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 Roman : Un mur a forcément deux côtés

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MBS



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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Sam 22 Mar 2008 - 12:27

Ca s’était fait naturellement sans que ni l’un, ni l’autre ne prenne conscience que ce qu’ils étaient en train d’accomplir modifiait complètement la donne de leur vie.
Après qu’ils aient discuté pendant une bonne demi-heure sur la confiance à accorder à Franka, Roland de Roncevaux et Claire Van der Cruyse avaient décidé d’aller boire un café dans un des premiers bars à ouvrir près du ministère. Du bar, ils avaient glissé vers une chambre d’hôtel. Et leur désir commun avait fait le reste.
- Plus rien ne pourra être comme avant, tu le sais, fit Claire lorsqu’elle constata que son amant était éveillé ?
- Je n’ai aucun regret, répondit-il. Absolument aucun… Avant ne m’intéresse pas. C’est demain qui devient passionnant et excitant. Je vais devoir me battre chaque jour pour garder une femme comme toi près de moi. Ca ne sera pas simple…
- Bah, tu n’es pas le premier mec qui couche avec sa secrétaire.
Ils éclatèrent de rire.
Et ce rire allait si bien avec ce qu’ils ressentaient au fond d’eux-mêmes, avec le relâchement qui avait suivi les heures de tension, qu’ils s’embarquèrent à nouveau pour Cythère…
Jean-Sébastien Bach mit rapidement un terme à l’envolée érotique.
De Roncevaux décrocha en maugréant.
- C’est Franka !... Elle s’est barrée…
- Cathy ?!
- Oui… On était au fast-food… Elle est allée aux toilettes pour se changer… Je ne l’ai pas vue revenir. Je suis allée aux toilettes. Elle n’y était pas… Elle n’y était même pas allée.
- Une idée d’où elle a pu aller ?
- Elle m’a parlé d’un château à Cagnes-sur-Mer…
- Je ne suis pas au bureau, là
- A cette heure-ci ?!… D’habitude, le capitaine de Roncevaux reste au taf jusqu’à 10 ou 11 heures du soir.
- Franka, je suis au pieu avec une femme… Ca te va comme explication…
- Ben merde alors… T’as oublié maman !
- Et toi que tu ne devais jamais me tutoyer pendant le service… Alors, rattrape-toi un peu. File vers Cagnes-sur-Mer… Je t’appelle pour te dire ce qu’il en est de ce fameux château.
Il raccrocha et se tourna vers Claire qui était à nouveau plongée dans l’angoisse.
- J’ai l’impression que c’est ta fille qui nous prend pour des cons.

* *
*


Cathy avait du mal à marcher mais elle se consolait de sa faiblesse en constatant à chaque instant les progrès de son état cérébral. Elle arrivait à se souvenir de tout. Pierre, le match de foot à Monaco, la soirée au Palais princier, son enlèvement, l’accident… et même la figure compatissante de la pharmacienne, elle qui pourtant avait du mal à mémoriser les visages.
Elle voulait atteindre la gare et filer immédiatement sur Cagnes-sur-Mer. Pour libérer Pierre. Ce n’est qu’après cela qu’elle considérerait en avoir fini avec cette aventure au sein des services secrets. Elle avait décidé de fausser compagnie à Franka pour ne pas être renvoyée directement à Bruxelles.
Elle dut demander deux ou trois fois son chemin, se donner du courage en pensant au bon tour qu’elle jouait à sa nouvelle gardienne pour atteindre finalement une file d’attente au guichet.
- Si c’est pour aller à Cagnes-sur-Mer, je connais un moyen plus rapide.
Elle se retourna vivement. Franka venait de surgir derrière elle.
- Tu ne crois pas que j’allais te laisser partir avec mon pull qui gratte.
Franka avait l’humour facile dès qu’il s’agissait d’enfoncer un vaincu.
- Tu viens ou il faut que je vienne te chercher avec une brouette ?
Cathy aurait pu provoquer un scandale, mettre le hall de gare sans dessus dessous pour se soustraire à la surveillance de Franka. Ce n’était pas le genre d’idée qu’elle pouvait avoir. Ses plans, ses initiatives ne pouvaient qu’être impulsives et non réfléchies. Quand elle se mettait en tête d’élaborer une stratégie, celle-ci était digne d’un enfant de huit ans.
Cathy se contenta de suivre Franka à pas lents et la tête basse. Comme une gamine prise en faute.
L’explication commença dans l’intimité de la voiture de location.
- Tu voulais aller libérer ton copain toute seule, c’est ça ?
Cathy hocha la tête.
- Mais bon sang Cathy… Tu te crois dans un dessin animé ou dans un film ?! Ici, c’est la réalité... Tu n’es même pas capable de faire la différence. Si tu arrives au château comme ça, ils vont te flinguer d’abord et discuter ensuite.
- Il faut que je le libère… C’est à cause de moi qu’il est là-bas…
- Pourquoi ?
- Je l’ai laissé tout seul et je me suis enfuie.
Le rayon des larmes venait de rouvrir.
- Comment tu t’es enfuie ?
- J’ai sauté par-dessus la rambarde de la terrasse…
- De haut ?
- Quatrième…
Franka émit un petit sifflement admiratif. Là, la Cathy la bluffait complètement… Ou - elle ne pouvait exclure cette autre option - elle se foutait complètement de sa gueule.
- Et il est comment ton copain ?
- Pierre… Il s’appelle Pierre… Il est beau et intelligent. Il pense à tout. Il me regarde gentiment… Pas comme toi… Et…
- Et ?!...
- Il fait très bien l’amour…
Franka nota que Cathy n’avait pas rougi en dévoilant cette partie très privée de ses relations avec Pierre. Ca lui semblait terriblement naturel… comme le fait de se promener vêtue comme une actrice de films X.
- Elle ne se rend pas compte… Elle ne sait pas… C’est aussi simple que ça… Et de la même façon, elle n’a sans doute pas voulu me faire tomber dans l’escalier… Et merde, je commence à l’aimer cette foutue conne !
Pour ne pas laisser son esprit se ramollir sous la tendresse, elle se contraignit à être agressive avec Cathy.
- Dis-moi ce qu’on cherche !
- Sûrement pas… Tu vas me mettre dans un avion pour Bruxelles…
- Tu veux libérer ton Pierre, tirer encore quelques coups avec lui… Pas de problème ! Tu restes avec moi… Ok… Mais tu me dis tout ce que tu sais pendant qu’on roule vers Cagnes-sur-Mer…
- Je suis d’accord…

* *
*


Il était 18 heures précises lorsqu’un violent incendie embrasa une partie des habitations disposées le long de la plage de Valras dans le département de l’Hérault. Les témoins purent immédiatement constater que le feu avait pris en plusieurs endroits simultanément .
Au même instant, les grandes agences de presse recevaient un message sous forme d’e-mail précisant la localisation des départs de feu et revendiquant l’acte criminel.
Il n’y avait pas de signature à ce communiqué.
Seuls les initiés sauraient y lire un avertissement du « Petit Malin ».

- C’est un château qui abrite une fondation. On peut y avoir de nombreuses œuvres contemporaines : peintures, sculptures et maquettes. C’est ouvert tous les jours sauf le lundi de 10 heures à 18 heures.
- A qui appartient-elle, cette fondation ?
- Elle porte le nom de l’artiste suisse qui l’a fondée. C’est la fondation Hubert Schwitzberger.
- Hubert Schwitzberger, j’connais pas, reconnut Franka.
D’un regard noir, elle intima à Cathy le silence. Celle-ci allait ouvrir la bouche.
- Et Cathy, demanda de Roncevaux ?
- Cathy, je suis à sa recherche… J’ai fait la gare, l’aéroport… Rien…
- La priorité, c’est Cathy…
- Je l’ai bien compris.
Franka raccrocha. Elle avait menti à son père adoptif dans le cadre d’une mission ; cela équivalait à de l’insubordination. Tout cela pour permettre à Cathy d’aller au bout de l’aventure.
Mais ce bon vieux Roland ne valait pas mieux. Il couchait pendant les heures de service et se préoccupait plus du sort d’une simple d’esprit que de la réussite de la mission.
- Comme on change au contact de cette fille-là, se dit Franka.
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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Sam 22 Mar 2008 - 12:28

Chapitre 11
Voyage jusqu’à toi


- On ne prend pas d’initiatives ce soir, c’est ok ?
- C’est ok, répondit Cathy… Demain matin, on arrive et on fonce dans le tas !
- A mon avis, ça ne se passera pas comme ça… Et je suis la première à le regretter… Cathy, ça t’arrive de réfléchir de temps en temps ?
- Pourquoi tu me demandes ça ?
- J’ai de gros doutes… Il y a des œuvres d’art qui doivent valoir une fortune là-dedans… Donc des gardes armés jusqu’aux dents… Donc ?...
- Donc ?!
- Qu’est-ce que tu en déduis ?
- Je ne sais pas, moi… Qu’ils sont bien payés les gardiens ?!
- J’aurais jamais dû chercher à savoir ce que tu avais dans la tête… C’est quoi ton QI déjà ?
- 40 mais…
- Encore une question que je n’aurais pas dû poser…
Quarante ! Comment pouvait-on avoir un QI de 40 ? Mais à 40, avait-on seulement la possibilité de comprendre qu’il fallait respirer ?
Ca rappela à Franka une blague sur les blondes qu’elle décida aussitôt d’effacer de son esprit. Il y avait un truc qui clochait chez Cathy… et ce n’était pas lié à la couleur naturelle de sa chevelure.
L’air était froid. Cathy enfila son manteau en pseudo-fourrure, Franka ferma le zip de son blouson. Elles marchèrent vers la grille qui fermait l’accès au parc du château. Celle-ci était fermé puisqu’on était lundi mais dans la nuit maintenant bien installée, on pouvait apercevoir, éclairées par de puissants faisceaux lumineux, quelques sculptures installées dans le parc et la façade XVIIIè siècle du château.
- Ca sent le système de sécurité hyper-perfectionné, fit Franka.
- J’ai déjà aperçu cinq caméras.
- Où cela ?
Cathy en montra quatre.
- Et la cinquième ?
- Juste au-dessus de nous… Dans l’arbre…
Elle leva la tête et adressa à l’objectif une grimace bien sentie.
- Mais tu es tarée !… Il ne faut surtout pas qu’on nous remarque et toi tu mets bien ton visage en évidence… En plus, ton visage, ils le connaissent sans doute… et comme on a du mal à t’oublier quand on t’a croisée… La discrétion, c’est raté… On rentre !

* *
*


Comme tous les soirs, Lucille Romain venait choisir parmi son « harem » le beau mec qui partagerait sa nuit. Ils étaient quinze à se relayer dans la surveillance de la fondation Schwitzberger. Tous, par contrat, s’étaient engagés à lui appartenir lorsque bon lui semblerait. C’était très confortable pour elle et surtout une revanche éclatante sur tous les hommes qui, au cours de sa vie, l’avaient écartée des postes qu’elle convoitait.
La puissance était une ivresse dont elle aimait le goût. Elle la buvait avidement et sans aucune modération. Qu’elle dirige la fondation Schwitzberger ou qu’elle représente pour l’Europe occidentale le groupe Herbert U.Com. Mais, c’est entre les draps de soie de sa chambre qu’elle mesurait le mieux le pouvoir que la fortune lui avait donné. Elle faisait ce qu’elle voulait, comme elle le voulait et avec qui elle le voulait.
Et, quand « le Boss » aurait réussi à mettre à genoux les grands groupes du tourisme international, elle serait une des cinq femmes les plus riches de la planète. Ce n’est plus quinze mais trente, cinquante, cent beaux mâles qu’elle pourrait conduire selon sa volonté entre ses cuisses. Ils oublieraient, comme les quinze premiers, sa peau déjà flétrie par l’âge pour se soumettre sans discuter au moindre de ses désirs.
La puissance, c’était ça. Se sentir femme plus longtemps que les autres.
Avant d’entrer dans la salle de repos des gardes où elle comptait faire son marché pour la soirée et la nuit, Lucille Romain traversa le PC de sécurité.
- Madame, fit Ludo, nous avons repéré deux femmes qui tournaient autour de la propriété.
- Si elles ne font que tourner…
- J’ai l’impression qu’elle comptaient les caméras.
- Vous avez une image ?
Ludo tapota sur son clavier et rappela dans la mémoire de l’ordinateur qui gérait les images vidéo la séquence enregistrée à 18h34.
Lucille Romain faillit s’étrangler en reconnaissant sur le moniteur la silhouette gracile et le visage parfait de Cathy Van der Cruyse.
- Doublez les rondes cette nuit… Et n’inscrivez pas Mike sur le registre d’activité. Cette nuit, il est à moi.

* *
*


Elle parlait, parlait, parlait. Toujours et encore.
Cathy racontait sa vie comme si c’était le story-board d’un film. Elle était intarissable sur les détails et d’une effroyable précision sur les dates.
Franka avait commencé par l’écouter d’une manière polie mais superficielle. Si elle avait fini par reconnaître à Cathy des circonstances atténuantes pour son attitude dans toute cette histoire qui la dépassait, elle ne la considérait pas pour autant comme son amie. Juste une relation épisodique dont elle avait besoin mais qu’elle espérait perdre rapidement dans les brumes de sa mémoire si imparfaite. Elle n’aimait pas la tendresse que lui inspirait Cathy. Elle n’aimait pas avoir pitié des gens. C’était du temps perdu.
Et pourtant, elle finit par se rendre compte qu’elle n’avait rien perdu des explications pourtant dégoulinantes de précisions que Cathy donnait en permanence. Et – horreur ! - qu’elle voulait en savoir davantage sur cette fille étrange qu’elle avait désormais envie de protéger.
- Cathy, tu t’es fait combien de mecs ?
- Ben, un seul… Pierre !
- Belle comme tu es… Il n’y a qu’un seul type qui t’es culbutée ?
- Maman m’a toujours dit de ne pas me laisser faire. Plaire oui, se donner non.
- Et s’ils insistent ?
- Je leur casse la gueule…
- Toi ?
- J’ai fait un peu de karaté et beaucoup de judo… Ca aide… Tiens, par exemple, le 23 avril 2000, le type chez qui je travaillais, il a commencé par déballer son matos devant moi en me regardant avec de grands yeux de fou. Je lui ai mis son caleçon en miettes et il a pleuré pendant deux heures son appareil devenu défectueux.
Franka éclata de rire.
- En plus, t’es drôle… Et tu parles bien… Quel dommage que tu sois si conne !
A voir s’affaisser le visage de Cathy, Franka comprit qu’elle venait de commettre une bourde aussi retentissante que son rire.
- Ecoute… Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire… Tu n’es pas conne… Tu es spéciale, dérangeante, intrigante. Je ne trouve pas de mots assez précis pour décrire la manière dont je te vois… C’est que je n’ai pas avalé le dictionnaire, moi.
- Tout le monde dit ça… Toi comme les autres… Pourquoi vous voulez me faire mal ?
- Cathy, tu es de la race des princesses. Dès que tu es là, les autres femmes n’ont plus aucune chance d’exister. Je suppose qu’on est toutes jalouses.
- Mais les mecs aussi me trouvent conne…
- Si tu ne leur cèdes pas, ils ne vont pas te trouver de vraies qualités…
- Je ne suis pas conne, alors ?
- Tu es un mystère… Voilà, j’ai trouvé ce que tu m’inspires… Tu es un mystère… Je n’arrive pas à te cerner... Quelqu’un qui a un QI de 40 ne parle pas d’un appareil défectueux pour désigner le sexe d’un mec à qui il est arrivé des bricoles. Moi, je crois surtout que tu vis dans un autre monde et que quand tu redescends dans le nôtre, tu n’es pas en phase avec les autres.
- Merci Franka.
Cathy tendit sa main droite vers la main gauche de Franka et la serra très fort. Les larmes étaient toujours là, mouillant son beau regard vert, mais elles avaient un sens différent. Pour la première fois, il y avait quelqu’un en dehors de sa maman tant aimée qui était capable de lui expliquer pourquoi elle était « différente ».
- Cathy, tu as déjà couchée avec une femme ?
- Non… Pourquoi ?
Franka ne lut aucune forme de répulsion sur le visage de Cathy en dépit de la proposition osée qu’elle venait de faire.
Soit Cathy n’avait pas compris ce que voulait dire « coucher avec une femme ».
Soit elle n’en avait rien à faire se moquant de tout y compris de la morale et des bonnes mœurs.
Soit elle avait parfaitement saisi le double sens de cette phrase…
Et cette troisième possibilité, plus les minutes avec Cathy défilaient, plus Franka y croyait.
Cathy n’était pas une idiote. Elle jouait à la conne… Très bien en l’occurrence… Mais sans doute pas assez pour la tromper durablement.
- Parce que je crois que le patron de l’hôtel nous a filé une chambre avec un seul lit, expliqua Franka en se levant de table…
Cathy eut un sourire énigmatique et inexpressif.
Et Franka replongea dans ses hypothèses.

