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 Nouvelle : Petit traité d’ornithomancie.

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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Nouvelle : Petit traité d’ornithomancie.   Mer 14 Nov 2007 - 23:47

Petit traité d’ornithomancie.




De par leur position élevée, les oiseaux détiennent sur les hommes un point de vue particulier. Habitants du ciel, ils survolent et dédaignent les dédales où s’entremêlent nos laborieuses destinées. Leurs flâneries aériennes ne se perdent jamais dans nos labyrinthes terrestres. En aucun cas, ils ne se trompent sur leurs destinations que celles-ci soient l’autre bout du monde ou un simple moucheron. Pourtant, ils ne possèdent en rien notre prodigieuse intelligence capable de nous faire contourner les épreuves, déjouer les embûches qui piègent si souvent nos vies. La conduite de détour leur est inconnu mais, ils n’en ont guère besoin : d’obstacles, ils ne s’en connaissent pas. Ils volent, libres dans l’azur infini et quand enfin ils se posent sur une quelconque cime, c’est encore pour nous surpasser par l’édification, sans plans, de nids fort complexes. Ainsi, qu’ils soient nomades ou sédentaires, ils se montrent à nous toujours supérieurs, voire pour quelques rapaces, désagréablement hautains.

Bien sûr, pour leur rabattre le caquet, nous avons depuis longtemps inventé le leurre, la glu, le filet. Parfois, pour satisfaire nos appétits ils s’y laissent prendre, mais bien souvent nos miroirs aux alouettes ne reflètent que notre propre vanité, car, ces gentils passereaux préfèrent pousser la ritournelle pour distraire chez leurs prédateurs tant de cruautés. C’est que, à la différence des hommes, les oiseaux sont innocents. Littéralement. Des anges. Alors, même si nous nous défendons encore de prendre les canards sauvages pour des enfants du Bon Dieu, bien souvent nous le leur donnons sans confession tout en sachant qu’ils préfèrent plus communément, communier avec les éléments en se nourrissant d’insectes travailleurs, de graines porteuses de vie, de charognes pestilentielles porteuses d’effroi. Leurs regards si pointilleux se portent sur tout cela, sur nos cheminements, nos errances sans le moindre scrupule car que vienne pour nous le triste temps, la pluie elle-même perle sur leurs plumes comme si, les émotions météorologiques ne les affectaient pas. Maîtres de l’espace, le temps ne semblent avoir sur eux aucune prise quand ils se jouent d’un seul coup d’aile, des plus terribles climats.

Or de nos jours, aux yeux des hommes, leur point de vue a perdu de son importance. Aujourd’hui, les gens se pensent savants. Ils connaissent les choses par la lorgnette de leurs techniques sophistiquées, par la complexité de leurs modèles théoriques, et aussi beaucoup par leur suffisance. Aussi, dédaignent-ils la clairvoyance de leurs amis à plumes dont les nombreux présages ne sont plus perçus. Infatigables messagers, ceux-ci persévèrent pourtant dans leur mission de renseignements sur tout ce qui devrait nous advenir.





Le ciel et la terre sont des espaces séparés. Dans l’un règnent les dieux, dans l’autre, rampent les humains. Cette séparation s’opère lors des sacrifices qui délimitent rituellement et de façon répétitive le domaine divin du champ des mortels. Celui qui voudrait nier ce partage se comporterait en héros mais subirait à jamais le courroux des dieux. Ainsi Prométhée, sensible aux affres de ses contemporains, violant cette frontière, n’hésita pas à dérober pour eux le feu. Il ne récolta que la foudre de Zeus qui par colère l’enchaîna au mont Caucase où quotidiennement un aigle venait lui dévorer le foie.
Le foie, c’est le siège de l’âme, là où chimiquement tout se traite, tout se prédispose, le bon comme le mauvais. Il faut savoir y lire dans les tâches, dans les veinules qui font le paysage de sa superficie, le sort qui s’y écrit, la maladie de son hôte, les tourments qui s’y dessinent aussi bien que la géographie des jours à venir : l’oracle contenu dans ce viscère. Ouvrir les corps, savoir séparer du cadavre son existence, c’est à la fois un sacrifice et en négatif une autopsie.

