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 Zeno

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Zeno Sillaa

Zeno Sillaa

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MessageSujet: Zeno   Zeno EmptySam 21 Juil 2007 - 13:18

Il est parti [1/5]

- Il est parti.

Les escaliers résonnent encore de la lourdeur de ses pas. Romain se déplie dans un coin de la pièce. Depuis le temps, il a l’habitude, il sait encaisser. Il se précipite sur la porte de sa chambre. Deux tours de clé.

- Ce n’est pas ça qui va l’arrêter, tu le sais n’est-ce pas ?Cette voix qui venait de s’affirmer brutalement du tréfonds avait beau avoir raison, il n’avait pas besoin de ça pour l’instant. Pour l’instant, il avait besoin de se sentir en sécurité coûte que coûte pour ne pas perdre complètement les pédales.

- Tais-toi ! Là, la chaise.

Romain bloque la porte avec la chaise puis, sans la quitter des yeux, les jambes flageolantes, il recule. Prenant appui au mur, il se laisse glisser sur le sol. Les bras enserrant les jambes, les genoux contre la poitrine, le dos collé au mur, il écoute. Plus un bruit
Son regard vide.

- Mais qu’est-ce qui m’a pris ?
- On se le demande …Ose dire que tu ne le savais pas …

Oui, il savait pourtant bien que Victor rentrait tous les soirs vers minuit du Fleury, le lieu de rendez-vous des assoiffés de Fleury-sur-Andelle et des environs. Il savait pourtant bien…
D’habitude, il s’y prenait toujours à l’avance. Il souhaitait la bonne nuit à Gandalf Behliom en lui promettant d’être au rendez-vous le lendemain soir ; souhaitait la bonne nuit à toute sa guilde ; et s’empressait d’éteindre l’ordinateur et de se mettre au lit alors que le moteur de la Mercedes 220D de 1974 rugissait à l’entrée de la cour.
Ce soir, il n’avait rien entendu. Et celui qu’il n’appelait plus son père depuis près de trois ans, lui était tombé dessus.
Son regard vide.

- Non ! Ne plus y penser. Il faut écouter. Qu’est-ce qu’il prépare ?

Tout semble calme. Pourtant, Victor est encore là, il le sait.

- Il est en bas, arrête de baliser comme ça, mauviette... Jamais il n’aurait pu remonter sans faire craquer l’escalier. Personne n’y arrive. Pas même le chat.

Une porte qui claque. Les gravillons de la cour qui crissent sous les pas. Un bruit sourd de portière.
La tête légèrement penchée, le regard fixe, Romain retient son souffle.
Il imagine très bien la scène. Victor, Vic pour les intimes – ce qui se résume à la bande du Fleury en réalité – s’enfonce dans le siège en cuir et allume une cigarette, avant de sortir un peigne de la boîte à gant pour le passer dans ses cheveux blancs huileux. Fin prêt, il relance le moteur encore chaud de la Mercedes ; cette épave, son alter ego.
Romain reprend sa respiration en entendant le tas de boue de son père accélérer sur le chemin caillouteux menant à la départementale 321.

- Il est parti.
- Il va revenir. Et quand il va revenir, j’espère pour toi qu’il aura eu son compte de Pastis.
- Oui, bien sûr ; il va revenir…

Ce regard vide.
C’était la première fois qu’il lui voyait ce regard. Un regard à vous glacer le sang sur place.

- Il faut fuir.

***


Dernière édition par le Sam 21 Juil 2007 - 13:21, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Zeno   Zeno EmptySam 21 Juil 2007 - 13:21

Il est parti [2/5]



Romain avait eu moins de mal à déplier la chaise longue qu’il avait trouvée dans la grange l’été dernier – et qui avait dû être oubliée là bien avant sa naissance – qu’à relâcher l’étau de sa main gauche sur son poignet et allonger ses jambes.

- Fuir… il faudrait déjà que j’arrive à me relever…

Il reconnut immédiatement cette sensation. Sa gorge plus étroite que le chas d’une aiguille ; son épiderme assailli par une colonie de fourmis rouges ; et ses pensées virevoltant sans se poser, comme un moustique effleurant à peine un fragment de seconde le mur, par peur d’être écrasé.

- Il va revenir et tu le sais, hein... Et peut-être plus vite que …
- La ferme ! La peur, quelle saloperie…

Toute sa vie, il avait eu peur de son père. Mais depuis trois ans, depuis que Victor avait perdu son emploi, tout était allé de mal en pis. Du bon père de famille un peu trop autoritaire qui l’avait rendu introverti, il était devenu l’alcoolique violent qui l’avait apeuré. Mais cette fois-ci, c’était différent. Cette fois-ci, Romain était terrifié.

- Se concentrer sur ma respiration.
- Tu crois que tu as le temps de faire un somme là ?
- Oui, c’est ça, se concentrer sur ma respiration et ne plus entendre cette voix…

Entre l’annulaire et le majeur, il emprisonne la mèche châtain clair, qui lui tombe comme toujours sur le coin de l’œil droit, puis la fait glisser derrière son oreille. Ses paupières se referment sur des yeux bleus rêveurs. Romain tente de faire la paix avec lui-même.

C’est Marc, son meilleur ami, passionné de biologie, qui lui avait expliqué ce qu’il appelait “la biologie des sentiments”.
– Il y a deux types d’émotions, Romain : les émotions primaires, celles que connaissent tous les animaux, et les émotions sociales. Les émotions primaires sont par exemple la colère, le dégoût, la peur ou le plaisir. Les émotions sociales sont réservées aux espèces animales complexes comme l’homme ; ce sont par exemple l’admiration, l’envie, la honte ou le mépris.
– Quoi ? Les animaux ont réellement peur ? Ils font des cauchemars alors ?
– Certains oui, mais chez beaucoup d’animaux, la peur est une émotion et pas un sentiment. C’est-à-dire qu’ils vont réagir à une émotion de peur en se préparant au combat, en prenant la fuite ou en se cachant, mais ils ne ressentent pas le sentiment de peur.
– Cool ! En fait, ils profitent de l’émotion pour se préserver, mais ça ne leur pourrit pas la vie.

Romain avait connu Marc au collège Fontenelle de Rouen. Il arrivait au collège alors que Marc redoublait sa sixième. Ils s’étaient retrouvés l’un à côté de l’autre en classe lors de leur premier cours et, par la suite, ne s’étaient plus quittés. Aujourd’hui encore, il se demandait comment ils avaient pu devenir amis. Lui, si réservé, et Marc, tellement à l’aise en toutes circonstances ; lui qui avait appris sur le tard qu’il était assez mignon, et Marc qui n’avait jamais pu ignorer qu’il était beau. Un physique athlétique ; une tignasse brune ombrageant la finesse de traits néanmoins très masculins ; et le contraste saisissant de toute cette virilité perturbée par la douceur de ses yeux bleus rieurs.

Marc avait éclaté de rire.
– Oui, en fait les sentiments, c’est un gros bogue, d’une certaine manière. Dans l’évolution de l’espèce humaine – et de certains animaux – à un moment donné, le cerveau s’est mis à gérer difficilement tous les signaux qu’il recevait. Il a donc fallu l’aider en lui fournissant une sorte de carte de l’organisme. Grâce à cette carte, le cerveau a pu répondre plus rapidement et avec plus de précision aux besoins du corps. Mais l’effet secondaire, c’est que le cerveau était devenu capable d’établir la relation entre une réaction automatique du corps, comme l’émotion de la peur par exemple, et ce qui avait provoqué cette émotion. Ainsi, l’animal qui arrive à ce stade d’évolution, est non seulement capable de percevoir une émotion, mais également d’en connaître la cause. C’est cette perception de l’émotion, et de la cause de cette émotion, qu’on appelle sentiment. Si on y réfléchit bien, ce bogue n’a pas que du mauvais …
– Mouais ; en fait, ce qu’il faudrait, c’est pouvoir choisir les sentiments qu’on est prêt à ressentir.
– On ne t’a jamais dit « méfie-toi de tes souhaits, ils pourraient se réaliser » ?
– Arrête, ça serait de la science-fiction …
– Figure-toi qu’avec des caméras à positrons, une équipe de chercheurs a découvert qu’une émotion activait certains ensembles de neurones. Et ce n’est pas tout, en fonction de l’émotion ce ne sont pas les mêmes ensembles de neurones qui sont activés. On peut donc très bien imaginer qu’un jour on sera en mesure de contrôler les émotions d’une personne.
– Tout ce que j’aimerai, c’est juste ne plus avoir peur.
– Pour la peur, et pour la colère aussi, on sait que l’amygdale du cerveau est liée à son déclenchement. Alors soit tu apprends à surmonter tes peurs, soit c’est l’ablation …

Et Romain avait décidé d’apprendre à surmonter ses peurs ; ou tout du moins à vivre avec. Il n’avait jamais réellement pris de cours de yoga, mais il avait appris des méthodes de relaxation basées sur la maîtrise de la respiration. Avec le temps, et une pratique d’autant plus assidue qu’elle lui était nécessaire, il avait acquis une bonne maîtrise de son corps et de ses émotions.

S’il ne sentait pas ses membres, il sentait son dos. Bien plaqué contre le mur, jambes allongées, paumes de mains au sol, il ferma les yeux et laissa sa tête basculer en arrière.
Il savait que le meilleur moyen de prendre une bonne respiration était de commencer par une expiration prolongée à l’extrême - jusqu’à ce que l’on ne puisse plus faire autrement qu’inspirer – et là, inspirer le plus lentement possible.
- Là, voilà. Expirer. Un, deux, trois, quatre, cinq. Inspirer. Un, deux, trois, quatre, cinq.
Mes pieds sont lourds et s’enfoncent dans le sol.
Aussitôt, cette sensation. Comme une accélération des particules, au niveau des pieds. Douce chaleur et éveil de la conscience au phénomène de pesanteur.
- Expirer. Un, deux, trois, quatre, cinq.
Romain répéta l’exercice pour chacun de ses membres ; puis pour le dos et la tête, en insistant sur les épaules et les muscles du visage.
- Calme ; paix ; sérénité.
Un instant il eut la tentation de prolonger l’exercice pour profiter le plus longtemps possible de cet état de relâchement et de bien être ; de détachement et pourtant de pleine conscience de soi.
- Debout maintenant !
- Et pour aller où, gros malin ?

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MessageSujet: Re: Zeno   Zeno EmptySam 21 Juil 2007 - 13:22

Il est parti [3/5]


La réponse lui semblait évidente : Paris. Primo, son père ne pensera sûrement pas qu’il avait fui pour se cacher si près. Secundo, même s’il lui en venait l’idée, la taille de la capitale jouerait sûrement en sa faveur. Et enfin, à Paris – et ça, son père ne pourra jamais le savoir – il y avait Marc. Marc, qui avait déménagé de Rouen il y a deux ans pour rentrer à l’université Pierre et Marie Curie de Jussieu, où il commençait cette année sa licence Science de la Vie.

