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 Pièce : Le Brochet au beurre blanc (théâtre)

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Gérard FEYFANT

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MessageSujet: Pièce : Le Brochet au beurre blanc (théâtre)   Mar 15 Mai 2007 - 13:12

LE BROCHET AU BEURRE BLANC





Farce en un Acte, deux scènes





auteur
Gérard FEYFANT

Les didascalies sont de Monsieur

Daniel LE GOURRIEREC
















Personnages :

L'inspecteur


Pour se donner un genre, il se la joue détective privé. Borsalino, gilet noir, sur chemise blanche aux manches retroussées. Peut porter un holster sous l’aisselle et mâchonner un cure-dent… Détail important, une cravate desserrée…



L’accusée
Elle porte ses "qualités" sur elle. Femme à l’âge incertain et à la mise "très libérée" bien qu’un peu nunuche nunuche. Jupe très courte, bas résille, le haut demeure sa principale attraction. Maquillage de circonstance.




Le Témoin
La même, vingt ans plus tôt…






Cette pièce a été créée pour la première fois à l’Hospitalet de Barèges (Hautes-Pyrénées)
avec, dans le rôle de l’accusée : Corine
dans le rôle du témoin : Nicole
dans celui de l’inspecteur : Daniel.

Mise en scène
Daniel LE GOURRIEREC


Dernière édition par le Mar 15 Mai 2007 - 14:32, édité 1 fois
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Gérard FEYFANT

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MessageSujet: Re: Pièce : Le Brochet au beurre blanc (théâtre)   Mar 15 Mai 2007 - 13:15

Dans le bureau d’un inspecteur de police.
Au centre de la scène, en arrière-fond, un bureau, trois fauteuils à roulettes.

Sur le bureau, une lampe, une vieille machine à écrire type Remington, quelques dossiers, un téléphone.
Côté jardin, la porte d’entrée masquée par un porte-manteau genre perroquet.
Côté cour, face au bureau, assise dos au public sur l’un des fauteuils auquel elle est menottée par une main qui cherche discrètement à se libérer, l’accusée fume. Dans la pénombre, on distingue le somptueux porte-cigarette qui occupe son autre main.
Flotte, grâce à la fumée dans ce clair-obscur, une atmosphère polar des années cinquante sur fond de musique de jazz.
L’inspecteur rentre. Il s’assoit à son bureau, allume sa lampe et reprend péniblement la frappe de son procès-verbal en tapant d’un doigt sur la machine. Il souffre tant ce rapport paraît compliqué. La machine a également des caprices. Il sort d’un tiroir un coupe-papier afin de débloquer sa feuille coincée dans le mécanisme. Puis triomphant, il joue avec cet accessoire comme s’il s’agissait d’un poignard. Son jeu et la musique sont tout-à-coup interrompus par la sonnerie du téléphone



Scène 1



L’inspecteur (au téléphone) :
Formidable ! Surtout, vous me la gardez bien au chaud. Je vous ferai signe ! (Se tournant vers l’accusée) : Où en étions-nous ? Ah oui ! Madame s’obstine à nier ! Qu’à cela ne tienne, on recommence tout depuis le début : nom, prénom, âge, qualité ?

L’accusée (toujours de dos sur un ton détaché) :
Nom : Debain ; prénom : Sandra ; âge : celui de mes artères.

L’inspecteur (qui tape sur sa machine à écrire, machinalement) :
Bien entendu, on vérifiera tout ça, hein !

L’accusée (pour présenter ses « qualités », elle se tourne langoureusement vers le public. L’indécence de sa mise fait comprendre à chacun son emploi) :
Qualités : belle, intelligente et taquine à mes heures.

L’inspecteur :
Madame Sandra Debain, je ne… Mais vous vous moquez de moi ! (il consulte ses notes.) Depuis 2 heures, vous déclarez vous appeler Nicole Roullet !

L’accusée (discrètement, sa main se glisse hors de la menotte) :
Sans drap de bain ni col roulé, le résultat est le même, bel Apollon, vous m’avez mise à nu. Je suis votre prisonnière.

L’inspecteur :
Votre humour ne m’impressionne pas et je vous prierais de cesser de vous moquer de moi. C’est d’un meurtre dont vous êtes accusée.

