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 Roman : Un mur a forcément deux côtés

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MBS

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MessageSujet: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Jeu 1 Nov 2007 - 19:32

Introducing Cathy Van der Cruyse, le Rantanplan de l'espionnage européen

- - - - - -

Chapitre 1
Tombe la neige


Elle avait mis le dernier cd d’Adamo à fond dans sa Polo d’occasion. Cela ne suffisait pas à lui faire oublier la neige qui tombait sur Bruxelles et la famine en Afrique, mais elle arriverait de meilleure humeur à son rendez-vous. Un rendez-vous qu’elle considérait comme celui de la dernière chance. Elle s’était fait virer de tous les boulots qu’elle avait occupés : à la pizzeria où elle avait servi des pizzas, à la boulangerie où elle avait servi des petits pains au chocolat, à l’académie de peinture où elle avait servi de modèle. Pour elle, c’était une malédiction qui ne la lâchait pas. Ses patrons lui demandaient toujours de faire des trucs complètement dingues et après ils disaient, une fois que ça avait lamentablement foiré, que c’était de sa faute.
- T’as pas de bol d’être super belle, lui disait sa copine Clara… Les femmes sont jalouses et les mecs pensent que tu vas coucher pour éviter d’être virée.
Faute de proposition intéressante dans le secteur privé, Cathie Van der Cruyse n’avait plus qu’à servir dans l’armée belge. Elle avait découpé l’annonce dans un quotidien du soir qu’elle achetait tous les matins et l’avait apprise par cœur pour bien se convaincre que ça lui correspondait. Tandis qu’elle descendait le grand boulevard entre les rues de droite et celles de gauche, elle s’en répétait une dernière fois les termes.

L’armée belge a besoin de vous. Si vous êtes jeune, jolie et titulaire d’un diplôme supérieur, vous correspondez au profil que nous recherchons afin de dynamiser nos services de relations publiques. Présentez-vous au ministère des Armées le vendredi 18 janvier à partir de 9 heures.

Cathy jeta un coup d’œil à sa montre… Ouf ! Elle avait eu un doute, mais non on était bien le 18 janvier.
- Bah, si j’étais venue un jour trop tôt, j’aurais attendu… Après tout, qu’est-ce que c’est qu’un jour quand on a une vie comme la mienne.
Elle évita de justesse une voiture qui était restée dans sa voie alors qu’elle s’était déportée sur la gauche en regardant sa montre.
- Connard ! Tu peux pas regarder où je vais !
Par chance, il restait de la place sur le parking du ministère. Cathy gara donc sa voiture en travers, occupant ainsi trois places.
Un agent de sécurité s’approcha. Il était déterminé et prêt à lui demander de mieux se garer. Il n’en fit rien cependant.
D’abord, il y eut la portière qui s’ouvrit et des jambes interminables bottées de noir jusqu’au-dessus du genou. Une mini-jupe en vinyle rouge qu’on devinait sous un épais manteau de fourrure.
- Robert, appela le préposé du parking ! Robert, viens voir ça ! J’te jure… T’as pas vu un truc comme ça depuis Eddy Merckx…
Il était quand même bien décidé à réprimander la conductrice égoïste… Mais, il croisa son regard vert à la candeur désarmante. Il resta planté devant la longue chevelure blonde de la jeune femme qui cascadait jusqu’à sa chute de reins. Il succomba au premier sourire vermillon de la créature…
Et il la regarda passer sans rien dire.

* *
*


- C’est bien ici qu’il faut venir pour le recrutement ?
- Non, mademoiselle, c’est à la porte 431…
La responsable de l’accueil avait moins de raisons que son collègue du parking d’être charitable envers Cathy Van der Cruyse. Question d’hormones. Elle attendit cependant qu’elle se soit éloignée avant de souffler à sa collègue :
- C’est nous qui organisons l’élection de Miss Pétasse cette année ?
- Non, je ne crois pas… Mais bon, c’est vrai que ce genre de nana, ça te dissuade de te présenter.

* *
*


A la grande surprise de Cathy, il n’y avait qu’une seule personne qui attendait devant la porte indiquée à l’accueil. Elle se frotta mentalement les mains.
- Sur ce coup, je suis sûre que c’est gagné… La pauvre fille, elle boxe pas dans ma catégorie.
L’autre candidate était plus petite, plus trapue et portait sur le visage des ecchymoses violacées.
- Mais apparemment, elle boxe pour de vrai, ajouta Cathy toujours pour elle-même.
La brunette au visage tuméfié semblait agitée. Elle ne tenait pas vraiment en place…
- Vous voulez aller aux toilettes et vous avez peur qu’on vous prenne votre place ? C’est ça ?... Mais, allez-y, je vous la garde moi votre place… De toute façon, on n’est que deux… Alors, ils seront bien obligés de nous prendre !
La réponse de la « boxeuse » prit d’abord la forme d’un regard noir, d’un grand sourire qui disait « quelle conne ! » et enfin trouva son accomplissement dans une forme verbale approximative.
- T’as raison ! J’y vais aux chiottes… J’vais gerber !
- Soyez sûre que je garde votre place, cria encore Cathy tandis que l’autre fille s’éloignait.
En attendant le retour de l’autre candidate, Cathy jeta un coup d’œil par la fenêtre. Il neigeait toujours. Des gros flocons, de petits flocons, le tout mélangé par le responsable du canon à neige universel.
- J’aimerai bien faire du ski, murmura Cathy… Dommage que ce soit plat chez nous…
La jeune femme en était encore à disserter sur le relief et le climat de la Belgique lorsqu’un homme se présenta.
- Bonjour…
- Bonjour, bredouilla Cathy. Euh, il faut attendre un peu… Il y a une fille qui attendait avant moi…
Sans paraître tenir compte de ce que venait de dire son interlocutrice, le type poursuivit son propre raisonnement.
- C’est bizarre. Je ne vous imaginais pas comme ça…
- Pourquoi, fit Cathy en battant des cils, je ne vous conviens pas…
- Au contraire, au contraire…
- Alors, je crois que vous voyez que je suis jeune et jolie… Pour le diplôme, j’ai amené mon certificat de natation et la coupe que j’ai remportée aux championnats inter-provinciaux de judo…
- Je crois que ce ne sera pas nécessaire, fit le type avec un grand sourire… En plus, vous avez de l’humour… Je crois que ce sera un vrai plaisir de travailler avec vous… Vous m’appellerez monsieur Hugues…
- Puisque vous me le demandez…
- Et vous ?
- Quoi, moi ?!
- Quel nom dois-je porter sur le bordereau pour cette mission ?
- Ah mon nom ! Cathy avec un C… Van der Cruyse pas attaché et avec un seul S.
- On m’avait dit que vous étiez une maniaque du détail… mais à ce point. Vous ne laissez rien au hasard.
- Non… Mon ancien patron disait « Si tu réfléchissais aussi vite que tu te rhabilles, tu serais prix nobel ! »
Un nuage de doute passa sur le front de monsieur Hugues, mais Cathy n’en perçut rien.
- Pour votre première mission, vous irez vous poster à l’angle du boulevard Annie Cordy et de la rue Raymond Devos.
- Je suis engagée ?!
- Ecoutez… Votre numéro de la ravissante idiote rend peut-être les mecs complètement gagas mais moi je m’en fous… Je suis homo…
- Oh !
Cathy se leva précipitamment et prit la direction de la sortie. En arrivant au bout du couloir, elle croisa l’autre candidate…
- Allez-y ! Vous allez voir, le type est sympa. Il s’appelle monsieur Hugues… Bon, il est gay… Non, je veux pas dire qu’il s’amuse… Il est même pas très marrant… Non, il est homosexuel quoi… Mais bon, vous devriez lui aller…
- Mais tu vas te pousser, poufiasse !…
La brunette, pressée de rejoindre monsieur Hugues, tenta de passer en force. Elle se prit les pieds dans le tapis, bascula sur le côté et dégringola dans l’escalier…
Cathy se précipita pour l’aider à se relever.
- Mademoiselle, ça va ?
La fille ne répondit pas.
En voyant un filet de sang couler sous le visage de la jeune femme, Cathy se redressa, paniquée. Elle avait envie de crier au secours mais on risquait de croire qu’elle avait voulu se débarrasser d’une concurrente.
Que faire ?
En plus, le sang la faisait tourner de l’œil.
Après avoir pesé le pour et le contre dans sa balance personnelle, elle enjamba le corps et retourna à sa voiture. On l’attendait à l’angle du boulevard Annie Cordy et de la rue Raymond Devos.

* *
*


Dernière édition par MBS le Sam 22 Mar 2008 - 12:21, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Jeu 1 Nov 2007 - 19:33

Il neigeait toujours ce qui inspira à Cathy une de ces remarques qui avaient beaucoup fait pour sa réputation.
- Si ça s’arrête pas, il va y en avoir partout !
Au parking, ils n’étaient pas moins de quatre pour la saluer, la regarder passer et proférer des plaisanteries salaces dans son dos. Cathy n’y prêta pas la moindre attention. Elle se demandait ce qu’elle allait trouver à son lieu de rendez-vous. Des bureaux ? Une sorte de boutique ?
- Si c’est juste un guichet en plein air, je démissionne tout de suite, se dit-elle. C’est pas humain ce temps-là…
Elle claqua la portière de sa Polo, mit le contact et démarra sur les chapeaux de roues. Après une glissade sur une plaque de verglas rattrapée avec maestria, elle réaligna la voiture sur la route et s’élança vers l’angle du boulevard Annie Cordy et de la rue Raymond Devos.

* *
*


C’était un boulevard paisible, déjà endormi sous dix centimètres de neige… et la rue qui le rejoignait ne valait guère mieux étant obstruée par un camion de déménagement. Après avoir tenté vainement de faire bouger les déménageurs pour aller se garer à une place qu’elle avait repéré quelques mètres plus loin, Cathy décida de rester là où elle était. Après tout, qui gênait-elle ? La rue était de toute façon impraticable.
L’angle du boulevard Annie Cordy et de la rue Raymond Devos était occupé par un bar « Le Tata Yoyo ».
- Drôle d’endroit ! C’est donc des soiffards que veut recruter l’armée !
L’entrée de Cathy au « Tata Yoyo » eut autant de retentissement que l’arrivée de Neil Armstrong sur la lune. C’était pour les clients comme la découverte d’un nouvel astre. Il y eut quelques sifflets admiratifs et un cri plus précis :
- Hey, Tata Yoyo, qu’est-ce que t’as sous ton grand manteau ?
Quels que soient les défauts dont était, hélas pour elle, affublée Cathy Van der Cruyse, il faut lui reconnaître ce mérite. Elle avait le sens de la répartie, même muette. Avant de s’asseoir à une table, elle ôta sa fourrure en rat grondin synthétique permettant aux curieux de s’enthousiasmer pour sa plastique de rêve moulée par un pull en laine stretch.
- Patron, je suis de l’armée ! Ca ne vous gêne pas si je m’installe ici ?
Le patron ressemblait un peu à l’inspecteur Derrick mais en, à peine, plus rapide. Il trimballa sa carcasse anémiée jusqu’à la jeune femme avant de lui répondre :
- Vous faites comme vous le voulez, mamzelle… Vous restez autant que vous voulez… Qu’est-ce que je vous sers ?
- Une menthe à l’eau… Avec deux glaçons…
- Vous ne préférez pas plutôt un café… Avec ce temps…
- Non, désolée ! Je ne prends jamais de boisson chaude… J’ai l’estomac délicat.
Cathy jeta un nouveau regard par la fenêtre. La neige étouffait tout le paysage mais elle n’en avait rien à faire. Elle resterait toute la journée ici s’il le fallait mais elle recruterait des braves gars pour servir sous le drapeau national. Il faisait chaud, l’accueil avait été agréable et elle allait pouvoir déguster tranquillement une menthe à l’eau en attendant les premiers volontaires. La vie, soudain, lui semblait à nouveau belle.
Elle s’enfila à la paille sa menthe à l’eau, regarda sa montre. Il était 10h23. La neige tombait toujours et aucun des neuf clients dans le bar ne paraissait pressé de venir la rejoindre pour signer un engagement pour l’armée. Elle réalisa soudain qu’elle n’avait rien. Pas de formulaires, pas de documentation, pas de tampons… Pas même un papier ou un stylo pour noter les coordonnées d’un éventuel candidat.
- Quand on te dit que t’es qu’une conne… Il y a sans doute du vrai…
Commencèrent alors dix minutes pénibles durant lesquelles Cathy se demanda s’il ne serait pas plus raisonnable de retourner demander au ministère les fournitures manquantes. Bon d’accord, ce n’était pas bien loin mais la neige n’en finissait pas de tomber et sa Polo ressemblait déjà à une voiture pour pingouins.
Elle en était encore à arbitrer ce dur conflit intérieur - Y aller ou ne pas y aller ? – lorsqu’un type entra. Un mec super beau enfoncé dans un grand imperméable de cuir souple.
- Woaw, se dit Cathy… On dirait Brad Pitt ! Mais en mieux… Enfin sans sa copine, celle qui a un nom de machine à laver… C’est comment déjà ? Ah oui… Jennifer Ariston !
Et le beau mec, après un coup d’œil périphérique et panoramique à la fois sur tout le bar, marcha d’un pas résolu vers la table de Cathy.
- Vous êtes Cathy Van der Cruyse ?
- Oui. On se connaît ?
- Bon sang ! Vous deviez attendre à l’angle du boulevard Annie Cordy et de la rue Raymond Devos…
- Ben, j’y suis…
- A l’extérieur… On ne devait pas nous voir ensemble… Là, il y a dix mecs qui pourront jurer que je vous ai rencontrée.
- Ah, je comprends ! Vous vouliez que ça se fasse discrètement…
- Exactement. C’est quand même une règle de base dans notre métier.
- Sans doute… Je débute… Je ne suis pas trop au courant des usages…. Et, c’est vous qui me donnez mes fournitures ?
- Oui… Tenez !
Cathy sentit quelque chose qui heurtait ses cuissardes. Elle se dit que ce type avait de drôles de façons de faire… Soit il voulait la tripoter et il s’y prenait vraiment mal. Soit il lui faisait passer effectivement les fournitures qu’elle attendait pour se mettre au travail et il s’y prenait de manière stupide.
Elle passa sa main sous la table, sentit une enveloppe de papier kraft. Elle referma ses doigts dessus et la ramena vers elle.
- Qu’on ne voit surtout pas ce que je vous ai donné, murmura le type qui prévoyait déjà que son interlocutrice allait encore commettre une gaffe.
- Ok, ok, vous énervez pas…
Cathy glissa l’enveloppe sous son pull en la coinçant avec la ceinture cloutée qui tenait sa mini-jupe.
A ce moment précis, deux hommes entrèrent dans le bar.
- Elle est toujours là la p’tite dame qui a planté sa caisse derrière notre camion… Parce qu’on a fini…
- Je viens.
Cathy se rhabilla et sortit.
Le pare-brise de la Polo était recouvert de neige. Elle essaya de la chasser avec les essuies-glace. Ceux-ci refusèrent de fonctionner !
- Pfff ! Si je tombe sur le mec qui a dit que les voitures allemandes c’était du solide… Même pas fichu de bousculer quelques malheureux flocons de neige.
Elle dut sortir dégager le pare-brise à la main. L’enveloppe la gênant, elle la jeta sur le siège passager. Quelques coups de mains plus tard (« J’aurais dû mettre mes gants ce matin ! »), la visibilité était à nouveau suffisante pour gagner la place qu’elle avait repérée une heure plus tôt.
- J’ai du bol qu’elle soit toujours libre !
Avant de quitter sa voiture, Cathy consulta la check-list que lui avait faite son amie Clara… Un truc génial qui lui évitait de laisser ses phares allumés ou son autoradio en marche. En vérifiant la bonne fermeture de la fenêtre côté passager, elle vit l’enveloppe.
- Voyons quand même à quoi ça ressemble ces imprimés !
Le premier papier qui jaillit de l’enveloppe était un billet d’avion d’Air France. Elle regarda frénétiquement la destination : Nice !
Entre la joie de recevoir un tel cadeau et l’incompréhension de ce qu’on attendait qu’elle fit à Nice, Cathy eut du mal à choisir l’attitude à adopter.
- Brad Pitt, il pourra m’expliquer, lui.
Elle quitta le refuge frigorifié de sa Polo pour retrouver la chaude ambiance du bar. Les mêmes cris de joie accompagnèrent son retour.
- Patron ! Il n’est plus là le type qui était à ma table ?
- Non, il est parti… Et furieux d’avoir eu à payer votre menthe à l’eau.
- Donc, je ne vous dois rien…
- Pourquoi tu nous quittes, beugla un poivrot accoudé au comptoir ?
- Je peux utiliser vos toilettes avant de m’en aller ?
Le patron, avec son sourire las à la Derrick, s’effaça pour lui montrer le chemin. Tortillant son derrière et faisant claquer ses hauts talons, Cathy traversa la salle. Dans son dos, elle sentait tous les regards braqués.
- Désolé, les gars ! J’y vais toute seule, fit-elle avant de refermer la porte et de tirer le verrou.
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MessageSujet: ROMAN : Un mur a forcément deux côtés - 2   Ven 2 Nov 2007 - 14:49

Chapitre 2
Inch’Allah


Dans l’enveloppe, outre le billet d’avion, il y avait une photographie et une lettre très courte. La lettre disait « Allez-y, ma petite, la Belgique compte sur vous ! » et c’était signé du ministre des Armées. La photo était celle d’un type plutôt banal… La preuve, Cathy ne lui trouvait un air de ressemblance avec personne…
- Peut-être Mel Gibson… mais alors quand il était jeune !
Elle embrassa le billet d’avion. La Belgique avait bien raison de lui faire confiance ; elle allait donner tout ce qu’elle avait pour recruter plein de volontaires pour servir dans l’armée du pays.
Un nouveau coup d’œil au billet alluma quelques feux clignotants dans son esprit. L’avion décollait de l’aéroport international dans cinq heures.
- Cinq heures ? Il faut que je file faire ma valise, moi.
Entre la rue Raymond Devos et son appartement situé au 15 de la place Plastic Bertrand, ce fut un festival. Là où les Bruxellois, quand même pas familiarisés avec de telles intempéries, roulaient avec prudence, Cathy se la joua Jacky Ickx. Dérapages, coups de volant et coups de klaxon, dépassements sur la voie du tramway.
- Nice, me voilà, hurla-t-elle à la rue, une demi-heure plus tard, sa valise à la main.

* *
*


- Monsieur Hugues, nous avons l’identité de la personne qu’on a retrouvée dans l’escalier.
- Elle est revenue à elle ?
- Non, mais on a retrouvé son sac à main dans les toilettes de cet étage. Elle avait dû l’oublier.
- Alors, qui est-ce ?
- Son nom est Franka Ramis.
- Et ?...
- Et c’est la personne que vous deviez recevoir tout à l’heure… Elle appartient à la police de la ville… Son supérieur hiérarchique est en route pour vous rencontrer…
- Alors qui est cette fille qui est allée au rendez-vous ?
- Aucune idée, monsieur…

* *
*


- J’aurais quand même préféré partir sur un vol de la Sabena, expliqua Cathy à son voisin.
Celui-ci avait regardé, non sans plaisir, cette fille au physique de top-model venir s’installer sur le siège voisin du sien. Il avait tout détaillé. Ses hautes bottes, sa jupe minuscule, son manteau de fourrure… Sans doute une pute de luxe qui partait rejoindre un client sur la Côte d’Azur.
Sauf que maintenant, il déchantait un peu. La fille était bavarde comme une pie… et ce qu’elle disait avait autant d’intérêt qu’un access prime time sur TF1.
- Mais, mademoiselle, la Sabena n’existe plus… Elle a fait faillite !
Là, il comprit qu’il venait de commettre une gaffe énorme. Le visage de la jeune femme se décomposa littéralement en deux secondes.
- C’est pas possible ! C’est pas possible !
De grosses larmes se mirent à couler le long de son visage si beau qu’il ne nécessitait pas de maquillage.
Au comble d’une douleur que son voisin jugeait incompréhensible et clairement risible, elle appela l’hôtesse.
- Mademoiselle, vous qui êtes une professionnelle, vous pouvez me renseigner… Monsieur vient de me dire que la Sabena n’existait plus…
- Effectivement, mademoiselle. La compagnie belge a déposé son bilan il y a un an ou deux…
Les larmes redoublèrent. Cathy ouvrit son sac. Le voisin, supposant qu’elle cherchait un mouchoir, lui tendit un Kleenex.
- Non merci…
Du petit sac, elle tira un téléphone portable miniature et composa à taper, avec une énergie qu’on aurait pu qualifier du désespoir, un numéro.
- Mademoiselle, nous allons bientôt décoller… Vous ne devez pas téléphoner, fit l’hôtesse qui gardait à l’œil l’étrange cliente au comportement proche de l’hystérie.
- Je n’en ai pas pour longtemps !... Maman !!!
C’était un véritable hurlement plaintif qui fit sursauter tous les passagers de la classe affaires. Un long appel plein d’une douleur de bête blessée.
- Maman !!! Pourquoi tu m’as mentie ? Pourquoi tu ne m’as pas dit que la Sabena avait coulé ?
L’hôtesse avait beau être habituée aux passagers qui font du scandale dans l’avion ou qui, au dernier moment, panique et hurle qu’ils veulent descendre, elle ne savait comment agir en de telles circonstances… Soit cette fille était complètement siphonnée, soit sa douleur (et quelle drôle de douleur !) l’égarait complètement.
- Ca fait combien de temps que tu ne travailles plus alors ?... Tu étais où quand tu étais au travail alors ?... Moi qui voulais te faire la surprise… Ca y est, j’ai un boulot ! Et tu sais quoi ? Je vais travailler à Nice… Et voilà que j’apprends ça… Maman ! Pourquoi tu me fais jamais confiance ? Tu me prends pour une conne ou quoi ?
L’hôtesse s’approcha.
- Mademoiselle, il faut que vous raccrochiez maintenant ! Nous allons décoller…
- Oui, je raccroche, répondit Cathy en reniflant bruyamment… Au revoir, maman… Je te rappelle dès que je suis à Nice.
Puis, se tournant vers son voisin.
- Vous l’avez toujours votre mouchoir en papier ?

