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 Roman : En quête de correspondances

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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Roman : En quête de correspondances   Sam 8 Sep 2007 - 18:49

Préambule

La rentrée littéraire est au rendez-vous. Sur Lu, s’entend. Durant cet été pluvieux, de nombreuses plumes s’allèrent désaltérer alentour de leurs encriers comme autant de fauves qui, le soir venu, rôdent près des points d’eau. Et, avec septembre, la saison des vendanges nous est enfin venue : les diamants pullulent désormais devant nos yeux ébahis que se soit en prose ou en vers pour le bonheur de tous. Du côté des recueils, nos yeux ne savent plus où mettre les pieds, les nouvelles et les feuilletons se croisent et se multiplient à loisir, les photographes photographient, on nous annonce des sorties de bouquins véritablement édités. Sommes-nous déjà si loin des pommes et autres coupelles d’une ancienne saison.
Mais qui sont donc tous ces auteurs du forum masqués tels des Zorros sous leurs avatars et qui drapent leur modestie non sous une cape mais sous d’incompréhensibles pseudonymes ? Vous croyez les connaître en discutant avec eux : ils sont autres. Personnellement, comme beaucoup, j’ai cru rencontrer l’un d’eux. Il m’avait fait l’honneur de m’expédier par la poste, son bien le précieux : son œuvre littéraire. Honnêtement, j’eus grand plaisir à le lire et lui fit savoir par M.P. que seul, lui était capable d’un tel écrit. Il me répondit : Merci beaucoup lecteur, mais je ne suis pas celle que vous croyez. ! Pourtant les liens utiles sont des liens fiables : on ne peut se tromper d’adresse. Alors quel rapport entre un auteur et son œuvre. Votre cher Vic a voulu mener son enquête. Il ne tient qu’à vous de le suivre dans son feuilleton pour cette rentrée. Donc spéciale dédicace à Romane qui m’a enlevé des tonnes de fautes et en avant-première dans les bacs de Lu, le forum des liens vraiment utiles, l’enquête policière qui vous fera frémir le soir à la veillée : En quête de correspondances. Cœurs sensibles, accrochez-vous.




Enquête de correspondances.







Dream city, le 15 Juin 2007



Chères et tendres amies,
Si vous ne lisez qu’aujourd’hui ce courrier, ne croyez surtout pas que je vous ai oubliées. Comment aurais-je pu vous oublier d’ailleurs, vous dont le doux souvenir m’a escorté durant tout mon voyage et me gouverne encore maintenant que je suis si loin de vous ?

Il fallait que je parte. Sans pouvoir vous le dire. Que j’explore des terres inconnues sans souci de retour. Mais dorénavant, je ne peux taire davantage les regrets de vous avoir si injustement quittées. Oh ! Je n’attends de vous aucun pardon, je ne formule ici aucune excuse. Les choses se sont passées ainsi, c’est tout et nous serions bien en peine à ce jour, vous et moi, de les vouloir réparer. Il fallait que je parte. Cela ne dépendait pas de nous mais du démon du voyage qui était venu me chercher, qui encore me hante, et sans doute qui m’habitera toujours. Il me força à quitter votre réalité, la réalité de votre présence. Il m’obligea à lever les tendres amarres qui m’arrimaient à vous. Et, seule, dans le monde d’illusions où je fus entraîné et depuis lequel je vous écris, la vaine clairvoyance qu’offre la nostalgie me lia toujours, tel un fil d’Ariane, à vos visages aimés. Maintenant, ce message depuis longtemps jeté à la mer vous étant enfin parvenu, souhaite vous dire que votre cœur renferme toujours celui d’un naufragé.
Les cœurs ne se bercent pas d’illusions. Ils sont bien moins futiles que nos esprits qui divaguent sans cesse par delà le trop sérieux de leurs raisonnements. Les cœurs battent inlassablement le rythme de nos vies aussi sûrement que la vague a frappé mon étrave. Ils estampent sans relâche nos chairs de leurs pulsations. Pour autant, ils gardent toujours les pieds sur terre et habitent nos carcasses aussi pleinement que l’imposante comtoise emplissait de son tic-tac le creux de notre maison. Eux, comme elle, ne font pas de savants calculs. Ils savent que notre temps passe. Précautionneux métronomes, ils l’égrènent, y conçoivent nos mouvements à partir de nos aspirations, animent encore nos corps quand ceux-ci s’essoufflent derrière toutes ces chimères issues de tant d’élucubrations. D’ailleurs comment les cœurs pourraient-ils faire bon ménage avec l’esprit vagabond ? Avec celui qui me poussa vers ces lointains paysages. Il faut croire à présent qu’il n’avait guère de cervelle, ce vent, pour me désorienter ainsi, si loin de vous.

Mon cœur est désormais une barque qui saigne d’avoir cru que le bonheur se logeait derrière l’horizon. Or, derrière l’horizon, c’est une lune où ne m’attendent que les ténèbres. Vos yeux étaient mon seul soleil mais mon orgueil fut plus fort que la simplicité de votre amour. Je les ai désertés. Il fallait que je parte. Adieu donc et non au revoir maintenant que par ce pli je les ai retrouvés.

Cet étranger qui vous aimera toujours.
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Dim 9 Sep 2007 - 10:13

Anna replia et replaça cette lettre anonyme dans son enveloppe. Un seul timbre l’oblitérait, portant pour toute mention l’effigie d’un oiseau du paradis ; aucun cachet pour officialiser une provenance quelconque. Tous les indices marquant son origine ne pouvaient donc se trouver qu’à l’intérieur même du message. L’auteur de ce courrier qui se présentait à elle comme un ancien proche voulait paradoxalement garder l’anonymat ! Cette impolitesse irrita la jeune femme qui hésita donc un instant. Ne devait-elle pas tout bonnement oublier cet inconnu qui prétendait exister dans ses souvenirs mais n’avait pas eu pour autant le courage de se présenter en signant cette tardive et énigmatique déclaration ? Elle avait pour habitude de jeter à la poubelle dès leur réception tous ces envois inutiles qu’elle recevait chaque jour : publicités en tous genres, lettres de relance de gens à qui elle avait plus ou moins promis un article, invitations à toutes sortes de réunions, de festivités et autres vernissages qu’un agent scrupuleux lui conseillait sans cesse mais en vain de fréquenter. Pourtant, elle ne ferait pas comme à son habitude. Elle ne se débarrasserait pas si abruptement de ce courrier. Si ce fil tendu vers elle par un mystérieux Thésée du fond de son lointain labyrinthe avait un sens, c’était tout d’abord celui de permettre à son auteur de s’en sortir. Pas à elle d’y entrer. Cette lettre resterait donc là où elle venait de la poser. Sur une des nombreuses piles de bouquins qui envahissaient son bureau. Elle ne voulait plus s’en occuper. Pourquoi se prendre la tête pour quelqu’un qui ne montre pas la sienne ? Mais que faire également de son indéfectible manie consistant à ressasser tous les problèmes se présentant à elle ? Comment ne plus penser à ce qu’elle venait de lire ?

