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 Pierre-Antoine-Augustin de Piis

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didier meral

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MessageSujet: Pierre-Antoine-Augustin de Piis   Ven 22 Juin 2007 - 14:32

A l'instant qu'on l'appelle arrivant plein d'audace,
Au Haut de l'alphabet l'A s'arroge sa place.
Allerte, agile, actif, avide d'apparat,
Tantôt, à tout hasard, il marche avec éclat ;
Tantôt d'un accent grave acceptant des entraves,
Il a dans son pas lent l'allure des esclaves,
A s'adonner au mal quand il est résolu,
Avide, atroce, affreux, arrogant, absolu,
Il attroupe, il aveugle, il avilit, il arme,
Il assiège, il affame, il attaque, il alarme,
Il arrete, il accable, il assomme, il abat,
Mais il n'est pas toujours accusé d'attentat ;
Avenant, attentif, accessible, agréable,
Adroit, affectueux, accommodant, affable,
Il préside à l'amour ainsi qu'à l'amitié ;
Des attraits, des appas, il prétend la moitié ;
A la tete des arts à bon droit on l'admire ;
Mais surtout il adore, et si j'ose le dire,
A l'aspect du Très-haut sitôt qu'Adam parla,
Ce fut apparemment l'A qu'il articula.
Balbutié bientot par le Bambin débile,
Le B semble bondir sur sa bouche inhabile ;
D'abord il l'habitue au bonsoir, au bonjour ;
Les baisers, les bonbons sont brigués tour à tour ;
Il demande sa balle, il appelle sa bonne ;
S'il a besoin de boite, aussitot il ordonne ;
Son babil par le B ne peut etre contraint,
Et d'un bobo, s'il boude, on est sur qu'il se plaint.
Mais du bègue irrité la langue embarrassée,
Par le B qui la brave, à chaque instant blessée,
Sur ses bords, malgré lui, semble le retenir,
Et tout en balançant, brule de la bannir.
Le C rival de l'S, avec une cédille,
Sans elle, au lieu du Q, dans tous nos mots fourmille,
De tous les objets creux il commence le nom ;
Une cave, une cuve, une chambre, un canon,
Une corbeille, un coeur, un coffre, une carrière,
Une caverne enfin le trouvent nécessaire ;
Partout, en demi-cercle, il court demi-courbé,
Et le K, dans l'oubli, par 5071 choc est tombé.
A décider son ton pour peu que le D tarde,
Il faut, contre les dents, que la langue le darde ;
Et déjà, de son droit, usant dans le discours
Le dos tendu sans cesse, il décrit cent détours.
L'E s'évertue ensuite, élancé par l'haleine,
Chaque fois qu'on respire, il échappe sans peine ;
Et par notre idiome, heureusement traité,
Souvent, dans un seul mot, il se voit répété.
Mais c'est peu qu'il se coule aux syllabes complètes ;
Interprète caché des consonnes muettes,
Si l'une d'elles, seule, ose se promener,
Derrière ou devant elle on l'entend résonner.
Fille d'un son fatal que souffle la menace
L'F en fureur frémit, frappe, froisse, fracasse ;
Elle exprime la fougue et la fuite du vent ;
Le fer lui doit sa force, elle fouille, elle fend ;
Elle enfante le feu, la flamme et la fumée,
Et féconde en frimas, au froid elle est formée ;
D'une étoffe qu'on froisse elle fournit l'effet,
Et le frémissement de la fronde et du fouet.
Le G, plus gai, voit l'R accourir sur ses traces ;
C'est toujours à son gré que se groupent les graces
Un jet de voi2 suffit pour engendrer le G ;
Il gémit quelquefois, dans la gorge engagé,
Et quelquefois à l'I dérobant sa figure,
En joutant à sa place, il jase, il joue, il jure ;
Mais son ton général qui gouverne partout,
Paraît bien moins gené pour désigner le gout.
L'll, au fond du palais hasardant sa naissance
Halète au haut des mots qui sont en sa puissance ;
Elle heur te, elle happe, elle hume, elle hait,
Quelquefois par honneur, timide, elle se tait.
L'I droit comme un piquet établit son empire ;
Il s'initie à l'N afin de s'introduire ;
Par 1'1 précipité le rire se trahit,
Et par l'I prolongé l'infortune gémit.
Le K partant jadis pour les Kalendes grecques,
Laissa le Q, le C, pour servir d'hypothèques ;
Et revenant chez nous, de vieillesse cassé,
Seulement à Kimper il se vit caressé.
Mais combien la seule L embellit la parole!
Lente elle coule ici, là légère elle vole ;
Le liquide des flots par elle est exprimé,
Elle polit le style après qu'on l'a limé ;
La voyelle se teint de sa couleur liante,
Se mele-t-elle aux mots? c'est une huile luisante
Qui mouille chaque phrase, et par son lénitif
Des consonnes, détruit le frottement rétif.
Ici l'M, à son tour, sur ses trois pieds chemine,
Et l'N à ses cotés sur deux pieds se dandine ;
L'M à mugir s'amuse, et meurt en s'enfermant,
L'N au fond de mon nez s'enfuit en résonnant ;
L'M aime à murmurer, l'N à nier s'obstine ;
L'N est propre à narguer, l'M est souvent mutine ;
L'M au milieu des mots marche avec majesté,
L'N unit la noblesse à la nécessité.
La bouche s'arrondit lorsque 1'O doit éclore,
Et par force, on déploie un organe sonore,
Lorsque l'étonnement, conçu dans le cerveau,
Se provoque à sortir par cet accent nouveau.
Le cercle lui donna sa forme originale,
Il convient à l'orbite aussi bien qu'à l'ovale ;
On ne saurait l'ôter lorsqu'il s'agit d'ouvrir,
Et Sitôt qu'il ordonne il se fait obéir.
Le P plus pétulant à son poste se presse:
Malgré sa promptitude il tient à la paresse ;
Il précède la peine, et prévient le plaisir,
Même quand il pardonne, il parvient à punir ;
Il tient le premier rang dans le doux nom de père,
Il présente aux mortels le pain, si nécessaire!
Le poinçon et le pieu, la pique et le poignard,
De leur pointe, avec lui, percent de part en part ;
Et des poings et des pieds il fait un double usage,
Il surprend la pudeur et la peur au passage.
Là, de son propre poids il pèse sur les mots ;
Plus loin, il peint, il pleure et se plaît aux propos:
Mais c'est à bien pousser que son pouvoir s'attache,
Et pour céder à l'F il se fond avec l'H.
Enfin du P parti je n'entends plus les pas,
Le Q traînant sa queue, et querellant tout bas,
Vient s'attaquer à l'U qu'à chaque instant il choque,
Et sur le ton du K calque son ton baroque.
L'R en roulant, approche et tournant à souhait,
Reproduit le bruit sourd du rapide rouet ;
Elle rend, d'un seul trait, le fracas du tonnerre,
La course d'un torrent, le cours d'une rivière ;
Et d'un ruisseau qui fuit sous les saules épars,
Elle promène en paix les tranquilles écarts.
Voyez-vous l'Eridan, la Loire, la Garonne,
L'Euphrate, la Dordogne et le Rhin et le Rhône ;
D'abord avec fureur précipitant leurs îlots
S'endormir sur les prés qu'ont ravagés leurs eaux?
L'R, a su par degrés vous décrire leur rage...
Elle a de tous les chars, la conduite en partage ;
Partout, vous l'entendez sur le pavé brûlant
Presser du fier Mondor le carrosse brillant,
Diriger de Phryné la berline criarde,
Et le cabriolet du fat qui se hasarde ;
La brouette en bronchant lui doit son soubresaut,
Et le rustre lui fait traîner son chariot ;
Le barbet irrité contre un pauvre en désordre,
L'avertit par une R avant que de le mordre ;
L'R a cent fois rongé, rouillé, rompu, raclé,
Et le bruit du tambour par elle est rappelé.
Mais c'est ici que l'S en serpentant s'avance,
A la place du C sans cesse elle se lance ;
Elle souffle, elle sonne, et chasse à tout moment
Un son qui s'assimile au simple sifflement.
Le T tient au toucher, tape, terrasse et tue ;
On le trouve à la tete, aux talons, en statue:
C'est lui qui fait au loin retentir le tocsin ;
Peut-on le méconnaltre au tic-tac du moulin?
De nos toits, par sa forme, il dicta la structure,
Et tirant tous les sons du sein de la nature,
Exactement taillé sur le type du Tau
Le T dans tous les temps imita le marteau.
Le V vient ; il se voue à la vue, à la vie ;
Vain d'avoir, en consonne, une vogue suivie.
Il peint le vol des vents, et la vélocité ;
Il n'est pas moins utile, en voyelle, usité,
Mais des lèvres hélas! le V s'évadait vite,
Et l'Humble U se ménage une modeste fuite ;
Le son rlu qu'il procure, un peu trop continu ;
Est du mépris parfait un signe convenu.
Renouvelé du Xi, I'X excitant la rixe,
Laisse derrière lui l'Y grec, jugé prolixe,
Et, mis, malgré son zèle, au meme numéro
Le Z usé par l'S est réduit à zéro.