* *
*
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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Ven 2 Nov 2007 - 14:52

Le capitaine Roland de Roncevaux avait quitté l’hôtel de police Hercule Poirot dès qu’il avait appris qu’une de ses subordonnées avait eu un accident au siège du ministère de la Guerre. Il n’en connaissait pas les circonstances mais connaissant Franka Ramis, elle avait dû chercher la bagarre et se heurter à un plus costaud qu’elle.
- Vous êtes monsieur Hugues ?... Je suis le capitaine de Roncevaux… De la police de la ville.
- Alors, c’est quoi cette histoire avec votre homme ?… qui est en fait une femme d ‘ailleurs.
- J’espérais que vous auriez des éclaircissements à me donner sur cet accident…
- Tout ce que je sais, c’est que vous deviez m’envoyer une de vos collaboratrices qui désire entrer dans les services secrets… et que nous l’avions affectée, à titre d’essai, sur une mission en collaboration avec les services français.
- Tout ce que je sais, c’est que le sous-lieutenant Franka Ramis est à l’hôpital…
- Bref, nous ne savons pas grand-chose, conclut monsieur Hugues. Que pouvez-vous me dire sur votre femme ?
- A l’heure qu’il est, elle doit être à la cuisine. Le vendredi, en général, elle cuisine des cookies pour le week-end mais aujourd’hui, avec la neige…
- Non pas cette femme-là… L’autre… Françoise je ne sais pas quoi…
- Ah ! Franka ?! C’est une bagarreuse, une têtue, une endurante, une qui n’a peur de rien.
- Elle a un drôle de nom…
- C’est qu’elle n’est qu’à moitié belge…
- Ah, fit monsieur Hugues avec une moue de désappointement !
- Oui, je sais que les consignes sont strictes en ce moment… Qu’on veut préserver la pureté de la race… Mais que voulez-vous, la mère de Franka a rencontré un pilote de l’armée américaine… Et neuf mois à peu près plus tard, pof… Franka était là !
- J’ai un gros problème, capitaine… Quelqu’un est parti à la place de votre Franck Aramis ?
- Vous appelez ça un problème, monsieur. Je trouve au contraire que vos services sont sacrément efficaces pour avoir ainsi trouvé un remplaçant au pied levé…
- Je crois que vous m’avez mal compris…
Le chef de mission des services secrets se pencha vers le capitaine de police. Il apprécia sa force brute et son eau de toilette aux senteurs de musc et de bergamote de printemps.
- La personne qui est partie à la place de votre Aramis…
- Ramis, monsieur…
- Cette personne est partie avant l’accident de votre homme, non de votre femme… enfin de qui vous savez… La connaissez-vous ?
- Ma femme ?
- Non, cette femme…
- Franka Ramis ?
- Non, celle qui est partie au rendez-vous…
- Comment la connaîtrais-je si vous ne me dîtes pas qui c’est ?
- C’est que je ne sais pas qui c’est… Alors, je vous pose la question… Avez-vous envoyé une deuxième femme à ce rendez-vous ?
- Non…
- Une grande perche dans les un mètre octante, un mètre octante-cinq ! Blonde, yeux clairs ! Physique de rêve à faire bander un homo… Et croyez moi, je sais de quoi je parle…
- Si j’avais dans mes services une femme ressemblant à la personne que vous me décrivez, je vous prie de croire que je ne la prêterais pas aux services secrets… J’en ferais ma secrétaire.
La secrétaire de monsieur Hugues pointa soudain le bout de ses talons hauts.
- On sait qui c’est, monsieur…

* *
*


- Mademoiselle, il fait quel temps à Nice aujourd’hui ?
- Beau sans doute… C’est sûr que ça va vous changer de la neige de Bruxelles.
- J’ai bien fait de prendre mes maillots de bain alors…
- Euh, on est en hiver quand même…
- Ah ?! Même à Nice ?

* *
*


- Son nom est Catherine Van der Cruyse, mais elle se fait appeler Cathy.
- Qu’est-ce que vous avez sur elle ?
- Tout ce qu’on peut avoir. Ses mensurations…
- Envoyez !
- Un mètre octante trois, cinquante-huit kilos, cheveux blonds, yeux verts, tour de poitrine 95 bonnets D, tour de taille 60…
- Arrêtez, gémit le capitaine de Roncevaux… C’est trop bon !
- Continuez, ordonna monsieur Hugues… Moi ça ne me fait rien !
- Très bien… Pointure 38-39. Longueur des jambes 1m10. Elle est née le 18 juillet 1985 à Charleroi. Signes particuliers : néant… à part qu’elle s’habille comme une salope mais ça c’est moi qui le rajoute.
- Je vous dispense de vos commentaires… Poursuivez !
- C’est la fille d’un ancien footballeur Dirk Van der Cruyse. Il a joué à la Gantoise et à Mouscron. Une sélection en équipe de Belgique. Il s’est fait expulser au bout de dix minutes et sa carrière s’est arrêtée là. Il n’a plus voulu remettre les pieds sur un terrain de foot.
- Je me rappelle de lui, intervint de Roncevaux… Un défenseur latéral… Le genre Gerets mais qui aurait su en plus jouer au foot.
- Roncevaux, je vous ai pas sonné… Je vous laisse écouter… Mais écoutez en silence… La mère ?
- Une ancienne miss Belgique… En 1983… Elle est devenue hôtesse de l’air ensuite… Elle est wallonne, ajouta la secrétaire.
- Ah, enfin, un point positif !
Monsieur Hugues fit un signe pour indiquer qu’il réfléchissait.
- A-t-on des infos sur ce qui s’est passé à l’angle de la rue Devos et du boulevard Cordy ?
- Elle a rencontré un type qui ressemblait à Brad Pitt d’après le patron du bar.
- Le contact du Ministère des Affaires étrangères… Il n’y a que lui qui sait où elle est partie la salo… la fille qui était là tout à l’heure… Maudit cloisonnement des services !… Je dois lancer une mission pilotée par les Affaires étrangères avec une femme dépendant du Ministère de l’Intérieur et sous ma responsabilité au Ministère des Armées… Et on s’étonne que ça foire !
- Permettez… J’ai connu un type qui ressemblait à Brad Pitt…
- Où ça ?
- Au cinéma !
- De Roncevaux, quand vous aurez fini de corner des conneries…
- Oh, mais ce n’est pas une connerie… C’est un type que j’ai rencontré au cinéma… On était en train de regarder « La Vache et le prisonnier » dans le cadre d’une rétrospective à la cinémathèque sur « Animaux et seconde guerre mondiale »… Il travaillait alors au ministère de l’Agriculture à la Direction de l’Elevage et des Trucs pas bons… Ca doit être le même… Jules Bornard il s’appelle…
- Olga, recherchez-moi l’adresse de ce Jules…
La secrétaire, petite femme blonde aux cheveux coupés ras, sortit du bureau de monsieur Hugues aussi vite que le lui permettaient ses talons de douze centimètres de hauteur.
- Pardon d’être indiscret, monsieur… Votre secrétaire, ça fait longtemps qu’elle travaille ici ?
- Pourquoi ?
- Ben, Olga ! Elle ne viendrait pas d’Europe de l’Est des fois ?
- Si de Russie, pourquoi ?
- Et vous ne craignez pas que ce soit une espionne ?
- Une espionne, Olga ? Allons, vous voulez rire… La seule chose qu’elle ait apprise depuis 15 ans qu’elle bosse ici, c’est à préparer un café potable.

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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Ven 2 Nov 2007 - 14:53

L’avion piqua vers la mer. L’aéroport de Nice était une sorte de porte-avions fixe ancré à l’ouest de la Baie des Anges.
Le voisin de Cathy l’entendit murmurer :
- Pourvu qu’il ne rate pas la piste ! Pourvu qu’il ne rate pas la piste !
- Allons, mademoiselle, c’est un pilote professionnel… Il sait ce qu’il doit faire…
- Vous avez vérifié sa licence de pilote ? Qu’est-ce que vous savez qu’il est bon pilote ?! Parce que décoller, ça va toujours… Voler, même moi j’y arriverais… Mais se poser… Ma maman, elle a toujours dit que c’est le moment le plus difficile… La preuve, avant de te poser, en général, tu survoles un cimetière… C’est pas un hasard…
Le nez de l’Airbus se redressa, les roues touchèrent le sol, l’avion commença à décélérer.
Cathy, soulagée, se mit à crier.
- Nice ! Nice ! Tous les voyageurs descendent de l’avion…

* *
*


- Pourquoi cette fille était-elle là ? J’ai beau me creuser le cortex… Je ne trouve pas d’explication logique…
- Vous avez prévenu les Français ?
- Bon sang, de Roncevaux, vous avez raison… Avec tout ça, j’avais oublié les Français…
Monsieur Hugues appuya sur le bouton de l’interphone.
- Tatiana, appelez-moi la DST en urgence…
- Elle ne s’appelle pas Olga votre secrétaire ?
- Si… mais Tatiana, c’est une petite nouvelle qui fait un stage…
- Et elle est russe ?
- Pourquoi ?... Vous ne seriez pas xénophobe, de Roncevaux ?!

* *
*


Quand il la vit arriver, Pierre n’en crut pas ses yeux. La fille aux cuissardes noires vernies marchait droit vers lui et sa pancarte « Bienvenue à la Belgique ».
- Finalement, dit-elle en posant sa valise à ses pieds, vous ne lui ressemblez pas du tout.
- A qui ?
- A Mel Gibson…
- Oui, c’est un des grands regrets de ma vie… avec le fait de ne pas vous avoir connu plus tôt. Je m’appelle Pierre Bonnard.
- Moi, c’est Cathy van der Cruyse… Attendez, Pierre Bonnard, ça me dit quelque chose votre nom…
- Oui, il y a eu un peintre qui s’appelait comme ça…
- Bonnard (Pierre). Peintre français [Fontenay-aux-Roses, 1867 – Le Cannet, 1947].
- Je suis impressionné.
- Quand est-ce qu’on commence ?
- Si vous le permettez, je vais d’abord vous conduire à votre hôtel… Puis ensuite, nous irons manger au restaurant…
- Ca me va ! Mais d’abord je vais passer un coup de téléphone à ma mère pour la prévenir que je suis bien arrivée…
- Ah ! Pas question ! Je ne sais pas quelles sont les mesures de sécurité en Belgique, mais ici c’est rien qui puisse vous identifier. Les téléphones portables, on va les enfermer dans une consigne et on les récupérera à la fin de la mission.
- C’est dur, ça ! Ma maman va s’inquiéter…
- Les aléas du métier, ma chère Cathy.

* *
*


- Les Français essayent de joindre leur agent… mais ils n’y arrivent pas.
- Et merde ! Décidément, rien ne va dans cette histoire…
- Par contre, on a la mère de la pouffe sur le grill. On a commencé à l’interroger… Vous pouvez brancher le moniteur…
- Ca va pas, non ?! Je veux pas avoir de problème avec les services de la piscine municipale.
- Non, monsieur Hugues… Le moniteur, la télé de votre ordinateur…
- Excusez-moi, dit avec un sourire las Hugues à de Roncevaux, cette journée m’a épuisé.
Sur l’écran de l’ordinateur, une femme à la quarantaine resplendissante, vêtue d’un string à paillettes et d’un soutien-gorge assorti, faisait face à deux enquêteurs des services de renseignement.
- Depuis quand votre fille travaille-t-elle pour un pays étranger ?
- Est-ce qu’elle se drogue ?
- Va-t-elle au bois de Boulogne quand elle va à Paris ?
- Elle supporte plutôt Anderlecht ou le FC Bruges ?
Face à cet interrogatoire plutôt débridé, mais dont elle avait compris qu’il était destiné à la faire craquer, Claire Van der Cruyse ne se démontait pas. Elle avait bien acceptée d’être contrainte de se déshabiller pour la durée de la garde à vue mais les questions qu’on lui posait sur sa fille lui semblaient totalement irréelles. Alors, elle répondait calmement et avec toute l’honnêteté dont pouvait être capable le cœur d’une mère.
- Elle ne travaille pas pour un pays étranger… Elle a même refusé de travailler chez McDonald’s.
- Elle ne se drogue pas… Elle n’en a pas besoin… Elle est toujours très gaie car elle aime la vie et les plaisirs simples.
- Elle n’est jamais allée à Paris.
- Elle ne suit plus le football depuis que son père a arrêté sa carrière.
Monsieur Hugues amena devant sa bouche le micro qui était incorporé à son casque d’écoute.
- Bonsoir, madame Van der Cruyse… Est-ce que vous savez où est votre fille ?
- Elle doit être arrivée à Nice cette heure-ci.
- Merci… C’est tout ce que nous voulions savoir.
Monsieur Hugues allait couper le moniteur lorsque Claire Van der Cruyse se tourna vers le haut-parleur et la caméra de la salle d’interrogatoire.
- Que lui voulez-vous à ma fille, hein ?
- Je ne peux pas vous le dire… Disons qu’elle semble s’être mise dans une situation plutôt compliquée…
- Je vous en prie… Retrouvez la et protégez la… Je sais bien qu’elle n’est pas comme les autres…
- Que voulez-vous dire, madame ?
- Eh bien, quand elle était au collège, on a mesuré son QI… Elle avait 40…
- C’est peu ?
- Très faible… Elle ne comprend pas grand-chose par elle-même… Oh elle se débrouille mais si elle se met à penser à un truc, elle oublie ce qu’elle faisait avant.
- Merci madame…
- Par contre,…
Monsieur Hugues en avait assez entendu. Il coupa la communication.
- Voilà ! Une vraie conne… On a envoyé une vraie conne en mission avec les Français… Et on ne peut rien faire pour prévenir l’agent français…
- J’ai une solution à vous proposer…
- Dites toujours…
- Demain matin, vous envoyez Franka Ramis à Nice… Elle va vous la retrouver votre bimbo en moins de deux.

* *
*

- Franka, c’est bien la fille qui est à l’hosto…
- Comme je la connais, elle ne va pas y rester longtemps… Cette mission, c’est ce qu’elle attendait avec le plus d’envie depuis qu’elle ne croit plus au Père Noël… Alors, elle ne va pas laisser une conne faire le boulot à sa place…
- Parfait… Voyez avec Olga pour tous les détails d’intendance… Et que Dieu nous garde !
- Inch’Allah…
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MessageSujet: ROMAN : Un mur a forcément deux côtés - 3   Lun 12 Nov 2007 - 23:26

Chapitre 3
Les filles du bord de mer


L’hôtel était situé près de l’aéroport. Un quatre étoiles chic dans lequel on regarda entrer le couple formé par Pierre et Cathy avec tout le mépris et toute l’obséquiosité qui seyait à ce type d’établissement. Ici, on fermait les yeux mais on n’en pensait pas moins…
Au moment de laisser la jeune Belge pénétrer dans sa chambre, Pierre lui glissa une recommandation à laquelle celle-ci ne s’attendait pas.
- Il faudra que vous vous trouviez une tenue moins voyante, Cathy…
- Qu’est-ce qui ne va pas dans ma tenue ? Je m’habille souvent comme ça…
- Porté par vous, c’est très agréable à l’œil car vous êtes une jolie fille… Mais il y a des gens que ça choque…
- Ok, ok, je vais me changer… Mais on va avoir du mal à en recruter…
- Recruter de quoi ?
- Ben… Des petits soldats…
Sur ces paroles, elle referma la porte. Elle trouvait Pierre gentil mais elle avait du mal à comprendre ce qu’il venait faire dans cette histoire. Visiblement, il avait mal compris ce pourquoi ils étaient là…

* *
*


Le capitaine de Roncevaux se demandait pourquoi il avait passé toute l’après-midi dans ce bureau aussi moche qu’étriqué. Peut-être avait-il eu mauvaise conscience que « sa » Franka Ramis ait fait capoter l’opération des services secrets ? Peut-être voulait-il voir jusqu’où pouvait aller l’incompétence de monsieur Hugues ? A vrai dire, c’était sans doute les deux…
A vingt heures, de Roncevaux se leva de la chaise dont il n’avait pas bougé depuis le début de l’après-midi.
- Je pense que vous n’avez plus besoin de moi…
- Non, capitaine, et croyez-moi j’apprécie beaucoup votre disponibilité et votre sens de l’écoute. Il a fallu vous rappeler à l’ordre une ou deux fois mais ensuite vous avez su rester discret.
Monsieur Hugues tendit une main molle au capitaine de la police de la ville puis se replongea dans la lecture du dossier détaillé de Cathy Van der Cruyse.

* *
*


Pierre n’osa pas lui faire de remarques. Il avait senti combien elle avait mal pris son conseil vestimentaire. Etait-ce par provocation ou par inconscience qu’elle avait décidé de demeurer fringuée de manière vulgaire ?
Une robe très moulante en vinyle rouge, des escarpins assortis et aux talons démesurés, des bas résilles à gros trous.
- Si les flics nous remarquent sur la Promenade des Anglais, on va se retrouver au poste… Elle pour prostitution aggravée, moi en tant que client supposé… Que la télé soit en plus sur le coup et on est complètement grillés.

* *
*


- Monsieur, c’est l’heure… Je m’en vais…
- Oui, Olga… Bien sûr… Bonsoir…
Monsieur Hugues leva la tête pour sourire à sa fidèle secrétaire. Sourire qu’elle lui rendait tous les soirs depuis bientôt huit ans.
Mais ce soir, en fait de sourire, Olga braquait un pistolet muni d’un silencieux vers son patron.
- Bonsoir monsieur.
Elle pressa sur la gâchette. Monsieur Hugues s’endormit pour toujours avec dans l’oreille le crachotement étouffé des deux balles expulsées du canon.

* *
*


Le contraste entre le restaurant de grande classe et les vêtements de Cathy ne pouvait qu’être violent. En observant le regard du maître d’hôtel, Pierre songea :
- Ca y est ! Je sais à quoi cette situation me fait penser… Pretty woman… Et cette Cathy est beaucoup mieux encore que Julia Roberts… A tous les coups, ils vont en profiter pour me saler l’addition…
En vrai professionnel du renseignement, Pierre ne s’attarda pas trop longuement sur le malaise qu’il ressentait : lui qui devait passer inaperçu ne risquait pas de l’être avec une telle partenaire. Il fallait la garder à l’œil… Et justement, dans les yeux de Cathy, il lut un véritable étonnement, un émerveillement.
- C’est magnifique ! Cette décoration, ce grand lustre… C’est ça le luxe ! Je ne pensais pas pouvoir connaître ça un jour… J’aurais pu, remarquez, si j’avais pu faire l’élection de miss Belgique.
- Ils vous ont éliminée ?
Pierre eut le temps de se faire la réflexion que si elle répondait « oui » il passait ses prochaines vacances en Belgique. Une fille comme ça éliminée… Les autres étaient quoi alors ? Des bimbos à la puissance 10 ?
- Oui… Il paraît que je risquais de raconter n’importe quoi… C’est vrai que parfois j’ai des absences, mais je ne suis pas conne…
- Qui dit cela ?
- Beaucoup de monde…
- Cathy, vous savez pourquoi je vous ai invitée ce soir ?
- Parce que vous avez envie de me sauter ?
Pierre n’eut même pas le temps de répliquer…
- Vous ne seriez pas le premier, vous savez… Et, franchement, avec ce que ça va vous coûter ici, je crois que je pourrais dire « oui »…
- Cathy, répondez-moi franchement. Depuis combien de temps travaillez-vous ce personnage de débile profonde ?
Cathy ouvrit des yeux ronds, arrondit sa bouche. Tout son visage exprimait un étonnement teinté d’un soupçon de colère. Elle ne répondit rien…
- C’est vraiment très au point, continua Pierre Bonnard… Mais maintenant j’aimerais que nous discutions de cette mission…
- Moi aussi… Comment on va faire pour trouver ici des Belges voulant s’engager dans l’armée. Parce que, un, on est en France et deux, on se trouve sur une rue où il n’y a que les Anglais qui se promènent. Ca va être dur, dur de trouver des Belges ici…
Fallait-il rire ou s’effondrer sur la table ?
Une dernière fois, Pierre choisit de se dire que c’était sacrément bien imité. Cette niaiserie allait si bien finalement avec ces vêtements outranciers.
Et Cathy ajouta :
- Et vous, vous recrutez des Français ou des Belges ?

Et là, Pierre comprit que ce n’était pas un personnage composé qu’il avait en face d’elle. Que la jeune femme très belle et très sexy qui regardait, effarée, le prix des plats sur la carte, était une conne 1OO% pur jus. Et que c’est cette coéquipière-là qu’il allait devoir traîner pendant toute la mission.
Si ce n’était pas du sabotage, ça y ressemblait sacrément.

* *
*


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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Lun 12 Nov 2007 - 23:26

- Monsieur le ministre des Armées ?!
Le capitaine de Roncevaux venait de quitter le chevet de Franka Ramis et attendait l’ascenseur lorsque son téléphone portable avait entonné la Lambada. En entendant la qualité de la personne qu’il avait en ligne, il avait rectifié sa position se trouvant presque au garde-à-vous devant la porte d’acier de l’ascenseur.
- Capitaine de Roncevaux… J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle pour vous… Par laquelle je commence ?
- Comme toujours en pareilles circonstances, commencez par la mauvaise.
- Le chef de nos services secrets, le colonel Capet, a été assassiné il y a quinze minutes.
- Mauvaise nouvelle en effet, mais je ne connaissais pas le colonel et…
- On m’a rapporté pourtant que vous êtes resté dans son bureau toute l’après-midi…
- Oh, le colonel Capet c’était monsieur Hugues… Monsieur le ministre, j’espère que la bonne nouvelle c’est que je ne suis pas accusé du meurtre…
- Non… A vrai dire, personne n’y a songé… C’est sa secrétaire qui a fait le coup… et elle a disparu comme par enchantement… Ce qui me donne à penser que nos services secrets fonctionnent très mal. Alors, j’ai appelé mon collègue de l’Intérieur et il m’a suggéré de vous nommer à la place du peu regretté finalement colonel Capet. Vous êtes d’accord ?
- Je suis à vos ordres, monsieur le ministre…
- Alors, je signe… Je viendrai personnellement vous installer dans vos nouvelles fonctions demain matin à 10 heures.
De Roncevaux, chef des services secrets de sa majesté Albert II. Ca sonnait haut et clair sur une carte de visite.
Le capitaine retourna dans la chambre de Franka et, sans laisser à sa subordonnée le temps de comprendre ce qui lui arrivait, il commença à arracher les tuyaux plantés dans son corps…
- Capitaine, que faîtes-vous ?
- Je vous ramène chez vous… Demain matin, vous prenez un avion très tôt pour la Côte d’Azur…
- Capitaine, je peux à peine marcher… et j’ai la tête en compote…
- Même avec la tête en compote vous réfléchirez toujours dix fois mieux que la dingo qui a pris votre place… Allez, zou, debout !