* *
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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Sam 22 Mar 2008 - 12:29

Mardi 22 janvier

A minuit dix, deux détonations ébranlèrent les murs vénérables de la fondation Schwitzberger. Aussitôt, deux gardiens s’élancèrent du PC de sécurité vers le lieu d’où provenaient les coups de feu : la chambre de Lucille Romain.
Ils connaissaient tous cette pièce immense aménagée sous les toits. C’était là qu’à tour de rôle ils venaient satisfaire les appétits de la maîtresse des lieux. En accourant, ils espéraient secrètement que Mike avait réglé son compte à la virago. A leur grand désappointement, c’est Lucille Romain qui les accueillit, un P.38 encore fumant à la main.
- Faites-moi disparaître le corps… C’était un amant ardent mais un collaborateur exécrable. Il m’avait affirmé qu’il avait réglé son compte à la donzelle. On ne me ment pas, on ne me désobéit pas. Ou alors c’est qu’on a décidé d’en finir avec la vie…
Avant que les deux gardes aient emporté le corps sans vie de Mike, Lucille Romain s’adressa à nouveau à eux.
- Envoyez-moi Ludo… J’ai encore besoin d’amour ce soir… Le pouvoir m’excite…

* *
*


Cathy ne trouvait pas le sommeil. Près d’elle, Franka ronflait comme un générateur électrique… et ça ne l’aidait pas.
Elle avait envie de parler à sa mère. Envie de la rassurer.
Elle n’avait pas compris pourquoi Franka tenait à laisser croire à Bruxelles qu’elle avait encore disparu. Ce qu’elle savait, c’est que sa mère chérie devait être morte d’inquiétude.
Cathy se leva et récupéra sur la petite table de chevet le téléphone portable de Franka. Où aller pour ne pas risquer de réveiller sa partenaire de lit ?
Elle s’enferma dans la petite salle de bains, composa le numéro de la maison. Elle laissa la sonnerie résonner dix fois.
Dans le vide.
Où était-elle ?
Elle changea d’objectif, visant désormais le portable de sa mère.
A la cinquième sonnerie, la voix ensommeillée de Claire Van der Cruyse se fit entendre.
- Maman !
- C’est toi ma chérie ?… Où es-tu ?
- Dans un hôtel à Nice…
- Pourquoi tu t’es enfuie ?
- J’ai quelque chose à faire… Après, je reviendrai…
- C’est quel hôtel ?
- Je crois qu’il s’appelle « l’hôtel de l’olive noire »…
- Tu vas bien ?
- Oui, je vais bien…
- Alors, tu vas aller te recoucher… Tu auras besoin de toutes tes forces… D’accord ?
- D’accord, maman ! Je t’embrasse…
- Moi aussi, je t’embrasse.
Cathy raccrocha. Sa mère lui avait dit de se coucher et de dormir. Elle allait lui obéir.
Et quelque chose d’inattendu se produisit.
Le portable de Franka se mit à sonner.
Par réflexe, Cathy prit la communication. Ce qu’elle entendit lui glaça le sang.
- Franka ! On sait où est Cathy… Elle dort dans un hôtel de Nice, l’hôtel de l’Olive noire… Elle vient d’appeler sa mère.
A cette voix d’homme, inconnue, se superposa en fond une voix de femme.
Une voix qu’elle connaissait si bien.
Celle de sa mère.
Sa mère qui venait de la livrer.

* *
*


Louisa Barbosa était ce que les hommes politiques avaient coutume d’appeler une « fouille-merde ». Depuis sa plus jeune enfance, elle avait cherché à dépasser le handicap que pouvaient constituer ses origines portugaises. Au milieu des petits Français, elle était restée longtemps une étrangère… truffant ses phrases de mots issus de sa langue natale. Mais lorsque les autres enfants s’étaient heurtés au passage à l’écrit, elle avait pris son envol devenant, et pour toute sa scolarité, la meilleure élève de la classe. Une « intello » comme ils disaient.
« L’intello » avait toujours eu cette soif, cette envie, ce besoin impérieux de comprendre, de débusquer la vérité sous les faux-semblants. Cette volonté l’avait conduite presque naturellement jusqu’à l’école de journalisme. Major de sa promotion, elle avait pourtant choisi d’agréer une proposition d’un quotidien de province au lieu de donner suite au chant des sirènes d’une grande chaîne d’information en continu.
Depuis son entrée au « Quotidien du Midi », Louisa avait déjà épinglé la gestion peu rigoureuse d’un élu marseillais, mis au jour un scandale de fausses factures, démontré les liens entre les dirigeants d’un club omnisport nîmois et le Milieu. Elle commençait à avoir une réputation bien établie de peste. Tenace et incorruptible…
Et cette nuit-là, alors que les rotatives finissaient de cracher les derniers exemplaires du quotidien, elle sentait monter en elle une certitude qui excitait sa fibre de fouineuse. L’incendie de Valras était bien plus que ce que les autorités avaient voulu dire. Il y avait là un énorme lièvre à lever.
Elle ne quitterait pas le journal tant que le rédacteur en chef ne lui aurait pas donné carte blanche pour se mettre en chasse.

* *
*


Lorsque Franka s’éveilla, elle sentit Cathy lovée contre elle. Un bras s’était enroulé autour de sa poitrine, la tête blonde reposait sur son épaule. C’était l’attitude d’une fillette qui serait venue chercher protection auprès d’une mère.
- Cathy, pensa Franka ! Je n’ai pas l’âge d’être ta mère…
Franka dormait toujours avec sur la peau un pyjama de mec. Cathy portait un vaporeux déshabillé transparent.
- Par contre, comme ça, on pourrait presque passer pour un couple de gouines…
Elle trouva l’idée amusante. Surtout en pensant à la tête de son père adoptif si elle rentrait à Bruxelles en lui disant « Voilà, j’ai décidé de vivre avec Cathy ! Elle est trop bonne ! »
Cathy avait ce don étrange de provoquer l’attendrissement. Franka mettait ça sur le coup de son regard décalé, parfois poétique, sur le monde. A la longue, on finissait par se demander si elle n’avait pas raison et si le monde entier n’avait pas tort.
Pour tout autre personne, Franka aurait hurlé un « debout là-dedans ! ». Pour éveiller Cathy, elle se contenta de lui caresser doucement les cheveux.
Finalement, elle voulait bien être temporairement une sorte de mère… et, à sa grande surprise, elle regrettait de ne pas pouvoir être aussi une sorte d’amante.

* *
*


- Vous la voulez, votre enquête ?! Vous l’avez… D’ici vendredi, vous devez me trouver quelque chose. Un truc qui cogne…
- Bien monsieur !
- Louisa… Je le fais parce que je sais que vous avez du punch et du talent… Mais je sais aussi que je perds de l’argent en vous accordant ce sujet. Vous ne trouverez rien…
- Vous êtes prêt à parier ?
- Quoi ?
- Un souper dans un grand resto et une nuit d’amour.
- Ma femme n’appréciera pas… mais je sais que je ne risque rien.

* *
*


A voir ses yeux cernés de gris, il était évident que la nuit de Cathy avait été courte.
- Qui c’est le type qui t’appelle en pleine nuit ?
- Il y a eu un coup de téléphone, s’étonna Franka. Je n’ai rien entendu… Mais, en pleine nuit, sur ce numéro, ça ne peut être que mon chef… qui se trouve être aussi mon père adoptif.
- Ah…
Cathy ne comprenait pas bien le rapport entre le chef et le père adoptif. Elle effaça immédiatement ce truc non compris de son cerveau et poursuivit sur son idée première.
- Si tu n’as pas entendu, c’est que tu dormais, toi. Moi, j’ai appris que ma mère travaillait pour ceux qui me cherchent… Je n’ai pas pu me rendormir.
- Explique… Je ne comprends pas…
- J’ai pris ton portable pour appeler ma mère… Et une minute plus tard, le type t’appelle à toi pour dire où je suis… C’est ma mère qui lui a filé l’info…
- Attends ! Pas forcément ! On a peut-être mis le téléphone de ta mère sur écoute…
- Ah ?! C’est possible ?…
- Bien sûr… C’est le meilleur moyen pour obtenir des infos…
- S’ils écoutent maman, c’est pour ça que j’ai entendu sa voix derrière…
- Derrière la voix du capitaine ? Pas possible…
Franka prit quelques secondes pour rassembler ses idées.
- Elle est jolie ta mère ?
- C’est la plus belle femme du monde. Elle a été miss Belgique tu sais… Et dans les campagnes de pub pour la Sabena, c’est toujours elle qu’on voyait.
- Ben, mon cochon !
- Quel cochon ?
- Roland… Mon père adoptif… Il couche avec ta mère…
Cathy eut du mal à comprendre ce que cela signifiait vraiment. Depuis le départ de son père, sa mère n’avait jamais ramené un seul homme à la maison. Elle s’était imaginée qu’elle ne pouvait avoir qu’un seul homme dans sa vie. Et elle ne croyait pas que cela ait pu changer au cours des trois derniers jours.
- Le plus rigolo, fit Franka… C’est que maintenant on est quasiment des demi-sœurs.

* *
*


- Pourquoi ta fille n’appelle-t-elle pas ? Elle n’a pas retrouvé Cathy ?
- Je ne sais pas… Ce n’est pas dans son style de me laisser sans nouvelles.
- Roland, c’est de ma faute… Je suis sûre que Cathy s’est doutée de quelque chose…
- Pourquoi se serait-elle doutée de quelque chose ?
- Je ne sais pas… Je n’étais pas à la maison, je lui ai répondu par des phrases courtes parce que j’étais encore dans tes bras et que j’avais envie qu’on reprenne vite notre séance de baise… J’ai fait passer mon plaisir avant ma fille… C’est la première fois.
- Attends, ça fait 20 ans qu’elle passe avant toi… Tu as quand même le droit de profiter un peu de la vie… Ensuite, explique-moi comment avec son fameux QI de 40, Cathy peut se douter de quelque chose.
Claire écarta les bras pour montrer qu’elle n’en savait rien.

* *
*


- Ils t’ont sans doute reconnue sur la vidéo… Tu resteras dans la voiture.
- Non !
Cathy était une vraie tête de mule. Mais avec Franka elle était tombée sur une adversaire à sa taille. Les quelques élans tendres entre les « demi-sœurs » avaient volé en éclat dès que Franka avait exposé son plan. Elle entrerait dans la fondation comme une touriste et elle trouverait bien le moyen de passer de l’autre côté du décor. Cathy attendrait au volant de la voiture, prête à foncer si cela tournait mal ou si, ce qui était hautement probable, il fallait déguerpir à toute vitesse.
- D’abord, tu ne sais même pas à quoi ressemble Pierre ?
- Tu m’as assez saoulée à me le décrire sous tous les angles, même les plus intimes… Je le connais ton Pierre.
- Et puis, de toute façon, ils ne pourront pas me reconnaître… Je vais me déguiser…
- Cathy, tu n’as pas 12 ans… En quoi veux-tu te déguiser ?
- En brune…
- Tu es sûre que ta tête va bien ? Tu as de magnifiques cheveux blonds, tu ne vas pas commettre la folie de les passer à une quelconque teinture chimique. C’est assez d’une brunasse dans la famille… Et, de toutes les façons, on n’a pas le temps.
- Je suis prête en 2 minutes… Regarde !
Cathy farfouilla dans son grand sac et en tira une perruque brune.
- Tu amènes une perruque quand tu pars en voyage ?…
- Je m’étais dit que si les jeunes n’aimaient pas les blondes, je devrais me faire passer pour une brune pour qu’ils viennent dans notre armée.
- Même avec une perruque, tu ne viens pas…
- Et toi aussi, tu es sur le film… Alors…
C’était une gamine qui contrait énergiquement toutes les décisions que Franka pouvait faire. Il ne manquait qu’un « Na » à la fin de chaque phrase.
- Tu sais ce que c’est que le danger… Tu sais ce que tu risques…
- Non, et toi ?
- Moi je le sais…
- Alors, c’est toi qui dois te déguiser…
C’était décourageant… Elle avait réponse à tout. Et les réponses venaient tellement vite que Franka imagina une autre possibilité concernant Cathy. Avec sa super-mémoire, elle se calait sur telle ou telle réplique lue dans un roman et sortait instantanément la réplique qui suivait.
Ou alors…
Ou alors… Elle devait bien se marrer…

* *
*


Après une nuit de veille au journal, il n’était pas raisonnable de prendre la route pour se rendre sur les lieux de l’incendie criminel qui avait ravagé le front de mer à Valras.
Louisa s’en foutait complètement. Lorsqu’elle exerçait son métier, elle laissait la raison au vestiaire. Pour vaincre les pourris, il fallait savoir jouer dans leur cour et avec les mêmes armes qu’eux.
Elle quitta à bord de sa Clio de fonction les locaux du « Quotidien du Midi », impasse Jean-Pierre Foucault à Marseille. L’autoroute commençait pratiquement au pied du parking. Sur la voie d’accélération, elle était déjà à 150 km/h.

* *
*


- J’ai l’air de quoi, je te jure ?
- Pour la première fois, tu ressembles à une femme…
Franka se regarda dans le petit miroir du pare-soleil. Le maquillage était bien là, lui brûlant la peau du visage et les lèvres. Et il y avait cette perruque rousse… car Cathy avait aussi une perruque rousse dans son sac… et ces vêtements en vinyle trop grands pour elle mais qu’elle portait quand même.
- Ce n’est pas l’idée que je me fais d’une femme, tu vois…
- Tu es jolie habillée comme ça…
- Cathy, tu en vois beaucoup des femmes comme ça dans la rue ?
Il n’y eut aucune réponse dans un premier temps.
Franka baissa les yeux. Dieu ! Elle avait même réussi à lui fourguer des chaussures à talons.
- Avec un déguisement pareil, on me ferait entrer à la police des mœurs tout de suite, pensa Franka.
- Tu en vois beaucoup des éléphants dans la rue ? Est-ce que ça veut dire qu’ils n’existent pas ?
Bang !
C’était de la logique à la Cathy. Décochée avec un sourire désarmant et difficile à contrer.
Franka essaya quand même.
- Je ne suis pas un éléphant…
- Quand on voit les godasses que tu portes en temps normal, on peut avoir des doutes. Chacune pèse une tonne.
- Rien à voir avec le sujet…
- Une femme, c’est fait pour plaire et ne rien donner, c’est maman qui m’a appris ça…
- Ta mère est une femme sage… et qui se retrouve au pieu avec mon père adoptif… Ca relativise ses préceptes, non ?
- Ses quoi ?
Fin de la tentative…
Le feu venait de passer au vert.
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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Sam 22 Mar 2008 - 12:37

Chapitre 12
Et après


A cette époque de l’année, les touristes ne se bousculaient pas aux portes de la fondation Schwitzberger. Cathy et Franka eurent beau attendre un bon quart d’heure, il n’y avait qu’un couple de retraités qui s’était présenté au guichet.
- On y va, commanda Franka ! De toute façon, je ne m’attendais pas à la grande foule…
Elles descendirent de la voiture de location et marchèrent vers la grille aujourd’hui ouverte.
- Il faut qu’on fasse semblant un minimum de nous intéresser à ces horreurs, fit Franka.
- Tu aimes pas ?…
- Evidemment, tu vas me dire que ta mère t’a amenée dans plein de musées quand tu étais petite…
- Non… Mais moi je le trouve plutôt joli ce chat.
- Quel chat ?
- Tu ne vois pas le chat ?
Franka s’arrêta devant la sculpture aux formes étranges.
- Tu vois un chat, toi ?
- Oui… Regarde ! Ca c’est la queue, ça la tête, ça le corps…
- Mais son corps il est en plusieurs morceaux.
- Et alors… Si c’est un chat qui a souffert…
Encore une fois, Franka ne trouva rien de définitif à rétorquer. Elle préféra changer de sujet.
- Il n’y a qu’un seul gardien dans le parc…
- Oui… Par contre, au total, il y a 12 caméras.
- Evite de leur sourire cette fois…
C’était aussi un grand mec baraqué qui vendait les billets. Il resta un moment à contempler les deux filles incendiaires qui pénétraient dans le hall du château l’air hésitant. La grande brune irradiait une grâce étincelante, la petite rousse semblait mal à l’aise dans ses fringues provocantes. Elles étaient trop voyantes pour constituer une menace. Sans doute, deux copines qui avaient perdu un pari stupide au cours d’une soirée bien arrosée.
- Deux entrées…
- 12 euros.
Franka tendit un billet de 20, réceptionna monnaie et tickets et se prépara à entrer dans la première salle.
- Qu’est-ce que tu fous, s’écria-t-elle en constatant que Cathy ne la suivait pas ?!
- Je dis bonjour à la caméra.
- Mais c’est quoi cette manie de toujours fixer les objectifs…
- Quand je me suis présentée à l’élection de miss Belgique, y a un type qui m’a dit que je passais bien à la caméra… Alors, à chaque fois que je peux, j’en profite.
C’était proprement consternant. Cathy semblait avoir été programmée pour plaire aux hommes. Fringues sexy et excentriques, coups d’œil coquins aux objectifs, façon de parler typique de la parfaite petite idiote.
- Si c’est ta mère qui a fait de toi ce que tu es, songea Franka… Il me tarde de lui dire deux mots en particulier.

