, vous connaissez Julian Beever?
http://www.jewishhigh.com/view/196109.html

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
L'art est parfois un sale boulot, mais il faut bien que quelqu'un le fasse
Le site Filosphere ** Filographies : photo & design ** Ma musique récente ou inédite ** Musique de la Juste Parole
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rizlabo
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MessageSujet: Re: Critiques et conseils bienvenus...   Critiques et conseils bienvenus... EmptyDim 13 Mai 2007 - 16:41

Tout à fait captivant, je l'ai lu sourire aux lèvres.
Il est rare que je puisse lire un texte aussi long sans zapper (sur un forum), mais la découpe favorise évidemment l'exercice...
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Gérard FEYFANT

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MessageSujet: Re: Critiques et conseils bienvenus...   Critiques et conseils bienvenus... EmptyDim 13 Mai 2007 - 18:46

GrandGuru a écrit:
Un coup de coeur, ce texte! Bravo.
Quelques lourdeurs au niveau des explications techniques, mais vu le contexte, on les pardonne volontiers.
Je me disais un truc bizarre et peut-être faux, mais je n'imagine pas une femme pondre un tel texte. Je veux dire autant l'idée que le traitement et le contenu

Tiens en parlant d'anamorphose, vous connaissez Julian Beever?
[url=http://www.jewishhigh.com/view/196109.html
http://www.jewishhigh.com/view/196109.html[/quote[/url]]

Stupéfiant !
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Gérard FEYFANT

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MessageSujet: Re: Critiques et conseils bienvenus...   Critiques et conseils bienvenus... EmptyDim 13 Mai 2007 - 19:33

Vic Taurugaux a écrit:
Anamorphose

Dans le plan, nous définirons l'anamorphose associée à une courbe (G0) (le miroir) et un point W (l'observateur) comme la relation qui à tout point M fait correspondre son (ou ses) symétrique(s) par rapport au miroir en partant de W, c'est-à-dire tout point M' symétrique de M par rapport à la tangente en H à (G0), H étant un point d'intersection de la droite (WM) avec le miroir (G0) ; de la sorte, un rayon lumineux issu de M' arrive dans les yeux de l'observateur après réflexion en H et M est une image virtuelle de M'. En clair, l'observateur croit voir M, alors qu'il voit M'.

Critiques et conseils bienvenus... Anamorphoseconstrucyf2

Etonnant, non?

Je ne connaissais que l'anamorphose chez certains myriapodes, par opposition à l'épimorphose des insectes.
Tu dessines bien !
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Jeevusk
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MessageSujet: Re: Critiques et conseils bienvenus...   Critiques et conseils bienvenus... EmptyDim 13 Mai 2007 - 19:38

Les corrections ont été apportées sur le texte original, et les remarques et commentaires particulièrement appréciés (faut pas bouder son plaisir!)
Merci.

GrandGuru a écrit:
Tiens en parlant d'anamorphose, vous connaissez Julian Beever?
http://www.jewishhigh.com/view/196109.html

Je suis déjà impressionné par les anamorphoses publicitaires sur les circuits, alors quand je vois ça...
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Romane
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MessageSujet: Re: Critiques et conseils bienvenus...   Critiques et conseils bienvenus... EmptyLun 14 Mai 2007 - 14:29

Ton texte m'a bizarrement emportée dans ton monde, après un détour très perso et totalement à l'inverse de l'effet escompté.
Ce n'est que lorsque la vitesse de frappe a atteint celle d'une secrétaire, que j'ai sérieusement pu commencer à rentrer dans une autre dimension.

Double sensation : liberté-entraves. Quelque chose comme ça, qui met tout de suite dans un contexte et qui captive malgré l'inconfort.
Voilà comment j'ai traversé cette histoire.

Je rejoins GrandGuru, faudrait un peu alléger quelques passages techniques, sinon le reste revu, je n'ai rien à ajouter.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
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Joseph Attila PUSZTAY

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MessageSujet: correction   Critiques et conseils bienvenus... EmptyVen 8 Juin 2007 - 8:34

