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 Roman : Avant le petit pois

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Gérard FEYFANT

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MessageSujet: Roman : Avant le petit pois   Lun 7 Jan 2008 - 19:55

J'ai commencé l'écriture de ce roman il y a deux ans environs. 14 chapitres sont prêts, y compris les derniers. Il m'en reste 3 ou 4 à écrire et à intercaler. J'ai mis de côté le manuscrit depuis un an environ, pour le "laisser reposer". En le relisant aujourd'hui, je relève pas mal de corrections à y apporter.

Voici les trois premiers chapitres. Ils racontent l'enfance de Léo et de Charlie Pinelli.
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Gérard FEYFANT

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MessageSujet: Re: Roman : Avant le petit pois   Lun 7 Jan 2008 - 19:59

AVANT LE PETIT-POIS




L’homme a tout son avenir devant lui, mais il l’aura dans le dos chaque fois qu’ils se retournera.
(Pierre Dac)


Les théorèmes prédisent que les trous noirs
contiendront des singularités
qui seront la fin du temps
pour quiconque sera assez malchanceux ou téméraire pour y tomber.
(Stephen Hawking)


Rares sont ceux qui regardent avec leurs propres yeux et qui éprouvent avec leur propre sensibilité.
(Albert Einstein)






Chapitre 1









Bien que prématuré, Léo naquit polyglotte.

Il eut tout de suite le pressentiment qu'en faire l'aveu à ses parents dès les premières années de son existence, lui apporterait plus de désagréments que d'avantages. Il entrevoyait même la possibilité qu'une quelconque publicité autour de ce don puisse affecter son épanouissement psychique et affectif, son rapport aux autres : bref, compromettre sa socialisation. Aussi décida-t-il de ne pas dévoiler cette faculté saugrenue avant d'avoir mûrement réfléchi aux tenants et aboutissants. Il était né polyglotte et perspicace.

C'est ainsi que Léo eut un secret.

Il avait la ferme intention de vivre une enfance ordinaire au milieu et au rythme des enfants de son âge et nullement celle de se voir projeté trop tôt dans un milieu intellectuel d'adolescents crétins, puis à l’âge du crétinisme, d’être propulsé par anticipation dans le monde des adultes ringards, pour la seule raison que ses parents auraient décelé en lui une faculté prodigieuse. « Oui ma chère ! Mon petit Léo est un surdoué, savez-vous ! Il est polyglotte ! » Que nenni, laissez-moi vivre, ma mère, mon enfance d'enfant et par dieu ne vous avisez point de me faire sauter des classes ! Je serai crétin puis ringard en temps opportuns.

L'exemple de Gorki, le chien de la maison, était à ce titre édifiant.

Gorki naquit sous la forme d'une boule caoutchouteuse recouverte de poils hétéroclites et manifesta très tôt des dispositions certaines pour les pitreries. Son premier exploit fut de dénouer les lacets de chaussures sans les pattes, par la seule dextérité de ses mandibules. Après quoi, il improvisait inévitablement un looping arrière, retombait sur ses quatre coussinets et lançait un wap ! de satisfaction. Son second exploit fut de renouer les lacets selon la même procédure, mais inversée. Après quoi, il s’élançait dans un salto avant et retombait la plupart du temps sur la truffe dans un kaï ! de dépit. Il ne maîtrisa jamais les saltos avant mais il avait d’autres tours rebondissants dans son sac. Cette adresse, hors du commun des mortels canins, fit le tour du quartier, de la ville et du canton. Les gens venaient de très loin pour assister à ses exploits. Gorki devint fort célèbre auprès de la société humaine, mais déconnecté de celle de ses congénères. Lorsqu’il voulut, à l’âge des premiers émois, fréquenter ceux et celles de son espèce, on lui reprocha son comportement atypique. Il était trop spécialisé. Son non-conformisme dérangeait. Malgré sa bonne volonté et ses efforts pour s’intégrer, on l’isola comme une singularité suspecte. Il insista avec stoïcisme mais, comme il essuyait régulièrement les risées des canidés du quartier, il finit par se replier sur lui-même, devint neurasthénique et se mit à dévorer toutes les chaussures de la maison.