* *
*


Le capitaine Luc Pochard commandait les pompiers de Béziers. Il se trouva particulièrement flatté qu’une journaliste demandât à le rencontrer. Il était rare en effet que la presse s’intéressât précisément à son travail. En cas de gros pépin, on filmait les pompiers au travail et on interrogeait les autorités. Certes, il imaginait bien que cette visite était surtout motivée par l’incendie de Valras… mais, ça tombait bien, il avait des choses à dire.
- Capitaine, je vous remercie de me recevoir aussi vite.
- Mademoiselle, je suis heureux de vous rencontrer. Le « Quotidien du Midi » est un journal qui aborde l’actualité d’une manière plus sincère que la plupart de ses confrères.
- Merci, capitaine… Et c’est bien ce qui me motive en venant ici… L’incendie sur lequel vous êtes intervenu hier était-il vraiment l’œuvre d’un groupe d’amateurs comme les autorités se sont plues à le faire croire ?
- Mademoiselle, nous sommes « off » ?…
- Si vous le souhaitez…
- Les départs de feu étaient habilement calculés pour ne pas nous permettre une intervention efficace. Ce ne sont pas de simples tissus imbibés d’essence qui ont été utilisés. Certes, on en a trouvé ici ou là, mais, excusez-moi de cette expression, c’était juste pour les caméras. Le feu a pris avec de petites bombes incendiaires perfectionnées.
- Ce qui signifie qu’il ne s’agit pas d’amateurs…
- C’est tout le contraire, je le crains…

* *
*


Dans la quatrième salle, on pouvait observer une série de maquettes de décors de théâtre dus à des créateurs contemporains. Monloup, Benoist de Saint-Ange et d’autres… Ces noms évoquaient tous quelque chose à Cathy et étaient parfaitement inconnus de Franka.
- Comment tu fais ?
- Je ne sais pas… J’ai lu leurs fiches biographiques le 18 juillet 1998 dans une revue qui s’appelait « Arts du théâtre ». C’était en attendant chez le dentiste.
- Tu as déjà essayé de te présenter à un jeu télévisé ? Belle et cultivée, tu ferais un malheur…
- Ils ne veulent pas de moi… J’ai voulu aller à Questions pour un champion… J’ai fait deux fois 20 sur 20 à leurs tests de sélection… Mais ils m’ont pas pris quand même…
- Tu as vu la porte marquée « privé ».
- Oui… C’est par là qu’on va passer ?…
- Que je vais passer… Toi, tu restes plantée pendant cinq minutes devant ces décors de théâtre, puis ensuite tu tombes dans les pommes. L’essentiel c’est que pendant un quart d’heure les gardiens ne pensent qu’à toi.
- J’ai compris.
Cathy avait une bien meilleure idée pour occuper les gardiens, mais il valait mieux ne rien dire à Franka. Elle se serait mise en colère.

* *
*


Derrière la porte « privée », on entrait dans un autre monde. Plus de néons aveuglants, de grandes salles chaleureuses mais un couloir étroit et sombre seulement éclairé par deux appliques ringardes. Comme au théâtre, Franka avait l’impression d’être passé de l’autre côté du décor, de prendre le chemin de la coulisse.
Mais ces coulisses-là étaient mortelles. Elle dégaina son P.47 préféré et commença à avancer lentement, l’oreille à l’affût du moindre bruit. Trois portes partaient sur le côté droit du couloir, une seule vers la gauche mais d’après ses estimations elle devait ramener dans une autre salle du musée. Il y avait donc trois portes à ouvrir afin d’assurer ses arrières et avant de parvenir à l’escalier qu’elle devinait à l’autre bout du couloir.
Derrière la première porte, il n’y avait aucun bruit. A travers le bois épuisé par les années, pas le moindre souffle de vie. Franka tourna délicatement la poignée ronde et tira la porta vers elle.
Une ombre se jeta sur elle. Elle eut à peine le temps de se reculer et décocha un coup de pied instinctif. L’ennemi s’affala au sol sèchement.
Franka venait de mettre hors de combat un premier adversaire.
Un vénérable balai de paille.
- Abrutie, s’invectiva-t-elle !
Elle remisa l’ennemi ménager derrière sa lourde porte de chêne et poursuivit son avancée.
Derrière la deuxième porte, elle perçut immédiatement les indices caractéristiques d’une présence humaine : raclement de pieds de chaises, petite toux hivernale, craquement métallique d’une canette de bière qu’on écrase.
Combien étaient-ils ?
Difficile à dire… Et pourtant de cette information, dépendait la suite de sa qupete. Elle pouvait facilement mettre à la raison un, deux voire trois adversaires si les conditions s’y prêtaient. Au-delà, c’était s’assurer une défaite rapide et sans doute fatale.
Il y eut un sifflement, puis un appel.
- Et les gars, venez voir un peu ça…
Une cavalcade finit de convaincre Franka qu’il y avait trop de gardiens derrière cette porte pour qu’elle se risquât à l’ouvrir.
Les sifflements se multiplièrent. C’était le genre de coups de sifflet suivis d’exclamations bestiales qu’émettent les hommes en bande lorsqu’ils voient passer une jolie fille.
La jolie fille, Franka commençait à bien la connaître.
Visiblement, Cathy avait décidé de faire ce qu’on attendait d’elle.
Elle continua à avancer.

* *
*
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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Sam 22 Mar 2008 - 12:38

Franka avait de bonnes idées, mais elle était trop timorée. Telle avait été l’opinion de Cathy à l’exposé du plan d’action. Puisqu’il s’agissait d’attirer les yeux des gardiens sur elle, il y avait mieux à faire que simuler un malaise après plusieurs minutes de contemplation des œuvres exposées.
Cathy prit appui quelques instants contre le mur, le temps de finir d’élaborer son propre plan, puis elle se lança.
Langoureusement, elle commença par faire glisser au sol son manteau en fausse fourrure. Elle tourna progressivement le dos à la caméra tout en se penchant vers l’avant. Lorsque le manteau eut fini de glisser sur le parquet, on ne pouvait rater ses jolies fesses moulées dans une mini jupe rouge brillant, ses longues bottes noires et son chemisier transparent. Elle se tourna en imitant une tigresse, lèvres grandes ouvertes, dents agressives, main tendue vers l’avant comme pour griffer.
Pendant que les regards étaient attirés par sa main droite, elle posa la main gauche sur sa tête. D’un geste brusque, destiné à surprendre le spectateur de ce strip-tease inattendu, elle arracha sa perruque brune qu’elle envoya valser contre les vitrines. Ses longs cheveux blonds tombèrent en cascade sur ses épaules.

* *
*


Dans la salle de surveillance, un des gardiens tendit la main vers l’écran en criant.
- Merde ! C’est la fille de Monaco !

Franka eut juste le temps de refermer la troisième porte et de se jeter dans l’escalier. Trois gardes venaient de jaillir dans le couloir en direction des salles d’expositions de la fondation.
- Cathy, j’avais dit cinq minutes…
L’escalier menait à la parte habitée du château. Ici, on retrouvait de la clarté grâce à de vastes fenêtres qui s’ouvraient sur le parc. Ici ou là, on rencontrait encore quelques œuvres mais celles-ci étaient de facture plus classique.
- On expose du contemporain mais, pour son petit chez soi, on préfère le traditionnel, pensa Franka… J’ai donc bien raison de détester ces sculptures minables et ces peintures de gosses de trois ans.
Une porte claqua.
Franka se coinça derrière un marbre vénitien du XVIè siècle, essayant de faire taire sa respiration. Une femme à la cinquantaine distinguée passa en trombe près d’elle sans la repérer.
- Sans doute la fameuse Lucille Romain !... Cathy, qu’as-tu fait ?
Elle ne savait plus quel parti prendre… Toujours chercher Pierre ou redescendre pour venir en aide à Cathy qui, d’une manière ou d’une autre, avait dû se démasquer.
- Je suis venue pour Pierre… Je le trouve et on s’en va…
C’était un choix qui n’était pas fait de gaieté de cœur. La raison l’emportait sur l’affection. Heureusement pour elle, Franka venait de pénétrer dans un vaste salon meublé en style Louis XV et de refermer la porte sur elle lorsque trois détonations éclatèrent au rez-de-chaussée.

* *
*


Cathy s’était rapidement trouvée cernée. Trois gardes avaient déboulé par la porte qu’avait emprunté Franka, un autre avait surgi à l’opposé. Les issues étaient toutes bloquées… A moins de sauter à travers la fenêtre… Mais même elle connaissait le dangers des éclats de verre…
Elle continua à se déshabiller pensant, à juste titre d’ailleurs, que les mecs émoustillés par le spectacle n’interviendraient pas. Ca laissait du temps à Franka, c’était l’essentiel.
Elle fit glisser sa mini jupe après l’avoir langoureusement dézippée, la lança en l’air, la rattrapa en sautant ce qui exposa aux regards gourmands des gardes ses fesses que ne dissimulait même pas un string minimum.
Il y eut encore un sifflement admiratif… qui s’éteignit lorsque apparut Lucille Romain.
- Mademoiselle Van der Cruyse, votre ténacité est agaçante…
Cathy ne répondit pas. Elle commença à déboutonner lentement son chemisier tout en fixant la responsable de la fondation dans les yeux.
Gagner du temps…
- Je pourrais bien vous abandonner à mes hommes pour qu’ils s’amusent un peu avec vous, mais je suis jalouse et leurs câlins virils me sont exclusivement destinés… Donc, je me vois contrainte de finir le travail que ce malheureux Mike n’avait pas osé achever…
- Un peu comme le garde-chasse dans Blanche-Neige ?…
- La comparaison est hardie mais elle relève un peu le niveau de toutes les âneries que vous avez pu proférer lors de notre première rencontre… Vous finirez donc sur une note humoristique… Ludo, ton arme.
Sans le moindre trouble, Ludovic tendit son pistolet à sa patronne. Il aurait eu du mal, lui aussi, à dessouder une souris aussi craquante… mais puisque « Mémé lubrique » tenait à s’en charger elle-même…
Lucille Romain avait pris goût au meurtre. Abattre Mike avait été une initiation délicieuse… et facile, le condamné étant déjà attaché au lit par un savant enchevêtrement de cordes et de chaînes. Là, elle passait à l’étape suivante : tirer sur une cible mouvante.
Elle leva le P.38 et, froidement, le braqua vers Cathy qui continuait à se déshabiller à trois mètres devant elle.
C’était le dernier bouton du chemisier.
Insensible à la menace, Cathy se mit à marcher sur sa droite et se rapprocha d’un élément de décor dû à Benoist de Saint-Ange.
- Si tu crois que j’hésiterai à tirer si tu te planques derrière cette horreur, fit Lucille Romain.
Pour bien montrer sa détermination et le peu de cas qu’elle faisait des œuvres dont elle avait la garde, elle tira trois fois sur le décor.

* *
*


Au fond du grand salon, partait un escalier de bois qui devait mener sous le toit. Franka décida de l’emprunter. Il y avait là un espace où on pouvait cacher un prisonnier.
Une trappe verrouillée se présenta. Elle la fit sauter d’une seule balle de P.47.
L’espoir retomba aussi vite qu’il était venu. Les combles étaient aussi vides qu’un devoir de philosophie de Chantal Goya.
Ce n’est qu’en redescendant qu’elle avisa un placard aménagé sous l’escalier. Une clé dépassait de la serrure. Elle la tourna.
Sous l’escalier, dans une odeur étouffante d’urine et de sueur, un homme presque nu était assis. Menotté et bâillonné. Sa barbe prouvait qu’il devait être là depuis plusieurs jours.
- Vous êtes Pierre ?
L’homme, tout en clignant violemment des yeux devant l’agression de la lumière du jour, hocha la tête.

* *
*


- Qu’est-ce qui se passe ?
La voix traînante du retraité n’avait eu aucun mal à résonner par-dessus le silence froid qu’avaient généré les trois coups de feu.
Le garde qui s’était placé entre la quatrième et la cinquième salle lui barra le passage.
- Il n’y a rien à voir.
- J’ai entendu des coups de feu…
- Ce n’était que des pétards.
- Ah !
Le vieux tourna le dos pour rejoindre son épouse. Un ultime doute le fit pivoter vers le gardien.
- Pourtant, ça ressemblait bien à un coup de feu… Un peu comme ce que fait ce joujou-là.
Il tendit vers le trentenaire baraqué le canon d’un Magnum Miko MM.34.

* *
*


- Franka Ramis, se présenta la libératrice. Services secrets belges. Je travaille avec Cathy.
Elle n’avait pas pris le temps de réfléchir à ce qu’elle lui dirait. C’était sorti comme ça.
Et c’était vrai. Elle travaillait avec Cathy. Elle ne se contentait plus de la surveiller et de la materner.
- Elle va bien ?
- J’espère… Vous pouvez marcher ?
La question sentait le mauvais feuilleton télévisé. Comment un type qui venait de passer plusieurs jours accroupi dans un placard étroit pourrait-il par enchantement retrouver instantanément l’usage de ses jambes ?
Et simplement marcher quand la raison, elle, commandait de courir…

* *
*


Cathy avait son idée. Elle avait vu une fille faire ça un jour dans un film. Etait-ce dans le troisième opus des « Drôles de Dames » ou dans « Le Retour de la vraie Catwoman » ? Elle aurait été incapable de le dire. Ce dont elle se souvenait parfaitement en revanche, c’est que la fille utilisait la veste qu’elle venait d’enlever pour désarmer son adversaire. Il suffisait d’entortiller le chemisier autour de l’avant-bras de madame Romain, de tirer d’un coup sec… Et le tour était joué !
Mais rien ne se déroula comme prévu.
- Services de renseignement français… Couchez-vous face contre terre.
La voix du papy qui entrait en tenant devant lui le bouclier humain que constituait le garde était un peu plus claire qu’on ne l’aurait attendu. La vigueur avec laquelle il maintenait celui-ci était tout aussi remarquable. Les autres gardiens jugèrent rapidement qu’ils avaient face à eux un adversaire de première force.
- Vous n’avez pas entendu ?
Cette fois, c’était la voix ferme de la grand-mère qui avait résonné.
Dans le dos des trois gardes qui couvraient les arrières de Lucille Romain.
Ceux-ci se couchèrent au sol sans discuter, l’un d’entre eux murmurant assez fort pour être entendu.
- De toute façon, mieux vaut la tôle que continuer à baiser la vieille…
Lucille Romain comprit qu’elle était désormais isolée et abandonnée.
- Mais qu’est-ce que vous croyez, glapit-elle ironiquement ? Que vous allez m’empêcher de faire ce que j’ai décidé de faire ? Juste avec deux pauvres vieux venus tout droit de leur maison de retraite ?
- Mais qu’est-ce que vous croyez, répliqua le vieux sur le même ton ? Il y a vingt hommes armés jusqu’aux dents qui sont en train d’investir le parc.
Ce fut Cathy qui fut finalement la plus surprise. Avant d’avoir eu le temps de mettre sa manœuvre à exécution, elle se retrouva entre les bras de Lucille Romain, le canon glacé du pistolet sur ta tempe.
- Si vous voulez repeindre ce salon avec du sang de top-model, essayez de m’empêcher de sortir… Allez, ouste… Dégagez et laissez-moi passer.
Elle se replia vers l’issue marquée « Privé », pénétra à reculons dans le couloir sombre et referma la porte. Elle comptait en fait sur le ralliement de quelques gardiens demeurés fidèles mais dut rapidement constater qu’ils semblaient s’être volatilisés en voyant arriver les forces d’intervention.
Restait la Porsche dans le garage. Une fois la grille du parc franchie (et qui prendrait le risque de tuer Cathy pour l’en empêcher ?), elle se faisait fort de disparaître dans la nature.
Sauf qu’au pied de l’escalier, elle tomba, au propre comme au figuré, sur Franka.
- Vous aurez eu le record du monde de la fuite la plus courte, fit Franka en s’emparant du Magnum de Lucille Romain.
- Il y a plein de monde qui arrive, fit Cathy… Qu’est-ce qu’on fait ?
- Je n’aime pas le monde… Ca m’empêche de réfléchir… On s’en va…
- Tu crois qu’on va pouvoir sortir ?
- Vous en pensez quoi, Pierre ?
- Mais, fit Cathy en ouvrant en grand les yeux, c’est pas Pierre ça ! Pierre, il était pas barbu !
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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Sam 22 Mar 2008 - 13:04

Chapitre 13
Maintenant ou jamais


La Porsche se présenta au portail de la propriété et traversa à vitesse réduite les rangs des forces de sécurité déployées. Cathy était au volant. A ses côtés, Lucille Romain tenait son Magnum appuyé contre la tempe de la conductrice.
- On laisse passer, commanda le chef de l’opération dans son talkie-walkie… Mais on ne les lâche pas !... L’objectif premier est la préservation de l’otage… Et je veux l’autre vivante… Elle seule pourra nous dire où est notre agent.
Les apparences étaient cependant trompeuses. Le véritable otage tenait dans sa main le pistolet. Pistolet d’ailleurs vidé de ses munitions ce que la conductrice savait pertinemment. Enfin, invisible au regard, une troisième personne avait pris place dans la voiture de sport et pointait une arme, chargée celle-ci, dans le creux des reins de Lucille Romain.
Il ne restait plus qu’à semer l’adversaire…
- Simple comme bonjour, fit Cathy en accélérant.

