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 Courbet au Grand Palais - Palimpseste

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MessageSujet: Courbet au Grand Palais - Palimpseste   Courbet au Grand Palais - Palimpseste EmptySam 24 Nov 2007 - 14:11

Libération.fr du 23 novembre 2007
Un article de Vincent Noce

A l’occasion de l’exposition du Grand Palais, la radiographie des œuvres du maître a révélé la double vie de certaines de ses toiles.

Sous les peintures de Courbet s’en cachent souvent une ou deux autres. Une œuvre en forme de palimpseste : c’est l’une des révélations de l’exposition qui se tient jusqu’au 28 janvier au Grand Palais (et à partir de juin 2008 à Montpellier).

Au fil des 120 tableaux réunis surgit, rien qu’à l’œil nu, une foule de signes plus ou moins cachés : une eau frémissante qui est aussi une chevelure de femme, une source qui reprend un dos, une grotte aux formes de sexe. Certaines toiles de Gustave Courbet recèlent aussi des spectres. Dans Un enterrement à Ornans, on distingue ainsi une tête fantomatique couverte d’un fichu noir. En réalité, cette ombre est une réapparition : elle trahit une première intention de l’artiste, qui se ravise et la fait disparaître sous une fine couche opaque. Mais celle-ci, atteinte d’une dégradation physico-chimique, s’est faite translucide. Et nous pouvons discerner ce que les contemporains n’ont pu voir. Comprendre qu’en supprimant ce personnage, l’artiste voulait pratiquer une ouverture sur le paysage des falaises franc-comtoises, et imprimer un rythme au mouvement tournant des villageoises en deuil. De la même façon, dans l’Atelier du peintre ressurgit derrière Baudelaire la silhouette effacée d’une maîtresse avec laquelle le poète a rompu.

Les rayons X en disent bien plus. Directeur des études de peintures au laboratoire de recherche des musées de France, Bruno Mottin s’est réjoui en apprenant que, pour cette exposition, une dizaine de toiles du «maître d’Ornans» allaient lui passer entre les mains. Car les radiographies sont toujours passionnantes chez cet artiste, révélant une quantité d’informations sur ses abandons, ses repentirs et ses retours en arrière. Ainsi Bruno Mottin découvre-t-il, sous les Baigneuses, magnifique objet de scandale au Salon de 1853, une figure de jeune homme se jetant du haut d’un précipice. Dans cette scène, Courbet réutilise l’image de son célèbre autoportrait en Désespéré. Un pan de manteau flottant au vent et la position des jambes indiquent clairement le mouvement de l’irréparable. En bas du gouffre, Courbet a peint une tête de mort ricanant sous un voile. A-t-il laissé parler ses terreurs inconscientes en recouvrant ensuite la scène symbolique par la chair excessive de cette baigneuse, dont il reconnaît lui-même qu’elle «épouvante un peu» ? Non, cette interprétation ne tient pas. A regarder la radiographie, on découvre d’autres personnages, sans rapport, un nu sur la droite et un autre au centre, au buste de trois quarts.

Risée des gazettes

En réalité, Courbet a tenté au fil des années plusieurs sujets pour un grand format destiné au Salon, dont il n’était pas satisfait. «Avec ces récents examens, explique Bruno Mottin, on a confirmation que, tout au long de sa carrière, de même qu’il achetait des toiles grossières qui lui posaient des problèmes techniques, Courbet repeignait sur des toiles déjà utilisées, avec un sens de l’économie paysanne qui ne l’a jamais quitté, même quand il était célèbre et fortuné.» L’artiste écrit ainsi dans une lettre son regret d’avoir, pour peindre les Lutteurs, perdu une représentation du sabbat de la nuit de Walpurgis. Dans certains cas, Courbet peint sur des copies réalisées dans sa jeunesse, de Titien ou d’Ingres, qui peuvent être tête-bêche. Il ne faut donc pas spéculer à l’excès sur un message subliminal du peintre. Pour appuyer ces découvertes, il est en revanche éclairant de les confronter à d’autres sources, à commencer par la correspondance de Courbet (rééditée par Flammarion).

Cette «entrée par effraction dans l’atelier du peintre», selon les mots de Bruno Mottin, met en lumière ses évolutions et brisures, mais aussi sa richesse et sa complexité. Toutes ces strates accumulées dessinent un travailleur inlassablement à la tâche, contrairement à la réputation qu’il avait lui-même forgée d’un surdoué dont l’orgueil faisait la risée des gazettes. En vérité, Courbet a beau poser au grand génie, il a le dessin malhabile, et, dans ses premiers temps, la forme amollie. C’est à force de travail qu’il gagne en acuité dans le traitement vigoureux des visages, qu’il apprend à distribuer la lumière avec plus de nuances, qu’il arrondit la courbure d’un dos, affine la grâce d’un bras. Il fait disparaître de certaines œuvres la forme cintrée, prisée par les romantiques, et s’éloigne des effets expressifs dans sa progression vers un réalisme revendiqué. Par-dessus tout, il parvient à trouver les formules de style d’une sensualité qui fera vibrer toute son œuvre.

Emprise romantique

On peut ainsi dater du mi-siècle le basculement qui l’éloigne, à 31 ans, du pathos héroïque si évident dans la figure du jeune artiste se jetant dans le vide. En 1845 encore, il confiait à ses parents qu’il travaillait à un «ouvrage terrible», un «grand tableau dérivant» de son portrait en halluciné. Ce sujet inachevé est, selon toute vraisemblance, celui qui vient d’être retrouvé au laboratoire. Courbet l’a gardé sept années dans son atelier avant de le recouvrir des Baigneuses.

De toutes ces entreprises, la plus singulière est celle de l’Homme blessé. Même si l’emprise romantique y est encore prégnante, Courbet n’a jamais voulu repeindre cette scène qui le représente agonisant sous un arbre. Il ne voulait pas non plus vendre ce tableau, qu’il a emporté en exil et gardé jusqu’au dernier jour. Les rayons X font apparaître une composition sous-jacente très différente, dans laquelle, à l’ombre de cet arbre, le peintre tient tendrement dans ses bras sa compagne, Virginie Binet. L’artiste a d’ailleurs laissé une esquisse sur papier de ce couple assoupi. Dix ans plus tard, Virginie l’a quitté, avec leur enfant. Courbet a alors repris la composition. Il a éliminé l’amante, désalangui le corps de l’homme en le déplaçant de biais, replacé les mains, ajouté l’épée à l’arrière, pour suggérer un duel. Et posé une tache de sang, à la place du cœur. Touche finale.
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MessageSujet: Re: Courbet au Grand Palais - Palimpseste   Courbet au Grand Palais - Palimpseste EmptySam 24 Nov 2007 - 14:20

Quelques unes des oeuvres mentionnées dans l'article, pour le plaisir.

Les baigneuses :

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L'homme blessé :

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L'atelier du peintre :

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Anna Galore



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MessageSujet: Re: Courbet au Grand Palais - Palimpseste   Courbet au Grand Palais - Palimpseste EmptySam 24 Nov 2007 - 14:34

J'avais entendu parlé (et vu dans des documentaires) de choses de ce genre chez d'autres peintres. C'est effectivement fascinant de découvrir ce qui se cache derrière ces oeuvres connues de tous et qui pourtant cachent d'autre scènes secrètes sous quelques millimètres de peinture.
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MessageSujet: Re: Courbet au Grand Palais - Palimpseste   Courbet au Grand Palais - Palimpseste Empty

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