Dès 1915, nous nous étions enlisés dans une guerre de position. Tout cela s’enterrait désormais dans les tranchées de la Somme, abris illusoires face au déluge de feu. Seul encore à oser se déplacer, l’ypérite rampait jusqu’à nous dans ces venelles boueuses comme le plus hypocrite des serpents, invisible mais tenace car sachant pertinemment que sous nos masques nous ne pouvions respirer. C’est le caporal-chef Guillemot, un gars des Côtes du Nord, à qui j’offrais généreusement mes rations de gris, qui en émit le premier l’idée…
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Nouvelle : Petit traité d’ornithomancie.   Lun 19 Nov 2007 - 19:32

Notre section qui était alors aux avant-postes avait perçu outre un lot impressionnant de cartouches, trois pigeons voyageurs dûment matriculés. De beaux ramiers bien dodus que j’avais charge de nourrir grâce à la copieuse ration de céréales qui leur avait été dévolue pour cette mission dans l’enfer de nos lignes. Ils étaient bien mieux ravitaillés que nous. Pour l’état-major, un pigeon étant plus précieux qu’un fantassin ; eux seuls pouvant informer précisément nos généraux sur le temps que nous allions tenir. En effet, leurs vols dans cette mitraille demeuraient plus fiables que le téléphone dont le fil se trouvait régulièrement coupé par d’incessants bombardements. Le lieutenant espérait toujours qu’à force de chutes d’obus, d’explosions sur le chemin de notre retraite, notre câble finirait un jour par être recouvert de gravats. Là, enseveli sous terre, il serait à l’abri tout comme nous. Il est vrai que, depuis plusieurs nuits, l’artillerie allemande labourait tant nos parcelles si fraîchement conquises qu’elle aurait fini par lui donner raison. Mais, celle-ci, (sa raison) s’était également mise à fuir de son esprit aussi bien que des nôtres. Des facultés, déjà nous n’en avions plus guère et c’est sans doute pour cela qu’il venait d’être placé à notre tête, lui qui dans le civil les fréquentait dans l’espoir de parvenir aux Mines. Or pour l’armée, un élève-ingénieur même très jeune, ne pouvait prétendre entrer dans la carrière qu’en étant nommé aspirant. Ensuite, le règlement s’appliquerait. Comme toujours, il n’y aurait rien à dire. Tout comme une mèche allume le feu, il se dirigerait lentement mais sûrement vers les étoiles, si une balle perdue ne limitait en un instant son orgueil en poussière. Pour cela aussi, il était comme nous autres pauvres terriens, même si encore imberbe, nous ne pouvions décemment le traiter de poilu. Encore moins de héros. Pour l’heure, nous le comptabilisions avec nous, parmi les vivants. Or, le soir, quand nous revenaient dans la pénombre nos cauchemars, à l’intérieur de notre casemate, il nous parlait de la Science. Du progrès. Y croyait. Nous faisait y croire en nous l’enseignant. Et, à l’aube de notre siècle, sa foi juvénile mais inébranlable dans ce futur s’amalgamait à la petitesse de nos savoirs ouvriers, de nos habitudes paysannes, à nos religions bricolées à la petite semaine de tant de lâchetés, à nos techniques douteuses d’apprentis sapeurs qui, inconsidérément juxtaposées, auraient du un jour nous mener vers la Victoire. Nous comprenions bien que face à cet improbable échafaudage, celle-ci se faisait attendre. Le désespoir nous guettait comme des enfants privés d’histoires. Et c’est sans doute pour cela que, tous les matins, nous écoutions aussi fidèlement notre polytechnicien quand il nous commandait de monter à l’assaut.
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Nouvelle : Petit traité d’ornithomancie.   Mar 20 Nov 2007 - 17:23

Qui peut prédire l’heure de sa mort ? A n’en rien dire, certains la conjuraient pourtant. Ils sortaient de la tranchée plus hardis que les autres, se lançant à l’attaque des Boches avec l’assurance d’aller gagner leur journée. C’était des tâcherons de la guerre, ils ne regardaient pas à la misère et rentraient le soir pour l’heure de la soupe. La mort ne les prenait pas, pas encore, pas eux qui n’espéraient rien d’autre de la vie. Dans le civil, ils avaient survécu ainsi : abattre son travail quotidien avant que de manger et de dormir. Leur propre existence ne les regardait pas, leur sort était ainsi et par certains côtés, plus enviable que le nôtre quand nous tentions désespérément de rester conscients. Pourtant, depuis longtemps, il n’y avait plus aucune conscience là-dedans, nos efforts pour la maintenir étaient vains et nous nous refusions de le voir. Nous mourions tous et il fallait tout de même pour nous que cette drôle de guerre dans laquelle nous nous trouvions enrôlés possède une logique. Que quelque part, un état-major sache ce qu’il fallait faire. Qu’il y ait une autorité au-dessus de nous. Et que mes trois pigeons la représentaient.