* *
*


Le colonel Rouffiac n’avait pas tenu son homologue belge au courant de la préparation de la souricière montée à la fondation Schwitzberger. Il lui aurait fallu avouer qu’il avait fait cavalier seul pour retrouver son propre agent. Cathy avait été repérée à Monaco et rien n’avait été fait pour l’assister lorsque Mike l’avait contrainte à monter dans sa voiture. Après l’accident de Cagnes, l’enquête avait permis d’établir que la voiture se dirigeait vers le château abritant la fondation. Cathy avait été délibérément mise sur la touche en étant enfermée dans une chambre de l’hôpital Hervé Vilard. La planque avait commencé jusqu’à ce que la réapparition dans le circuit de la jeune Belge contraigne le chef des services français à précipiter ses plans.
Roland de Roncevaux eut des mots durs pour stigmatiser cette attitude peu confraternelle. Il en eut d’autres tout aussi désagréables lorsque Rouffiac lui avoua que Cathy était désormais otage et qu’on n’avait finalement pas retrouvé l’agent Pierre Bonnard.
Pourtant, lorsqu’il raccrocha, de Roncevaux avait le sourire aux lèvres.
- Pourquoi es-tu si heureux de la situation, s’étonna Claire ? Moi je suis désespérée… Ma fille est maintenant otage et…
- Si mon honorable mais cachottier collègue m’a tout dit, et je crois qu’il se sent assez merdeux pour ne rien m’avoir caché, nous n’avons aucune raison de nous inquiéter…
- Mais pourquoi ?
- Dans son récit, il manque une personne…
- Franka ?
Il inclina la tête. Sa fille adoptive ne devait pas être bien loin de Cathy.

* *
*


L’enquête de Louisa avait connu un début spectaculaire. Cela ne suffisait pas pour bâtir un article digne de lui valoir le Pulitzer. Elle savait que l’attentat cachait quelque chose de gros, d’énorme, de sensationnel. Restait à trouver quoi…
Elle commença à fouiner sur place. Détruire une façade immobilière littorale pouvait se comprendre si on voulait récupérer l’espace sinistré. Le midi était coutumier de ce type de pratique… sauf qu’habituellement c’étaient les pinèdes ou le maquis qui partaient en fumée.
A la mairie, son interlocutrice se montra plutôt loquace. Oui, il y avait eu des tentatives d’un groupe immobilier spécialisé dans l’équipement touristique pour s’implanter dans la station. Il cherchait un espace suffisant pour construire un complexe hôtelier auquel il comptait donner le nom de « Christian Karembeu ». En dépit de pressions, fréquentes dans ce type d’affaires, la mairie n’avait pas souhaité modifier son plan d’urbanisme. Aucun espace supplémentaire ne serait soustrait au domaine naturel pour l’édification du complexe de la Herbert U.Com.
Alors ?... Vengeance ?
La responsable de l’urbanisme à la mairie n’y croyait pas.
Louisa, elle, se dit que la piste méritait d’être creusée.

* *
*


Quitter la fondation Schwitzberger n’avait pas été facile. D’abord, il y avait la quinzaine d’agents qui quadrillaient le château et le parc qu’il avait fallu éviter en se cachant. Puis le mur d’enceinte s’était révélé délicat à franchir… non à cause de sa hauteur mais parce que la tenue qu’elle portait se prêtait mal à l’escalade. Enfin, plus délicat pour elle, il avait fallu affronter le regard des badauds sidérés par le passage près d’eux de cette femme aux vêtements peu communs.
En pénétrant dans sa voiture de location, Franka avait poussé un long soupir de soulagement. Rien ne s’était passé comme prévu mais elles s’en sortaient bien.
Elle s’éloigna de la zone où grouillaient encore les forces de sécurité, trouva un parking de centre commercial pour s’arrêter. Elle rêvait de se débarrasser de la perruque rousse et des vêtements de vinyle.
Lorsqu’elle se sentit redevenue Franka, elle appela Bruxelles.
- Franka ? Où est Cathy ?
- Ca fait plaisir de se sentir appréciée, persifla la fille adoptive de de Roncevaux… Je te rassure : tout va bien ! On a récupéré l’agent français… On tient une certaine Lucille Romain qui supervisait les opérations du « Petit Malin » dans le secteur… Cathy doit mettre le feu à l’autoroute en conduisant une Porsche… La suite, on a décidé de la mener en solo… Désolé, papounet… Il y a trop de trucs bizarres dans cette histoire pour qu’on puisse faire confiance à nos services… Et même à toi ! Dieu seul sait avec qui tu couches…
- Avec une femme en qui j’ai toute confiance…
- La mère de Cathy, je sais… Alors, écoute-moi bien… Je me doute que ce doit être une femme charmante… et Cathy est une fille épatante mais… Méfie-toi d’elle comme je me méfie de Cathy. Dans cette famille, il y a un truc qui m’échappe…

* *
*


La Porsche pénétra sur le coup de midi dans le parking souterrain d’un centre commercial d’Antibes. Personne ne prêta vraiment attention à la Mégane Scénic qui le quitta deux minutes plus tard.
Les services du colonel Rouffiac avaient perdu la trace de Lucille Romain et de Cathy Van der Cruyse.
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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Sam 22 Mar 2008 - 13:06

Chapitre 14
On se bat toujours quelque part


Vendredi 25 janvier

Le rédacteur en chef releva ses lunettes sur sa tête. Louisa connaissait ce signe. Il était annonciateur d’une décision terrible. Nul à la rédaction ne le voyait se produire sans trembler.
- Cet article ne passera pas… Ce n’est qu’un ramassis de faits inconsistants, de suppositions gratuites et infondées. Tout ce qu’on y gagnerait, ce serait un procès… Procès que nous perdrions d’ailleurs…
- Il est inutile que je cherche à vous faire changer d’avis ?
- Ce serait un effort vain, en effet.
- Alors, veuillez accepter ma démission…
- Louisa, vous…
- Ecoutez, quand j’aurai un peu plus de matière pour étayer mes suppositions, je n’aurais aucun mal à trouver un journal qui voudra de mes articles… Tenez, voilà 40 euros… Avec ça vous irez au resto tout seul… Et pour la nuit d’amour, pensez plutôt donc à votre femme… Je suis sûre qu’elle sera surprise de ce retour d’affection.

* *
*


L’hôtel « Ferenc Puskas » donnait sur le Danube. En dépit de Johann Strauss, les eaux du fleuve n’avaient pas la couleur bleue qu’on leur prêtait ; en ce triste matin d’hiver hongrois, elles étaient d’un gris sombre et sale.
Pour Mathias Szabo, ce paysage était bien connu ; il avait grandi dans la capitale hongroise. Pourtant, jamais il n’avait découvert sa ville ainsi. L’ascenseur qui le conduisait directement à la suite présidentielle du dernier étage de l’hôtel était une sorte de grande bulle qui, agrippée au mur, grimpait le long de la façade en permettant de découvrir Budapest d’en haut.
Lorsqu’un signal sonore l’avertit qu’il avait atteint le dernier étage, Mathias eut du mal à lâcher des yeux Budapest pour se retourner vers les deux portes d’acier qui s’ouvraient en silence.
Deux femmes l’attendaient.
La première, une quinquagénaire élégante au visage sévère, l’attendait près de la porte. La seconde, une beauté ravageuse en mini jupe moulante, bas noirs et escarpins à talons hauts, était appuyée l’air absent sur un petit guéridon.
- Good morning, mister Szabo… I’m Lucille Romain… And this pretty girl is Cathy Van der Cruyse, my personnal secretary.

* *
*


Jamais sans doute un homme de pouvoir n’avait autant fréquenté sa secrétaire. En dépit des recommandations de Franka, de Roncevaux ne lâchait plus Claire Van der Cruyse qui partageait ses journées et ses nuits. Elle l’accompagnait partout. Au restaurant comme au ministère. En boite de nuit et dans les réunions top-secret.
Leur entente ne cessait de progresser chaque jour. Claire, avec sa grande intelligence et son énergie débordante, était une collaboratrice qui se révélait très précieuse. Elle savait être discrète en public mais, une fois dans l’intimité, elle lui faisait partager des analyses qui témoignaient d’une grande lucidité.
- A ton époque, on savait choisir les hôtesses de l’air, lui dit-il un jour.
- Que veux-tu dire ?
- Que tes capacités intellectuelles dépassaient largement celles qui étaient requises pour faire asseoir des passagers dans un avion et leur donner des journaux ou leur servir des collations.
- Il fut un temps où être belle était suspect… et où de brillants cerveaux avaient décrété qu’intelligence et beauté ne pouvaient se marier dans le même corps…
- Ils se trompaient ces cerveaux-là.
- Tu comprends pourquoi je me méfie tellement des gens qui sont réputés spécialistes.
Ils avaient convenu d’éviter temporairement le sujet qui les inquiétait le plus. Le silence total de leurs filles respectives.
Où était Cathy ? Où était Franka ?
Mystère total depuis le dernier appel de Franka, le mardi précédant.
Il avait dit :
- Je leur fais confiance.
Elle avait répondu :
- Pas moi !

* *
*


- Vous ne préférez pas que nous parlions français, proposa Mathias Szabo lorsqu’il fut assis dans le moelleux sofa de la suite, la main garnie d’un verre de whisky écossais d’un âge que la politesse et une bonne éducation nous interdisent de révéler ici.
- Si vous maîtrisez cette langue, pourquoi pas ?!
- Je la parle bien mieux que l’anglais. L’une me sert pour les affaires, l’autre pour le plaisir.
- Mais nous sommes ici pour affaires, objecta Lucille Romain…
- Certes… Mais, deux personnes aussi délicieuses que vous me le font oublier…
- Je crois que vous vous méprenez sur notre compte, monsieur Szabo. Si vous pensez que nous sommes là pour nous laisser endormir, vous vous trompez. Vous avez une certaine somme à nous remettre… et vos gracieusetés ne nous conduiront en aucun cas à en retrancher le moindre cent.
- Ce n’était pas…
- Vous dirigez un groupe qui s’est spécialisé dans les infrastructures touristiques le long du lac Balaton… Vous savez que nous pouvons ruiner vos efforts… Nous avons les moyens d’empoisonner les eaux du lac, de les rendre impropres à la baignade, à la pêche et à toute autre activité nautique… Nous avons fixé un prix…
- Voici les 800 millions d’euros que vous avez réclamés…
Il posa à ses pieds la mallette.
La blonde incendiaire, qui n’avait toujours rien dit, s’approcha, se mit à genoux et fit sauter les fermoirs.
Un coup d’œil exceptionnellement rapide lui suffit pour estimer le montant total des billets de 500 euros entassés.
- Il manque dix millions !
- Eh bien, monsieur Szabo ?!

* *
*


Franka jeta un œil inquiet par la fenêtre. Depuis deux jours, ses doutes ne cessaient d’augmenter.
Sans aucune raison…
Juste ce flair qu’elle avait acquis en écoutant son père adoptif raconter ses enquêtes.
Ce flair qui lui permettait de dépasser les apparences trompeuses, de voir ce que les autres ne parvenaient pas à percevoir, d’avoir toujours une longueur d’avance.
Pourquoi était-ce si long ?

* *
*


Mathias Szabo poussa un long soupir de désappointement…
- J’aurais bien aimé garder ces quelques billets.
Il fouilla dans les poches de son pardessus et en tira plusieurs liasses épaisses qu’il jeta dans la petite valise ouverte.
- 800 millions, c’est 800 millions ! Grâce à cette aimable contribution, vous pourrez poursuivre vos activités professionnelles… Et même sans aucun doute les accroître, car vos homologues polonais semblent peu enclins à vous imiter… Les côtes de la Baltique pourraient prochainement souffrir…
Mathias Szabo chercha dans le regard de la beauté blonde confirmation de la prédiction, à la fois effrayante et réconfortante, émise par madame Romain. Il ne rencontra qu’un sourire un peu crispé.
- Vous pouvez vous retirer, monsieur Szabo… Nous protégeons désormais le lac Balaton.
A ce moment précis, la secrétaire prit la parole et d’une voix neutre dit :
- Balaton, lac, le plus grand lac de Hongrie, situé au sud-ouest de Budapest, à 130 m environ au-dessus du niveau de la mer. Il mesure 75 km de long et de 11 à 14 km de large. Sa superficie est de 670 km2 environ et sa profondeur varie entre 4,5 et 12 m. Il est alimenté par plus de trente cours d'eau, dont le principal est le Zala, et ses eaux s'écoulent par le Sarviz, un affluent du Danube. Le lac constitue le cœur touristique de la Hongrie. Encyclopédie Microsoft Encarta copyright 1993-2003. Tous droits réservés.

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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Sam 22 Mar 2008 - 13:08

Si Louisa avait réussi à faire bonne figure devant son rédacteur en chef, la pilule fut plus difficile à avaler lorsqu’elle se retrouva à pied devant la grille, sur le trottoir mal pavé de l’impasse Jean-Pierre Foucault.
Plus de voiture de fonction pour foncer sur les lieux qui l’intéressaient.
Plus d’ordinateur portable pour transcrire sur le champ informations et impressions.
Et guère de perspectives réjouissantes en matière financière.
Son défi n’avait été qu’un coup de bluff pour essayer de faire revenir le boss sur sa décision.
Elle n’aimait pas les échecs.
Elle tendit le pouce pour arrêter un automobiliste. Elle n’allait pas commencer à griller le peu d’argent dont elle disposait pour un ticket de bus.

* *
*


- Ma petite, vous êtes une sacrée conne, fit Lucille Romain après que Mathias Szabo ait repris son touristique voyage en ascenseur. Si vous aviez commencé à débiter votre article d’encyclopédie cinq minutes plus tôt, il n’aurait jamais lâché un cent…
- Sans moi, vous auriez eu 10 millions en moins, rétorqua Cathy !
- La belle affaire ! Vous m’en avez fait gagner 10, mais vous auriez pu m’en faire perdre 800 !
- Ecoutez ! Vous oubliez qui je suis et pourquoi vous êtes là ! Alors, avant de me traiter de conne, regardez-vous !
Lucille Romain ramassa la mallette apportée par le Hongrois. Ce simple temps d’arrêt lui permit de se maîtriser et d’éviter la poursuite de l’escalade verbale. Elle n’avait rien à gagner, elle le savait, à dresser contre elle sa si particulière collaboratrice.
- Nous attendons encore deux généreux donateurs cette après-midi. Un Roumain qui veut sauvegarder ses intérêts en mer Noire et un Grec qui veut dynamiser le tourisme en Eubée. Les autres ont cru à un bluff. Tant pis pour eux !