Léo n’en passerait pas par là ! Lorsque viendrait pour lui l’âge des premiers émois, il était décidé à assurer comme un chef.

Aussi poussa-t-il, dès sa naissance, le ouin ! suraigu qu’on attendait de lui, ce qui suffit au bonheur de sa mère, de son père, de la parentèle et de tout le voisinage qui défila au-dessus de son berceau en lui faisant des risettes et des agheu ! agheu ! qu’il leur retournait à la perfection, car il avait aussi un certain don d’imitateur.

Au cours des cinq premières années de sa vie, Léo observa attentivement les enfants de son âge, et fit mine d’évoluer à leur rythme. Plus précisément, il eut un petit frère de dix mois son cadet, et décida de se caler sur les progrès du frangin. Aussi ses parents furent-ils convaincus que Léo souffrait d’un retard dans son développement psychomoteur, ce dont ils s’inquiétèrent auprès du pédiatre. Celui-ci lui fit faire toute une série de tests et en conclut que Léo s’identifiait à son jeune frère pour capter l’intérêt que les parents accordent plus volontiers au petit dernier. « Rien de bien grave dans tout cela, laissez-le aller à son rythme et laissons du temps au temps ! »
Les parents de Léo furent plus ou moins rassurés, et Léo le fut complètement : il avait passé avec succès la première épreuve !

Tant qu’il eut l’âge d’aller à la crèche, puis à l’école maternelle, il se garda d’exprimer son élocution cosmopolite et d’ouvrir le moindre livre, à l’exception des livres d’images. En tous cas en présence d’adultes, car il ne manquait jamais d’enrichir sa culture, en l’absence de ses parents, en piochant des ouvrages au hasard dans la bibliothèque de la maison. C’est ainsi qu’il lut quelques chapitres du « Capital » en allemand, tout Dickens dans le texte, une édition du « Petit livre rouge » en chinois, que son père avait dégotée aux puces. Il dévora la « Guerre des Gaules » en latin et se régala en vieux français des « Horribles et Epouvantables Faits et Prouesses du très renommé Pantagruel ».

Lorsqu’il entra en cours préparatoire, il avait réussi à garder son secret intact. Bientôt il pourrait lire tout son soûl sans se cacher, s’exprimer dans la langue ou le dialecte de son choix, sans ébaubir la société des adultes.

Léo n’avait pas envisagé qu’en France, l’apprentissage des langues fonctionne en un très long et très lent processus, pour un piètre résultat à l’arrivée. Il avait trop présumé de l’efficacité de l’Education Nationale.

C’est ainsi que, baissant la garde, il faillit se trahir. Un jour que la maîtresse lui demandait de lire au tableau : « Léo fait du vélo avec Toto », Léo se mélangea les pinceaux et récita : « Leo practica bicicleta con Toto ». Mademoiselle Odile ouvrit des billes d’une sphéricité parfaite et faillit s’étrangler. Léo, sentant venir le danger, s’empressa de corriger : « Léo a pris la bicyclette à ce con de Toto ».

Il fut réprimandé vertement pour sa grossièreté, mais il avait eu chaud. L’institutrice, dubitative, convoqua néanmoins ses parents et leur demanda s’ils n’auraient pas de la famille en Espagne. Ils n’en avaient pas.
L’incident fut clos.

Mais Léo devait adopter une stratégie.
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Gérard FEYFANT

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MessageSujet: Re: Roman : Avant le petit pois   Lun 7 Jan 2008 - 20:00

Chapitre 2










Son calage sur les progrès de son frère avait donné le change. Il entreprit de s’y recaler en l’attendant dans son cursus scolaire. Il allait mettre en œuvre une démarche de redoublement du cours préparatoire.

Ce fut mission impossible. Même Charlie Pinelli n’y parvint pas. Charlie Pinelli était le cancre parfait. Au terme de sa première année de scolarité obligatoire, il confondait le « a » et le « o » et n’avait assimilé aucune consonne. Encore moins les diphtongues. 2 plus 2 faisait selon son humeur 7 ou 11, rarement moins de 5. Charlie Pinelli disait souvent : il vaut mieux compter large, tu peux toujours en enlever. Il avait le sens pratique. Léo tenta de lui expliquer un jour, à la cantine, que sa théorie ne pouvait pas s’appliquer au sel dans la soupe. Charlie Pinelli répondit à Léo qu’il ferait mieux de faire gaffe à ses fesses, et de s’occuper de son assiette. Léo n’était pas sûr de bien comprendre, mais il se le tint pour dit. Charlie Pinelli parlait beaucoup par énigmes.

