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 Le travail

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Slayeras

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MessageSujet: Le travail   Dim 2 Déc 2007 - 20:48

Petit texte de Nietzsche sur le travail. Je viens juste de le lire. Il est toujours d'actualité :

Citation :
173. Les apologistes du travail.

Dans la glorification du «travail», dans les infatigables discours sur la «bénédiction» du travail, je vois la même arrière-pensée que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous : à savoir la peur de tout ce qui est individuel. Au fond, on sent aujourd'hui, à la vue du travail — on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir —, qu'un tel travail constitue la meilleure des polices, qu'il tient chacun en bride et s'entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l'indépendance. Car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l'amour et à la haine, il présente constamment à la vue un but mesquin et assure des satisfactions faciles et régulières. Ainsi une société où l'on travaille dur en permanence aura davantage de sécurité : et l'on adore aujourd'hui la sécurité comme la divinité suprême.

Nietzsche, Aurore, livre troisième ; aphorisme 173.
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alejandro
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MessageSujet: Re: Le travail   Lun 3 Déc 2007 - 2:33

Slayeras a écrit:
Petit texte de Nietzsche sur le travail. Je viens juste de le lire. Il est toujours d'actualité :

Citation :
173. Les apologistes du travail.

Dans la glorification du «travail», dans les infatigables discours sur la «bénédiction» du travail, je vois la même arrière-pensée que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous : à savoir la peur de tout ce qui est individuel. Au fond, on sent aujourd'hui, à la vue du travail — on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir —, qu'un tel travail constitue la meilleure des polices, qu'il tient chacun en bride et s'entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l'indépendance. Car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l'amour et à la haine, il présente constamment à la vue un but mesquin et assure des satisfactions faciles et régulières. Ainsi une société où l'on travaille dur en permanence aura davantage de sécurité : et l'on adore aujourd'hui la sécurité comme la divinité suprême.

Nietzsche, Aurore, livre troisième ; aphorisme 173.



C’est sans doute pas faux ; d’ailleurs, je viens de lire deux bouquins de Noam Chomsky qui va dans le même sens.

Mais la valeur du travail est quand même assez malmenée, de nos jours (voir à ce sujet le post de Vilain sur le code du travail). Pour atteindre le sommet de la gloire, le mieux et d’être l’héritier d’une chaîne d’hôtels mondial et ne rien faire d’autre que la fête. Les apparences sont trompeuses, il y en a une qui a tout compris : Paris Hilton.
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Slayeras

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MessageSujet: Re: Le travail   Lun 3 Déc 2007 - 17:56

Citation :
Les apparences sont trompeuses, il y en a une qui a tout compris : Paris Hilton.

mdr mouais. Elle a même fait de la prison. Dur dur d'être riche, et non "intelligent".
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antillaise

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MessageSujet: Re: Le travail   Lun 3 Déc 2007 - 18:03

Pour la petite histoire : faites une recherche d'image avec pour mots clefs "vide sidéral" et vous tomberez sur... Paris Hilton.

Anti, mdr.
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alejandro
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MessageSujet: Re: Le travail   Lun 3 Déc 2007 - 18:10

Slayeras a écrit:
Elle a même fait de la prison. Dur dur d'être riche,

Ceux qui ont du succès font des jaloux, c'est bien connu.
C'est pour ça qu'elle a fait de la prison.
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alejandro
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MessageSujet: Re: Le travail   Lun 3 Déc 2007 - 18:18

antillaise a écrit:
Pour la petite histoire : faites une recherche d'image avec pour mots clefs "vide sidéral" et vous tomberez sur... Paris Hilton.

Anti, mdr.

ah bah pas trouvé, moi, ni google ni yahoo.
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antillaise

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MessageSujet: Re: Le travail   Lun 3 Déc 2007 - 18:25

alejandro a écrit:
antillaise a écrit:
Pour la petite histoire : faites une recherche d'image avec pour mots clefs "vide sidéral" et vous tomberez sur... Paris Hilton.

Anti, mdr.

ah bah pas trouvé, moi, ni google ni yahoo.