* *
*


Samedi 26 janvier

Où était-elle ?
Le réveil pour Cathy fut, comme pour les jours précédents, un terrible casse-tête.
En trois jours, elle avait changé quatre fois de pays, fréquentant successivement les grands hôtels du groupe Herbert U.Com de Rome, de Zurich, de Vienne et de Budapest. Ce matin, c’était Berlin.
Le magot ?
Deuxième préoccupation. Vérifier qu’il était toujours là où elle le mettait toujours. Un vieux réflexe ancestral sans doute… Les petites valises avaient déversé leur argent liquide dans un énorme sac de toile, fleuve de plus en plus large qui finirait bien un jour par gagner la mer.
Elle espérait que ce moment viendrait le plus vite possible.
Lucille Romain lui tapait sur les nerfs.

* *
*


Dans sa petite chambre, Franka s’éveilla en se demandant à quoi Cathy était en train de penser. A une nouvelle journée à accompagner Lucille Romain dans sa collecte financière faramineuse ? Au meilleur moyen de s’emparer de ce magnifique magot ? Au bon tour qu’elle jouait à sa demi-sœur adoptive ?
Peut-être que Pierre lui manquait ?
Mais là, Franka savait qu’elle avait pris un avantage. Le bel agent français avait complètement chaviré pendant la nuit en lui faisant l’amour. S’il y avait bien un endroit où Franka cessait d’être un garçon manqué, c’était bien au pieu !
Si Cathy tenait tant que ça à son mec, il y avait bien là un moyen de tenir en laisse sa blonde compatriote.
Pierre contre le fric !

* *
*


La sonnerie du portable beugla un air de la Star Academy 5. Louisa abrégea les souffrances de l’appareil d’un geste rapide du pouce. Il y avait des manières plus agréables de finir une nuit.
- Louisa Barbosa ?
- Elle-même !
- Bonjour, nous nous sommes vues en début de semaine… Je travaille à la mairie de Valras…
Soudain parfaitement réveillée, Louisa se dressa dans son lit avec la célérité d’un Nelson Monfort à flatter ses invités.
- Vous avez quelque chose de nouveau à m’apprendre ?
- Exactement ! Le maire a reçu hier soir un coup de téléphone de la part du groupe immobilier qui voulait implanter un grand centre hôtelier chez nous… Ils offrent de racheter à la commune les terrains qui ont brûlé.
- Drôlement pressés !
- Plus que cela ! Ils ont rendez-vous demain matin pour signer…
- Pourquoi me prévenez-vous ?
- Parce que le seul moyen d’éviter que ces salauds triomphent avec leurs sales combines, c’est que la presse soit au courant…
- Le problème c’est que je ne suis plus journaliste… Ou plus exactement que je n’ai plus de journal qui m’emploie depuis hier…
- Ah !
- Vous avez toujours la possibilité d’appeler un autre journaliste pour lui balancer le scoop… Mais puisque vous avez bien voulu me faire confiance, je peux espérer que vous continuiez encore un peu… Je serai là demain pour prendre les photos qui s’imposent et la nouvelle sortira lundi… Après le coup certes, mais ça fera de plus belles éclaboussures… Votre maire est un beau salaud quand même…
- Pas de commentaires…

* *
*


Sur la Marlenedietrichstrasse, l’hôtel « Gerd Müller » avait une allure royale. Au cœur du Berlin rénové, à quelques pas de la porte de Brandebourg et du Reichstag rénové, il éclaboussait de lumière tout le quartier de ses parois de cristal.
Pour Heinrich Lützen, la connaissance du lieu où il allait opérer avait une importance primordiale. Depuis deux jours déjà, il avait eu l’occasion de repérer les alentours de l’hôtel et de mémoriser les plans qu’il avait obtenus auprès des services de l’urbanisme de la ville.
Comme tout bon agent des services de sécurité allemand, Heinrich Lützen faisait preuve de la plus grande rigueur dans son travail. Il aurait pu se repérer les yeux bandés dans les couloirs du palace berlinois.
La valise qu’il faisait rouler derrière lui sur le large trottoir contenait 1,2 milliard d’euros. Plus d’un milliard en billets de 500 et de 100 euros !
Une fortune considérable directement issue des coffres de la Banque centrale européenne de Francfort.
Une fortune très spéciale.
Entièrement composée de faux billets.

* *
*


- Monsieur, la menace sur la Manneken Pis se précise.
Le lieutenant Léon Merckx paraissait sûr de ce qu’il affirmait. Il avait tout un dossier constitué de photos, de transcriptions d’écoutes téléphoniques, de cartes avec des trajectoires sinueuses sensées représenter l’approche d’une escadrille de modèles réduits d’avion porteurs de charges explosives.
- Confiez tout cela à madame Van der Cruyse… Je suis en communication avec mon homologue allemand.

* *
*


En ouvrant la valise, Cathy eut une impression étrange. Elle jeta un regard inquiet vers le représentant des hôteliers allemands de la mer du Nord, ce monsieur Manfred Schumacher au sourire si doux. S’il éprouva un instant de doute face aux yeux interrogatifs de Cathy, il n’en laissa rien paraître. Il semblait sincèrement subjugué par la plastique de la secrétaire de frau Romain.
- Il y a le bon compte, fit Cathy… Mais…
- Mais ?!
- Je ne crois pas que monsieur soit ce qu’il prétend être…
Lucille Romain hésita. Devait-elle croire sa récente alliée ?
D’un côté, il y avait cette mémoire et ce coup d’œil surnaturels qui n’avaient jamais été pris en défaut jusque là. De l’autre, cette incapacité à raisonner. Tout ce que faisait Cathy Van der Cruyse était instinctif. Elle parlait sans réfléchir, se jetait dans le vide du quatrième étage, décidait de collaborer finalement avec l’organisation du « Petit Malin ». L’instinct, ça ne fonctionnait pas à tous les coups…
- Vous avez des preuves de ce que vous avancez, fit calmement le pseudo Schumacher ?
- Aucune… C’est juste un feeling avec vos billets…
- Alors, on oublie, décréta Lucille Romain…
La responsable pour l’Europe occidentale d’Herbert U.Com était pour sa part subjuguée par la carrure de l’Allemand, ses grands yeux bleus et sa blondeur germanique. Elle lui aurait bien proposé de demeurer pour quelques câlins. Depuis qu’elle faisait équipe avec Cathy, elle était sevrée de mecs. Ah si seulement, la jeune Belge n’avait pas décidé d’abattre son ancien équipier peu après être allée effectuer l’échange des voitures dans un parking d’Antibes ! Mais non, là aussi, Cathy avait fait preuve d’impulsivité. Elle avait laissé croire à Pierre qu’il allait pouvoir aller se doucher dans un hôtel pour se débarrasser de ses odeurs répugnantes et, sans un avertissement, lui avait tiré à bout portant sur le parking deux balles de Magnum.
Lucille Romain se contraignit à reprendre le cours de la rencontre.
- Vos 1,2 milliards d’euros vous garantissent une parfaite sécurité.
- Tant mieux, fit l’Allemand ! J’aime être en sécurité… C’est pour cela que je ne me sépare jamais de ceci.
De sa poche, Heinrich Lützen tira un pistolet P.26 entièrement en matériaux composites qu’il n’avait eu aucun mal à dissimuler aux yeux électroniques des portiques de sécurité de l’hôtel.
- J’avais raison, claironna Cathy ! J’avais raison !
Tout juste si elle n’envoyait pas des pieds de nez à Lucille Romain en plus de son bruyant triomphe.
- Elle est tarée, pensa Lucille Romain… Et moi sans doute encore plus de ne pas l’avoir crue !
- Veuillez vous asseoir mesdames… Nous avons à parler !

* *
*


Pour Roland de Roncevaux, les services allemands offraient toutes les garanties de sérieux. C’est pour cela qu’il prenait très au sérieux les informations qui lui étaient communiquée par le général Von Spitz, chef de la cellule anti-terrorisme des services secrets d’outre-Rhin.
Un chantage redoutable avait été mis en place contre les hôteliers de la mer du Nord. Un d’entre eux avait préféré dévoiler la menace à ses services. Un agent allait au rendez-vous.
Une situation que de Roncevaux connaissait bien. Mais après tout, la guerre contre le « Petit Malin » devait être mondiale et on se battait toujours quelque part.
Les services de Von Spitz avaient cependant d’autres informations à apporter. La description des deux personnes qui avaient élu domicile tard dans la soirée de la veille à l’hôtel « Gerd Müller ». Une quinquagénaire multi-liftée du nom de Lucile Romain. Une apprentie miss Monde inscrite sous le nom de Cathy Van der Cruyse.
Roland de Roncevaux, en raccrochant, avait déjà oublié les menaces contre le Manneken Pis. Il appuya sur le bouton de l’interphone.
- Claire, on sait où est Cathy !...
Cathy !
Avec Lucille Romain…
Mais sans Franka !
Et si sa fille adoptive avait eu raison ?
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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Sam 22 Mar 2008 - 13:10

Chapitre 15
Dans le vert de ses yeux


Heinrich Lützen était d’un calme impressionnant. Il dévisageait ses deux captives l’une après l’autre guettant posément un signe montrant de la part d’une d’elle la volonté de parler. Mais Lucille Romain gardait un regard méprisant et supérieur… et sa secrétaire un regard vide et bovin qui allait mal avec le vert limpide de ses yeux.
- Vous avez bien compris que vous étiez désormais aux mains de nos services ? Dans dix minutes, j’appellerai mes supérieurs pour leur annoncer la réussite de ma mission. Vous serez alors confiées à une cellule spécialisée… Eux, ils ont des moyens très efficace pour vous obliger à parler… Vous leur direz tout… Même vos secrets les plus intimes… Ils n’ignoreront rien de vos aventures sexuelles les plus dérangeantes, de vos écarts de conduite les plus regrettables… En parlant maintenant, vous pourrez éviter à votre corps d’être attaqué par certains produits chimiques dont les effets secondaires sont souvent très désagréables.
Cathy flottait entre deux sentiments. Le premier était agréable ; elle aimait bien le fait de ne plus avoir à jouer le rôle que Franka voulait qu’elle tienne auprès de Lucille Romain. Elle n’aimait pas cette femme et elle n’avait pas aimé tirer sur Pierre même si elle avait déchargé son arme à côté de son amant. Pour remplir sa mission, elle avait dû se concentrer comme jamais et ça l’épuisait. Mais d’un autre côté, Cathy craignait de décevoir Franka. Celle-ci voulait que Lucille Romain les conduise au « Petit Malin » et l’Allemand allait tout gâcher.
- Si seulement elle m’avait écouté, je l’avais bien vu qu’ils étaient faux ses billets !
Lützen caressait son calibre avec une tendresse toute érotique. Ca l’occupait ! Il ne doutait pas de voir une des deux prisonnières sortir de son mutisme par peur d’en dire plus par la suite. Il suffisait de savoir attendre.

* *
*


Franka guettait la sortie du contact allemand depuis la fenêtre de son hôtel.
- Mais qu’est-ce qu’il fout ce con ?
- Qui ça, demanda Pierre ?
- Le fritz ! Je sais bien qu’ils sont précis et méticuleux dans ce pays mais il ne faut pas une heure pour remettre une valise et se barrer… Faut que j’aille voir !
Pierre avait découvert la détermination de Franka, une sourde violence qu’elle se faisait à elle-même comme aux autres pour parvenir à ses objectifs. Il y avait d’abord eu les quelques minutes passées en tête à tête avec Cathy où elle avait réussi à faire passer dans le cerveau limité de sa compatriote les grandes lignes de ce qu’elle attendait d’elle. Puis, Pierre avait mesuré avec quelle énergie Franka avait toujours réussi à suivre la trace de Lucille Romain. Lorsqu’il fallait obtenir un billet d’avion en urgence ou une chambre d’hôtel avec vue professionnellement intéressante, elle savait y faire.
Une pro !
Et même au pieu…
- Tu restes là et tu surveilles la rue.
Franka enfila son blouson en cuir fétiche et sortit en claquant la porte.

* *
*


De Roncevaux avait respecté la décision de Franka de couper les liens avec Bruxelles pour mieux avancer dans l’enquête. Pourtant, face à l’évolution des informations dont il disposait, il décida de tenter d’entrer en contact avec sa fille adoptive.
Il ne réussit qu’à obtenir la voix chaleureuse mais sans aucun intérêt de la messagerie.
Il n’avait plus qu’à attendre.

* *
*


- Vous voulez savoir quoi au juste, lança soudain Cathy qui en avait fini avec ses hésitations ?
- Je veux savoir qui est derrière tout ça, ce que vous pouvez réellement faire comme dégâts et savoir où sont vos bases arrières.
- Ah !
Ce « Ah » ne marquait pas la surprise ou le contentement, mais bien un profond désappointement. Une telle attitude étonna l’agent allemand qui s’attendait enfin à des révélations.
- Pourquoi ne dîtes-vous rien ?
- Eh ! C’est que je n’ai rien à dire… J’aurais bien aimé vous dire des choses, mais je ne sais rien de tout ça moi ! Et même que je suis comme vous, j’aimerais bien le savoir qui c’est le « Petit Malin »…
A ces mots, Lucille Romain foudroya Cathy du regard.
- Le « Petit Malin » ?! Qui est-ce ?
- C’est le boss…
- Et où on le trouve ce boss ?
- Ca, fit Cathy avec un geste marquant son ignorance… Madame Romain doit être capable de vous le dire… Moi je ne sais pas.
Heinrich Lützen n’était pas un débutant. Les gens qui avouent essentiellement leur ignorance sont en général des petits malins qui en savent bien plus que ce qu’ils affirment. Il décida de ne pas lâcher sa proie.
- Alors, vous savez qui est le boss mais vous ne savez pas où le trouver…
- Ben oui !
- C’est un peu dur à croire…
- Dieu aussi on sait qu’il existe mais on ne sait pas où le rencontrer.
Cette fois-ci, c’est par un éclat de rire que Lucille Romain accueillit les paroles de Cathy.
- Bien trouvé, ça !...
Lucille Romain se tourna vers l’agent allemand.
- Et, malheureusement pour vous, terriblement exact… Nous ne savons ni l’une, ni l’autre où se trouve le chef de cette organisation.
Bingo ! Elles parlaient !

