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 et surtout pensez pas....

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Vilain
Nain de Jourdain
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Nombre de messages : 9160
Date d'inscription : 20/02/2004

MessageSujet: et surtout pensez pas....   Mer 1 Aoû 2007 - 11:40

Citation :
"Penser nuit gravement au travail"



Dans
le style, nous avons aussi: «Travailler plus pour penser moins.» Ces
piquants aphorismes peuvent désormais passer pour les nouveaux slogans
de la communication du cabinet Sarkozy - pardon, du gouvernement
Fillon, quelle étourderie... Après le discours étonnant, pour employer
un euphémisme secourable, prononcé le 10 juillet à l’Assemblée
nationale par la ministre des Finances à l’occasion de la présentation
du projet de loi "Travail, emploi et pouvoir d’achat", l’"International
Herald Tribune" (22/07/07) a opportunément relié ses propos à la
liturgie du «travailler plus», bourdonnée telle une inlassable antienne
par le candidat puis le président Sarkozy.






Dans
cette allocution mémorable, qui restera probablement comme un sommet de
rhétorique néolibérale, Christine Lagarde a en effet stigmatisé
l’utilisation immodérée que nous autres Français ferions de notre
néocortex, siège de notre pensée consciente. Le passage en question
vaut son pesant de cacahuètes et cervelles grillées : « C’est une
vieille habitude nationale : la France est un pays qui pense. Il n’y a
guère une idéologie dont nous n’avons fait la théorie. Nous possédons
dans nos bibliothèques de quoi discuter pour les siècles à venir. C’est
pourquoi j’aimerais vous dire : assez pensé maintenant, retroussons nos
manches
. »

La première impression est que la ministre a appliqué sa propre
exhortation : pour proférer de telles incongruités, elle n’a pas
surmené ses connections synaptiques. Selon Bernard-Henri Lévy, « c’est le genre de chose que vous pouvez entendre dans des conversations de café, de la part d’abrutis qui boivent trop »...
Mais la perplexité cède ensuite rapidement le pas à l’indignation. Car
enfin il ne s’agit justement pas d’une blague de comptoir, ni même d’un
badinage off avec des journalistes, mais de l’exposition pesée et
préparée, devant les représentants du peuple, de l’idéologie politique
présidant à une réforme annoncée comme décisive. Le plus officiellement
du monde, le gouvernement professe un renversement total de certaines
valeurs fondatrices de « l’identité » française, à laquelle il se
prétend pourtant si sensible. Ce qui était en haut se retrouve en bas :
être d’un pays qui réfléchit, qui a théorisé sur tous les grands
courants de pensée, qui a produit les Lumières et nombre de philosophes
parmi les plus importants de l’histoire des idées, dont les
bibliothèques publiques sont garnies d’ouvrages qui nous aident à
comprendre le monde et notre humaine condition, constitue pour vous
comme pour moi un motif de satisfaction et de fierté ?... Eh bien
désormais, nous intime la ministre, il nous faut en avoir honte. La
quête de sens, la réflexion, le discernement, l’intelligence, doivent
être considérés comme les symptômes d’un passé plus poussiéreux que les
rayonnages de bibliothèques qu’on est prié de ne plus alimenter en
œuvres nouvelles. Pour les philosophes, écrivains, et intellectuels
divers, ce sera tantôt le chômage technique ou le recyclage façon Mao...


Pourquoi ? Parce que nous explique ainsi la ministre, en France nous
pensons trop pour bien travailler - cette pensée-là étant générée par
un cerveau gouvernemental, un des rares encore encouragés à réfléchir
avec ceux des ingénieurs R&D, elle n’est pas incluse dans
l’anticogito lagardien. Par conséquent, tous ceux qui se retroussant
déjà les manches jusqu’à l’omoplate, souhaitent consacrer du temps à
d’autres petites choses essentielles au plaisir de vivre - conjoint,
enfants, amis, loisirs - sont des fainéants. Tous ceux qui ont cru
constater que, pour bien faire son boulot, il fallait se triturer un
tant soit peu le chou, sont des rêveurs. Même pour être président de la
République, contrairement à ce qu’on pouvait estimer, il n’y a pas
besoin de beaucoup penser : « Je ne suis pas un théoricien, je ne suis pas un idéologue, je ne suis pas un intellectuel », se louait notre chef d’État à la télévision le mois dernier, comme le rappelle l’article susnommé du Herald...