- Un sac, vite.

Dans son sac à dos de 20 litres, celui qui se trouvait encore sur le dessus de son armoire et dont il n’avait toujours pas enlevé toutes les affaires de sa dernière randonnée, Romain ajouta quelques sous-vêtements, un jean, un t-shirt à manches longues et sa paire de Pumas, Future Cat noire et blanche.

- Bon, je ne prends qu’une tenue de rechange, je n’ai pas le temps d’embarquer toute ma garde-robe, mais au moins je vais me changer.

Rapidement, il troqua ses vêtements de la journée contre un jean propre et un t-shirt à manches longues, puis enfila son pull camionneur marron et son blouson beige Okanogan en coton doublé et matelassé. Le temps de remettre ses vieilles baskets moins tape-à-l’œil, qu’il mettait toujours quand il était à la campagne pour ne pas abîmer les Pumas, et il était prêt.
Le sac sur une épaule, il s’arrêta net, la main posée sur la chaise qui bloquait la porte.

- Et si tu ne l’avais pas entendu revenir ?

Il posa son sac et alla à la fenêtre de sa chambre pour vérifier que la vieille Mercedes n’était pas garée dans la cour. Rien.
Il envoya valser le C’est un piège, il est revenu à pied et déverrouilla la porte.
Essayant de ne pas trop cogiter, il zappa les images de son père, bras croisés en travers du couloir, ravi d’avoir une nouvelle occasion de vérifier qu’il avait toujours l’estomac à sa pointure, et sortit brusquement de sa chambre. Personne. Romain se précipita à l’extérieur de la maison.

L’odeur de la nuit après une journée de pluie. Les nuages assurent encore leur domination dans le ciel, mais de-ci de-là apparaissent des oasis à étoiles.

- Il ne pleut plus, c’est déjà ça.
- Désolé de te sortir de ta rêverie, mais …il faut peut-être que tu prennes une carte non ?
Cette voix l’agaçait sérieusement, mais il fallait bien admettre qu’elle n’avait pas tort.

Romain se dirigea vers le garage et ouvrit l’épaisse porte sur le côté. Obscurité.
Il appuya sur l’interrupteur et attendit, assourdi par le soufflet de sa respiration, que les néons éclairent autre chose que les ombres fuyantes. Il ferma la porte derrière lui et se rendit dans le fond du garage. Sur le rebord de la fenêtre, près de la cuve à fioul, il ouvrit une grosse boîte en bois où étaient rassemblées toutes les cartes Michelin et IGN. Sans prendre le temps de trier, il prit la boîte en bois sous le bras.
Il allait partir lorsque, malgré l’obscurité qui régnait dans cette partie du garage, il le vit.
Son sac de couchage était posé négligemment sur le carton des affaires de camping. Voilà qui serait bien pratique pour dormir chez Marc ; après tout, il ne savait même pas s’il avait de quoi le coucher.

Romain chargea son sac à dos et son sac de couchage sur la banquette arrière de la 205, puis il ouvrit la porte côté conducteur et balança la boîte en bois sur le siège passager avant de se retourner une dernière fois.
La grande maison de briques avec son aile droite, servant de garage, recouverte de lierre et son aile gauche en colombage, lui fit soudainement l’effet d’une nourrice qui lui ouvrait les bras pour lui souhaiter le plus chaleureux des adieux. Il eut envie de courir vers elle, elle qui se révélait soudain comme le dernier lien qui le rattachait encore un peu à ses racines, pour s’abandonner dans ses bras fermes et rassurants. Au lieu de ça, son regard s’attarda sur l’aile en colombage ; cette petite dépendance aujourd’hui condamnée, attenante à la maison, qui servait autrefois d’atelier de peinture à sa mère.

- Tu penses à elle n’est-ce pas ? Si tu pars, tu ne sauras jamais si elle revient un jour…

C’était il y a un peu plus d’un an. Victor avait déjà pris ses quartiers au Fleury depuis presque deux ans et Romain rentrait de Rouen où il finissait sa première année de BTS en Informatique de Gestion à l’ESIG, l’école supérieure d’informatique, de commerce et de gestion. Il avait trouvé le mot scotché sur la fenêtre de l’atelier. Sa mère les avait abandonnés. Elle était partie filer le grand amour avec un type qui bossait sur des plates-formes pétrolières dans le golfe du Mexique et qu’elle avait rencontré sur Meetic. Ce jour-là, son père comprit pourquoi elle avait tant tenu à avoir internet dans son atelier de peinture. « Et moi qui pensais naïvement que c’était pour exposer ses toiles sur le net. » avait-il répété toute la soirée. Ce soir-là, il avait retrouvé son père à genoux dans la salle de bain vers trois heures du matin, la tête posée sur le rebord glacé de la baignoire et sa vie s’écoulant des poignets posés dans le bain ; comme pour ne pas salir. Il l’avait sauvé. Victor ne lui avait jamais pardonné.

- Si tu pars, il recommencera, tu le sais… Si tu pars, tu le tues.
- Tout ça à cause de cet abruti !

Tout allait bien avant, lorsque son père travaillait chez Laumenie Reprographie. La petite famille ne venait dans la grande bâtisse familiale de Fleury-sur-Andelle que pendant les vacances à l’époque et vivait dans le F4 de quatre-vingt-quinze mètres carrés de la rue du Bouvreuil à Rouen, par derrière la tour Jeanne d’Arc. Et puis, il y avait eu l’incident. Son père qui avait été accusé à tord par son patron, Monsieur Karl Laumenie. Laumenie, qui non content de l’avoir licencié, s’était arrangé pour anéantir ses chances de retrouver du travail. Et tout s’enchaîna : le déménagement à Fleury-sur-Andelle, le Fleury, le départ de sa mère ; et tout le reste, jusqu’à aujourd’hui.

- Si tu pars, tu le tues…
Il baissa les yeux.

Son regard vide
Un frisson rampa le long de son échine, pendant que ses entrailles dégoulinaient.

- « Désolé papa, je ne peux plus rien pour toi. Il faut que je me sauve moi maintenant ; que je me sauve de toi.»

Il mit le contact.
- « Tout ça à cause de cet enfoiré de Laumenie ! »

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MessageSujet: Re: Zeno   Zeno EmptySam 21 Juil 2007 - 13:23

Il est parti [4/5]


Romain était là, scotché au volant, sur le bas-côté de la route, face au panneau de sortie de Fleury-sur-Andelle. Justement à ce moment-là, il avait crevé ; comme un signe du destin, une dernière tentative pour le retenir dans ce bled paumé.

- Je n’y crois pas…
- Depuis le temps que tu devais racheter une roue de secours …il ne faut pas y voir autre chose, tu sais ?
- Et qu’est-ce que je fais maintenant, je ne vais pas faire demi-tour quand même ?
À sa gauche le village de Fleury-sur-Andelle, à sa droite des champs et à l’autre bout des champs la forêt de Lyons.

- Non, je ne peux pas faire ça ?
- Et pourquoi pas ?
- J’en ai au moins pour une semaine de marche si je vais à Paris en passant par les bois !
- Oui, bah au moins, c’est discret et comme ça tu es sûr que le vieux Bertrand ne te retrouvera pas.
- Le vieux Bertrand … je l’avais oublié celui-là. Mais il n’est même plus flic, il est à la retraite maintenant.

Le brigadier-chef Bertrand était un des membres les plus actifs du cercle clos des assoiffés du Fleury. À leur emménagement, il avait été un des premiers à « s’occuper de Victor » comme il disait ; ce qui signifiait l’amener au Fleury pour lui changer les idées. Et ça avait tout changé.

- Oh tu sais, dans ces milieux-là ils se serrent les coudes, il suffit qu’il demande un coup de main aux anciens collègues.
- Mais comment je vais m’y prendre si j’ai les flics sur les bras en plus maintenant …

Romain avait envie de s’en griller une. Ça faisait maintenant deux mois qu’il avait arrêté de fumer, mais il avait toujours la fin d’un paquet de cigarettes sur lui ; ça le rassurait, il ressentait moins le manque comme ça. Mais ce soir, tout allait de travers et il ne put pas résister à l’envie d’une bonne bouffée de Lucky Strike.
La cigarette dans une main, il recherchait de l’autre la carte IGN qui lui fallait, dans la boîte en bois posée sur le siège passager.

- La voilà, la carte IGN N°8 Rouen - Paris.
Il la rangea dans son sac à dos où il tassa également le sac de couchage, rassembla les autres cartes sur le bord de la route déserte et y mit le feu.

- Maintenant amuse-toi pour me retrouver, Victor…
- Bah, il saura au moins d’où tu es parti.
- Oui, mais il pensera que je suis parti rejoindre la gare la plus proche, pas que je m’apprête à me faire une petite randonnée d’une semaine dans les bois pour rejoindre Paris.

Il avait une tenue de rechange, un sac de couchage, et une trousse de premiers secours qu’il n’avait pas rangée de sa dernière randonnée et qu’il avait retrouvée dans la poche droite du sac à dos. Un petit tour au distributeur à billets de Fleury-sur-Andelle pour retirer un maximum de liquide, afin d’acheter de quoi manger dans une petite épicerie à Charleval le lendemain à la première heure, et il était prêt pour le grand départ.

Romain se dirigea vers la rue Pouyer-Quertier. Face au distributeur à billet, tout en tapant son code, il surveillait d’un œil inquiet l’autre côté de la rue : la rue Émile Parquet ; la rue du Fleury.
Après plusieurs essais pour retirer le maximum d’argent du distributeur, il rangea nerveusement dans la poche intérieure de son blouson la somme de cinq cents euros en billets de dix et de vingt.
Ses jambes allaient plus vite qu’il ne le voulait, mais il ne parvint pas à les ralentir. Il remonta la rue du sergent Pasquier et traversa l’Andelle au sud du village de Charleval ; puis, à travers les champs et les bois, après une heure et demie de marche, il entra dans la forêt de Lyons.

S’enfonçant légèrement dans la hêtraie, il finit par trouver un endroit qui lui convenait pour passer la nuit. Même avec ce ciel de pleine lune, il ne pouvait pas pénétrer beaucoup plus dans les sous-bois et de toute façon il avait besoin de dormir. Une journée de marche intensive à travers bois l’attendait le lendemain : toute la forêt de Lyons à traverser.

- Presque trente kilomètres à parcourir demain. Quand il fera jour, je regarderai la carte pour voir ce qui m’attend. Normalement, ça devrait être possible de ne pas trop sortir des bois. La forêt de Lyons, les bois de la Marquayenne, la forêt de Hez, le Bois des Côtes et enfin, la Forêt d’Halatte jusqu’à Chantilly. De là, il ne me restera plus qu’à prendre le RER pour rejoindre Paris.
Bon, pas la peine d’y penser plus longtemps sans avoir la carte sous les yeux pour pouvoir regarder combien de kilomètres ça représente exactement. En tout cas, demain, trente kilomètres. Heureusement que je connais bien le coin.