* *
*


Samedi 19 janvier

Dans le lit encore fumant d’ébats olympiques, Pierre se laissa aller à un énorme blues. Durant toute la soirée, il avait gardé le silence mâchant et remâchant sa rancune envers les services belges, une estouffade de homard sauce angélique, son dégoût pour ce qu’il allait devoir dire à cette pauvre fille, une croustade aux pommes et aux framboises. Y avait-il d’autres mots que « pourquoi sont-ils allés pêcher une conne comme vous » ? Elle ? Elle avait babillé comme le ferait une enfant de huit ans ? La neige à Bruxelles, son père ancien footballeur qui avait failli venir jouer à l’OGC Nice, les meilleures plages du coin, la rupture de la liaison entre Ernestine Clapier et Rock Malone. Lui, il aurait dû lui parler de sécurité du monde, du type qui se faisait appeler le « Petit Malin » et qui menaçait de dévaster « l’industrie touristique » mondiale au strict profit de quelques régions qui, disait-il dans ses communiqués, avaient déjà payé pour leur survie. A partir d’aujourd’hui, ils devaient entrer en contact avec l’organisation en se faisant passer pour un couple envoyé par le comité hôtelier de la région de Knokke le Zoute. Pouvait-il espérer quelque chose de positif de cette coéquipière qui, à chaque fois qu’elle ouvrait la bouche, proférait une énormité.
Il la regarda endormie sagement près de lui. En la ramenant à son hôtel, il avait eu encore l’impression de traîner derrière lui une de ces filles qu’on peut ramasser à Nice à toute heure du jour ou de la nuit sur le long boulevard qui file au bord de mer. La manière dont elle avait pris sa main dans l’ascenseur, dont elle l’avait poussé sur le lit en riant n’avait rien de calculé. C’était une soudaine impulsion, le fruit d’un manque de discernement pour ce qui était bien ou mal. Elle devait surtout avoir besoin d’une présence, d’une épaule sur laquelle s’appuyer, d’un regard plus clair que le sien pour regarder le monde. A la manière dont ils avaient fait l’amour, il avait compris qu’elle n’avait ni l’âme, ni la technique, ni les attentes d’une professionnelle. Elle s’était donné simplement parce qu’elle avait été bien avec lui. Tout naturellement. Et ça, ça compliquait sacrément sa tâche.
Comment lui expliquer ce qu’elle devrait faire, dire, penser ?
Car il ne voyait pas comment il pouvait se présenter seul au rendez-vous fixé à Monaco en début d’après-midi.

* *
*


- En raison d’un mouvement de grève des aiguilleurs du ciel français, eh oui un de plus !, les vols à destination de France et de l’Europe du Sud sont retardés ou annulés. Nous nous excusons pour ce désagrément dû encore une fois à la notion très particulière du service public qu’ont nos amis français.
Franka Ramis, sa tête bandée largement dissimulée par un énorme bonnet à ponpon, expulsa de sa gorge une injure terrible.
- Font chier !
- Pas de panique, fit de Roncevaux ! Je vous conduis à la gare…
- Et le ministre ?
- Il attendra.

* *
*


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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Lun 12 Nov 2007 - 23:27

- Cathy chérie, il faut que je te dise un truc !
Merde ! Qu’est-ce qu’il avait dit ? « Cathy chérie » ? Cette fille lui faisait perde la boule… Ou alors c’était le contexte qui voulait ça. Grand hôtel, petit déjeuner au lit, jus d’orange naturel et croissants à profusion. Cadre romantique pour sérénade à deux.
- Je ne sais pas si je vais pouvoir faire cette mission avec toi…
- Ah, c’est ça ! Tu tires un coup et tu te barres !
Même défait par ce qu’il venait de lui dire, le visage de Cathy conservait une lumineuse beauté. Pierre essaya de faire abstraction de ses envies qui n’étaient rien moins qu’un retour illico sur la planète jambes en l’air.
- Cathy…
Ouf ! Il avait réussi à ne pas accoler « chérie »…
- Dis-moi précisément comment tu es arrivée ici ?
- Par avion… Vol Air France AF 7185… Départ : 16h12 , Arrivée : 18h02
Voilà. C’était ça qui empêchait que la mission ait la moindre chance de réussite. Cathy ne pouvait pas accéder aux sous-entendus.
- Non, raconte-moi tout depuis le début.
- Depuis le début ? Pfff… Il y en a pour un moment…
Elle mordit dans son croissant, enfila un demi-verre de jus d’orange par-dessus puis, tout en mastiquant, se lança :
- Le 13 janvier, à 8h47, en lisant un journal, j’ai trouvé une annonce dans la rubrique des petites annonces. L’armée demandait des candidates pour recruter des gens pour devenir militaire…
Elle se tourna vers lui, l’œil inquiet et la mine perplexe.
- J’ai bon jusque là ?
- Continue !
- Je me suis présentée le 18 janvier à 9h02 au Ministère des Armées. La dame de l’accueil a été très désagréable. Une grande rousse avec un dentier et une robe moche en lycra gris. A 9h06, après avoir grimpé les 52 marches de l’escalier, je suis arrivée au bureau 431. Là, il y avait déjà une fille qui attendait, petite brunette avec plein de bleu sur la figure et des talons de 5 centimètres. Elle venait à peine de partir aux toilettes que monsieur Hugues est arrivé. J’étais gênée pour la fille mais vu qu’on n’était que deux, je me suis dit qu’elle serait sans doute engagée… Donc j’ai pas attendu qu’elle revienne. Monsieur Hugues m’a envoyé à un rendez-vous à l’angle du boulevard Annie Cordy et de la rue Raymond Devos… Tu connais ?
Il secoua la tête en signe de dénégation. Dans sa tête, tout se mélangeait. Il n’écouta pas la suite. Cathy avait dû se tromper de porte, c’était aussi simple que ça. Un quiproquo avait suivi et elle s’était retrouvée embarquée sur cette mission. Elle venait pour un poste de recruteuse, elle se retrouvait agent secret en mission. Quelle triste ironie ! Mais, d’un autre côté, il songeait à la précision de son récit. Conne mais observatrice à n’en pas douter.
- Tu peux me décrire ton monsieur Hugues ?
- Environ 1m70, grassouillet, des cheveux peignés en avant pour ne pas montrer qu’il perd ses cheveux, de fines lunettes en argent, une tête carrée…
- La marque de sa montre ?
- Une Casio.
- Son eau de toilette ?
- Giorgio de Armani.
- Son ordinateur ? Il avait bien un ordinateur sur son bureau ?
- Oui, c’était un Hewlett-Packard gris-bleu…
Bien sûr, il n’avait aucune preuve que Cathy disait vrai. Pour le vérifier, il aurait fallu téléphoner et soulever ainsi la couverture qui était la sienne pour cette mission. Mais, la vitesse à laquelle elle répondait, le mouvement de ses yeux, la sérénité de son visage. Tout lui disait que ces observations étaient bien réelles.
- Cathy, tu connais Rain Man ?
- Rain Man, film américain de Barry Levinson, 1988, Comédie dramatique avec Dustin Hoffman, Tom Cruise, Valeria Golino, Gerald R. Molen, Jack Murdock…
Et merde ! Là, il craquait complètement… La conne sublime qui était dans le même lit que lui avait la mémoire d’un ordinateur surpuissant.
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MessageSujet: ROMAN : Un mur a forcément deux côtés - 4   Lun 12 Nov 2007 - 23:31

Chapitre 4
Le barbu sans barbe


Bien que le TGV roulât à 300 kilomètres/heure à travers la campagne artésienne, Franka devait se faire violence pour ne pas péter les plombs… Partie à 9h25 de la gare de Bruxelles-Midi, elle ne rallierait Nice qu’à 17h44. Une éternité. Ca donnait le temps à l’agent français et à la pétasse blonde de s’évaporer dans la nature. Elle ne rêvait que d’une chose : bondir au prochain arrêt dans la cabine du conducteur pour le forcer à accélérer. Ca, un train à grande vitesse ?! Un escargot vaguement aérodynamique, oui…

* *
*


Le ministre avant d’installer le capitaine Roland de Roncevaux dans ses nouvelles fonctions avait prononcé quelques mots en la mémoire du colonel Capet. Des mots simples mais totalement faux-cul. Un discours qui avait rappelé les brillants états de service du disparu de son entrée dans la fonction publique (il était alors sous-secrétaire au service de calibrage des courgettes et aubergines) à sa nomination huit ans auparavant à la tête des services de contre-espionnage. Un discours qui avait oublié les échecs rencontrés ici ou là, les coups de piston indispensables pour mener un raté à un poste dont il était indigne… Bref, un discours de ministre.
Dès que l’homme politique eut tourné dans un même mouvement le dos et les talons, le capitaine de Roncevaux, qui devait d’ailleurs être promu lieutenant-colonel dans les jours prochains, convoqua sa nouvelle secrétaire. Il ne lui en restait qu’une, la stagiaire Tatiana, et comme il craignait que celle-ci fût comme la deuxième lame d’un rasoir Gilette chargée de couper le poil qui se redresse, il l’accueillit avec entre les mains son P38 Lightning de service.
- Faites venir tous les chefs de service immédiatement. On va faire d’abord le point, puis ensuite un grand ménage… Ensuite, passez-moi le dossier de la blonde, Cathy je ne sais plus quoi…
- Le dossier a disparu, monsieur…
- Comment, disparu ?
- Oui… Il n’était plus sur le bureau de monsieur Hugues quand on l’a trouvé hier soir… Et, il n’y a plus rien non plus dans la mémoire de l’ordinateur central la concernant.
De Roncevaux ne savait pas ce qui l’énervait le plus : le laxisme des services dont il prenait la tête ou l’accent slave rehaussé de vodka de Tatiana.

* *
*


Ce qui était extraordinaire avec Cathy, c’est qu’on pouvait lui coller n’importe quoi dessus, jupe, pantalon, robe, ça paraissait toujours fait tout exprès pour elle. Ils avaient fait ensemble trois magasins de fringues à Monaco… Pas donné sur le plan des étiquettes, mais les services secrets français et belge se débrouilleraient sans doute pour le paiement de la note de frais ; dans ce domaine-là, il le savait, il y avait toujours de l’argent. Sauf que la Cathy, relookée en épouse du représentant du syndicat hôtelier de Knokke-le-Zoute, était enfin sortable… Dans la mesure, bien sûr, où on acceptait que tout le monde se retourne pour voir plus longtemps une miss Monde en puissance…
Car Pierre avait pris sa décision. Il ne la lâchait, il ne l’abandonnait pas. Lui tenir la main était un plaisir qu’il venait de découvrir et dont il savait déjà qu’il aurait du mal à se passer. Il ne lui dirait pas qu’elle était trop conne pour l’accompagner. Les facultés de mémorisation de cette fille étaient phénoménales. Pourquoi ne pas les utiliser ?
C’était tout con finalement. Il était tombé amoureux… Et c’était tout sauf professionnel comme attitude.

* *
*


A Roissy, Franka se leva posément de sa place, descendit sur le quai et marcha à pas résolus vers la motrice.
- Hé ! C’est vous le conducteur ?
- Oui, mademoiselle… Il y a un problème ?
- Oui. J’ai deux côtes cassées, un léger traumatisme crânien et quinze balles dans mon P.47 Thunderbolt… Alors, tu ouvres ta porte et tu me laisses monter à bord de ton escargot gris et bleu…

Ce qui était bien avec les McDonald’s, c’est qu’on pouvait parler tranquillement sans risquer d’être entendu par les voisins. Dans celui de Monaco, faute de place, l’espace jeux des enfants était placé dans la salle principale. Cela n’en serait que mieux…
C’est parce qu’il se souvenait de ce détail que Pierre avait conduit Cathy et son tout nouveau tailleur pastel dans ce fast-food. Ses propres explications et les réactions, peut-être véhémentes et démesurées de la jeune femme, n’en seraient que plus discrètes au milieu du brouhaha.
- Cathy, je suis un barbu !
- Mon chéri, tu arrêtes de me prendre pour une idiote… Je t’ai vu te raser ce matin à l’hôtel.
- Cathy, « barbu » est un mot d’argot professionnel. Tu es sûre que tu n’as pas ça rangé quelque part dans ton disque dur…
- Quel disque dur ?
- Ta tête, ton cerveau…
- Non. Pour moi, un barbu c’est un type qui porte une barbe… Comme Fidel Castro ou Carlos…
- Un barbu, dans notre jargon professionnel, c’est un espion…
- Un es…
Il lui plaqua la main sur la bouche.
- Exactement… Et toi, tu n’es pas ici pour recruter des soldats pour l’armée belge…
Toujours rendue muette par la main de Pierre, Cathy se contenta de remuer la tête pour signifier un « non » à la fois interrogatif et exclamatif.
- Quelque part, il y a eu une merde… Tu t’es retrouvée ici alors que ce ne devait pas être toi… C’est sans doute la fille brune qui devait venir… Je suis sur une mission très importante et, malheureusement, j’ai besoin de toi.
Là, ce sont les yeux clairs de Cathy qui se manifestèrent. Etonnement et excitation.
- Je dis « malheureusement » parce que tu n’es pas formée et que je ne peux pas faire autrement que t’utiliser. Avale ton Big Mac, je te dirai la suite plus tard.
Il relâcha la pression de sa main.
- Pierre, tu m’aimes ?...
- Oui, Cathy… Hélas !
- Alors, pourquoi tu as peur ?

* *
*


- Messieurs, je prends la direction de ce service dans les circonstances que vous connaissez. J’y trouve une chienlit indescriptible. Gaffes, dossiers égarés, pratiques inefficaces… Mon mot d’ordre en comprendra cinq : il faut que ça change ! Alors, quelles sont les affaires en cours ?
- Il y a l’affaire du « Petit Malin » pour lequel on a envoyé… ben vous savez qui…
- Ensuite ?
- On a la surveillance d’un gang d’espions biélorusses qui cherche à nous voler les secrets de la chanson réaliste façon Jacques Brel…
- Et c’est tout ?
- Non… On a une menace terroriste visant le Maneken pis… Des avions modèles réduits radiocommandés qui viendraient s’écraser tout contre…
- Bon, écoutez… Je crois que l’affaire du « Petit Malin » et ces menaces sur le tourisme mondial sont prioritaires. On met un maximum de monde là-dessus… Combien y a-t-il d’agents en service au fait ?
- 14, monsieur… dont 5 sont en vacances aux sports d’hiver et 3 sont infiltrés dans des réseaux dormants.
- Et merde ! Je comprends qu’il avait besoin de Franka, l’autre… En attendant, retournez me récupérer la mère de la blonde… Et cette fois-ci de la dignité, ne la déshabillez pas…
- Mais monsieur, c’est la procédure pour la fouille au corps…
- C’est Olga que vous auriez dû fouiller au corps hier, pauvres tâches !

* *
*


- Plus vite !
- Mais je ne peux pas… On est déjà à 20 km/h de plus que la normale…
- Il est bien allé à 515 km/h votre engin ?
- Oui, mais c’était une rame spéciale…
- C’est bien ce que je pensais… Vous les Français, quand vous n’êtes pas en grève, vous trichez !
- Et puis, si je me rapproche trop du TGV qui est dans le cadran précédent, le train va s’arrêter de lui-même…
- Et merde !

* *
*


- Voilà, tu as compris… Tu es ma femme. On est des hôteliers et on défend les intérêts de notre espace côtier… Tu me laisses parler. Si on te demande quelque chose, tu dis « comme moi ». Ok ?
- J’ai compris…
- Comment tu t’appelles ?
- Cathy Van der Cruyse, voyons…
- Non, je t’ai dit que tu étais madame…
- Oh oui, madame Van der Ploum…
- Cathy, je t’aime... Mais s’il te plait, ne complique pas les choses...
- Pierre ?
- Oui.
- On ne devrait pas avoir des alliances si on est mariés.
- Pas faux… Il reste une heure avant le rendez-vous… On va essayer d’en trouver… En attendant, dans quel ordre as-tu essayé les vêtements dans la deuxième boutique qu’on a visité ce matin.
- Alors, d’abord il y a eu la robe vert pomme, puis le blouson kaki avec les grandes poches… Ensuite, l’ensemble en jean qui était un peu trop large pour moi… et on a fini par le tailleur que je porte maintenant mais qu’ils n’avaient plus en 36…

* *
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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Lun 12 Nov 2007 - 23:31

- Collègue, je crois que tu vas avoir une sacrée surprise !
Le nouveau conducteur qui s’apprêtait à prendre le relais en gare de la Part-Dieu jeta un œil vers la cabine.
- Tu avais une passagère ?
- Oui… Mais elle ne voyage pas seule… Elle a son flingue avec elle…
- T’as pas prévenu la sécurité ?
- Pourquoi faire, c’est une flic belge qui est pressée… Elle est sur les nerfs mais elle est assez jolie… Ca se passe bien… Simplement, fais-lui plaisir… Roule un poil plus vite et tout ira bien…

* *
*


- Ca fait bizarre…
Lui aussi trouvait que c’était bizarre cet anneau argenté autour de l’annulaire… Bizarre et gênant. Ca serre, ça gratte, ça change la manière d’ouvrir et de fermer la main.
- Tu es prête, Cathy… On y va !
- J’suis prête, mon amour…
Elle disait ça comme si elle partait à la plage. Lui, il avait la trouille pour deux.

* *
*


L’hôtel « Fernando Morientes » donnait sur la mer et le stade Louis II. C’était un établissement très récent et dans lequel toutes les nouvelles technologies avaient été utilisées.
On y accédait par un sas directement inspiré des entrées de banques. Un scanner numérisait les visages des clients et, après consultation d’un immense fichier commun à tous les hôtels du groupe « Fif’Hotel », décidait d’autoriser ou non l’entrée.
La réceptionniste attendait derrière un grand comptoir en marbre gris, protégée par une très fine vitre résistante aux balles.
- J’ai rendez-vous avec le représentant du groupe Herbert U.Com…
- Vous êtes ?
- Monsieur et madame Van der Ploum… Ludovic et Barbara Van der Ploum de Knokke-le-Zoute.
Cathy éclata de rire. L’accent que prend Pierre était tellement ridicule… Il croyait sans doute que c’était comme ça que parlaient les Belges. Et d’ailleurs, s’ils parlaient comme ça, elle le saurait quand même…
- T’es ridicule, lâcha-t-elle !
Un coup de pied la ramena au calme.
- Veuillez excuser mon épouse…
Il baissa la voix, voulut s’approcher de la réceptionniste et ne réussit qu’à se cogner à la vitre.
- Elle a découvert le rosé de Provence à midi…
Et il accompagna cette révélation d’un geste de la main autour de son nez pour indiquer que la sobriété de son épouse n’était plus qu’un lointain souvenir.
- Vous êtes attendu… Chambre 431… Quatrième étage… L’ascenseur est sur votre droite…
Puis, quittant son ton de professionnelle de l’accueil…
- C’est vrai que le rosé de Provence quand on n’est pas habitué…
Devant la porte de l’ascenseur, les deux caméras thermiques de surveillance pivotèrent vers le couple comme des tournesols attirés par le soleil. Cathy leur fit deux ou trois grimaces et se marra doucement.
Bon sang ! Elle était tout sauf la femme du président d’un syndicat hôtelier. Pierre sentit qu’il allait devoir à nouveau utiliser l’argument d’un repas trop arrosé pour expliquer les attitudes bizarres de sa femme.
Sans émettre le moindre souffle, sans grincement métallique, la porte de l’ascenseur s’ouvrit. Tranquillement. Puis se referma, toujours avec la même douceur.
- Je peux appuyer sur le bouton.
- Si ça peut te faire plaisir, soupira Pierre…
Un ascenseur et Cathy, ça pourrait lui donner des idées excitantes… Mais là, ce n’était pas le cas. Il était à fiasco moins deux minutes. C’était écrit…
En appuyant sur la touche 4, le chiffre s’était allumé et un cercle vert s’était mis à clignoter sur le panneau de commande. Cathy ne parvint pas à détacher son regard du chiffre rouge.
Pas possible ! On aurait dit qu’elle n’était jamais montée dans un ascenseur cette… !
Pierre préféra ne pas finir sa pensée…
- Cathy ! Cathy !
Elle sursauta et le regarda.
- Pour la dernière fois, arrête de te comporter comme ça. Comment peux-tu avoir ce que tu as dans la tête et être aussi gamine ?
Il posa la question en sachant très bien qu’il n’aurait pas de réponse. Mais cette réponse, il aurait bien voulu la connaître. Histoire d’espérer un peu…

* *
*


- Madame Van der Cruyse, je vous remercie pour votre coopération. Je suis sûr que ce que vous me direz pourra être d’une grande importance…
- Monsieur, est-ce que ma fille va bien ? Hier, on m’a posé des questions pour savoir où elle était mais on ne m’a rien dit.
- Je voudrais vous être agréable… Mais je ne peux rien vous dire… D’abord parce que c’est une affaire qui concerne les services secrets… Et ensuite, malheureusement, parce que je ne sais rien d’autre que ce que vous savez déjà. Votre fille est partie pour Nice en avion.
Il avait à peine aperçu le visage de Claire Van der Cruyse la veille sur l’écran de l’ordinateur de monsieur Hugues. L’avoir devant lui n’était pas sans lui procurer des sensations certaines. Cette femme était encore, à 40 ans passés, merveilleusement belle.
Belle mais inquiète…
Et cette inquiétude faisait encore plus briller ses grands yeux bleus.
Mouillés de larmes, ils étaient comme deux petits lagons paradisiaques dans lesquels il serait bien allé plonger.
- Ecoutez… Je vais jouer franc jeu avec vous… J’ai besoin de tout savoir sur votre fille… Nous avons eu un problème informatique et son dossier a totalement disparu.
- Ca veut dire qu’elle est…
- Tranquillisez-vous ! Ca veut dire simplement qu’il y a dans ces services un type qui a effacé toute trace de votre fille… Volontairement ou pas, ça ce sera à nous de le découvrir. Mais en attendant, pour aider Cathy, vous devez tout me dire.
- Cathy, c’est une très jolie fille. Pour toutes les mamans, sa fille est forcément belle… Mais Cathy, elle est magnifique. Tout le monde le dit. Je n’ai eu sur elle que des compliments. Déjà à deux ans, elle était élue plus beau bébé de la crèche.
- Madame, je n’ai aucun mal à imaginer la beauté de votre fille. Il me suffit de vous regarder… Mais vous avez parlé hier de son QI de 40… Or, si j’ai bien compris aussi, votre fille conduit une voiture. Elle a son permis ?
- Oui, monsieur.
- Comment peut-on avoir son permis en ayant un QI de 40 ?
- C’est une histoire assez longue, monsieur…
- Je ne dirai pas que j’ai tout mon temps car ce serait mentir… Mais je vous écoute. Expliquez-moi tout ça.