Plus que tout, Charlie Pinelli se fichait délibérément de sa cancritude. Le mot « cancritude » était de Léo. Il avait beaucoup lu sur la négritude, Il voulait dire par là que Charlie Pinelli cultivait son appartenance à la race des cancres, qu’il élevait la « cancreté » au rang de dogme. Et puis, dans « cancritude », il y avait solitude. Léo pensait qu’on doit être bien seul en s’enfermant dans une idéologie, à moins qu’elle ne fut universaliste. Ou quand bien même. Il ne savait pas encore, il n’avait que six ans.
Si Charlie Pinelli était effectivement un cancre solitaire, il se complaisait dans son état. Il disait à Léo : « l’idéologie, c’est qu’une coquille. L’important, c’est le jaune d’œuf ». Et il ajoutait : « Occupe-toi de tes fesses, si tu veux pas te retrouver à la coque ». Léo n’était toujours pas sûr de comprendre, mais il se le tint à nouveau pour dit.

Ils devinrent quelques années plus tard les meilleurs amis du monde.

En attendant que son frère le rejoigne au cours préparatoire, Léo calqua son apprentissage sur celui de Charlie Pinelli. Cela se passa très mal. Les parents de Léo furent convoqués par Mademoiselle Odile, en présence du directeur d’établissement et de l’assistante sociale dûment mandatée. Il n’y avait qu’un coupable à cette récession intellectuelle subite chez un enfant, qui certes affichait dix mois de retard dans son développement psychomoteur, mais « possédait de prime abord un potentiel cognitif compatible avec une certaine normalitude » (sic). L’unique coupable était Charlie Pinelli et l’influence néfaste qu’il exerçait sur Léo.

Charlie Pinelli le prit à part dans la cour de récréation pas plus tard que le lendemain et menaça : « Viens pas me casser la baraque ou gaffe à tes fesses ». Léo reçut le message cinq sur cinq et se le tint pour dit.

Il changea de stratégie.
Il se mit à faire pipi au lit. Il se mit aussi à faire pipi dans sa culotte, en pleine classe, chaque fois que mademoiselle Odile l’interrogeait. Les parents de Léo réagirent sur le champ. On parla d’énurésie fonctionnelle, de pédopsychiatre et de traitement infamant.
Conseil de Charlie Pinelli : Retiens ta vessie et surveille tes fesses.
Sans commentaire.

Il modifia à nouveau sa stratégie.
Un matin, au lieu de se rendre dans sa classe, il entra dans celle de son frère et se mit à jouer avec des culbutos toute la matinée. La maîtresse ne s’aperçut de sa présence qu’à la cantine de onze heures et demie. Elle le ramena par les oreilles à Mademoiselle Odile. Nouvelle convocation des parents, et cette fois-ci : pédopsychiatre.
Verdict du pédopsychiatre : « Cette attitude, symptomatique d’un sentiment de carence affective, est somme toute compréhensible compte tenu de la situation d’aîné qui est la sienne, particulièrement d’aîné d’un cadet quasi-jumeau. Sait-il faire du vélo ? »
Il savait faire du vélo. Le pédopsychiatre fit un geste de la main par-dessus son oreille, comme pour écarter une mouche, ou une hypothèse, puis émit un « mouais, mouais !» en se frottant le menton qu’il avait mal rasé. Cela faisait criss criss sous ses doigts. De toute évidence, il prenait son élan.
« On pourrait, à la rigueur, si les symptômes persistaient, envisager d’orienter les investigations vers la recherche d’une dysharmonie évolutive avec troubles des fonctions instrumentales qui pourrait suggérer le dépistage d’une éventuelle dyslexie. Mais pas d’affolement, ne brûlons pas les étapes. Rien de bien inquiétant pour l’instant. Soyez attentifs à son comportement et si les troubles persistent, nous aviserons. »
Les parents de Léo s’enfuirent affolés et le soir même, lui confisquèrent son vélo. Léo n’avait pas tout compris, mais suffisamment pour être convaincu qu’il y avait urgence à calmer le jeu.
Il fit son possible pour travailler mal à l’école, mais sans ostentation.

