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 Roman : En quête de correspondances

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Vic Taurugaux



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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Jeu 13 Sep 2007 - 16:58

Mademoiselle Rostand Angélique habitait une maison à un étage, tout aussi modeste que toutes celles du quartier. Des anciennes maisons de cheminots. Dans son arrière, un petit jardin avec très certainement un puits car nous étions tout près de la source de l’Abîme : cette rivière qui ne mesure guère plus de cent mètres avant de se jeter dans l’Isle. C’est un cours d’eau qui à peine né, se déverse dans son confluent. Elle non plus ne va vraiment pas loin, et la plus grande partie de son eau sert à alimenter le réseau de la ville. Tout comme cette rivière, ici personne ne voyage. Les gens travaillent pour le confort de ceux qui circulent dans les trains. Ils ne sont pas assez riches. Ils se trouvent comme en bout de quai mais de là à dire qu’en rêves, ils ne s’embarquent pas…

Angélique était de seize ans la sœur aînée d’Anna. Une grande dame par la taille, une vieille fille par le statut. Celui-ci se comprenait aisément vu son physique austère : un grand nez mangeait toute sa figure, des pommettes saillantes, des sourcils épais. Un épais mais strict chignon traitait sévèrement une chevelure qui n’avait sans doute connu que très peu la liberté. Pourtant, selon les compliments d’usage d’Harvey qui semblait ne pas trouver désagréable ce genre d’épouvantail, elle possédait un « port altier ». Elle nous fit entrer dans son salon dont les nombreux bibelots affectaient ce même port. Tout y était désespérément en ordre et froid, au garde à vous sur les étagères. Cet agencement militaire semblait établi pour recevoir « l’hôte ». Un hôte espéré et qui n’était jamais venu. Pour toute fantaisie tout de même, un couple d’oiseaux dans une cage auprès de la fenêtre. De nombreux napperons sur la table, la commode et les fauteuils rivalisaient de complexité avec l’exposition de canevas qui mobilisait tous les murs. Harvey nous présenta, nous et nos fonctions. Elle nous attendait, s’attendait au pire : elle nous avait préparé du café.

-J’imagine, Madame, votre douleur mais malheureusement nous ne sommes pas venus vous apporter de réponses. Nous sommes au même point que vous : nous n’avons, pour l’instant, que des questions.

Voilà pourquoi je laisse tout le temps parler Harvey. Il a le sens des phrases. Tout était dit. Il ne suffisait plus que de se taire en appréciant à sa juste valeur le café. Anna n’était pas comme elle. Elle était jeune, enthousiaste, pleine d’idées et de projets : elle était la vie. On la priait tant qu’elle refusait du monde. Elle avait plusieurs livres en chantier. Dont un pratiquement terminé. Angélique partageait quelques secrets de la création bien avant l’éditeur. Alors, quand ce samedi, inquiète de n’avoir plus de nouvelles depuis le début de la semaine, elle s’était rendue chez sa benjamine, elle n’aurait pu se douter que quelque chose clochait.

L’appartement était vide. Dans la cuisine, la vaisselle n’était pas rangée. Sur la table, un chaton miaulait ayant fini ce qu’au papier vomi, elle supposa être la tablette de beurre ainsi qu’un reste de repas dans un plat posé sur la table et méticuleusement curé. La carafe d’eau était renversée et le matou avait du boire son contenu à même le bois de la table. Il s’échappa aussitôt par la porte d’entrée qu’elle n’avait pas refermée derrière elle. Dans la chambre, le lit était fait. L’ordinateur était resté allumé. Sur le bureau, quantités de livres et de papiers. Un plan de Paris, des tickets de métro. Sur son vieux fauteuil, des vêtements, pêle-mêle. Mais dans l’imposante armoire, bien rangées, pendaient toutes ses robes, ses tenues et les deux valises qu’elle lui connaissait étaient posées au fond, à leur place habituelle. Anna la prévenait toujours quand elle partait. Angélique comprit alors qu’il était arrivé quelque chose à sa petite sœur chérie. De suite, elle avait sorti du frigo une boîte d’aliments entamée et disposé ce restant de pâtée dans l’écuelle du chaton. Puis elle avait ouvert la porte-fenêtre du balcon pour permettre à l’animal d’entrer et sortir à sa guise et était redescendue pour aller sur-le-champ se présenter au commissariat. Là, les collègues avaient pris sa déposition. Ils n’étaient pas sûrs de pouvoir faire quelque chose un samedi. Mais, puisqu’elle insistait, ils avaient fini par téléphoner au domicile du commissaire qui en apprenant l’identité de la disparue avait immédiatement prévenu le parquet. Les choses n’avaient pas beaucoup avancé avec le dimanche. Nous étions déjà mardi après-midi. Elle comptait beaucoup sur nous : des hommes sûrs, lui avait-on promis.

- Madame, quand votre sœur s’absentait, où allait-elle ?
- A Paris. Pour ses livres. Elle y connaît beaucoup de gens. Vous comprenez pour son image, c’est nécessaire. Ses livres dépendent de son image. C’est une chose dont elle a horreur, mais, disait-elle, c’est le système qui veut ça.
- Vous avez une photo d’elle ? Je veux dire une photo récente.


Angélique se leva pour aller chercher tous les cadres qui se trouvaient sur la commode.

-Tenez voici une dizaine de clichés qui datent tous de cet été.

Elle les disposa devant nous, sur la table basse. Nous y découvrîmes une femme d’une beauté époustouflante. Toutes les photos, que ce soit des portraits de pied ou ne cadrant que son visage nous stupéfièrent. D’elle, nous ne connaissions qu’un cliché se trouvant à l’arrière d’un de ces bouquins qu’Harvey avait emprunté à son libraire. Et celui-ci ne rendait en rien compte de sa beauté que l’on découvrait à présent.

« Mais, elle est magnifique ! » s’exclama mon collègue. Et, aussitôt
« Lui connaissez-vous des amants ? »

Angélique baissa les yeux. Je lançai un regard furibond à Harvey pour lui reprocher sa façon abrupte d’aborder un sujet peut-être délicat. Mais notre interlocutrice reprit :

- Je comprends votre question car évidemment à tout le monde vient la même idée. Malheureusement, c’est un sujet difficile à aborder avec ma sœur. Elle sait que je lui reprocherais une vie dissolue, aussi ne me fait-elle sur ce sujet que peu de confidences. J’imagine qu’elle rencontre de nombreux hommes. Pour elle ce n’est pas difficile. A savoir ce que deviennent ces relations, je n’en ai aucune idée et d’une certaine façon, cela vaut mieux. Je ne regrette qu’une chose, c’est que tout comme moi, elle vit la plupart du temps seule. Bien sûr, je suis beaucoup moins courtisée. Mais, je sais une chose, une femme a besoin d’une vraie vie de couple. Tout le reste n’est que fredaine, n’est-ce pas Monsieur l’inspecteur…, comment déjà ?

-Dubuisson, Inspecteur Dubuisson, marmonna Harvey.
-Eh bien, Monsieur Dubuisson, pensez-vous que ce serait un homme qui l’aurait enlevée ? Que des hommes, des vrais, sont encore capables d’enlever des femmes ?
-C’est…c’est fort possible. Vu votre sœur... Enfin, je veux dire une autre femme aussi bien sûr…Toutes sont en droit d’espérer : Nous avons des exemples. Enfin, pas au commissariat : les gens ne viennent pas se plaindre. Ce n’est pas forcément tragique. C’est plutôt romanesque.
-Vous aimez les livres, Monsieur Dubuisson ?
-Ils nous apprennent des choses.
-Moi aussi, je lis beaucoup. Un livre, cela coûte si peu, et peut aller si loin ! Comment s’étonner alors que la pensée s’écoule par cette pente ?
-C’est très joli ce que vous dites !
-Ce n’est pas de moi, mais d’un écrivain célèbre. Mais, en ce qui concerne ma sœur ? J’ai lu dans le journal qu’il pourrait y avoir une piste politique. Vous croyez que c’est sérieux ?
-Pour l’instant, on ne peut écarter aucune hypothèse. Vous vous entendiez bien avec elle ?
-Monsieur Dubuisson ? Je cherchais chez vous un réconfort.
-On ne peut écarter aucune hypothèse. Monsieur Lavigne ici présent peut vous le confirmer, malgré l’affliction que vous ressentez nous devons penser à tout.


Généralement, quand Harvey me cite, c’est à dire quand il ne tire pas toute la couverture à lui, c’est qu’il se trouve dans une mauvaise posture. Ainsi, cette dame sur qui son charme semblait opérer lui laissait-elle entendre qu’elle n’y restait pas insensible. Pour bien se faire comprendre, elle lui resservit du café. Il oublia de le sucrer.

-Le succès de votre sœur ne suscitait-il pas des jalousies ?-Assurément, Monsieur Lavigne. Mais, elle les ignorait. C’est une chose qu’elle ne pouvait pas comprendre. Elle a toujours tout eu : la beauté, le talent. Pour elle, tout ce qui lui arrivait était dans l’ordre des choses. Je ne me souviens pas l’avoir jamais vue dans une mauvaise passe. La chance a toujours été de son côté. Jusqu’à samedi dernier.
-Qu’est-ce qui vous fait penser que sa bonne étoile l’a quittée ?
-Je ne sais pas. Un pressentiment. Le pressentiment qui m’a poussé chez elle et qui m’a guidée vers vous.
-Existe-t-il des éléments plus concrets qui expliqueraient ce pressentiment ?

-Elle avait quelque chose dans les yeux depuis le début de l’été. Comme une préoccupation! Elle m’affirmait le contraire. Mais, je la connais, c’est moi qui l’ai élevée à la mort de nos parents.
-Vos deux parents sont décédés ?
-Quand elle avait quatre ans, tous les deux dans un accident de voiture. J’avais tout juste dix-huit ans. A l’époque pas encore majeure. Et pourtant, c’est moi qui ai eu la charge de ma petite sœur.
-Ce n’était vraiment pas de chance pour vous deux.
-Pour moi non. Mais pour elle davantage. Mes parents étaient souvent absents ; j’en ai beaucoup souffert. Anna ne les a pratiquement pas connus. Ensuite, ce fut un bonheur de l’élever : vous savez, depuis toute petite, elle a toujours été charmante.

-Et la perte de vos parents ne l’attristait pas ?
-Elle m’avait. J’ai tout fait pour elle. C’est pour cela que je sais quand quelque chose ne va pas. Voyez, Monsieur l’inspecteur, je sens qu’il est arrivé malheur à ma sœur. Mais, je ne peux malheureusement vous en dire plus.
- Merci Mademoiselle Rostand pour tous ces éclaircissements. Je crois qu’il ne nous reste plus à mon collègue et moi qu’à prendre congé.
-Ne me laissez pas trop longtemps sans nouvelles, j’ai peur !
-Nous vous informerons au fur et à mesure de notre enquête. Nous allons vous laisser notre numéro de téléphone. Si des éléments suspects et dont nous n’avons pas parlé, vous revenaient, n’hésitez pas à nous rappeler.