Sur un matelas de feuilles de hêtres et de cupules sèches de faînes, Romain posa son sac de couchage. Il s’y engouffra et enfila la capuche.
Des nuits à la belle étoile, il en avait vu d’autres avec ce sac de couchage. Mais d’habitude, il n’était pas seul et ce n’était pas dans les bois. Il avait beau se sentir vidé, tant émotionnellement que physiquement, il eut du mal à trouver le sommeil.

***
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MessageSujet: Re: Zeno   Zeno EmptySam 21 Juil 2007 - 13:24

Il est parti [5/5]



Victor sortit péniblement de la Mercedes et son regard se posa sur l’emplacement où, il y a quelques heures encore, était garée la 205 rouge de son fils. Il traversa d’un pas fatigué la cour et entra dans la maison. Il se débarrassa de sa veste, monta l’escalier, et arrivé en haut regarda dans la direction de la chambre de Romain. Voyant qu’elle était ouverte il comprit que sa première impression était la bonne. Pour être sûr, il entra dans la chambre et là, les jambes coupées, s’assit sur le lit.
Romain aurait sûrement aimé voir cette main s’agripper à la couette. Il aurait sûrement aimé voir ce front vaciller entre les sourcils et ce regard se voiler. Et il aurait aimé plus que tout pouvoir voir ces paupières se fermer pour évacuer la précieuse larme qui glissait actuellement sur la tempe de son père et l’entendre une dernière fois dire « Mon p’tit, mon poulot ».

- « J’ai tout cassé mon p’tit, mon poulot … Pardonne-moi s’il te plaît … Pardonne-moi … »

Ça ne sert plus à rien maintenant, lui aussi …
- « Il est parti. . »
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MessageSujet: L’éveil d’Ambroise   Zeno EmptySam 21 Juil 2007 - 13:26

L’éveil d’Ambroise [1/7]



« Tout beau, tout propre !», qu’elle lui avait sorti. C’était à se demander si elle avait seulement jeté un coup d’œil sur lui. Lui, en tout cas, malgré lui, il s’était vu.
En passant devant le miroir, son esprit avait eu beau essayer un Qui c’est celui-là ?, il savait pertinemment que c’était lui. Depuis, le monologue de l’infirmière hyperactive qui lui posait des questions - sans attendre, ni écouter les réponses - lui était passé au-dessus de la tête.
Enfin, jusqu’au « Tout beau, tout propre !», qu’elle avait osé lui sortir avant de quitter la chambre.
Il avait eu l’impression de voir Le cri, d’Édouard Munch, sur le mur de la salle de bain, avant de relativiser et de conclure, dans une ultime tentative d’humour, que même si son corps avait adopté la même forme élancée et la même couleur jaunâtre, il ne fallait pas qu’il se prenne pour une œuvre d’art.
Décharné, voilà le seul mot qui ne glissait pas sur son corps. Lui, qui faisait un bon quatre-vingt kilos pour ses un mètre quatre-vingt-cinq, était tombé à soixante kilos, comme il l’apprendrait plus tard en montant sur la balance.
Alors, comme le personnage du même tableau d’Édouard Munch, il prit la tête dans ses mains ; mais au lieu de crier, il pleura.

***
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MessageSujet: Re: Zeno   Zeno EmptySam 21 Juil 2007 - 13:27

L’éveil d’Ambroise [2/7]



Il ne pouvait pas s’endormir comme ça. Pas avec cette image de lui qui lui flottait dans la tête. C’était comme si son propre fantôme, en quête de vengeance, s’évertuait à le hanter.
Alors, pour se changer les idées, il alluma la télé de sa chambre d’hôpital. Et il se vit, lui ; avant…
« ─ Bonsoir à tous, et bienvenue à Lumières sur, l’émission qui met en lumière des inconnus extraordinaires.»
La caméra passe du présentateur à un gros plan sur le visage d’Ambroise, le montrant en train de faire la moue, l’air gêné.
« ─ Si si, Ambroise, vous êtes inconnu je vous le jure… »
Rires.
Zoom arrière de la caméra qui montre Ambroise rire et commencer à se détendre ; puis cadrage sur le présentateur et Ambroise.
« ─ Bon, alors sérieusement, mettons en lumière en quoi Ambroise est extraordinaire.
Alors qu’on estime la puissance du cerveau d’un individu normal à deux virgule dix exposant seize, soit vingt-et-un millions de milliard instructions élémentaires par seconde, certains calculs nous paraissent impossibles à réaliser sans calculatrice ou ordinateur… Ambroise y parvient cependant avec une rapidité et une facilité déconcertante… On peut leur donner un exemple Ambroise ?
─ C’est la première fois que je fais ça devant autant de personnes, mais je veux bien essayer. »
Zoom sur le présentateur qui prend à parti les téléspectateurs en parlant plus doucement, sur le ton de la confidence.
« ─ Je tiens à vous préciser que bien sûr, comme d’habitude, notre invité a déjà été soumis à de nombreux tests par notre équipe, afin de s’assurer qu’il soit bien extraordinaire. Il se peut que sous l’effet du stress, l’expérience rate. À ce moment-là, elle sera retentée plus tard dans l’émission, lorsque notre invité sera plus détendu. Mais, entre nous, il s’agit vraiment de quelqu’un d’extraordinaire et je lui fais toute confiance… »
Le présentateur se tourne vers Ambroise et la focalisation remontre les deux occupants de la scène.
« ─ Êtes-vous prêt Ambroise, je fais venir l’huissier pour décacheter la lettre ?
─ Je suis prêt, Bertrand. »
Un homme de bonne prestance, la cinquantaine, cheveux courts poivre et sel, vêtu d’un costume noir, d’une chemise bleu et d’une cravate rouge sombre, s’avance sur scène d’un pas dynamique, avec une lettre à la main.
« ─ Bonjour Monsieur De La Tour, quelle épreuve se cache sous votre sceau dans cette enveloppe ce soir ? »

Souriant, l’huissier décachette l’enveloppe et tend la lettre au présentateur qui s’en saisit. Il disparait alors du champ de la caméra, pour s’effacer définitivement de la scène.
« ─ Allons-y, c’est le moment Ambroise, toujours prêt ?
─ Prêt !»
Plus un bruit dans la salle. Ambroise ferme les yeux.
« ─ Quatre-millions-deux-cent-cinquante-six-mille-sept-cent-dix-huit virgule neuf-mille-trois-cent-cinquante-sept, moins, un-million-neuf-cent-douze-mille-cinq-cent-quatre-vingt-treize virgule quatre-cent-vingt-deux, plus, sept-cent-mille-cent-quarante-cinq virgule dix-sept.
─ Trois-millions-quarante-quatre-mille-deux-cent-soixante-dix virgule six-mille-huit-cent-trente-sept. »
Ambroise ouvre les yeux, au moment où la caméra le sort de son champ pour faire un gros plan sur le présentateur, qui tourne le dos à Ambroise et lève les yeux au ciel, avant de s’avancer vers le public.
« ─ Vous avez vu ça ! »
Cris et sifflements.
« ─ Houa ! Attendez, attendez …»
Le présentateur se retourne vers la scène et regarde en hauteur, en direction d’une grande fenêtre à vitres teintées, puis demande d’un air grave :
« ─ Pouvez-vous nous dire si la réponse est bonne, là-haut ?
─ La réponse est bonne Bertrand, il s’agissait bien de Trois-millions-quarante-quatre-mille-deux-cent-soixante-dix virgule six-mille-huit-cent-trente-sept », confirme une voix féminine sortant d’on ne sait où.
« ─ Hallucinant… » Lâche le présentateur vers le public avant de se rediriger vers Ambroise.
« ─ Mais comment avez-vous fait ? Je ne suis même pas capable de vous redonner le premier chiffre sans regarder mon papier…
─ A vrai dire, moi non plus Bertrand…
─ Comment ça ?
─ Je n’ai retenu aucun des chiffres que vous m’avez donnés, j’ai juste le résultat en tête.
─ Mais, comment avez-vous fait pour calculer le résultat d’une telle opération si vous n’avez pas retenu les chiffres à additionner et à soustraire ?
─ Je n’ai rien calculé du tout ! Comment voulez-vous que je puisse calculer aussi vite ?
─ C’est bien ce qu’on se demande Ambroise… » Réagit le présentateur, le regard glissant de son interlocuteur à la caméra, montrant un visage souriant et plein d’interrogations.
« ─ Et maintenant, on se demande encore plus comment vous avez trouvé le résultat sans calculer…
─ Je l’ai vu…
─ Pardon ? » S’exclame Bertrand en se retournant vivement vers Ambroise.
« ─ Je l’ai vu !
─ Expliquez-nous, je vous en supplie…
─ En fait, dans mon esprit, un nombre représente une image ; tout part de là. Ensuite, l'opération à effectuer va confronter cette image à l'autre nombre, c'est-à-dire à une autre image. De cette rencontre naît instantanément une autre image, qui représente le résultat. Quand, tout à l’heure, vous avez donné le premier chiffre, celui-ci m’a inspiré une image, que je ne pourrais pas dessiner et qui vous paraîtrait sûrement très abstraite. Lorsque vous m’avez donné le second chiffre, après m’avoir précisé qu’il fallait faire une soustraction, une seconde image m’est apparue. Cette seconde image, s’est liée à la première image pour ne former plus qu’une image, qui était le résultat de la première opération et dont je me souviendrais sûrement si vous n’aviez pas fait entrer en jeu un troisième chiffre en me disant de l’additionner. À ce moment-là, ce troisième chiffre s’est lié à l’image résultant de la rencontre entre les deux premiers chiffres, pour former la dernière image. Celle qu’il me reste en tête et que j’arrive à interpréter, afin de vous donner le résultat de l’opération. C’est comme une séquence filmée pour moi. Je suis capable de vous dire qu’au début de ce mini film la personne est pensive et qu’à la fin elle sourit, mais je suis incapable de vous décrire image par image le mouvement des lèvres qui aboutissent au sourire.
─ Mouais, bon, faites un effort s’il-vous-plait, Ambroise. On est à la télévision là, alors si vous nous parlez d’images abstraites… ça ne nous avance pas beaucoup. Vous ne pouvez pas être plus clair ?
─ Ok, ok, je vais essayer d’imager en prenant un exemple simple.
─ Bonne idée, si vous imagez pour nous vos images abstraites, on arrivera peut-être à comprendre ! »
Rires.
« ─ Grossièrement, voilà ce qui se passe. Fermez les yeux.
─ Quoi ? Vous voulez que, moi, le présentateur de l’émission, je ferme les yeux pendant que, vous, vous animez la soirée, c’est ça ? »
Rires.
« ─ J’invite tous ceux qui veulent comprendre à fermer les yeux…
─ Très bien, Ambroise, nous fermons les yeux.
─ Imaginez le chiffre huit.
─ Oui...
─ Imaginez maintenant, que ce chiffre huit a la couleur rouge. Ensuite, pensez à un chiffre six de couleur bleu, tout près de lui.
─ Je les vois.
─ Espacez-les un peu, vous devez bien voir un huit rouge et un six bleu ; pas un quatre-vingt-six.
─ C’est bon, un huit rouge et un six bleu.
─ Maintenant, approchez-vous du chiffre huit et imaginez que sa texture soit de la laine. Vous voyez les fils de laine qui forment le chiffre huit ?
─ Oui, j’arrive à me les imaginer.
─ Alors imaginez, maintenant, que le chiffre huit s’effiloche et que les fils de laine rouge partent à la rencontre du chiffre six.
─ Oui…
─ Imaginez que le chiffre six s’effiloche également et que ces fils bleus aillent à la rencontre du chiffre huit. Et annoncez l’opération…
─ Soustraction !
─ Observez les chiffres s’effilocher de plus en plus, jusqu’à ne plus distinguer ni le huit, ni le six. Vous ne voyez plus qu’un amas de fils de laine bleu et rouge en mouvement.
─ Oui, j’arrive à le voir.
─ Maintenant, imaginez que cet amas de fils se redresse, en prenant appui à sa base qui s’aplatie. Puis, imaginez qu’une fois redressé, son dos se courbe légèrement, afin qu’il puisse se retourner et vous voir en train de l’observer.
─ Oh là, où nous embarquez-vous là, Ambroise ?
─ Vous avez peur ? Reculez-vous un peu et regardez cette forme. La base aplatie servant de point d’appui, le dos courbé pour permettre à la tête de vous regarder : c’est un deux !
─ Magnifique ! C’est vraiment ainsi que ça se passe dans votre tête ?
─ J’ai beaucoup imagé, afin que vous ayez tous des images nettes en tête. Mais, le principe des fils de couleur qui partent à la rencontre les uns des autres et de la forme qui prend vie pour donner le résultat est exactement l’expérience que je vis à chaque "calcul".
─ Ça alors ! On peut vraiment dire que vous êtes extraordinaire… Qu’est-ce que vous en pensez ? Peut-on dire qu’Ambroise est extraordinaire ? »
Oui hurlés, cris et sifflements.
« ─ Allé, un dernier calcul avant de passer au candidat suivant : trois-millions-quatre-cent-quatre-vingt-trois-mille … »