L’accusée (Elle s’approche de l’inspecteur qui n’a pas remarqué qu’elle s’est libérée. Durant toute cette réplique, elle usera sur son partenaire de son arme favorite : son décolleté) :
Sachez, bel inspecteur que mon humour n’est aucunement destiné à vous impressionner, mais à me donner une contenance face à vos accusations dénuées de tout fondement mais cependant fort déstabilisantes lorsqu’elles ont pour cible une faible femme.
(Elle prend un ton de plus en plus maternel) J’ajouterais que si vous avez l’impression que je me moque de vous, c’est que, très probablement vous souffrez d’un trouble obsessionnel dû à un sentiment de persécution qui remonte certainement à votre petite enfance. Dîtes-moi, vos parents vous frappaient ?

L’inspecteur (penaud) :
Quelques fessées de temps en temps.

L’accusée :
Vous en avez souffert ou au contraire vous en éprouviez une certaine volupté ?

L’inspecteur (hypnotisé par le décolleté de l’accusée) :
A vrai dire, je souffrais d’y trouver une certaine volupté. (silence)

L’accusée :
Continuez, continuez.

L’inspecteur :
J’ai souvent l’impression qu’en prenant de l’âge, ils me fessent avec moins d’enthousiasme, comme s’ils m’aimaient moins. Lorsque… (Il se reprend soudainement, se sort du piège en se levant et en se réfugiant horrifié à l’autre bout de la pièce.) Mais qu’est-ce que vous me faites dire, espèce de sorcière ?

L’accusée :
Monsieur l’inspecteur, un peu de tenue je vous prie ! Traite-t-on de sorcière une suspecte. Je me demande ce que Monsieur le Procureur, ce cher homme, pensera de tout cela !

L’inspecteur :
Parce que vous connaissez le Procureur ?

L’accusée (très à l’aise, elle se rassoit dans son fauteuil comme si elle était dans son clandé) :
Je l’ai à dîner tous les premiers mardis du mois. Ciel, c’est demain !
J’espère que vous ne me retiendrez pas trop longtemps, jeune homme, j’ai des ordres à donner en cuisine. Monsieur le Procureur adore le pot-au-feu. Il faut le voir bâfrer en s’extasiant : « Quel délice le bœuf carotte ! ». Et sachez, bel éphèbe, que le pot-au-feu se prépare depuis la veille car il demande à mijoter au moins vingt-quatre heures. Or, la veille de demain, c’est précisément ce soir. Vous ne voudriez tout de même pas que Monsieur le Procureur s’envoie un pot-au-feu cuit à la va-vite par votre faute ? Il en serait fort contrarié et vous en pâtiriez assurément !

L’inspecteur (la pointant de l’index) :
En attendant vous, c’est de viande bien saignante dont vous vous apprêtiez à faire votre dîner ! N’oubliez pas qu’on vous a surprise près d’un cadavre lardé de quinze coups d’un poignard que vous teniez encore à la main.

(Il désigne un cadavre imaginaire qui restera là toute la scène. Son absence-présence marquera la virtualité actuelle des faits reprochés : y a-t-il réellement un cadavre ?)

L’accusée
:
Je me tue à vous le répéter : un poignard que je venais de ramasser après avoir trébuché sur ce pauvre malheureux, (elle se lève et le montre) tandis qu’une jeune femme, ma foi fort bien mise et que je reconnaîtrais entre mille, s’enfuyait à toute vapeur. Croyez-moi, cette oiselle-là n’avait pas la conscience tranquille.

(Durant cet échange où le ton va monter, les deux personnages situés de part et d’autre de la scène vont peu à peu se rapprocher pour à nouveau se confronter en milieu de scène, au-dessus du macchabée.)

L’inspecteur :
Avouez plutôt que vous l’avez tué ?

L’accusée :
Qui donc, l’oiselle ?

L’inspecteur :
Non, le cadavre

L’accusée :
On ne trucide pas un cadavre !

L’inspecteur :
On tue un passant qui devient un cadavre. Lequel passant vous avez donc froidement cadavérisé.

L’accusée :
Incorrect !

L’inspecteur :
Soyez polie !

L’accusée :
Incorrect ! On ne dit pas cadavérisé ! On dit occis !

L’inspecteur :
Peu importe, vous l’avez tué !

L’accusée (sur un ton de défi) :
Prouve-le mon chou !