La pluie s’était arrêtée et un timide soleil cherchait à percer la masse nuageuse. Harvey marcha moins vite qu’à son habitude non pour m’attendre mais parce qu’il était perplexe. Devant l’école primaire, un rassemblement de parents nous apprit qu’il était déjà seize heures trente. L’écho des jeux des enfants retentissait à l’intérieur des murs de la cour de récréation.
Des enfants ! Voilà un monde qui nous était inconnu, nous les deux vieux célibataires. Je m’imaginai un instant avec femme et marmots m’attendant le soir à la maison. On me ferait la fête. Enfin, je voyais ça comme cela. Je souris en me représentant Harvey dans la même situation. Harvey en papa poule. A quatre pattes avec ses mômes sur le dos. Non ! Décidément, tout cela était du domaine du rêve. Désormais pour nous deux, il était trop tard. Les années passent si vite. Je pensai à l’automne qui revenait déjà avec ses promesses de vendanges et de champignons.
A Maman.
Pour elle et moi, croyais-je, rien n’avait changé.


Dernière édition par le Jeu 27 Sep 2007 - 18:35, édité 1 fois
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Jeu 13 Sep 2007 - 17:02

Attendez demain. Je vous l'ai déja dit.
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Jeu 13 Sep 2007 - 17:09

Brigitt’coiff est un très bon salon de coiffure. Il n’a qu’un défaut : être désormais situé trop près du cœur historique de Sarlat. L’été venu, impossible de se garer à moins de huit cents mètres. Pourtant, c’est une tradition, Maman se rend au salon toutes les trois semaines. Depuis quarante-cinq ans. Elle était amie avec Brigitte. Elles étaient ensemble au pensionnat chez les religieuses. L’adversité dans laquelle avait baigné leur enfance avait trempé comme de l’acier la relation indéfectible qui les unissait depuis. Elles ne s’étaient jamais éloignées l’une de l’autre. On pouvait dire d’elles que c’était deux sœurs tant parfois les amitiés féminines sont profondes.
Je posais Maman devant la devanture et allai me garer sur le nouveau parking à touristes qui coûtait un euro la demi-heure. Puis, je remontai à pied la cohorte des caravanes, des camping-cars, des voitures lourdement chargées de vélos qui venaient chez nous goûter le calme qu’on ne trouve à Sarlat que hors-saison.

Or, Brigitte avait délaissé son salon à sa fille depuis trois ans. Aux dires des habituées, elle était partie vivre du côté de Biarritz. Pour sa retraite. Maman, qui n’avait pas été mise dans la confidence, ne lui en voulait pourtant pas. Depuis leur enfance, elle n’avait cessé de l’admirer. Aussi, ce départ qui aurait pu être vécu comme une trahison, représentait-il pour ma mère plutôt une revanche conjointe sur leurs tristes sorts. Seule son amie avait réussi dans la vie, mais elle en partageait intérieurement la gloire. Elles s’écrivaient toutes les semaines. Un jour, nous irions en vacances à Biarritz nous qui n’avions jamais quitté notre Périgord !
Depuis Cloé, une fausse rousse, la fille de Brigitte, s’occupait de la coupe et des shampooings. Son ami Patrice officiait aux couleurs. Il était diplômé pour cela de la chambre des métiers et du syndicat des capilliculteurs. C’était écrit dans un cadre dans la vitrine. Cela apportait une nouvelle clientèle masculine non négligeable. Maman trouvait ce garçon très gentil elle qui venait surtout là pour nuancer de bleu les reflets de sa permanente. Aujourd’hui, il n’était pas là. Lui aussi avait le droit à ses congés. Tout le monde attendait sa carte postale. Il s’était envolé depuis Bordeaux vers une île. Un drôle de nom, je me rappelle. Quelque chose comme Ibiza.



Maman ne voyait pas notre enquête d’un bon œil. Nous aurions dû la refuser. Elle reprochait à Harvey de m’avoir entraîné dans cette histoire juste pour sa propre gloriole.
-Tu devrais te méfier de ce garçon. La seule fois où je l’ai vu, il ne m’a pas paru honnête.
-Mais Maman, c’était, il y a plus de vingt-cinq ans. Il venait tout comme moi de sortir de l’école de police. Tu ne peux pas traiter de malhonnête quelqu’un qui a fait le vœu de devenir policier.
-Et pourquoi pas ? Mais là, je vis bien qu’elle ne cherchait qu’à me scandaliser.

Chercher une femme qui, soi-disant avait disparu ne lui disait rien qui vaille. Elle ne connaissait rien d’Anna Rostand, ni de sa personne ni de son œuvre littéraire mais de simplement comprendre que cette dernière n’était toujours pas mariée à plus de trente cinq ans augurait pour elle d’un réel danger pour son fils. En ce qui concerne la littérature, elle ne jurait que par Monsieur Max Favallelli, l’ancien libraire de Sarlat qui avait réussi à la télévision. Bien sûr, je me gardai de lui parler des guadeloupéennes et surtout de Félicitée qui s’était emparée de mon esprit.

Pourtant, des filles, n’allez pas croire, j’en avais connu. Du moins croisé. Dans les rues de Sarlat, il y a quantités de touristes. Des étrangères aux parlers et mœurs baroques. Dont les effets excentriques pouvaient m’ensorceler parfois plus d’une nuit ou deux. Depuis la mort de Papa, nous vivions mère et fils dans une douce harmonie. Ses tracas étaient mes tracas, mes problèmes les siens. Nos joies étaient communes. On dit d’une mère qu’elle ne vit que par procuration. Je ne sais pas si c’est une généralité mais la maxime vaut pour Maman. Son existence ne comptait pas. Ne comptait plus depuis le départ de celui dont elle avait eu l’immense bonheur d’être la femme. Maintenant, elle en élevait le fils. Depuis quarante-sept ans. Rien n’en pourrait la distraire même pas ces messieurs âgés qui lui faisaient la galanterie de l’accompagner dans les thés dansants. Maman a toujours été très belle et très soigneuse de sa personne. C’est une sorte de fierté que nous partageons ensemble. Avec la mort de Papa, le temps s’est arrêté et ainsi, elle est éternellement jeune. Nous rions ensemble de ses amours éphémères, conscients que jamais, non vraiment jamais rien ne pourrait nous séparer.

-Cette fille est très belle et très douée. Elle attire des convoitises de certains qui pourraient l’utiliser. Et pourquoi ne serait-elle pas l’amante secrète du maire ? Tu sais, ce sont des choses ici qui se sont déjà vues.
-Maman ! La piste politique, c’est juste pour faire parler les gens. Il faut que nous fassions remonter le plus d’informations possibles, mais si c’est une affaire d’ampleur nationale, d’autres déjà s’en occupent à leur niveau. Nous, nous la cherchons au ras des pâquerettes.
-Tu sais, je ne pense pas que ce soit une fille pour toi. Elle est trop…

-Mais Maman, c’est professionnel. Nous la cherchons parce que le commissaire nous l’a ordonné.
-Eh bien moi, je t’ordonne de te marier.
-On ne va pas revenir là-dessus, Maman. A chaque fois que je t’ai parlé d’une fille possible, ça ne t’allait pas. Nous ne sommes pas bien comme cela, tous les deux ensemble ?


Pour toute réponse, elle m’apporta le dessert. Une tarte aux quetsches. Cela faisait déjà plus d’une semaine que la fille avait disparu et nous n’avions toujours rien. La préfecture et le procureur faisaient pression sur le commissaire. Notre supposée piste politique avait fait chou blanc : une cinquantaine d’appels que nos deux dévouées standardistes avaient dûment répertoriés dans le cahier prévu à cet effet. Mais, tous étaient du même acabit que le premier. Les mêmes dénonciateurs que nous ne connaissions que trop mais qui nous horrifient toujours autant par leurs médisances. Tout leur semble bon pour se débarrasser d’un voisin, d’un parent et même pour certains de leurs propres enfants. Il leur suffit pour cela de charger leurs victimes expiatoires de ce nouveau forfait dont personne ne sait encore qui l’a commis. En cela, notre bonne ville n’a pas beaucoup évolué depuis l’Occupation. Ces gens nous utilisent, nous leur police, comme des éboueurs : nous devons les débarrasser de leurs propres saloperies. De plus, ils nous en veulent ne pas faire correctement notre métier. Sans doute nous dénoncent-ils d’ailleurs à nos instances supérieures ! Ce sont des justiciers dans l’âme.
Pour autant, nous ne devons pas les négliger.

Pour la première fois de ma vie, j’avais menti à Maman :
-Je dois, dis-je, rentrer ce dimanche dès la fin de l’après-midi pour les besoins de l’enquête.

Elle dut préparer mes sandwiches à la va-vite. J’étais désolé de la voir ainsi souffrir d’abîmer de si beaux magrets mais je me surprenais davantage à plaindre intérieurement Félicitée et un peu sa collègue restées seules au commissariat pour réceptionner à notre place tant d’ignominies. Elles étaient si jeunes, sans doute si naïves des mœurs abjectes de certains de nos concitoyens. Je me devais d’aller les réconforter. Curieusement, je me sentais devenir un homme comme si de mon corps j’allais faire barrage entre la pureté que je leur prêtais et la bassesse ambiante. Cette pulsion chevaleresque m’était d’habitude étrangère et c’est en cela que je compris que quelque chose en moi avait changé.

Félicitée était seule. Harvey venait juste de passer pour décréter que ce dimanche après-midi étant calme, une unique standardiste suffisait. Il avait proposé à la plus jeune de la raccompagner à l’école de police. Je doutai un instant de l’honnêteté de ses propositions mais n’en laissai rien apparaître. Je m’inquiétai davantage du traumatisme psychologique que cette mission téléphonique avait pu engendrer.
-Il ne faut pas vous en faire pour nous deux, m’avait répondu avec tout le charme de son accent, celle qui avait eu l’incroyable capacité de me troubler jusque chez Maman.
Au pays, les gens sont pires qu’ici. Vous savez, ils sont pauvres. Maïté et moi, nous avons l’habitude d’entendre parler les gens. Ils disent des choses qu’ils aimeraient être vraies et si on les prenait au pied de la lettre alors leur vraisemblable deviendrait la vérité. Chez nous, nous disons : "Poule qui cacaye, lu même que la pondu". Les gens se construisent leur propre histoire mais aussi, et c’est plus embêtant celle des autres. Chez vous, ces braves personnes prétendent que qui vole un œuf vole un bœuf, ou qu’il faille se méfier des gens comme nous au prétexte que nous sommes des descendants d’esclaves. Nous ne pouvons pas éternellement en vouloir aux anciens colons de projeter leurs démons sur nous. Les gens s’inventent leur monde à défaut de pouvoir s’y insérer. Mais vous Monsieur Bob, que pensez-vous cette affaire ?

Une femme avait disparu que je ne connaissais pas. Je dois bien avouer maintenant que cela ne me faisait ni chaud ni froid. Cette dame même si c’était une sympathique compatriote n’était pas vraiment de mon monde. Un monde assez clos. Etroit. Sans pour l’instant le moindre imprévu. Aussi ce qui me bouleversait davantage était la présence de cette véritable femme que j’avais prise pour une enfant.