* *
*


Tout en dévalant les trois étages d’un escalier aux marches recouvertes d’un tapisson couleur lie de vin, Franka avait mis au point sa stratégie d’intervention.
Simplissime et sans risque.
Au lieu de se présenter les bras ballants devant le sas électronique de l’hôtel « Gerd Müller », Franka fit un détour par un fleuriste qui se trouvait un peu plus haut dans l’avenue. Cinq minutes plus tard, elle revenait les bras chargés d’un immense bouquet.
Coup d’œil à la fenêtre du troisième étage. Pierre d’un signe de main lui indiqua que l’homme à la valise n’était pas ressorti.
Franka s’avança résolument vers la première porte en verre qui s’effaça sur son passage, se soumit à l’œil inquisiteur de la caméra électronique en agitant de manière ostensible son énorme gerbe de roses. La seconde porte s’ouvrit.
- Mademoiselle ?!
- C’est une livraison de bouquet…
Elle ajouta un sourire comme pour mieux souligner l’évidence.
- Quelle chambre ?
- Je ne sais pas… C’est pour mademoiselle Van der Cruyse…
- Cathy Van der Cruyse ?
- C’est cela oui…
- Vous pouvez déposer le bouquet… On le montera…
- Je suis chargée de le remettre en main propre…
- Je suis désolée… Seuls nos clients ou les personnes attendues sont autorisées à aller au-delà de ce hall.
Franka, toujours aussi diplomate, avait envie de faire avaler à la réceptionniste son allemand suave, à lui faire goûter toute la saveur de la langue de Goethe quand on vous la hurle dessus. Elle fit un effort surhumain pour se maîtriser… Ce qui fut d’autant plus difficile qu’elle avait oublié de tenir compte de ce paramètre sécuritaire dans l’élaboration de son plan.
- Et si quelqu’un m’accompagne ?... Vous comprenez je dois attendre une réponse…
- Attendez là ici…
- S’il vous plait… Nous sommes toutes les deux aux prises avec des directives rigides… On doit pouvoir trouver une solution !... C’est mon patron qui envoie ces fleurs à la demoiselle… Vous imaginez ce qui va se passer quand je vais retourner au bureau… L’interrogatoire… Comment elle était habillée ? Qu’est-ce qu’elle a dit ? Est-ce qu’elle a souri ?... C’est un coup à me faire virer…
La solidarité entre employés était une corde plus sensible que les autres. Les réceptionnistes étaient sans doute sélectionnées en fonction de leur résistance à la corruption… pas sur leur imperméabilité à tout sentiment humain.
- Bon allez-y ! De toute façon, il y a des caméras partout…
- Eh bien, si ça peut vous rassurer, prévenez le PC de sécurité et qu’ils ne me lâchent pas du regard…
- Je les préviens…

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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Sam 22 Mar 2008 - 13:11

Heinrich Lützen s’était réjoui trop tôt. Les deux captives étaient retombées rapidement dans le mutisme. La blonde aux yeux clairs avait été un peu plus loquace mais ce qu’elle avait raconté n’avait aucun sens. Elle avait parlé de fusillade dans un musée, de fuite en voiture, d’un accident, d’une chambre d’hôpital… Tout cela dans un désordre indescriptible. Une cacophonie de mots et d’événements.
Il avait échoué à les faire parler. Tant pis pour elle… et tant pis pour lui ! Il allait se retrouver hors circuit sur cette affaire.
On frappa à la porte.
- Des fleurs, répondit une voix après qu’il eut crié un « qu’est-ce que c’est ? » sonore !
L’agent allemand fit signe à Cathy d’y aller… non sans avoir accompagné son geste d’un regard appuyé sur son arme. Un regard qui valait tous les discours.
Cathy n’était pas du genre à se poser des questions sur l’incongruité de cette livraison. Durant le court trajet qui la mena à la porte de la suite, elle ne cessa de penser :
- Des fleurs ?! Ca c’est une bonne surprise !
En ouvrant la porte, elle se trouva face à un mur de roses multicolores. Elle se retourna vers l’Allemand en s’écriant :
- Elles sont magnifiques !
Comme si elles venaient de lui !...
Franka, qui avait reconnu la voix de Cathy, continuait pourtant à prendre bien soin de ne pas être vue. Que Lucille Romain l’aperçoive et tout était compromis, anéanti, foutu !
- Vous êtes mademoiselle Cathy Van der Cruyse, fille de Claire Van der Cruyse et de Roland de Roncevaux ?
- Oh, c’est maman qui me les envoie !
Là, Franka eut à nouveau une poussée d’adrénaline meurtrière. Cette conne ne comprenait pas… Elle s’était arrêtée au nom de sa mère sans entendre l’autre patronyme…
Lentement, Franka inclina la gerbe de manière à se monter le plus discrètement possible à sa « coéquipière ». Un risque énorme… Cathy pouvait, partie comme elle l’était, se mettre à crier : « Franka, qu’est-ce que tu fous là ? ».
Par miracle (mais était-ce un miracle ou la révélation du double jeu de Cathy), la beauté belge ne pipa mot.
- Il y a un message qui attend une réponse, fit Franka en montrant une enveloppe nichée sur le bouquet.
- Dépêchez-vous, fit Lützen !
- Minute, répondit Cathy ! C’est pas tous les jours qu’on m’envoie des bouquets de roses…
Elle prit l’enveloppe, en tira une carte…
- Si tu es en danger, il y a mon pistolet planqué dans le bouquet !...
Le message était explicite. Cathy hocha la tête.
- Quelle réponse ?
- D’accord !
Quoi d’accord ?
Qu’est-ce que cela voulait dire « d’accord » ?
Franka se trouvait piégée encore une fois par l’inconsistance de Cathy. Elle devait repartir sans savoir de quoi il retournait. Certes, l’aboiement de l’Allemand avait quelque chose de menaçant mais, après tout, ça pouvait aussi être la réaction énervée d’un type qui trouve que les choses durent trop et qui se désespèrent parce que sa maîtresse l’attend dans une autre chambre de l’hôtel en voluptueux déshabillé de dentelles noires.
- Au revoir !
La porte se referma sur le nez de Franka.

* *
*


- Un pétrolier battant pavillon des Bahamas est en train de couler en mer Baltique à quelques encablures des côtes polonaises. Selon les services de la sécurité civile polonaise, ce navire, le « Pétrole Anne », s’est disloqué sans raison valable… La mer était calme, le temps froid mais clément… Il semble cependant que la catastrophe ait été très brutale car aucun des membres de l’équipage n’a été retrouvé et aucun appel à l’aide n’a été intercepté par les gardes-côtes…
D’un doigt souple et expert, le « Petit Malin » éteignit la chaîne haute-fidélité sur laquelle il venait d’écouter le flash d’informations de 11 heures.
- Bien fait pour les Polacks, jeta-t-il à son chien étendu à ses pieds…

* *
*


- Vous allez gentiment poser votre pan-pan par terre…
Face au gros P47, le petit P26 ne pesait pas lourd… et son propriétaire comprit rapidement que toute résistance était aussi illusoire que celle d’un gourmand dans une pâtisserie.
Le P26 rejoignit le profond tapis iranien qui portait courageusement sur ses six mètres carrés le canapé de cuir brun et son fauteuil assorti.
Comment diable avait-elle réussi ce coup-là ?
Si Heinrich Lützen s’interrogeait, Lucille Romain l’accompagnait dans cette symphonie pour deux cerveaux intrigués et stupéfaits. Cathy était revenu de la porte avec son énorme bouquet entre les mains. Lorsqu’elle l’avait déposé sur un joli guéridon en osier tressé, elle avait toujours les mains pleines…
- Aux innocentes les mains pleines, songea Lucille Romain.
Lützen n’avait pas besoin qu’on lui donne des ordres. Il connaissait son code du parfait petit prisonnier et, sur un simple regard vert de Cathy, s’était agenouillé sur le tapis iranien, les mains sur la nuque.
- Alors, le gouvernement allemand a voulu nous empêcher de faire nos petites affaires. Vous savez que vous n’êtes pas les premiers à essayer de nous court-circuiter… Les Français et les Belges s’y sont risqués eux aussi…
- C’est ça l’Europe, fit Cathy !
- Et vous savez ce qui lui est arrivé à l’agent français ? Vous savez où il est à cette heure-ci ?
- A l’heure qu’il est, il doit dormir, poursuivit Cathy…
Par chance, Cathy regardait en direction de Lucille Romain. Elle vit les yeux de la business-woman s’assombrir, son visage se tendre.
Oups ! Elle était en train de dire une connerie…
- Dans un fossé, ajouta-t-elle…
Ouf !
- Vous avez de la chance, enchaîna Lucille Romain… Je préfère que vous restiez en vie pour dire à vos supérieurs la puissance de notre organisation et notre savoir-faire… Vous leur direz aussi que nous avons truffé vos bureaux de personnes qui travaillent pour nous. Ca les occupera un peu…
- C’est impossible ! Vous essayez de nous intoxiquer, protesta l’agent allemand…
- Oh non, intervint Cathy… Ce n’est pas comme ça qu’on est intoxiqué… Moi une année j’avais mangé des moules pas fraîches… Là, j’ai vraiment été intoxiquée… J’ai gerbé pendant trois jours… Ca remuait dans mon…
- Cathy !
La jeune Belge comprit au ton impératif de Lucille Romain qu’elle sortait de son rôle… Elle cessa aussitôt son récit et se donna une contenance en cherchant un vase pour le bouquet de roses.
- Monsieur Schumacher ou Bretzel ou Müller, peu importe d’ailleurs, si nous n’avons pas de bonnes oreilles dans vos services, comment expliquez-vous que cette arme ait subitement débarqué dans cette suite ?
- Vous affirmez que quelqu’un de mon propre service est venu vous apporter ce gros pistolet…
- C’est ce que j’affirme, oui.
Cathy détourna le regard pour dissimuler deux petites larmes.
Franka travaillait donc pour Lucille Romain ?
Elle n’y comprenait plus rien !

* *
*


La table du restaurant était nappée de coton blanc. Deux chandeliers de verre étaient posés de part et d’autre des deux couverts qui attendaient Roland et Claire.
C’était leur petit plaisir du midi. Un resto tranquille dégoté par Claire dans une rue piétonne près du boulevard Enzo Scifo. Un lieu parenthèse où leur amour naissant se perdait à des kilomètres du stress des bureaux du ministère. Il prenait des moules et des frites, elle des frites mais pas de moules… sans doute parce qu’elle se souvenait de l’intoxication alimentaire de Cathy. Il prenait sa main et elle la sienne… Et c’était comme s’ils s’étaient toujours connus.
Pourtant, ce jour-là, ni la nappe blanche, ni les chandeliers de verre, ni l’odeur de friture lourde n’avaient sur de Roncevaux le même effet. Il ne parvenait pas à mettre son travail hors de la parenthèse enchantée de ces lieux. Il y avait trop de faits désormais qu’il ne maîtrisait plus.
- Claire, je vais être franc… Je crois que tu ne m’as pas tout dit de ta vie… Tu m’as livré bien des moments de ton existence… Tu m’as confié des choses qu’une femme ne dit pas, à plus forte raison à un homme qu’elle connaît à peine… Sans doute me fais-tu confiance ? Mais sans doute pas assez encore pour tout me dire…
- De quoi veux-tu que je te parle ?
- Le problème, c’est que je n’en sais fichtre rien… C’est juste une sensation étrange, un truc que Franka a ressenti aussi avec Cathy…
- Ah ! Evidemment ! Franka !... Tout ce qu’elle dit a parole d’évangile pour toi…
C’était la première fois que Claire élevait la voix en sa présence. Il se sentit mal à l’aise et fit un signe d’apaisement…
- Ok, c’est bon ! N’en parlons plus !
- Si, il faut qu’on en parle… Depuis deux jours, tu me regardes bizarrement, tu laisses échapper des soupirs… Tu penses que je te cache quelque chose… Mais quoi ? Que veux-tu que je te cache ?
- Je ne sais pas… Pourquoi ne parles-tu pas davantage de ton ex-mari ?
- Justement parce que ce n’est pas mon ex-mari… Il est parti mais nous ne sommes pas divorcés… Et nous ne le serons sans doute jamais… Là où il est, ça m’étonnerait qu’il revienne un jour pour signer des papiers…
- Et où est-il ?
- Il a laissé entendre qu’il partait s’enfermer avec des bouddhistes dans l’Himalaya… Une retraite spirituelle et définitive.
De Roncevaux se contraignit à regarder sa maîtresse en professionnel. Claire racontait cela tranquillement, la voix posée, les yeux secs. Pas la moindre trace d’émotion ou de nervosité.
Si c’était un mensonge, elle mentait rudement bien.
Car lui ne croyait pas à cette histoire de retraite himalayenne… Un footballeur en tenue orange, c’était un néerlandais… Sûrement pas un bouddhiste !
Non… Appuyé sur son expérience de plus d’un quart de siècle dans la police bruxelloise, il avait une intime conviction…
Une d’entre d’elles avait tué Dirk Van der Cruyse…
Et l’autre la protégeait.

* *
*


- Que fait-on des billets, demanda Cathy ? Même s’ils sont faux…
- On risquerait de se faire prendre… D’ailleurs, c’est sans doute ce qu’ils escomptaient… Au cas où nous serions parties avant même que monsieur ait eu le temps de sortir son artillerie… Je suis sûre qu’il y a même un bip-bip quelque part dans la valise, ajouta Lucille Romain en se tournant vers Heinrich Lützen.
Un battement de paupières un peu trop rapide trahit l’agent allemand.
- J’en étais sûre, poursuivit Lucille Romain… Cathy, enfermez donc monsieur l’espion dans le placard…
D’un geste rapide et alternatif du poignet, Cathy montra à Lützen la direction à suivre. Elle arborait un sourire radieux qui finit de décontenancer l’Allemand.
- J’aurai dû me méfier de vos beaux yeux verts, fit l’agent berlinois…
- On est dans le même camp, souffla Cathy avant de refermer la porte sur Heinrich Lützen.
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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Sam 22 Mar 2008 - 13:13

Chapitre 16
Sans domicile


Dimanche 27 janvier

Après un vol Berlin-Paris sans histoire et sans repas à bord (ce qui avait été plutôt agréable), Lucille Romain et Cathy avaient embarqué dans un TGV pour Montpellier. Elles avaient passé la nuit du samedi au dimanche dans le luxe douillet de l’hôtel « Laurent Blanc » situé boulevard Louis Nicollin. Au matin, une voiture de location était venue les attendre sur le parking de l’hôtel.
Cathy avait pris le volant (on n’imaginait pas Lucille Romain conduire elle-même… il lui fallait un chauffeur !). Comme à chaque fois, elle avait dû effectuer un terrible effort de mémoire pour se rappeler les différentes opérations à effectuer avant le démarrage. Elle n’avait plus la check-list de Clara et, sans qu’elle comprenne bien pourquoi, avait toujours autant de mal à enchaîner correctement les étapes. Cette fois-ci, elle ne songea pas à régler son siège ce qui la contraignit à rouler plusieurs minutes la poitrine écrasée contre son volant.
- On étouffe, fit-elle à sa passagère…
- Reculez votre siège, ma petite, ça ira mieux, répondit Lucille Romain.
La suggestion était fondée mais maladroite. Cathy baissa aussitôt les yeux pour chercher la barre métallique qui libérait le siège de son actuelle position. Se faisant elle appuya franchement sur le volant ce qui libéra les accents furieux du klaxon. Avertisseur sonore fort bienvenu cependant pour inciter deux personnes âgées (forcément, on était dans le sud de la France !) à se garer contre une clôture, Cathy ayant fait monter l’automobile sur un trottoir. Après avoir inscrit trois poubelles à son tableau de chasse, la jeune femme put reculer son siège. Sans le moindre énervement, elle remit la voiture sur la chaussée et se mit à suivre sagement les panneaux bleus qui conduisaient vers l’autoroute.

* *
*


Il n’y avait pas eu pour Franka d’autres solutions que de prendre une chambre à l’hôtel « Laurent Blanc ». Situé en limite de la ville dans un des quartiers à l’architecture mégalomaniaque qui caractérise la métropole languedocienne, l’hôtel n’avait pas de concurrents à proximité.
- Il va être content le capitaine en voyant ma note de frais, avait-elle songé en remplissant la fiche d’inscription.
A vrai dire, elle était à ce moment-là plutôt satisfaite de sa journée du samedi. S’il avait été aisé de suivre Lucille Romain et Cathy dans leurs pérégrinations européennes jusqu’à Berlin, le trajet Berlin-Montpellier avait été plus délicat. En effet, après s’être engagée auprès de Lucille Romain, Cathy lui avait fait passer dans les toilettes d’un hypermarché la liste des futures étapes de sa « patronne ». Le parcours semblait s’arrêter à Berlin et les deux jeunes femmes s’étaient entendues pour se revoir de la même manière ensuite.
La tentative des services allemands avait complètement annihilé ce projet. Lucille et Cathy avaient déguerpi à toute vitesse. Pierre et Franka avaient réussi par miracle à les suivre. Sans un ralentissement du taxi qui emportait les comploteuses vers l’aéroport, ils les auraient perdues. Heureux bouchons ! Ensuite, parvenir à prendre le même avion et le même TGV avait été moins complexe… même s’il fallait absolument veiller à ce que jamais Lucille Romain n’aperçoive Franka, théoriquement larguée quelque part sur la Côte d’Azur, et surtout Pierre prétendument en voyage aller –simple pour le paradis.
Pour éviter de dévoiler leur présence, Pierre et Franka prenaient un copieux petit déjeuner au lit. Il n’était pas tard… A peine 8 heures ! Entre jus d’orange et baisers bien tartinés, le temps s’écoula paisiblement jusqu’au moment où les premières rafales d’un soleil pâle éclaboussèrent la chambre.
- Tu peux tirer le rideau, demanda Franka.
- Seulement le rideau ?...
L’amant, galant et prévenant comme savent l’être les Français lorsqu’ils sautent de jeunes étrangères, rejeta les couvertures et s’approcha de la fenêtre.
- Et merde ! Leur caisse n’est plus là !

* *
*


La secrétaire de la mairie l’attendait à la gare de Béziers. Louisa lui serra la main, geste qui lui sembla incongru dans une profession où on copinait avec tout le monde.
- La rencontre est confirmée ?
- Elles sont en route…
- Où m’amenez-vous ? A la mairie ?
- Vous les prenez pour des amateurs ? Le rendez-vous est fixé dans une école de la ville… dont la directrice, qui occupe un logement de fonction, est actuellement en voyage avec sa classe.
- Et ?...
- Vous ne comprenez pas qu’il n’y aura personne dans l’école…
- Cela je l’ai bien compris… Mais comment faire des photos de la rencontre ?…
- Vous entrerez dans l’école, ne vous en faites pas, fit la secrétaire en brandissant un épais trousseau de clés sous le nez de la journaliste.