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MessageSujet: Re: Zeno   Zeno EmptySam 21 Juil 2007 - 13:28

L’éveil d’Ambroise [3/7]



Survolté.
Quelle soirée ça avait été ! Il avait pénétré dans les studios de télévision quelques heures auparavant : stressé, et il en ressortait survolté.
Ça n’était pas si terrible en fin de compte…
Quand il y repensait, lui qui avait toujours eu peur de se faire remarquer, lui qui avait toujours eu peur d’aller au-devant des gens, que de temps il avait perdu.
C’était simple en fait, c’est ce vieux Raymond qui avait raison.
Quand il était passé chez le vieux Raymond pour lui tailler sa haie et lui tondre la pelouse, le mois dernier, il avait eu la surprise de sa vie : Raymond lui avait appris qu’il l’avait inscrit à Lumière sur et qu’il avait été retenu.
Sur le coup, il avait eu envie de lui faire tailler sa haie avec les dents sur un air de Mais de quoi je me mêle. Mais c’était Raymond, et à ce petit vieux là, il pouvait tout pardonner.
Quand il avait acheté Au bois joli – la maison à la campagne dont il avait toujours rêvée – au début, c’était pour y fonder une famille avec Lucie. Mais, le soir où il l’avait invitée au restaurant pour lui annoncer la nouvelle, elle lui annonçait qu’elle voyait quelqu’un d’autre depuis six mois et qu’elle le quittait. Et voilà comment sept ans de vie commune avaient volés en éclat. Sept ans de perdus. Sept ans et déjà la fin de leur histoire, alors qu’il croyait que ce n’était que le commencement. Il s’était précipité Au bois joli pour se retrouver seul, pour y broyer du noir, jusqu’à vomir son désespoir. Mais, en chemin, il avait rencontré Raymond en travers de sa route. Vraiment en travers de sa route. Raymond avait eu un malaise alors qu’il rentrait à vélo d’une soirée bien arrosée. Il l’avait aidé et depuis, Raymond avait tout fait pour lui : il lui avait fait sentir qu’il pouvait être utile à quelqu’un. Alors, il avait aidé Raymond en s’occupant de son jardin et en faisant quelques courses pour lui. Puis, Raymond avait parlé de lui aux "petits vieux du pays", comme il disait, et il s’était retrouvé l’homme à tout faire du coin. Grâce à lui, il ne pensait plus à Lucie que le soir, au moment de se coucher ; alors oui, vraiment, à ce petit vieux là, il pouvait tout pardonner.
Oui, c’est Raymond qui avait eu raison, il était capable de sortir et de s’ouvrir aux autres. Il l’avait prouvé en se rendant à cette émission de télé. Il se sentait un homme neuf maintenant, prêt à affronter la vie.

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MessageSujet: Re: Zeno   Zeno EmptySam 21 Juil 2007 - 13:28

L’éveil d’Ambroise [4/7]


Le cri lui avait fait tourner la tête dans leur direction. Encore perdu dans ses pensées, Ambroise jeta un regard distrait dans la ruelle qui partait sur sa gauche, tout en continuant à avancer. C’est cinq mètres plus loin, alors que la ruelle était derrière lui et qu’il était à nouveau caché par un immeuble, qu’il prit conscience de ce qu’il était en train de faire : un cas typique de non-assistance à personne en danger.
Non mais t’as vu la gueule de la non-assistance à personne en danger ? Ça fait longtemps que tous ceux qui le croisent font des cas typique de non-assistance à personne en danger !
Et voilà, toujours à refaire surface dans les pires moments cette petite voix intérieure. Elle était toujours là pour l’enfoncer, toujours là pour lui montrer qu’il avait tort ou pour le tourner en ridicule.
Oui, j’ai bien vu que c’était un pauvre type par terre dans son duvet, je sais bien que ça doit être un SDF … et alors ? Ce n’est pas une raison pour le laisser se faire tabasser.
Ah, Ok … alors Monsieur est passé à la télé et il se prend pour un héro maintenant, c’est ça ? Allé, vas-y, vas leur casser la gueule, maintenant que t’es un héro ; ils ne sont que trois après tout !
Là, elle venait de marquer un point. Ambroise devait bien reconnaître qu’avec la meilleure volonté du monde, il n’était pas de taille. La seule fois de sa vie où il s’était battu remontait au collège ; si on pouvait encore considérer qu’il s’était battu, puisqu’aucun de ses coups n’avait touché l’adversaire…
Alors, t’es pas encore en train de leur rentrer dedans pour sauver Princesse SDF, John Wayne ! Ne me dis pas que tu te dégonfles ? Déjà ? Eh bah … il n’aura pas duré longtemps le nouveau toi !
Ambroise retroussa les manches, entrouvrit son blouson, rassembla tout son courage et dégaina son téléphone portable pour composer le numéro de police secours.
La ville a un nouveau héro ! Pfff …

Ambroise venait de raccrocher, après avoir donné toutes les indications sur les lieux de l’agression à la standardiste du commissariat de police, quand il prit conscience qu’il n’entendait plus de bruit dans la ruelle.
Et voilà, je t’avais bien dit qu’il fallait foncer dans le tas, maintenant c’est trop tard, Princesse SDF doit déjà être mort et tout ce que t’auras gagné c’est une nuit au poste de police à répondre à leurs questions …
Surtout que - pour qu’une fois dans sa vie ce pauvre type ait les mêmes droits, que n’importe quel autre citoyen - Ambroise n’avait pas précisé à la police que c’était un SDF qui était en train de se faire agresser. Il avait décidé de rester pour attendre la police. Il n’avait peut-être pas le courage d’intervenir directement, mais il voulait connaître la suite de l’histoire : savoir si la police arriverait à temps, grâce à lui, pour sauver le pauvre homme et arrêter les agresseurs.
Merde, pourquoi il n’y a plus de bruit ?
Ah, bah il est joli le héro … S’il-vous-plaît messieurs, pouvez-vous reprendre où vous en étiez, afin que notre héro profite du tabassage de Princesse SDF ?
Ce n’est pas ce que je voulais dire ! Je m’inquiète pour lui, c’est tout !
Si ça te rassure d’entendre qu’on lui tape dessus, à mon avis, lui, il aime autant que tu t’inquiètes, tu sais ?
Oh, c’est bon, tu sais très bien ce que je veux dire…
Ambroise prit une longue inspiration. Il avait passé trente ans à avoir peur des autres, pour finir par se rendre compte, ce soir, que sa blemmophobie n’avait eu d’autres effets, que de lui faire perdre son temps. Ce soir, quelqu’un avait besoin de lui et il fallait qu’il soit à la hauteur. Il s’approcha de l’angle de la rue, afin de voir pourquoi il n’entendait plus rien.
Le SDF gisait au sol et ses agresseurs étaient en train de fouiller dans ses affaires.
Agresser un SDF pour le voler, quand même, il faut le faire…
Bah oui, on est en début de mois gros nigaud, c’est jour de paye !
Jour de paye ? Mais, c’est un SDF ce type, il n’a rien !
Presque rien, ce n’est pas rien. Les SDF touchent le RMI, tu sais … alors si le type a commis l’erreur de tout retirer, ou d’en retirer une bonne partie, ça peut faire le bonheur de quelques junkys…
Merde !
Ambroise se plaqua rapidement contre le mur de l’immeuble. Un des agresseurs s’était redressé et avait regardé dans sa direction.
Pourvu qu’il ne m’ait pas vu…
Mais barre-toi, qu’est-ce que tu attends ?
Mais, qu’est-ce qu’ils font les flics ?
Ambroise leva les yeux au ciel en soupirant, comme pour faire une prière, lorsque ses yeux se figèrent et que son souffle se coupa.
Il ne peut pas ne pas m’avoir vu…
Qu’est-ce que tu racontes ?
Je suis sous un réverbère, merde !
Ambroise eu juste le temps de se rendre compte que ses jambes ne lui obéissaient plus et qu’il n’arrivait pas à se mettre à courir, lorsqu’il se fit agripper et emmener dans la ruelle.