Je n’aime pas écrire. Surtout en tapant sur un clavier d’ordinateur, avec un seul doigt. Alors, pourquoi suis-je en ce moment même en train d’écrire que je n’aime pas écrire ? Parce que cela fait partie d’une expérience. Pas d’une expérience personnelle. Mais d’une véritable expérience scientifique. Et durant cette expérience scientifique, je suis censé écrire. N’importe quoi. Ce qu’il me passe par la tête. Je dois juste faire des phrases, avec des sujets, des verbes, des compléments. Bon, je vais quand même faire un effort, parce ce que le texte que je rédige a toutes les chances d’être lu par une armée de psys. Mais pas seulement. Peut-être aussi par de vrais lecteurs. J’aimerais bien. Même si les lecteurs en question risquent fort d’être ceux qui ralentissent en voiture à la hauteur d’un accident, pour tenter de voir du sang.
13h29.
J’ai décidé de noter l’heure toutes les 5 minutes. J’espère qu’ils apprécieront l’initiative. Je n’en dis pas plus. Il faut ménager le suspense, si je veux écrire un best-seller, être un auteur à succès, même à titre posthume.
13h36.
Je suis tellement concentré sur ma frappe que j’oublie de regarder l’heure. Ce n’est pas grave. Je suppose que vous n’êtes pas à deux minutes près. Moi non plus. Enfin. Pas encore.
13h42.
Le plus simple est que je décrive l’expérience. Je suis dans un lit, en train de taper sur un ordinateur portable. On m’a expliqué que le logiciel que j’utilise n’est pas un traitement de texte. Il sert avant tout à enregistrer le temps entre deux frappes de touche, et la fréquence des corrections. Si j’ai bien tout compris, il est synchronisé avec un électroencéphalographe, et un électrocardiographe. Je suis couvert d’électrodes sur le crane et le torse. Je mâchonne un embout de tuyau relié à une machine d’assistance respiratoire. C’est un peu flippant, parce que personne ne m’a expliqué sa raison d’être dans l’expérience. Je peux encore (pour le moment, du moins) respirer sans aide. En tournant légèrement la tête sur la gauche, je peux voir des tracés bizarres et des nombres qui s’affichent sur des moniteurs. Je ne suis pas sensé les regarder. Je dois taper sur mon clavier. Mais j’ai quand même le droit de tourner la tête si je veux. Je suis un homme libre !
13h56.
La lumière dans la chambre est trop forte. J’ai un peu mal aux yeux. Je suis seul dans cette pièce, mais je suis observé à distance : trois caméras sont braquées sur moi. J’imagine qu’une présence humaine m’aurait distrait. Je me sens seul, mais détaché, quoique le terme soit assez mal choisi, vu le nombre de fils qui me relient aux appareils de mesure. Ils ont sûrement dû me bourrer de tranquillisants. Mais ça m’étonne quand même. Ils n’auraient sûrement pas pris le risque de fausser le protocole expérimental pour mon petit confort personnel. « Fausser le protocole expérimental ». Voilà que je me mets à parler comme eux. Enfin, à écrire. Parce que je ne parle pas. Ce serait difficile, avec le tuyau.
Je suis donc l’élément central de l’expérience. Parce je suis malade. Je dis « malade » mais je crâne un peu en employant ce mot. « Mourant » serait plus proche de la réalité.
14h01.
Ne comptez pas sur moi pour vous donner des détails sur ma maladie. Je laisse travailler votre imagination. Vous avez le choix. Un virus mutant, à la mode ces temps-ci. Peut-être même un virus instrument de la justice divine vis à vis d’un débauché. Ou bien, moins romantique : une substance industrielle toxique interdite un tout petit peu trop tard. Bref. Cela n’a aucune espèce d’importance, si ce n’est que cette saloperie a transformé un homme en cobaye en passant par quelques étapes intermédiaires dont je vous ferai grâce. Et ce cobaye tient à la vie. Et oui : le suicide est une solution trop élégante pour être à ma portée, de même que l’euthanasie pour être sérieusement envisageable par la Société.
14h05.
Cela fait de moi le candidat idéal pour cette loterie qui me propose de gagner le bien le plus précieux: du temps. Combien de temps ? On n’a pas été capable de me le dire. Mais je ne vais pas faire le difficile. Même quelques minutes de rab me combleraient. A priori, la durée du sursis sera supérieure. Dans la mesure où je ne souffre pas trop, je suis prêt à m’accrocher à l’existence de toutes mes forces. Et depuis quelques semaines, la douleur n’est plus qu’une sensation diffuse qui prouve que je vis encore. Merci à la fée Morphine. Grâce à elle, je peux savourer les dernières miettes de mon existence, en état d’apesanteur.
Quelques minutes avant le début de ma rédaction, on m’a injecté une substance miracle. La personne qui s’est occupée de moi était tellement fière de participer à ce programme expérimental qu’elle m’a donné des tas d’explications. A croire que j’étais son seul public. Ce qu’on m’a injecté a été développé initialement dans le cadre d’un programme de recherche militaire, il y a quelques années. Ce produit était censé améliorer la coordination neuromusculaire en situation de stress. Cela aurait pu être un flop retentissant, si le programme de recherche n’avait pas été classé « secret défense », ce fut donc un flop très discret, de quelques dizaines de millions de dollars. La substance était très efficace : plus le danger était grand, et plus la coordination neuromusculaire du soldat s’améliorait. Mais malheureusement, son potentiel intellectuel aussi, et donc ses capacités à fuir le danger. La formule de la substance et la description détaillée de son processus de synthèse furent classées puis oubliées dans le recoin d’une mémoire optique. Cette mémoire a été retrouvée il y peu, son contenu déclassifié et introduit dans une communauté scientifique pas franchement au fait des questions d’éthique. La substance fut ensuite optimisée par un génie des drogues de synthèse qui a fait ses classes en Afghanistan.