-Robert ! Balbutiai-je. Mon prénom c’est Robert mais vous pouvez m’appeler Monsieur Lavigne, Mademoiselle… ?
-Félicitée, je m’appelle Félicitée, Robert. Elle me souriait.
-Eh bien, Mademoiselle Félicitée, l’affaire se présente, heu…je veux dire, c’est une affaire complexe… Vous avez raison, il faut se garder de tout à priori… Heu… Mais peut-être désirez-vous également sortir d’ici pour aller boire quelque chose en ville ?
-Et le téléphone ?
-Il y a le répondeur !


Pour faire réfléchir nos suspects durant nos rares interrogatoires, au-dessus de son bureau, Harvey avait affiché dans un cadre une phrase de Voltaire :
On rougirait bientôt de ses décisions, si l’on voulait réfléchir sur les raisons par lesquelles on se détermine.
Je doute que beaucoup de nos petits malfrats aient jamais eu la culture nécessaire pour y trouver là un quelconque enseignement. Mais que les lecteurs que mon attitude ici ferait sourire, s’appliquent d’abord à eux-même cette maxime avant de me juger un brin cavalier.

Bien que m’étonnant moi-même, je m’abstins de rougir et accompagnai donc ma jeune collègue au Café de Paris.


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Anna Galore



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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Jeu 13 Sep 2007 - 17:56

Vic Taurugaux a écrit:
Anna n’était pas comme elle. Elle était jeune, enthousiaste, pleine d’idées et de projets : elle était la vie.

Vic? bisou
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zoé sporadic
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Jeu 13 Sep 2007 - 17:58

Vic Taurugaux a écrit:
Attendez demain. Je vous l'ai déja dit.
Ben si c'est comme ça, y aura pas à se fendre la tronche d'un commentaire !
Cauchemard
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reGinelle

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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Jeu 13 Sep 2007 - 18:22

zoé sporadic a écrit:
Vic Taurugaux a écrit:
Attendez demain. Je vous l'ai déja dit.
Ben si c'est comme ça, y aura pas à se fendre la tronche d'un commentaire !
Cauchemard

j'ai même deux mails tout prêts pour répondre aux lectures que je ne dois faire que demain et après demain... AngeR AngeR
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Romane
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Jeu 13 Sep 2007 - 18:24

Zoé, sois patiente, ce qui va venir c'est rien que du bonheur. Wink

Vic... ah non, j'te l'ai déjà dit. Chuuttt

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
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zoé sporadic
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Jeu 13 Sep 2007 - 21:41

Romane a écrit:
Zoé, sois patiente, ce qui va venir c'est rien que du bonheur. Wink

Vic... ah non, j'te l'ai déjà dit. Chuuttt

T'as raison, Ro, dans la vie on a les bonheurs que l'on s'autorise ! lk
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LylaTsB

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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Sam 22 Sep 2007 - 18:06

Ben j'ai bien fait de ne rien lire avant ! Demain est passé depuis longtemps... J'ai lu tout d'un coup Vic lk aujourd'hui même ! Mais pour l'instant, j'en suis au même point que la police, aucune piste... Pourtant je suis presque certaine que tu as déjà semé quelques indices mine de rien, Mmmm ?
AdemainSourire
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Mar 25 Sep 2007 - 8:50

Bien! Je constate que tout le monde a été très sage en mon absence. Du moins sur ce fil!
Par contre sur les autres, que de correspondances! On parle même d'un journal! comme celui du lycée? Quelle effervescence! Mais revenons plutôt à nos moutons...
Où en étais-je déjà?


Ah oui...
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Mar 25 Sep 2007 - 9:02

L’appartement d’Anna se situait au troisième étage d’un vieil immeuble du quartier médiéval. On y accédait par un remarquable escalier de pierre en colimaçon. La minuterie ne fonctionnait pas et nous dûmes gravir dans la pénombre ses marches usées. Nous tournions pour l’instant en rond dans le noir. Au sens propre comme au sens figuré. Nous avions demandé à nos collègues du labo de replacer à l’intérieur de l’appartement les quelques objets qu’ils avaient emportés afin d’étude. En effet, cette personne avait disparu de chez elle depuis quinze jours, mais outre sa sœur, personne ne s’en inquiétait. « Tout le monde a le droit de partir en vacances » nous avait-il été répondu par toutes les autres personnes de son entourage que nous avions interrogées. Ils se méfiaient de la vieille sœur acariâtre. Certains avançaient même l’hypothèse qu’Anna cherchait là à échapper à son emprise. Il se pouvait très bien alors qu’elle rentre à l’instant. Comment lui expliquer notre présence chez elle ? Avions-nous seulement un mandat ? Harvey avait le passe-partout. Celui-ci sut rester discret en n’émettant qu’un léger cliquetis. Derrière le battant, le chat. Il ronronnait comme si nous avions été de vieilles connaissances à moins qu’il ait pris le bruit dans la serrure pour celui d’une souris. Il semblait très calme.
Et si, Anna était déjà rentrée ? Cette idée dut nous traverser à tous deux l’esprit en même temps car Harvey toussota comme pour annoncer notre présence. Mais, personne ne répondit. J’imaginais déjà ma gêne devant la jeune femme qui n’aurait manqué de s’étonner que deux vieux garçons comme nous forcent ainsi sa porte. Ce ne sont pas des choses qui se font avec les dames. Comment lui expliquer notre geste inconsidéré alors que nous pouvions tout aussi bien frapper pour qu’elle nous ouvre ?

-Il n’y a personne ! chuchota Harvey.
-Alors pourquoi parles-tu à voix basse? répliquai-je sur le même mode. Il se peut très bien qu’elle soit là, qu’elle nous ait entendu et qu’elle ne réponde pas parce qu’elle est paniquée !
-Je vais crier police pour la rassurer !
-Surtout pas, maintenant que l’on a ouvert sa porte, ce serait pire. Elle peut croire que nous venons l’arrêter et par un mouvement désespéré se jeter par une fenêtre.
-Tu es sûr que tu ne lis jamais de romans policiers ?
-Moi, non ! Mais elle sûrement. C’est un peu son métier.
-Alors, si elle les écrit, c’est qu’elle n’en a pas peur.
-Tu crois ça ?


Harvey, pour toute réponse, avança sur la pointe des pieds dans le couloir qui menait à une première pièce. Le chaton l’y précéda. Enhardi, mon collègue passa discrètement sa tête par l’embrasure. Personne. Je pris l’initiative de faire la même chose en remontant le couloir dans l’autre sens jusqu’à une seconde porte. Ce devait être sa chambre. Au lieu de frapper, je tournai délicatement le bouton. Un petit bruit sec m’indiqua que le pêne s’était libéré du chambranle. Délicatement, je poussai le battant. Je constatai qu’il tremblait en même temps que moi. C’était ma première opération de ce genre et j’avalai ma salive. La pièce était dans le noir complet et le peu de lumière qui filtrait du couloir ne permettait pas d’éclairer suffisamment pour y discerner d'autres choses que des ombres. Harvey me reproche toujours mon manque d’imagination. Or, là, je crois que j’en avais trop à contempler tout ce noir. Et si, elle était morte et que je découvre là son cadavre ? Ou pire, simplement endormie. Pourquoi faut-il toujours que notre esprit invente des choses quand nous ne savons pas ? On pourrait tout aussi bien s’en foutre. Jusqu’à ce matin au bas de l’escalier, l’existence de cette jeune femme me laissait complètement froid et peu m’importait ce qui lui était arrivé. Je n’avais pas le cœur à cette enquête comme Harvey pouvait l’avoir. Or, voilà que maintenant, j’en transpirais. Elle était pour moi une inconnue qui aurait dû me laisser indifférent mais je rentrais dans sa chambre moi qui n’avais jamais été invité dans la chambre d’une femme. Tout à coup, dans ce noir, sa réalité m’apparut. Je sentis son odeur. Sa présence sur le lit. Sans doute, me voyait-elle entrer, lisait-elle sur ma figure mon effroi. Que devrais-je lui dire ? Si, elle ne se manifestait pas plus, c’est qu’elle m’attendait. Tout à coup, la lumière jaillit. De l’autre côté de la pièce, mon collègue avait ouvert la porte qui donnait sur le salon mitoyen.

-Il n’y a pas un chat dans l’appartement ! clama-t-il. Sa blague le fit rire. Moi pas car, je venais de vivre l’expérience qu’en dehors de la présence physique de sa locataire, le lieu pouvait en rester habité.
Curieusement, maintenant qu’on y voyait, l’appartement me parut familier. Non pas comme une impression de déjà vu. Mais plutôt comme un ressenti. Comme si, j’y avais vécu dans une autre existence.
-Avoue que tu as eu la trouille, c’est tout ! ricana Harvey quand je lui fis part de mon sentiment. Nous sommes des flics pas des voleurs. Nous ne sommes pas là pour un casse, juste des constatations.
- Mais est-ce bien moral ?

- Comment ça moral ? Qu’est-ce que vient nous bassiner avec ta moralité ! C’est légal, on intervient de façon légale ! Dans la légalité ! Nous rentrons ici car nous sommes mandatés par le procureur. Est-ce qu’un jour tu saisiras la nuance entre moralité et légalité ? Enfin, Robert, combien de fois devrais-je t’expliquer toutes ces choses ? Tu ne te poses pas toutes ces questions quand tu planques devant l’hôtel !
-C’est différent. Devant l’hôtel, nous sommes là pour protéger les filles.
-Ah bon ? Tu vois cela comme ça toi ?


Harvey me trouvait trop naïf. Pour lui, c’est un défaut lorsqu’on est policier. Il prétend que nous devons être plus cyniques que les truands. Il nous faut les surpasser dans l’esprit du mal.
-Le monde est glauque, tu sais mon petit Lavigne. Mets-toi bien ça dans le crâne. Les gens sont des chiens. Si tu es incapable de voir cela, alors jamais tu ne résoudras une affaire.
-Mais, je refuse de voir les choses de cette façon.
-C’est ton métier ! Sois cynique au boulot. Sinon, il existe un autre monde.
-Lequel ?

-La littérature. Il dit cela en contemplant la bibliothèque. Les livres y étaient disposés pêle-mêle sur toutes les étagères.
-Colette, George Sand, Baudelaire, Montesquieu…

Harvey lisait des noms d’auteurs qui m’étaient inconnus mais qui semblaient lui parler. Moi, ce qui parlait, c’était le mobilier. Des vieux bois qui sans doute avaient reçu un temps leurs doses d’encaustique mais qui semblaient à présent guère entretenus. La locataire n’était pas une maniaque de la poussière. Comparé à chez Maman où tout brille, le bois ici semblait fané. Pourtant, sous la patine, je reconnaissais les veines serrées du chêne, le rougeoiement triste d’un guéridon en merisier et dans le buffet trapu de la cuisine, la lourde solidité du châtaigner. Partout des meubles d’artisan. De ceux que l’on faisait jadis, à l’unité. De ceux que construisait Papa. Pour sûr, chez nous, Maman les bichonnait comme des reliques. Elle m’avait communiqué que le bois reste toujours et malgré tout une matière vivante et ce mobilier même mal entretenu lui donnait raison. Le bois, c’est cela que j’avais d’abord senti dans le noir.
-Tu trouves quelque chose ? me demanda Harvey.
-Une atmosphère.
-Et alors ?
-L’absence de cette dame crée une atmosphère ?
-Cela ne nous dit pas pourquoi elle a disparu.
-Et toi ? Tu as trouvé quelque chose dans les livres ?