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MessageSujet: Re: Zeno   Zeno EmptySam 21 Juil 2007 - 13:30

L’éveil d’Ambroise [5/7]


Blanc.
Ambroise n’y voyait que du blanc. Ses yeux entrouverts s’évertuaient à soulever ses paupières, comme un bodybuilder s’efforcerait à tordre les barreaux de sa prison pour se frayer un passage vers la lumière. Cette même lumière, aveuglante, qui ne lui laissait pas une chance de rendre moins abstrait le tableau laiteux, composé de murs pâles et de formes blanches qui s’animaient sous ses yeux.
Piquant.
Ses papilles olfactives s’affolaient, perdues, à la recherche d’un indice qui aurait été négligé au milieu de ces odeurs aseptisées.
Assourdissant.
Le cri aigue et monotone du monitoring, semblait rythmer le balais des silhouettes qui s’agitaient autours de lui.
Lancinant.
Le flux et reflux de son sang, se griffait aux tuyaux qui l’avaient maintenu pendant tout ce temps à la vie.
Tout ce temps…Combien de temps cela fait-il exactement ? Une journée ? Une semaine ? Un mois ? Un an ? Depuis combien de temps suis-je inconscient ?
Alors que le monochrome vivant prenait peu à peu du relief, il renonça. Il était encore trop tôt. Il devait se reposer avant. Avant d’affronter la lumière, les cris, la douleur, et les odeurs de détergents.

***



Il savait enfin le secret que révélait l’expression « un sommeil de plomb ». La nuit qu’il venait de passer - entre le moment où il avait renoncé à se réveiller et maintenant - lui semblait la meilleure nuit de sa vie. Sauf, qu’il avait du mal à s’extirper de ce sommeil, si chaleureux. Telle une bille de plomb subissant une apesanteur excessive, il avait eu l’impression de rejoindre le centre de la terre, le cocon originel ; et il s’y était lové.
« ─ Bonjour Monsieur Morin… »
Il n’eut même pas le temps de faire semblant de s’intéresser à la personne qui venait d’entrer dans sa chambre. Ce fut comme s’il venait de se faire happer. Tout ce qui, en lui, aspirait à se réfugier dans le doux cocon protecteur, le prit par le col pour l’attirer hors de la veille.
Non, pas encore, pas tout de suite ; je ne suis pas prêt… pas encore.

***
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MessageSujet: Re: Zeno   Zeno EmptySam 21 Juil 2007 - 13:30

L’éveil d’Ambroise [6/7]


« ─ Quand me suis-je réveillé exactement ?
─ Vous voulez parler de votre sortie du coma ? Cela fait quatre jours.
─ Et combien de temps …
─ Combien de temps êtes-vous resté dans le coma ? Vingt-deux jours. »
Ambroise pouvait lire L. Fontaine sur le badge du médecin qui se tenait près de son lit. Le docteur Fontaine, la quarantaine, les cheveux bruns clairsemés, avait réussi à le mettre à l’aise dès le premier regard, même s’il ne savait pas vraiment pourquoi. Il n’était pas vraiment souriant, ne s’était pas spécialement présenté et n’avait pas essayé d’échanger quelques banalités pour le mettre à l’aise. Il s’était tout bonnement planté devant lui en lui lançant un regard franc et ouvert qui l’avait incité à la confidence.
« ─ Et mes jambes …
─ Vous remarcherez, soyez sans crainte. Il vous faudra de la rééducation fonctionnelle pendant deux ou trois mois et beaucoup de persévérance, mais vous remarcherez.
─ Est-ce que je vais rester encore longtemps à l’hôpital ?
─ Non, ce n’est pas nécessaire.
─ Mais comment vais-je faire en attendant de pouvoir remarcher ?
─ Vous vous déplacerez en fauteuil roulant. »
Ambroise se mordillait la lèvre inférieure et regardait tour à tour le sol et le regard médecin ; cherchant à la fois à échapper à son attention pour réfléchir et à ne pas paraître impoli.
« ─ Avez-vous de la famille, ou connaissez-vous quelqu’un qui puisse vous aider une fois à votre domicile ?
─ Non… mes parents sont morts et ma famille, que j’ai perdue de vue depuis la mort de mes parents à vrai dire, habite loin d’ici. Quant aux personnes que je connais assez bien dans mon voisinage, comment dire… disons que, d’habitude, c’est plutôt moi qui les aide parce qu’ils sont assez âgés. En plus, ma maison est isolée et ça fait un petit bout de temps que la plus jeune de mes voisines n’a pas sorti du garage la CX de son défunt mari… Vous voyez ce que je veux dire ? »
Le docteur Fontaine parti d’un petit rire et garda un sourire bienveillant lorsqu’il répondit à Ambroise :
« ─ Je vous posais cette question parce que personne n’est venu vous voir pendant votre coma.
─ Oui, le contraire m’eut étonné.
─ Alors vous n’avez plus qu’à prendre une aide à domicile. Vous vous sentirez moins seul en plus comme ça ; et c’est très bon pour ce que vous avez… Vous avez d’autres questions ?
─ Oui euh … comment puis-je faire pour me laver ?
─ Ne vous en faites pas, on s’occupe de vous… » Lança le médecin qui franchissait déjà la porte de la chambre.
Et en effet, quelques minutes plus tard, une infirmière était arrivée, transpirante de dynamisme et de bonne humeur.
C’est à ce moment-là qu’il avait enfin pu se laver et se changer. Et c’est à ce moment-là qu’il avait affronté le miroir.
« Tout beau, tout propre !», qu’elle lui avait sorti, avant de quitter sa chambre. C’était à se demander si elle avait seulement jeté un coup d’œil sur lui. Lui, en tout cas, malgré lui, il s’était vu…
Ce soir-là, l’émission de télévision qu’il avait regardée l’avait ramené à son agression et loin de lui changer les idées, Lumières sur avait fini de l’assommer.

***
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MessageSujet: Re: Zeno   Zeno EmptySam 21 Juil 2007 - 13:31

L’éveil d’Ambroise [7/7]


Tout était prêt. Le fauteuil roulant était dans le coffre du taxi, avec les bagages et on lui avait dit qu’une auxiliaire de vie viendrait lui rendre visite en fin de matinée Au bois joli. Il prit une longue inspiration et monta dans le taxi. Une heure de route, et il serait chez lui. Il s’imaginait déjà, s’avachir dans le canapé du salon et mettre la sonate pour piano numéro quatorze de Beethoven en boucle : Clair de Lune et son canapé, c’était tout ce qu’il demandait.
Le taxi s’arrêta à un feu rouge et il sortit un instant de sa rêverie. C’est alors qu’il le vit. Il était au sol, sur le béton froid de la petite cour qui menait de la rue à la maison. Face à lui, un dessous de tasse à café rempli d’eau. Sonné, le corbeau restait là, à soulager comme il pouvait son aile cassée pendant qu’un petit garçon tentait ce qu’il pouvait pour l’aider.
Ambroise referma les yeux pour retrouver Beethoven et son canapé. Au moment où il s’aperçut que le corbeau était là, le taxi repartait et il ouvrit de nouveau les yeux. Il eu juste le temps d’apercevoir un autre corbeau se poser près du corbeau blessé.
Tu es blessé toi aussi, mais au moins tu n’es pas seul.
Et il referma les yeux.
La quatorzième sonate pour piano de Beethoven baignait toujours la pièce dans une douce mélancolie, mais cette fois-ci, les deux corbeaux étaient sur son canapé. Il s’approcha d’eux et vit des fils qui commençaient à se détacher de leur corps.
Ambroise regardait le spectacle, comme hypnotisé. C’était la première fois que des êtres vivants provoquaient en lui cette réaction : la même, que celle qui était d’habitude causée par les chiffres. Depuis toujours, il avait fasciné les gens par sa rapidité de calcul, alors qu’il se contentait de voir les résultats apparaître. Quel résultat allait apparaître, alors que cette fois-ci il s’agissait d’êtres vivants et non plus de chiffres ?
Il regarda les fils du corbeau blessé partir à la rencontre de ceux de l’autre corbeau pour se mélanger. Il pensa alors à l’aile cassée du corbeau et les deux oiseaux prirent leur envol.
Ambroise ouvrit les yeux et regarda le ciel ; comme ça, pour voir. Comme un petit garçon qui ouvre les yeux, après avoir imaginé très fort quelque chose, et qui espère voir son fantasme prendre vie. Mais il ne vit aucun oiseau dans le ciel.

***



Le petit garçon était à genoux. Sa maman avait eu raison de lui apprendre à prier. À peine avait-il eu fini sa prière, que Dieu avait pris la forme d’un corbeau pour venir y répondre. Il s’était posé à côté du corbeau blessé et l’avait guéri avant de s’envoler avec lui. Oui, c’est sa mère qui avait raison : « les miracles, ça existe ! ».
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MessageSujet: Dans le noir   Zeno EmptyVen 3 Aoû 2007 - 19:27

Dans le noir [1/11]

Dans la catastrophe, il est bien rare que le malheur prenne le temps de nous fournir le vrai masque pour nos visages.
Jean Giraudoux







– Comment as-tu pu ?
– Quoi ? Je ne leur ai pas vraiment fait du mal…
– Pas vraiment !
– Non, c'est un petit mal pour un grand bien comme on dit…
– Ça c'est toujours ce que répondent les fanatiques et les terroristes ; ça n'excuse rien !
– Depuis le temps, tu dois bien savoir que je ne suis ni l'un ni l'autre mon amour.
– Oui, et bien depuis le temps comme tu dis, tu aurais pu trouver un autre moyen que la torture pour parvenir à tes fins !

Comment avait-elle su ?
La soirée avait été mouvementée et j'avais dû découcher. Je n'avais pas pu téléphoner de la journée pour donner de mes nouvelles et la dernière fois que j'avais eu ma femme au téléphone remontait à vingt-neuf heures. De plus, tout ce que j'avais eu le temps de lui dire se résumait à un « Ne m'attends pas avant demain soir, chérie ».
Oh, non… Ce n’est pas ça qui l’avait mis en pétard… Et n’allez pas croire non plus qu’il lui est venu à l’esprit que, peut-être, je lui faisais des infidélités. Nous sommes des âmes sœur et j'aurais autant de motivations à aller voir ailleurs, que le client d'un restaurant à qui on sert un Pétrus 1990 en aurait à voler le pichet de vin de pays de la table d'à côté. Même les dieux ne peuvent pas briser notre amour. Même ma mère n’y est pas parvenue. Et ce n’est pas faute d’avoir essayer pourtant…
Non, ma femme sait très bien que lorsque je lui dis ça c’est pour le boulot. Pas celui qui paye le loyer. Non. L’autre boulot. Celui que je fais parce que… Parce que je suis ce que je suis…
Non, ce qui l’avait mis en pétard, c’est qu’elle avait su comment ça c’était passé…



***


Dernière édition par le Lun 8 Oct 2007 - 23:09, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Zeno   Zeno EmptyVen 3 Aoû 2007 - 19:27

Dans le noir [2/11]

Gwendoline venait de l'apercevoir : il sortait juste de la salle café. Elle accéléra le pas en se dirigeant vers lui. Tout le personnel s'arrêta de travailler pour observer la scène.