14h08.
La version civile de cette drogue permet en fait de stimuler l’activité neuronale de zones cérébrales un peu différentes de celles de la version militaire. Son principal effet est d’accroître la durée du temps subjectif. La perception du temps est altérée proportionnellement au stress, qui augmente naturellement à l’approche de la mort. Cela a pour effet de reculer subjectivement cette échéance au fur et à mesure qu’elle approche objectivement
L’équipe scientifique a prédit des modifications au niveau de la coordination musculaire lorsque l’accélération du temps subjectif se sera produit. On m’a assuré que les mouvements réflexes, cardiaques notamment, ne seraient pas perturbés par l’augmentation de la « vitesse » de la pensée. La notion de vitesse est d’ailleurs inappropriée et n’est qu’une image pour décrire le phénomène ; la vitesse de l’influx nerveux, du domaine des phénomènes électrochimiques, n’est pas modifiée par la drogue. Elle améliore plutôt le parallélisme de l’activité des neurones impliqués dans le raisonnement et la mémoire.
Toujours est-il que, logiquement, la machine d’assistance respiratoire ne devrait pas servir. J’espère que ce n’est qu’une précaution inutile, et que je respirerai normalement quand les effets du produit se feront sentir.
14h10.
A ce moment là, je devrais taper de plus en plus vite : le logiciel va enregistrer l’augmentation de la fréquence de ma frappe, et ces données vont rejoindre celles de mon métabolisme enregistrées en temps réel.
Je viens de m’apercevoir que c’est le cas. Et que je tapais maintenant avec plusieurs doigts. Si je calcule bien, je dois taper presque aussi vite qu'une secrétaire. Je ne ressenS aucune différence par rapport à tout à l’heure. Je peine toujours autant pour transcrire mes pensées sur l’écran de l’ordinateur. Donc ça veut dire que je pense plus vite. Et je respire toujours aussi bien. J’en profite pour recracher l’embout du respirateur. C’est mon coté rebelle et aventurier. Je suis le James Dean des grabataires.
Subjectivement, rien de change. Si ce n’est ma virtuosité dactylographique. Si ce n’est que la Faucheuse me semble un peu plus distante, subitement. Bon, en pinaillant un peu, je dois dire que je ressens un léger décalage entre l’idée des mouvements des doigts sur les touches et leur exécution. C’est une sensation subtile mais qui doit s’expliquer par le fait que j’ai sûrement atteint les limites de ma coordination musculaire. D’ailleurs, je ressens une légère douleur au niveau des poignets (je tape maintenant des deux mains). Il faut que je fasse une pause.
14h16.
Je reprends mes travaux d’écriture après un repos de quelques minutes objectives. Je suis dans l’incapacité de quantifier la durée subjective de mes petites vacances, mais elles m’ont paru très longues. Je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer. J’ai commencé à explorer mes souvenirs avec ma nouvelle acuité intellectuelle. Et je suis en plein apprentissage de mes nouveaux rapports avec le monde extérieur. Le temps de réaction de mes doigts s’est nettement accru. Ainsi que celui de mes yeux : pour leur mouvements mais surtout pour leur mise au point quant ils passent de l’écran au clavier et inversement. Il faut que je fixe uniquement l’écran comme un pro de la frappe si je veux minimiser les pertes de temps. Pas de problème : je n’ai qu’à utiliser ma mémoire à court terme pour visualiser le clavier. A z e r t y u i o p. Vous avez vu : ça marche, et sans les yeux ! Mes doigts ont quand même du mal à suivre mes idées en boucle qui tournent de plus en plus vite. Ma mémoire immédiate est mise à contribution : l’image du clavier d’un coté, une idée pas trop tarte et suffisamment persistante pour être transcrite en concept textuel, de l’autre. Quand je dis d’un coté et de l’autre, c’est pour simplifier. Imaginez un puzzle à reconstituer en permanence, ou un miroir brisé qui reflète tout et n’importe quoi. Un vrai boulot de romain. Ça occupe mais rassurez vous. J’ai encore du temps libre pour mâchouiller mes souvenirs. Et j’en ai un stock. Ils surgissent de partout, comme des morts-vivants d’un cimetière de film de série B. J’ai quasiment perdu la vue, les infinités d’images d’écran focalisées sur une syllabe perdue dans le flou des mots alentour ne m’apporte plus rien d’autre d’une redondance imparfaite avec le clavier de ma mémoire-puzzle (phrase peu compréhensible).
14h17 (c’est la dernière fois que je regarde l’heure : cela prend trop de temps).
Un sens que j’aimerais ne plus avoir, c’est l’ouie. Depuis des heures, une pulsation de bruits roses de plus en plus lente m’agace la conscience. Je viens de comprendre (il y a un siècle en fait) que c’est le bruit du clavier. Bon, je mets mes esgourdes en vacances cinq minutes.
Une modulation plus forte m’a tiré de mes rêves rotatifs. «Oooooooooowwwwwwaaaaaaaaayyyyyyyyyyyyyyyyyouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu ». Ça va ! Mais arrêtez ça. C’est très désagréable. Même si j’apprécie votre sollicitude. D’autantque (espace) vous avez poussé la courtoisie jusqu’à traiter le son pour que je le comprenne. Je n’essaie même pas de vous répondre oralement. Je sens que cette tentative serait vouée à l’échec. Le souvenir lointain de cette tentative de communication a déclenché une sorte / de nostalgie / poussiéreuse donT / les / ouvenirS s’estompeNT. Je continue néanmoins mon texte, fil/de/plus/en/plus/ténu qui me retient encore à votre réalité. Mille souvenirs entre chaque mot. MilLE vies revécues entre/chaqUE/phras/fossil. Mort je/voulais/fuir(,) existe/toujours maisconnaissable coma/namorphose (?) tableau/les/ambassadeurs. Ggagné.