Ni Léo ni Charlie Pinelli ne redoublèrent leur cours préparatoire. Le redoublement à ce stade des études n’existe pas. Léo fit contre mauvaise fortune bon cœur. Charlie Pinelli s’en fichait éperdument.

Nous reparlerons de Charlie Pinelli ultérieurement.
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Gérard FEYFANT

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MessageSujet: Re: Roman : Avant le petit pois   Lun 7 Jan 2008 - 20:01

Chapitre 3











Les années passèrent, tant bien que mal. Léo s’ennuyait. S’ennuyait et dépensait une énergie colossale à faire semblant. Il y parvenait plutôt bien, mais ses efforts consommaient toute sa substance vitale. Il dépérissait.
Simuler l’attention en classe, lire en cachette des livres « pas de ton âge », déjouer les pièges de la bibliothécaire-en-chef de la bibliothèque municipale. La bibliothécaire-en-chef de la bibliothèque municipale avait un âge à peu près indéfini, mais que Léo situait largement au-delà de la centaine d’années. Son jeu favori était « chacun à sa place et les vaches seront bien gardées ».
« Chacun », c’était les usagers de la bibliothèque, définitivement répertoriés dans une des trois seules catégories prévues : adultes, adolescents ou enfants. Et ne t’avise pas de fureter ailleurs que dans les rayons qui te sont impartis ! En sa présence, il fallait feinter. Ca ne fonctionnait pas à chaque fois. Léo essaya bien de lui jeter un sort, en se concentrant très fort et avec force gestuelle, mais il n’était pas très doué à ce jeu. A peine parvint-il, à distance, à lui déclencher des démangeaisons exaspérantes dans les replis de ses pavillons auriculaires qu’elle avait fort développés. Mais les incantations et gestes cabalistiques de Léo n’eurent pas raison de la pommade contre l’eczéma dont la bibliothécaire- en-chef oignit grassement ses rougeurs purulentes. Heureusement, il y avait la bibliothécaire en sous-chef. Elle avait environ un siècle de moins que la bibliothécaire en chef et elle était gentille comme un sucre d’orge. C’était la grande copine de Léo. Intriguée par ses intérêts de lecture, elle l’interpella. Elle sentait plutôt la vanille que le sucre d’orge, mais de toute façon, elle était délicieuse. Léo n’hésita pas longtemps à la mettre dans la confidence.
« C’est que je suis un surdoué ! Mais ne le répétez à personne, surtout pas à la vieille pie, elle le dirait à mes parents ! »
La bibliothécaire en sous-chef était très impressionnée. Elle comprenait. C’est le deuxième surdoué qui entrait dans sa vie. Le premier, c’était un cousin à elle. Il avait été décelé et traité très tôt. Très tôt, c’était vers six ans. Il en avait vingt-six à présent. D’après les descriptions dont la bibliothécaire en sous-chef l’accabla, Léo fit tout de suite le rapprochement avec Gorki. Elle promit pour la vieille pie, tout en le sermonnant : il est tout à fait indécent de traiter quiconque de vieille pie, même une vieille dame quelque peu acariâtre.
- Pense que tu auras son âge un jour et qu’un jour elle a été une petite fille probablement adorable.
Léo était d’accord pour ne pas manquer de respect aux personnes âgées. Il n’avait pas dit « vieille pie » méchamment. Mais il ne voyait pas comment appeler quelqu’un de très ridé, qui avait une silhouette de corvidé, qui était toujours vêtue de noir et blanc et émettait en parlant un chak-chak-chak rauque. Il était moins d’accord sur le « probablement adorable ». Lorsqu’il essayait d’imaginer la bibliothécaire-en-chef enfant, il pensait irrémédiablement à un œuf bleu pâle éclaboussé d’olive et un bec à l’intérieur qui essayait de casser la coquille en disant : « Chacun à sa place ! Chacun à sa place ! ». La bibliothécaire en sous-chef et lui devinrent complices. Elle lui permit même de l’appeler Mathilde, et lui décocha un clin d’œil chavirant. Elle était toujours court vêtue de jupettes adorables qui flottaient autour d’elle. Léo trouvait que ses jambes surtout étaient gentilles comme des sucres d’orge et, sans qu’il comprît pourquoi, lui revenait en mémoire son intention ferme, lorsque viendrait l’âge des premiers émois, d’assurer comme un chef. Il se demanda cependant, les jours suivants, s’il avait eu raison de confier son lourd secret à une adulte, quand bien même elle sentait délicieusement la vanille et lançait des trucs avec ses yeux. Léo n’était pas habitué à faire confiance.
Les quelques nuits qui suivirent cette confidence, il rêva d’un enfant de vingt-six ans, en caoutchouc et plein de poils. Dans un immense amphithéâtre situé au beau milieu de la cours de récréation de l’école maternelle, fréquenté par une foule studieuse d’étudiants en blouses blanches, il jouait avec des culbutos en criant à tout bout de champ : «Pirouette avant ! Pirouette arrière ! » tandis que Mademoiselle Odile, en chaire, ponctuait son cours d’astrophysique de « Vélo à Toto ! Pipi culotte ! » devant un alignement de vieux messieurs sévères et mal rasés qui chassaient des hypothèse avec de grands gestes, comme s’ils étaient assaillis d’une nuée de moucherons. Ces nuits-là, Léo mouilla ses draps. Il eut la présence d’esprit d’attraper aussi la grippe et ses parents ne se formalisèrent pas pour cette énurésie accidentelle de préadolescent, d’autant qu’il donnait par ailleurs toutes satisfactions. Par ailleurs signifiait sur un plan scolaire.