L’inspecteur :
Nul besoin, on vous a vue !

L’accusée :
On m’a vue ?

L’inspecteur (triomphant, et pouvant à nouveau s’extraire du décolleté où, une fois encore, il s’est fait piéger) :
Ah Ah ! Ca vous en bouche un coin ça, un témoin inopiné ! (Il prend son téléphone) : Faites entrer la témouigne ! ...
… Comment ça tous partis ? (Cette nouvelle déconcertante le rassoit derrière son bureau)… Plus que vous au commissariat ? … Un appel téléphonique … Bataille rangée au casino … Ca alors ! … Après tout peu importe ! Conduisez donc cette dame jusqu’à mon bureau !

(Il raccroche.)

L’accusée (Grande dame, elle retourne majestueusement trôner sur son fauteuil et, un rien condescendante) :
Des ennuis, inspecteur ?

L’inspecteur :
Pas vos oignons ! Les ennuis, ici, c’est vous qui les avez !


Dernière édition par le Mar 15 Mai 2007 - 17:01, édité 4 fois
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Romane
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MessageSujet: Re: Pièce : Le Brochet au beurre blanc (théâtre)   Mar 15 Mai 2007 - 13:34

ah ! le beurre blanc ! Je l'attendais avant de passer à la vanille ! Faim

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
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Sylphide
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MessageSujet: Re: Pièce : Le Brochet au beurre blanc (théâtre)   Mar 15 Mai 2007 - 13:38

eh me voila qui rit à nouveau toute seule devant mon ordi..... la suite! la suite! la suite!!!! Faim
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Gérard FEYFANT

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MessageSujet: Re: Pièce : Le Brochet au beurre blanc (théâtre)   Mar 15 Mai 2007 - 13:39

Scène 2







Le témoin fait son entrée Elle est habillée de façon encore plus "suggestive" que l’accusée :


L’accusée :
L’oiselle !

Le témoin :
L’assassine !

L’inspecteur :
Approchez chère madame !

Le témoin (comme au tribunal) :
Monsieur le commissaire, je jure de dire la vérité, rien que la vérité, toute la vérité ! C’est elle !

L’inspecteur :
Du calme chère madame, nous ne sommes pas encore aux Assises. (Mielleux) Veuillez prendre la peine de vous asseoir et de me dire, chère madame, ce que vous avez vu.

L’accusée (prenant à témoin le public) :
Trois « chère madame » en vingt secondes pour cette péronnelle et pas un seul mot gentil à mon endroit en deux heures de temps. (A l’inspecteur) :
Cette geôle empeste le parti pris plus fort que votre « témouigne » le …… (elle renifle en direction du témoin)

[Le témoin :
Pur Poison de Dior !

L’inspecteur (s’adressant à l’accusée) :
Veuillez prendre en considération, Madame Sandra Debain Nicole Roullet (le témoin pouffe) ou je ne sais qui, que Madame n’est pas ici au même titre que vous. (Se tournant vers le témoin) Madame comment d’ailleurs ?

Le témoin : (Aussi garce que l’accusée, elle possède un décolleté encore plus redoutable dont elle entend se servir tout de suite sur le policier. Cette fois-ci, celui-ci est placé debout dans son dos. Il a donc une vue plongeante sur ce précipice)
Mademoiselle ! Appelez-moi Isabelle tout court, Monsieur le Commissaire.

L’inspecteur :
Inspecteur seulement, Mademoiselle Toucourt (l’accusée pouffe).

Le témoin :
Ce n’est qu’une question de temps. Après ce coup-là, il ne saurait se passer bien longtemps avant que vous ne devinssiez commissaire.

L’accusée :
Ou agent de la circulation si vous me faites rater mon pot-au-feu.

L’inspecteur (au témoin, feignant d’ignorer la remarque de l’accusée) :
Dîtes-moi ce que vous avez vu.

Le témoin : (Elle se lève et déclame tout à coup en levant la main droite, surprenant l’inspecteur qui avait déjà sombré où vous savez. Au fur et à mesure de cette tirade qu’elle invente péniblement, elle cherche à ce que l’inspecteur-gogo « accroche » à son mensonge)
C’est elle je le jure ! Elle attendait sa proie à l’ombre d’une porte cochère avec son grand couteau ensanglanté qui brillait sous la lune. Ses yeux injectés de sang lançaient des éclairs. La bave dégoulinait de ses babines. Quand le vieux monsieur est apparu au bout de la rue, j’ai pressenti le pire. Plus il approchait, plus elle bavait et soudain…

L’inspecteur :
Un instant, un instant, s’il vous plaît ! Combien de temps a duré la scène ?