Est-ce fait volontairement les mots attachés à la fin, car ce n'est pas facilement lisible ?

Nouvelle au vocabulaire riche et bien écrit, mais la fin rend la nouvelle d'une utilité difficile à cerner, la postérité tranchera...


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Romane
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MessageSujet: Re: Critiques et conseils bienvenus...   Critiques et conseils bienvenus... EmptyVen 8 Juin 2007 - 9:16

Belle rebienvenue, Attila ! Tu es arrivé manches retroussées c'est génial !

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Romane   Critiques et conseils bienvenus... EmptyVen 8 Juin 2007 - 13:26

Bonjour Romane, comme tu es belle...

Oui, je vais davantage en faire ici, désolé de n'être venu plus tôt, mais j'avais d'autres choses à faire...

Gros bisous.
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MessageSujet: Re: Critiques et conseils bienvenus...   Critiques et conseils bienvenus... EmptyVen 8 Juin 2007 - 13:42

Joseph Attila PUSZTAY a écrit:
Bonjour Romane, comme tu es belle...

Euh... Shocked nan nan, je t'assure. Là je suis jaune. Laughing
T'inquiète pas pour le temps que t'as mis à arriver au terminus, on t'attendait patiemment. bisou

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Romane, suite   Critiques et conseils bienvenus... EmptyVen 8 Juin 2007 - 17:37

Romane a écrit:
Joseph Attila PUSZTAY a écrit:
Bonjour Romane, comme tu es belle...

Euh... Shocked nan nan, je t'assure. Là je suis jaune. Laughing
T'inquiète pas pour le temps que t'as mis à arriver au terminus, on t'attendait patiemment. bisou

Ma douce Romane,

Oh, juste une petite mise au point sur la photo, un petit rien, et ce sera parfait...