'scuse, c'est vide primordial !

Anti, pimordiale.
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alejandro
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MessageSujet: Re: Le travail   Lun 3 Déc 2007 - 18:35

Voilà!
Comme ça, tout le monde peut en profiter.

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lucarne



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MessageSujet: Re: Le travail   Dim 26 Déc 2010 - 11:47

Reprendre cette discussion travail - vide sidéral me plait bien...


Extraits du Journal des psychologues, dossier "La plaisir au travail ?", décembre 2010

Dans les temps anciens, le travail était réservé aux esclaves ou aux serfs. Dans la Grèce antique, les citoyens, notables peu nombreux, ne travaillaient pas, ils discouraient politique ou philosophie, banquetaient et se cultivaient. Au Moyen Âge, le prêtre et le chevalier avaient des activités nobles, et seuls les paysans et artisans trimaient.

(…) S’installaient aussi des catégories nouvelles qui s’affirmaient en détenant la maîtrise d’une technique ou d’un savoir-faire. Les bâtisseurs de cathédrales, les compagnons, et, plus généralement, les corporations professionnelles prenaient une place grandissante. L’organisation protégeait l’individu, lui donnait un sentiment d’appartenance, apportait une structuration sociale, à la fois contraignante et recherchée.

(…) Avec le XXe siècle s’est développée la mécanisation… La recherche de la qualité, chère aux artisans, était remplacée par le souci de la qualité, de la rapidité et du travail parcellaire, en miettes… La standardisation a entraîné la répétition et la monotonie, source d’usure et d’ennui. L’absence de communication pour éviter les revendications a empêché les échanges et la coopération et a inauguré le cycle de l’individualisme, lui-même renforcé par le salaire différencié au mérite ou à la journée.

(…) Depuis la seconde moitié du XXe siècle (…) Non que le travail était facile… Mais il avait un sens. On savait pour quoi on travaillait. On aspirait à une société stabilisée, ouverte sur l’innovation et sur l’accès à l’éducation et à la culture, au moins pour ses enfants.

(…) Paradoxalement, dans l’euphorie des Trente Glorieuses, les fruits du travail et l’automatisation conjugués laissaient entrevoir les perspectives nouvelles, où le travail permettait d’accéder à des activités réservées jusque-là à un nombre limité de personnes : la culture, la communication, les voyages, toutes activités qui inauguraient une société fondée sur le loisir et qui allaient sonner la fin du travail. On voit la contradiction : s’échapper du travail par le travail, obtenir un monde sans travail mais empli d’activités culturelles, sociales et innovantes, tout en louant les bienfaits économiques et psychologiques du travail !

(…) À travers les crises économiques successives – 1995, 2003, 2008 -, il semble que les fondements du travail et de l’emploi se soient modifiés, sans évolution aussi rapide de nos représentations, et sans prise de conscience claire de ce qui arrive… Dans ces conditions, où le travail s’en va ailleurs, où les entreprises prennent leur personnel pour un coût et non plus pour une ressource humaine qui gagne à être développée, soutenue, protégée, il n’est pas étonnant que l’image du travail se modifie, que le valeurs liées au travail changent… Logiquement, une certaine prise de distance s’amorce… à limiter l’implication personnelle toujours plus fortement exigée et à replacer le travail dans sa dimension extrinsèque, celle d’un simple contrat dont on est quitte dès qu’il est rempli… pas très satisfaisante, la finance pouvant rapporter plus…

(Claude Lemoine, Professeur en psychologie du travail et des organisations)
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Romane
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MessageSujet: Re: Le travail   Dim 26 Déc 2010 - 22:31

Je serais curieuse de savoir qui bosse en se sentant utile autrement que pour rapporter du fric à la société employeur. J'ai l'impression que le charisme au travail est réduit à peau de chagrin pour la majorité des travailleurs. Cette absence d'âme et de chaleur est déconcertante. Je me demande souvent ce que va devenir l'homme à force de se déshumaniser.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Vilain
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MessageSujet: Re: Le travail   Lun 27 Déc 2010 - 0:59

je dis "merci la vie" parce que j'ai eu la chance ( à part 6 petites années) de bander pour ce qui me permettais de gagner ma vie....
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Romane
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MessageSujet: Re: Le travail   Lun 27 Déc 2010 - 1:09