Alors, elle imagina un destin de marque-page à cet écrit qui lui avait fait l’affront ce matin-là de la surprendre au pied du lit comme pour mieux l’intriguer. Elle inséra dans le dernier ouvrage qu’elle avait choisi de lire, cette enveloppe importune dont elle allait oublier le texte grâce à la lecture d’auteurs ayant, eux, la courtoisie de signer leurs œuvres. Cette impertinente correspondance resterait bien présente sous son regard non par ses mots qui cherchaient à la troubler mais uniquement par le timbre-oiseau qui seul trouva grâce à ses yeux. L’oiseau portait le message et de cela, elle ne pouvait lui en vouloir. Satisfaite d’avoir si habilement solutionné ce nouveau et futile problème, elle se leva de son fauteuil pour aller s’habiller.



Le vieux cuir garda un instant son empreinte. Egalement, un peu de son parfum. Il savait que cela ne durerait pas. Que sa forme et son odeur allaient bientôt se volatiliser. Avec l’âge, ce vieux serviteur se trouvait des problèmes de mémoire. Lui qui avait modestement participé à l’élaboration de toutes ses œuvres, qui en connaissait, à sa manière, autant que la prétentieuse bibliothèque, qui avait supporté et soutenu ses angoisses devant la page blanche, ne pouvait plus souffrir les départs réitérés et enjoués de sa maîtresse-écrivain. Bien sûr, elle reviendrait avec le soir, le taquinerait en l’appelant « mon cher Voltaire » pour mieux se moquer gentiment de sa forme bâtarde. Il savait qu’il n’avait aucun style et pourtant, à ce qu’elle disait, c’était ce qui lui avait plu lorsqu’elle l’avait déniché dans l’entrepôt venté de cet infâme brocanteur. Du style ! Comme si toutes ces vieilleries pouvaient en avoir ! Et pourtant, il suffisait d’entendre le vieux grigou sous sa charpente glaciale vendre si bien ses sœurs comme des bergères et ses cousins comme des richelieus.
-Regardez Mesdames, Messieurs, tout est marqué sur l’étiquette !


Et les gens s’extasiaient plus sur ce qui était écrit que sur la beauté des vieux meubles. Alors, les clients achetaient au prix fort ce qu’on leur désignait comme « authentique ». De cela, Anna n’avait pas été dupe. Le commerçant avait maugréé mais il avait baissé son prix. Cela flatta le vieux fauteuil d’avoir été regardé pour lui-même. Du style, non, bien sûr, lui n’en avait pas, mais tout de suite il était tombé amoureux de celui de sa maîtresse qui peu à peu, en sa compagnie, s’était fait reconnaître par un public de plus en plus nombreux et surtout par les gens de l’édition. Alors, avec le lit « style rococo », il partageait maintenant depuis plus de quinze ans, le privilège de servir le corps de cet auteur au talent prometteur. Et croyez-moi, ce privilège, même lorsqu’on est de bois, on ne désire nullement le céder à quelqu’un d’autre. D’Anna, il connaissait les formes généreuses, mais ne craignait pas qu’elle fut dépensière. Le luxe ne l’intéressait pas. C’était tant mieux. C’était rassurant pour lui qui ne voyait que par ses pénates. Elle ne pensait jamais comme d’autres femmes à « refaire son intérieur ». A se séparer de lui pour un autre. Son intérieur, c’était ses bouquins.

Ainsi, à longueur de romans, remaniait–t-elle la complexité toute féminine de ses idées pendant que lui, discret, la tenant sur son coussin et dans ses bras au plus fort de ses créations littéraires, pensait réellement être celui qui partageait le mieux son intimité.


Dernière édition par le Lun 10 Sep 2007 - 9:21, édité 1 fois
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monilet
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Dim 9 Sep 2007 - 11:05

Ca démarre fort. A quand la suite ? Y a-t-il un lieu spécial pout les commentaires ?
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Dim 9 Sep 2007 - 11:18

C'est le premier texte que je lis de toi et j'ai beaucoup apprécié. Une légère accroche pour le style qui rappelle les années 1900 sans en avoir confirmation.
L'idée de faire parler ce vieux fauteuil est succulente!

Bien à toi.
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Dim 9 Sep 2007 - 12:13

monilet a écrit:
Ca démarre fort. A quand la suite ? Y a-t-il un lieu spécial pout les commentaires ?

C'est un feuilleton comme à la télé. Vous vous taisez pendant que se déroule l'épisode mais une fois votre lecture faite, vous faites comme chez vous, vous pouvez causer pendant les pubs, féliciter l'auteur où aller faire pipi.
C'est un feuilleton à la bonne franquette, même si dans l'épisode de demain... Mais, je ne vous en dis pas plus.
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Vilain
Nain de Jourdain
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Dim 9 Sep 2007 - 12:17

chinois
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Romane
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Dim 9 Sep 2007 - 15:35

Je sors des fauteuils supplémentaires pour suivre plus confortablement.
Si je peux me permettre, Vic, aère ton texte car à l'écran c'est toujours plus difficile que sur papier. N'hésite pas à sauter des lignes entre les paragraphes, aussi.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Lun 10 Sep 2007 - 9:16

-Objets inanimés, avez-vous donc une âme,
Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer…


-Qu’est ce que tu nous chantes, l’artiste, tu vises la Star Academy ?


Les gars du labo étaient fortiches pour faire parler n’importe quel objet, fut-ce un vieux fauteuil, mais étant scientifiques jusqu’au bout de leurs scalpels, ils ne possédaient pas une once de poésie. L’inspecteur Harvey appuya son postérieur sur le marbre froid qui devait servir à poser les ustensiles lors des rares occasions où le légiste venait faire là ses autopsies.
-C’est du Lamartine mes chéris. Mais je suppose qu’à des gars comme vous, le romantisme, ça ne dit rien.