Je ne peux que t'embrasser, où tu veux Critiques et conseils bienvenus... Gwen_et_
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MessageSujet: Re: Critiques et conseils bienvenus...   Critiques et conseils bienvenus... EmptyVen 8 Juin 2007 - 21:44

Merci, Joseph, pour ton avis et tes corrections. Mais les fotes d'ortograf sont volontaires pour faire plus authentique.



Non, je blague bien sûr... sauf pour la fin du texte, où c'est effectivement le cas...


Sinon, pour changer de sujet, si tu veux faire partie du fan-club de Romane, contacte-moi en MP, j'ai peut-être un plan pour une réduc sur les droits d'inscription...
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MessageSujet: Re: Critiques et conseils bienvenus...   Critiques et conseils bienvenus... EmptySam 9 Juin 2007 - 14:02

C’est un matin d’après biture que je l’ai vue dans la glace de la salle de bain. Une mouche bleue sur mon avant bras. En la voyant, j’ai pas pu m’empêcher de sursauter. J’ai secoué mon bras involontairement, mais elle est pas partie. C’est là que je me suis rendu compte : c’était pas une vraie mouche. D’abord, j’ai pas compris. Faut vous dire que le matin, c’est pas mon truc. Généralement, je suis pas opérationnel avant mon café et ma première gauloise. En plus, ça cognait dans ma tête, rapport à la mufflée de la veille. J’ai donc bu mon café et fumé ma clope, histoire de sortir du brouillard. Et puis je suis retourné dans la salle de bain. J’ai tout essayé, le savon, le cif, la brosse, tout. La mouche est pas partie. C’était une sorte de tatouage bizarre. D’accord, j’étais fin saoul la veille au soir, mais quand même pas au point de me faire tatouer une mouche sur l’avant bras et de pas m’en souvenir. Et puis, j’aime pas les tatouages : ça fait vulgaire. Surtout une mouche.
Je suis parti au taf, et elle m’est sortie de l’esprit. Au boulot, je pense au boulot. Dans mon job, faut être concentré. Les gens croient qu’on est payé à rêvasser, mais c’est pas vrai. Certains collègues, je dis pas, mais pas moi. Si vous pensez à autre chose, vous serez forcément surpris, et vous réagirez en retard. Vous savez, on parle de racaille en ce moment. C’est à la mode. On parle de karcher aussi. Mais c’est du pipeau de politicard. Le karcher, c’est pas suffisant pour la racaille. C’est des sournois et des rapides. Mais on a pas le droit d’être armé, donc vaut mieux être concentré pour réagir vite, en cas de besoin.
Donc j’avais oublié la mouche. C’est les collègues qui m’ont charrié sur mon tatouage, après le boulot. Ils ont bien vu que c’était pas un sujet de conversion qui me plaisait beaucoup, alors ils ont pas insisté. Mais elle était revenue pour me turlupiner. Exactement comme une vraie qui aurait tourné autour de ma tête. Sauf qu’elle tournait pas autour, mais dedans. J’ai donc essayé de me rappeler ce qui avait pu se passer. Le problème, c’était ce me rappeler la dernière fois que j’avais regardé mon avant bras. Essayez, pour voir : c’est pas évident. Bon, en me creusant un peu la tête, je me suis dis que la mouche avait dû apparaître dans la soirée de la veille. La fameuse soirée de biture. Avec les collègues, on avait l’habitude de s’en jeter un petit, après le boulot, dans un rade à coté du taf. Ce soir-là, un deuxième petit a suivi le premier, et un troisième… Mais attention, faut pas croire qu’avant la mouche, j’avais l’habitude de me torcher. Mais y a des soirs un peu plus tristes que les autres. Des soirs à alcool. On s’est retrouvé pas mal échauffé sur le coup des huit heures. Moi, je suis pas un violent, ni un raciste. Les Arabes et les Noirs, ils ont droit d’être Arabes ou Noirs si ça leur chante. Mais les collègues, y sont pas comme moi, surtout avec un coup dans le nez. Dans un coin du bar, il y avait un Black en djellaba qui lisait en buvant du thé dans un verre. Bien sûr, ça n’a pas loupé, y en a un qui a commencé à parler des quartiers en banlieue où il tellement de nègres qu’on peut partir en Afrique pour pas un rond. Un autre a dit qu’il savait pas que les nègres savaient lire. Un peu par curiosité, un peu pour pas casser l’ambiance, je me suis approché du black pour lui piquer son bouquin. Il était écrit en arabe, et j’allais sur sortir une vanne sur les nègres qui lisent en bougnoule, quand j’ai croisé son regard. Ses yeux étaient très noirs et j’ai eu l’impression de tomber dedans. C’est là que j’ai vu des images. D’abord un ciel presque blanc. Puis un chemin poussiéreux, des baraques en terre avec des toits en tôle ondulé. Des jeeps, des chevaux avec des cavaliers dessus, avec des fusils. Des cadavres d’hommes, de femmes et d’enfants, et des mouches. Des nuages de mouches, qui sortent de leur bouche et de leur yeux. Et qui me poursuivent quand je sors du regard noir.