Le témoin :
Une fraction de seconde monsieur l’Inspecteur. Lorsque…

L’inspecteur (Méticuleux et brûlant de revenir inspecter ce que vous savez) :
Excusez-moi si je vous interromps, mais je décèle une petite incohérence dans votre propos.

L'accusée :
Monsieur l’Inspecteur joue de l’euphémisme !

L’inspecteur (à l’accusée) :
Vous, n’aggravez pas votre cas ! (S’adressant à nouveau au témoin) En une fraction de seconde, la victime apparaît au bout de la rue distant d’une bonne centaine de mètres et se fait trucider ?

Le témoin :
Le temps s’était comme arrêté, lit-té-ra-le-ment !

L’accusée : (minaudant sur le même ton que le témoin) :
Lit-té-ra-le-ment !

L’inspecteur :
Mais vous-même, que faisiez-vous à ce moment-là dans cette rue déserte ?

Le témoin (mimant une envie d'aller au petit coin) :
Je faisais faire pipi à mon Yoyo !

L’inspecteur (intéressé) :
A votre Yoyo ?

Le témoin :
Un amour de bichon maltais. (Quelque peu déçu, l’inspecteur cherche des yeux un bichon maltais qu’il ne trouve pas.) Le pauvre ange a eu une crise cardiaque en voyant l’assassine. Il a déguerpi, j’en suis encore toute retournée.

L’inspecteur (En se tenant le cœur) :
Une crise cardiaque et il a détalé ?

Le témoin (recherchant auprès de lui une aile protectrice) :
Une toute petite crise cardiaque. Le pauvre cœur ! J’espère qu’il n’a pas fait de mauvaises rencontres. Les rues ne sont pas sûres, vous savez !

L’inspecteur (exténué par une telle sollicitation) :
Pour les bichons maltais, je ne sais pas. Pour les honnêtes citoyens, j’en suis convaincu.
(Il se lève et s’enfuit en avant-scène côté cour)

Le témoin :
Mon Yoyo est un honnête citoyen !

L’inspecteur :
Ce qui n’est pas le cas de cette dame-là, la meurtrière.

L’accusée (le sermonnant index pointé) :
Présumée, monsieur l’agent de ville, présumée !

L’inspecteur :
Bref : Comment cette dame a-t-elle pu ne pas vous voir quand vous avez eu, vous, tout le loisir de l’observer ?

L’accusée (triomphante) :
Ah !

Le témoin : (Elle va se cacher derrière le porte-manteau)
C’est que, terrorisée, je m’étais dissimulée derrière une estafette en stationnement.

L’inspecteur : (revenant sur son siège entre elles deux et ne sachant plus où donner de la tête)
Qui vous cachait à sa vue, mais pas elle à la vôtre ?

Le témoin (dévoilant une cuisse) :
Ne compliquez pas monsieur le commissaire !

L’accusée (même jeu, avec une épaule) :
Ne compliquez pas monsieur l’agent de la circulation !

L’inspecteur : (se frotte les yeux afin de se remettre les idées en place)
Nous y reviendrons ! Le vieux monsieur arrive donc. Il arrive comment ?

Le témoin : (elle se découvre tout à fait)
Comment comment ? A pied !

L’inspecteur :
Je sais bien qu’il n’était pas en skate board. Je veux dire il arrive d’un pas pressé, nonchalant …?

Le témoin : (déçue par si peu d’empressement après son effet)
Comme un vieillard de 92 ans, monsieur le commissaire.


Dernière édition par le Mar 15 Mai 2007 - 17:07, édité 6 fois
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Gérard FEYFANT

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MessageSujet: Re: Pièce : Le Brochet au beurre blanc (théâtre)   Mar 15 Mai 2007 - 13:53

L’inspecteur : (Ayant repris de l’assurance, tripote son coupe-papier)Inspecteur ! Comment diable savez-vous son âge exact ?

Le témoin : (Dévoilant malencontreusement sa véritable identité)
C’est un bon client, Monsieur le commiss… l’inspecteur.