* *
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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Lun 12 Nov 2007 - 23:31

La porte n°431 était plus que la porte d’une simple chambre. Pierre le comprit dès qu’il vit la décoration recherchée, les dorures, le bois somptueux utilisé et les caméras qui cernaient l’entrée. La porte 431 ouvrait sur la suite la plus luxueuse de tout l’hôtel. Ici, le coût d’une nuit devait atteindre des sommes indécentes.
- Ca va, Barbara ?
- Qui ?
- Laisse tomber !
Il n’eut pas besoin de frapper. La porte pivota toute seule pour leur livrer passage.
- Entrez monsieur Van der Ploum…
Pierre s’était attendu à trouver face à lui un homme, un dur, un exécutant des basses œuvres du « Gros Malin ». Il fut décontenancé que la voix fût celle d’une femme.
- Je me présente. Lucille Romain. Je suis la représentante pour l’Europe occidentale du groupe Herbert U.Com.
- Ludovic Van der Ploum… Ma femme, Barbara…
- Vraiment ravissante…
- Merci…
- Je vous ai déjà vue quelque part, affirma Cathy !
- J’ai donné plusieurs interviews dans la presse… Il est donc possible que vous m’ayez vue dans une revue.
Le contraste entre les deux femmes était saisissant. Agée d’environ 50 ans, Lucille Romain avait conservé un charme de vamp des grandes années du cinéma américain. Silhouette noire, port distingué et gracieux, fume-cigarettes, bas et talons hauts. Elle parlait avec aisance et d’une manière quasi-aristocratique. Ses yeux gris avaient l’agressivité de serres d’aigle ; d’un simple regard elle pouvait explorer, fouiller les êtres et peut-être même leur arracher le cœur. Au contraire, Cathy incarnait une femme légère à l’esprit toujours serein. Son parler était populaire et toujours en décalage avec ce qui se disait. Son tailleur était sage et, finalement, cela lui correspondait bien.
- Asseyez-vous, je vous en prie… Vous buvez quelque chose ?…
- Volontiers…
Sans que Lucille Romain ait appelé ou actionné le moindre bouton, un grand gaillard, musclé de partout et bronzé jusque dans les derniers replis de son corps d’athlète, entra dans la pièce de réception.
- Un de mes étalons, fit la femme d’affaires avec dans l’œil un reflet qui disait à la fois sa fierté de pouvoir dompter de tels hommes et qui proférait tout aussi clairement un avertissement à son visiteur. Aussi bon au lit qu’en combat rapproché…

* *
*


- Ce test, Cathy l’a passé quand elle avait six ans… Sa maîtresse trouvait qu’elle avait une grande facilité. Ils ont pensé qu’elle était peut-être un petit génie.
- Un petit génie avec un QI de 40 ?
- Selon un ami, cela ne veut rien dire… D’abord le QI mesure le quotient intellectuel d’un occidental… Un pygmée super-intelligent aurait également un résultat très faible…
- Vous m’accorderez qu’avec ses 1m83 Cathy n’est pas de la race de pygmées…
- Certes, non…
De Roncevaux fut content d’avoir fait sourire madame Van der Cruyse dont il sentait l’immense détresse.
- Je dis toujours cela pour essayer de me convaincre que ce QI ne veut rien dire…
- Et pourtant vous avez dit hier que votre fille ne pouvait pas réfléchir par elle-même…
- Elle devrait être normale, monsieur… Ma petite fille devrait être normale… Elle a toujours été intelligente, précoce, sage… et si belle. J’avais l’impression d’avoir mis au monde une future femme parfaite qui ferait le bien partout où elle passerait, qui donnerait à un homme l’amour le plus fou… Et puis, un jour, à cause d’un test idiot, j’ai compris que j’allais souffrir toute ma vie de voir ce rêve évanoui.
- Pour vous, Cathy est devenue… au diable le langage politiquement correct… débile… Je vous précise que j’utilise son mot dans son sens premier, c’est-à-dire faible, et pas en synonyme de conne… Je disais que vous pensez que c’est venu d’un seul coup…
- Ce n’est pas possible qu’il en ait été autrement. Personne n’a été capable de savoir pourquoi ce maudit test a tout changé dans sa vie…
- Donc, Cathy est plus intelligente que ce 40…
- Bien sûr, monsieur… Elle a eu une scolarité normale jusqu’à la fin de l’école primaire. Mais là, elle n’a pas pu entrer au lycée… Elle a une mémoire extraordinaire, elle retient des tas de trucs… Ca l’aidait à tenir le choc… mais au lycée, il fallait penser, prendre des idées et en faire quelque chose de construit… Et ça, elle ne pouvait pas y arriver. Elle est entrée en apprentissage chez un couturier, mais elle a plus servi de modèle et de mannequin qu’elle n’y a vraiment appris un métier…
- Et elle a eu son permis quand même… Comment ?
A voir la figure de Claire Van der Cruyse se décomposer, De Roncevaux songea, mais trop tard, qu’il n’aurait pas dû revenir sur ce sujet.
- J’ai couché avec l’examinateur…
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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Sam 22 Mar 2008 - 11:50

Chapitre 5
Quand la liberté s’envole


- Et maintenant, si nous passions aux choses sérieuses ?
Pierre avait pris un Perrier, Cathy un jus de fruit. L’un parce qu’il tenait à garder toute sa lucidité, l’autre parce qu’elle n’avait jamais bu d’alcool de sa vie. Ordre formel de maman !
- Vous connaissez les termes de notre proposition. Assurer le développement de votre espace côtier au détriment de ses concurrents. Nous sommes prêts à prendre des participations financières significatives par le biais de différentes holdings afin de réaliser une amélioration substantielle des profits.
- Qu’est-ce qu’elle raconte, demanda Cathy ?! Elle parle en flamand ou quoi ?
- Barbara, s’il te plait…
- Oui, pardon, mon chéri…
- Je ne suis pas claire, s’enquit madame Romain ?
- Parfaitement claire mais…
- Attends, qu’est-ce que tu racontes ? Claire, c’est ma mère… La dame, elle s’appelle Lucille, elle l’a dit tout à l’heure…
- Barbara, s’il te plait…
- C’est bon, je me tais…
- Une question, cependant, madame Romain… Concrètement, comment allez-vous renforcer nos positions ?
- Nous avons les moyens techniques et financiers de favoriser qui le demande… et de reléguer dans l’oubli ceux qui nous snobent, monsieur Van der Ploum.
- Dites m’en plus ! Mes amis et moi ne sommes pas décidés à lâcher 500 millions d’euros contre de vagues promesses.
- Dans ce cas, levez-vous et approchez.
Ils suivirent Lucille Romain vers la terrasse. La vue sur la principauté était magnifique. Immeubles accrochés à flanc de collines, rochers vertigineux domestiqués, espaces gagnés sur la mer, tout désignait une ville opiniâtre décidée à lutter pour sa survie et sa richesse.
- Oh, on voit ta voiture !
- Barbara, cesse de te conduire comme une gamine…
- Ben quoi, ce n’est pas ta voiture ?
Sans prêter aucune attention aux remarques creuses de l’épouse Van der Ploum, Lucille Romain entama son explication.
- Imaginez que nous ne soyons pas ici, mais un peu en contrebas dans un des salons du palais du Prince. Imaginez qu’il hésite à lâcher non pas 500 millions mais 900 millions d’euros… Que voulez-vous ? Monaco, c’est autre chose de Knokke-le-Zoute… Sans vouloir vous vexer.
- Mais vous avez raison, c’est nul Knokke ! On y est allé une fois avec maman et…
- Cathy… !!!
- Imaginez qu’on évoque la possibilité de précipiter sur la ville un bombardier américain avec une de ces bombes monstrueuses utilisées pour détruire les barrages… Ou qu’on lui suggère l’hypothèse d’une bombe atomique explosant au large et générant une vague de plusieurs mètres de haut roulant vers la principauté… Que résulterait-il, selon vous, de ces menaces ?
- Un chèque de 900 millions libellé au profit de votre société…
- Voilà, vous avez tout compris, monsieur Van der Ploum ! Ou vous êtes avec nous, ou vous êtes contre nous ! Votre survie économique ne dépend que de votre décision…
Cathy n’écoutait plus depuis longtemps. Elle avait repéré au loin un yacht qui rentrait au port et cela suffisait à l’amuser.
- Nous nous sommes compris, monsieur Van der Ploum ?
- Parfaitement…
- Pourquoi vous dîtes Van der Ploum comme ça, intervint Cathy ?
- Que voulez-vous dire ?
- Vous insistez sur Ploum… Vous entendez pas ?
- Barbara, regarde les bateaux et tais-toi…
- Alors, monsieur Van der Ploum…
Pierre perçut ce que Cathy avait remarqué. Une exagération sur Ploum avec un accent sonore et ironique.
- Oui ?!…
- Imaginez maintenant que vous ne soyez pas belge mais un agent des services secrets français… et que votre prétendue épouse réponde au doux nom de Cathy Van der Cruyse. Que penseriez-vous de la puissance de notre organisation ?

* *
*


- Madame Van der Cruyse, vous avez souvent eu recours à votre corps pour défendre les intérêts de votre fille ?
- C’est arrivé encore quelques fois, oui.
De Roncevaux ne savait que dire. Il était bien loin de Nice et du « Gros Malin ». Ce qu’il ressentait en ce moment, c’était une grande pitié pour cette mère aimante ayant consenti au plus douloureux des sacrifices. Une grande volonté aussi de lui ramener Cathy coûte que coûte.
- Et la mémoire de Cathy, dit-il pour ramener la discussion sur un terrain où la mère pourrait se sentir plus valorisée ?
- Ma fille est un phénomène de foire. Elle voit tout, elle retient tout. Elle est capable de vous dire minute par minute ce qu’elle a fait dans la journée.

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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Sam 22 Mar 2008 - 11:52

- Comment elle me connaît, lança Cathy ?
- Quand la Belgique envoie une demeurée à la place d’un agent véritable, ça se sait… Quand le dossier sur cette ravissante idiote mentionne ses compétences en matière de mémoire, une organisation comme la nôtre rêve de se l’attacher. Et quand cette jeune personne vient en plus se livrer à vous à domicile avec comme seule escorte un jeune homme tellement amoureux qu’il prononce le prénom de sa belle et non celui de la femme qu’il est censé accompagner, c’est un véritable plaisir.
Lucille Romain tendit la main vers Cathy.
- Tu ne me touches pas !
Pierre fit un geste pour s’interposer. Il se sentit saisi à la taille par deux bras musculeux qui le tirèrent vers l’intérieur de l’appartement. Il lança le cri de sa maîtresse non comme un appel à l’aide mais comme une incitation à la résistance, voire à la fuite.
- Tu ne me touches pas !
Cathy s’était mise à califourchon sur la rambarde de la terrasse.
- Je vais sauter si tu avances…
- Allons, Cathy, ce sont des jeux d’enfants cela… Dites-moi plutôt combien il y a de bateaux dans le port.
- 224.
- Vous voyez ! Vous êtes exceptionnelle.
La représentante d’Herbert U.Com fit un pas. Cathy sauta dans le vide.

* *
*


- C’est encore long, demanda Franka alors que le TGV quittait Marseille Saint-Charles ?
- Vous savez… A partir de maintenant, on va être sur une voie classique… On ne pourra plus rouler à 300… Mais si vous êtes si pressée, pourquoi vous n’avez pas pris l’avion ?
Le P47 Thunderbolt jaillit sous le nez du conducteur de la rame avant qu’il ait pu rendre compte de quoi que ce soit…
- C’est quoi la prochaine gare ?
- Toulon.
- On ne s’arrêtera pas…
- Mais… Les voyageurs ?
- Vous direz « Problème technique »… Vous n’allez pas me soutenir que votre engin est fiable à 100 %...
- Le train s’arrêtera de toute façon… Avec le signal d’alarme…
- Où est-ce qu’on le déconnecte ?
- Là, mais je ne le ferai pas…
- Moi je le ferai.
Franka pointa son P47 vers le tableau de commandes. Préférant préserver sa machine plutôt que son honneur, le conducteur bascula le commutateur. Le signal d’alarme passa sur « off ».
- Et maintenant, roule !
Il ne lui avait pas dit que les signaux l’arrêteraient automatiquement. Elle aurait été capable de se mettre à la fenêtre et de flinguer tous les feux de la ligne.

* *
*


- Elle a sauté !
Lucille Romain rentra à l’intérieur de la suite, referma la porte vitrée coulissante et tira les épais rideaux bruns. Elle avait la mine défaite.
Elle avait déjà éliminé physiquement des gens, mais ce qu’elle venait de vivre dépassait ce que sa propre logique pouvait accepter. Une fille à qui on proposait de travailler pour une puissante organisation avait préféré se suicider.
- Quelle conne !
- Ne dites pas ça de Cathy, hurla Pierre pour exorciser la douleur.
- On dirait qu’il y tenait à sa bimbo, le faux Belge ! Bon, il faut nettoyer… Les flics vont enquêter. Même si on est dans un hôtel qui nous appartient, ce corps étendu sur le goudron ça va faire tâche. On se débarrasse de notre ami ici présent…
- Couic, fit une des deux montagnes de muscles ?
- Pas tout de suite… Par contre, la réceptionniste ne doit pas rentrer chez elle ce soir… On lui laisse expliquer qu’elle a vu les deux entrer… Et après, couic, comme tu dis mon petit Mike… Avec les empreintes de notre ami bien en évidence sur son cou.
- La vie ne vaut donc rien pour vous, cracha Pierre.
- Ecoute-moi bien, monsieur des services secrets français. Pour nous assurer le contrôle du tourisme mondial, nous allons en sacrifier plusieurs centaines de milliers… Alors une de plus ou de moins…
- Vous…
- Mike, fais le taire… Je sens que je vais avoir droit au couplet sur « on vous arrêtera avant »…
Mike fourra trois serviettes en papier dans la bouche de Pierre, puis entortilla un gros ruban adhésif orange autour du visage de l’agent secret.
- Pour ta gouverne, nous n’échouerons pas… Si notre chef se fait appeler le « Petit Malin », ce n’est pas par forfanterie… C’est une réalité. Il a tout prévu… Et des miettes comme toi ou ta Cathy, ça se balaye d’un revers de la main.

* *
*


Normalement, une personne sensée serait partie en courant pour obtenir de l’aide.
Pas elle !
Ce n’était pas dans sa logique.
Cathy se présenta devant la porte de l’hôtel, fixa un regard méchant sur les caméras…
- Vous m’ouvrez, oui ?!
L’ordinateur central avait pour sa part une autre logique. Une voix numérique et impersonnelle emplit le sas.
- Accès refusé !
- Mais pourquoi ?
Comme s’il l’avait entendue, l’ordinateur apporta une précision qui expliquait tout.
- La personne est déjà entrée et pas encore ressortie.
Cathy balança de rage un grand coup de pied dans la porte en verre, puis se mit à hurler comme une folle :
- Pierre, je vais chercher de l’aide !

* *
*


- Votre fille n’est pas autiste ?
- Pas du tout… Au contraire, elle a de bons contacts avec les gens… Elle cherche le grand amour comme tout le monde, mais maladroitement. Elle se fait des amies mais elle ne les garde pas ; elles finissent par avoir honte d’être vues avec elle.
- Elle en souffre ?
- Je ne sais pas si elle s’en rend compte. J’essaye de la protéger au maximum, de lui éviter tout ce qui peut lui causer trop de peine. La tristesse, la solitude la mettent dans un état proche de la panique. Vous le voyez, c’est tout le contraire de l’autisme.
De Roncevaux aurait dû s’occuper d’autre chose. Il n’y pensait même plus. Il était à la fois subjugué par la beauté et le courage de Claire Van der Cruyse. Et sans s’en rendre compte, il faisait durer ces moments en multipliant les questions. Et même si ce qu’il apprenait n’avait guère d’intérêt pour la retrouver, il voulait tout savoir de Cathy.
- Peut-être, poursuivit Claire Van der Cruyse, peut-être est-ce parce que très jeune je l’ai mise au sport.
- Votre fille, je veux dire Cathy, a fait beaucoup de sport.
- Beaucoup est un mot un peu faible, monsieur. Comme elle mémorisait instantanément et comme il était impossible de lui faire réfléchir sur quoique ce soit, il ne servait à rien de la coller derrière un bureau pour ses devoirs et ses leçons. Elle était toujours sur le stade, dans le gymnase, à la piscine. Elle a été sélectionnée dans les équipes nationales de jeunes en natation, en hand-ball et en gymnastique.
- Et elle n’a pas atteint le haut niveau à cause de… ?
- Non… A 15 ans, elle s’est prise de passion pour le cirque. Elle a à peu près tout fait… Le clown, elle n’avait aucun mal. Elle jongle bien, monte à cheval comme une vraie écuyère, mais là où elle est la plus douée c’est pour la voltige aérienne… Le trapèze quoi… Le vide ne lui fait pas peur, elle peut se lancer d’un point à un autre sans même réfléchir. Quelle que soit la hauteur ! C’est inné…
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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Sam 22 Mar 2008 - 11:54

Chapitre 6
Les amours de journaux


Cathy n’avait pas la moindre idée d’où elle allait mais elle courrait. Foulée élégante et ample, travaillée sur la piste d’athlétisme ou dans les sous-bois. Elle aurait pu courir une heure comme ça, sans se fatiguer…
Mais elle portait des chaussures à talons et au bout de cinq minutes, même son cerveau atrophié perçut les signaux désespérés envoyés par ses chevilles torturées. Elle s’arrêta.
De toute façon, ils devaient sans doute encore la chercher dans l’hôtel ou sur le parking. Elle leur avait joué un drôle de tour quand même… Elle aurait eu envie de l’expliquer à Pierre… mais il n’était pas là et puis de toute façon il n’aurait jamais pu faire ce qu’elle avait fait. Ca, elle en était bien sûre…
- Madame…
- Oui mademoiselle…
- Vous savez comment j’ai fait pour m’échapper de l’hôtel ?
La vieille dame, qui traînait derrière elle un cabas à roulettes, se détourna dès qu’elle comprit qu’il ne s’agissait pas d’une touriste cherchant son chemin. Elle soupira et marmonna entre ses dents factices une terrible imprécation sur les jeunes et les herbes bizarres qu’ils fumaient. A Monaco, le touriste est roi… dès qu’il a de l’argent à dépenser et qu’il sait bien se tenir. Sinon, il n’est qu’un étranger.
Finalement, à force de harceler les passants, Cathy attira sur elle l’attention d’un policier de la principauté. Courtois, le pandore emplumé s’approcha et s’enquit de son problème :
- Je voudrais raconter quelque chose qui m’est arrivé… Mais tout le monde est pressé et personne ne veut m’écouter…
- Que vous est-il arrivé ? Moi, je vais vous écouter…
- Merci… Vous êtes gentil !
Et sans aucune gêne, elle déposa un gros baiser sur la joue du policier.
- Voilà… Je travaille pour les services secrets belges… En fait, je croyais que j’étais venue pour recruter des soldats pour notre armée mais non… En fait, je suis dans une mission avec un agent français qui s’appelle Pierre Bonnard… Bonnard comme le peintre, vous le connaissez ?
L’effet de la bise s’estompa aussitôt qu’il comprit qu’il avait affaire à une cinglée. Il se reprocha même de s’être laisser embrasser… Et si c’était contagieux ?
Tout en continuant à l’écouter, et sans l’interrompre conformément aux instructions du manuel du parfait petit policier monégasque, il pressa un bouton d’alerte sur son beeper.
- Donc, j’ai senti qu’il y avait une barre en fer sous le balcon. Je l’ai prise dans ma main et j’ai basculé en arrière… Et hop, je me suis retrouvée accrochée sous le balcon. Quand j’ai entendu la dame rentrer dans l’appartement, je me suis laissée tomber jusqu’au balcon du 2è étage… Oui, parce que le balcon du troisième, il est décalé… Je vous ai dit que c’était dans un hôtel qui s’appelle le « Fernando Morientes » ?
- Oui, bien sûr… D’ailleurs, il arrive.
- Qui ça ?
- Fernando Morientes, répondit le policier qui ne s’était pas attendu à la question.
- Vous me prenez pour une gaga ou quoi ! Morientes, il est reparti au Réal…
Avant que le policier ait pu comprendre ce qui lui arrivait, Cathy lui avait enfoncé son casque sur les yeux. Le monégasque entendit claquer les talons dans un staccato rapide mais quand il recouvra la vue, la belle donzelle avait disparu.

* *
*


- Monsieur, excusez-moi de vous déranger… Mais j’ai enfin réussi à obtenir un contact avec le général Roqueblanque de Saint-Rufnec, le chef du SNICEF.
- Passez le moi, Tatiana !
De Roncevaux se maudit intérieurement. Subjugué par Claire Van der Cruyse, il n’était pas sur ses gardes. Tatiana aurait pu le tirer comme un lapin et l’abattre comme un chien avant qu’il ait dégainé son arme de service.
- Saint-Rufnec à l’appareil… On vient de m’apprendre que vous remplaciez le colonel Capet… Il est souffrant ?
- Non, mon général, son cadavre va bien, je vous remercie…
- Excusez-moi… Décidément, on ne me dit rien…
- Mon général, j’ai besoin d’avoir des informations sur la coopération en cours entre nos services. Comme c’est notre ministère des Affaires étrangères qui chapeaute l’opération, nous avons été tenus à l’écart de sa préparation. Que savez-vous ?
- Ce que je sais, ce que je sais… Est-ce que vous croyez qu’on me met au courant de tout ce qui se passe ?
- Ce que nous savons c’est qu’un de vos agents devait entrer en contact avec l’organisation du « Petit Malin »…
- Le « Petit Malin » ?! Dîtes, le Belge, vous ne vous foutriez pas de moi par hasard ?! Je vous préviens, j’ai jamais pu sacquer Raymond Goethals… Alors, ne vous attendez pas à être particulièrement soutenus par mes services !
- Mon général, renseignez-vous… C’est un problème très grave.
- Parce que vous pensez que la préservation de nos intérêts en Afrique noire, ce n’est pas un problème fondamental… Attendez, je me renseigne et je vous rappelle…

* *
*


- A qui je peux raconter ce qui m’arrive ?
Malgré le froid, elle s’était mise pieds nus et continuait à courir. Toujours sans le moindre but.
- Si seulement, je connaissais quelqu’un ici ?
Un sourire poussa soudain sur son visage.
- Mais je connais quelqu’un !