-Une lettre.
-Une seule lettre dans autant de bouquins ?
-Un courrier imbécile ! « De quelqu’un qui les aurait aimées. » C’est la seule signature
! Harley s’énervait autant après moi que cet anonyme qui nous jouait un tour. Je ne comprenais toujours pas :
-Qui ça, les ?
- Les ? Vas-t-en savoir !
concéda-t-il.
Je voulus l’aider :
- Qui les aime pour leur écrire ? Il réfléchissait :
-Pour l’instant on a que le verbe de bon : un aime plusieurs !
-Et alors ?
-Alors rien ! C’est louche, c’est tout.
-J’ai cru comprendre que beaucoup de monde aime Anna. Tu te rappelles les photos ?
-Tous les gens qui l’aiment, que ce soit ceux de son entourage qui la voient, ou ses lecteurs qui la lisent sont accros d’elle. Mais, celui-ci dans sa lettre dit qu’il les a quittées. De plus, il le regrette. Mais il ne dit ni qui, ni pourquoi, ni qui il est.
-Il aurait trouvé mieux ailleurs ?
essayai-je.
-Apparemment non.
-Alors c’est un con. Quand tu aimes quelqu’un, tu lui restes fidèle.
-Tu dis ça pour moi, le Dom Juan ?
-Je dis cela car lorsque les gens aiment vraiment, ils devraient réfléchir à deux fois avant de partir.
-Tu as l’air fâché ?
-Elle n’avait pas à disparaître. Et curieusement, je la sens toujours là.
-C’est un auteur !
-Et alors ?
-Regarde !
me dit Harvey en me montrant les rayonnages de la bibliothèque. Les auteurs ne disparaissent jamais. Ils sont dans leur bouquin.
Il en prend un au hasard.
-Celui-ci, c’est Flaubert. Tu te rappelles au Café de Paris : La banalité de la vie est à faire mourir de tristesse, quand on la considère de près. C’est de lui.
-Alors ce jour-là, tu ne parlais pas pour de vrai. C’était encore une de tes fameuses citations ?
-Evidemment si, je parlais pour de vrai. Flaubert, par ma bouche, t’a ému. C’est parce que ce qu’il a écrit est vrai. Cette phrase est une vérité qui ne disparaît pas avec son auteur. Elle nous le rend toujours vivant. C’est la force de ces quelques lignes.
Ah ! Oui, je comprends. C’est comme les lignes du bois !


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zoé sporadic
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Mar 25 Sep 2007 - 13:16

C'est exprès que t'as encore laissé des fotes ?... AngeR
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Mar 25 Sep 2007 - 14:09

zoé sporadic a écrit:
C'est exprès que t'as encore laissé des fotes ?... AngeR
Pour les fotes, je copie sur "quand j'étais gamin".
Maintenant, il y aura toujours des filles à la vanille qui trouveront à redire.
Tout cela se règlera à la récré....
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Mer 26 Sep 2007 - 10:01

Suite à l’article du journal que Harvey avait provoqué et qui ne nous avait rapporté que des ragots, des journalistes parisiens étaient descendus, alléchés par l’affaire. Un auteur a succès qui disparaît : quel beau titre, même si cela s’était déjà vu par le passé. Mais, la maison d’édition coupa court à toutes leurs spéculations par un laconique communiqué. Mademoiselle Rostand avait pris des congés en omettant de prévenir sa famille. Elle ne souhaitait pour l’instant ne divulguer aucune adresse, encore moins accorder la moindre interview. Elle peaufinait pour la rentrée son dernier ouvrage et réapparaîtrait bientôt pour sa très prochaine promotion.

« Que cela ne vous empêche pas de travailler ! » nous menaça le commissaire alors que nous étions maintenant à plus de trois semaines du dépôt de plainte et que notre rapport restait, malgré les tournures littéraires d’Harvey qui en avait soigné la forme, désespérément vide sur le fond.

-La maison d’édition est également très inquiète et d’après elle, ce démenti ne vous laisse que quelques jours pour que votre enquête aboutisse avant que ce ne soit la curée. Après, vous ne pourrez alors plus rien faire, les journalistes étant capables de n’importe quoi. Les éditeurs ont également porté plainte secrètement et leur annonce est un faux dont ils se sont entendus avec le procureur. Comme ce ne sont pas eux les organisateurs d’une fausse disparition de leur auteur à succès, ils sont en pleine rentrée littéraire, très nerveux…
-Elle aurait signé ailleurs ? proposa Harvey.
-Leurs concurrents jurent leurs grands dieux que nom !
-Peut-on les croire ?
-Les éditions croient surtout en leurs avocats et sur le contrat-béton obligeant mademoiselle Rostand à publier uniquement chez eux.
-Ils ont droit de faire cela ?

Harvey me lança un regard sombre. Il avait horreur que j’affiche ma naïveté devant le patron.

J’avais ramené le chaton chez moi. Je trouvais cela plus pratique pour le nourrir. Il s’était laissé faire comme s’il me connaissait depuis de longue date. Je m’étais arrangé avec Félicitée pour qu’elle vienne habiter chez moi durant le week-end et ainsi, s’en occuper durant mon absence. Elle avait trouvé « génial » de pouvoir quitter la caserne où seuls, les élèves originaires d’outre-mer étaient cantonnés le samedi et le dimanche. Ce pied à terre en ville dûment approuvé par sa hiérarchie grâce aux « besoins de l’enquête » qu’Harvey et moi avions fait valoir était quelque chose d’inespéré.
« Pourvu que vous ne retrouviez pas sa maîtresse trop vite ! » s’était exclamé ma stagiaire en riant et en m’embrassant goulûment sur les deux joues. Cette liberté que je lui offrais dans le carcan de sa formation policière n’avait pour elle pas de prix. Exilée de son île où, depuis toute petite, une famille à géométrie variable lui avait laissé faire exactement ce qu’elle voulait, elle souffrait énormément de la discipline militaire qui était désormais la base de son instruction.

La perspective du week-end en dehors de tout contrôle hiérarchique emplissait son horizon d’un autre bleu que celui des uniformes. Dans ses yeux, il était déjà outre-mer : elle utiliserait à sa guise ma garçonnière pour y inviter ses jeunes et nombreux « fiancés » pendant que moi, je lui promettais de ne rien dire du tout à Maman. Elle avait l’amour si facile. Je l’enviais un peu, moi qui n’aimais que moi. Je pense maintenant avec le recul que ma naïveté naturelle a pu être un excellent élément de séduction. Elle m’embrassa avec des yeux coquins. Se furent les seuls à me voir rougir.

L’enquête nous obligea à retourner questionner la sœur aînée de notre « cliente ». C’était à vrai dire la seule piste que nous avions; elle était à la fois la « source » de l’affaire en ayant porté plainte et également celle qui connaissait la mieux la disparue. D’elle, nous ne possédions que peu d’éléments de personnalité. Pas même les photos que nous avions oublié d’emporter. Harvey convint de cette nécessité bien que l’idée ne l’enchantât pas. Il rechignait à retourner au Toulon.
-Je ne comprends pas. Je te croyais à « bon port » chez cette dame ?
-J’ai seulement voulu la flatter pour la faire parler. Que pouvais-je trouver d’autre à dire à ce laideron ? Tu as vu, elle me parlait comme si, elle connaissait déjà tout de moi.
-C’est une personne sensible, compréhensive. De plus, habitant Périgueux depuis toujours, elle doit nous connaître. Du moins, de réputation.
-A mon avis, elle nous connaît mieux que cela. D’où a-t-elle appris que j’aimais lire. J’ai eu l’impression d’être deviné, j’ai cru me retrouver face à ma mère.
-Où est le problème ?


Harvey ne parlait jamais de ses parents. Je pense qu’il est entré dans la police pour fuir sa famille. Il est originaire de Périgueux mais jamais nous ne rencontrons des membres de sa parenté. A croire qu’il est orphelin. Peut-être de la DASS. Enfin, entre nous, le sujet est tabou d’où mon étonnement de le voir ainsi évoquer sa mère face à Mademoiselle Rostand. Il se peut qu’il y ait un rapport. Ses multiples conquêtes parmi la gente féminine lui permettaient peut-être de retrouver sa mère qu’il n’avait sans doute pas connue pour de mystérieuses raisons. Je me souviens qu’il y a de cela déjà fort longtemps, Maman m’avait fait la lecture d’un article de son journal féminin qui traitait de ces choses. On y professait que les hommes recherchent toujours le souvenir de leur mère perdue dans leurs conquêtes amoureuses et dans le choix de leur compagne. Maman avait alors déclaré :
-Qui sait si tu ne dois pas attendre ma mort pour te marier ?
Elle riait en disant cela. Je riais aussi tout en pensant que je convolerais en justes noces le jour où je rencontrerais la femme de ma vie. Je ne savais pas alors que ma vie appartenait à Maman. Comme la sienne à Papa.

Vous avez reçu des nouvelles ?
-Ce serait plus à moi de vous poser cette question, inspecteur. J’ai déposé une plainte pour que vous enquêtiez afin de me dire où se trouve ma sœur si par chance elle est encore en vie et pourquoi est-elle partie.

-Ne dites pas cela ! j’intervins plus pour secourir mon coéquipier que pour la rassurer. La plupart des autres personnes qui la connaissent sont optimistes. Ils pensent qu’elle est tout simplement partie en vacances !
- En abandonnant en cette saison ses lecteurs et son chat ?
-A propos de chat, je dois vous informer que j’ai pris celui de votre sœur pour l’instant chez moi. Cette bête mourrait de faim et j’ai cru…

-Je sais, m’interrompit-elle. Vous avez bien fait. J’ai toujours eu horreur de ces bêtes. En disant cela, elle jeta un œil attendri à ses deux oiseaux qui se balançaient sans enthousiasme dans leur cage. Ce sont des inséparables. Ne sont-ils pas mignons ensemble ?
Elle ne comprenait pas que sa propre sœur aimait les chats, animaux si indépendants donc si cruels. Elle nous resservit du café. Nous attendîmes elle et moi qu’Harvey pose ses questions mais, il restait muet. Je voulus encore l’épauler.
-Un chat, ça vous apprend la liberté.
-L’ingratitude, Monsieur Lavigne. Il va vous apprendre à trahir, méfiez-vous !