L’inspecteur :
Hein ?

Le témoin (cherchant à se rattraper) :
Je veux dire c’est un bon voisin, fort généreux euh ! fort sympathique et très vert, enfin très alerte pour son âge, et honorablement connu dans le quartier.

L’inspecteur (très flic) :
J’ai omis de vous demander votre profession, Mademoiselle Toucourt.

Le témoin (dernière cartouche..) :
Isabeelle.

L’accusée (excédée) :
Isa-belle de jour, Isa-belle de nuit, elle fait les trois huit !

Le témoin : (elle s’avance en avant-scène, agressive)
C’est mieux que d’appâter les procs et les sous-préfets avec du pot-au-feu ou du brochet au beurre blanc.

L’inspecteur (interloqué) :
Comment savez-vous cela ?

Le témoin (très gênée de sa gaffe, ne sachant plus quoi répondre) :
Isabeeelle !

L’inspecteur :
Comment savez-vous cela ?

Le témoin (retrouvant une certaine contenance) :
Pour le brochet c’est facile, votre assassine a des airs de poissonnière.

L’accusée : (S’avance également relevant le duel qui va se dérouler en avant-scène. Plus leurs répliques fusent, plus ces diablesses se rapprochent en se faisant front. Le pauvre inspecteur se retrouvant coincé en arrière scène, assis derrière son minable bureau contemplant impuissant le combat de ses deux égéries.)
Et toi de morue !

L’inspecteur :

Mesdames je vous en prie ! Cessez de vous quereller ! Je vous rappelle que nous essayons d’élucider un meurtre !
(Au témoin, paternaliste) Pourquoi ne me dîtes-vous pas simplement que vous étiez en train de surveiller l’accusée pour une raison que vous allez me confier ?

Le témoin :
C’est cela ! J’étais en train de surveiller l’accusée pour une raison que je vais vous confier.

L’inspecteur (Se lève et vient l’inspecter) :
Qui est ?

Le témoin :
Qui est…

L’inspecteur :
Qui est ?

Le témoin :
Qui est…

L’inspecteur et l’accusée de concert (excédés) :
Qui est ?

Le témoin (hors d’elle, le combat reprend) :
Qui est… que je voulais qu’elle cesse ses âneries !

L’inspecteur (dubitatif) :
Si par âneries au pluriel, vous entendez des assassinats, vous suggérez par là-même, qu’elle n’en serait pas à son coup d’essai ?

L’accusée :
Valérie, tu es une cruche !

L’inspecteur :
Comment l’avez-vous appelée ?

L’accusée (se ressaisissant) :
Valérie. J’appelle toutes les cruches Valérie, c’est plus fort que moi !

Le témoin (se replaçant prête à bondir sur l’accusée) :
Et moi j’appelle toutes les bourgeoises décaties des vieilles rombières !

L’inspecteur :
Du calme mesdames du calme ! On s’éloigne du sujet. (Il retourne s’asseoir. Sentencieux, au témoin) On reprend : vous suivez la vieille, je veux dire l’assassine présumée criminelle car vous la soupçonnez d’être un serial kealer et de vouloir commettre un nouveau meurtre sur un vieillard encore vert, je veux dire très généreux.

Le témoin :
C’est cela.

L’inspecteur :
Meurtre auquel vous assistez.

Le témoin :
Tout à fait.

L’inspecteur :
Euréka je la tiens ! On va mettre tout cela noir sur blanc !

L’accusée :
Pas si vite mon bonhomme ! Combien avez-vous de cadavres ce soir ?

L’inspecteur :
Pardon ?

L’accusée :
Combien avez-vous de cadavre ce soir ?

L’inspecteur : (Regard éperdu vers la place du cadavre)
Comment cela combien de cadavres ? Mais un seul bien entendu ! On n’a pas retrouvé Yoyo !

Le témoin (au bord des larmes) :
Mon Yoyo !

L’inspecteur : (décontenancé, il se rassoit et tente de retrouver le fil de l’histoire dans son rapport)
Justice sera faite, mademoiselle Yoyo !

Le témoin :
Isabeeeelle !

L’accusée : (elle s’avance vers sa rivale)
Demandez donc à mademoiselle le témoin comment mon poignard pouvait être ensanglanté AVANT le meurtre.