Le reste du temps, Léo rêvait de cancritude.
Charlie Pinelli, qu’il ne croisait plus qu’exceptionnellement dans le quartier, fut catégorique :
« Tu perds ton humour, fais gaffe à tes fesses ! »

Le salut vint d’un cadeau. Léo avait dix ans.
Pas d’un cadeau personnel, comme aux anniversaires ou à Noël. Non, un cadeau commun, un cadeau familial, comme quand les parents achètent une voiture ou changent la télévision.
Encore qu’à Noël ! Un jour ils avaient dit : « Tiens, pour Noël cette année, cadeau familial : on part tous en Afrique du Sud à Pâques ! »
L’Afrique du Sud est un pays formidable. On y parle onze langues officielles : l’afrikaans, l’anglais, le ndebele, le sotho du Nord, le sotho du Sud, le swati, le tsonga, le tswana, le venda, le xhosa et le zoulou.

Le cadeau en question avait une masse initiale de trois mille quatre cent cinquante-cinq grammes tout en nerfs et en risettes, une dimension longitudinale de cinquante trois centimètres. C’était blond. Ca hurlait, ça pissait et ça trouvait ça drôle. C’était beau, on l’aimait et ça s’appelait Laura. Et ça ne ressemblait pas du tout à un œuf de pie.
C’était arrivé comme çà. Ca s’était installé à la maison pendant qu’on était à l’école. On s’y attendait tout de même un petit peu.

Léo était gaga de Laura-sourire. Il allait la protéger, la couver, la chouchouter, la choyer. Pour commencer, lui apprendre les langues étrangères. Plusieurs fois par jour, il lui disait « je t’aime » dans tous les idiomes qu’il connaissait.
« Qu’est-ce que tu lui baragouines ? lui dit sa mère.
- J’étalonne son empan linguistique.
- Etalonne plutôt tes devoirs de classe !
- C’est fait, m’man »
C’est vrai, c’était fait, recta sur l’ongle, en cinq secs. Dans le calme et la bonne humeur !

Léo découvrait un certain plaisir à vivre en ce bas monde. Il pensait avoir trouvé son centre de gravité.

Il devenait un aîné véritable, de plusieurs années de différence, avec des responsabilités. Pas un aîné jumeau. Son frère se retrouvait en position ambiguë. Ni jumeau putatif, ni benjamin. Un cadet pris en sandouiche. Bien fait pour lui !

