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 Roman : 12 histoires de dieux : Apollon

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MBS

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MessageSujet: Roman : 12 histoires de dieux : Apollon   Ven 2 Nov 2007 - 17:34

1 – Apollon


Son char traverse les nuées sans se soucier des dégâts qu’il peut provoquer. Qui d’autre que lui de toute façon peut ainsi tracter dans son sillage la longue boule de feu du soleil ? Qu’on vienne à l’arrêter et ce sont les plantes qui gèlent, les animaux qui s’endorment, les hommes qui meurent !
Et puis, de toute façon, il ferait beau voir à ce que quelqu’un se mette sur son chemin.
Nom de Zeus, c’est quand même lui Apollon ! Le bel Apollon ! Celui qui fait pâmer les vierges et étourdit les nymphes.
Lentement, le char rejoint sa base sur le mont Olympe. L’approche est délicate mais depuis le temps qu’il effectue le même trajet chaque jour, ou presque, il est rodé… et ses quatre fringants coursiers célestes tout autant que lui. Certes, parfois, il regimbe à prendre son envol, il a trouvé plus intéressant à faire : une accorte divinité à lutiner, une querelle à vider avec cette maudite Athéna, une nouvelle œuvre d’art à écouter ou à contempler. Alors, le soleil ne se lève pas, ne monte point dans le ciel et ne vient pas mourir dans un panache orangé sur la mer. Pour cacher sa forfaiture, Zeus, qui en dépit des nombreuses querelles qui les opposent l’adore, étend un voile gris et pudique sur le ciel.
- Demain, je ne me lève pas… Qu’on se le dise ! Si vous aviez prévu d’aller vous promener parmi les humains, couvrez-vous… Le temps sera frais.
- Qu’as-tu l’intention de faire cette nuit, Apollon, questionne Hermès qui revient lui aussi d’assurer une mission le long des chemins méditerranéens ?
- Crois-tu que je vais te livrer mes petits secrets, Hermès ? Avec ta manie de courir les routes pour secourir les voyageurs, tu répands les nouvelles, fausses ou exactes, comme une traînée de poudre. Donc, s’il y a bien quelqu’un qui ne doit pas savoir pourquoi je ne me lèverai pas demain, c’est bien toi.
Mercure se le tient pour dit et s’éloigne.
- Articlès ! Articlès !
- Oui, noble divinité !
- Articlès, j’aimerais que tu vérifies la tenue de ciel de mon char… Par moment, il y a du tangage. Par moment, il y a du roulis… C’est très désagréable… Et que tout soit prêt demain matin.
- Il me semblait avoir compris que demain vous ne sortiez pas…
- C’est ce que j’ai dit… mais on ne sait jamais. Si jamais cette petite Arséa n’était pas à la hauteur de mes attentes…
Apollon, sans un regard pour son charagiste, s’éloigne. Arséa occupe son esprit depuis qu’il l’a vue se baigner, nue, dans un ruisseau aimable dans la campagne athénienne. Ce jour-là (mais qui s’en est rendu compte ?), le soleil s’est mis à stagner dans le ciel… Pas longtemps… Juste le temps pour le dieu voyeur de se convaincre qu’il fallait que celle-ci soit sienne… Comme tant d’autres avant elle… et comme bien d’autres après. La tâche répétitive et monotone qu’il exerce dans le ciel, cette immortalité épuisante de routine sont à ses yeux d’excellentes justifications à ce besoin immodéré d’aventures humaines.
Articlès regarde tristement le dieu solaire disparaître au loin. Pourquoi a-t-il fallu qu’il prononce le nom de celle qu’il va aller séduire et conquérir demain ? Des Arséa, pour lui, il n’y en a qu’une. La jeune fille près de qui il a grandi, celle qui a dû demeurer inconsolable quand il est parti pour affronter la marine perse, celle qui a versé toutes les larmes de son corps en apprenant sa mort au combat.
Qu’a-t-il donc fait pour être ainsi repêché sur la rive du Styx et envoyé sur l’Olympe, anonyme projeté par les dieux ? Il suppose qu’Athéna est derrière tout cela. Elle seule avait la force et la ruse nécessaire pour introduire un Athénien, autrement dit un citoyen qui a pour elle la plus extrême vénération, dans le proche entourage de son frère ennemi, Apollon à l’arc d’argent. Oh, il sait bien qu’il n’est qu’une divinité de pacotille, un rien du tout sur l’Olympe ! Il est de ceux qu’on ne connaît pas, qu’on ne regarde pas. Il n’a aucun pouvoir, aucune prérogative particulière si ce n’est prendre soin des montures fringantes et du char d’Apollon.
Pourtant, s’il est un moins que rien dans le doux séjour olympien, il n’a pas pour autant abdiqué ses rêves. Ce qu’un dieu a fait, un dieu peut le défaire. Renaître à la vie, redescendre jusqu’à Athènes, retrouver Arsaé sa tendre aimée.
Mais, quel que soit son courage et sa témérité, comment pourrait-il prétendre lutter avec un dieu pour la belle Arsaé ?