* *
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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Sam 22 Mar 2008 - 11:56

De Roncevaux aurait dû faire évacuer Claire Van der Cruyse de son bureau. A la voir les mains jointes en de muettes prières, le visage ravagé par la détresse et l’angoisse, il n’en avait pas eu le courage. Il lui avait fait amener, comme à lui-même, un grand thé pour tromper l’attente.
Le téléphone n’eut pas le temps de bourdonner deux fois.
- De Roncevaux ?
- Oui mon général…
- Il semble qu’il y ait de la maïzena dans la semoule…
- C’est-à-dire mon général…
- Ah oui, c’est vrai… Vous les Belges, vous n’avez pas fait l’Algérie ! Bref, si je vous dis qu’on a mis Franck Leboeuf en défense…
- C’est que ça va mal…
- Très mal…
En entendant ces mots, la tension de Claire Van der Cruyse monta encore. Elle tenta de dissimuler ses craintes en prenant une gorgée de thé. Peine perdue ! De Roncevaux voyait trembler le bras, la main et la tasse. La mère de Cathy ne réussit qu’à se tâcher.
- Notre homme n’a pas donné signe de vie depuis hier, après avoir réceptionné votre agente. Il est coutumier du fait, remarquez ; il adore travailler en immersion complète… Mais, là, il aurait dû réapparaître pour donner le compte-rendu de sa rencontre avec la représentante de l’Organisation. Quelle heure est-il à Bruxelles ?
De Roncevaux regarda sa montre.
- 17h40 !
- Comme ici… Je croyais qu’il y avait deux heures de décalage horaire avec la Belgique…
- Plus maintenant, mon général… L’Europe !
- Europe ou pas, on peut les considérer comme perdus…
- Mon général, vous ne lancez pas d’avis de recherche ?…
- Monsieur, je ne sais pas quel jour vous êtes à Bruxelles, mais ici c’est samedi… Alors, soyez heureux que je sois à mon bureau et pas en train de culbuter ma maîtresse en prétextant être à un repas des anciens de l’Indo…
- Mon général, une dernière question…
- Vite ! Elle va refroidir…
- Qui ça ?!
- Ma maîtresse, bordel, vous ne suivez pas…
- Est-ce que vous savez où devait se tenir la réunion ?
- Dans l’océan indien, au large de l’Afrique… On ne vous apprend donc rien en Belgique…
- La réunion entre votre agent et nos adversaires…
- Ah ! Cette réunion-là ! A Monaco, je crois.
Le général Roqueblanque de Saint-Rufnec raccrocha le combiné du téléphone et accrocha autour de son cou le lourd collier clouté qui attendait sur son bureau. Il allait être en retard et sa maîtresse n’allait pas apprécier ça du tout. Il se délectait d’avance des châtiments qui l’attendaient.

* *
*


Trois heures après la chute de feue Cathy Van der Cruyse, Lucille Romain n’avait toujours pas été dérangée par l’enquête des forces de police locale.
Elle trouvait ça plus que curieux.
Inquiétant.
Le plus troublant avait été l’absence d’agitation. Pas de cris stridents de femmes épouvantées, pas de hurlements bleutés de sirènes d’ambulance. Rien. Le même calme. Comme si rien ne s’était passé.
- J’ai l’impression que cette fille s’est bien foutue de nous. On lève le camp…
- Et le guignol, demanda Mike ?
- Il suit le mouvement…
- Et la fille de l’accueil ?
- Elle ne saura jamais à quel point les jours qui suivront seront un extraordinaire bonus…

* *
*


- Pardon, monsieur, est-ce que Stéphanie est là ?
Le grand gaillard blond, sanglé dans son uniforme de garde, a l’habitude qu’on lui pose cette question. Mais, alors qu’à l’habitude, il doit se pencher vers une petite fille curieuse, là c’est une superbe créature aussi grande que lui qui l’interroge. Avec un accent belge prononcé.
- Vous voulez parler de la princesse Stéphanie ?
- Oui, la princesse…
- Elle vous connaît ?
- Moi, je la connais… J’ai besoin que quelqu’un m’aide… Pierre a été fait prisonnier par une méchante dame et ses gardes du corps.
- Et c’est qui Pierre ?
La jeune fille lui parut rosir de gêne.
- L’homme qui m’a fait l’amour cette nuit… Il est aussi agent secret, vous savez.
Comme son collègue un peu plus tôt, le garde comprit à qui il avait à faire. Même règlement, même réaction. Il déclencha un appel au central et entreprit de faire parler la dingue de service.
- Et vous lui voulez quoi à la princesse ?…
- Je vous l’ai dit… Qu’elle m’aide !
- Mais pourquoi elle ? Pourquoi n’allez-vous pas à la Police ?
- Mais si je vais à la Police leur raconter ça, ils ne me croiront jamais.
- Je suis de la Police, moi en quelque sorte… Pourtant, je vous écoute et je vous crois.
- Alors, je vais pouvoir voir Stéphanie, s’écria Cathy…
- La princesse n’est pas là, répondit le garde sans se rendre compte qu’il donnait là une excellente raison à la jeune femme de s’envoler. Et de toute façon, il n’y a personne au Palais ce soir. Son altesse sérénissime est en voyage, la princesse Caroline est au ski et le prince Albert est au stade Louis II pour le match de foot…
- Il y a un match de foot ce soir ? Faut que j’y aille alors !
La jeune femme à l’accent belge s’en allait déjà dans la nuit presque tombée. Le garde la vit lui faire un signe amical de la main. Quelle toquée ! Elle semblait avoir déjà oublié le fameux Pierre, ceux qui l’avaient soi-disant arrêtée, et même la princesse Stéphanie.

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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Sam 22 Mar 2008 - 12:00

Fait exceptionnel dans l’histoire de la SNCF, un train arriva à destination avec quatre minutes d’avance. Alors qu’on eût pu légitimement attendre que le conducteur fût félicité, deux agents de la police ferroviaire l’attendait sur le quai à sa descente du train. A leur grande surprise, ce fut une jeune femme brune qui dégringola péniblement les deux marches depuis la cabine de conduite.
Le premier agent lança un coup d’œil à son collègue. Pas besoin de mots pour dire ces choses-là. Non respect des vitesses sur la ligne, accueil de jolies étrangères au service dans la cabine, ce conducteur-là n’était pas prêt de remettre les pieds dans un TGV… Pour le conduire en tous cas.
- Mademoiselle, police ferroviaire… Vous avez votre billet…
- Parfaitement… Et en 1ère classe…
- Et que faisiez-vous dans le poste de conduite ?
- J’aidais la compagnie des chemins de fer à redresser la réputation des transports français…
- Et comment ?
- La question la plus pertinente est « avec quoi ? » et là je vous réponds « avec ça ».
Lentement, Franka releva son blouson pour montrer la crosse de son P47.
- Franka Ramis, services spéciaux belges… C’est moi qui ai forcé votre camarade à appuyer sur le champignon.
- Vous comprendrez si vous êtes du métier qu’on ne vous croira pas sur parole…
- Ni en regardant ma belle carte professionnelle, c’est normal…Je vous suis…
Les deux fonctionnaires de police se regardèrent amusés. C’était bien une Belge. Elle avait gagné 4 minutes sur le trajet en contraignant le conducteur à accélérer. Elle allait en perdre 30 fois plus dans leur bureau.

* *
*


Du Rocher où se trouvait le palais princier, il fallait plonger vers le stade Louis II. Cathy reprit le pas de course. Boulevard Princesse Grâce, Place Prince Albert, Rue Princesse Caroline, Avenue Rainier III… En voulant couper au plus court, la jeune Belge perdit cependant du temps. Engagée dans l’impasse Daniel Ducruet, elle dut revenir sur ses pas. Elle descendait toujours vers le stade dont les arches se dessinaient à l’horizon.
L’Association Sportive de Monaco jouait un match avancé du championnat de Ligue 1 contre le club des Girondins de Bordeaux. C’était un match qui avait attiré la grande foule : au moins 6000 spectateurs… en comptant les techniciens, cameramen et journalistes de Canal + qui diffusait la rencontre.
Cathy, essoufflée et dégoulinante de sueur, se mit dans une des files d’attente qui menaient jusqu’aux guichets. Dix minutes plus tard, elle se trouvait face au préposé.
- Un billet pour la tribune présidentielle.
Interloqué, le guichetier dut regarder la feuille des tarifs. En quinze ans de service pour le club, il n’avait jamais eu à vendre de tels billets. Ils étaient en général réservés à des abonnés à l’année, à des entreprises ou à des personnalités… mais tous passaient directement par le secrétariat du club.
- Ca fait 150 euros… Vous êtes sûre que vous voulez mettre ce prix-là dans une place ?
- Oh oui ! Franchement, il n’y a que de là qu’on voit bien se dérouler le jeu… Derrière les buts, vous ne voyez que la moitié du match.
Le guichetier prit encore quelques secondes pour jauger la personne qu’il avait en face de lui. Elle était habillée de façon tout à fait convenable, était jolie comme un cœur mais ses cheveux étaient en désordre, son tailleur tâché en de multiples endroits. Il eut un doute, appela discrètement un membre du personnel de sécurité. On ne pouvait pas mettre n’importe qui dans les présidentielles, les caméras ayant, à Monaco plus qu’ailleurs, une fâcheuse habitude à se tourner vers elles au moindre arrêt de jeu prolongé.
- Mademoiselle, si vous pouvez vous écarter… Les personnes qui vont en tribune présidentielle sont traitées de manière différente. On vient s’occuper de vous.

* *
*


Lorsqu’il eut raccompagné Claire Van der Cruyse jusqu’à sa voiture, le lieutenant-colonel de Roncevaux s’enferma dans son bureau pour faire le point.
Qu’avait-il appris ?
Que les services secrets français étaient tout autant largués que les siens sur cette affaire. Ils ne savaient pas où était leur homme. Et si on ne retrouvait pas la piste de celui-ci, on ne pouvait pas espérer voir réapparaître Cathy.
Que Claire Van der Cruyse lui plaisait énormément. Cette femme belle était aussi une femme forte dont la vie semblait entièrement mise au service de sa fille unique. Elle n’avait d’ailleurs jamais parlé de son mari au cours de l’après-midi. Sa vie amoureuse à lui s’était arrêtée après son divorce et Claire lui paraissait de nature à le relancer. Retrouver Cathy était un bon moyen sans doute de marquer des points.
Et Cathy ?
Plus les heures passaient, et plus la jeune femme lui paraissait indéchiffrable. Etait-elle aussi niaise qu’il l’avait cru dans un premier temps ? N’avait-elle pas finalement les moyens de mener à bien la mission qui lui avait été confiée par erreur. Certes de manière pas très classique mais en s’appuyant sur des talents finalement multiples.
A ce moment précis, le téléphone sonna.
- Monsieur de Roncevaux ?
- Lui-même
- Brigade de police ferroviaire de Nice…
- Vous avez intercepté une jeune femme du nom de Franka Ramis ?
- Comment vous le savez ?
De Roncevaux poussa un long soupir.
- J’ai l’habitude…

* *
*


Le type de la sécurité avait une quarantaine d’années. C’était un grand black à la démarche souple et féline… Et comme tous les costauds chargés de maintenir l’ordre, il se trimbalait avec un grand sourire, histoire de désamorcer par avance les tensions. Il s’approcha d’abord du guichetier pour savoir quel était le problème, jeta quelques coups d’œil à la jeune femme qui attendait sur le côté, puis s’approcha d’elle.
- Mademoiselle, vous avez les moyens de prendre ce billet d’entrée ?
- Bien sûr.
Cathy tira de sa poche une carte de crédit.
- Mais je vous reconnais… Vous êtes Samuel N’Goba !
- Vous me connaissez ?
- Oui, bien sûr… Vous avez joué à Strasbourg, à Monaco et vous avez fini votre carrière en Belgique au Standard de Liège… 34 sélections en équipe du Mali. Vous étiez attaquant…
- Ca alors ! Depuis six ans que je bosse à Monaco, vous êtes bien la première personne à me reconnaître…
- C’est que vous avez joué contre mon papa en Coupe d’Europe…
- Et votre papa, comment s’appelait-il ?
- Dirk Van der Cruyse.
- Oui, oui, je m’en souviens… Un sacré défenseur, pas vrai !
En fait, le nom ne lui disait rien… et ça ne facilitait pas sa tâche pour décider si cette fille était bien dérangée et mythomane…
- Ce soir-là, vous en avez quand même marqué quatre.
Samuel N’Goba se souvenait parfaitement du seul soir où il avait mis quatre buts dans un match de Coupe d’Europe. C’était dans l’ancien stade Louis II et contre l’équipe de Mouscron.
- Vous êtes belge ?
- Oui.
- Vous savez quoi… Vous allez payer un billet à tarif normal et je vais vous conduire moi-même dans la loge présidentielle…

* *
*


Franka crevait de faim. En voyageant dans la cabine du TGV, elle n’avait pu accéder au wagon-restaurant situé comme toujours « en milieu de rame ». Et elle n’avait pas eu le cœur, en dépit de sa mauvaise humeur, d’exiger du conducteur qu’il partageât avec elle son sandwich.
Influence génétique ou besoin urgent et vital, elle trouva une gargote estampillée Ronald le clown et enfila cinq hamburgers.
Pour le reste, rien ne pressait.
Dormir ou se reposer était le cadet de ses soucis. Elle voulait la blonde !
Et, au fond d’elle, elle regrettait le bon vieux temps du far-west où les avis de recherche stipulaient « mort ou vif »…

* *
*


Le match avait déjà commencé, mais le score était « nul et vierge ». Clara, amie mais médisante, avait longtemps adapté cette expression des commentateurs sportifs pour désigner Cathy. Mais c’était bien le cadet des soucis de la jeune femme.
Elle retournait dans un stade de foot pour la première fois depuis si longtemps qu’elle se concentra sur la rencontre.
Et ni le sort de Pierre, ni le froid qui perçait de plus en plus ses vêtements trempés de sueur, ni la faillite de la Sabena et le chômage de sa mère ne comptaient plus désormais.
Monaco était à l’attaque et Bordeaux en défense.
Et Cathy se transforma soudain en sémaphore, montrant par de vastes envolées de ses bras les mouvements susceptibles de déstabiliser l’adversaire.

* *
*


Restaurée rapidement (un fast-food et une affamée étaient forcément faits pour être performants en la matière), Franka décida de se prendre une chambre d’hôtel. Histoire d’avoir un pied à terre commode et accessible quelle que soit l’heure à laquelle elle rentrerait.
L’hôtel de « L’Olive noire » ne payait pas de mine mais il proposait une douche et la télé dans chaque chambre. Franka prit une chambre pour trois nuits, monta ses maigres affaires à l’étage et décida de prendre une douche. Tout en se déshabillant, elle alluma la télé pour obtenir les dernières infos. La télécommande ne renvoyait que des images publicitaires… Une, deux, trois… Partout les mêmes annonces, les mêmes sons agressifs, les mêmes images de bonheur imbécile. Elle laissa la télé sur la quatrième chaîne qui diffusait un match de foot et partit sous la douche.

* *
*


Au coup de sifflet de l’arbitre, les spectateurs se dressèrent pour applaudir et quitter rapidement leur place pour aller se désaltérer.
- Vous ne venez pas à l’intérieur, mademoiselle, s’enquit Samuel N’Goma ?
- Je préfère regarder la pelouse…
- Je pourrais vous présenter au Prince… C’est un ami… Nous avons fait du bobsleigh ensemble.
La mention du Prince ralluma tous les voyants dans le cerveau de Cathy. Elle se souvint pourquoi elle était venue au stade. Pas pour voir les Monégasques atomiser des Bordelais apathiques… Elle devait parler à Albert…
- En plus, il s’appelle comme notre roi, pensa-t-elle… C’est un signe !
Elle suivit N’Goma à l’intérieur du salon réservé aux spectateurs de la tribune présidentielle.
- Votre altesse, j’aimerais vous présenter mademoiselle… euh…
- Cathy Van der Cruyse.
- C’est la fille, reprit N’Goma, d’un de mes anciens adversaires… Il jouait dans l’équipe de Mouscron.
- Le soir où tu as marqué trois buts ?
- Quatre, votre altesse…
- Non, non… Le deuxième n’était pas valable, tu étais hors-jeu…
- Il était hors-jeu, confirma Cathy… Mon père avait fait un pas rapide vers l’avant… Mais le juge de touche n’a rien vu…
- Donc, ça fait bien trois buts, conclut le prince. Que désirez-vous boire, mademoiselle ?
- Une menthe à l’eau…
- Je ne crois pas que nous ayons cela ici… Un jus de fruits, cela vous irait ?
- Monsieur Albert, je peux vous parler en particulier ?…
- Tout de suite ?…
- C’est urgent…
- Allez-y ! Vous m’êtes recommandée par ce vieux gredin de Samuel… Je lui fais confiance… Il ne m’amènerait pas la première dingue venue.

* *
*


Lorsque Tatiana entra dans le bureau, Roland de Roncevaux avait la main sur son arme de service.
Il n’eut aucun mal à abattre la jeune intérimaire qui pointait vers lui un P.51 Mustang.
- Mais qu’est-ce que c’est que toute cette merde, pensa-t-il ?!

* *
*


- Voilà, monsieur Albert…
- Donc, si je résume… Vous travaillez pour les services secrets belges, vous avez un amant qui travaille pour les services secrets français qui s’est fait kidnapper dans l’hôtel « Fernando Morientes » et vous voudriez que je vous aide à le retrouver… C’est cela ?…
- Exactement !
Cathy battit des mains comme une gamine à qui on vient d’annoncer qu’on allait lui offrir un petit chien. Ses grands yeux verts brillaient de joie. Enfin ! Enfin quelqu’un qui la comprenait…
Le prince la regarda et éclata de rire.
- Sacré Samuel ! Je savais qu’il était farceur, mais alors là c’est bien trouvé…
- Mais je vous jure que…
- C’est bon, Cathy… J’ai vu clair dans votre jeu… C’est raté, c’est raté… Mais, me ferez-vous le plaisir d’être ma voisine pour cette seconde période ?
- Oui… Ca recommence ?
- Je crois.
Le prince Albert prit Cathy par le bras et la guida jusqu’à la tribune.
Quelques secondes plus tard, un appareil photo « shootait » la scène. Le prince héritier monégasque quittant le salon d’honneur au bras d’une très belle inconnue.

* *
*


- Oh mais, voici le prince Albert en bien galante compagnie.
- Certes… Une demoiselle charmante…
Rebondissant sur le commentaire du journaliste et de son « consultant », le réalisateur dans le car régie donna ses instructions au cadreur…
- Tu zoomes sur la fille… Et pendant toute la seconde mi-temps, tu reviens sur elle dès qu’il y a un temps mort.

* *
*


En sortant de sa douche, Franka Ramis manqua s’étouffer de surprise. Sur l’écran de la télé, c’était bien elle. La pétasse qui l’avait bousculée dans l’escalier pour exécuter à sa place la mission. Où était ce match ? Elle monta le son.

* *
*


- Madame ! Madame !
- Qu’y a-t-il, Mike ?
- La blonde ! Je viens de la voir à la télé…
- Où ?
- Elle est toujours à Monaco au stade…
- Alors, mon petit Mike, tu retournes là-bas et…
- Je la flingue ?
Lucille Romain pesa le pour et le contre. A quoi lui servirait-elle si elle décidait à nouveau de refuser de mettre sa mémoire phénoménale au service de son organisation ? Mais avait-elle la possibilité de laisser passer une telle occasion d’enrichir son équipe de collaborateurs ? Même une dingo profonde était corruptible…
- Tu la ramènes… Mais si tu te rends compte qu’elle peut nous balancer, tu flingues…
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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Sam 22 Mar 2008 - 12:02

Chapitre 7
Elle était belle pourtant


Pour Roland de Roncevaux, tout était allé trop vite. Beaucoup trop vite. Les deux détonations avaient déjà ébranlé la décoration du bureau avant qu’il ait pu réaliser que, pour la première fois au cours de sa déjà longue carrière, il avait ôté la vie à une femme. Mais avait-il eu le choix ? C’était tuer ou être tuer !
Il avait eu à peine le temps de regarder celle qui n’aurait été sa secrétaire que durant une journée. Là, au-dessus du corps encore chaud, il la découvrait enfin. Une beauté slave aux cheveux blonds et au visage fermé.
- Pourquoi, se demandait-il encore tandis que le service médical enlevait le corps ? Pourquoi ces deux femmes ont-elles pu arriver aussi haut dans nos services sans qu’on s’inquiète de qui elles étaient vraiment ? Et, surtout, y en a-t-il d’autres qui dorment ainsi ?