Léo décida cette année-là de cesser de feindre la normalité. Sans avouer toutefois ni son don polyglotte ni sa mémoire phénoménale, il cessa de les dissimuler derrière une paresse feinte et devint haut la main, sans efforts particuliers, premier de la classe. Son livret scolaire, cette année-là, résume parfaitement la métamorphose de Léo :
1er trimestre : élément immature ; semble se désintéresser des études ; doit réagir sans tarder.
2ème trimestre : très bon élément qui donne toutes satisfactions ; a, de toute évidence, tenu compte des avertissements de ses professeurs.
3ème trimestre : élément exceptionnel ; l’excellent travail de l’équipe pédagogique a porté ses fruits au-delà de toutes espérances.
L’élément passa de la sixième directement en quatrième, de seconde directement en terminale. Cela pesa moins à Léo qu’il ne l’avait imaginé. A vrai dire, il ne s’était jamais vraiment intégré aux enfants de son âge. C’était plutôt un solitaire. Projeté au milieu d’enfants de quelques années plus âgés, cela ne faisait pour lui guère de différence. Il vivait plus ou moins à l’écart des autres. Seul Charlie Pinelli lui manquait.

Dès le collège, il s’aperçut que non seulement il s’exprimait avec aisance dans la langue de son choix, non seulement, il dévorait tous les bouquins qui lui tombaient entre les mains, mais qu’il comprenait ce qu’il lisait.
La littérature, c’était acquis : un beau texte n’a pas besoin d’être analysé, disserté. Il s’apprécie, c’est tout. C’est comme une omelette aux cèpes. Les articles scientifiques, c’est une autre cuisine. Tu as besoin de piger, de décortiquer les ingrédients, de les décomposer, de les incorporer en respectant tout un tas de dosages et de paramètres. Léo pigeait. Il se découvrit une passion pour les mathématiques et la physique. Il avalait tout ça, ça moulinait dans l’encéphale, les sucs intellectuels agissaient. Il assimilait. Même, il allait au-delà de la simple digestion. Il sécrétait des hypothèses, les nourrissait, les mettait en équations. Il s’autoalimentait.
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Romane
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MessageSujet: Re: Roman : Avant le petit pois   Lun 7 Jan 2008 - 23:25

Je me réjouis de la reprise du petit-pois ! Souhaites-tu des remarques, suggestions ? (un fil commentaires ? )

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
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MessageSujet: Re: Roman : Avant le petit pois   Mar 8 Jan 2008 - 0:07

Oui sans restriction ! Lâchez-vous !

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
Imprimé par nos soins. Ne pas jeter sur la voie publique.
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Vilain
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MessageSujet: Re: Roman : Avant le petit pois   Mer 9 Jan 2008 - 21:52

Scapin a écrit:
Oui sans restriction ! Lâchez-vous !


Oui..Bon..ben..c'est..en fin bref tu vois...mais quand même..;quoique que....c'est pas mal... AngeR
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Romane
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MessageSujet: Re: Roman : Avant le petit pois   Jeu 10 Jan 2008 - 2:46

J'ai mis beaucoup de bonne volonté, et je dois dire que je l'ai relu avec le même plaisir, alternant allègrement entre humour et tendresse.

C'est vrai que de certaines phrases un peu longues, on pourrait se dire qu'il serait bon de les raccourcir. Eh bien non. J'ai mis plein de bonne volonté à les relire en essayant de m'étouffer. En vain. J'arrive pas. Je trouve même que le contraste entre ces longues et ces brèves cisèle le relief du texte.

Ah. Excellentes, ces petites phrases couperets, entre les paragraphes. Des petits bijoux de révélation. Le grand boum qui toque et interpelle. La bande pub, quoi.

Je sens, je sens qu'il va encore falloir une troisième lecture. Le problème est que je me régale à chaque fois et que je fais même des trouvailles supplémentaires, comme quand on revisionne un film qu'on a adoré, une fois, deux fois, dix fois, il y a toujours un trésor caché quelque part qu'on n'avait pas vu.

Ce qui me gène, c'est que mon plaisir de lectrice m'empêche de traquer ce qui n'irait éventuellement pas, et que bien sûr, je n'aurais pas vu.

P.S : Tu as glissé combien de fautes dans ce premier envoi ?