Dernière édition par le Ven 2 Nov 2007 - 17:36, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Roman : 12 histoires de dieux : Apollon   Ven 2 Nov 2007 - 17:35

Quand un dieu descend parmi les hommes, il n’a aucun mal à leur ressembler puisqu’il est fait tout comme eux. Pourtant, dans le regard, dans la voix, dans la prestance, il y a mille indices du caractère divin. Mais qui s’attarde à ces détails ?
Apollon s’est projeté directement en Attique, apparaissant subitement au milieu d’un troupeau de chèvres. Pas n’importe quel troupeau ! Celui que la belle Arsaé est en train de rassembler avant que la nuit n’ait fini de s’étendre sur la Terre.
La voilà qui s’approche. Il peut enfin la voir de plus près. De longs cheveux noirs comme ces bois qu’il a vu dans les forêts d’Afrique, de grands yeux clairs comme l’eau des cascades des montagnes qui verrouillent le monde grec vers l’Occident. Une silhouette fine animée d’une grâce légère. Des mains blanches, une chair souple, un parfum doux. Apollon regarde, hume, touche sans qu’Arsaé ne se trouble, sans qu’Arsaé ne le remarque. Dans le troupeau, il est une chèvre comme les autres… ou presque. Son poil luisant brille légèrement sous la lune naissante, ses yeux noirs sont pailletés d’or, son bêlement ébranle la terre et écarte de sa route les autres animaux.
Il reste collé contre elle, frotte son poil d’argent contre les jambes fuselées d’Arsaé.
- Tu es bien amicale, toi, fait la jeune fille.
Quel âge a-t-elle ?
Le problème quand on est immortel, c’est qu’on n’a aucune idée du temps qui passe, qu’on ne sait pas maîtriser ces petits signes que Chronos vous pose sur les mains, sur le visage et souvent aussi dans le cœur. Tout ce qu’il ressent, c’est cette fraîcheur, cette légèreté, cette insouciance que viennent tempérer parfois de longs et douloureux soupirs.
Serait-elle amoureuse ? Ou triste ? Ou nostalgique ?
Peut-elle qu’elle l’attend ?