Je portai ma tasse à mes lèvres pour qu’elle ne devine pas davantage mes pensées. Elle tourna la tête vers Harvey qui, aussitôt but une gorgée de café.
-Très bon ! Vraiment très bon ! : insista-t-il.
-Ne vous donnez pas cette peine, inspecteur. Je sais que vous ne l’appréciez pas, tout comme vous ne m’appréciez guère. A nos âges, voulez-vous, cessons de jouer les hypocrites.
-Nous sommes là pour l’enquête chère Madame…
: sourit-il.
-Mais vous êtes également là pour faire le joli cœur. C’est votre emploi. Apparemment, faire le galant avec moi ne semble pas vous convenir. Je vous en prie : ne vous forcez pas ! Arrêtons donc les simagrées.
Je sentais Harvey tout à la fois décontenancé d’être ainsi si facilement deviné et soulagé par la liberté de ton de son interlocutrice.
-Je sais que ma sœur ne reviendra pas. Sinon, à vous deux, vous l’auriez déjà retrouvée.
-Il est trop tôt pour se prononcer Madame. Nous avons trouvé une lettre. Nous avons pensé que vous pourriez nous aider à en comprendre le contenu.
-Je n’ai pas pour habitude de lire le courrier de ma sœur.
-C’est une lettre anonyme.
-Ah ?
-Le genre de lettres qui peuvent-être lues par tout le monde car l’absence de signature lui ôte tout caractère confidentiel.
-Où avez-vous trouvé cette lettre ?

-Dans un livre sur le bureau de votre sœur. L’enveloppe semblait servir de marque-page selon un certain temps si on en croit la date d’envoi.
Harvey sortit le courrier de la poche intérieure de sa veste et le tendit à Mademoiselle Rostand. Elle se leva pour aller prendre une paire de lunettes posée sur une commode couverte de napperons. Elle revint s’installer dans son fauteuil juste face à nous. Son visage resta impassible durant toute sa lecture puis :
-Quand l’a-t-elle reçue ?
-L’enveloppe ne le précise pas. Cela vous dit-il quelque chose ?


Le tic-tac de la grosse horloge meubla le silence qui suivit. Mademoiselle Rostand ne pouvait dissimuler une certaine nervosité. Elle regardait autour d’elle comme pour accrocher son regard à autre chose que ses interlocuteurs. Autour de nous, il n’y avait que des meubles. Je les observai également. Ils étaient mieux entretenus que ceux d’Anna, mais je regrettai que tous ces napperons et bibelots cachent la belle texture du bois. Seul un guéridon également de merisier rouge pouvait laisser apparaître ses veines rosées. Ce meuble suscitait apparemment tous les soins de la maîtresse de maison car il était parfaitement lustré. Malheureusement un défaut d’un des pieds le rendait légèrement bancal. Je pensai que dans l’atelier de Papa, il serait possible de trouver le morceau de bois de la même essence qui conviendrait pour une minime réparation. D’ailleurs sur le plateau, Mademoiselle Rostand avait oublié une planchette également en merisier et qui devait certainement servir de cale. Elle vit mon regard, se leva prestement pour aller ranger cette incongruité dans le tiroir de la commode. Gêné d’avoir par mon seul regard provoqué un tel trouble, j’essayai :
-Vous avez un charmant intérieur. Moi aussi, j’adore les meubles. Cela me vient de mon père. Il était menuisier et en construisait beaucoup.
- Ce sont là tous les meubles de nos parents,
dit-elle presque en s’excusant.
- Pas ceux de chez Anna ?
Cette fois-ci c’était moi qui devinais.
- Non ! Ma sœur n’est pas suffisamment soigneuse. C’est moi qui les conserve. Ils demandent beaucoup d’entretien et elle…
- Je sais, je sais ! Ma maman est très maniaque avec les nôtres. Pour rien un monde, elle me laisserait toucher ne serait-ce qu’un chiffon. Elle a trop peur que je les abîme.

Par courtoisie, je ne parlai pas du défaut du guéridon.
- Alors ?
- Pardon ?
- La lettre ?

Des larmes perlèrent à ses yeux. D’un mouvement rapide, elle les épongea de son mouchoir. Elle n’avait pas pour habitude de perdre contenance, aussi reprit-elle rapidement son quant-à-soi.
- C’est une lettre de notre père.
- Egalement un souvenir de famille ?
: hasardai-je. Votre sœur et vous devez également y être très attachées ?
- Je la découvre avec vous. Ce qui est bizarre est qu’il ne l’a pas expédiée à nous deux mais à elle seule.
- A l’époque, elle était trop petite pour la lire. A qui est-elle adressée ?
s’impatienta Harvey. Vous ne vous souvenez pas de l’avoir un jour aidée à lire cette correspondance ?
- Monsieur Lavigne, elle vient de recevoir cette lettre et nos parents sont morts depuis trente ans !


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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Jeu 27 Sep 2007 - 9:20

Ah ben mince! Il n'y a plus personne qui me corrige mes fautes...
Vous êtes parties?
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Jeu 27 Sep 2007 - 9:31

-C’est un ouija !
-Pardon ?
- La planchette de bois posée sur la petite table chez Mademoiselle Rostand est un ouija.
-Tu veux dire le guéridon ?
-Oui.
-…
-Tu ne me demandes pas ce qu’est un ouija, toi le grand spécialiste des meubles ?
-Je ne me le demande pas parce que tu vas me l’expliquer, Monsieur Je sais tout !


Harvey adore les devinettes. Je n’ai pas sa curiosité. Ainsi, le type qui sort de l’hôtel avec des lunettes de soleil alors qu’il pleut, Harvey l’a deviné.
-Lui non plus tu ne le reconnais pas sous son déguisement ?
-…
-C’est l’adjoint à la culture.
-Lui ? Tu rigoles : c’est un barbu ! Monsieur Montfleury est bien trop raffiné pour se laisser pousser la barbe.


Je sors mon sandwich-rillettes de la glacière car il est déjà dix heures. Harvey allume l’auto-radio. C’est l’heure de son émission sur France-Musique. Je mange mes rillettes en écoutant son Mozart.
-A supposer qu’elle soit fausse sa barbe, à quoi ça lui sert de se cacher pour aller voir les putes. Tout le monde est au courant que c’est un obsédé. Il passe son temps à organiser des galas de danse.
-Il n’a rien d’un obsédé. Il respecte trop les artistes. J’ai vu quelques uns de ses spectacles. Par contre, vivre avec une telle réputation, ce ne doit pas être tous les jours facile pour une personne si sensible. Du coup, il nous fait son cinéma. Il sait très bien que je le reconnais. Il fait ça pour nous. Nous sommes son public. Et à la différence de nos concitoyens, nous, nous le fliquons officiellement. Les putes, je suis sûr qu’il ne les baise même pas. Il doit discuter avec elles, c’est tout.
-….
- Mettre des danseuses en valeur, c’est la seule chose qui l’intéresse dans la vie. Après le regard sur lui d’une ville qui ne comprend rien à l’Art, c’est autre chose. Il compose comme il peut avec le mépris.
- Mais, si d’autres que toi le reconnaissent déguisé en Landru, son honneur part en fumée.
- Son honneur, il le garde pour lui. Il se montre à nous tel que les gens veulent le voir. Il n’attend plus aucune reconnaissance, depuis le temps. Du moment que chaque année, le conseil municipal lui reconduit son budget, cela lui suffit. Il veut rester dans l’ombre, conforme à l’image que cette ville se fait de lui. C’est toujours le public qui décide. Pour ne pas le choquer, il en rajoute. Par dépit, sans doute. Il espère seulement que ses artistes aideront tous ces gens à apprécier un peu le « Beau ». Ce n’est pas un métier facile.
-C’est quoi ton oui-da ?
-Chtttt !


Harvey écoute un passage. Il me montre la radio du doigt et me sourit. Moi, ce n’est pas mon genre d’émissions. Je récupère dans le fond de la glacière, le bocal de cornichons pour en agrémenter mon sandwich. Ce sont des cornichons du jardin. Chaque été, Maman en fait des bocaux qui me tiennent toute l’année. Celui-ci d’ailleurs, c’est le der de der : Le dernier de l’an dernier. Après, j’attaquerai les nouveaux.
-Savoureux !
- N’est-ce pas ? C’est grandiose.

Je suis content qu’Harvey soit de mon avis même si curieusement, il n’a pas faim et me fait signe de refermer le bocal que je lui tends. La musique s’arrête. Il coupe l’auto radio pour savourer le silence qui serait encore du Mozart.
Puis :
-Un ouija sert à communiquer avec les esprits.
- C’est ça et donc je ne peux pas comprendre !


J’ai horreur quand Harvey me parle comme cela. Son coup de l’adjoint à la culture, je l’ai parfaitement compris. Il suffit qu’on m’explique. Je n’avais pas deviné, c’est tout. Moi, je n’y connais rien à la danse. Les seules fois où je suis allé en boîte de nuit, c’était en service pour intervenir sur des bagarres !
Harvey n’a pas été long à me rattraper avec ses longues jambes. Encore un truc que j’ai de moins que lui.
-Fais pas le couillon, Lavigne ! Reviens, tu m’as mal compris !

C’est ça, je ne comprends rien ! J’ai oublié de vous signaler que je suis un con ! Je m’en charge avant qu’Harvey ne le fasse à ma place. Je suis le con de service. Seulement, ce qu’Harvey ne sait pas, c’est ce qui s’est passé entre Félicitée et moi. Je ne le lui dirai certainement pas. Lui qui saute sur tout ce qui porte jupons, ne pourrait pas comprendre. Il existe des moments uniques dans la vie d’une personne. Des moments sacrés. Je remonte à pied au commissariat. Il n’aura qu’à ranger la bagnole au garage. Tout seul pour une fois. Je ne vois pas pourquoi, je n’aurais pas le droit à mon chauffeur ! Trente ans de carrière dans la police, l’administration doit reconnaître ma valeur. Une voiture de service avec chauffeur : voilà ce que je mérite. Pour auditionner les témoins. Félicitée leur téléphone pour organiser mon planning de rendez-vous. Harvey me conduit à leur domicile. C’est moi qui pose les questions. Je mène ma propre enquête et le soir, je dîne à l’auberge du Pouyaud. A la table du commissaire. Il est content de voir que je suis venu avec ma collaboratrice. Elle porte une robe superbe. De ravissants pendentifs en fleurs de châtaigner. Les autres tables la regardent, assise à mes côtés. Monsieur le commissaire insiste pour me faire goûter le vin. Je diffère mon avis : il faut savoir faire patienter un sommelier. Des fois qu’il aurait des remords comme n’importe quel suspect ! Mon supérieur apprécie mon savoir-faire. Au bout d’un long silence, je souris au larbin. Soulagé, l’individu sert d’abord Félicitée, puis le commissaire. L’atmosphère se détend : chacun rit de ma plaisanterie, nous sommes entre gens d’esprit !

-Lavigne, vous tombez bien ! Allez me chercher Dubuisson, j’ai du nouveau pour vous !
- Bien Monsieur le commissaire !


Je suis arrivé au commissariat trempé. Dans ma réalité. Je mets à sécher mon béret sur le haut de l’armoire. Les filles sont retournées à l’école. Nous n’aurions plus besoin d’elles. Personne ne sait que Félicitée viendra ce week-end chez moi. Je ne parlerai pas. Je ne dirai rien. Il ne faut pas. Même pas à Maman. Surtout pas à Maman. Il faudra que j’invente quelque chose. Ne croyez pas ça : j’ai de l’imagination.
Harvey arrive enfin. Il a l’air navré. On le serait à moins. Avant qu’il ne s’excuse, je le prends de haut :
- Enfin, te voilà ! Je t’attendais. J’ai du nouveau.
- Ah ?
- Le commissaire nous attend !