Selon quelle étrange logique peut-on proférer qu’il faut arrêter de
penser ? Peut-être, au hasard, suivant celle de l’idéologie
néolibérale : il serait assurément plus facile de faire croire à une
population d’anencéphales que la hausse de la TVA est une mesure
sociale, les cadeaux fiscaux aux plus aisés un filon pour relancer la
croissance, réduire le chômage et la dette, et tant qu’on y est, que la
lune est une peau de veau... L’atrophie de la pensée est au sein même de
l’entreprise un redoutable moyen de contrôle. Comme l’expliquait en
effet Christophe Dejours, titulaire de la chaire de psychologie du
travail au Conservatoire national des arts et métiers, dans la revue Res
Publica
(août 2004), les nouvelles formes d’organisation du travail et
de management se basent sur la concurrence généralisée entre collègues,
l’encouragement aux pratiques déloyales, et la rupture des liens de
solidarité ; « ce système qui génère la peur chez nombre de
travailleurs est aussi à l’origine d’injustice, de harcèlement, de
déstabilisation calculée, qui produisent toutes sortes de souffrances
». Mais, pour que le système fonctionne, il lui faut des outils : « Des
masses de braves gens sont dans le cadre de la modernité néolibérale
invités à apporter leur concours [...] à des actes qui consistent à
intimider autrui, à menacer, à faire peur, à mettre au point des
« plans sociaux », [...] c’est-à-dire à commettre des actes injustes
. » Certains n’y parviennent pas. D’autres, pour parvenir à effectuer « le sale boulot » sans se haïr, mettent au point une stratégie de défense qui a pour effet « d’engourdir la conscience morale, ce qui passe par un rétrécissement - c’est important sinon capital - de la capacité de penser ».


Arrêter de penser, selon Mme Lagarde, permet en outre de travailler
davantage. Le problème est qu’un salarié pressuré court plus de risques
qu’un adepte de la méditation... Certains en meurent. Dans le contexte
préoccupant de l’accroissement des psychopathologies professionnelles
sévissant de l’ouvrier au cadre, les rafales de suicides sur le lieu de
travail comme chez Renault et PSA - phénomène nouveau de mémoire médicale, suscitent un franc malaise.
C’est de fatigue que d’autres salariés décèdent. Ainsi, par exemple, du
métallurgiste Rudy Norbert, employé d’une entreprise sous-traitante
dans le Nord, dont le sort est révélé par le journaliste Paul Moreira
dans son livre Les Nouvelles Censures. Voilà un cas édifiant. Son
patron exigeait qu’il puisse être joint en permanence. Il travaillait
parfois deux jours d’affilée, la masse illégale des heures
supplémentaires étant camouflée en primes. Le 7 mai 2001, il travaille
21 heures de suite. On le rappelle à 2 h 30 la nuit suivante ; à 6 heures du
matin, constatant son total épuisement, son chef de chantier lui dit
d’aller se reposer quelques minutes dans la voiture de la société. Il
s’assoit, pose sa tête contre la vitre et meurt. Il avait 30 ans... Et
pendant que certains laissent leur raison et leur peau au boulot,
d’autres n’en ont aucun. Mme Lagarde, pour qui il n’existe pas de lien
social en dehors du travail (« Le contrat social, aujourd’hui, se décline en contrats de travail »), nie pourtant que le marché du travail soit « un gâteau à partager »
entre concitoyens. Il faut dire qu’il est tellement plus rentable, pour
une charge de labeur donnée, de payer moins de gens qu’il n’en faudrait...

Il faut lire ce discours en entier. Les envolées lyriques finales sont insurpassables : « Le
travail engendre le travail. À l’intérieur de ce cercle vertueux, le
pays tournera à plein régime. [...] Travailler plus, et vous multiplierez
l’emploi. Dépensez plus, et vous participerez à la croissance. Gagnez
plus, et vous augmenterez le pouvoir d’achat !
» Tant pis pour les
bécanes humaines qui cassent à force de tourner à plein régime : le
salarié jetable se remplace facilement. Travaillez plus, consommez
plus, polluez plus. La fuite en avant n’en sera que plus rapide.


De cette facture orwellienne idéale, il n’y aurait donc que la pensée à
soustraire... Il convient d’appeler enfin les choses par leur nom : quand
un pouvoir politique articule l’affaiblissement de la pensée à
l’augmentation du travail, il assume une propension au totalitarisme
contre laquelle nous devons rester éveillés - les Nord-Coréens sont-ils
par exemple encouragés à réfléchir par leur charismatique leader ?...


La pensée contient des mondes infinis ; elle est le siège de notre
humanité, ce qui nous reste quand tout nous a été ôté. Elle ne devrait jamais être
soluble dans le travail. Employer ne doit pas devenir synonyme de
domestiquer, ni l’argumentation économique marchande dominer toutes les autres dimensions de la délibération politique.

source:http://agoravox.fr/article.php3?id_article=27384



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fredleborgne

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Date d'inscription : 19/07/2007

MessageSujet: Re: et surtout pensez pas....   Ven 17 Aoû 2007 - 0:24

Moi je sais comment réfléchissent les riches

"Un vie de pauvre ne vaut rien mais elle peut rapporter plus"
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http://www.gm.fredleborgne.fr
Vilain
Nain de Jourdain
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MessageSujet: Re: et surtout pensez pas....   Ven 17 Aoû 2007 - 0:38

fredleborgne a écrit:
Moi je sais comment réfléchissent les riches

"Un vie de pauvre ne vaut rien mais elle peut rapporter plus"


Pourquoi ?...t'es riche ?....mdr
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: et surtout pensez pas....   Ven 17 Aoû 2007 - 9:41

Edifiant!!!
Quand je lis un tel discours de la part d'un ministre français, je ne sais plus que penser. Serait-ce celà le début de la pauvreté?
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MessageSujet: Re: et surtout pensez pas....   

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et surtout pensez pas....
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