Je vous le dis tout de suite pour qu’après vous ne soyez pas surpris, Harvey n’était pas son vrai nom. Mais, ça faisait roman policier américain. En fait, il travaillait comme moi depuis vingt ans au même commissariat de Périgueux ; Vingt ans, c’est long dans la vie d’un flic surtout dans une ville de province où il ne se passe jamais rien. Alors, durant les interminables planques devant la banque de France où derrière l’hôtel de passe dit « des Voyageurs »situé en face de la gare, mon collègue s’était pris de passion pour la littérature. Il bouquinait sans cesse. En fait, il s’appelait Dubuisson, mais d’après lui, ça ne le fait pas quand on désire, un temps soit peu, rouler les mécaniques. Je crois que cette bizarrerie, (la lecture) lui était venue de l’époque où il draguait la vendeuse du point presse. De l’époque où nous devions surveiller les arrivées et départs de sympathisants à la cause basque venus se mettre au vert dans notre arrière pays. Moi, depuis ce commerce, idéal poste d’observation couvrant tout le grand hall, je relisais alors consciencieusement à longueur de planques les avis d’obsèques et les exploits du CAP relatés dans le Sud-Ouest tandis que lui se servait des bouquins de poche pour mieux mater de notre hôtesse le décolleté incitant à toute sorte de lecture.
-Lavigne, tu fais plouc avec ton canard!


Lavigne, même si ça prête à toutes les blagues graveleuses dans notre métier, c’est mon véritable patronyme et il ne me serait pas venu à l’idée d’en changer. Les autres collègues m’appelaient « affectueusement » Sakavin et seul Dubuisson respectait mon identité. Moi, je respectais son jeu consistant à se faire passer pour qui il n’était pas. Son truc s’était de plaire aux dames. Coûte que coûte. Cela lui valait très cher. Je veux dire en costumes car il fallait toujours qu’il soit bien habillé. Parfois, timidement, je lui faisais valoir que ces tenues étaient quelque peu trop voyantes pour notre fonction.
Ce à quoi, il rétorquait :
-Lavigne, depuis le temps que nous faisons les mêmes planques, tu ne crois pas que tout le monde sait qui nous sommes ?

Puisque, tout comme moi il était flic de notoriété publique, autant qu’il s’appelle Harvey. D’ailleurs, ce nom lui allait bien. Vu son physique. Il était grand, élancé et ici, ses yeux bleus et ses cheveux blonds lui donnaient tout à fait le type américain. Il habitait un petit appartement au dessus de la poste. Chez lui, c’était rempli de bouquins. Je ne crois pas qu’il les lisait tous. C’était plus un décor pour épater toutes ces filles qu’il faisait monter dès que cessait le service et que je retournais à Sarlat chez Maman. Aussi, quand le commissaire nous appela dans son bureau pour nous confier l’enquête, la première chose qu’Harvey affirma :
-Patron, vous n’allez pas être déçu ! Lavigne et moi, tout le monde va découvrir qui nous sommes vraiment !
Ce à quoi le patron répliqua :
-Qui vous êtes, je m’en fous ! Je ne vous connais que trop mais je n’ai que vous sous la main. Ce qui intéresse le procureur, voyez-vous Monsieur Dubuisson, est pourquoi cette femme a disparu depuis quinze jours et s’il n’y a pas un enfant de salaud qui par hasard l’aurait trucidée. Je ne vous demande pas de faire du zèle. Mais comme cette dame a le chic pour plaire aux notables, il faut bien que nous fassions semblant de travailler.
Mais, voyez comment vont les choses. J’ai découvert tout à coup que mon collègue avec qui je bullais tranquillement depuis le début de notre carrière gardait secrètement l’âme d’un flic.

-Tu comprends Lavigne, voilà notre chance. Celle de nous mettre en valeur. Voilà enfin du mystère, du vrai. Une véritable enquête: un vrai boulot. Nous mettrons le temps que ça prendra. Les moyens qu’il faut mais nous allons élucider tout cela, toi et moi. Ils vont entendre parler de nous.
-Tu sais qu’il faut que je rentre chez ma mère vendredi avant seize heures pour ne pas qu’elle s’inquiète. Et le commissaire a bien dit : pas de z…

-Fous-moi la paix avec tout cela ! C’est enfin l’occasion ! Nous n’avons pas le droit de ne pas la saisir !
-L’occasion de quoi ?
-De nous faire un nom !


Décidément, c’était une manie !


Dernière édition par le Mar 11 Sep 2007 - 18:00, édité 1 fois
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reGinelle

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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Lun 10 Sep 2007 - 13:33

Chuuttt AngeR
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Mar 11 Sep 2007 - 9:38

Comme d’habitude, la plainte avait été déposée durant le week-end. C’est pratique! Un week-end radieux. Maman nous avait préparé un civet de lièvre. Avec des pruneaux. L’après-midi, pour mieux digérer, nous nous étions rendus à la plage de Limeuil avec son nouveau compagnon. Un Monsieur qui soi-disant avait fait fortune dans la fraise. A ce qu’il disait. Il ne m’était pas sympathique. Par conscience professionnelle, je promis à Maman d’enquêter.

« Fais comme tu veux mon grand ! » m’avait-elle susurré à l’oreille, heureuse de me savoir jaloux. Moi, ce n’était de la jalousie mais vraiment de l’inquiétude de la voir tromper ainsi sa solitude avec tous ces hommes de passage. Bien sûr, pour elle, tromper la solitude ne voulait pas dire tromper Papa. Ce lundi matin, il pleuvait sur Périgueux. Un crachin qui rendait grise cette ville comme un début de semaine. Pour notre département, passer la Vézère, c’est comme passer la Loire ! C’est notre barrière météorologique. Autant, il fait beau dans la vallée de la Dordogne qui est notre Midi, autant j’y suis toujours en vacances dès que je rentre à la maison, autant le ciel et mon moral sont souvent bas dans les hauts bocages du Périgord vert. Harvey, y était rayonnant. Nous commencions l’enquête. Du commissariat, il avait fallut filer dare-dare vers le dépôt qui jouxtait le canal. Nos collègues y avaient disposé pêle-mêle les « pièces à convictions ». Nous irions découvrir plus tard la scène du crime. Si crime, il y avait. Disons plutôt le lieu de la disparition. Après un temps à supputer sur le bric à brac de leur puzzle, nous sortîmes du labo et remontâmes à pied vers le centre-ville en empruntant les vieilles rues piétonnes. La bruine en rendait les pavés luisants. A peine si nous croisions quelques promeneurs ; nous étions fin septembre et, ici, la saison touristique était déjà terminée.