Je me suis retrouvé dans le rade avec les collègues morts de rire. «On dirait que t’as vu un fantôme. T’es tout pâle.». « Non, que je réponds, le Ricard pur, ça me réussit pas ». Je me souviens pas du reste de la soirée, ni de mon retour chez moi. Et j’ai oublié le Noir et les mouches jusqu’au soir suivant. Comme un cauchemar de poivrot. A partir du moment où je me suis souvenu du Black, la mouche est revenue bourdonner dans ma tête, avec les images terribles. Et puis les gens ont commencé à me regarder bizarrement. Je sais pas comment dire, mais le regard des gens était comme une enclume sur mes épaules. J’avais envie de leur dire de pas me regarder, de me laisser tranquille, mais ils m’auraient pris pour un cinglé. J’ai donc arrêté de regarder les gens. Mais je continuais à porter l’enclume, et les images encore plus lourdes. J’ai commencé à me sentir bizarre dans la rue, un peu comme quand j’étais môme tout seul la nuit. Ou comme quand je suis dans une pièce sans fenêtre. Dans ces cas-là, j’ai envie de casser les murs.
Ca pouvait plus durer. Fallait que je trouve un moyen de faire partir la mouche, les images, et les murs où je me cognais tout le temps. Je suis pas très malin, mais je me doutais bien qu’un toubib pouvait pas m’aider. Et puis je voulais pas me retrouver dans une cellule capitonnée. Non, le seul qui pouvait m’aider, c’était le mec en djellaba. Je suis allé au bistrot pour me rencarder. Le black venait souvent le soir bouquiner en buvant du thé. Je suis revenu le soir. Il était pas là. Je suis revenu les soirs suivants. Je l’attendais en buvant un au deux Ricard et en comptant les briques des murs dans ma tête.
Un soir, j’attaquais mon quatrième pastis, quand j’entends derrière mon dos : « J’kiffe pas les poivrots ! ». Je me suis retourné, et j’ai vu quatre ou cinq loubards qui me mataient en se marrant. Et la, rebelote ! Ca recommence. Je tombe dans les yeux d’un des connards. Et tout se mélange : l’Afrique, les HLM, les fusils, la dope, les cadavres d’enfants, la Starac, les guerriers, le foot… Je suis revenu dans le bistrot comme la première fois. Le gamin en face de moi ne se marrait plus. Il était tout pâle. Il a dit : « On se casse ! ». Les autres ont pas moufté et ont suivi comme un seul homme.
J’ai pas revu le Black, mais la mouche est plus sur mon avant bras. Probable qu’elle s’est fait la malle avec le loubard. C’est sûr qu’entre un jeune plein d’avenir et un poivrot, elle a pas dû hésiter longtemps. Les images d’enfants sont toujours là dans ma tête. Les murs aussi. Mais j’ai confiance. Ils vont pas rester debout longtemps. Quand le moment sera venu, quand la racaille à Sarko en aura marre de les tagger, elle les fera péter. Et vous verrez : ce sera autre chose que des avions qui se crashent sur des tours chez ces enfoirés de ricains.
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MessageSujet: Re: Critiques et conseils bienvenus...   Critiques et conseils bienvenus... EmptySam 9 Juin 2007 - 15:45

Jeevusk a écrit:
Merci, Joseph, pour ton avis et tes corrections. Mais les fotes d'ortograf sont volontaires pour faire plus authentique.



Non, je blague bien sûr... sauf pour la fin du texte, où c'est effectivement le cas...


Sinon, pour changer de sujet, si tu veux faire partie du fan-club de Romane, contacte-moi en MP, j'ai peut-être un plan pour une réduc sur les droits d'inscription...

J'ai failli avaler mon chewing-gum.............. mdr mdr mdr Excellent !!!

Vous me faites marrer, vous êtes extras, j'vous adore, tiens.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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