* *
*


Il n’y avait plus rien d’autre à faire…
Appeler de Roncevaux.
Reconnaître l’échec de la mission.
Admettre que son propre plan avait failli.
Avouer la disparition de l’argent… et de Cathy.
- Et merde, jura Franka en se redressant sur le lit !
- Tu n’as pas confiance en Cathy ?
- Aucune confiance !
- Attends, c’est pas toi qui t’inquiétais hier quand l’Allemand les avait coincées !
- Ce n’est pas pareil !
- Tu te mens, Franka ! Tu l’adores et c’est ça qui te rend si soupçonneuse. Tu n’arrives pas à comprendre comment toi, si méthodique, si exigeante, tu peux apprécier une fille comme elle.
- Et en ce moment, je me demande surtout comment j’ai pu coucher avec toi… Casse-toi ! Retourne voir tes supérieurs ! Tu leur raconteras une belle histoire sur ta disparition, ton enlèvement, ta captivité… On te réintégrera avec promotion de grade… Et en plus tu n’auras même pas à porter la responsabilité de l’échec de toute cette histoire…
- Mais ?!
- Casse-toi !

* *
*


Cathy et Lucille Romain arrivèrent frigorifiées à Valras. Par inadvertance, la conductrice avait ouvert la capote de la Mégane Cabriolet alors qu’elle fonçait sur l’autoroute… et cette ouverture à grande vitesse semblait avoir bloqué le dispositif. Impossible de refermer le toit de la voiture.
- On va s’arrêter et je vais arranger ça !
- Surtout pas, avait répondu Lucille Romain ! Nous serions en retard et je ne suis jamais en retard.
Elles faillirent quand même manquer l’heure du rendez-vous car Cathy se perdit dans la petite ville en cherchant l’école qui était le but de leur déplacement.
Enfin, tout juste à l’heure, la Mégane s’arrêta sur le parking devant le groupe scolaire Emma Daumas. Garée sur trois places à la fois comme Cathy savait si bien le faire.
- Brrrr, fit celle-ci en ouvrant la portière, il ne fait pas chaud ici !
Lucille Romain avait de véritables envies de meurtre cette fois-ci… Mais elle n’avait plus que Cathy sous la main pour subir ses humeurs, la conduire et parfois la distraire quelque peu par ses remarques ahurissantes. Alors, elle fit une nouvelle fois grâce à sa collaboratrice.
- Restez ici et débloquez-moi la capote… Il est hors de question que nous repartions vers… vers notre nouvelle destination sans avoir un toit au-dessus de la tête.
- Je m’en occupe…
Lucille Romain pénétra dans le hall d’accueil de l’école Emma Daumas. C’était un bâtiment splendide créé par un architecte de renom mais qui n’avait pas sûrement pas vu d’enfants depuis longtemps. Couloirs compliqués, grandes parois vitrées, balconnets donnant sur le vide, escaliers en colimaçon étaient responsables de pleurs et de chutes chez les gosses, de fortes transpirations chez les adultes. Bel édifice mais totalement impropre à son utilisation par de jeunes enfants.
Le maire attendait la représentante d’Herbert U.Com près du distributeur de boissons.
- Coca ou jus d’orange, demanda-t-il ?

* *
*


Louisa, planquée sur un des petits balcons qui dominaient le hall d’entrée, shoota la scène avec son appareil numérique. Elle était bien convaincue que cela ne suffirait pas à convaincre un rédacteur en chef. Il lui fallait bien plus que des images… Il lui fallait du son…
Lorsque le maire et Lucille Romain disparurent vers une salle de classe dans laquelle devait se dérouler leur négociation, elle se précipita dans l’escalier en colimaçon pour les rejoindre.
- Le Pulitzer mérite bien qu’on risque d’y laisser une jambe, pensa-t-elle…

* *
*


Le premier bouton sur lequel Cathy appuya remonta la capote. Elle battit des mains devant ce spectacle. Elle avait réussi du premier coup…
Et maintenant, que devait-elle faire ?
Cathy n’aimait pas attendre… Il fallait que les choses avancent, que le monde défile, que les événements s’enchaînent pour qu’elle n’ait pas l’impression de s’ennuyer. Pour ne pas être tentée de penser à certains souvenirs anciens qui la faisaient souffrir.
Elle fit le tour de la Mégane, ouvrit le coffre pour vérifier que les bagages et le gros sac rempli de billets de banque étaient toujours là.
- Ok, c’est bon… Et maintenant qu’est-ce que je fais ?
Elle pensa qu’elle pouvait aller chercher de l’essence mais elle craignait de s’égarer à nouveau dans la ville. Elle imagina aller prendre un deuxième petit-déjeuner mais le risque était le même.
- Bah ! Je vais entrer me réchauffer dans l’école…

* *
*
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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Sam 22 Mar 2008 - 13:15

- Cet espace est insuffisant pour l’installation que nous envisageons… Il nous faut également celui-ci.
En affaires, Lucille Romain était une tigresse. Elle était venue à ce rendez-vous avec un projet bien défini ; elle ne céderait sur aucun point tant que ses attentes n’auraient pas été comblées.
- Ecoutez, répondit le maire, vous nous aviez déjà demandés cette zone. Je vous ai expliqué que c’était impossible… Vous m’avez menacé de détruire…
- C’est bien ce que nous avons fait…
- Prenez la zone que vous avez incendiée… En front de mer, vous ne pouvez trouver mieux…
- Vous ne comprenez pas, mon cher monsieur, la zone dont vous parlez n’est que le salaire de votre incompétence et de votre indécision. Si vous aviez accepté dès le départ notre demande, vous auriez conservé cet espace intact et vos administrés ne seraient pas aujourd’hui dans le malheur… Mais vous êtes resté inflexible, arc-bouté sur des idées qui se veulent généreuses… mais qui vont vous coûter finalement ces deux espaces…
Le petit magnétophone DAT que Louisa avait glissé dans la classe enregistrait-il vraiment ? La journaliste tremblait qu’un quelconque problème technique vienne faire s’effondrer son scoop. Bon sang ! Elle avait vu juste ! Derrière l’incendie de Valras, il y avait Herbert U.Com.
Lorsqu’elle entendit des pas claquer sur le carrelage multicolore du couloir, Louisa n’eut pas le temps de récupérer l’appareil… Elle se jeta dans l’ombre.
Peine perdue ! Une voix l’apostropha.
- Qu’est-ce que vous faites ici vous ? Vous ne savez pas que c’est dimanche et que les écoles sont fermées le dimanche !

* *
*


Après avoir passé sur Pierre sa frustration, Franka avait eu quelques secondes de profonde satisfaction. Oui, tout était de la faute de ce maudit Français. S’il n’avait pas été là à la tenter par ses diaboliques caresses, elle aurait veillé toute la nuit devant sa fenêtre guettant l’éventuel départ de Cathy et de sa « patronne ». Mais lorsque l’euphorie factice s’était effacée, elle avait dû reconnaître avec lucidité ses propres torts. Et, par un phénomène bien connu de tous les cyclothymiques, elle avait plongé dans un désespoir profond comme une fosse du Pacifique s’accusant de toutes les erreurs, y compris de celles dont seule une destinée contraire pouvait être responsable. Sans fin, les raisons de flipper revenaient dans sa tête tourbillonnant comme la nuée de nuages noirs autour de l’œil d’un cyclone.
C’était sa première mission et ce serait sans doute la dernière.
Des milliers, des millions de gens allaient souffrir suite à la destruction de leurs espaces touristiques préférés, de leurs maisons secondaires, de leurs appartements.
Cathy se retrouvait seule pour finir le boulot… ou pour en tirer un profit maximal si, comme elle le craignait, sa compatriote se débrouillait assez adroitement pour s’enfuir avec le magot.
Et…
Franka n’eut pas le temps de voir réapparaître dans son esprit une autre cause de désespoir. Son téléphone portable se mit à chanter.

* *
*


L’exclamation de Cathy avait, bien évidemment, attiré l’attention du maire et de Lucille Romain.
- Que se passe-t-il, Cathy, interrogea la responsable d’Herbert U.Com ?
- Rien, rien, fit la beauté belge en passant la tête par la porte entrebâillée… C’était une plaisanterie. Continuez !
Louisa considéra avec surprise la jeune femme qui lui faisait face. Elle avait d’abord hurlé contre elle avant de faire comme si elle n’existait pas. Elle était toquée !
Mais la jeune inconnue lui faisait signe de la suivre… Un signe tranquille qui finit d’apaiser les craintes de Louisa. Cette fille était dans son camp !

* *
*


- Franka, je n’en peux plus… Je ne dors plus…
Cette voix éteinte, lasse, épuisée… Etait-il possible que ce fût celle de son père adoptif ? Le brillant capitaine de police Roland de Roncevaux, depuis peu chef des services secrets belges ? Lui si énergique, si sûr de lui ? Lui qui avait été son héros, puis son modèle ? Cet homme dont elle pensait parfois avoir le sang dans les veines ?
Il doutait, il était effondré.
- Qu’y a-t-il ?
- Je l’aime, Franka… Je l’aime à en crever… Et je me le reproche car quelque chose ne colle pas dans ce qu’elle m’a raconté de sa vie… Je l’aime et je crois que je l’aimerais en dépit de tout ce que je pourrais apprendre d’elle. Mais…
- Mais tu as la nausée de toi-même. Tu vois défiler dans ta tête toutes ses erreurs précédentes. Tu songes à démissionner, voire à te tirer une balle dans la tête…
- C’est cela, admit-il.
- Bienvenue au club…
- Pourquoi ? Toi aussi ?...
- Il y a deux heures, j’ai perdu Cathy et le magot… Envolés !

* *
*


- Qui êtes-vous, demanda Cathy une fois que les deux jeunes femmes furent sorties de l’école ?
- Je suis journaliste…
- Pour quel journal ?
- Aucun… Je me suis fait virer il y a quelques jours… Et je veux regagner ma place avec un scoop…
- Vous enquêtez sur quoi ? Sur la sécurité dans les écoles ?
Louisa fut prise de court par cette question sidérante. Elle n’eut pas le temps de rassembler suffisamment ses esprits pour répondre ; déjà Cathy enchaînait :
- Parce que si vous voulez un scoop, je peux vous en apporter un. Regardez ça !
Cathy, ménageant le suspens comme dans une mauvaise série télévisée, ouvrit lentement le coffre.
- Qu’est-ce qu’il y a dans ce sac ?
- Des billets de 500 euros… Des milliers de billets de 500 euros… Ce sont des hôteliers, des restaurateurs qui payent pour que l’espace touristique sur lequel ils travaillent ne soit pas détruit.
- Et vous, qu’est-ce que vous faites là-dedans ?
Cathy se raidit dans une sorte de garde-à-vous pitoyable.
- Services secrets belges…

* *
*


- Alors, vous cédez !
- Est-ce que je peux faire autrement ? Vous seriez bien capables de mettre le feu à la ville entière.
- J’aime bien quand les édiles municipaux sont raisonnables, persifla Lucille Romain… Signez donc ce papier… Si vous veniez à finasser ou à vous dédire, je livrerai ce document à la presse… Adieu fortune, carrière et respectabilité… Bonjour scandale et opprobre… Vous avez quinze jours pour obtenir de votre conseil municipal la cession de ces deux espaces.
Le maire de Valras baissa les yeux sur le papier qu’avait tendu Lucille Romain. Il avait cru pouvoir s’en sortir par sa légendaire ruse politique mais il était coincé par plus fort que lui. Il signa sans lire.
De toutes les façons, il avait perdu.
Il était perdu…
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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Sam 22 Mar 2008 - 13:17

Chapitre 17
Je vous offre


- Vous avez un nouveau message !
Après avoir réconforté de son mieux son père adoptif, ce qui avait pris plus d’une heure, Franka avait entendu la voix numérisée l’avertir. D’un glissement de doigt habile, elle avait basculé sur sa messagerie.
- Bonjour, je m’appelle Louisa Barbosa. Rappelez-moi d’urgence au 06.12.56.45.32…
Franka posa le pouce sur la touche qui permettait d’effacer. Visiblement, c’était une erreur. Elle ne connaissait aucune Louisa Barbosa. Pourtant, elle se ravisa presque aussitôt et réécouta le message.
- Bonjour, je m’appelle Louisa Barbosa. Rappelez-moi d’urgence au 06.12.56.45.32…
Franka mémorisa le numéro, le composa sur son clavier.
- Louisa Barbosa ?
- Elle-même ! Vous êtes Franka ?
Bingo ! C’était bien elle qu’on voulait joindre… L’instinct ne l’avait donc pas entièrement abandonné.
- Je suis Franka… Et vous qui êtes-vous ?
- Vous ne me connaissez pas… Mais vous connaissez très bien la personne qui m’a donné votre numéro…
- Une sorte de grande liane blonde qu’on croirait sortie d’un magazine pour hommes et qui vous file des complexes quant à votre tour de hanches.
- Ca correspond à l’impression que j’ai eue, effectivement.
- Elle vous a laissé un message pour moi ?
- Juste qu’elle devait repartir pour un lieu qu’elle ne connaissait pas encore… Et d’ailleurs, depuis mon appel, elle est effectivement repartie.
- Et vous ne savez pas où elle va ?…
- Non, tout ce que je sais c’est qu’on y va ensemble… Je suis coincée dans le coffre arrière de sa voiture.

* *
*


Roland de Roncevaux avait regagné son domicile le moral regonflé. Le tour qu’il avait effectué au bureau l’avait rassuré sur le sérieux de ses subordonnés et les mots de Franka l’avaient décidé à enfin attaquer de front les zones d’ombre que laissait traîner Claire.
- Qu’as-tu fait de ton mari ?
Il avait attaqué brusquement, quelques secondes après lui avoir piqué deux baisers tendres dans le cou. Sa voix était calme, son ton mesuré.
- Voilà que tu remets ça sur le tapis… Je t’ai déjà répondu, non ?!
- Je ne suis pas convaincu… Ton ex dans l’Himalaya et adepte du bouddhisme, je n’y crois pas… Désolé !
- Alors, que penses-tu ?
- Que tu t’en es débarrassé… ou peut-être Cathy !
Claire ouvrit des yeux énormes. Son amant avait vraiment pété les plombs !
- Moi assassiner Dirk ?! J’ai fait certaines choses dans ma vie dont je ne suis pas vraiment fière, et tu sais bien lesquelles, mais ce que tu envisages là me dépasse complètement… Tu me prends pour qui ?
- Pour une femme qui aime sa fille par-dessus tout… Et qui serait prête à tout pour la protéger si…
- Qu’est-ce que tu insinues ? Que Dirk aurait eu envers Cathy des… Enfin, Roland, tu dérailles !
- Je cherche, Claire… Je cherche… Et plus je cherche, plus je me sens malheureux, désemparé… Alors si tu m’aimes vraiment, si tu es décidée à finir tes jours auprès de moi, je t’en supplie, livre-moi la clé du puzzle, donne-moi les pièces qui manquent… Où est Dirk ?
- Je ne sais pas…
- L’as-tu… ?
- Tué !? Sûrement pas… Et tant que tu y es, raye Cathy de la liste de tes suspects… Elle adorait, et elle adore toujours, son père… Mais disons que oui, j’ai été heureuse qu’il s’en aille… Depuis des années, il s’était lancé dans des combines louches… Je crois même que ça avait commencé quand il jouait au foot… Il se fermait de plus en plus et le contraste était horrible à vivre avec une Cathy de plus en plus fofolle, insouciante des réalités et qui ne voyait pas bien sûr que son père s’enfonçait dans le spleen.
- Et un jour, il est parti…
- Disons qu’il n’est pas revenu… Mais tout cela, tu as dû aller le vérifier dans les archives de la police municipale…
- Oui, confessa-t-il.
- Que crois-tu que je te cache encore ? Des amants que j’aurais pu avoir et qui se serait proposé pour me délivrer de mon mari ?… Après tout, si je me suis donnée à l’inspecteur du permis de conduire, je pourrais bien avoir manigancé le même type de truc pour faire trucider Dirk… C’est bien ça que tu t’es dit, n’est-ce pas ?
- C’est sûr que si tu ne m’avais pas raconté tout ça…
- La vérité, c’est que tu as peur d’avouer qu’une femme belle et intelligente, ça t’angoisse. Est-ce qu’elle n’est pas en train de me manipuler ? Est-ce qu’elle ne me quittera pas pour un autre ? Il doit y en avoir des milliers de questions qui défilent dans ton cerveau si cartésien… Moi, ce que je sais, c’est que je t’offre ma vie désormais, toutes mes minutes sont à toi. Parce que tes doutes, eux-mêmes, sont de superbes preuves d’amour.