Citation :
Selon Alain Rey, le mot travail (apparu vers 1130) est un déverbal de travailler, issu (vers 1080) du latin populaire tripaliare, signifiant « tourmenter, torturer avec le trepalium ». Le bas latin trepalium (attesté en 582) est une déformation de tripalium, un instrument de torture formé de trois pieux, deux verticaux et un placé en transversale, auquel on attachait les animaux pour les ferrer ou les soigner, ou les esclaves pour les punir. Le mot est utilisé au sens d'activité productive depuis le XVe siècle.

Au XIIe siècle, Travail désigne l'accouchement (travail = tourment, souffrance)
Au XVIe siècle : « Se donner de la peine pour »
http://fr.wikipedia.org/wiki/Travail

Je dois être une grande rêveuse, ou trop naïve, va savoir. Dans mon esprit, travailler était offrir son savoir faire moyennant un retour monétaire équivalent, dans un équilibre entre employeur/employé. Sans moi il ne peut rien, sans lui je ne peux rien. Un partenariat, au sein duquel les deux parties sont aussi respectables l'une que l'autre, les deux s'alliant pour rendre un service ou un produit à une troisième personne n'ayant pas d'autre moyen de se le procurer qu'en passant par les deux premiers. Bref, le truc basique, un conte de fée.

En réalité, wikipedia casse mon rêve.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Diego Ortiz

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MessageSujet: Tripalium et efficience   Lun 27 Déc 2010 - 1:27

Eh bien, au fond, je puis dire que je me suis toujours exprimé contre l'obligation de travailler, et néanmoins, ai toujours trouvé une forme de plaisir de performance quand un travail s'offrait à moi : études depuis la tendre enfance, mais aussi bricolage, puis quand la vie avance plus de bénévolat, ou donner des cours. Je crois que le débat est mal placé, et que le mot "travail* [avec ses connotations esclavagistes] pourrait avantageusement être remplacé par celui d' "activité" quand cela est possible. La dimension de contrainte est alors estompée, et donc celle de libre choix restaurée. Il me semble qu'à cette époque hyper-néolibérale et positiviste/productiviste deux chemins radicalement opposés sont ouverts. D'un côté, le job qui rapporte, même s'il pollue, dégrade l'humain et le monde en général, et dont nous assistons au triomphe arrogant depuis 25-20 ans. De l'autre, ce que je nommerais provisoirement "l'activité harmonieuse aux résultats encore difficiles à apprécier", qui n'a pas trait qu'à l'art mais à mille professions qui comportent, minute par minute ou année par année par année, un enrichissement du sens de l'existence : pompier volontaire ou non, médecin, écrivain, et ainsi de suite [longue série]. Elles donnent du sens à la vie. Elles comportent certes souvent une dimension d'abnégation et de frustration ou au moins de remise à plus tard des résultats, et se négocient dans l'espace de la vie intérieure et non celle des décorations du mérite.
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Romane
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MessageSujet: Re: Le travail   Lun 27 Déc 2010 - 1:40

Exact, mais force est de constater que l'osmose n'est pas au rendez-vous du choix que certains auraient fait et leur réalité. Ecouter les gens parler de leur travail est assez édifiant, on a vraiment l'impression d'une souffrance, d'un marche ou crève, d'une usure et d'une lassitude impressionnantes.
Beaucoup marchent aux anti-dépresseurs, l'absentéisme s'amplifie si j'en juge d'après les témoignages et constats de responsables d'entreprises.

Ceci dit, ceux qui ont la chance de professer à des postes enrichissants intellectuellement ou de quelque manière que ce soit (sans parler d'argent ici même si évidemment il est incontournable, mais tu l'auras compris) font toute la différence face aux ci-dessus.