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Roman : Avant le petit pois   Dim 31 Aoû 2008 - 20:49

Moi, j'adoooooore !!!!

(Et à cette unique lecture, n'ai repéré qu'une seule petite faute d'accent oublié sur un subjonctif avec un ne en trop)

Pas envie de faire un commentaire circonstancié pour l'instant. Juste un truc qui cruellement me taraude : quand la suite ? ? ? ? mais quand ? ? ? ?
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MessageSujet: Re: Roman : Avant le petit pois   Lun 1 Sep 2008 - 22:46

Chapitre 6

Ne cherchez pas les chapitres 4 et 5, ils ne sont pas encore écrits.
(Le temps a passé, on saute quelques années).
Ils évoqueront l'évolution de la personnalité de Léo qui va le conduire à rechercher la compagnie de Charlie Pinelli, personnage qui l’a toujours intrigué, dont il admire l’indépendance et la marginalité.


Cette fois, Léo contourna le bois de noisetiers par la gauche. La semaine précédente, il l’avait contourné par la droite et s’était empêtré dans un taillis inextricables envahi de ronciers, dont il avait eu toutes les peines du monde à s’extraire. Il en était ressorti écorché à vif. Personne n’avait pu passer par là, pas même Charlie Pinelli le passe muraille. Léo avait abandonné et rebroussé chemin. Il sentait cependant qu’il approchait du but. Charlie était quelque part là-dedans, dans ce foutu bois d’un hectare à peine. Léo le suivait à distance, incognito, depuis plusieurs semaines. La première fois, il l’avait aperçu traverser le chemin au niveau de la souche de châtaigniers. Par précaution, il n’avait pas franchi le chemin, mais s’était contenté de mémoriser les lieux. La fois suivante, il l’avait vu obliquer sur la droite, disparaître derrière trois chênes immenses, serrés en bouquet. Un autre jour, il avait osé s’avancer jusqu’aux trois chênes, s’était dissimulé et avait guetté. Charlie Pinelli disparaissait dans une combe, à vingt mètres en contrebas. Il avait fallu à Léo quinze jours supplémentaires pour oser s’aventurer dans la combe. C’est alors qu’il vit Charlie Pinelli remonter, toujours de son même pas lent d’adolescent paisible la combe et disparaître à nouveau. Il sifflotait l’Internationale. D’arbre en bosquet, de souche en taillis, de carcasse de voiture rouillée en matelas éventré vert de moisissure aux ressorts dressés dans une désopilante érection, Léo était persuadé qu’il ne tarderait pas à découvrir la planque de Charlie Pinelli.
Il lui sembla qu’un buisson devant lui s’ouvrait en son milieu. Il s’en approcha. Quelques branches cassées l’encouragèrent. Il s’y engouffra. Le buisson ne s’épaississait pas, mais s’ouvrait pour se refermer de toute part autour d’une clairière herbeuse d’environ dix mètres sur dix. Au centre de cet espace herbeux, un chêne immense s’élevait. Léo leva les yeux. Il aperçut à peine les premières branches, à cinq ou six mètres au-dessus d’un fût noir, impressionnant par sa circonférence. La frondaison était tellement épaisse qu’il ne distinguait, tout là-haut, qu’une masse compacte.
Léo s’adossa contre le tronc, essoufflé. Il entendit un léger bruit, imperceptible et leva les yeux. Un écureuil escaladait l’arbre. Dérangé par la présence de Léo, il s’envola d’un bond prodigieux sur un jeune arbre à portée de saut, faisant ployer un mince rameau, rebondit encore et disparu. C’est alors que Léo remarqua les marques sur le tronc du chêne. Comme des coups de griffes. Il pensa à un reportage de Pierre Camara qu’il avait vu sur l’ours des Pyrénées, qui laisse sur l’écorce des arbres des marques semblables. Il n’y avait jamais eu d’ours en Périgord. En tous cas pas depuis la dernière glaciation. Léo examinait les blessures quand il entendit la voie de Charlie Pinelli :
« Tu en as mis du temps ! »
Léo se retourna vivement. Aucun Charlie Pinelli en vue. Léo n’était pas arrivé à identifier d’où provenait la voix. Devant, derrière, à gauche, à droite ?
Il scrutait les alentours lorsque Charlie Pinelli reprit la parole :
- Plaque-toi contre l’arbre et ne bouge surtout pas. »
La voix venait d’en haut.
Léo se plaqua et ne bougea plus. Trois secondes plus tard, deux paires de mâchoires énormes s’abattaient à ses pieds.
- Ramasse ! »
Léo se pencha. Deux outils diaboliques gisaient au sol. Ils ressemblaient à des mandibules de lucane cerf-volant mâle. Le coléoptère devait peser une tonne ! Il en prit une dans ses mains. C’était lourd et froid. Gravé dans la masse, il lut : « Griffes L’ECUREUIL Forges d’Excideuil Breveté PTT. »
- Enfile à chaque pied, comme des patins à roulettes et sert bien les sangles. »
Léo enfila à chaque pied, comme des patins à roulettes et serra bien les sangles. Il se remit debout. La position des griffes, fixées à ses pieds lui donnait l’allure chaloupée et les jambes arquées d’un vieux loup de mer.
Une corde descendit du chêne.
- Passe le nœud coulant sous les bras, grimpe et fais gaffe à tes fesses. »