-Sale temps ! dis-je afin de permettre à mon coéquipier de penser tout haut. Mais, « sa Hauteur » ne m’entendit pas. Tout comme son cerveau gambergeait à la résolution de cette inespérée énigme, lui marchait à grandes enjambées et je peinais à le suivre. (Je dois vous confesser ici non seulement la petitesse de mes jambes mais aussi mon début d’embonpoint). J’eus beaucoup de mal à retrouver mon souffle durant notre ascension vers la place de la Clautre. Cette place généralement animée le mercredi, jour de marché était déserte. Nulle vie sinon toutes ces voitures qui, parasites modernes de nos villes, l’utilisaient ce lundi comme un simple parking. Me revinrent alors à l’esprit, les couleurs des parasols forains, les teintes criardes des fruits et légumes de saison, la blancheur immaculée du stand de la fromagère, les senteurs des fleurs fraîchement coupées mêlées au fumet des poulets rôtis. Ce kaléidoscope de sensations n’eut guère le temps de me reposer, il fallut repartir en sueur et au petit trot par la rue Limogeanne sans prendre la peine de retrouver mon souffle. Encore moins ma rêverie. Seules âmes qui vivent, les bouchers de la halle du Coderc débitant leurs carcasses et leurs grivoiseries nous saluèrent tout étonnés de notre précipitation que ne pouvait expliquer seulement la météorologie. Moi, j’aime les halles pour la sérénité qu’on y trouve. C’est une architecture faite de hauts piliers qui soutiennent une antique charpente. Une sorte d’église où les chapelles et les absides seraient autant d’étals. Sur le marbre de ces autels païens, les viandes ont quelque chose de reposant. Les monceaux de saucisses, les amas de côtes, tous ces morceaux de barbaque qui stagnent sous les vitrines simplement séparés les uns des autres par un saupoudrage de persil me rassurent. Plus rien ne bouge. Il y a là quelque chose de sacré. On prend sa place dans la file. Face à une tête de veau, on réfléchit à ce qui pourrait nous faire plaisir pour le déjeuner. Déjà on le savoure. Je veux dire : comme il suffit d’une messe par dimanche, ici, on peut encore prendre son temps.

Je réussis à rattraper Harvey alors qu’il traversait les boulevards. A ma grande surprise, il ne prit pas à gauche vers le commissariat mais à droite et, pour mon plus grand bonheur, au bout d’une centaine de mètres qui me parurent interminables, il poussa la porte du Café de Paris.
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monilet
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Mar 11 Sep 2007 - 10:27

Un (ou des) pochtron(s) ??? Dans ce valeureux corps de métier ?
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zoé sporadic
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Mar 11 Sep 2007 - 11:58

Bon appétit !
Juste une petite remarque, vers le milieu du second paragraphe, pourquoi trois fois "autant" ? C'est une comparaison entre deux versants... d'une rivière si je ne m'abuse... Le second "autant" me semble superflu et nuit un peu à l'opposition, il dilue l'effet... la virgule suffit à articuler, voire un "et"...
Mais bon, faut soumettre aux spécialistes...
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Vilain
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Mar 11 Sep 2007 - 12:32

ah..enfin un bistrot..;ça manquait..mais le reste est très bien....
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Romane
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Mar 11 Sep 2007 - 13:03

zoé sporadic a écrit:
Bon appétit !
Juste une petite remarque, vers le milieu du second paragraphe, pourquoi trois fois "autant" ? C'est une comparaison entre deux versants... d'une rivière si je ne m'abuse... Le second "autant" me semble superflu et nuit un peu à l'opposition, il dilue l'effet... la virgule suffit à articuler, voire un "et"...
Mais bon, faut soumettre aux spécialistes...

C'est une expression et dans son emploi, un seul autant ne se tient pas, il en faut au moins deux. Trois ne sont pas gênants.
Ils ne m'ont pas dérangée, car par chez moi, on l'emploie souvent.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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zoé sporadic
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Mar 11 Sep 2007 - 13:38

Bon, dans ce cas, mets-en autant que tu veux ! AngeR
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Romane
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Mar 11 Sep 2007 - 13:56

En pondre un chapelet serait lourd, tout de même. scratch

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Mar 11 Sep 2007 - 14:06

Sûr, perso, j'aime autant pas...
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Romane
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Mar 11 Sep 2007 - 14:16

Allez zou, on laisse Vic avec nos deux points de vue. Il s'en dépatouillera bien, oui. Wink

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Mar 11 Sep 2007 - 19:06

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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Mar 11 Sep 2007 - 19:44

Pour des voiles bien fardées AngeR
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Mer 12 Sep 2007 - 8:42

Flics des petites villes, si une chose nous différencie de nos collègues des grandes agglomérations où de la capitale, c’est bien notre méthode en ce qui concerne la collecte d’informations. D’eux, on pourrait dire s’ils n’étaient citadins qu’ils sont toujours par monts et par vaux. En filature. En enquête, à la recherche d’indics susceptibles d’infiltrer des réseaux. Il leur faut vérifier tous les indices. Remonter toutes les pistes. Je pense qu’ils ont un métier fatigant. Ils se doivent sans cesse de courir après leurs criminels et leurs délinquants. Du moins après leurs traces. Au mieux leurs ombres. Je me doute qu’ils ont beaucoup de résultats. Plus que nous je veux dire. Les individus les voient venir. Alors comme leurs villes sont grandes, rien de plus facile que de se cacher dans l’anonymat.

Chez nous, tout le monde se connaît. Nous connaît. Depuis toujours on nous apprécie. Nos planques, on ne les fait pas incognito. Les gens viennent nous y saluer: on est des bons gars. Or, voyez le tourment de mon ami ! Malgré toute cette sympathie, Harvey souffrait de plus en plus de reconnaissance. Justement là où, professionnellement il ne nous en faudrait moins. Pour peu, il rêverait de monter à Paris. Un soir de cafard, dans ce même café, il m’a dit :
-La banalité de la vie est à faire mourir de tristesse, quand on la considère de près.