Je crois que je préfère oeuvrer là où je me sens vibrer, quitte à réduire mon train de vie. Il arrive un âge où travailler pour s'user devient une question cruciale.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Le travail   Lun 27 Déc 2010 - 22:31

J'ai eu la chance de faire plein de trucs extrêmement intéressants dans le cadre de mon travail. Très fatigants mais très gratifiants.
Là j'ai un peu levé le pied (un peu seulement), et j'essaie de me ménager, mais bon, on ne perd pas les bonnes habitudes. En tous cas, je ne m'ennuie pas et je me sens utile, c'est l'essentiel, non ? Ah oui, et puis je gagne ma vie très correctement aussi, c'est bien.
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MessageSujet: Re: Le travail   Mar 28 Déc 2010 - 1:26

Je repensais à cet article sur l'évolution de la valeur travail. J'essayais de dégager les situations actuelles.

Le chômeur ou le travailleur en grande précarité

Pour lui, le travail est indispensable - et souvent d'ailleurs insuffisant - pour assurer ses besoins essentiels (manger, se loger...). Le bien-être physique et psychologique sont des notions totalement virtuelles. Il faudra tenir, quoi qu'il arrive. Mais dans quel état ? Lire, par exemple, "Le Quai de Ouistreham", de Florence Aubenas.


Le salarié qui à un emploi relativement stable mais pas intéressant

Ce n'est pas une situation nouvelle. Claude Lemoine en parle. Les ouvriers, les employés peu qualifiés... Pas nouveau, et pourtant les choses ont énormément changé. Auparavant, le salarié savait pour quoi il allait au boulot : gagner un minimum d'argent pour sa survie et éventuellement celle de sa famille. Et puis, il y avait les relations professionnelles : les "collègues", l'équipe, le syndicat... Il y avait même, parfois, un réel attachement à l'entreprise. Dans certains secteurs, l'impression de faire quelque chose d'utile, de nécessaire à autrui. Ce n'est pas rien !

Aujourd'hui ? Tout ce qui était de l'ordre du collectif a été dévasté. Je parlais ailleurs de mon entreprise, qui avait instauré des lieux différents pour chaque équipe pour boire un café. Et interdiction d'aller chez les voisins. Les anciens ont résisté. Mais les anciens sont partis. Et les jeunes avaient déjà pris un peu l'habitude, et puis ils n'ont pas osé, et puis les horaires étaient différents, et puis on leur a expliqué que les budgets étaient séparés et contrôlés (c'est au final la même caisse qui paie, mais ça change tout dans les esprits), etc. Bref, ces méthodes managériales finissent toujours par atteindre leur but. Parce qu'elles ont tout leur temps, et de sacrés moyens comparés à ceux d'en face.
Donc, exit le collectif.

Mais en plus, ces salariés à qui on ne demandait rien d'autre que de bien faire leur boulot, ce qu'ils faisaient sans rechigner, ne voilà-t-il pas qu'on leur demande, en plus, d'être heu-reux-et-é-pa-nou-is dans leur job. Alors on fait des réunions, des enquêtes, et que sais-je encore. Alors, celui qui ne voit aucun épanouissement dans tout ça finit par être regardé de travers par ses collègues. Ce qui le rend encore moins épanoui. Et peu à peu, il finit par se sentir coupable de ne pas être épanoui. Quelque chose doit clocher chez lui. Forcément. Le problème, c'est que les autres, qui paraissent tellement bien dans leurs pompes, soit ils font tout simplement mieux semblant, soit ils sont effectivement contents, parce qu'avoir du boulot par les temps qui courent, c'est super. Sauf que... l'usure gagnera... et il faudra toujours faire semblant. Parce qu'au moindre signe de moins bien, hop, tout se déglingue. À qui le tour ? Parce qu'il faudra toujours un suivant, l'indispensable bouc émissaire de René Girard, qui permettra à tout le système de ne pas exploser sous la pression du néant.