Dans un binôme, c’est important de veiller à l’égalité. C’est comme dans un couple. Il ne faut pas que l’un prenne le pas sur l’autre. Harvey l’a compris à mon ton. Je n’insiste pas et nous montons d’un même pas l’escalier qui mène au bureau du patron.

-Les gars, j’ai des nouvelles de votre disparue. (Il ménage un suspens). Elle a été vue samedi dernier au marché de Sarlat !
-J’y étais, Monsieur le commissaire, j’y étais ! Je devais acheter un sécateur pour Fé, pour fé, pour fai …
-Ne bégayez pas Lavigne, gardez votre calme ! Pour faire les vendanges ?
- C’est cela Monsieur le commissaire, chez Monsieur Arguenau notre voisin, il y avait aussi …
- Je sais, je sais, vos vendanges, vous les racontez tous les ans à tout le commissariat. Le vin sera-t-il bon cette année ?
- Excellent Monsieur le commissaire, très certainement excellent. Je vous en rapporterai quelques bouteilles le moment venu, c’est un vin qui ne se garde pas trop, mais…
- C’est gentil Lavigne, mais vous savez que je ne veux pas d’alcool pendant le service !
- Ca, jamais ! Monsieur le commissaire, vous pouvez me croire ! Tenez, demandez à Harvey ?
- A qui ?
- A moi !
me sauve Dubuisson. Notre équipe se ressoude. A la façon dont il est venu à ma rescousse, je sens que mon partenaire ne me tient pas rigueur de mon emportement. En deux phrases, il se porte garant de ma conduite et je me crois sauvé.

- C’est dommage que nous ne l’ayons pas vue sur ce marché !
Je deviens aussi pourpre que ma chemise.
-Qui ?
- Et bien la disparue! Je suppose que vous ne l’y avez pas aperçue puisque vous restez là les bras ballants ?
- Ah ! La disparue… Non, bien sûr. Mais comment sait-on qu’elle y était ?
- Une commerçante l’a reconnue. Une brave dame qui l’a connaît bien car elle tient son étal de fraises le mercredi à Périgueux. Le samedi, elle les vend à Sarlat. Mademoiselle Rostand faisait comme si elle ne la reconnaissait pas, quand cette vieille personne l’a appelée. Elle se cachait d’elle derrière des lunettes noires comme une touriste. Sachant que nous la recherchions ici et vexée sans doute par son attitude, elle a raconté son histoire aux collègues qui surveillent les halles.
- Et bien, alors l’enquête est terminée ?
- Lavigne ! La disparue a été aperçue, pas retrouvée. Vous allez apporter cette bonne nouvelle à sa sœur mais après je compte sur vous pour vous mettre à ses trousses. On ne déclenche pas impunément une enquête pour personne disparue et Anna Rostand toute célèbre et adorable qu’elle soit devra nous fournir quelques explications.


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Vilain
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Jeu 27 Sep 2007 - 11:03

Vic Taurugaux a écrit:
Ah ben mince! Il n'y a plus personne qui me corrige mes fautes...
Vous êtes parties?

.....Je me doute bien que tu comptes pas sur moi pour ça....t'en fais moins que moi....Mais c'est lisible ton truc.... Ange
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Romane
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Jeu 27 Sep 2007 - 11:18

Je suis là, voyons ! Je contemplais l'art moderne en premier plan devant l'art d'avant ; le grillage devant les menhirs.
Je vois que Vilain m'a prise de vitesse pour corriger.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Jeu 27 Sep 2007 - 14:23

Tant que j'ai Vilain comme correcteur, je suis au moins sur d'une chose: ma note ne va pas tomber.
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Jeu 27 Sep 2007 - 14:47

Ta cote non plus, avec nous tous.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Jeu 27 Sep 2007 - 17:36

Vic Taurugaux a écrit:
Ah ben mince! Il n'y a plus personne qui me corrige mes fautes...
Vous êtes parties?

Ah ben non, elles sont là. Je retire ce que j'ai dit. Maintenant, j'ai tout à recorriger. Ca m'apprendra
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Ven 28 Sep 2007 - 6:40

Je ne suis plus le même homme depuis que j’ai fait l’amour avec Félicitée. Il y a comme un avant et un après. Avant, c’était le passé. Maintenant, il faut que j’apprenne à contrôler mes réactions. Ce sont des réactions de fierté. D’orgueil ? Les gens ne me connaissent pas comme cela. Je dois faire comme l’adjoint à la culture. Ne pas les brusquer. Mais Harvey aussi à changé. Il semble plus à l’aise pour parler à Mademoiselle Rostand.

- Si votre sœur se cache à Sarlat, c’est sans doute qu’elle s’est brouillée avec son entourage de Périgueux et si ce n’est pas avec vous… ?
- Mais pourquoi ne m’a-t-elle pas avertie ? Je suis sa sœur. J’ai toujours été là quand elle a eu des ennuis.
- C’est peut-être qu’elle souhaite régler le problème seule. Elle est grande. Elle n’a pas forcément besoin que vous jouiez encore sa maman. Avez-vous repensé à la lettre ? Vous disiez qu’elle était de votre père alors que celui-ci est décédé?
- Evidemment, sur le coup : l’émotion…Mais, bien sûr, c’est elle qui l’a écrite. Je reconnais son talent. Un exercice d’écrivain sans doute ! Elle n’a que très peu connu notre père, grâce à sa plume, elle a ainsi voulu le faire revivre. Et pour moi, cela a été plus que réussi. Mais, chez elle: sans doute une blessure de plus que je n’ai pu panser.
- Vous avez raison. C’est l’explication logique de ce pseudo-courrier qu’elle se serait envoyé à elle-même. Quels genres de livres écrit-elle ?
- Monsieur Dubuisson, vous ne nous avez pas lues ?
- Eh bien ! Chère Mademoiselle, voyez là une preuve supplémentaire de mon inculture.
-Ma sœur écrit des romans historiques. Nous sommes en Périgord, pays de châteaux et fiefs de nombreuses et prestigieuses familles. Leurs sagas sont parfois édifiantes, savez-vous ?
- Je m’en doute et je comprends mieux l’intérêt des lecteurs. Mais, cela doit lui demander un grand travail de documentation ?
-C’est vrai ! Et sur ce point, Anna n’est pas suffisamment sérieuse. Elle est jeune. Ce qui lui plaît, c’est la fantaisie. Elle ne me comprend pas quand … Oh ! Pardon, je suis désolée…



Mademoiselle Rostand a renversé du café sur un de ses napperons. Elle a l’air embêté. Elle se lève rapidement pour sauver les dégâts. J’entends le bruit du robinet de la cuisine et je me demande comment Maman aurait fait pour enlever cette tâche. Je repense toujours à Maman. Je suis inquiet. Elle s’est fait hospitaliser jeudi soir. Elle ne se remet pas du coup de froid pris après avoir transpiré l’autre jour dans la vigne. A soixante dix-sept ans, je le lui ai dit : elle ne devrait plus travailler dans les terres. Je regarde machinalement sous mes chaussures et Harvey me fait signe de me tranquilliser. Je n’aime pas voir les gens dans l’embarras mais là, je me sens inutile. Impuissant. Il faudrait que nous partions pour Sarlat maintenant.
Pour retrouver Anna.

Mademoiselle Rostand revient s’asseoir devant nous. Elle a très certainement du savoir pour son napperon car elle a repris son calme.
-Je vous prie de m’excuser, Messieurs. De parler d’Anna qui n’est toujours pas revenue me trouble et je me suis laissée empo…
-Nous comprenons très bien, Mademoiselle. D’ailleurs, nous ne souhaitons pas vous déranger davantage. J’ai fourni une description de votre sœur à mes collègues de Sarlat. Dès qu’ils l’auront retrouvée, je pense qu’elle nous fournira à tous des explications sur cette petite fugue.
-Vous croyez qu’ils vont la retrouver rapidement ?
-Malgré son importance aux yeux de mon ami Lavigne, Sarlat reste une petite ville !


J’adore Harvey. Il sait réconforter les gens mieux que je ne pourrais le faire. De dire que je suis son ami me fait le plus grand bien. J’aimerais lui dire que je m’en veux pour ce matin, mais devant Mademoiselle Rostand, je ne peux pas : pauvre femme, je ne veux pas l’accabler davantage par mes problèmes.

Sur le trottoir, Harvey marche à grandes enjambées. Il n’a pas le temps d’écouter ce que je voudrais lui dire. Il gamberge. Comme nous sommes toujours en service, je réfléchis à sa suite. A la suite. C’est vrai, à Sarlat, il y a Meynardie et Peyrebrune. Je les avais oubliés, eux. Ce n’est pas pour rien. J’aurais aimé enquêter à la maison. Mais, je les vois d’ici :
-Alors, Lavigne, ils t’ont rétrogradé que tu reviens au pays ?. … Ca nous fait plaisir que tu n’aies pas oublié les vieux copains !
Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours détesté Meynardie et Peyrebrune. Déjà à l’école, ils faisaient tout pour m’humilier. Des blagues sur mon père. Qu’il serait parti avec une autre femme. Un jour, ils ont…Il faut que je me concentre sur l’enquête. Harvey me le dit toujours :
-Lavigne, fais un effort, concentre-toi sur ce qui se passe maintenant. Tu dois vivre avec ton temps …
Vivre avec son temps : Ce n’est pas si facile !

Et si… Si, s’ils lui faisaient du mal. A la petite. Ils en seraient capables. Ils sont capables de tout. Je voudrais le dire à Harvey mais lui, rien de cela ne semble l’inquiéter. Il vient de tourner dans la rue Wilson au lieu de revenir au commissariat. Dans cette rue, à côté du boucher et tout près du caviste, il y a une librairie. C’est la librairie d’Harvey. Je veux dire, la librairie où il achète tous ses livres. D’habitude, je l’attends devant la vitrine du caviste. Je lis les étiquettes. Il vend aussi de la bière. Il y en a en devanture. C’est une drôle d’idée… Mais, cette fois-ci, Harvey me fait signe de le suivre à l’intérieur de la librairie. Quand je rentre, il est déjà en grande discussion avec le libraire. Harvey me présente. Le libraire me tend la main comme s’il me connaissait. Il a l’air sympathique. Je ne vais pourtant pas lui dire que je ne lis jamais de livres. Il s’en va dans sa réserve chercher un carton. Une femme s’approche de nous, elle fait la bise à Harvey et puis à moi ! C’est la femme du libraire. La libraire. Elle me demande si je pense que les cèpes vont encore se trouver après le froid qu’il a fait ce matin. Ce n’est pas étonnant qu’il soit si sympathique avec une femme si gentille. Mais, je n’ai pas le temps de lui répondre ; son mari revient avec un lourd carton.