J’ai bien regardé nos verres. Eux étaient pleins. Je n’ai pas compris. C’était du Pécharmant.

Mais aujourd’hui, Harvey est rayonnant. Tout le monde l’a vu sur sa figure quand il a décrété une tournée d’apéros alors qu’il n’était pas encore onze heures. Du coup, Bernard, notre journaliste local s’est approché. (Bernard se trouve toujours au café de Paris. C’est son Q.G.) Il a siroté très poliment sa Suze. M’a cligné de l’œil dans le dos de mon binôme comme pour me remercier également. Il me connaît bien. Pour sûr, ni lui ni moi n’irions raconter que cette tournée générale de plus de quinze consommations serait épongée par une note de frais. Harvey n’a pas eu besoin de plus de deux noyaux d’olives pour ponctuer ses phrases en lui crachant le morceau : nous serions sur une affaire politique. Mademoiselle Rostand ayant disparu.
-Anna Rostand, ma collègue ?
-Ta collègue, c’est un bien grand mot !
-Elle a sa carte de presse tout comme moi. Nous exerçons la même et noble profession de journaliste.
-Oui, si tu veux, disons cela…A la différence près qu’elle, elle écrit.



Sortir les gardons qui pullulent dans l’Isle est un autre métier que de pêcher les truites du Céou. Ces derniers sont gros et gras du fait des nombreuses bouches d’égouts qui alimentent cette rivière. Cela ne sert donc à rien de trop vouloir appâter. Il faut juste repérer leurs bancs dans les eaux troubles. Une tournée, c’est tout. Le poisson vient de suite sur votre hameçon. Ensuite, savoir ferrer. Harvey connaissait son monde et le lendemain, l’article nécessaire à notre enquête paraissait. Politique. Ici, c’est le grand mot. Surtout depuis que le maire vient de rejoindre le gouvernement. Les esprits s’échauffent car l’échiquier se replace. Il ne s’agit plus d’être dans la majorité ou dans l’opposition. Il faut faire partie de la cour. Avoir des accointances. Pour ne pas disparaître. Et croyez-moi, cela est très compliqué.
-Quel rapport avec votre enquête ? Avait vociféré le patron.

De rapport au bout d’un jour d’enquête, c’était beaucoup nous demander. Bien sûr, il n’y en avait pas. Du moins pas encore. C’est une pelote qui se déferait d’elle-même. Il suffisait d’attendre. En fait, c’était ça notre véritable métier. Pour glaner de l’information sans nous baisser, nous semions ce que tout le monde voulait entendre. Il n’existait cet été à Périgueux que deux informations. Un : le maire était ministre, deux : notre auteur le plus doué avait disparu. Il faut toujours recouper le dernier événement avec le contexte ambiant. Je tenais cela de l’oncle André, celui qui possède encore une palombière sur la colline d’Escoire. Le plus difficile dans tout, m’avait-il appris quand je n’avais pas encore quinze ans, est de faire se poser la colombe. Tonton a toujours possédé de beaux ramiers. Des bêtes à concours et qui se vendent très cher. Des bêtes au plumage soyeux et qui roucoulent au moindre vol. Elles séduisent les oiseaux de passage aussi bien que nos accoutumées le font des V.R.P. à l’hôtel des voyageurs. Nous les surveillons également avec chacune un fil à la patte. Par ici comme ailleurs, les histoires de plume sont nécessaires. Il ne s’agit pour nous que de respecter les quotas. Les filles le savent bien. Leurs clients aussi. Nous fonctionnons, elles, eux et nous en bonne entente et les scandales atteignent que très rarement le haut de la rue Louis Blanc.

Avec les notables de la ville, les choses restent les mêmes. Ce sont généralement des personnages de haut vol qui ont des affaires à Bordeaux ou à Paris. Des affaires d’importance. Les affaires ne se passent pas ici. Mais pourtant, tout comme les vols de grues qui nous snobent en survolant, paraît-il, et l’Afrique et les Pyrénées, nos bourgeois également toujours nous reviennent et piaillent dès que change le temps.

Mademoiselle Rostand ne fréquentait pas nos basses-cours. Elle était plutôt du genre pigeonnier. Pour autant, je peux affirmer qu’elle ne nous dédaignait pas comme d’autres qui ont réussi savent le faire. Non, le mercredi, on la voit paraît-il encore au marché. La vieille Madame Peytoureau qui vend toujours ses fraises (et ses mirabelles quand vient la saison) à l’angle du Coderc, vous en dirait du bien. Et pourtant, cette paysanne ne sait pas lire. Soigner, ramasser et vendre ses fruits : voilà toute sa culture où les livres ne sont pour sa balance que des unités de poids. Une livre de fraises de Madame Peytoureau vaut d’ailleurs un livre de Mademoiselle Rostand. Chacune y a mis tout son amour. Ensuite, comme elles le savent périssable, elles le vendent. C’est un peu de la même nourriture.

C’est pour cela que les gens les apprécient.
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Jeu 13 Sep 2007 - 9:41

-La police a besoin de personnes comme vous et vous ferez parfaitement l’affaire !