– Comment as-tu pu ?
– Quoi Gwendoline, qu'est-ce que j'ai fait encore ? répondit avec un air ravi Michael.
– Et voilà, c'est reparti… marmonna David en se tournant vers le stagiaire qui l’accompagnait.
– Qu’est-ce qui se passe, monsieur Durant ?
– Une scène que tu verras souvent se répéter ici pendant ton stage, Patrice. C’est un excellent moment pour te présenter Michael Pie et Gwendoline Bastet, les deux autres directeurs de projet de la société. Comme tu peux t’en rendre compte par toi-même tu as eu de la chance que ce soit moi ton maître de stage…
– Vous voulez dire qu’ils se rentrent dedans comme ça souvent ?
– Chaque fois qu’ils en ont l’occasion Patrice. C’est bizarre vois-tu parce qu’ils ont plus en commun qu’ils ne le pensent : ils sont tous les deux dépourvus de sentiments. Gwendoline est un glaçon personnifié qui ne voit que par son travail et sa carrière et Michael - et je crois que tout le monde ici sera d’accord avec moi – prend plaisir à être le salop de service. Et figure-toi qu’il vient de réussir à faire virer la sœur de Gwendoline alors…
– Oh…
– Oh, oh… et voilà Monsieur Dojcnyl qui arrive…
– C’est le PDG, c’est ça ?
– Oui, je voulais aller le voir avec toi pour vous présenter, mais je crois que ça va devoir attendre…
– Michael ! Gwen et David ! Dans mon bureau.
– Bon, va prendre un café Patrice, à tout à l’heure.



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MessageSujet: Re: Zeno   Zeno EmptyVen 3 Aoû 2007 - 19:28

Dans le noir [3/11]


– Alors ? Comment ça s'est passé, Gwen ?
– Salut Quentin, figure-toi que Marc nous convoquait pour nous informer qu'il allait nommer un Directeur Général pour le seconder. À partir d'aujourd'hui nous sommes donc tous les trois en compétition David, Michael et moi.
– Ah, c'est plutôt une bonne nouvelle alors. Tout le monde ici a cru que …
– Oh ne t'inquiètes pas, il en a parlé aussi. Pour reprendre ses termes il est bien entendu hors de question qu'il nomme quelqu'un qui ne sait pas maîtriser ses nerfs, alors…
– David a une longueur d'avance alors.
– Tu as tout compris.
– Et vous aurez la réponse quand ?
– Dans un mois… Qu'est-ce que tu lisais ?
– Oui tu veux parler d'autres choses quoi… Je lisais un article, un fait divers, regarde.



    Madame Dubois, une retraitée de 82 ans, a vécu mardi dernier une expérience que l'on aimerait voir se répéter plus souvent.
    Après s'être rendue à sa banque où elle avait retiré la totalité de sa maigre retraite et avoir fait quelques courses, elle décidait de rentrer chez elle, quand elle s’est rendue compte que son portefeuille avait disparu. Après être retournée sur ses pas et avoir parlé avec les commerçants chez lesquels elle était allée, elle due se rendre à l'évidence: son portefeuille était perdu !
    Elle comprit alors qu'elle allait devoir utiliser le peu d'économie qu'elle avait sur son compte épargne, pour tenir jusqu'au mois prochain. Sous le choc, elle décida de rentrer chez elle et de téléphoner à sa fille sur son téléphone portable pour lui raconter ce qui lui était arrivé.
    Quelques heures plus tard, profitant de sa pause déjeunée, cette dernière lui rendit visite pour s'assurer qu'elle n'était pas trop secouée. Elle eu alors la surprise de la trouver en train de rire et de boire le thé avec un jeune homme d'une vingtaine d'année.
    "C'est tout ce qu'il a accepté comme remerciement : du thé et des petits gâteaux !" lui dit sa mère en agitant le portefeuille au dessus de sa tête, le sourire jusqu'aux oreilles.
    Comme quoi, il existe encore des gens désintéressés de nos jours…




– Tu parles…
– Oui, comme il dit, on aimerait bien en rencontrer plus souvent des gens désintéressés, hein ?
– J'aimerais juste en rencontrer un une fois, moi, ça me suffirait Quentin…
– Oh, mais tu en connais un…
– Si vous voulez parler de vous monsieur Pidon ça ne compte pas, il y a déjà une madame Pidon qui vous attend à la maison…




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MessageSujet: Commentaires Zeno   Zeno EmptyVen 3 Aoû 2007 - 19:28

J'ouvre ici ce fil pour que les commentaires puissent venir sans crainte d'interrompre un texte. Il suffit juste de dire de quel texte on parle. Wink

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
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Zeno Sillaa

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MessageSujet: Re: Zeno   Zeno EmptyVen 3 Aoû 2007 - 19:28

Dans le noir [4/11]


Il ne se souvenait pas avoir bu et pourtant il avait l’impression d’être au réveil de la plus grande cuite de sa vie. L’esprit dans le coton, le crâne dans un étau et l’impression de ne plus savoir quel jour on est : voilà qui résumait assez bien la situation. Où était-t-il d’ailleurs ? Il se réveillait à terre, le sol en béton imprimé sur sa joue droite et seul dans le noir.
– Putain…
– Taisez-vous !
Une voix de femme. Il n’était pas seul.
– Qui est là ?
– Mais taisez-vous, bordel !
Ça y est, ça commençait à lui revenir : il avait été enlevé !
– Il y a d’autres personnes ?
– Non, juste nous deux. Je ne sais pas depuis combien de temps je suis réveillée, mais j’ai eu le temps de faire le tour de l’endroit à tâtons. Nous ne sommes que tous les deux.
– Comment vous appelez-vous ?
– Gwendoline.
– Gwendoline ! Oh merde, il me semblait bien que la voix me disait quelque chose…

Silence…

– Michael, C’est toi ?
– Oui.
– Oh non… et moi qui pensait qu’après mon enlèvement d’hier soir il ne pouvait rien m’arriver de pire…
– Pour une fois nous sommes d’accord Gwen. Bon, il est hors de question que je reste une minute de plus coincé avec toi ici moi.
– Et qu’est-ce que tu crois que j’ai cherché à tâtons pendant que tu ronflais comme un porc !
– Oui et bien je vais vérifier par moi-même, si tu n’y vois pas d’inconvénient. Même avec une carte vous avez du mal à trouver la sortie vous les femmes.
– Charmant, comme d’habitude Michael. Vas-y, amuse-toi à chercher une porte, une grille ou le moindre passage. Moi je n’ai rien trouvé, ni sur les murs, ni sur le sol.
– C’est absurde ! On est bien rentrés par quelque part…
– Vas-y je te dis, cherche par toi-même puisque tu ne me crois pas.
– Et si tu me racontais comment tu as été enlevée pendant que je cherche…
– Si tu y tiens… Je rentrais de faire les courses. Il était à peu près 19 heures. Le pire, c'est que j'ai tout de suite sentie que quelque chose clochait.
– Comment ça ?
– J'avais les bras chargés, alors j'ai refermé la porte avec le pied, et là j'ai tout de suite eu l'impression que je n'étais pas seule.
– Et…
– Et alors je me suis dit que j'hallucinais et je suis allée poser mes sacs sur la table de la cuisine.
– Et c'est là qu'il t'est tombé dessus ?
– Non, non… en fait, je n'arrivais pas à me détendre, la sensation persistait. Alors, j'ai entrepris de fouiller l'appartement pièce par pièce, histoire de me rassurer. Et c'est en passant devant la salle de bain que j'ai senti que quelqu'un se glissait derrière moi, mais je n'ai pas eu le temps de me retourner…
– Il t’a maintenue par derrière et t'as endormie en te mettant un mouchoir plein de chloroforme sous le nez, c'est ça ?
– Exactement. Pareil pour toi ?
– A quelques détails près.
– Qui sont…
– Que j'étais grisé par ma soirée et que je n'ai rien vu venir…
– Pfff ! T'étais bourré !
– Tout de suite… Non, je n'étais pas bourré.
– Bah quoi alors…
– Ça n'a pas d'importance. Je n'étais pas bourré, je n'avais rien fumé, j'étais clean quoi… Il y a d'autres moyens d'être grisé tu sais.
– Oh…
– Non, ce n'est pas ça non plus ! Laisse tomber, tu veux… Bon, tu as raison aucune issue, ni sur les murs, ni au sol.

5 HEURES…

– C'était quoi ça, Gwen ?
– La raison pour laquelle je te demandais de la fermer au moment de ton réveil.



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MessageSujet: Re: Zeno   Zeno EmptyVen 3 Aoû 2007 - 19:29

Dans le noir [5/11]


– C’est quoi ce truc, l’horloge parlante ?
– Je ne sais pas, au moment où elle a annoncé l’heure tout à l’heure tu braillais.
– Je ne braillais pas, je jurais parce que j’ai un mal de crâne comme je n’en n’ai jamais eu.
– Oui, je compatis d’autant mieux que je ressens vraiment la même chose…
– Bon, il faut voir le côté positif, notre kidnappeur nous informe de l’heure, ça nous donne un repère et ça nous évitera de perdre les pédales comme ça.
– Écoute, tu sais quoi, on va attendre bien sagement que notre kidnappeur vienne nous voir pour nous dire ce qu’il attend de nous. En attendant, je vais me reposer un peu en espérant que ce mal de crâne passera.
– Ok, j’imagine qu’il a un moyen de savoir qu’on est réveillé et qu’il ne va pas tarder. Il y a juste un truc qui…

Silence…

– Ben quoi ?
– Non rien, on verra ça plus tard…
– Ok, bon, alors tais-toi un peu que mon crâne arrête de vibrer comme ça tu veux…


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MessageSujet: Re: Zeno   Zeno EmptyVen 3 Aoû 2007 - 19:29

Dans le noir [6/11]