* *
*


Franka quitta l’hôtel « Laurent Blanc » le portable collé à l’oreille… Midi approchait à grands pas et déjà toutes les cloches de la ville s’apprêtaient à fournir leur effort maximum.
- Je crois qu’on remonte vers le Nord… D’après mes calculs, on doit être à la hauteur du péage de Saint-Jean-de-Védas…
- C’est où ça, demanda Franka ?
- Au sud de Montpellier…
Franka se frotta mentalement les mains. Elles revenaient vers elle. La chasse pouvait reprendre.

* *
*


Depuis qu’elle avait froidement abattu monsieur Hugues, Olga s’était cachée dans une planque préparée de longue date dans la banlieue de Bruxelles. La malchance voulut qu’au moment où elle voulut la quitter pour regagner la base opérationnelle de l’Organisation, elle tomba sur un couple qui tendrement enlacé partait déjeuner au restaurant.
Elle n’eut aucun mal à les reconnaître.
Eux non plus.
Elle envisagea en quelques dixièmes de secondes plusieurs possibilités : la fuite, la résistance, la reddition. Comme sur une roue de l’infortune, la case « fuite » repassa plusieurs fois mais courir pour aller où. La case « résistance » manqua d’être la bonne mais elle s’était débarrassée de son arme afin de passer plus facilement les contrôles éventuels à la gare… et elle n’avait pas été formée pour le combat à mains nues.
Olga leva les bras. La roue s’était arrêtée sur la case qui allait tout débloquer.

* *
*
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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Sam 22 Mar 2008 - 13:18

La Mégane Cabriolet avait investi la file de gauche de l’autoroute. A grands coups de phares et de klaxon, Cathy dégageait de son chemin tous les lambins qui se traînaient à moins de 160 km/h.
Pendant quelques minutes, Franka avait hésité sur la conduite à tenir. Se trouvait-elle devant ou derrière sa proie ? Elle avait adopté une attitude prudente respectant les limitations de vitesse afin de mieux surveiller son rétroviseur. Quelques éclairs de lumière lui avaient annoncé l’arrivée de Cathy.
- Et maintenant, il s’agit de ne pas se laisser décrocher…

* *
*


- Monsieur, madame Romain nous a signalé son arrivée avec le produit de la collecte.
- Fort bien, Susan… Nous aviserons sur la prochaine opération à déclencher lorsqu’elle aura fait son rapport.
- Elle devrait être ici dans cinq heures. Elle est accompagnée de sa nouvelle secrétaire.
- Bien sûr… Après le désastre du musée, il a fallu qu’elle se singularise à nouveau… Après les jolis minets bien costauds, elle fait dans le lesbien… Vous savez quelque chose de cette fille ?
- Juste son nom… Cathy Van der Cruyse.
Le « Petit malin » laissa tomber son verre de whisky qui explosa sur l’épais tapis d’Iran. Il ne croyait pas au hasard… Mais là…

* *
*


Une aire d’autoroute permit aux deux « demi-sœurs adoptives » de se retrouver face à face pour la première fois depuis plusieurs jours.
Cathy avait demandé à s’arrêter afin de satisfaire un besoin naturel tout en complétant le niveau du réservoir d’essence. Il n’y avait là rien d’un prétexte imaginé pour entrer en contact avec Franka. Si elle avait de son œil d’aigle remarqué la voiture qui s’accrochait tant bien que mal à trois cents mètres derrière sa Mégane, son cerveau avait été incapable d’établir un rapprohement avec une filature discrète de sa compatriote.
- Qu’est-ce que tu fous là, avait donc été le message d’accueil de Cathy à Franka ?!
- Figure-toi que j’essaye d’éviter que tu fasses trop de bêtises… C’est déjà un miracle que tu ne te sois pas fait pincer par les radars… Alors, tu vas me faire le plaisir de ralentir… Pas plus de 130 km/h…
- On se traîne à 130, objecta Cathy…
- Imagine qu’on t’arrête pour excès de vitesse et qu’on te demande d’ouvrir ton coffre…
- Ben quoi mon coffre…
- Il est vide ton coffre ?
- Non, il y a un gros sac et…
- Et quelqu’un qui doit elle aussi avoir besoin de prendre un peu l’air… Alors, tu te dépêches de faire ce que tu as à faire ici, tu convaincs mémère Romain de faire un tour au Pipi-Club et on déménage madame Louisa dans ma voiture… Qui c’est au fait cette Louisa ?
- Une journaliste, je crois…
- Une journaliste ?!
Franka avait parfois de véritables envies de meurtres. S’il y avait bien une engeance à ne pas mêler aux histoires d’espionnages et de complots, c’était bien les journalistes. Mais, à bien y réfléchir, elle ne savait qui elle voulait ôter le plus de la surface de ce monde imparfait : la journaliste ou celle qui l’avait embringuée dans cette histoire.
Elle fit un effort pour tempérer sa colère. Cathy c’était Cathy, on ne pouvait pas attendre d‘elle qu’elle obtienne un prix Nobel !
- Où allez-vous ?
- En Suisse…
- Où ?
- Je ne sais pas exactement… Sans quoi je t’aurais tout dit sur le lieu en question… J’ai lu une encyclopédie de la Suisse un jour…
- Donc, tu sais tout sur tout…
- Oui, fit Cathy avec un petit sourire qui attestait d’une certaine fierté.
- Bon, allez, file ! On se retrouve au pays de Guillaume Tell… Et n’oublie pas…
- Oublier ! Moi ?!... Oublier quoi d’ailleurs ?…
- Ta vitesse, Jacky Ickx !

* *
*


Roland de Roncevaux avait confié Olga aux spécialistes de l’anthropométrie avant de commencer l’interrogatoire.
Un interrogatoire qu’il entendait mener lui-même… et seul à seul avec la femme qui avait assassiné son prédécesseur.
- Tu peux rentrer si tu le veux, ma chérie…
- Non, non, je reste là… Dès que tu sais quelque chose qui pourrait concerner Cathy…
- Cela m’étonnerait qu’Olga sache quelque chose sur Cathy… Mais puisque tu restes là, je te laisse mon portable… Si Franka appelle, tu notes ce qu’elle te dit et je la rappellerai quand j’aurai terminé.
Il était entré sans aucune crainte dans la pièce. Des interrogatoires, il en avait conduit des centaines. Petites frappes, délinquants de tous âges et de tous poils, gros bonnets de la pègre, vedettes de la scène ou de la finances. Des coriaces et des tendres.
Jamais pourtant, il ne s’était trouvé devant une femme qui avant qu’il ait ouvert la bouche lui annonce froidement.
- Je vous offre toutes les clés de l’affaire.
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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Sam 22 Mar 2008 - 13:20

Chapitre 18
J’avais oublié que les roses sont roses


Pendant près de quatre heures, Lucille Romain avait dû supporter la compilation live des plus grands succès de Salvatore Adamo que Cathy avait achetée au cours de leur arrêt sur l’aire de repos. Comme pour finir d’accroître sa souffrance (elle ne jurait que par la musique sérielle et la dodécaphonie), la dirigeante d’Herbert U.Com avait dû subir le ralentissement de leur progression autoroutière.
- Il paraît qu’il y a des radars, avait expliqué Cathy tout en montrant d’un air entendu le coffre.
L’arrivée sur les hauteurs dominant la ville de Lausanne avait sonné la fin du récital ininterrompu du chanteur belge à la politesse plus que légendaire (« merci… bonsoir… merci… » pendant six cents kilomètres).
C’était un chalet immense installé à flanc de montagne.
- C’est ici que tout se décide, demanda Cathy ?
- Oui… C’est le repère du Petit Malin…
- Vous venez souvent ?
- C’est ma troisième visite…
- Je croyais que…
- Il ne faut pas croire tout ce que je raconte, ma petite Cathy… Par exemple, il ne fallait surtout pas croire que j’avais confiance en vous. Ce chalet sera votre tombeau.
Cathy fit un geste vers Lucille Romain.
- Et n’essayez pas une de vos entourloupes…
Dans la main de la quinquagénaire, un petit pistolet Georges Beretta brillait sous la lune pâle d’une nuit de glace.

* *
*


Olga était intarissable.
Et plus elle parlait, plus Roland de Roncevaux voyait clair dans l’attitude de tous les protagonistes de l’affaire.
Tout s’imbriquait parfaitement.
Tout avait été prévu pour réussir.
Tout avait été conçu par un esprit supérieur.
Un véritable « Petit malin ».
Il n’y avait qu’un grain de sable pour faire dérailler une si belle mécanique.
Ce grain de sable s’appelait Cathy Van der Cruyse.

* *
*


- Cathy ! Cathy Van der Cruyse ! Autant vous dire que votre arrivée en ces lieux est ce que je pourrais appeler une sacrée mauvaise surprise.
- On se connaît, répliqua Cathy ?
Le visage de cet homme sec ne lui disait rien. Un type insignifiant à la blondeur de paille, sans autre trait remarquable qu’un grain de beauté niché près de la lèvre supérieure.
- Nous nous sommes croisés alors que vous n’aviez même pas six ans, Cathy !
Lucille Romain essayait elle aussi de comprendre. Ce qu’elle avait très vite saisi c’était le mécontentement du boss qui ne l’avait pas salué avec son habituel « salut mémère » (qu’elle détestait bien sûr) mais d’un simple signe de tête. Elle craignait de comprendre. Cathy était persona non grata au chalet et le « Petit Malin » n’était pas du genre à pardonner à ceux qui dressaient des obstacles sur sa route.
Alors la mémoire de Cathy fouilla à travers le temps, à travers ces milliers de visages qu’elle avait croisés, mémorisés mais dont elle était la plupart du temps incapable d’associer à un nom.
- Le psy !
- Oui, le psy ! Raymond Leverrier, psychologue conseil auprès du ministère de l’Education…
- C’est vous qui m’avez trouvé un QI de 40…
- Oui…
- Eh bien, monsieur, on peut dire que vous aviez vu juste, intervint Lucille Romain.
- Croyez-vous… On m’amène une enfant qu’on dit brillante, dotée d’une fabuleuse mémoire… Et je découvre avec une singulière jubilation que c’est la fille de l’homme qui m’a fait perdre une fortune. Monsieur le père de mademoiselle était joueur de football et moi je jouais… Je pariais sur le résultat des matchs. Un soir, j’ai misé une grosse somme sur le résultat d’un match de qualification pour le championnat d’Europe… La Belgique recevait la Pologne… La Belgique devait l’emporter 100 fois… Et sur la première action du match, le père de mademoiselle n’a rien trouvé de mieux que se faire expulser. A 10 contre 11, la Belgique a perdu… et moi aussi, j’ai perdu… J’ai perdu beaucoup… Six mois plus tard, qui vois-je arriver devant moi. Une petite fille ravissante et délicieuse. Une intelligence pure. Une mémoire fabuleuse. La fille de ce maudit défenseur Dirk Van der Cruyse et d’une ancienne miss Belgique. Alors, je me suis vengé…
- Vengé ?
- Oui, Cathy… Vous n’avez jamais eu un QI de 40… Quelqu’un qui sait redonner une structuration mentale à une personne est tout autant capable d’en déstructurer une autre. C’est ce que j’ai fait. J’ai réussi à vous persuader, vous d’abord, vos parents ensuite, que vous étiez une conne finie, quasiment un légume.
- Mais elle est…
- Taisez-vous, mémère ! C’est une affaire qui ne vous regarde pas, qui ne vous regarde plus…
Une détonation soudaine mit fin à l’existence terrestre de Lucille Romain.
- J’ai eu ma vengeance, continua Leverrier… et le temps a passé. J’ai commencé à échafauder des projets grandioses. Je n’avais rien mais j’ai inventé Herbert Ugrant, financier américain, identité qui me permettait d’obtenir des prêts ici ou là. J’ai fondé ma chaîne hôtelière il y a trois ans… Une chaîne dont chaque hôtel porte le nom d’un grand joueur de football s’étant illustré dans la ville… Et comme le hasard est capricieux, vous savez qui m’a donné cette idée ?…
- Non ! A vrai dire, je m’en fiche…
- Vous avez tort, Cathy ! C’est votre père qui m’a apporté le concept… On ne s’est pas perdu de vue après que je vous ai expertisée… Il a plongé dans les paris clandestins lui aussi, a claqué des sommes folles et a fini par devenir mon débiteur. Il y a trois ans, il est parti de chez vous pour me rejoindre.
- Mon père est ici, s’écria Cathy ?!
- Oui… Malheureusement, dans le même état que miss Romain…
Un bourdonnement d’interphone résonna. Une voix neutre à l’accent suisse traînant lâcha deux mots :
- Une folle !
Puis il y eut un silence… et une voix à l’intonation claire et énergique.
- Ne touchez pas à un cheveu de Cathy… Qui que vous soyez !
Avant que le « Petit Malin » ait eu le temps de saisir ce qui arrivait, Cathy avait lancé un fauteuil à travers la grande baie vitrée qui menait sur le large balcon et s’était jetée dans le vide.

* *
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MessageSujet: Re: Roman : Un mur a forcément deux côtés   Sam 22 Mar 2008 - 13:20

Mardi 29 janvier

Le ministre des Armées n’accueillait que rarement quatre personnes à la fois dans son bureau. Mais que trois des quatre sièges installés devant lui soient occupés par des femmes étaient une première.
- Colonel de Roncevaux, la manière dont cette mission a été menée n’a pas été franchement très orthodoxe.
- En effet, monsieur le ministre et…
- Mais le résultat en a été très positif. Un de nos concitoyens s’était mise en tête de rançonner la planète… De telles exactions étaient de nature à ternir notre image en même temps que créer une situation de chaos économique à l’échelle mondiale… Vos efforts, mesdemoiselles, auront été heureusement couronnés de succès. L’homme est hors d’état de nuire et son empire financier de carton pâte s’est effondré.
- Merci monsieur le ministre, fit Franka que personne n’avait réussi à dissuader de garder son jean et son blouson pour cette réception.
- Merci monsieur, renchérit Cathy dont le pantalon de vinyle rouge jurait tout autant au milieu des lambris dorés du bureau ministériel.
- Mademoiselle Van der Cruyse, si j’ai bien tout compris, vous cherchiez un emploi au début de toute cette affaire.
- Oui, monsieur… En fait, je voulais aider la Belgique à recruter des soldats pour notre armée et…
- Oubliez cela… J’ai signé ce matin les documents officiels qui vous incorporent avec le grade de lieutenant au sein de nos services secrets.
Franka, qui se sentait mal à l’aise dans ce décor trop pompeux pour elle, releva brusquement la tête pour fusiller le ministre du regard. Cathy, agent secret ?! Et quoi encore ?
- Il va de soit que nos services psychiatriques auront pour mission de rendre à cette jeune personne tout son potentiel intellectuel… Quant à vous, mademoiselle Ramis, nous vous intégrons dans ces mêmes services pour lesquels vous n’étiez alors que stagiaire avec le même grade de lieutenant.
Franka rebaissa la tête. Elle était récompensée et en même temps humiliée. On donnait à cette conne de Cathy le même grade qu’elle.
- Enfin, il y a un problème que j’aimerai résoudre avec vous. Les différentes chancelleries européennes se font pressantes auprès de nos diplomates… Où sont les milliards d’euros qu’avait collecté le « Petit Malin » ?
Franka écarta les bras en signe d’ignorance. Cathy prit la parole.
- J’ai cru comprendre, fit-elle, que tout a été versé à une œuvre humanitaire.
- Versé ?! Par qui ?
- Par une journaliste qui a découvert toute l’affaire, s’est emparé du magot et l’a fait parvenir à « Afrique sans richesses ».
- Et vous ne pouviez pas l’empêcher ?
- C’était cela ou elle racontait tout, expliqua Franka…
- Ah, je vois ! Et…
- Non, on ne pouvait pas l’empêcher de parler, intervint de Roncevaux. C’est elle qui a permis la réussite de cette mission…
- Et elle n’a rien obtenu en échange de son aide ?…
- Un poste de rédactrice dans un grand quotidien bruxellois…
Le ministre poussa un long soupir. Il repensait à une vieille expression de son Brabant natal : « Un mur a forcément deux côtés ». Pour lui, cela s’appliquait bien à la situation. La victoire avait un goût amer. D’un côté, le succès. De l’autre, les terribles compromis qu’avait nécessité la situation. Oui, c’était bien ça… Deux côtés…
On frappa à la porte. Sans attendre, un huissier entra. Affolé.
- Monsieur le ministre, monsieur le ministre… Trois avions radiocommandés viennent de s’écraser contre le Manneken Pis…

FIN
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