Pour réceptionner tous les appels qui n’allaient pas manquer d’arriver après la publication de l’article, Harvey avait convaincu le patron de nous octroyer deux jeunes stagiaires de l’école de police. Cette école qui avait pris ses quartiers dans les casernements du cinquième Chasseur depuis que ce régiment avait été dissous, recrutait pour la plupart ses élèves dans les départements d’outre-mer. Les deux stagiaires en question étaient donc deux charmantes guadeloupéennes dont les physiques leur auraient tout aussi bien permis d’intégrer une école d’hôtesses de l’air. Mais, par chance pour nous, ce genre d’établissement n’existait pas en Périgord. Harvey fit tout pour mettre ces jeunes filles à l’aise. A l’écouter leur parler, notre commissariat avait tout d’un club de vacances dont nous aurions été les gentils animateurs. Il leur fit le tour du propriétaire en évitant soigneusement les trois cellules de dégrisement où sommeillait encore notre clientèle de poivrots vendangée par la brigade de nuit, puis revenant dans notre bureau voulut leur faire goûter la cuisine locale, à savoir le pot de rillettes de canard que Maman m’avait confectionnées pour mes sandwiches. Heureusement, ces jeunes collègues étant plus soucieuses de leur ligne que de communier avec l’autochtone et malgré les invitations pressantes d’Harvey qui avait trouvé un fond rhum dans le frigo, je pus sauver l’essentiel de ce qui faisait tout même partie de mon patrimoine.
Durant mon casse-croûte, il eut donc tout le loisir de les briefer sur le turbin en leur enseignant le maniement de notre antique téléphone tout en s’extasiant sur le charme de leur accent et la douceur de leur voix. J’eus encore le temps de déguster trois cabecous pour finir mon pain pendant qu’il comparait leurs silhouettes à celles de gazelles et qu’il regrettait de ne pas mieux connaître la peinture. Le téléphone toussota. Harvey invita celle qui devait être la plus jeune à décrocher. Elle répondit de sa voix sucrée à un grincheux asthmatique souhaitant nous mettre sur la piste de son pharmacien au prétexte que celui-ci ne fournissait son sirop que sur ordonnance. Attentionnée, elle nota scrupuleusement les récriminations, les symptômes et l’identité du plaignant, sut rester évasive quant au montant d’une éventuelle récompense que ne manqua pas de réclamer le délateur souffreteux.
Harvey félicita la jeune fille. Vraiment, grâce à cette école, la police se modernisait : nos jeunes savaient parler. L’enquête débutait sous les meilleurs auspices. Deux vieux roublards épaulés par deux beautés intelligentes : nous allions former une véritable équipe de choc. Ces demoiselles n’étaient pas habituées aux envolées lyriques de mon collègue. Elles croyaient vraiment ce qu’il disait. Lui aussi d’ailleurs. Il devint volubile. Nous étions faits pour nous rencontrer. Il et elles étaient rouges d’émotion. On me regarda pour que je souscrive à mon tour à la félicité ambiante. Félicitée était le prénom de la plus grande. Elle était moins réservée que sa benjamine. Cela me plaisait bien et pour ne pas le montrer, je baissai la tête et balayai consciencieusement les miettes de pain qui jonchaient mon bureau. J’avais ce matin-là mon vieux polo gris, celui dont le col rebique. Je me suis dit qu’elle le remarquerait, qu’elle allait le dire et m’en voulus de ne pas avoir mis ma nouvelle chemise. Celle à carreaux rouges et dont Maman me dit qu’elle me va très bien.

-Faudrait aller auditionner la plaignante ! dis-je pour m’en sortir et me donner tout de même une certaine contenance.
Félicitée sourit de me découvrir si professionnel.
-La plaignante, bien sûr ! Où avais-je la tête ? reprit Harvey qui souhaitait montrer que c’était lui qui dirigeait les opérations.
- Les filles, vous allez garder le standard pendant qu’avec Lavigne nous allons recueillir les premières données du problème. Notez tout scrupuleusement en laissant croire à chacun que ce qu’il raconte peut-être de la plus haute importance. Allons-y Bob ! Filons, il s’agit de ne pas perdre de temps. Dans une disparition, les minutes sont comptées.

La pluie ne s’était pas arrêtée. Je repensai aux champignons.

- Alors ? s’enquit Harvey.
- 35, rue de l’Abîme.
- Je te parle de la grande. Comment tu la trouves ?
- Je t’ai déjà demandé de ne pas m’appeler Bob. Je m’appelle Robert. Si cela ne te plaît pas, appelle-moi Lavigne.
- J’ai dit ça pour les filles ! Bob : ça en jette !


Il hâta le pas. Je haussai les épaules. Il ne lui suffisait pas de draguer toutes les femmes qu’il rencontrait, il fallait à tout prix que je participe. Moi, j’avais trop de respect et je ne savais pas manier la galanterie.

C’était dans le Bas Toulon. Le quartier des ateliers. Suffisamment éloigné pour que l’on puisse prendre la voiture. Mais, Harvey préférait marcher et je devais le suivre. Devant le lycée Claveille, nous dûmes nous frayer un passage parmi tous ces jeunes qui se rassemblaient désormais sur le trottoir pour fumer. Des garçons et des filles, indifféremment. Les premiers faisaient leurs caïds et elles, en riant et en se moquant d’eux ouvertement, se défendaient de les admirer. Leurs yeux pourtant savamment fardés les découvraient. Elles se poussaient du coude entre elles, personne n’étant dupe mais, avec la fin de l’été et comme les cours venaient juste de reprendre, elles s’étaient intérieurement juré de rester sérieuses. Du moins, jusqu’aux premiers résultats scolaires. Après, ce serait selon. Un garçon mima notre démarche empressée en battant les bras repliés en forme d’ailes. Il nous avait reconnus. Il avait déjà eu affaire à nous pour de petits recels et des actes de vandalisme. C’était un enfant qui aurait pu mal tourner. Maintenant, il nous bravait impunément, protégé de se sentir à nouveau lycéen. Un groupe, cela donne une contenance. Sans doute, ne souffrait-il plus de la solitude. Il eût le succès escompté vu les commentaires qui fusaient dans notre dos. Ces quolibets ne semblaient pas affecter mon collègue plus que la pluie qui lui collait son imperméable sur les os.
Il était ailleurs.
Nous descendions l’avenue Victor Hugo, mais lui était déjà en partance pour d’autres tropiques. Comme nous tous, il était rêveur. Des guadeloupéennes, il avait retenu la Guadeloupe où jamais il n’était allé et où il n’irait sans doute jamais. Mais l’espoir d’une île avait pénétré son esprit. Sans le savoir, les deux charmantes stagiaires en étaient les ambassadrices. Déjà, il était sous les cocotiers alors que nous longions le haut mur qui masque à la ville les anciens ateliers du P.O. : le Paris-Orléans. Depuis que cette compagnie ferroviaire existe, se répare ici les voitures qui composent les trains. On y retape les fauteuils, aménage de nouveaux wagons-restaurants, imagine de nouvelles couchettes pour ceux qui voyagent réellement. Ceux, différents de nous, qui à la gare achètent et compostent leurs billets.

Car, en ce qui nous concerne, Harvey et moi, depuis toujours, nous ne voyageons qu’en imagination.


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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Jeu 13 Sep 2007 - 9:47

je fais jamais ( ou presque) de commentaires élogieux, tu devrais le savoir....
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Jeu 13 Sep 2007 - 16:48

Ici, votre Tonton Vic marque une pause. Involontaire. Mon employeur m'oblige à épuiser mes congés annuels. Je sais, la vie est dure. Je pars donc en vacances à Rome, d'où, si vous êtes sages durant mon absence, je vous rapporterai un diaporama.