4 HEURES…

– Quelle heure ça a dit là ?
– Ben justement…
– Quoi ?
– C’est pour ça que ça m’a énervée quand tu m’as empêchée d’entendre l’heure tout à l’heure Michael. Figure-toi qu’à mon réveil j’avais déjà entendu cette voix sans comprendre de quoi il s’agissait. Mais il m’avait semblée que l’horloge disait six heures quand toi tu t'es réveillé…
– Donc tu t’es réveillée à peu près une heure avant moi. Tu as été kidnappée vers dix-neuf heures pourtant, d’après ce que tu m’as dit tout à l’heure.
– Oui pourquoi ?
– Parce que moi, il n’était pas loin de vingt et une heures. J’aurais donc du me réveiller deux heures après toi et pas une heure.
– C’est sûrement dû à la différence de poids tu sais, notre kidnappeur ne maîtrise peut-être pas encore le dosage du chloroforme. Mais ce n’est pas là le problème.
– Ah, il y a un truc que je n’ai pas suivit alors…
– Oui, ou alors tu ne m’as tout simplement pas écouté !
– Très bien, vas-y, tu as toute mon attention…
– Je te disais qu’il m’avait semblée que l’horloge indiquait six heures quand tu t'es réveillé. Je n’en n’étais pas sûre, alors je ne t’ai rien dis…
– Mais tout à l’heure je suis sûr qu’elle indiquait cinq heures et à l’instant elle vient d’indiquer quatre heures. Ce n’est donc pas une horloge…
– Non, c’est plutôt un compte à rebours
– Donc, quoi qu’attende de nous le kidnappeur, ça a déjà commencé.
– Je commence vraiment à paniquer là Michael…
– Ne compte pas sur moi pour que je te prenne dans mes bras Gwen.
– Un vrai gentleman !
– Arrête, je sais que je t’aurais déçue en agissant autrement…
– Mis à part le mal de crâne, tu te sens comment ?
– Comment ça ?
– Bah, ce que je veux dire, c’est que j’ai mal au crâne, mais que mis à part ça, j’ai l’impression d’avoir dormi comme un bébé.
– C’est le chloroforme ça, ça détend tout tes muscles alors…
– Alors on a du passer une sacré nuit.
– Qu’est-ce que tu veux dire ?
– Je veux dire qu’à mon avis, j’ai au moins fait le tour du cadran. Et toi ?
– Maintenant que tu le dis…
– Quelle heure il est à ton avis ?
– Bah, maintenant que j’y pense, c’est vrai que j’ai une de ces faims. Comme si j’avais loupé l’heure du déjeuné.
– Oui, c’est bien ce que je ressens aussi. À mon avis il doit être dans les une ou deux heures de l’après midi.
– Et alors, tu crois qu’il va venir nous amener un sandwich ?
– Non, ce n’est pas ça. Tu te souviens je t’ai dis qu’à mon réveil j’avais entendu l’horloge…
– Oui, enfin le compte à rebours.
– Oui. Sachant qu’à ton réveil on sait maintenant que le compte à rebours indiquait six heures, cela voulait dire qu’à mon réveil il indiquait 7 heures.
– Et alors ?
– Alors on a bien remarqué que notre kidnappeur ne maîtrisait pas trop le chloroforme.
– Oui…
– Et bien, prends ça pour de l’intuition féminine si tu veux, mais je pense qu’on a dormi plus qu’il ne le pensait et qu’on aurait du se réveiller tous les deux lorsque le compte à rebours indiquait huit heures.
– Et ça change quoi ?
– Je ne sais pas. Rien. Tout. Huit heures c’est symbolique, c’est une journée de travail, tu vois. J’ai l’impression qu’on n’est pas là pour rien. J’ai l’impression que le kidnappeur nous a enfermés ici et nous a donné huit heures pour faire quelque chose…
– Quelque chose comme quoi ? On est enfermés seuls dans le noir… Non, non, non, même pas en rêve, ma belle…
– C'est la première fois que tu me dis quelque chose d'aussi gentil…
– Comment ça ?
– Tu as dis "ma belle".
– C'est une façon de parler Gwen !
– C’est pas la peine de t'en excuser, tu sais…
– Bon, laisse tomber.
– Ce n'est pas à ça que je pensais de toute façon, tu as vu le film "Saw" ?
– Oui, bien sûr, c'est le film où deux personnes sont kidnappées et doivent s'entretuer, c'est ça ?
– Oui, et bien peut-être qu'on est dans le même cas…
– Je ne vois pas bien l'intérêt Gwen, si la personne qui nous a enlevés nous connaît aussi bien que je crois qu'elle nous connaît, elle sait que nous rêvons de nous entretuer depuis la première fois que nous nous sommes vus…
– Là, tu marques un point !
– En effet, le challenge dans notre cas ce serait plutôt qu'on ne s'entretue pas, mais je ne vois pas bien le plaisir qu'en tirerait celui qui nous a enlevés…
– C'est peut-être quelqu'un qui veut qu'on arrête de se rentrer dedans à tout bout de champs.
– Une thérapie de choc, quoi
– Oui, c'est ça.

3 HEURES…

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MessageSujet: Re: Zeno   Zeno EmptyVen 3 Aoû 2007 - 19:30

Dans le noir [7/11]



– Raaaaaaaaaaah ! Ça m'énerve de devoir deviner ce qu'il attend de nous. Il ne pouvait pas nous laisser un message non ?
– Si ça se trouve c'est le cas, il me semble me rappeler que dans "Saw", le kidnappeur leur avait laissé des indices sur eux pendant qu'ils étaient inconscients.
– Des indices ?
– Oui, je ne sais plus trop, des messages afin qu'ils comprennent ce qu'ils aient à faire quoi… Tu as fouillé dans tes poches ?
– Non, attends…
– Je crois que j'ai quelque chose…
– Moi aussi, j'ai une sorte de petit papier cartonné.
– Oui, ça ressemble à une carte de visite.
– Décidément, il ne manque pas d'humour, il nous enferme dans le noir et l'indice qu'il nous laisse est quelque chose qui doit être lu.
– Je n'y comprends rien.
– Et si on imaginait ce qui est le plus probable…
– C'est-à-dire ?
– Que celui qui nous a enlevés est quelqu'un qui veut tout simplement se débarrasser de nous. Il nous connaît et espère qu'on s'entretuera, comme ça il n'a pas à se salir les mains. Et dans le cas où ça ne marche pas, au bout des huit heures, la bombe explose.
– Et dans ce cas les huit heures ne seraient pas un délais que nous avons pour essayer de nous en sortir, mais juste un délais qu'il s'est donné pour avoir une chance de se débarrasser de nous sans se sentir coupable pour le restant de ses jours…
– La seule question qui reste à se poser est : "Qui a tout intérêt à ce que nous disparaissions tous les deux ?"
– Ce n'est pas possible ça doit être une erreur. Qu'il t'enlève toi, je comprends, mais moi je n'ai jamais fait de tort à personne.
– C'est vrai que tu es la personne la plus charmante qui m'ait été donné de rencontrer Gwen.
– Oh, merde, à la fin. Tu m'énerves avec ton semblant d'humour. Tu te prends pour qui à la fin ?
– Et toi Gwen ? Non mais tu te crois vraiment mieux que moi ?
– Alors là il n'y a pas photo, je ne suis pas l'enfoirée de service de la boite moi !
– Oui et bien il y avait cette place à prendre alors je me suis dit pourquoi pas…
– Arrête de te croire drôle avec ton humour à deux balles tu veux !
– Et toi arrête de rentrer dans le jeu de notre kidnappeur, merde !

Silence…

– Tu as raison…
– Enfoiré de David…
– Pardons ?
– Ben oui, tu vois plusieurs personnes qui aient intérêt à nous voir disparaître tous les deux en ce moment toi ?
– La promotion ?
– Exactement.
– Il ne nous tuerait pas juste pour avoir le poste quand même…
– J'en connais d'autres qui le feraient pour moins que ça, tu…
– Toi par exemple !
– Non Gwen, pas moi…

Silence…

– Excuse-moi Michael, je crois que j'ai vraiment les nerfs qui lâche là tu sais…
– Oui, je ne suis pas trop zen non plus…

2 HEURES…


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MessageSujet: Re: Zeno   Zeno EmptyVen 3 Aoû 2007 - 19:30

Dans le noir [8/11]


– Ça commence vraiment à me taper sur les nerfs ce truc ! Fais péter ta bombe et ne nous fais pas chier David !
– Ne dis pas ça Michael !

Sanglots…

– Hé… allé, reprends-toi ma belle, ne lui fait pas ce plaisir…
– J'y arrive plus là Michael, j'en peux vraiment plus, tu te rends compte qu'il ne nous reste plus que deux heures à vivre.

Michael avança doucement vers les sanglots jusqu'à ce qu'il bute contre les pieds de Gwen. Il ne pouvait pas faire autrement. S’il voulait qu’elle cesse de pleurer, il ne pouvait vraiment pas faire autrement. Il posa un genou près d'elle, puis s'assit et lui passa un bras autour du cou pour qu'elle puisse poser sa tête sur son épaule.

– Là… doucement… il doit bien y avoir une solution…
– On a déjà cherché une issue partout.
– Non, pas partout. Et il y a une chose rassurante.
– Ah tu vois quelque chose de rassurant quelque par toi ?
– Oui. Ça fait combien de temps qu'on est enfermé là Gwen ?
– Voyons voir, tout à l'heure on disait qu'on avait faim comme si on avait loupé le petit déjeuné et le déjeuné et on a estimé qu'il devait être une ou deux heures de l'après-midi. Donc là il devrait être trois ou quatre heures. Mettons qu'on soit tous les deux ici depuis vingt et une heures, cela veut dire qu'on est enfermés là-dedans depuis dix-huit ou dix-neuf heures ; ça va bientôt faire vingt heures qu'on est enfermés ici quoi…
– Oui, et on n’a aucune difficulté pour respirer n'est-ce pas…
– Donc il doit y avoir un conduit d'aération.
– Oui, et si on a cherché sur les murs et le sol, nous n'avons pas cherché au plafond.
– Merci Michael…

Gwen avait déjà redressé la tête, mais Michael la tenait toujours par les épaules. Elle s'approcha de lui et l'embrassa.

– C'est parce qu'il ne nous reste plus que deux heures à vivre ça, Gwen ?
– Non, c'est parce que j'en avais envie, c'est tout. Peut-être que tu n'es pas le salop que tu sembles être après tout…
– Tu oublis que j'ai fait virer ta sœur…
– Bien sûr que non ! Mais j'ai l'impression qu'il y a quelque chose d'autre en toi que l'enfoiré de service que tu prends plaisir à afficher…

Silence…

– Écoute Gwen, ce que tu me dis me touche vraiment et…
– Quoi, je ne te plais pas, c'est ça ?
– Non, bien sûr que non, tu es tout à fait ravissante voyons.
– Alors, c'est quoi ?
– Avant tout je veux te dire que maintenant qu'on se connaît mieux, si c'était à refaire je ne le referais pas.
– Mais de quoi tu parles ? Du renvoi de Gaëlle ?
– Non. Je parle de ce que j'ai fait hier soir…
– Comment ça ?
– Tu te souviens, je t'ai raconté tout à l'heure que je n'avais rien vu venir quand je me suis fait enlever tellement j'étais grisé ?
– Oui…
– Et bien, ce qui m'avait grisé, c'est qu'en fait j'avais passé la soirée avec Marc à le tanner pour être sûr d'avoir le poste. J'ai un peu fait mon coup en douce, tu vois…
– Un peu fait ton coup en douce… Espèce de salop va !
– Je suis désolé Gwen, je te l'ai dis, maintenant que je te connais si c'était à refaire je ne le referais pas…
– Mais vas te faire foutre, je ne te demande rien. Et lâche-moi bordel ! Retire ton bras de mes épaules et retourne à ta place espèce d'enfoiré !

Michael savait qu'il ne devait pas insister. Il avait été honnête, il aurait très bien pu lui cacher la vérité. Il s'écarta de Gwen et en profita pour parcourir la pièce en essayant de trouver un endroit où il puisse toucher le plafond. Il n'en trouva aucun. Le plafond était inaccessible.