- Si on faisait comme si qu’on était mort ? lança le Gallo à la cantonade après avoir ingurgité trop rapidement son quart de soupe. Tout le monde continua à déguster par petites lapées cette eau trop chaude y créant et savourant un souvenir de viande qui parfumait les maigres morceaux de choux et de rutabagas. Il cracha sur son récipient de fer blanc le patina d’un revers de sa manche boueuse et se le raccrocha au ceinturon.
- Nous sommes encore treize ce soir ! Répliqua notre jeune officier. Nous devons tenir et nous tiendrons, Guillemot ! Et vous tous, pensez à vos cinq camarades qui ne sont pas encore rentrés aujourd’hui. Nous nous battrons ensemble jusqu’au bout pour leur mémoire et si l’un de vous compte déserter, je l’abattrais moi-même!
- Je ne parle pas de cela, mon lieutenant ! Reprit le soldat tout en se roulant une cigarette. Demain, je remonterai à l’assaut avec vous. Celle-ci, (il nous montrait son œuvre), celle-ci sera peut-être ma dernière. Mais, si nous estimons nos pertes quotidiennes à cinq gars, il est facile de calculer l’espérance de vie de notre section. Donc, je parle pour nos trois jours à venir ! Le téléphone ne marche toujours pas et l’arrière ne sait plus depuis dix jours si nous tenons encore …
- Alors ? Le relança notre chef qui était toujours preneur pour une nouvelle stratégie.
-Alors ! Il nous reste les pigeons !

Tous les regards se tournèrent vers moi. Chacun connaissait mon attachement pour ces bêtes. J’étais seul à savoir les faire roucouler malgré l’étroitesse de leur cage. On riait de mon talent autant que de ma sensiblerie. Pourtant, avec mes trois camarades à plumes, je rêvais de colombiers, de retour au pays et je pensais maîtriser mon destin en ouvrant les cages d’osier qui retenaient cruellement ceux que j’avais fini par apprivoiser. Le matin de bonne heure, avant l’assaut, je les prenais rituellement sur moi ; de mes avant-bras, ils montaient sur mon épaule et même sur ma tête pour celui que j’avais surnommé l’Acrobate. Ils ne s’envolaient pas. Tout comme nous qui attendions de notre supérieur l’ordre de monter, eux attendaient que je les autorise à s’envoler. Ils restaient ainsi sur moi tandis que nous ajustions les baïonnettes à nos fusils et que nous repartissions au mieux autour de nos tailles notre lourd chargement de cartouches et de grenades. Puis, se chuchotait tout au long de la tranchée, le sempiternel : « ça va être l’heure . » On entendait distinctement dans le silence préparatoire, les jurons crachés à mi-voix, les pleurs étouffés et les exhortations des plus gradés. Aussi, je renfermais précieusement mes amis dans leurs claies et leur donnais à manger pour au moins trois jours. J’avais plaisir à les voir picorer de si bon cœur et je gardais longtemps cette image devant mes yeux alors que nous courrions à travers la mitraille à la rencontre quotidienne de nos ennemis.

Les fuies s’ouvraient sur la façade est de notre grange comme autant de trouées éparses et bien souvent des promeneurs confondaient ces nichoirs habilement disposés dans l’épaisseur du mur avec des impacts de boulets datant de batailles lointaines. La proximité du château qu’ils venaient visiter expliquait peut-être leur confusion. Or, chez nous, à la différence de chez Monsieur le comte, nulles meurtrières ou autres barbacanes, nulles ruines de remparts ne nous avaient jamais ancrer dans l’Histoire et nos ouvertures sur le monde se faisaient d’abord en direction des oiseaux. D’ailleurs, si vous aviez la chance de grimper au fenil, vous découvriez bien vite l’envers de ce décor, la pénombre de ces coulisses où une centaine de ramiers se faisaient la cour. C’étaient nos pigeons et en même temps, ils ne nous appartenaient pas. Depuis des générations, ils nichaient là, et par reconduction tacite mes aïeux avaient eu charge de s’en occuper comme une des nombreuses et désuètes banalités qui, dans cette région reculée du Périgord, nous reliait encore au château.
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Nouvelle : Petit traité d’ornithomancie.   Ven 23 Nov 2007 - 20:57