-Tu sais, j’ai lu… D’accord, c’est bien écrit et elle a de bonnes idées. Mais, à mon avis, elle ne les exploite pas suffisamment. Je ne vais pas cracher dans la soupe, mais son succès est un peu usurpé : elle est dans l’air du temps. Du roman historique. Enfin, je te souhaite beaucoup de plaisir, tu en as quinze à lire. Tiens, la facture pour tes notes de frais !

Il est des moments dans la vie où l’on se sent seul. Où votre univers s’écroule. Je ne sais pas si cela vous est déjà arrivé ? Depuis une semaine, je m’étais volontairement éloigné de mes proches, des gens qui comptaient le plus pour moi, en leur cachant la vérité. Ma vérité. Félicitée. Je ne souhaitais en parler à personne. La garder rien qu’à moi. On existe vraiment que dans les secrets. Parfois, les confidences. Comme celle que je vous fais. Mais, c’est la première fois que je mentais à Maman. Par omission. A Harvey. A tout le monde et même au commissaire. Je me confinais dans mon bonheur comme un canard dans son bocal ! Car, je pensais enfin avoir droit à ce mensonge à plus de quarante-sept ans. L’amour me donnait des ailes et j’avais décidé de prendre mon envol quand voila qu’Harvey, en qui j’avais toute confiance, me mouillait dans une malversation dont jamais, je ne l’aurais cru capable. Bien sûr, il nous était arrivé d’aller dans certains restaurants où, dans l’ambiance, nous avions commandé pour plus cher que ne permet le barème. Quelquefois. Mais, c’était des extras. Enfin, je ne conteste pas mais de là à se faire payer ses livres avec des notes de frais. Quand vous avez idée du nombre de livres qui s’entassent chez lui. A y repenser, cela représente une fortune : un stock. Voilà le mot : un stock. Jamais, je ne me serais imaginé qu’Harvey … Maintenant, la phrase de Félicitée me revient : Qui vole un œuf, vole un bœuf ! C’est donc vrai. Harvey a dérapé et peut-être est-ce ma propre gourmandise qui l’a précipité dans le trafic de bouquins ? Il est vrai qu’il me parlait parfois de ses lectures de façon si exaltée ! Et moi qui ne me doutais de rien. Il doit depuis longtemps être accro à cette drogue qu’inconsciemment j’ai toujours éloignée de moi. Je remercie intérieurement Maman qui m’a prévenu durant mon adolescence, (âge propice à toutes les perditions), que la lecture ne peut qu’abimer les yeux ! Sans doute, en connaissait-elle des dangers plus effroyables, mais cette brave femme, en se défendant de me les citer m’a évité très certainement le pire.

Mon collègue est dans la panade. Je me dois de l’aider. D’avoir le courage d’une action.
-Harvey ! Tu devrais arrêter de fréquenter ces individus ?
-Quels individus ?
-Les libraires. Tu ne vois pas que tu es sous leur emprise ? Une seule chose les intéresse : ta consommation de bouquins. Je ne veux pas savoir à qui tu les revends mais tu as dépassé la dose convenable : ils te les procurent désormais à pleins cartons. Tout cela, avec l’argent du contribuable. Arrête ! C’est ton ami qui te le dit.
-J’apprécie le souci que tu te fais pour moi Lavigne. Mais, ces bouquins sont nécessaires à l’enquête. Si nous souhaitons retrouver Anna, il faut la lire. Sa piste est dans ses bouquins.
-Mais non Harvey ! Sors-toi de là ! Reviens dans la réalité. Le commissaire nous l’a bien dit : sa piste est dans Sarlat.
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Ven 28 Sep 2007 - 22:11

La poste n’est plus ce qu’elle est depuis que l’on a démantelé les P.T.T. Bertrand Le Bret qui travaille à l’imprimerie du timbre me l’a dit : moins de timbres français égal moins de courrier. Les gens ne correspondent plus. Sinon, que par internet. Des mails. C’est de l’anglais que je ne comprends pas. Je ne vais tout de même pas apprendre l’anglais et en plus m’acheter un ordinateur comme me le propose toute cette publicité qui bouche ma boîte aux lettres et empêche la sienne de me parvenir. Ca fait six mois qu’elles sont parties pour la Seine Saint-Denis. Où ils manquent d’effectifs. Six mois avec toute sa promotion. L’effectif, ils n’ont que cela à la bouche dans leurs bureaux de parisiens. Mais, l’affectif, l’affectif du policier de base, qu’est-ce qu’ils en font ?

Elle me l’a dit avant de partir qu’il fallait être raisonnable, que nous n’avions pas le même destin. Elle a eu des mots gentils, a pris des nouvelles de Maman, dit qu’elle ne nous oublierait pas. C’est une fille des îles. Le voyage… Il faut qu’elle voyage Un peu comme les palombes, vous voyez ? Vous pouvez toujours avoir de beaux ramiers comme l’oncle d’Escoire… mais ces bêtes-là, elles vivent pour le vent. Mon appartement était trop petit, nous ne pouvions pas vivre comme les inséparables de Mademoiselle Rostand. Je lui ai donné mon adresse. Au cas où elle aurait un coup dur. Là-bas, faire la police, ce n’est pas toujours facile à ce qu’on dit. Mais je ne veux pas sur elle vivre en parasite. M’accrocher à sa jeunesse comme un vieux lierre. Je ne souhaite pas comme Harvey monter bien haut. Devenir un chêne ou même un tilleul. Non ! juste être son arbrisseau. J’ai ouvert la porte de la cage, elle est partie, je reste avec mes racines.

Je n’ai rien dit à Maman. Cela ne la regarde pas. Est-ce que je vais moi, épier ses amours ? C’est mon secret mais pour qu’il dure, il faudrait juste que la poste fonctionne.



Mademoiselle Rostand est aussi triste que moi. Sa petite sœur ne revient plus. Vous pensez : mettre Meynardie et Peyrebrune à ses trousses, je ne sais pas si c’était la meilleure idée qu’Harvey ait eue. Il a fini de lire ses bouquins. Bien sûr, pas d’Anna à l’intérieur. Comment voulez-vous trouver un auteur dans ses livres ? Une fois que son livre est écrit, l’auteur va voir ailleurs, il n’y reste pas. Surtout un auteur comme Anna. Elle aussi a la bougeotte. Elle a toujours été comme cela. Depuis toute petite.
Je dis :
-Il n’y a guère que dans Rustica que les mêmes journalistes reviennent tous les mois pour écrire leur article. Il y a pour chacun leur photo sur leur page, un peu comme leur adresse, on ne peut pas se tromper. A part pour le numéro du mois d’août, ils sont tous toujours là. J’en ai l’expérience, avec Maman, nous sommes abonnés depuis vingt-cinq ans.

Mademoiselle Rostand me sourit. Elle sait que nous partageons la même douleur. Harvey :
-Qu’en dit votre père ?
-Actuellement ? Que nous n’avons pas le même destin.
-Il a tort ?
-Non, bien sûr, il a raison. C’est moi qui ai été assez folle pour croire à tout cela.
-C’est tout de même une belle œuvre. Quinze tomes pour une Histoire du Périgord et dernièrement, vous venez encore de recevoir un prix.
-C’est du passé maintenant.
-Pas pour votre éditeur. Mais, il a retiré sa plainte. Il a l’air très content.
-Oui, nous aurions pu en faire quinze autres, mais nous avons revu le contrat. Il nous a compris. Désormais, c’est fini.


Mademoiselle Rostand se lève soudainement pour aller chercher à la cuisine le service à café. Je veux l’accompagner mais Harvey me fait signe de rester assis sur mon siège. On entend le bruit des tasses. Elle revient et nous sert.
-Cela a dû vous demander un énorme travail de documentation. Pourquoi ne pas avoir co-signé les ouvrages ?
-C’était une idée de l’éditeur. Que tout vienne d’Anna, une femme érudite et belle à la fois. M’y ajouter aurait cassé l’image.
-Ce n’est pas juste !
-Vous trouvez la vie juste, monsieur Harvey ? Vous avez perdu toute votre famille à la fin de la guerre m’a-t-on dit ? L’Histoire n’est pas juste. Vous l’avez lu dans nos livres. Pourquoi nos petites vies le seraient ?
-Mais, et vos séances de spiritisme ?

Elle sourit.

-Vous avez deviné cela aussi, Monsieur l’inspecteur ?

Elle se lève pour aller prendre dans le tiroir de la commode la planchette que j’avais prise pour une cale. Quand elle me la met entre les mains, je constate que le bois en est bien trop beau pour une si basse besogne. Les veines du merisier s’enroulent autour d’un œil comme un tourbillon de fumée découvrant la plage claire de l’aubier.
-C’est la première fois que vous voyez un ouija Monsieur Lavigne ?
-Oui, effectivement, l’inspecteur Dubuisson, je veux dire Harvey m’a expliqué que c’était pour comprendre les gens importants.
-On peut dire les choses comme ça. Retournez-le.


Je fais pivoter la planchette entre mes mains et son autre face m’apparaît. Bizarrement, y sont inscrites toutes sortes de lettres. Des lettres d’imprimerie. Toutes les lettres de l’alphabet disposées en éventail et en bas de chaque côté d’un trait vertical les mots oui et non.