Le témoin : (même nombre de pas mais à reculons)
J’ai dit ça moi ?

L’accusée : (Elle a attrapé l’inspecteur par la cravate afin de lui mettre le nez sur son rapport)
T’as dit ça ma cocotte !

(Silence marqué. Le nœud de l’énigme. Tout le monde réfléchit à cette dernière tirade. Y compris le public. Puis : )

L’inspecteur : (se dégageant grâce à un nouvel éclair de génie)
C’est vrai ça : comment le poignard de madame pouvait-il être ensanglanté AVANT le meurtre ?

Le témoin (hasardant une hypothèse, mais sans conviction) :
Elle l’aura essayé sur quelqu’un ?

L’accusée (Elle profite de la longueur de sa tirade pour traverser la scène et venir toiser son ennemie) :
De toute évidence, cette enfant affabule. Priez-la donc, cher ami, de vous montrer comment les coups ont été portés sur feue la victime. Je parie un pot-au-feu qu’elle n’en sait rien car elle n’a rien vu.

L’inspecteur (Tout à coup réveillé par ses instincts policiers, vient chercher sa suspecte par la main) :
Tiens c’est une idée ça ! On va faire une reconstitution. On voit souvent ça dans les films ! Prenez ce coupe-papier, vous allez mimer la manière dont madame a porté les coups sur la présumée victime.


Dernière édition par le Mar 15 Mai 2007 - 14:45, édité 1 fois
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Gérard FEYFANT

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MessageSujet: Re: Pièce : Le Brochet au beurre blanc (théâtre)   Mar 15 Mai 2007 - 13:55

Le témoin se saisit du coupe-papier et le brandissant, s’avance vers l’accusée l’œil mauvais. Celle-ci s’enfuit en courant autour du bureau, provoquant une ronde dans laquelle l’inspecteur tente de s’interposer.

L’inspecteur :
Ne m’abîmez pas ma coupable !

L’accusée :
Ne lui abîme pas sa coupable !

Le témoin (tout en courant derrière l’accusée) :
Dommage !

L’inspecteur (qui, au milieu de cette ronde, ne sait où donner de la tête) :
N’ayez crainte, elle paiera pour ses crimes.

Le témoin :
Mon Yoyo !

L’inspecteur (s’interposant) :
Vous allez mimer sur ma propre personne. (Le témoin obéissante, s’approche de l’inspecteur.) Attention, ce coupe-papier est aussi dangereux qu’un véritable poignard. (le témoin brandit maladroitement le coupe-papier)

Le témoin (mimant un coup de poignard timidement) :
Elle a fait comme cela, Monsieur le commissaire.

L’inspecteur (en disant cela, il tourne le dos au témoin) :
Inspecteur, mademoiselle, inspecteur seulement !

Le témoin :
Commissaire à titre posthume, monsieur l’Inspecteur ! (elle le darde de plusieurs coups du coupe-papier. L’inspecteur s’écroule mort à la place du cadavre.)

L’accusée :
Qu’est-ce qui t’a pris ? Avec ta manie d’en faire trop, tu as failli me faire guillotiner !

Le témoin :
Maman ! C’est la dernière fois que je te tire d’un pareil guêpier ! Je ne supporte pas que tu me traites de péronnelle !

L’accusée (amicale et taquine) :
Comme tu es susceptible ma chérie ! Allez viens, on file ! Tu crois que la voie est libre ?

Le témoin :
Avec le bazar que j’ai mis au Casino, ils ne sont pas près de revenir, crois-moi !

Les deux femmes enjambent le cadavre et descendent dans la salle.

Les insultes qui fusent sont lancées sur le ton d’une conversation ordinaire, avec à peine une pointe d’agressivité. Dans la mise en scène d’origine, les deux prostituées allaient s’asseoir sur les genoux de deux spectateurs afin de mieux les « essayer »…

L’accusée :
Espèce de chipie !

Le témoin :
Garce !

L’accusée :
Traînée !

Le témoin :
Salope !

L’accusée :
Putain !

Le témoin : (Reprenant un ton affable )
Tu lui fais quoi à ton procureur, demain soir ?

L’accusée :
C’est trop tard pour un pot-au-feu. Pas mal ton idée de brochet au beurre blanc !

(Chacune tend la main vers son client-spectateur afin d'empocher les biftons qu’elles sont en droit de réclamer au public… Les lumières s'éteignent.)