L’envol est un étourdissement. D’abord tout est calme mais, dans la seconde, chacun déploie ses ailes, et, dans un même mouvement, tout part. Il n’y a là aucune organisation. Juste un effarouchement qui s’arrache à la terre. Le vol devient aussitôt une entité qui s’étend dans l’air, se courbe sous le vent dans une chorégraphie où s’annule la notion d’individus.

Les termes de pigeons, oiseaux, soldats, fantassins ne veulent plus rien dire. Là-haut n’existent qu’un vol, un assaut, une euphorie. Tout cela nous transporte à travers les barbelés et les balles en direction des lignes ennemies. Il faut avoir connu, dans nos cieux périgourdins les nuées d’étourneaux, l’arrivée des palombes, les vols majestueux des grues pour comprendre l’effervescence qui nous propulse aujourd’hui. Grand-père m’avait initié aux oiseaux alors que je n’avais pas encore dix ans. L’été, nous observions le ballet des hirondelles capable de nous prédire l’orage. A l’automne, nous devinions l’arrivée du gel aux déplacements des colonies de grives litorne. Avec les oiseaux, grâce à leur prescience le futur se rétracte. Le temps devient un autre temps. A la fois infini et contracté. Nous sommes dans un présent immédiat.

La section se tend vers un seul but, où il n’est plus question de chefs, d’ordres, de peurs, de fatigues, de mort. On se sent emporté et les camarades qui tombent à nos côtés, décrochent avec la même grâce, la même légèreté qui animent notre course. Nous franchissons les fumées âcres dues aux explosions comme on traverse les nuages. De l’autre côté, nous nous déployons vers l’inconnu, vers ces autres horizons bleus que la France nous charge de repousser. Là, nous utilisons nos fusils, nos grenades, nos baïonnettes. Ce n’est pas l’éternité car le soleil déclinant sur l’ouest agit sur nous comme une boussole, et avec le soir, tout cela revient se terrer dans les terriers. Fourbus, haletants, couverts de sueur et de sang, nous dégringolons dans nos tranchées, nous nous recomptons, nous congratulons par de viriles bourrades, nous palpons les uns les autres pour redevenir des individus distincts pendant que sur ses nouvelles trouées, notre corps de fantassins resserre ses rangs. La solidarité occulte les absents car si nous savons la fragilité de nos existences, notre instinct grégaire nous oblige coûte que coûte à nous rassembler. A l’abri de nos casemates, nous survivons encore en restant sourds aux cris, aux gémissements, aux longues plaintes des agonisants qui, là-bas au-delà des talus annoncent l’arrivée de la nuit. Alors, on distribue le tabac, on chauffe la soupe et peu à peu avec la mastication la parole revient. Il faut aussi beaucoup de vin mais c’est ainsi que depuis deux ans nous tenons dans l’instant.

Ce n’est qu’au matin que j’ai découvert l’horreur. Ils avaient attendu la nuit pour que je m’assoupisse, mais le froid piquant qui accompagnait le retour du soleil en cette fin Novembre m’avait réveillé avant les autres. Je voulus relever la sentinelle quand j’aperçus les premiers flocons dont le blanc immaculé éclaboussaient la boue noirâtre de la tranchée. Ce n’était pas de la neige mais la marque du sacrilège le plus odieux que personne dans notre enfer n’avait encore jamais perpétré contre la nature. Je courus aux claies pour m’apercevoir de ce que j’avais déjà compris. Ils avaient arraché les délicates portes d’osier, le grain était répandu dans la boue comme s’il ne leur suffisait pas de s’en prendre aux oiseaux.
J’ai senti sa présence dans mon dos :
-On ne t’en a pas gardé mais ils étaient fameux ! Tu les as engraissés à point et tout le monde te remercie pour ce gueuleton ! S’esclaffa Guillemot de son rire bien gras. Il se tapait sur ventre, manifestement heureux de sa bonne blague. Même le lieutenant m’a félicité après avoir englouti une arrière-cuisse. Nous n’avons plus rien à transmettre à l’arrière : qu’il a dit. Pour ce dernier repas, buvez et régalez vous de nos messagers.