-Mesdemoiselles Rostand s’en servaient pour parler avec leur père, intervient Harley devant mon visage perplexe. N’est-ce pas, Angélique ?
-Ne recommence pas à te moquer de moi Harvey ! Je sais très bien qu’il est mort depuis très longtemps. On ne parle pas avec les morts.
-Nous si,
explique celle qui se laisse désormais appeler par son prénom par mon coéquipier. Ma sœur et moi communiquions avec l’esprit de notre père grâce à cet alphabet. Il suffit d’être comme vous sensible aux vibrations du bois et suffisamment attaché au défunt pour que celui-ci daigne se faire entendre. Regardez ce guéridon. Il est bancal. Ma sœur et moi y posions les paumes de nos mains, doigts écartés et après une longue méditation commune nous pouvions entendre notre père nous dicter notre conduite en bougeant ou non la table selon les lettres que nous lui désignions. Il est toujours resté ainsi à nos côtés depuis l’accident. Il lui arrivait de nous parler de notre mère que malheureusement nous ne pouvions percevoir. De ce fait, cette maison a toujours été habitée par l’ensemble de notre famille. J’ai continué ainsi le travail d’historien que mon père n’avait pu tout publier de son vivant. Mais, ne possédant pas ses diplômes, je n’avais aucune chance de voir notre travail commun un jour édité. Anna a une imagination débordante. Mais également une excellente plume. Sans doute pour rêver son histoire avec nos parents qu’elle n’a que si peu connus vivants. Elle brode sans cesse sur les contes que maman lui inventait quand elle était petite. Avec le temps, ma sœur est devenue de plus en plus belle. C’est Papa qui a eu l’idée d’en faire un écrivain célèbre. Moi, je n’ai pas un visage facile, n’est-ce pas ? En la voyant, la maison d’édition a tout de suite dit oui.
-Angélique
! Harvey lui prend les mains. Elle ne les retire pas. Vous aussi vous êtes belle à votre façon, mais les morts ne parlent pas. C’est un conte que vous-même avez inventé pour votre petite sœur.
-Vous croyez ?
-…
Toute seule, je n’aurais pas eu l’autorité nécessaire, vous comprenez ? Alors que si c’était Papa qui le lui disait…
-Elle vous obéirait.
Elle ne le veut plus. Et pour bien me le faire comprendre, elle a écrit cette fausse lettre que vous m’avez portée. Et maintenant, elle m’abandonne. Quelle goujate et quelle menteuse !
-Elle vous a écrit une belle histoire pour vous expliquer que votre papa vous a définitivement quittées. Mais, vous gardez de lui, chacune à votre façon son souvenir dans vos cœurs. Vous en continuant son œuvre et elle..
- Elle se référait de moins en moins à ses documents ! Aux faits réels ! A la fin, nous nous disputions sans cesse à ce sujet. Peu lui importait que les choses se passent à Périgueux, Sarlat ou Bergerac. Or les lieux pour l’Histoire sont importants, c’est comme cela que se construit la géographie.
-Votre famille était originaire de Bergerac, je crois ?
l’interrompt Harley.
- Nous ne le mentionnons pas dans nos livres ! Mais, vous avez raison. Nous y avons vécu jusqu’à l’accident.
-Mais, et ce dernier livre presque terminé ?
-Ma sœur refusait que j’y participe. C’était le sien ! Maintenant que nous connaissions le succès, nous pouvions nous séparer, disait-elle. Je pouvais reprendre la saga des livres historiques, vu leur succès, l’éditeur était d’accord, le public ne s’offusquerait plus d’un changement de prénom et elle, elle souhaitait s’adonner à la fiction pure. Elle n’en pouvait plus de notre nom, de nos ancêtres : tout ça l’étouffait alors que nous descendons tout de même d’une lignée célèbre.
- Je vois ! Elle souhaite désormais donner à ses personnages la liberté qu’elle revendique pour elle-même.
- Anonyme, elle risque surtout de devenir une inconnue !
- C’est son choix ! Peut-on considérer à présent que vous retirez votre plainte ?
- C’est ce qui vous semblerait le plus raisonnable ?



Mademoiselle Rostand lutte vainement un temps pour retenir des larmes qui depuis si longtemps espèrent encore couler sur ses joues.
Harvey en lui tapotant les mains respecte son chagrin puis l’informe qu’elle pourra toujours compter sur sa présence. A Périgueux, lui aussi se trouve parfois bien seul.
-Pour l’instant, elle n’a plus besoin de vous, dis-je au moment de prendre congé, mais vous savez : un jour ou l’autre, elle vous écrira. Les femmes, elles écrivent toujours !
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Dim 30 Sep 2007 - 10:16

Aujourd’hui, le froid est tombé sur Sarlat. On le sent sur les épaules en montant aux Enfeux. La poterne indique le passage. Durant la messe, Harvey a fait jouer du Mozart. Il est venu avec la voiture de service en compagnie de Mademoiselle Rostand. Moi, j’étais déjà là : le commissaire m’avait accordé la semaine pour accompagner Maman. Un peu avant, elle avait encore la force de plaisanter :
-Tu sais mon grand finalement je meurs comme j’ai vécu. C’est la vigne qui m’a été fatale.
Faut pas croire, Maman avait de l’esprit.

Monsieur et Madame Arguenau serrent des quantités de mains. Je ne savais pas que ma mère était aussi connue.
-C’est son petit ! chuchotent-ils à des paysans encore plus courbés et vieux qu’eux. Il travaille à Périgueux.
On me salue avec respect. Sans doute, j’impressionne un peu. J’embrasse de vieilles personnes que je ne connais pas. Elles, elles connaissent mon histoire, Maman la leur a suffisamment rabâchée. Elles veulent que je garde courage maintenant que je leur survivrai. C’est un bel enterrement. Monsieur le Curé a dit ce qu’il fallait. Sous les ifs, il y a aussi l’Antoine qui semble toujours tombé de la lune. Pour le cercueil, j’ai fait raboter le vieux chêne que Papa avait tourné de côté pour Maman. C’est du bois du même arbre que pour le sien : il n’a pas bougé. On peut le voir dans le caveau.
Monsieur Arguenau invite les gens à passer à sa ferme pour goûter le vin nouveau. Avec le froid, personne ne traîne pas, tous seront mieux devant sa cheminée. Pour raconter les choses.

C’est vrai qu’il est fameux. Il a un petit goût de noisette. Bien sûr, on ne peut encore rien dire, il est trop jeune. Mais Maman l’aurait apprécié : c’est Madame Argueneau qui le dit. Elle n’avait jamais l’habitude de laisser son verre vide, même ces derniers temps ! Les gens sourient. Comme les verres, un souvenir en rappelle un autre. Le vieux maître de maison tranche du pain. Je sors.

Cet automne n’en finissait pas et l’hiver est monté d’un coup du bas du vallon. Je descends le sentier qui mène aux arbres malgré toute cette peine qui me fait souffrir. C’est comme si une énorme poutre s’était fracassé sur mon crâne. Pourtant, j’ai un dernier rendez-vous. Les feuilles des châtaigniers ne sont pas encore toutes tombées. Un vent froid s’attache à les décrocher une à une. Déjà un épais tapis recouvre le sol et les premiers gels ont grillé les dangereuses fougères. Elles ne couperont plus personne. Leurs branches si altières pendent désormais lamentablement. Je descends encore. Je retrouve notre place sous l’arbre. Notre étreinte a laissé là son empreinte. La nature en détient précieusement le secret.


Maintenant le temps est compté, il faut déjà revenir. Je me hâte et mes jambes me font mal dans la côte quand j’aperçois sa silhouette qui se détache en contre-jour sur le haut du pré. Elle n’est pas seule, elle est venue avec Félicitée. Celle-ci court à ma rencontre :
-Anna est venue me prévenir pour ta Maman ; j’ai voulu t’envoyer un mail mais je n’avais pas ton ad…
Je l’arrête : Dis-moi plutôt comment tu vas ?
- Super, notre affectation est super ! Au début avec Maïté, nous avions un peu la trouille, tu sais le 93, ça craint. Mais, il y a un nouveau préfet : Déguise ou un truc comme ça, il a changé la politique, on ne monte plus au casse-pipe, on refait de la police de proximité. J’ai passé un diplôme de maître-nageur et … Anna nous a rejoint. Elle a l’air embêté : elle ne sait comment le lui dire, je crois qu’elle compte beaucoup sur moi. Pourtant, elle essaie :
- Tu sais Félicitée, nous n’avons plus beaucoup de temps…
- Mais si, si tu veux je pourrais conduire ta voiture cette nuit, j’ai passé mon perm…

Je dis :
- Vous ne repartez pas, Félicitée. Nous allons tous nous arrêter là… .
- Je suis allée te chercher pour que nous t’expliquions …
reprend Anna qui attend maintenant que je continue. Elle baisse la tête. Elle a du mal à trouver mes mots. Du coup, je ne sais plus que dire. Enfin, je balbutie :
- C’est…c’est fini !
- Bien sûr, c’est fini pour ta pauvre Maman, cela doit être terrible pour toi, mon bon Robert et moi qui ne parle que de moi.
Elle me serre contre elle. Elle est si belle. Si douce. Je regarde Anna pour qu’elle me la laisse encore un peu. Mais, elle fixe l’horizon derrière nous où la lune se lève et reprend :
- Nous en sommes à l’avant-dernière page ! Alors courageusement, j’assume le dénouement de l’intrigue. Après tout, c’est moi le flic dans l’histoire :
- Félicitée, nous ne sommes pas pour de vrai tous les deux, nous sommes des personnages d’Anna. Dans un livre. Son livre. Celui qu’elle écrit en ce moment. C’est pour cela que nous ne pouvions pas la trouver. C’était une enquête qui ne menait nulle part. Mais, elle est toujours restée auprès de nous, tu sais ? Elle pense sans cesse a et pour nous.
Félicitée regarde Anna. Félicitée me regarde. Elle voudrait dire que le chagrin me fait perdre la tête mais Anna lui fait signe que non.
-Mais ! … Mais arrêtez tous les deux, c’est quoi ce délire ! vous êtes pétés ou quoi : vous êtes en train de me dire que…Je ne suis pas dans votre combine, moi… Mais, vous me faites chier là, elle est pas du tout marrante votre histoire ! … Anna arrête ces conneries… dis quelque chose…
Anna ne dit rien. Déjà qu’elle s’est invitée dans son propre récit pour accompagner la fin de ses personnages. Ca ne se fait pas. Normalement, ça ne se fait pas. Sa sœur le lui a suffisamment répété. L’auteur doit avoir du recul. Elle me regarde. C’est encore à moi de parler.
-Je comprends ta colère Félicitée, mais c’est Anna qui nous a créés. Tu comprends ? Elle est un peu comme notre maman. Tu vois : nous sommes ses enfants. Le temps de son livre, nous avons exister. Mais tout se termine un jour dans les livres ou dans la vie.
-Alors, d’un trait de plume, il n’existe plus rien de nous, c’est ça ? On ne meurt pas comme ça !
-Si ! c’est cela la mort. Mais, tu sais, à la différence des personnes véritables, il suffira qu’un seul lecteur nous lise et peut-être nous apprécie pour que nous revivions le temps de sa lecture. Alors, imagine si le livre a du suc…
-Et qui vous dit que quelqu’un va venir nous lire dans ce trou perdu ? Toi-même, tu n’as jamais ouvert un bouquin. Harvey ? Il va disparaître avec nous si j’ai bien compris. Tu auras écrit tout ça pourquoi Anna ? Pourquoi tu nous a fait exister ? Tu peux me le dire ? Pourquoi ?

Je souris à Félicitée. Elle est jeune : elle s’emporte vite, c’est difficile pour elle de comprendre. Anna lui laisse encore un peu de temps. Finalement, Félicitée finit par répondre à mon sourire. Je souris à Anna. Elle nous sourit à tous deux. Elle nous octroie comme une petite happy end. Mais, maintenant je garde le silence.

Pour faire durer. Un peu. Pour le plaisir.

Et tiens, pendant que j’y suis, avant qu’elle n’inscrive les trois dernières lettres, je laisse à l’auteur ma dernière réplique:

-Pour le panache ?




FIN


Anna. De Bergerac, le 15 décembre 2007.




Vic Taurugaux, le 22 août 2007 (à suivre…peut-être)
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Dim 30 Sep 2007 - 15:28

Peut-être... ? J'espère !

Je te l'ai déjà dit lors des corrections, je crois, et sinon je te le dis ici : j'apprécie entre autres le temps que tu prends pour certaines descriptions. Tu emportes le lecteur dans des atmosphères différentes et bien plantées, j'aime l'humour mais aussi la tendresse que cette nouvelle dégage. Les personnages sont attachants, vivants, et comme d'habitude tes mots emportent. Tu as en plus épuré, ce qui est incontestablement bénéfique au récit.

Un grand bravo, Vic.

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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   Dim 30 Sep 2007 - 15:35

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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondances   

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