Apollon se laisse enfermer dans l’enclos avec les autres chèvres. Celles-ci, même dans cet espace réduit, se tiennent à distance du dieu. Autour de la chèvre argentée se dessine un cercle parfait qui repousse à la périphérie du petit parc toutes les chèvres à robe blanche.
- Encore toi ?! Tu n’es pas dans l’enclos avec les autres ?
Arsaé a senti contre ses jambes la petite barbichette. Elle attrape la chevrette par la peau du cou et essaye de lui faire accomplir un demi-tour. Peine perdue ! L’animal semble avoir enfoncé ses sabots luisants aussi profondément dans la terre que les racines d’un arbre centenaire…
- Veux-tu venir ?... Ah ! Voilà qui enfin est plus raisonnable !
Apollon aimerait connaître la douleur afin de pouvoir percevoir la rudesse des gestes d’Arsaé, ses petits coups de trique sur ses fesses. Il se contente de la douceur de sa main sur son encolure. Lorsqu’elle le force à pénétrer à nouveau dans l’enclos, le troupeau s’ouvre à nouveau devant lui pour lui livrer passage.
- C’est extraordinaire, se dit Arsaé… On dirait qu’elles la respectent…
Mais la faim la poursuit et elle ne reste pas à s’interroger sur le prodige dont elle vient d’être l’unique témoin. Il lui faut encore regagner la maison. Soudain, elle sent une présence à son côté. Un animal qui trotte paisiblement.
- Toi !
- Oui, moi…
Arsaé se prend la tête entre les mains. Une chèvre qui parle !
Et quelle voix ! Puissante, profonde, faisant rouler les échos de la terre, allumant des nuées rougeoyantes dans la nuit.
Sous ses yeux ébahis, la chèvre s’enveloppe d’une lumière scintillante comme le jour. Elle disparaît en milles particules brillantes qui virevoltent et finalement se reconstituent sous la forme d’un superbe éphèbe à la peau cuivrée.
- Qui êtes-vous ?
Peut-elle en douter ? Une seule race d’êtres est capable d’accomplir de tels prodiges… Un dieu !
- Mais je suis Apollon, belle Arsaé…
Et comme pour confirmer cette présentation, le dieu pince trois cordes de sa lyre pour en tirer un accord mélodieux et envoûtant.
Tous les sens d’Arsaé s’en trouvent emprisonnés. Son libre jugement s’amenuise. Son cœur palpite comme marqué au fer rouge. Une puissante force la pousse vers la divinité. Elle ne peut que lui appartenir. Etre à lui jusqu’au matin, jusqu’au moment où il partira à nouveau entraîner le soleil dans sa course diurne.
Sans que ses membres n’esquissent la moindre réaction de défense, elle sent les mains d’Apollon qui courent sur son corps. Impossible de courir. Impossible de crier. Seuls ses yeux lui appartiennent encore. Deux grosses larmes mouillent son regard.
Elle sait comment finissent les conquêtes d’Apollon. Métamorphosées selon son humeur en animal au pelage immaculé, en rocher ou en étoile à jamais perdue.
- Tu es plus désirable que ces maudites muses qui s’entêtent à me tourner autour depuis des siècles. J’aime tes cheveux, ta peau souple, ta carnation délicate…
La bergère pétrifiée se résigne. Plus rien ne pourra la sauver… Si seulement Articlès n’avait pas donné sa vie pour Athènes… Elle n’aura même pas la chance de le retrouver de l’autre côté du Styx. Apollon la rendra immortelle pour pouvoir la retrouver quand bon lui semblera.
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MessageSujet: Re: Roman : 12 histoires de dieux : Apollon   Ven 2 Nov 2007 - 17:35

