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 Expo Image-temps à Beaubourg jusqu'au 07 janvier 2008

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MessageSujet: Expo Image-temps à Beaubourg jusqu'au 07 janvier 2008   Lun 10 Déc 2007 - 17:12

http://www.centrepompidou.fr/Pompidou/Manifs.nsf/AllExpositions/0EFB72442AD1DA56C125723D0032AB4C?OpenDocument&sessionM=2.2.1&L=1

David Claerbout opère des croisements entre l'image fixe et l'image mouvement. Il retravaille chaque parcelle pixélisée de l'image analogique pour créer une composition digitale, et renouvelle ainsi la perception de l'image, de l'espace et du temps.

Son corpus d'œuvres évolue depuis 1996 entre images fixes et images mouvement, images photographiques et images digitales. Influencé tant par la pensée phénoménologique que par les écrits de Gilles Deleuze L'image-temps. L'image-mouvement (1983), David Claerbout développe une photographie du mouvement, une image instantanée en devenir, introduisant depuis 2004 des éléments narratifs, des micro-narrations.

Cinq œuvres projetées se partagent l'espace de 300 m2 : The Stack, 2002, Bordeaux Piece, 2004, Shadow Piece, 2005, et deux nouvelles productions Sections of a Happy Moment, 2007, Long Goodbye, 2007. Elles montrent l'évolution du temps, le déploiement de l'espace, tout au long de cinq œuvres filmées dans des architectures appartenant à notre culture moderne, notre contexte urbain contemporain.


Ainsi Bordeaux Piece (photo), acquise par le Centre Pompidou pour les collections du Musée national d'art moderne, utilise une magnifique maison dans les environs de Bordeaux comme outil pour une approche conceptuelle de "l'espace-temps", une introspection minutieuse du temps dans un espace déconstruit.

« Dans la plupart de mes travaux de ces 10 dernières années, le temps et l'espace sont devenus les points d'ancrage de ma production vidéographique. Dans mes modes de production où la réalité photographique est de plus en plus préconçue, le temps du film semble être la dernière trace du passé analogique. Occupé tant par l'artificialité que par le manque de relief de l'écran ou de l'impression, j'ai souvent eu recours à la photographie d'architecture comme moyen de définir l'espace dans ce que j'appellerais le terrible manque de relief du film ».
Le spectateur est invité à évoluer au sein d'un espace scénographié tout en douceur, dans une semitransparence, éloignant ce dernier des contraintes de la salle obscure de cinéma, et permettant aux œuvres de dialoguer les unes avec les autres.

La chronique de Lunettes rouge :
http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/2007/12/03/image-temps/


Image-temps

J’aime bien les expositions fluides, où on navigue aisément d’une oeuvre à l’autre, comme en flottant. C’est le cas de celle des vidéos / photos de David Claerbout, à l’Espace 315 du Centre Pompidou, jusqu’au 7 Janvier. Mais d’abord, sont-ce donc des photos ou des vidéos ? Des images fixes ou mobiles, du temps ou du mouvement ? (voir aussi ici, merci Emmanuel)

La première oeuvre fait hésiter. Entrant dans la salle, derrière l’écran géant, on voit d’abord l’image par derrière, immense, on n’en voit qu’une partie, puis on passe de l’autre côté de l’écran. On est dans un immeuble moderne genre Playtime de Tati, à l’intérieur, des portes de verre nous séparent de la rue, d’une esplanade type Défense. Les ombres des montants de ces portent tracent un dessin géométrique au sol. D’abord, rien ne bouge, puis des gens tentent d’entrer dans l’immeuble, ils se heurtent aux portes de verre closes ; leurs ombres seules pénètrent à l’intérieur, puis ils s’en vont.
En fait, Claerbout est parti d’une photo architecturale anonyme, qu’il a coupée horizontalement en deux. Le bas est resté tel quel, statique, figé, immobile, inaltérable, mort. Le haut, reconstitué, ajusté est réel, en 3D, des hommes et des femmes peuvent y vivre, y marcher, mais se heurtent au mur de verre. Leurs ombres, pénétrantes, intrusives, menaçantes, sont le seul indice du temps qui passe ou plutôt qui ne passe pas, la seule marque de différence entre image fixe et image mobile. C’est Shadow Piece, de 2005.

Dans la première salle, Bordeaux Piece (2004) est une vidéo qui se passe dans la Maison Lemoine, construite par Rem Koolhaas en banlieue bordelaise pour le patron du journal Sud-Ouest devenu paraplégique après un accident de voiture. Trois personnages (homme mûr, jeune homme et jeune femme) récitent un dialogue qui, vite, parait familier : “tu aimes ma bouche ? tu aimes mes fesses ? donc tu m’aimes totalement ?” Ce sont de brefs extraits du Mépris, de Godard. La vidéo compend sept plans en une séquence de 11 minutes, qui se répète.
En fait, chaque plan a été tourné sans cesse du lever au coucher du soleil, toutes les dix minutes pendant un jour entier. Le plan suivant a été tourné un jour suivant, et ainsi de suite. Au montage, David Claerbout a assemblé en une séquence les sept plans tournés à 5h30, puis dans la séqunce suivante les sept plans de 5h45, et cela jusqu’aux palns tournés à 22h. Il y a au total 70 séquences, et le film dure 13h43.
Le film entier est donc impossible à voir du fait de sa durée et des horaires d’ouverture du musée. on ne peut pas voir les séquences les plus matinales et on doit se conteter des méridiennes, où la lumière est moins belle. il faut revenir à plusieurs moments de la journée (ce qui est malaisé, car le ticket du Centre Pompidou est à entrée unique : allez protester à la billeterie !).
En regardant le film pendant un moment on oublie rapidement l’histoire, les dialogues, on ne se soucie plus guère des acteurs (encore qu’ils aient l’air bien fatigués en fin de journée). Au bout d’un moment, on ne voit plus que la lumière, dans la maison, sur le paysage. Tout est artifice d’assemblage, de montage, de construction de l’image-temps. Le fonds annule l’histoire. La lumière structure tout, devient le film lui-même, la réalité même.

Il y a trois autres oeuvres dans cette exposition. La vidéo mélancolique “Long Goodbye” montre une femme filmée à la dérobée dont, une fois découvert, le cinéaste voyeur s’éloigne; l’image s’obscurcit alors et peu à peu disparaît. ”The Stack” montre le jeu du soleil couchant à travers des piliers de béton soutenant une autoroute : le temps se déroule pendant 36 minutes, son flot se traduit dans la lumière, dans l’image. Le clochard qu’on discerne à peine au premier plan n’est qu’un élément secondaire de contraste. Enfin, “Sections of a happy moment” est une série de 180 photos d’une famille chinoise jouant au ballon au milieu d’une glaciale architecture HLM; prises de 180 points de vue différents, elles montrent ce bonheur stéréotypé sous contrôle vidéo.

Tout ici touche à la durée, au temps, figé, déconstruit, reconstitué et à la lumière qui le rythme.
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