-Oh Oui! Tonton Vic, chouette un diaporama!

Pour que tout cela ne vous soit pas trop cruel, je vous laisse deux épisodes à lire demain et après-demain.

Surtout, je vous interdis de les lire avant. Ensuite, le suspens y devenant terrible, je vous autorise à discuter entre vous des différentes pistes possibles vers lesquelles s'oriente l'enquête. Attention, n'écrivez tout de même pas la fin de l'histoire, je reviendrai, je vous le promets même si un ami m'a parlé d'un Chianti tout à fait spécial ...


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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Jeu 13 Sep 2007 - 16:58

Mademoiselle Rostand Angélique habitait une maison à un étage, tout aussi modeste que toutes celles du quartier. Des anciennes maisons de cheminots. Dans son arrière, un petit jardin avec très certainement un puits car nous étions tout près de la source de l’Abîme : cette rivière qui ne mesure guère plus de cent mètres avant de se jeter dans l’Isle. C’est un cours d’eau qui à peine né, se déverse dans son confluent. Elle non plus ne va vraiment pas loin, et la plus grande partie de son eau sert à alimenter le réseau de la ville. Tout comme cette rivière, ici personne ne voyage. Les gens travaillent pour le confort de ceux qui circulent dans les trains. Ils ne sont pas assez riches. Ils se trouvent comme en bout de quai mais de là à dire qu’en rêves, ils ne s’embarquent pas…

Angélique était de seize ans la sœur aînée d’Anna. Une grande dame par la taille, une vieille fille par le statut. Celui-ci se comprenait aisément vu son physique austère : un grand nez mangeait toute sa figure, des pommettes saillantes, des sourcils épais. Un épais mais strict chignon traitait sévèrement une chevelure qui n’avait sans doute connu que très peu la liberté. Pourtant, selon les compliments d’usage d’Harvey qui semblait ne pas trouver désagréable ce genre d’épouvantail, elle possédait un « port altier ». Elle nous fit entrer dans son salon dont les nombreux bibelots affectaient ce même port. Tout y était désespérément en ordre et froid, au garde à vous sur les étagères. Cet agencement militaire semblait établi pour recevoir « l’hôte ». Un hôte espéré et qui n’était jamais venu. Pour toute fantaisie tout de même, un couple d’oiseaux dans une cage auprès de la fenêtre. De nombreux napperons sur la table, la commode et les fauteuils rivalisaient de complexité avec l’exposition de canevas qui mobilisait tous les murs. Harvey nous présenta, nous et nos fonctions. Elle nous attendait, s’attendait au pire : elle nous avait préparé du café.

-J’imagine, Madame, votre douleur mais malheureusement nous ne sommes pas venus vous apporter de réponses. Nous sommes au même point que vous : nous n’avons, pour l’instant, que des questions.

Voilà pourquoi je laisse tout le temps parler Harvey. Il a le sens des phrases. Tout était dit. Il ne suffisait plus que de se taire en appréciant à sa juste valeur le café. Anna n’était pas comme elle. Elle était jeune, enthousiaste, pleine d’idées et de projets : elle était la vie. On la priait tant qu’elle refusait du monde. Elle avait plusieurs livres en chantier. Dont un pratiquement terminé. Angélique partageait quelques secrets de la création bien avant l’éditeur. Alors, quand ce samedi, inquiète de n’avoir plus de nouvelles depuis le début de la semaine, elle s’était rendue chez sa benjamine, elle n’aurait pu se douter que quelque chose clochait.

L’appartement était vide. Dans la cuisine, la vaisselle n’était pas rangée. Sur la table, un chaton miaulait ayant fini ce qu’au papier vomi, elle supposa être la tablette de beurre ainsi qu’un reste de repas dans un plat posé sur la table et méticuleusement curé. La carafe d’eau était renversée et le matou avait du boire son contenu à même le bois de la table. Il s’échappa aussitôt par la porte d’entrée qu’elle n’avait pas refermée derrière elle. Dans la chambre, le lit était fait. L’ordinateur était resté allumé. Sur le bureau, quantités de livres et de papiers. Un plan de Paris, des tickets de métro. Sur son vieux fauteuil, des vêtements, pêle-mêle. Mais dans l’imposante armoire, bien rangées, pendaient toutes ses robes, ses tenues et les deux valises qu’elle lui connaissait étaient posées au fond, à leur place habituelle. Anna la prévenait toujours quand elle partait. Angélique comprit alors qu’il était arrivé quelque chose à sa petite sœur chérie. De suite, elle avait sorti du frigo une boîte d’aliments entamée et disposé ce restant de pâtée dans l’écuelle du chaton. Puis elle avait ouvert la porte-fenêtre du balcon pour permettre à l’animal d’entrer et sortir à sa guise et était redescendue pour aller sur-le-champ se présenter au commissariat. Là, les collègues avaient pris sa déposition. Ils n’étaient pas sûrs de pouvoir faire quelque chose un samedi. Mais, puisqu’elle insistait, ils avaient fini par téléphoner au domicile du commissaire qui en apprenant l’identité de la disparue avait immédiatement prévenu le parquet. Les choses n’avaient pas beaucoup avancé avec le dimanche. Nous étions déjà mardi après-midi. Elle comptait beaucoup sur nous : des hommes sûrs, lui avait-on promis.

- Madame, quand votre sœur s’absentait, où allait-elle ?
- A Paris. Pour ses livres. Elle y connaît beaucoup de gens. Vous comprenez pour son image, c’est nécessaire. Ses livres dépendent de son image. C’est une chose dont elle a horreur, mais, disait-elle, c’est le système qui veut ça.
- Vous avez une photo d’elle ? Je veux dire une photo récente.


Angélique se leva pour aller chercher tous les cadres qui se trouvaient sur la commode.

-Tenez voici une dizaine de clichés qui datent tous de cet été.

Elle les disposa devant nous, sur la table basse. Nous y découvrîmes une femme d’une beauté époustouflante. Toutes les photos, que ce soit des portraits de pied ou ne cadrant que son visage nous stupéfièrent. D’elle, nous ne connaissions qu’un cliché se trouvant à l’arrière d’un de ces bouquins qu’Harvey avait emprunté à son libraire. Et celui-ci ne rendait en rien compte de sa beauté que l’on découvrait à présent.