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Romane
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MessageSujet: Re: Pierre-Antoine-Augustin de Piis   Ven 22 Juin 2007 - 14:45



Pierre-Antoine-Augustin de Piis (1755-1832), fondateur du théâtre du Vaudeville, est aussi l'auteur de ce recueil où l'on trouve un remarquable poème sur les lettres de l'alphabet (ci-dessous) qui n'est pas sans rappeler Rimbaud.

http://www.textesrares.com/popiis.htm

A découvrir ou redécouvrir... !

Merci à toi, Did.
chinois

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
http://lessouffleursdereve.jimdo.com/
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didier meral

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MessageSujet: Re: Pierre-Antoine-Augustin de Piis   Ven 22 Juin 2007 - 14:49

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MessageSujet: Re: Pierre-Antoine-Augustin de Piis   Ven 22 Juin 2007 - 18:29

didier meral a écrit:
Et le K, dans l'oubli, par 5071 choc est tombé.

[...]

Le K partant jadis pour les Kalendes grecques,
Laissa le Q, le C, pour servir d'hypothèques ;
Et revenant chez nous, de vieillesse cassé,
Seulement à Kimper il se vit caressé.

[...]

Le Q traînant sa queue, et querellant tout bas,
Vient s'attaquer à l'U qu'à chaque instant il choque,
Et sur le ton du K calque son ton baroque.


pauvre de moi... Sad
qui délaisse le Q et sa traînante queue
pour me faire caresser à Quimper
peu avant de me faire sodom'
dans l'oubli
par 5071 !!!!!!!
chocs... Mr.Red


sinon, un peu long, mais bien jeté cet alphabet ! chinois
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didier meral

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MessageSujet: Re: Pierre-Antoine-Augustin de Piis   Ven 22 Juin 2007 - 22:01

Sinon, j'admire PIIS, d'aucuns pensent qu'il inspira le célèbre Voyelles, de Rimbaud.

Rassure-toi, il n'en avait pas après toi !
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MessageSujet: Re: Pierre-Antoine-Augustin de Piis   

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