Mon camarade s’approcha encore de moi pendant que je décrochais de l’épaule la bretelle de mon fusil et dès qu’il fut à ma portée je lui enfonçai ma baïonnette dans la gorge. Il tomba comme une masse sans gémir. La sentinelle engourdie se leva et sa silhouette se découpa sur l’horizon. J’ajustai mon tir et l’abattit d’une balle dans la tête. Puis, je pris cinq grenades dans la caisse du poste numéro un, revint à la casemate où quelqu’un criait déjà l’alerte, dégoupillai et jetai toutes ces munitions à l’intérieur. La terre eut un seul hoquet sourd qui lui remua les entrailles. Je montai alors sur le talus pour prendre mon tour de guet. Vers huit heures, l’acrobate qui, miraculeusement, avait pu fuir et ainsi échapper au sacrifice vint se poser sur ma tête. Je pris alors, le minuscule papier que je gardais précieusement dans la poche intérieure de mon manteau et avec mon crayon de bois inscrivis le message :

Section 34 / 46 RI. Côte 1154. 24/ 11/ 18. Annonçons la Paix.

Je roulai délicatement ce « courrier » dans la bague de mon fier ramier et lui ordonnai son essor.

FIN


Dernière édition par le Sam 24 Nov 2007 - 10:33, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Nouvelle : Petit traité d’ornithomancie.   Ven 23 Nov 2007 - 21:04

Splendide !!

Citation :
L’envol est un étourdissement...Juste un effarouchement

Si juste, si vrai.

Et la fin... un cadeau.

Vic chinois chinois
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MessageSujet: Re: Nouvelle : Petit traité d’ornithomancie.   Dim 9 Déc 2007 - 13:41

Pour répondre à plusieurs fils de la nuit. Je ne sais plus où me mettre alors je poste là.

Etymologiquement, le mot ancêtre est issu du latin antecessor. C’est une fonction militaire que l’on pourrait traduire au mieux par le terme d’éclaireur. Cela vient de antecedere, marcher à l’avant mais que l’on traduit également par précéder, marcher devant.. Ainsi, les ancêtres sont d’abord les prédécesseurs. Ancêtre a ensuite disparu de la langue française au début du XVIIème siècle. Ce n’est que plus tard qu’il acquiert le sens de vieillard, d’aïeul.

Cette idée qu’il y aurait ainsi des sujets postés à l’avant et qui nous éclaireraient sur la marche à suivre s’est donc incrustée dans notre vocabulaire grâce à l’armée romaine. Par exemple, aujourd’hui, de nombreuses communes possèdent en marge du conseil municipal qui détient l’exécutif, des conseils consultatifs, que se soient le conseil des enfants qui renseigne sur les rêves ou le conseil des sages. Ce dernier, composé essentiellement de retraités émet des avis qui souvent ne concernent pas la façon pratique de gérer la chose publique mais plutôt le sens à lui donner. Pour s’orienter, on se réfère donc également, à ces sages, ces inactifs qui n’ont plus de mandats mais plutôt la liberté de ceux qui peuvent aller voir en avant des choses.

Ainsi, faut-il savoir que dans notre langue, les ancêtres ne sont pas postés à l’arrière-garde mais plutôt à l’avant. C’est à l’avant que dans le combat, se trouve la mort. Les ancêtres seront les premiers à en franchir la ligne. De l’autre côté, ils obtiendront un autre statut qui obligera l’armée des vivants à se souvenir de leurs parcours. Leurs traces marqueront ou s’effaceront de l’Histoire que l’on enseignera par la suite, à l’arrière-garde c’est à dire aux enfants.

En 1908, le général Baden Powell attribue aux enfants la fonction d’éclaireurs. Par la suite, les états-majors européens puiseront dans leurs différentes jeunesses ainsi enrégimentées à une drôle de place les soldats des tueries les plus effroyables. A Jacques Chirac qui lui demandait s’il ne voulait pas des obsèques nationales, l’un de nos tous derniers poilus centenaires a répondu qu’il y avait erreur sur la personne car ce n’était pas lui qui était mort à la guerre. On peut espérer que cet ancêtre commun nous ait dit là quelque chose de sage.

Maintenant, sera-t-il entendu ?
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