1 HEURE…


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MessageSujet: Re: Zeno   Zeno EmptyVen 3 Aoû 2007 - 19:31

Dans le noir [9/11]


– Bon, le plafond est inaccessible, il fallait s'en douter…

Sanglots…

– Allé, viens là Gwen…
– Toi, tu restes où tu es !
– Alors, c'est comme ça… C'est vrai que c'est plus simple après tout ! Le salop reste un salop, il n'y a rien de perturbant comme ça, et on peut tranquillement attendre de mourir…
– Qu'est-ce que tu veux dire ?
– Tu veux vraiment passer l'heure qu'il te reste à vivre toute seule dans ton coin ?
– Tu sais ce qu'on dit, il vaut mieux être seul que mal accompagné.
– Très drôle, c'est toi qui fais de l'humour maintenant. On a peut-être plus en commun que tu ne veux bien le croire après tout…
– Ça, ça m'étonnerai !
– Oh et puis merde, je lâche tout moi aussi, après tout dans une heure on est morts alors…
– Comment ça tu lâches tout, tu as déjà suffisamment lâché en m'avouant quelle saloperie tu m'as faite hier soir, tu ne crois pas…
– Et bien non justement. Sais-tu pourquoi j'ai fait virer ta sœur ?
– Laisse-moi deviner… Parce que tu voulais m'emmerder ? Parce que tu es un enfoiré de première ? Non, mais ça mène à quoi tout ça, je ne peux pas plus te haïr, tu sais ?
– Tu ne vois que ce que tu veux bien voir, et tu le sais très bien Gwen. Maintenant que tu me connais mieux, arrête de te voiler la face. Tu as deviné tout à l'heure qu'il y avait forcément autre chose. Alors ne fais pas semblant…
– Et bien vas-y, montre-moi que tu es un mec bien maintenant. Mais à mon avis il y a du boulot !
– Écoute-moi un peu. Si j'ai viré ta sœur, c'était pour la sauver !
– Bien sûr ! Et qui va croire ça ? Et la sauver de quoi d'abord ?
– Écoute, l'autre soir on était tous les trois chez Marc…
– Tous les trois ?
– Oui, Gaëlle, Quentin et moi. On avait été invités par Marc après une réunion, comme il le fait souvent quand on fout tous notre soirée en l'air à cause d'une réunion qui s'éternise. C'est sa façon à lui de se faire pardonner. Sauf que là, ça a dégénéré.
– Comment ça ?
– Et bien on était tous bourrés, on déconnait et on s'était chauffés en parlant cul tu vois…
– Hum…
– Et qu'est-ce qu'il s'est passé ?
– Et bien on a dus rapidement improviser un plan avec Quentin pour sortir ta sœur de là, parce que Marc commençait à la violer sous nos yeux alors…
– À la violer ! Attends, tu racontes n'importe quoi là ?
– Pas du tout. Ne me demande pas comment on a fait notre coup, je serai incapable de te le raconter. Mais au final on est restés avec Marc, Quentin et moi, et Gwen est rentrée chez elle en taxi.
– Elle ne m'a jamais parlé de ça…
– Tu avoueras que ça peut se comprendre, non ? Elle nous avait fait promettre de ne rien dire, et j'ai tenu parole jusqu'à maintenant… Si je pensais qu'on avait la moindre chance de s'en sortir, je ne t'aurais rien dit.
– Admettons ! Ça ne m'explique pas pourquoi tu l'as virée. Elle ne t'a pas remercié comme tu le pensais, c'est ça ?
– Arrête tes conneries Gwen. Non, le truc c'est que Marc nous a avoué qu'en fait, il avait monté tout ça juste pour pouvoir coincer Gaëlle et qu'il n'avait pas l'intention de lâcher l'affaire.
– Mais vous auriez pu trouver un autre…
– On a tout essayé Gwen. On ne pouvait rien faire contre Marc et on ne pouvait pas éternellement l'éloigner de Gaëlle. Alors les semaines qui ont suivies, pendant que Quentin protégeait Gaëlle, moi je lui ai cherché un autre job et quand tout a été prêt je l'ai virée.
– Arrête un peu Michael, elle se l'est trouvée toute seule son nouveau job. Et elle a une bien meilleure place là-bas d'ailleurs. Et figure-toi que Monsieur…
– Oui, je sais, Jacques Saintonge me devait une faveur… J'ai toujours bien aimé ta sœur tu sais, elle a toujours semblé voir à travers mes masques et savoir exactement qui j'étais réellement…

Silence…

– Bon sang, mais c'est de toi qu'il voulait parler.
– Qui ? De quoi tu parles ?
– De Quentin. Hier matin, après notre réunion chez Marc, il m'a lu un fait divers et on en est venus à parler des personnes désintéressées. Je lui ai dit que j'aimerais bien rencontrer quelqu'un comme ça. Maintenant que j'y repense, il a eu un sourire bizarre l'espace d'un instant quand je lui ai dit ça. Et il m'a répondu que je connaissais déjà une personne comme ça. Je croyais qu'il parlait de lui, alors je l'ai rembarré en plaisantant sur le fait qu'il était déjà marié. Mais c'est de toi qu'il voulait parler en vrai.
– C'est trop d'honneur de la part de Quentin. Je ne sais pas si c'était totalement désintéressé, c'est juste que je voulais faire quelque chose pour sortir Gaëlle de là et qu'il m'était facile d'avoir le rôle du salop qui la licenciait, puisque j'étais déjà l'officiel tenant du titre.

Gwendoline devait s'être rapprochée durant leur discussion, car Michael eu à peine le temps de finir sa phrase qu'elle se jeta dans ses bras pour l'embrasser. Ils oublièrent le lieu dans lequel ils étaient, ils oublièrent l'épée de Damoclès qui martelait les heures et pendant un moment ils eurent l'impression que dans la passion qui s'était emparée d'eux le temps s'était mis sur pause. Mais pas le compte à rebours…

1 MINUTE…

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MessageSujet: Re: Zeno   Zeno EmptyVen 3 Aoû 2007 - 19:32

Dans le noir [10/11]


– Non ! Ce n'est pas possible, ça ne peut pas finir comme ça…
– C'est le pire des scénarios qu'on n'ait jamais écrit Gwen : ils se connurent, passèrent des années sur le même lieu de travail à s'engueuler, furent enfermés dans le noir pendant une journée, s'aimèrent une minute et moururent sans jamais avoir fait l'amour. On peut dire que Roméo et Juliette se sont pleinement épanouis dans leur amour à côté de nous !
– Encore ton fameux humour qui ressurgit Michael.
– Oui, jusqu'au dernier moment il m'aura abrité tu vois.
– Serre-moi fort, Michael.
– Ne t'inquiètes pas Gwen, je ne te ferai pas l'affront de te faire l'amour en une minute.
– Serre-moi fort, ferme-là et embrasse-moi, tu veux…

Le bruit fut assourdissant, mais ce ne fut pas le pire. Le pire fut la vague de lumière qui se jeta sur eux. Au plafond, une sorte de trappe s'était ouverte en claquant au moment où le compte à rebours qui décomptait les secondes s'était arrêté. Une échelle de corde, attachée à la trappe, pendait maintenant à l'intérieur de l'endroit dans lequel ils avaient passé une vingtaine d'heure prisonnier. La sortie leur ouvrait les bras. Sans un mot, comme dans un rêve, ils se dirigèrent vers l'échelle de corde.
Pendant que Gwen montait à l'échelle, un papier tomba de sa poche. Michael le ramassa. Il sourit, puis sorti à son tour.
– Que veut dire ce sourire Michael.
– Tiens, regarde.
– Mais, c'est une carte de visite de la boite.
– Regarde le nom.
– « Mr Q. Pidon». Quentin !
– Tu lui avais bien dis que tu voulais me rencontrer, d'après ce que tu m'as raconté, quand il te parlait du fait divers…
– Oui, mais enfin… pas comme ça…
– Peut-être qu'il a jugé qu'il n'y avait pas d'autres moyens pour qu'on se rencontre réellement, pour qu'on se voie enfin sans nos masques…
– Oui, peut-être. On verra ça plus tard. Tu te rappelles ce que tu disais juste avant que la trappe s'ouvre ?
– À propos de ta sœur ?
– Non après, à propos de Roméo et Juliette… Alors, on va chez toi ou chez moi ?
– Comme tu es… Tu ne veux pas qu'on se remette tranquillement de nos émotions devant un petit verre avant…
– Tu sais Michael, j'ai vraiment cru qu'on allait y passer là-dedans tout à l'heure. J'ai repensé à tous ses moments dans ma vie où j'avais mis des conditions à mon bonheur. Je me disais, la carrière d'abord, je n'en serais que plus heureuse plus tard. Et j'ai réussi à monter les échelons de cette façon. Mais je ne profitais jamais de mes succès, car à chaque fois, je me disais qu'il y avait encore un échelon à franchir et que j'en profiterai encore plus après. Après, après, toujours après, et seulement si ça et si ça… Maintenant il n'y a plus d'après, et il n'y a plus de si, Michael. Je ne veux pas boire un verre. J'ai envie de faire l'amour, et tout de suite.
– Quoi, Tout de suite ?
– Oui, bon, après être rentré à mon appartement et avoir pris une douche...
– Alors tu vois, encore un après…
– Oui mais on en profitera plus, ça sera forcément meilleur.
– Qui te le dis ?

Silence…

– Je déconnais Gwen, moi aussi j'aimerai vraiment prendre une bonne douche pour qu'on fasse les choses bien.

***


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MessageSujet: Re: Zeno   Zeno EmptyVen 3 Aoû 2007 - 19:32

Dans le noir [11/11]

– Puisque tu as l'air de tout savoir, tu sais que tout c'est bien passé. Ils se sont trouvés et ils sont heureux ensemble maintenant. Pourquoi tu me parles de torture, Psyché.
– Je suis désolée, mais enfermer des gens dans une cave de quatre mètres sur quatre pendant une journée, en leur laissant croire qu'ils vont mourir, j'appelle ça de la torture moi.
– Mais ils étaient fait l'un pour l'autre et c'était le seul moyen pour qu'ils se trouvent. Depuis les quelques milliers d’années que je suis Cupidon, tu pourrais avoir confiance en mon jugement non ?
– Oui Cupidon, excuse-moi, c'est juste que je n'ai pas aimé assister à ça.
– Je ne t'avais pas demandé d'y assister, Psyché.
– Tu les inviteras un de ces soirs à manger, Quentin ?
– Je leur ai laissé ma carte de visite. Dès qu'ils me contactent je les invite à manger, Promis.


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MessageSujet: Re: Zeno   Zeno EmptyVen 3 Aoû 2007 - 19:35

Pour retrouver ce qui est à l'origine de l'écriture de cette nouvelle vous pouvez lire ce fil :
http://liensutiles.forumactif.com/Litterature-c12/Ecriture-c3/Ecrire-un-roman-f106/Formation-t11513-0.htm

Si cette nouvelle a été placée ici en plus, c'est pour accueillir vos réactions, alors ne vous en privez pas Wink
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