* *
*


A la fin du match, le prince se pencha vers sa voisine.
- Vous aimez vraiment le football ?
- Mon père était joueur professionnel…
- Je croyais vous avoir dit que la blague avait assez duré…
- Mais pourquoi vous ne me croyez pas ?! Pourquoi est-ce que personne ne me croit ?
Ses questions avaient un tel élan de sincérité que le prince eut un doute. Après tout, il lui suffisait de décrocher son téléphone et de diligenter une enquête rapide de ses services de police.
- Vous restez sur Monaco ce soir ?
Là, le visage de la jeune femme prit une expression carrément douloureuse. Elle venait de se rendre compte qu’elle ne pouvait pas rentrer à son hôtel. Pierre avait les clés de la voiture. Et de toute façon, elle ne se sentait pas capable de conduire seule et en pleine nuit sur une autoroute parsemée de tunnels et de viaducs.
- Vous n’avez pas d’endroit pour dormir, n’est-ce pas ?
- C’est Pierre qui a les clés de la voiture.
- Et où est-il ce fameux Pierre ?
- Je ne sais pas... Personne ne veut m’aider à le chercher.
Le prince additionna les éléments dont il disposait pour prendre une décision. La jeune fille était belle, paraissait cultivée mais lui semblait surtout complètement à la masse. Mais était-elle dangereuse ? Risquait-elle d’attenter d’une manière ou d’une autre à sa vie ou à l’honneur de sa famille ? Il estima que non.
- Vous permettez que je vous invite à dîner et que je vous retienne pour dormir cette nuit au Palais ?
Il attendait éventuellement un « non », supposait que ce serait plutôt un « oui » avec des larmes de remerciements. Cathy se contenta de demander :
- Elle sera là, Stéphanie ?

* *
*


Franka était retournée à la gare au pas de course. Chaque foulée faisait remonter en elle la douleur de ses côtes blessées. Elle serrait les dents.
Quelque chose en elle était plus fort. Elle avait revue la pouffe. Car c’était bien elle… Elle avait d’abord douté, trouvant la coïncidence plus que troublante et sans doute sortie d’un mauvais roman qu’elle se serait fait dans sa tête. Plusieurs gros plans avaient fini par la convaincre que c’était bien la personne qu’elle recherchait et sur laquelle elle avait épuisé son dictionnaire personnel d’injures toute la journée.
Elle avait voulu appeler le capitaine de Roncevaux mais sa ligne était occupée.
- Il attendra alors…
A la gare, la jeune femme belge dut se mettre un peu en colère pour qu’on s’occupe de son cas au moment précis où allait fermer les bureaux. Elle avait besoin d’une voiture… Et vite !
Ensuite, après avoir avalé à 170 km/h la distance entre Nice et la principauté, elle passerait Monaco au peigne fin pour retrouver Cathy.
Et elle la retrouverait, même si pour cela elle devait déranger les habitudes paisibles de la principauté.

* *
*


- Je vous remercie, monsieur le ministre, de vous être soucié de mon état de santé.
- C’est normal, colonel… Je ne veux pas avoir à signer tous les jours des ordres de nomination pour le poste que vous occupez.
- Puis-je vous demander une faveur ?
- Faites… On verra si je peux la satisfaire…
- J’ai besoin d’une nouvelle secrétaire…
- Vous n’aurez pas la mienne… C’est un véritable bijou… Désolé…
- Non, je pensais juste vous demander si vous me laissiez la liberté de choisir qui je voulais.
- Ah…
Le ministre était visiblement soulagé. On ne cherchait pas à lui dérober sa Consuela.
- Si c’est votre seule inquiétude, je vous rassure. Vous choisissez qui bon vous semble…
Pour Roland de Roncevaux, le choix était déjà fait. Il s’était imposé à son esprit tandis qu’il avançait vers le corps de Tatiana. Pour lui apporter un dossier ou un café, pour lui remonter le moral, il ne voyait qu’une seule personne. Celle qui avait été la seule à lui procurer un peu de joie dans ces deux derniers jours bien ternes.
Et en plus, elle était sans emploi…
Claire Van der Cruyse serait sa nouvelle secrétaire.
Et dès le lendemain matin…
Il décrocha son téléphone. La convaincre, dans les circonstances actuelles, ne serait pas un problème.

* *
*


Il était 21 heures lorsque Franka entra à Monaco. Une pluie battante qui s’était soudain mise à tomber avait ralenti sa progression sur l’autoroute et dans sa descente depuis la Turbie. Une raison de plus pour elle de la mettre en rogne.
Que savait-elle de Monaco ? Une principauté d’opérette dont les frasques étaient mieux connues en Belgique que celles de la famille royale. Un grand prix de Formule 1 qui lui avait laissé en tête quelques images du paysage de la ville. Le casino… mais elle n’était pas joueuse. Elle avait essayé une fois la roulette russe avec un pote, ça l’avait dégoûtée du jeu et ça lui avait coûté une couronne de fleurs.
A son grand désappointement, la ville était plus étendue qu’elle ne l’avait pensé. Ce serait coton finalement de retrouver la Cathy dans cet enchevêtrement d’immeubles.
Mais Franka ne doutait de rien. Elle avait vu la blonde en compagnie du prince héritier. C’est donc au Palais qu’elle irait.

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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Sam 22 Mar 2008 - 12:05

On avait proposé à Cathy une robe de soirée. Elle n’avait pas osé refuser. Il lui avait fallu du temps pour comprendre ce qui allait lui arriver. Elle allait dîner à la table d’un prince. Elle aurait voulu appeler sa mère pour lui faire part de ce bonheur. Le prince ? Elle ne pouvait que le séduire. Elle se voyait déjà princesse monégasque.
Et Pierre avait définitivement cessé d’occuper ses pensées.

* *
*


- Je suis des services secrets belges, je vous dis !
- Si vous continuez à hurler ainsi, je vais vous apprendre le sens du mot « secret » !
En cinq minutes, le ton était monté entre Franka et les gardes du palais. La jeune femme n’avait rien d’un diplomate. Quand elle pensait, quand elle disait « je veux », tout devait plier devant elle. A plus forte raison, des subalternes comme l’étaient ces deux emplumés.
Les gardes, eux, avaient une mission. Et ce n’était pas la carte aux couleurs rouge, noire et jaune que la furie leur brandissait sous le nez qui les ferait changer d’avis.
Comme à Monaco, le seul trouble sonore qu’on admet est le vrombissement des Formule 1 le week-end du grand prix, Franka se trouva rapidement priée de déposer son arme au sol avant d’être conduite au commissariat local.
La thérapie recommandée pour calmer son agitation fut simple et rapidement décrétée.
Elle passerait la nuit au mitard.

* *
*


Dimanche 20 janvier

A 9h42, Cathy ouvrit les yeux. Par la fenêtre, elle vit les derniers lambeaux de nuages pluvieux qui s’enfuyaient. Elle avait divinement bien dormi. Lit confortable et assez dur comme elle les aimait, chambre à la décoration ancienne, grande fenêtre donnant sur le port, le cadre de sa nuit avait été la hauteur de la soirée passé en compagnie du Prince et de quelques-uns de ses amis. On avait beaucoup parlé football… Cathy n’avait eu aucun mal à étaler sa science de ce sport. Ils avaient bien essayé de la coincer mais elle semblait tout connaître. Classements, scores des rencontres, noms des buteurs. Ils avaient finalement réussi à lui poser une colle… mais il avait fallu pour cela qu’un des amis du Prince lui demandât le score d’un match auquel il avait assisté en Slovaquie.
Qu’allait-elle faire de cette journée ?
Elle espérait avoir enfin le temps de visiter Monaco et de descendre jusqu’au port. Elle aurait bien aimé aussi aller assister au décrassage des joueurs de l’équipe de foot et discuter tactique avec l’entraîneur : certes Monaco avait largement battu les Girondins, mais l’équipe avait trop penché à gauche. Elle se faisait fort d’expliquer au coach comment remédier à cela.
Elle regarda la robe dorée qu’elle avait portée durant la soirée. C’était tellement différent de ses vêtements habituels qu’elle se demanda si elle pourrait un jour renfiler une mini jupe. Là, entouré de ces hommes, dans cette robe brillante, il lui avait semblé que quelque chose s’éveillait en elle, qu’on ne la regardait plus comme avant.
- T’es pas une conne, Cathy !

* *
*


En situation de crise, les dimanches n’existaient pas. A 10 heures, Roland de Roncevaux entrait dans son bureau. Quelques minutes plus tard, Claire Van der Cruyse arrivait à son tour.
- Des nouvelles, demanda-t-elle ?
- C’est vous qui allez me le dire… Il y a sur votre bureau une série de dépêches que j’allais commencer à dépouiller…
- J’ai eu une idée en venant… Cathy est une boulimique des achats… Elle sort sa carte bleue pour acheter à peu près n’importe quoi. Un paiement par carte bleue, ça laisse des traces, non ?
- Claire, vous êtes géniale ! Regardez sur le bureau… Il y a un répertoire avec toutes les lignes directes et spéciales dont nous disposons ici. Il doit bien y avoir un contact avec les services financiers des banques… Trouvez et appelez.
- Bien, monsieur…
- Claire… Appelez-moi Roland.

* *
*


- Vous allez me laisser sortir ?!
- C’est dimanche ! Nos services ne fonctionnent pas à plein régime. On va contacter vos prétendus employeurs pour vérifier.
- Ca prendra combien de temps ?
- Une heure ou deux… Peut-être plus !
Franka se laissa retomber sur son lit. Tout ce temps perdu !

* *
*


Cathy n’avait pas tardé. Elle avait remis son tailleur, descendu l’escalier, s’était présenté au garde qui, après l’avoir fouillée (craignait-il qu’elle dérobât quelque chose ou s’était-il octroyé un petit plaisir ?), l’avait autorisée à quitter le Palais.
Au même instant, un coup de téléphone tirait le prince Albert de son sommeil.
- Votre Altesse, nous avons différents faits à vous communiquer à propos de votre invitée d’hier soir.
- Je vous écoute.
- D’abord, la photo que les services de sécurité du Palais nous ont fait parvenir correspond bien à Cathy Van der Cruyse, ressortissante belge, fille de Dirk Van der Cruyse et de Claire De Bruyne. En dehors de données anthropométriques, nous n’avons pas d’informations complémentaires. Cependant, il apparaît qu’hier elle a abordé par deux fois des membres de nos forces de police en tenant des propos désordonnés.
- Parlait-elle d’un ami français kidnappé et de son appartenance personnelle aux services secrets belges ?
- Exactement. Elle vous a donc tenu le même discours ?
- Tout à fait… Et vous y croyez ?!
- Pas du tout ! C’est une illuminée, c’est clair. Une pauvre fille dérangée.
- Elle a aussi parlé de l’hôtel « Fernando Morientes »… Avez-vous étudié cette piste-là ?
- Nous nous en occuperons dans la matinée… Mais si quelque chose était arrivé dans cet hôtel, nous le saurions. Les mesures de sécurité y sont impressionnantes et l’hôtel est en relation directe avec nos services.
- C’est donc une pauvre fille selon vous ?
- Nous n’en doutons pas une minute !
- Et que préconisez-vous ?
- Son arrestation et son admission dans une chambre isolée de l’hôpital Princesse Grâce.
- Vous êtes sûr ?
- C’est le meilleur service à lui rendre… Par ailleurs, il semble que la Belgique ait décidé d’exporter chez nous ces filles à problèmes…
- Ca, ce n’est pas nouveau, soupira le Prince pensant à un événement particulier qui concernait sa jeune sœur et avait fait le tour des journaux de la planète.
- Elle s’appelle Franka Ramis. Elle se prétend agent du gouvernement et elle serait chargée de retrouver la fameuse Cathy Van der Cruyse.
- Je n’y comprends plus rien… Avez-vous vérifié l’identité de cette Belge-là ?
- C’est en cours…
- En attendant, mettez Cathy en lieu sûr.
- C’est un conseil ?
- Je crains fort que ce ne soit un ordre…

* *
*


- Elle est à Monaco, monsieur… je veux dire Roland…
Claire était entrée sans frapper, trop pressée de répercuter l’info à celui qui était désormais son patron.
- Monaco ?
- Elle a acheté une place pour aller au match de foot hier soir.
- C’est cohérent ?
- Elle à un match de foot ? C’est plus que cohérent… Ca fait partie de ses passions… C’est génétique.
- Jamais un agent en mission n’irait assister à un match de foot. Elle a donc dû y aller seule. Mais si elle est seule, où est le Français ? Appelez-moi les services du SNICEF…
Lorsque Claire eut quitté son bureau, de Roncevaux prit son téléphone portable personnel et composa un numéro qu’il connaissait bien. Mais, la sonnerie résonna dans le vide. Franka ne décrochait pas.
Où était-elle ?
Quelle imprudence avait encore bien pu commettre sa petite fille chérie ?

* *
*


Le visage du type qui la dévisageait ne lui était pas inconnu. C’était un des drames de sa vie. Elle savait avoir une mémoire fabuleuse mais dès qu’il était question de visage, ça ne débouchait que rarement sur quelque chose de précis. Toutes les caractéristiques des personnes qu’elle croisait s’imprimaient dans sa tête, mais il y avait ensuite un problème de tri de l’information.
Où l’avait-elle déjà vu ?
C’est lui qui prit l’initiative en marchant vers elle. Visiblement, il savait qui elle était.
- Je suppose que vous savez qui je suis, fit-il avec un épouvantable accent britannique.
- Justement, non !
- Qu’avez-vous fait de votre mémoire ?
- Ca marche pas avec les personnes…
- Donc, vous ne savez pas qui je suis…
- Ca me reviendra…
- Alors, ce sera trop tard.
Il s’approcha de Cathy, se colla à elle comme s’il voulait l’embrasser et la prendre dans ses bras.
- C’est quoi ce truc, dit Cathy en sentant qu’on lui appuyait sur la hanche ?
- Un P.40 Warhawk avec un silencieux au bout… Ca me permettrait de vous faire de belles boutonnières sur le côté si vous vouliez à nouveau nous jouer un tour à la con.
Cathy élimina de sa liste de visages quelques hommes de paix. Ce type était un méchant à n’en pas douter.
- Vous n’auriez pas été inculpé par le tribunal pénal sur l’ex-Yougoslavie ?
Le type se marra.
- Je ne sais pas ce que madame Romain veut faire de vous, mais si j’étais à sa place vous seriez en train de compter les petits poissons dans la mer.
- J’adore la plongée, fit Cathy…
Le nom de Lucille Romain suffit à remettre en phase la mémoire de Cathy. Ce gars était Mike, le garde du corps particulier de la femme à qui elle avait échappé la veille en se jetant dans le vide.
- Qu’avez-vous fait de Pierre ?
- C’est touchant cette façon de s’inquiéter pour son petit camarade… Soyez rassurée, il est vivant et nous allons le rejoindre… Tenez, voici ma voiture.
Il déverrouilla les portes, ouvrit la portière passager et y fit pénétrer Cathy.
- En route !
- Où allons-nous ?
- Je ne devrais pas vous le dire… mais comme vous n’en sortirez pas vivante, je peux vous révéler notre destination : le château de Cagnes… Allez, accrochez votre ceinture.

* *
*


- Roland, c’est la panique chez les Français.
- Rien de bien nouveau, fit-il avec un sourire.
- Le chef des services secrets a été retrouvé ce matin dans un hôtel louche… Il était entièrement nu et ligoté avec des chaînes.
- Sa fameuse maîtresse, songea de Roncevaux… Il y a bien quelqu’un qui assure la direction provisoire des opérations…
- Apparemment, non… On attend que le ministre donne un nom… Et le ministre est en vacances aux sports d’hiver dans les Alpes bavaroises… Et il est injoignable !
- Maudits Français ! Et après, c’est nous qui sommes des nuls et des incapables… Merci Claire… Continuez à les harceler, on finira peut-être par trouver quelqu’un qui veut vraiment faire son boulot.

* *
*


Le préposé aux transmissions du Palais ne savait trop comment se présenter au Prince. Il se tenait à l’entrée de la salle de gymnastique personnelle d’Albert en se balançant d’un pied sur l’autre.
- Oui… Qu’y a-t-il ?
- Un message de nos forces de sécurité, votre altesse. Mademoiselle Van der Cruyse a disparu…
- Qu’on la retrouve ! Et vite !

- Où je suis ? En ce moment, je sors du commissariat de police de Monaco… Quoi ? Que j’y retourne ?!
- Parfaitement, fit de Roncevaux… Il faut qu’on travaille ensemble.
Franka se massa les tempes énergiquement pour ne pas exploser. Là, il exagérait. Mais les ordres étaient les ordres… Elle n’avait plus qu’à obéir.

* *
*


La Citroën C5 fonçait sur l’autoroute A.8. Cathy aurait bien voulu penser, réfléchir, trouver une idée. Rien ne venait.
Pour la première fois de sa vie, face à cette situation qui lui échappait complètement, à ces événements qui s’enchaînaient sans qu’elle pût les influencer, elle se sentait vraiment conne.
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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Sam 22 Mar 2008 - 12:10

Chapitre 8
Difficile d’être heureux


- Encore vous ? Vous voulez prendre pension ?
- Non merci, j’ai une chambre d’hôtel qui m’attend à Nice… Même que j’ai payé une nuit que j’aurais pu économiser.
- Ce sont bien les étrangers ça… Jamais contents !
L’échange se voulait ironique. Il était bien plus que cela. L’affrontement de deux caractères fiers et déterminés. Entre le chef de la police monégasque et Franka Ramis, le contact ne pourrait jamais passer.
- J’ai reçu l’ordre de coopérer avec vous, dit Franka. Croyez bien que c’est une des choses les plus désagréables qu’il m’ait été ordonné de faire. Nous pouvons mettre nos informations en commun pour retrouver la pét… Cathy Van der Cruyse.
- De mon côté, j’ai le Palais qui me pousse à la retrouver au plus vite. Donc, moi aussi, je suis bien obligé de collaborer. Qu’avez-vous à m’apporter ?
- Non… Vous d’abord !
La collaboration promettait de tourner au dialogue de sourds. Georges Pankatolineskis, chef de la police monégasque depuis deux ans, poussa un long soupir aigu comme une plainte.
- Soit… Tout ce que je sais, c’est que votre copine…
- Ce n’est sûrement pas ma copine… Si je devais aujourd’hui éliminer de la surface de la planète cinq personnes, elle serait du lot avec sûrement un ou deux dirigeants du membre des syndicats de pilotes français.
- Votre collègue, essaya Georges Pankatolineskis …
- Vous avez vraiment décidé de me mettre de mauvaise humeur… Ce n’est pas une collègue…
- Alors, que fait-elle là ?
C’était la question à laquelle Franka s’était bien promise de ne pas répondre… et déjà elle arrivait sur le tapis.
- Je ne la connais pas… C’est une regrettable erreur dans nos services. Ils nous ont confondues.
- Ils ne sont pas physionomistes alors… parce que si je vous compare avec la personne qui est sur cette photo, je crains que ce ne soit pas à votre avantage.
Avec beaucoup de rouerie, Georges Pankatolineskis exhiba sous le nez de Franka une photo prise la veille lors du repas au Palais. Dans sa robe dorée, Cathy était plus que belle. Une image de perfection, de sensualité et de distinction.
- Ca la change de ce qu’elle porte d’habitude…
- Je croyais que vous ne la connaissiez pas… Vous jouez avec moi, miss Ramis… Attention de ne pas vous retrouver à nouveau au trou cette nuit.
- Je n’ai pas besoin de la connaître physiquement pour savoir comment elle s’habille. Nous avons sa mère sous la main à Bruxelles et nous avons les réponses à toutes les questions…
- Toutes les questions sauf une… Où est-elle en ce moment ?
- Chaque minute où vous me cassez les pieds, elle s’éloigne peut-être…

* *
*


La C5 avait ralenti en entrant dans Cagnes-sur-Mer.
- C’est mignon ici, lâcha Cathy… J’y reviendrais bien en vacances…
- Des vacances ici, ricana Mike ?! A moins de vous y faire enterrer…
- Vous êtes con, vous… Quand on est mort, on prend plus de vacances…
Mike, consterné et furieux, se tourna vers Cathy durant deux secondes. Deux secondes fatales.
La C5 se déporta sur la gauche, heurta un camion qui arrivait en sens inverse, partit en toupie et finalement percuta la devanture d’une pharmacie.
Cathy dégrafa sa ceinture de sécurité profitant du fait que Mike était enfoui dans son coussin de sécurité. Elle ouvrit la portière et sauta au milieu du verre brisé et des pommades amincissantes.
Réfugiée derrière son comptoir, la pharmacienne entendit une voix avec un accent étranger appeler.
- Pardon ! Est-ce que quelqu’un pourrait me conduire au château de Cagnes-sur-mer ?

* *
*


- Récapitulons… Cathy Van der Cruyse a dormi au Palais princier cette nuit. Elle est seule et clame à qui veut l’entendre que son coéquipier, donc l’agent français qu’elle appelle Pierre, est prisonnier de l’organisation du « Petit Malin ».
- Et elle n’est absolument pas qualifiée pour effectuer le travail qu’elle s’est attribuée… Que comptez-vous faire ?
- Et vous ?
- Si elle a quitté le territoire de la principauté, ma mission est terminée… Tandis que vous…
- Comment savoir si elle a quitté la principauté ?
- Vous savez, nos hommes la cherchent depuis le milieu de matinée… Et franchement aucun ne pourra oublier son corps et son visage…

* *
*


Le téléphone portable de Claire entonna « Le plat pays » de Jacques Brel. Elle se précipita sur l’appareil.
- Allo, c’est toi Cathy ?
- Non, madame Van der Cruyse, je suis désolée… Ce n’est pas Cathy à l’appareil mais madame Roselyne Bergkopf, votre voisine.
- Madame Bergkopf ?! Il y a un problème à la maison ?
- Non, non, je vous rassure… Tout va bien… Je vous appelle parce que j’ai vu que vous n’étiez pas chez vous…
- J’ai trouvé du travail hier et j’ai commencé ce matin…
- Décidément, les affaires vont mieux, on dirait…
- Oui, on peut le dire dans mon cas…
- Je vous appelais pour vous féliciter…
- Me féliciter de quoi ? D’avoir trouvé du travail, vous ne le saviez pas avant que je vous le dise ?
- Non, je vous félicite pour votre fille… C’est elle la nouvelle petit ami d’Albert de Monaco…
- De quoi parlez-vous ?
- Mais enfin, madame Van der Cruyse, c’est dans le journal de ce matin. Une grande photo du prince en train de parler tendrement à Cathy… Même que votre fille a passé la nuit au Palais princier.
- Vous pouvez me répéter ça, madame Bergkopf ?
- Oh ! Vous n’étiez pas au courant ?!... Ben, alors, je suis encore plus heureuse d’être celle qui vous aura annoncé la bonne nouvelle. Au revoir madame Van der Cruyse
- Au revoir et bon dimanche madame Bergkopf.
Claire passa sa main droite sur son front. Cathy avec le prince de Monaco ? On l’avait donc retrouvée… Le reste, elle n’y croyait pas. Invention de journalistes en mal de copie pour l’édition dominicale. Mais si Cathy était au Palais…
Elle entra pour la seconde fois dans le bureau de de Roncevaux sans frapper…
- Claire, arrêtez d’entrer ainsi, je vais finir par m’inquiéter de vos intentions.
- Je sais où est Cathy. Elle est au Palais princier de Monaco…
- Je sais où était Cathy… Elle était au Palais princier de Monaco… Franka vient de m’appeler. On a à nouveau perdu sa trace.