Exit le collectif, bienvenue à l'obligation de manifester son bonheur (et donc d'une certaine façon sa gratitude envers cette bienveillante entreprise qui nous emploie). Et les managers en rajoutent une couche. Le dernier chapitre du livre de Jean-Marie Abgrall, "Tous manipulés tous manipulateurs", est sur ce point sidérant : la stratégie d'entreprise comme organisation sectaire. Combien de salariés pourraient se retrouver dans ces pages décortiquant la "persuasion coercitive" ! (http://liensutiles.forumactif.com/search?mode=searchbox&search_keywords=abgrall&show_results=topics... je sais, je sais... il faut que je mette plus d'infos, c'est promis Wink )


Le salarié qui a un job intéressant

Ça, c'est le rêve. Enfin... c'était le rêve.
J'ai vu arriver la vague de la quantification et de la normalisation. Je l'ai prise dans la tronche. Et je l'ai vue à l'œuvre chez mes proches. Partout pareil. Avec le recul, je suis effarée par ce qui s'est passé. D'un seul coup, il fallait quantifier le travail, le décrire de A à Z, tout découper et évaluer en terme de temps et de délais. Le plus stupéfiant, c'est que :
- Ce qui était quantifié était immédiatement programmé pour externalisation (sous-traitance).
- Ce qui n'était pas quantifiable était jugé comme nul et non avenu, et des pans entiers d'activité passaient ainsi à pertes et profits. Oh pas d'un seul coup, bien sûr, puisque le salarié à qui on venait d'expliquer que ce n'était plus à faire continuait à le faire, car il savait que s'il ne le faisait pas, ça se casserait la figure. Il le faisait un temps, autant qu'il pouvait. Mais le temps, il l'avait de moins en moins, et puis venaient la lassitude et/ou la colère, et puis on savait bien lui reprocher de perdre du temps avec ça alors qu'il y avait des choses beaucoup plus importantes. Finalement, ça se cassait la gueule, bien sûr. Et le poste était supprimé. Quelques temps après, on se rendait compte que certaines activités indispensables n'étaient plus assurées. Quelle surprise ! Et on faisait appel à des prestataires externes...

Pour les plus chanceux, une certaine part du travail quantifié restait dans l'entreprise et ils gardaient leur emploi. Mais ils étaient bien obligés de constater qu'ils passaient de plus en plus de temps à justifier leur travail, et de moins en moins de temps à... travailler. On peut se pencher sur le cas des professionnels de la santé ou de l'enseignement, par exemple (http://www.appeldesappels.org/spip.php?article1)... Pour une tâche réalisée, il faudra remplir x comptes rendus et x tableaux. Plus les bilans et statistiques de fin d'année, avec les jolis camemberts et tout et tout. Déjà, passer son temps à "tracer" les preuves de son travail, ce n'est pas bien passionnant. Mais il ne faut pas non plus perdre de vue le fait que si on passe les trois-quarts de son temps à remplir de la paperasse, c'est autant de temps de moins pour... travailler vraiment. Et là aussi, un jour, on vient vous expliquer que vous ne servez plus à grand chose. Forcément.

Je me souviens de la galère que j'ai vécue avec mon nouveau manager, qui voulait absolument m'expliquer que mon travail allait être sous-traité, mais que j'aurais une situation vachement plus intéressante puisque je serais chargée du contrôle des sous-traitants. Seulement voilà, moi, je ne voulais pas contrôler les sous-traitants, je voulais faire mon travail. Bon, ça plus d'autres choses, ça s'est mal fini. Mais les collègues qui avaient fini par accepter se sont retrouvés dans des situations aussi pourries que moi qui avais refusé. Parce que contrôler les sous-traitants, voilà un boulot parfaitement quantifiable, qui peut donc être réalisé par... un autre sous-traitant.


Je suppose qu'il y aurait encore beaucoup à dire sur le sujet. Mais ça me suffit pour ce soir.
Alors bon. Je veux bien qu'on se scandalise du fait que la "valeur travail" ne soit plus respectée. Mais je voudrais bien qu'on m'explique comment on peut s'évertuer à faire comprendre aux salariés - et à nos gosses - qu'ils sont complètement insignifiants et interchangeables, et dans un même temps prétendre que ces mêmes salariés doivent restés investis et respectueux de cette "valeur travail".
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