De l’horizon noyé sous les nuages noirs, jaillit tout d’un coup une boule de feu qui égratigne de ses griffes la nuit. Des marques rouges, oranges, violettes s’étirent sous la grande voûte stellaire. Déjà, les étoiles disparaissent comme aveuglées par la supériorité de l’astre solaire.
Le rugissement d’Apollon ébranle l’éther, réveille les hommes, fait pleurer les petits enfants dans leur sommeil.
- Qui a osé prendre les rênes de mon char ?
Oubliant complètement Arsaé, il se propulse dans les airs. Son cri n’est pas encore parvenu au sommet de l’Olympe qu’il s’y affaire déjà, bousculant tout sur son passage jusqu’au lieu sacré où dorment ses chevaux ailés.
- Articlès ! Articlès ! Où est-il donc cet âne ?
- Il conduit ton char à travers le ciel, lui répond Nyx furieuse d’avoir vu s’interrompre son œuvre apaisante.
Apollon repart plus vite qu’une flèche décochée de son arc d’argent, efface en quelques instants la distance qui le sépare d’Articlès et surgit près de lui sur le char.
- Quelle excuse vas-tu avancer pour justifier ton incroyable forfait ?
- Je n’ai fait que suivre vos ordres, grand maître. Je vérifiais la stabilité de votre attelage.
- Tu vas pouvoir vérifier cela de plus près encore.
Brusquement, la nacelle du char est secouée en tous sens. Articlès a beau s’agripper aux rênes, il saute de droite à gauche, d’avant en arrière quand Apollon demeure stoïque et immobile. Un soubresaut plus violent que les autres, une rude ruade le jette par-dessus bord.
Il tombe, traversant des nuages, effrayant les oiseaux qu’il détourne de leur route.
Il tombe mais sans jamais s’écraser au sol. Celui-ci demeure toujours à la même distance. Il se rappelle alors qu’il est déjà mort et que les lois humaines ne s’appliquent plus à lui. C’est un châtiment divin qu’on lui offre, une punition pour l’éternité. Tel Prométhée dont le foie est, jour après jour, dévoré par un aigle, il tombe sans fin.
- Me diras-tu pourquoi ? Pourquoi toi qui semblais si compétent et dévoué, tu as osé enfreindre une des lois sacrées de l’Olympe ?
Articlès continue à tomber mais il ne distingue plus le sol. Apollon a ramené le char sur l’Olympe, la nuit est retombée sur la Terre. Sans repères, il ne sait plus finalement s’il continue à chuter ou s’il monte sur le dos vers les nuées muettes.
- J’ai voulu protéger…
- Protéger qui ?
- C’est une idée qui s’est imposée à moi…
- Une idée ?! Toi ?!
- Je reconnais que j’ai agi comme poussé par une force supérieure…
Le visage d’Apollon tourbillonne autour d’Articlès qui ne se soucie plus de sa chute. Il ne craint que la vengeance de la divinité. Elle est inéluctable. Quelles que soient ses raisons, il a conscience qu’elles ne seront jamais acceptables par le fier et orgueilleux Apollon.
- Une force supérieure, une inspiration… Athéna t’est-elle apparue ?
- Point, seigneur !
- C’est qu’elle n’en avait pas besoin… Qui voulais-tu protéger ?
- La femme que j’aime… Arsaé…
- Arsaé !
Apollon disparaît du ciel. Son rire résonne encore dans l’éther lorsque, soudain, Articlès s’écrase au sol.
Choc violent mais sans conséquence apparente. Articlès entend le vent qui hurle, sent sous son menton l’herbe qui se couvre de rosée… Pourtant, il comprend en voulant se relever qu’il est prisonnier du sol.
Soudain, près de lui, une lumière faible se lève. Un corps s’illumine. Il reconnaît Arsaé… Est-ce un rêve, un sortilège, la cruelle punition d’Apollon ? Elle est là, pâle mais belle comme une statue de Phidias, à quelques pas… Mais inaccessible…
Le voit-elle ?
Il l’appelle.
Elle ne bouge pas, paraît elle aussi figée, prisonnière de la terre.
La lumière devient de plus en plus aveuglante. Elle tourbillonne comme secouée par le vent qui souffle par foucades.
Il hurle encore le prénom de sa bien aimée. A s’en brûler la gorge, à s’en faire exploser la poitrine.
La voilà qui doucement s’élève, portée par l’air, tirée vers les cieux par d’invisibles forces. Elle monte, monte, gravit les marches d’un escalier imaginaire. Sa course s’accélère. Elle n’est plus qu’une tâche, un point, une infime tête d’épingle plantée dans le velours de la nuit.
- Ma ruse te fut-elle profitable, Articlès ?
- Qui parle ?
- Celle qui protège toujours les citoyens d’Athènes lorsque les dieux étendent sur eux une injuste vengeance.
- Es-tu bien la divine Athéna, divinité protectrice de ma cité ?
- Je suis bien Athéna… Celle qui t’a inspiré cette folie, qui t’a mené jusqu’au char solaire d’Apollon, t’a mis les guides en mains et t’a propulsé dans le ciel…
- Celle qui a fait mon malheur… J’ai perdu Arsaé !
- Tu l’aurais perdue de toutes les manières. Tu sais qu’Apollon s’en serait amusé une nuit et l’aurait ensuite métamorphosée, la rendant à tout jamais inaccessible aux autres que lui…
- N’est-ce point ce qu’il a fait ?
- Non, il n’a rien obtenu d’elle… Et c’est autant pour se venger de toi que pour se venger d’elle qu’il l’a conduite au milieu du ciel lointain où elle brille désormais à l’égal d’une étoile. Si tu n’avais pas suivi mon inspiration, elle n’aurait pas gardé sa virginité et je n’aurais rien pu faire pour elle… et pour toi.
- Que comptes-tu faire, divine Athéna ? Peux-tu me la rendre ?
- Attends, Articlès ! Attends et tu verras…

Au petit matin, quand l’aube paresseuse s’étira sur la campagne athénienen, une nouvelle étoile brillait au firmament. Elle avait rejoint les doux parages d’un astre qui, hier encore, n’existait pas sous la voûte céleste. Ces deux points dans le néant de la nuit paraissaient tout proches, presque confondus. Lorsque le soleil commença sa course circulaire, ils effectuèrent un mouvement étrange, s’éloignèrent mais sans jamais se perdre de vue.
Au-delà des planètes et des constellations, dans le vide froid des abysses du ciel, Articlès et Arsaé, en l’absence du regard flamboyant d’Apollon, pouvaient enfin s’aimer
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