FIN
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Sylphide
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MessageSujet: Re: Pièce : Le Brochet au beurre blanc (théâtre)   Mar 15 Mai 2007 - 14:06

*Aplaudissements et rires*


J'aime trop... c'est bien drôle, bien amusant... voila ce que j'ai a dire... bravo! ce serait trop de voir ça monté... ça doit être encore plus drôle!
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Romane
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MessageSujet: Re: Pièce : Le Brochet au beurre blanc (théâtre)   Mar 15 Mai 2007 - 14:15

J'ai une question-requête à poser aux deux zozos. Est-ce que vous m'autoriseriez à mettre en scène ce genre de texte ?

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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Pièce : Le Brochet au beurre blanc (théâtre)   Mar 15 Mai 2007 - 14:16

Monté, monté, comme vous y aller ma chère.
Signé: le premier metteur en scène, également inspecteur.
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MessageSujet: Re: Pièce : Le Brochet au beurre blanc (théâtre)   Mar 15 Mai 2007 - 14:17

Romane a écrit:
J'ai une question-requête à poser aux deux zozos. Est-ce que vous m'autoriseriez à mettre en scène ce genre de texte ?
Alors là, j'aimerais être spectateur.
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Pièce : Le Brochet au beurre blanc (théâtre)   Mar 15 Mai 2007 - 14:19

Vic Taurugaux a écrit:
Romane a écrit:
J'ai une question-requête à poser aux deux zozos. Est-ce que vous m'autoriseriez à mettre en scène ce genre de texte ?
Alors là, j'aimerais être spectateur.
si tu as les comédiens?
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MessageSujet: Re: Pièce : Le Brochet au beurre blanc (théâtre)   Mar 15 Mai 2007 - 14:21

Vic Taurugaux a écrit:
Romane a écrit:
J'ai une question-requête à poser aux deux zozos. Est-ce que vous m'autoriseriez à mettre en scène ce genre de texte ?
Alors là, j'aimerais être spectateur.

Avec une banderole sur le siège : ci-sis le co-auteur bisou

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Pièce : Le Brochet au beurre blanc (théâtre)   Mar 15 Mai 2007 - 14:22

Vic Taurugaux a écrit:
Vic Taurugaux a écrit:
Romane a écrit:
J'ai une question-requête à poser aux deux zozos. Est-ce que vous m'autoriseriez à mettre en scène ce genre de texte ?
Alors là, j'aimerais être spectateur.
si tu as les comédiens?

J'ai une troupe et si tu veux en être, tu la rejoins.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Pièce : Le Brochet au beurre blanc (théâtre)   Mar 15 Mai 2007 - 14:26

Quand, où, comment?
Pour les détails, mon agent.
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MessageSujet: Re: Pièce : Le Brochet au beurre blanc (théâtre)   Mar 15 Mai 2007 - 14:43

Après l'été (pour l'instant nous sommes sur ce que nous allons présenter début juin et juillet)

Comment ben, j'en sais rien, tu n'es pas non plus la porte à côté !

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Gérard FEYFANT

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MessageSujet: Re: Pièce : Le Brochet au beurre blanc (théâtre)   Mar 15 Mai 2007 - 21:54

Romane a écrit:
J'ai une question-requête à poser aux deux zozos. Est-ce que vous m'autoriseriez à mettre en scène ce genre de texte ?

Une pièce de théâtre ne peut vivre qu'en étant mise en scène et jouée.
C'est sa destination.
Tu peux donc t'en emparer à ta guise.
Merci.
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Pièce : Le Brochet au beurre blanc (théâtre)   Jeu 3 Juin 2010 - 8:31

Samedi 5 juin, la librairie « Des livres et nous » située au 34 de la rue Wilson à Périgueux fête son vingtième anniversaire! De nombreuses animations sont prévues tout au long de cette journée. Entre autres, à 18 heures, la lecture à quatre voix de cette magnifique pièce!

Qu'on se le dise!



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Romane
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MessageSujet: Re: Pièce : Le Brochet au beurre blanc (théâtre)   Jeu 3 Juin 2010 - 8:37

Ah, en voilà une nouvelle qu'elle est bonne ! Le texte continue à vivre en traversant le temps et les circonstances. Je me réjouis pour vous ! J'espère que le public appréciera !

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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