* *
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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Sam 22 Mar 2008 - 12:11

- Mademoiselle, vous n’avez pas toute votre tête. Après un accident comme ça, on ne va pas vous laisser partir sans examen… Et que faites-vous de votre compagnon ?
- Ce n’est pas mon copain… C’est un type qui m’a forcé à monter dans sa voiture à Monaco…
- Raison de plus pour attendre la police.
La pharmacienne était prévenante. Pendant que son mari appelait les secours, elle avait pris Cathy sous son aile. Des témoins avaient coupé le contact dans la C5 mais n’avaient osé toucher à Mike qui était toujours inanimé.
- Vous voulez boire quelque chose ?
- Je veux m’en aller.
- Mais, la police…
- Je ne veux pas voir la police…
- Vous êtes recherchée ?
- Non… Je dois aller au château de Cagnes-sur-Mer.
- Pour quoi faire ?
- Je dois délivrer Pierre.
- Et qui est Pierre ?
- Un ami qui travaille pour les services secrets français…
- Ecoutez, mademoiselle… Je crois que l’accident vous a bien fatiguée… Ne bougez pas, je vais vous chercher un verre d’eau.
Cathy entendait déjà les sirènes des pompiers et des forces de police qui se rapprochaient. Elle avait fini par comprendre qu’on ne la croyait pas. Ils ne la croiraient pas plus que les policiers de Monaco ou le prince Albert.
Elle se leva.
- Hep, mademoiselle, pas d’imprudence, fit une vieille dame qui, son cabas à la main, avait pénétré dans la pharmacie pour voir de quoi il retournait. Madame Lopez est une brave femme… Elle va bien s’occuper de vous.
La pharmacienne revenait un grand verre d’eau à la main.
- Buvez ça ! Et après vous ferez ce que vous voudrez…
Cathy avait soif. Elle ne se fit finalement pas prier et absorba le contenu du verre. Quelques secondes plus tard, elle sombrait dans un profond sommeil.
- Pauvre fille, dit la pharmacienne ! Si jolie… et elle n’a plus toute sa tête.

* *
*


Les relations avec les services français purent reprendre dans l’après-midi. Et pour la première fois, elles furent fructueuses un minimum.
- Vous dîtes que notre agent est retenu. Quelle est votre source ?
- Notre propre agent, la jeune femme qui l’accompagnait, fit de Roncevaux…
- Qui est-ce ?
De Roncevaux dut se mordre la langue pour ne pas répondre trop vite. On avait beau être en pleine confiance entre Français et Belges et travailler sur cette mission en toute amitié, il se voyait mal expliquer la situation dans sa triste réalité.
- Cathy Van der Cruyse.
Il entendit son interlocuteur, le colonel Rouffiac, tapoter sur les touches d’un clavier d’ordinateur.
- Nous ne la connaissons pas. C’est quelqu’un de fiable ?
- Parfaitement fiable, mentit de Roncevaux.
- Et pourquoi n’était-elle pas avec lui ?
- Elle a dû s’échapper…
- Elle a dû ? Vous ne savez pas…
- Colonel, c’est très compliqué à expliquer… Nous savons qu’ils étaient ensemble à Monaco, que votre agent a été capturé, que Cathy n’a pas réussi à convaincre les autorités monégasques et qu’elle a finalement disparu à son tour.
- Et, au bilan, c’est un fiasco total… J’envoie des hommes en renfort…
- J’ai déjà une agente sur place… Franka Ramis… Dès que vos agents seront sur place, prévenez-moi… Ils avanceront mieux s’ils coordonnent leurs efforts.
De cela il doutait fort. Franka était une solitaire endurcie. Quand elle servait sous ses ordres dans la police de la ville, les autres flics préféraient se faire porter pâle plutôt que bosser avec elle.

* *
*


Franka avait parcouru plusieurs fois les rues de la principauté à la recherche de Cathy. La blonde demeurait introuvable.
- Avoir été si proche et l’avoir laissée filer, rageait-elle régulièrement.
Elle en voulait à la Terre entière. On l’avait frustré du plaisir de la vengeance. Car, pour elle, retrouver Cathy n’était qu’un point de départ. Après, elles s’expliqueraient toutes les deux. A sa façon. Et ce serait saignant.
Elle jeta un coup d’œil à sa montre. Il était près de 17 heures, le soir tombait. Elle ne la trouverait plus dans la nuit. Même si les rapports avec la police locale avaient été tendus, elle savait qu’ils l’auraient prévenue s’ils avaient mis la main sur Cathy.
- Allez, je rentre ! Ca me ferait bien suer de payer la chambre une deuxième nuit pour rien.

* *
*


- On n’a rien de plus, n’est-ce pas ?
Claire semblait désormais résignée. En voyant les services spéciaux fonctionner de l’intérieur, elle avait saisi toute l’imperfection de ces organisations. Etait-ce les réductions budgétaires après la chute du Mur de Berlin et la fin de la guerre froide ? Y avait-il un désintérêt pour ces questions ? La nomination de hauts fonctionnaires seulement préoccupés par la recherche d’économies avait-elle renforcé ce manque d’efficacité ?
Toutes ces questions, et bien d’autres, la rendaient pessimiste sur les chances de retrouver sa fille. Mais s’il restait une chance, une seule chance, elle la jouerait à fond.
Et en solo, s’il le fallait.


* *
*
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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Sam 22 Mar 2008 - 12:13

Blanc.
Comme une avalanche.
Comme un duvet de coton.
Comme un nuage au paradis.
Du blanc partout… Et sa tête qui émergeait de la nuit flottait entre le noir d’où elle venait et le blanc qui l’étouffait.
- C’est qu’elle aurait pu vous tuer…
L’infirmier, en blanc bien sûr, semblait s’adresser à elle, mais Cathy ne comprenait pas pourquoi il lui parlait, ni à quoi il faisait allusion.
Des formes étranges et grises couraient sur le mur. Elle crut voir passer un ours en peluche, un goéland, une clé à molette, un régiment d’infanterie, un tramway. Elle savait que ce n’était pas la réalité mais c’était si vrai, si dense ce qui voltigeait devant ses yeux qu’elle se sentit perdre la eaison.
- Où suis-je ?
On avait dû lui bourrer la bouche de guimauve. Elle sentait sa langue, ses lèvres pâteuses, lourdes et endormies.
L’infirmier eut sans doute du mal à comprendre ce qu’elle avait articulé si péniblement.
- Vous demandez où vous êtes, c’est cela ? Hôpital Hervé Vilard de Nice… Chambre 512… Service psychiatrique.
- J’suis pas dingue, dit Cathy !
Ces quelques mots lui avaient demandé un effort considérable. Son corps paraissait tourner au ralenti.
- Vous savez, c’est ce que tout le monde dit en arrivant ici… Mais, vous, j’ai bien envie de vous croire.
C’était bien sûr une formule toute faite, un moyen habile de se gagner la confiance du patient. Cathy, assommée par le puissant somnifère qu’elle avait avalé, n’était pas en mesure de s’en rendre compte. D’ailleurs, dans son état normal, elle y aurait cru pareillement. Elle était tellement naïve.
Elle se laissa aller, retomba dans une semi somnolence. L’infirmier continuait à parler. Elle ne percevait que des mots sans logique : accident, pharmacienne, ambulance, police, incohérence, château…
Au milieu de tout ce blanc, elle se sentait noyée, perdue, niée. Où était cette mémoire qui lui permettait sans forcer de réciter le classement complet du championnat d’Allemagne de football saison 1975-76 ? Elle avait réussi rapidement à retrouver son nom, son âge, sa ville d’origine. Mais les raisons de sa présence à Nice, dans cette chambre d’hôpital, lui étaient inaccessibles.
- Accident, dit-elle ?
L’infirmier reparla de pharmacie et de pharmacienne. Ca n’avait aucun sens… Elle n’était jamais malade, que serait-elle allée faire dans une pharmacie.

* *
*


Lundi 21 janvier

Le téléphone n’arrêtait pas de sonner. Six, sept, huit sonneries.
A tâtons, Claire Van der Cruyse sortit de sa chambre et marcha jusqu’au salon. Depuis la disparition de Cathy, elle n’avait rien rangé à la maison et c’est les doigts de pieds meurtris par quatre ou cinq chocs violents dans le noir qu’elle décrocha enfin le combiné.
- Allo !
- Madame Van der Cruyse… L’hôpital Hervé Vilard de Nice…
A entendre parler d’hôpital, Claire se dit aussitôt : « Cathy, c’est fini ! ». Elle poussa un hurlement et le prénom de sa fille…
- C’est bien de votre fille Cathy qu’il s’agit… Mais n’ayez aucune crainte… Elle va bien… Elle a été victime d’un accident de la route à Cagnes-sur-Mer… Rien de grave à part quelques troubles psychiatriques. Elle prononçait des paroles incohérentes… Votre fille souffre-t-elle en temps normal de problèmes psychiques ?
Claire Van der Cruyse hésita avant de répondre ce qui était en soi une réponse affirmative. Nier, c’était éventuellement mettre en danger Cathy. Approuver, c’était risquer de la voir enfermée chez les dingues un bon moment. Elle opta pour une solution intermédiaire.
- Elle va parfaitement bien… en revanche, elle dispose d’une mémoire phénoménale. Si elle a l’impression d’avoir tout oublié, cela pourrait l’affecter gravement.
- Ok, je vois… Vous désirez descendre jusqu’à Nice ?
- Bien sûr ! Je pars dès que possible…

* *
*


Franka avait le sommeil léger. A la deuxième sonnerie du portable, elle avait déjà l’appareil en main et lâchait une bordée d’injures en guise de bienvenue.
- Quel est le con qui me réveille à cette heure-ci ?
- C’est moi !
- Oh, pardon… Qu’y a-t-il ?
La voix du colonel de Roncevaux était étonnamment claire. Comme s’il n’avait pas été encore touché par le sommeil.
- Franka, nous savons où est Cathy !
Dès cet instant, Franka se retrouva entièrement éveillée. Les heures de sommeil gaspillées n’avaient plus la moindre importance.
- Où, demanda-t-elle ?
- Hôpital Hervé Vilard…
- Et c’est où ?
- Mais à Nice…
- Elle a eu un accident de la route…
- Ca ne m’étonne pas, persifla Franka… Je l’imagine un volant entre les mains…
Cette remarque rappela à de Roncevaux dans quelles conditions Cathy avait pu obtenir son permis. Il ne pouvait pas totalement donner tort à Franka.
- On ne sait pas dans quelles circonstances l’accident s’est produit. Rien ne prouve qu’elle était au volant.
- Qu’est-ce que je dois faire ?
- Ils l’ont mise chez les dingues…
- Les médecins français sont donc compétents, eux au moins…
- Franka, ça suffit !
Cette façon de lui demander de se taire rappelait à la jeune agente de drôles de souvenirs. Elle savait que l’ordre ne serait donné qu’une fois.
- Il est hors de question qu’elle reste là-bas ! D’abord, parce qu’elle n’est pas dingue…
Franka dut se mordre les lèvres pour ne rien rétorquer. Il avait envie d’elle, le vieux, pour la trouver ainsi saine d’esprit ?
- Ensuite, parce que les services français voudront l’interroger, qu’ils vont se rendre compte de sa vraie personnalité et que, là, ils seront en droit, et légitimement, de se poser des questions sur la qualité de notre collaboration.
- Je l’enlève ?
- Et sans bobo… En particulier pour elle… Le plus vite sera le mieux…
- Je pars toute de suite !
Elle raccrocha sèchement. Par l’horrible magie d’un ordre, elle devenait gardienne et protectrice de la femme dont elle avait fait son ennemie intime.
- C’est moi que cette histoire va rendre folle.
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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Sam 22 Mar 2008 - 12:14

Chapitre 9
En blue-jeans et blouson de cuir


Ses membres restaient engourdis, sa bouche sèche, son regard vitreux. Et son esprit demeurait vide, privé de toute force de réflexion. Quand elle essayait d’additionner deux idées, elle se prenait un « Memory full » dans les dents.
Elle n’était pas dans son état normal. Même elle pouvait s’en rendre compte. Même elle pouvait comprendre qu’on lui sapait sa volonté à coups de tranquillisants.
Et elle ne pouvait rien contre ça.
Elle se rendormit.

* *
*


- Roland, je pars !
- Claire, n’allez pas commettre de folies…
C’est elle qui a appelé la première pour le prévenir. Par double honnêteté. Professionnelle en tant que secrétaire. Amicale car elle sent bien qu’un feeling positif passe entre eux.
- C’est ma fille… Elle est en clinique et ils vont lui faire du mal.
- Je sais, Claire. Je sais… Mais elle ne va pas y rester longtemps… Dieu seul sait ce qu’elle pourrait se mettre à raconter si on la bourre de médicaments. Ce n’est pas à vous que je vais apprendre que votre fille a une mémoire d’éléphant… Qu’elle commence à lâcher des infos sur les projets du « Petit Malin » et nous sommes très mal. C’est pour cela que j’ai décidé que Franka allait la faire sortir de l’hôpital.
- Vous avez confiance dans cette Franka ?
- Totalement…
- Moi pas… C’est quand même elle qui devait assurer cette mission… Elle n’arrête pas d’utiliser des mots désagréables à propos de Cathy… Elle la déteste.
- Je mentirais si je soutenais qu’elle porte votre fille très haut dans son cœur. Mais elle ne désobéit jamais à un ordre… Surtout si c’est moi qui le donne… A 10 ans, elle savait déjà qu’elle serait flic. Elle a l’esprit de ce métier chevillé au corps. Bon, elle a un peu trop regardé Starsky & Hutch et elle se la joue blue-jeans et blouson de cuir. Mais c’est une tenace… Si je lui dis de ramener Cathy, elle ramènera Cathy quoi qu’il lui en coûte.
- Comment pouvez-vous en être aussi sûr ?
- C’est ma fille, Claire…
Il fallut un temps à Claire Van der Cruyse pour encaisser cette révélation. Elle l’avait entendu parler à Franka en la vouvoyant, elle avait cru comprendre que celle-ci était la fille d’un pilote américain.
De Roncevaux ne laissa pas s’éterniser le silence qui venait de se créer.
- C’est ma fille et ce n’est pas vraiment ma fille. Je ne suis pas sûr qu’elle me considère comme son père. Son père ne l’a pas vu grandir. Lorsque son unité est repartie aux Etats-Unis, il a oublié d’amener avec lui sa femme et sa fille. Moi, je n’étais qu’un jeune flic. Elle venait régulièrement au commissariat voir si elle pouvait obtenir des informations sur la nouvelle affectation de son compagnon. J’ai pris cette femme en pitié. Puis de fil en aiguille, on a couché ensemble, on a vécu ensemble et Franka a grandi auprès de moi. Et depuis que je suis divorcé, je vois bien plus souvent ma belle-fille que mon ex.
- Donc vous tremblez pour Franka comme je tremble pour Cathy ?
- Je ne pense pas que cela soit comparable. Que je sache, Cathy n’est pas capable de loger six balles de pistolet dans le cœur d’une cible à 50 mètres…
- Six, non… Mais quatre peut-être… Un moment, elle a fait du tir et elle était plutôt douée… Elle a arrêté parce que c’était trop bruyant… Ca lui cassait les oreilles…
Il y avait une sorte de grâce qui était tombée sur cette communication téléphonique. Ils se disaient tout, l’important et l’accessoire. Aucun des deux, en dépit de l’heure avancée, ne semblait désirer raccrocher. Et de Roncevaux avait une question à poser, la question qui lui brûlait les lèvres depuis que Claire avait déboulé dans sa vie. Il n’avait jamais osé car cela n’avait rien à voir avec l’enquête, avec ses tentatives pour sauver la mission tout en récupérant Cathy.
- Et votre mari, qu’est-ce qu’il pense de tout cela ?
- Dirk ? Mais enfin, vos dossiers sont à ce point mal faits que vous ignoriez qu’il a disparu de la maison il y a plus de trois ans.

* *
*


A 3 heures du matin, les visites dans les hôpitaux sont terminées depuis longtemps. A plus forte raison dans la partie de l’établissement réservée aux patients atteints de troubles psychiques. Franka en avait conclu que la manière la plus simple d’entrer dans l’hôpital Hervé Vilard était encore de s’y faire admettre comme patiente.
L’enchaînement des faits de cette histoire lui parut soudain surréaliste. Elle allait pouvoir libérer Cathy grâce aux blessures que celle-ci lui avait infligées en la précipitant dans l’escalier.
L’interne de garde, un séduisant garçon blond aux sourcils presque transparents, se pencha au bout de vingt minutes sur son cas.
- Ca fait longtemps que vous êtes dans cet état ?
- Deux jours, fit Franka.
Elle n’aimait pas jouer à la femme fragile, c’était bien trop loin de son caractère… Mais à chaque fois qu’au cours d’une mission elle avait eu recours à ce trait de personnalité, ça avait fonctionné du feu de Dieu. Elle faisait craquer les mecs.
Là, elle n’eut aucun mal à se faire admettre dans une chambre en attendant que soient réalisées dans la matinée toute une série de clichés radiologiques. L’interne l’accompagna lui-même après l’avoir installée dans un fauteuil roulant.
- Il n’espère qu’en même pas me sauter ce salaud ? Il suppose que j’ai deux ou trois côtes cassées. Ce ne sont pas des conditions idéales pour une partie de jambes en l’air.
Franka dut rapidement déchanter. L’interne avait bien une idée derrière la tête. Après tout, une jolie touriste belge perdue seule dans le sud de la France et blessée après une chute dans un escalier, c’était une proie facile et donc tentante.
Lorsque le médecin blond commença à enlever sa blouse, il sentit au creux de ses reins le froid cylindre d’un canon.
- J’avais justement besoin d’une blouse, fit Franka. Et toi, mon gars, je suis sûr que tu espérais bien une bonne heure de repos… Tout le monde sera donc satisfait… Allez, tu vas gentiment te coucher sur le lit.
De son petit sac à dos, elle tira une paire de menottes. Deux clics experts plus tard, l’interne avait ses deux poignets emprisonnés et la chaîne enroulée autour d’un barreau l’empêchait de bouger.
- Maintenant, expliqua Franka, nous allons passer à la phase « silence ». Ca commence par une consigne toute simple qu’un grand garçon qui a fait plein d’études comme toi va comprendre sans peine. Tu te tais sinon je reviens de flinguer. T’as compris ?
Il hocha la tête.
- Parfait ! Je ne serai pas longue…
Franka fit coulisser la porte du placard de la chambre. Elle y trouva une taie d’oreiller supplémentaire.
- Vous êtes prévoyant dans cet hôpital, c’est bien… Ca m’évite de courir défoncer la porte de la lingerie de l’étage.
Elle déchira une bande de tissu et la fourra dans la bouche de l’interne. Une seconde bande nouée derrière la nuque finit de lui ôter toute possibilité de crier.
- Fin de la phase « silence »… Comme vous m’êtes sympathique, je vous offre un peu de distraction en espérant que vos programmes télé de la nuit ne sont pas aussi tartes que ceux qu’on a en Belgique.
Elle alluma la télé, fit un signe d’adieu de la main et quitta la chambre.
Au premier plan de sécurité incendie, elle s’arrêta. Il lui fallut quelques secondes pour repérer le pavillon psychiatrique, quelques secondes supplémentaires pour mémoriser le chemin à suivre.
En opération, Franka Ramis était d’une redoutable efficacité. Chaque seconde comptait mais la précipitation n’était pas forcément une bonne chose. Elle repartit d’un pas tranquille. Un docteur courant dans les couloirs à 3 heures du mat’, ça se remarque.

* *
*
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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Sam 22 Mar 2008 - 12:16

Claire avait fini par se rendre aux arguments de son nouveau patron. La confiance qu’il avait en Franka, les liens qui existaient entre eux ne pouvaient que la rendre elle-même plus confiante en une issue favorable.
Ils s’étaient donnés rendez-vous au bureau afin de suivre ensemble les péripéties de l’opération de sauvetage.
Elle arriva la première, introduisit la carte magnétique toute neuve qui lui donnait accès aux bureaux. Elle avait déjà mémorisé les lieux et n’eut aucun mal à regagner le petit secrétariat par lequel devait passer tout visiteur du big boss.
Comme à chaque fois, elle regarda les deux chaises en face de son bureau. C’est là que vendredi dernier avait commencé l’aventure délirante de sa Cathy chérie. Si tout se passait bien, ce soir, cette étrange parenthèse serait terminée.
Que ferait-elle alors ?
Elle avait rapidement estimé que de Roncevaux était un type droit. Cela suffisait-il à en faire un bon samaritain ? La garderait-il à ce poste ou la remplacerait-il par une personne réellement compétente ?
Et elle ? Avait-elle envie de rester ?
En sondant son âme, elle répondit par l’affirmative.