« Mais, elle est magnifique ! » s’exclama mon collègue. Et, aussitôt
« Lui connaissez-vous des amants ? »

Angélique baissa les yeux. Je lançai un regard furibond à Harvey pour lui reprocher sa façon abrupte d’aborder un sujet peut-être délicat. Mais notre interlocutrice reprit :

- Je comprends votre question car évidemment à tout le monde vient la même idée. Malheureusement, c’est un sujet difficile à aborder avec ma sœur. Elle sait que je lui reprocherais une vie dissolue, aussi ne me fait-elle sur ce sujet que peu de confidences. J’imagine qu’elle rencontre de nombreux hommes. Pour elle ce n’est pas difficile. A savoir ce que deviennent ces relations, je n’en ai aucune idée et d’une certaine façon, cela vaut mieux. Je ne regrette qu’une chose, c’est que tout comme moi, elle vit la plupart du temps seule. Bien sûr, je suis beaucoup moins courtisée. Mais, je sais une chose, une femme a besoin d’une vraie vie de couple. Tout le reste n’est que fredaine, n’est-ce pas Monsieur l’inspecteur…, comment déjà ?

-Dubuisson, Inspecteur Dubuisson, marmonna Harvey.
-Eh bien, Monsieur Dubuisson, pensez-vous que ce serait un homme qui l’aurait enlevée ? Que des hommes, des vrais, sont encore capables d’enlever des femmes ?
-C’est…c’est fort possible. Vu votre sœur... Enfin, je veux dire une autre femme aussi bien sûr…Toutes sont en droit d’espérer : Nous avons des exemples. Enfin, pas au commissariat : les gens ne viennent pas se plaindre. Ce n’est pas forcément tragique. C’est plutôt romanesque.
-Vous aimez les livres, Monsieur Dubuisson ?
-Ils nous apprennent des choses.
-Moi aussi, je lis beaucoup. Un livre, cela coûte si peu, et peut aller si loin ! Comment s’étonner alors que la pensée s’écoule par cette pente ?
-C’est très joli ce que vous dites !
-Ce n’est pas de moi, mais d’un écrivain célèbre. Mais, en ce qui concerne ma sœur ? J’ai lu dans le journal qu’il pourrait y avoir une piste politique. Vous croyez que c’est sérieux ?
-Pour l’instant, on ne peut écarter aucune hypothèse. Vous vous entendiez bien avec elle ?
-Monsieur Dubuisson ? Je cherchais chez vous un réconfort.
-On ne peut écarter aucune hypothèse. Monsieur Lavigne ici présent peut vous le confirmer, malgré l’affliction que vous ressentez nous devons penser à tout.


Généralement, quand Harvey me cite, c’est à dire quand il ne tire pas toute la couverture à lui, c’est qu’il se trouve dans une mauvaise posture. Ainsi, cette dame sur qui son charme semblait opérer lui laissait-elle entendre qu’elle n’y restait pas insensible. Pour bien se faire comprendre, elle lui resservit du café. Il oublia de le sucrer.

-Le succès de votre sœur ne suscitait-il pas des jalousies ?-Assurément, Monsieur Lavigne. Mais, elle les ignorait. C’est une chose qu’elle ne pouvait pas comprendre. Elle a toujours tout eu : la beauté, le talent. Pour elle, tout ce qui lui arrivait était dans l’ordre des choses. Je ne me souviens pas l’avoir jamais vue dans une mauvaise passe. La chance a toujours été de son côté. Jusqu’à samedi dernier.
-Qu’est-ce qui vous fait penser que sa bonne étoile l’a quittée ?
-Je ne sais pas. Un pressentiment. Le pressentiment qui m’a poussé chez elle et qui m’a guidée vers vous.
-Existe-t-il des éléments plus concrets qui expliqueraient ce pressentiment ?

-Elle avait quelque chose dans les yeux depuis le début de l’été. Comme une préoccupation! Elle m’affirmait le contraire. Mais, je la connais, c’est moi qui l’ai élevée à la mort de nos parents.
-Vos deux parents sont décédés ?
-Quand elle avait quatre ans, tous les deux dans un accident de voiture. J’avais tout juste dix-huit ans. A l’époque pas encore majeure. Et pourtant, c’est moi qui ai eu la charge de ma petite sœur.
-Ce n’était vraiment pas de chance pour vous deux.
-Pour moi non. Mais pour elle davantage. Mes parents étaient souvent absents ; j’en ai beaucoup souffert. Anna ne les a pratiquement pas connus. Ensuite, ce fut un bonheur de l’élever : vous savez, depuis toute petite, elle a toujours été charmante.

-Et la perte de vos parents ne l’attristait pas ?
-Elle m’avait. J’ai tout fait pour elle. C’est pour cela que je sais quand quelque chose ne va pas. Voyez, Monsieur l’inspecteur, je sens qu’il est arrivé malheur à ma sœur. Mais, je ne peux malheureusement vous en dire plus.
- Merci Mademoiselle Rostand pour tous ces éclaircissements. Je crois qu’il ne nous reste plus à mon collègue et moi qu’à prendre congé.
-Ne me laissez pas trop longtemps sans nouvelles, j’ai peur !
-Nous vous informerons au fur et à mesure de notre enquête. Nous allons vous laisser notre numéro de téléphone. Si des éléments suspects et dont nous n’avons pas parlé, vous revenaient, n’hésitez pas à nous rappeler.



La pluie s’était arrêtée et un timide soleil cherchait à percer la masse nuageuse. Harvey marcha moins vite qu’à son habitude non pour m’attendre mais parce qu’il était perplexe. Devant l’école primaire, un rassemblement de parents nous apprit qu’il était déjà seize heures trente. L’écho des jeux des enfants retentissait à l’intérieur des murs de la cour de récréation.
Des enfants ! Voilà un monde qui nous était inconnu, nous les deux vieux célibataires. Je m’imaginai un instant avec femme et marmots m’attendant le soir à la maison. On me ferait la fête. Enfin, je voyais ça comme cela. Je souris en me représentant Harvey dans la même situation. Harvey en papa poule. A quatre pattes avec ses mômes sur le dos. Non ! Décidément, tout cela était du domaine du rêve. Désormais pour nous deux, il était trop tard. Les années passent si vite. Je pensai à l’automne qui revenait déjà avec ses promesses de vendanges et de champignons.
A Maman.
Pour elle et moi, croyais-je, rien n’avait changé.


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