* *
*


Il n’y avait pas à proprement parler un pavillon psychiatrique. C’était un étage entier qui était réservé pour les personnes atteintes de troubles mentaux ou de comportement.
- Jusque là ça va… Ne reste plus qu’à retrouver ma dingo parmi tous ces dingos…
Une infirmière de nuit s’approcha de Franka.
- Tu as besoin de quelque chose ?
- On a une femme qui fait un boucan terrible aux urgences. Elle dit qu’on a enfermé sa fille chez les fous et qu’on ne veut pas la lui rendre.
- D’où tu viens ? T’as un accent…
- Je suis de Bruxelles, je suis en stage d’observation dans le cadre d’un échange entre votre hosto et l’hôpital Johnny Hallyday.
- Vous avez un hôpital qui s’appelle Johnny Hallyday, s’étonna l’infirmière…
- Le vôtre s’appelle bien Hervé Vilard…
- Oui, mais Hervé Vilard était un grand malade… Il suffit de se souvenir de ce qu’il chantait…
Derrière ce trait d’humour, Franka sentait l’incrédulité de son interlocutrice. Elle reprit la parole bien décidée à emballer rapidement l’affaire.
- C’est une certaine…
Elle fit semblant de regarder un nom qui aurait été griffonné dans la paume de sa main.
- Cathy Van der Crusoé…
- Cathy Van der Cruyse, corrigea l’infirmière… Chambre 512… Une pathologie lourde… C’est au moins un syndrome de Kerkulsic-Blanchet…
Franka réussit à réagir suffisamment rapidement pour acquiescer d’un hochement de tête. Le syndrome de Kerkulsic-Blanchet ne lui disait bien évidemment rien…
- Vous pouvez dire à sa mère qu’elle n’est pas prête de sortir. On ne remet pas des malades atteints d’un Kerkulsic-Blanchet dans la nature.
- C’est sûr, approuva tout aussi énergiquement Franka.
Elle ne pensait pas que Cathy soit aussi atteinte que cela. En faire une agente spéciale, c’était inconcevable. L’empêcher d’être libre, ça lui paraissait un peu gros. Ses doutes furent rapidement confirmés. L’infirmière la regarda fixement et lâcha, un brin ironique :
- Sauf que bien sûr le syndrome de Kerkulsic-Blanchet n’existe pas… Alors vous êtes qui ?
- Le syndrome de Kerkulsic-Blanchet n’existe peut-être pas, rétorqua Franka… Mais je suis sûre que vous n’avez jamais entendu parler du syndrome du P47…
- En effet, il doit être tout aussi imaginaire que celui de Kerkulsic-Blanchet.
- Imaginaire… Pas le moins du monde… Et je le prouve.
Franka plongea la main dans la poche de sa blouse et brandit le pistolet en direction de l’infirmière de nuit.
- Et ça veut dire : mains en l’air, pas d’embrouilles et direction la chambre 512.

* *
*


C’est sa deuxième nuit d’insomnie.
Où est-elle ?
Il sait qu’elle n’est pas morte. En tous cas, pas après sa « chute » depuis la terrasse de l’hôtel « Fernando Morientes ».
Son propre sort ne l’intéresse plus vraiment. De temps en temps, il se demande bien pourquoi il est encore en vie, pourquoi on ne l’a pas encore abattu. Attente d’ordres venus d’en haut ? Intention de l’utiliser ?
Mais Cathy ? Sa Cathy !
Elle devrait déjà avoir contacté quelqu’un. Une ambassade ou un consulat de Belgique, le ministère, des forces de police française ou monégasque.
Si c’est le cas, elle est en sécurité…
Ou alors en cure de sommeil dans un hôpital psychiatrique.
Il ne demande qu’une chose avant de mourir.
Savoir ce qui lui est arrivé.

* *
*


La serrure de la chambre 512 ne résista pas au passe de l’infirmière.
- Tu allumes la lumière et tu rentres la première, ordonna Franka.
Elle poussa l’infirmière de nuit devant elle. Simple prudence. La petite boule rousse en blouse blanche paraissait être de la race des futées. Elle s’en méfiait.
Peut-être un peu trop ! C’était bien Cathy dans le lit.
Profondément endormie et reliée à différentes pochettes de liquides.
Tellement différente de celle qui avait croisé son chemin. A Bruxelles, Cathy était une beauté vulgaire au bavardage insipide ; là, elle ressemblait à un ange immobile au visage transparent.
- Que lui est-il arrivé ?
- Accident de la route. Elle en est sortie indemne physiquement mais son psychisme, lui, a souffert. La pharmacienne qui l’a recueillie l’a trouvée tellement agitée qu’elle lui a fait avaler un somnifère à endormir une vache. Depuis, on la laisse se reposer.
- Elle est bourrée de calmants, c’est ça ?…
- Oui.
- C’est bien la médecine française… Les calmants avant tout… Ecoutez, mademoiselle, je vais jouer franc jeu avec vous… Soit vous êtes avec moi, soit vous êtes contre moi. Je comprends bien que si une de vos patientes disparaît dans la nuit, vous aurez des ennuis. Maintenant, je vous brosse un tableau de la situation. Cathy Van der Cruyse travaille, comme moi, pour les services secrets belges…
L’infirmière étouffa difficilement un rire.
- Après l’hôpital Johnny Hallyday, les services secrets belges… Vous avez une imagination plutôt loufoque…
- Et ça, c’est quoi, fit Franka en lui plantant le canon de son P47 sous le nez…
- Ok, ne vous énervez pas !
- Je pourrais vous montrer ma carte de la police belge mais vous ne me croiriez toujours pas. J’en conclue que vous êtes contre moi… Vous allez donc entrer dans ce placard !
- J’ai dis que c’était bon… Expliquez-moi d’abord la suite de votre histoire. Je vais faire des efforts pour vous croire.
- Ce sera court… Cathy a été témoin d’événements d’une grande importance. Il faut qu’elle nous dise ce qu’elle a vu, ce qu’elle a entendu… Ce n’est pas en la laissant végéter ici que nous pourrons accéder à ces informations.
- Je n’arrive pas à vous croire.
- Alors, tant pis pour vous… Deux questions avant que vous ne filiez dans le placard… A-t-elle dit quelque chose depuis qu’elle est là ?
- Rien de précis ! Elle est complètement dans les vapes depuis hier après-midi… Par contre, elle n’arrêtait pas de raconter n’importe quoi selon la pharmacienne… Et je ne sais pas ce qu’elle racontait si c’est votre deuxième question.
- Pas du tout… La deuxième question porte sur l’accident. Est-ce qu’elle était seule à ce moment-là ?
- Il y avait un type avec elle… Il semble qu’il se soit évanoui dans la nature au moment de l’arrivée des secours.
Du bout du canon de son P47, Franka montra le placard à l’infirmière rousse.
- Allez, là-dedans !

* *
*


A 3h37, une infirmière en blouse blanche quittait le pavillon des urgences en poussant devant elle une chaise roulante. A son bord, une grande fille blonde aux yeux clos et à la peau diaphane enroulée dans une grosse couverture de laine.
Lorsqu’elle l’eut installée sur la banquette arrière de sa voiture de location, Franka regarda Cathy.
- Qu’est-ce que je fais de toi maintenant ?
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MessageSujet: Un mur a forcément deux côtés (ch.10 à 18)   Sam 22 Mar 2008 - 12:26

Chapitre 10
Comme on change


A 4h02, le téléphone portable de Roland de Roncevaux métallisa un aria de Bach.
- Franka ?
- Au rapport, monsieur !... J’ai l’objet…
De Roncevaux abaissa les yeux avec un sourire à l’intention de Claire. Comprenant que sa fille était désormais retrouvée, celle-ci leva les yeux vers le ciel et adressa une prière muette vers l’être divin qu’elle jugeait maître de sa destinée.
- Elle va bien ?
- Je ne sais pas trop… Je ne sais pas à quoi ils l’ont shootée mais elle est complètement out.
- Il faut la ramener, Franka.
- Et la mission ?
- C’est un fiasco retentissant… On l’oublie, la mission !
- Pas moi ! C’était la mienne… J’attends que la Belle au bois dormant se réveille, je fais le point et je vous la renvoie par colis spécial. Sur ce, bonne nuit Bruxelles !
Franka coupa la communication.
- Elle ne désobéit jamais à un ordre ?!
Le sourire de Claire était narquois. Elle avait fait confiance à son patron pour le sauvetage de sa fille mais maintenant elle se demandait si elle avait eu bien raison. Certes, Cathy n’était plus perdue dans la nature…
Mais elle était avec Franka et c’était à peine plus rassurant.

* *
*


- C’est une chambre pour une personne ! Et vous êtes deux !
Le patron de l’hôtel n’était vraiment pas commode. Il ne voulait rien entendre, rien comprendre. Que Cathy soit étendue sur le lit, pâle comme une morte, à midi n’avait à ses yeux aucun sens.
- Si elle est malade, amenez la à l’hôpital.
Franka ne pouvait lui avouer qu’elle en venait.
- Ecoutez, je vais régler le problème. Il vous reste des chambres doubles.
- C’est possible… Admettons.
- Je vous prends une chambre double et je paye en plus la différence entre une chambre simple et une chambre double pour cette nuit.
- Et la nuit d’avant ?
- Je n’ai pas dormi ici… Ce serait exagérer…
- Vous louez une chambre et vous découchez… Vous êtes une drôle de cliente…
- Et vous un drôle de patron ! Je suis libre de faire ce que vous voulez tout de même…
- J’en ai assez de voir débarquer les flics parce que des filles de votre âge utilisent mon hôtel pour leurs passes.
- Ben si vous aimez pas les flics, vous avez pas de bol.
Franka tira sa carte professionnelle et la brandit sous le nez du patron.
- Police belge ! Alors, soit vous acceptez mon petit arrangement financier, soit vous êtes bon pour une nouvelle descente de mes collègues niçois.
- Qu’est-ce qu’elle a, demanda-t-il comme si la réponse de Franka devait décider pour lui ?
- Malmenée par de gros méchants à coup de calmants… Je l’ai récupérée dans cet état… Ca vous va ?
- Tant qu’elle ne crève pas dans une de mes chambres, ça m’ira.
L’hôtelier tourna les talons, finalement ravi du petit bénéfice financier qu’il tirait de cette situation.
Pour Franka, cet épisode sonnait comme un avertissement. La récupération de Cathy avait quelque part éteint sa rage. Sans la belle blonde endormie, elle aurait tiré non sa carte mais son P47. Le résultat aurait été le même mais elle aurait économisé quelques dizaines d’euros au contribuable belge.
- Il ne faut pas que je change… Tu vas te réveiller, maudite Aphrodite !

* *
*


Cathy ouvrit les yeux lentement. La lumière était trop vive après des heures de noir. En revanche, elle se rendit compte d’une plus grande liberté. Ses bras bougeaient sans entraves, sa tête réfléchissait sans barrières. Ca ressemblait à la normalité.
- Championnat de France 2003-2004 : 1er Lyon, 2è PSG, 3è Monaco…
- Qu’est-ce que tu racontes ?
- Qui parle ?
- Mon nom ne te dira rien… Mais mon visage suffira à te faire comprendre que t’avoir dans cette chambre est pour moi une souffrance.
Franka se leva du fauteuil dans lequel elle somnolait et vint se placer au-dessus de Cathy.
- Merde, fit Cathy !
- Comme tu dis…
- Comment est-ce que je suis arrivée ici ?
- Trop long à raconter… D’ailleurs, il s’est passé tellement de trucs depuis que tu es lâchée dans la nature que je ne suis même pas sûre de tout connaître.
- La dernière chose dont je me souviens, c’est une chambre d’hôpital.
- Ici, c’est bien une chambre… mais dans un hôtel minable où de véritables escrocs profitent d’être à Nice pour louer un 9m² au prix d’un palace.
- Nice ? Qu’est-ce que je fais à Nice ?
- Il paraît que tu as une super mémoire… Ca aussi, c’est du n’importe quoi !
Cathy se redressa vivement.
- Ouh, ça tourne !
- Je pense qu’il faudra encore quelques heures avant que tu puisses te tenir debout… Ils t’ont gavé aux calmants.
- Pourquoi ?
- A cause de l’accident…
- Quel accident ?
- Pas de mémoire… Je me demande bien pourquoi je suis allée te tirer de l’hosto… C’était ta vraie place… Avec les dingues…
- Je ne suis pas dingue, affirma Cathy dont le visage s’embruma de larmes… mais je n’y comprends plus rien.
Franka dut faire un effort pour ne pas la gifler. Elle détestait les faibles.
- Reprenons au départ. Qui es-tu ?
- Cathy Van der Cruyse.
- Pour qui travailles-tu ?
- Personne… J’ai pas de boulot.
- Malheureusement si…
- Je fais quoi alors ?
- Vendeuse dans un sex-shop…
- Oh !... Depuis longtemps ?…
- Je pense que c’est tout ce qu’il te restera comme boulot quand tu rentreras à Bruxelles, pauvre pomme…
- Eh, il y a un truc qui me revient… J’étais dans un hôtel près de la mer avec un type très gentil.
- Quel hôtel ?
- Je ne sais pas… On entendait le bruit des avions…
- On va le chercher ton hôtel… On y trouvera peut-être quelque chose.

* *
*


- C’est là ! Je reconnais le sourire constipé du type à l’accueil.
- Bien ! On va aller lui parler…
Franka abandonna Cathy dans un fauteuil du hall et se dirigea vers le comptoir. Le préposé avait encore moins l’habitude des jeans et des vieux blousons de cuir noir que de la tenue qu’arborait Cathy à sa première entrée dans cet hôtel.
- Mademoiselle, nous n’avons pas pour habitude de…
- Les habitudes, ça se change…
D’un bond, et en meurtrissant à nouveau ses côtes endommagées, Franka sauta sur le comptoir et s’assit face au type en livrée.
- Le numéro de la chambre de mademoiselle.
- Mademoiselle, si c’est ainsi que vous désignez la personne qui s’endort là-bas, n’a plus de chambre. Sa chambre n’était louée que pour deux nuits. Ne la voyant pas réapparaître, nous avons rassemblé ses… « affaires » et nous les avons placées dans son sac. Il se trouve ici…
L’homme de l’accueil fit un geste pour se pencher. Franka réagit aussitôt en l’attrapant par le revers de sa veste bleue.
- Pas d’héroïsme mon gars ! Si le sac est effectivement là, je vais le récupérer moi-même.
- Il n’y a pas que le sac… Il y a aussi la note…
- Je vous la réglerai, n’ayez crainte.
Franka récupéra le sac, régla la note, récupéra Cathy qui avait à nouveau les yeux dans le vide et sortit.
- Quoi de neuf, demanda-t-elle ?
- Je sais où il faut que j’aille… Tout est revenu progressivement. Amène-moi au château de Cagnes-sur-Mer.
- Alors là, ma petite, tu fais fausse route ! C’est moi qui suis en charge de la mission… Tu m’expliques ce qu’il y a au château de Cagnes-sur-Mer et je te remets dans un avion…
- On ne peut pas manger d’abord, fit Cathy !
- Si tu veux…
- Et il faut que je récupère mon portable… Il est en consigne à l’aéroport…
- Je te le récupérerai… Comme ça, tu pourras à nouveau téléphoner à ta maman… C’est bon, c’est tout ?… Quand tu auras mangé et ton téléphone, je pourrais enfin être débarrassée de toi.
Cathy ne répondit pas.
- Il faudrait que je me change aussi… Ton pull me gratte !

* *
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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Sam 22 Mar 2008 - 12:27

Ca s’était fait naturellement sans que ni l’un, ni l’autre ne prenne conscience que ce qu’ils étaient en train d’accomplir modifiait complètement la donne de leur vie.
Après qu’ils aient discuté pendant une bonne demi-heure sur la confiance à accorder à Franka, Roland de Roncevaux et Claire Van der Cruyse avaient décidé d’aller boire un café dans un des premiers bars à ouvrir près du ministère. Du bar, ils avaient glissé vers une chambre d’hôtel. Et leur désir commun avait fait le reste.
- Plus rien ne pourra être comme avant, tu le sais, fit Claire lorsqu’elle constata que son amant était éveillé ?
- Je n’ai aucun regret, répondit-il. Absolument aucun… Avant ne m’intéresse pas. C’est demain qui devient passionnant et excitant. Je vais devoir me battre chaque jour pour garder une femme comme toi près de moi. Ca ne sera pas simple…
- Bah, tu n’es pas le premier mec qui couche avec sa secrétaire.
Ils éclatèrent de rire.
Et ce rire allait si bien avec ce qu’ils ressentaient au fond d’eux-mêmes, avec le relâchement qui avait suivi les heures de tension, qu’ils s’embarquèrent à nouveau pour Cythère…
Jean-Sébastien Bach mit rapidement un terme à l’envolée érotique.
De Roncevaux décrocha en maugréant.
- C’est Franka !... Elle s’est barrée…
- Cathy ?!
- Oui… On était au fast-food… Elle est allée aux toilettes pour se changer… Je ne l’ai pas vue revenir. Je suis allée aux toilettes. Elle n’y était pas… Elle n’y était même pas allée.
- Une idée d’où elle a pu aller ?
- Elle m’a parlé d’un château à Cagnes-sur-Mer…
- Je ne suis pas au bureau, là
- A cette heure-ci ?!… D’habitude, le capitaine de Roncevaux reste au taf jusqu’à 10 ou 11 heures du soir.
- Franka, je suis au pieu avec une femme… Ca te va comme explication…
- Ben merde alors… T’as oublié maman !
- Et toi que tu ne devais jamais me tutoyer pendant le service… Alors, rattrape-toi un peu. File vers Cagnes-sur-Mer… Je t’appelle pour te dire ce qu’il en est de ce fameux château.
Il raccrocha et se tourna vers Claire qui était à nouveau plongée dans l’angoisse.
- J’ai l’impression que c’est ta fille qui nous prend pour des cons.

* *
*


Cathy avait du mal à marcher mais elle se consolait de sa faiblesse en constatant à chaque instant les progrès de son état cérébral. Elle arrivait à se souvenir de tout. Pierre, le match de foot à Monaco, la soirée au Palais princier, son enlèvement, l’accident… et même la figure compatissante de la pharmacienne, elle qui pourtant avait du mal à mémoriser les visages.
Elle voulait atteindre la gare et filer immédiatement sur Cagnes-sur-Mer. Pour libérer Pierre. Ce n’est qu’après cela qu’elle considérerait en avoir fini avec cette aventure au sein des services secrets. Elle avait décidé de fausser compagnie à Franka pour ne pas être renvoyée directement à Bruxelles.
Elle dut demander deux ou trois fois son chemin, se donner du courage en pensant au bon tour qu’elle jouait à sa nouvelle gardienne pour atteindre finalement une file d’attente au guichet.
- Si c’est pour aller à Cagnes-sur-Mer, je connais un moyen plus rapide.
Elle se retourna vivement. Franka venait de surgir derrière elle.
- Tu ne crois pas que j’allais te laisser partir avec mon pull qui gratte.
Franka avait l’humour facile dès qu’il s’agissait d’enfoncer un vaincu.
- Tu viens ou il faut que je vienne te chercher avec une brouette ?
Cathy aurait pu provoquer un scandale, mettre le hall de gare sans dessus dessous pour se soustraire à la surveillance de Franka. Ce n’était pas le genre d’idée qu’elle pouvait avoir. Ses plans, ses initiatives ne pouvaient qu’être impulsives et non réfléchies. Quand elle se mettait en tête d’élaborer une stratégie, celle-ci était digne d’un enfant de huit ans.
Cathy se contenta de suivre Franka à pas lents et la tête basse. Comme une gamine prise en faute.
L’explication commença dans l’intimité de la voiture de location.
- Tu voulais aller libérer ton copain toute seule, c’est ça ?
Cathy hocha la tête.
- Mais bon sang Cathy… Tu te crois dans un dessin animé ou dans un film ?! Ici, c’est la réalité... Tu n’es même pas capable de faire la différence. Si tu arrives au château comme ça, ils vont te flinguer d’abord et discuter ensuite.
- Il faut que je le libère… C’est à cause de moi qu’il est là-bas…
- Pourquoi ?
- Je l’ai laissé tout seul et je me suis enfuie.
Le rayon des larmes venait de rouvrir.
- Comment tu t’es enfuie ?
- J’ai sauté par-dessus la rambarde de la terrasse…
- De haut ?
- Quatrième…
Franka émit un petit sifflement admiratif. Là, la Cathy la bluffait complètement… Ou - elle ne pouvait exclure cette autre option - elle se foutait complètement de sa gueule.
- Et il est comment ton copain ?
- Pierre… Il s’appelle Pierre… Il est beau et intelligent. Il pense à tout. Il me regarde gentiment… Pas comme toi… Et…
- Et ?!...
- Il fait très bien l’amour…
Franka nota que Cathy n’avait pas rougi en dévoilant cette partie très privée de ses relations avec Pierre. Ca lui semblait terriblement naturel… comme le fait de se promener vêtue comme une actrice de films X.
- Elle ne se rend pas compte… Elle ne sait pas… C’est aussi simple que ça… Et de la même façon, elle n’a sans doute pas voulu me faire tomber dans l’escalier… Et merde, je commence à l’aimer cette foutue conne !
Pour ne pas laisser son esprit se ramollir sous la tendresse, elle se contraignit à être agressive avec Cathy.
- Dis-moi ce qu’on cherche !
- Sûrement pas… Tu vas me mettre dans un avion pour Bruxelles…
- Tu veux libérer ton Pierre, tirer encore quelques coups avec lui… Pas de problème ! Tu restes avec moi… Ok… Mais tu me dis tout ce que tu sais pendant qu’on roule vers Cagnes-sur-Mer…
- Je suis d’accord…

* *
*


Il était 18 heures précises lorsqu’un violent incendie embrasa une partie des habitations disposées le long de la plage de Valras dans le département de l’Hérault. Les témoins purent immédiatement constater que le feu avait pris en plusieurs endroits simultanément .
Au même instant, les grandes agences de presse recevaient un message sous forme d’e-mail précisant la localisation des départs de feu et revendiquant l’acte criminel.
Il n’y avait pas de signature à ce communiqué.
Seuls les initiés sauraient y lire un avertissement du « Petit Malin ».

- C’est un château qui abrite une fondation. On peut y avoir de nombreuses œuvres contemporaines : peintures, sculptures et maquettes. C’est ouvert tous les jours sauf le lundi de 10 heures à 18 heures.
- A qui appartient-elle, cette fondation ?
- Elle porte le nom de l’artiste suisse qui l’a fondée. C’est la fondation Hubert Schwitzberger.
- Hubert Schwitzberger, j’connais pas, reconnut Franka.
D’un regard noir, elle intima à Cathy le silence. Celle-ci allait ouvrir la bouche.
- Et Cathy, demanda de Roncevaux ?
- Cathy, je suis à sa recherche… J’ai fait la gare, l’aéroport… Rien…
- La priorité, c’est Cathy…
- Je l’ai bien compris.
Franka raccrocha. Elle avait menti à son père adoptif dans le cadre d’une mission ; cela équivalait à de l’insubordination. Tout cela pour permettre à Cathy d’aller au bout de l’aventure.
Mais ce bon vieux Roland ne valait pas mieux. Il couchait pendant les heures de service et se préoccupait plus du sort d’une simple d’esprit que de la réussite de la mission.
- Comme on change au contact de cette fille-là, se dit Franka.
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