Léo eut toutes les peines du monde à planter les griffes dans le tronc. Surtout, dès que les griffes entraient dans la chair de l’arbre, il n’avait pas la force de les retirer pour attaquer la marche suivante. Sans la force insoupçonnée de Charlie Pinelli qui tirait sur la corde, il n’aurait pas décollé d’un mètre. Il parvint cependant au-delà des premières branches maîtresses sans trop d’encombre.
« Encore un effort et gaffe à ta tête »
Trop tard, Léo se cogna sauvagement contre une planche.
Il avait loupé l’entrée, une trappe relevée dans un plancher. D’un rétablissement, il se présenta devant l’ouverture. D’une dernière traction sur la corde, Charlie Pinelli l’introduisit chez lui et referma la trappe.
La force insoupçonnée de Charlie Pinelli venait qu’il s’aidait d’un treuil.
« Bienvenu chez Charlie Pinelli.
- Comment on redescend ?
- Mille façons. La plus spectaculaire, c’est le renard volant, je l’ai encore jamais essayée. La plus gracieuse, c’est à la Firmin. La plus pratique, le treuil : avec mon contrepoids maison, la corde remonte toute seule dès que tu touches sol et déclenche la fermeture de la trappe.
- Si tu as oublié les griffes en haut, comment tu remontes ?
- Y a d’autres moyens, dont une échelle planquée dans le fourré.
- Le renard volant ?
- En Australie, t’as des gars tellement ravagés et qu’en ont tellement marre qu’ils montent sur les pylônes et s’envoient en l’air. Un saut de l’ange de première !
- La méthode à Firmin ?
- Tu viens de le croiser.
Charlie émit un tsick-tsick suraigu. Firmin l’écureuil apparut instantanément par un trou dans le toit de branchages, atterrit sur la table d’un saut, piqua une noisette dans une assiette, l’ouvrit d’un seul coup de ses lames de rasoir et la vida.
- Firmin, Léo. Léo, Firmin.
Une seule noisette et il était reparti. La scène n’avait pas duré trente secondes.
- Il ne cure jamais l’assiette quand tu n’es pas là ?
- Il a de l’éducation. Et puis, c’est pas la faim qui le fait venir me voir. Je me demande si c’est pas simplement l’amitié.


Chapitre 7


Ils prirent l’habitude de se retrouver dans l’arbre les week-ends. Léo menait une vie plus structurée que Charlie Pinelli. En tous cas programmée. Etudes, famille, petite sœur. Ils ne se donnaient jamais rendez-vous. Ils se retrouvaient là, simplement. Charlie Pinelli semblait vivre une partie de sa vie dans l’arbre. Il avait aménagé la cabane avec goût et ingénuité. Il n’y faisait apparemment rien. Curieusement, il semblait toujours occupé. Il s’absentait souvent. Léo pouvait ne plus le voir pendant des semaines. Charlie Pinelli battait la campagne, dormant chez quelque fermier à qui il donnait un coup de main. Toujours par monts et par vaux. Il était peu loquace sur ses expéditions. Léo savait de Charlie Pinelli ce que celui-ci voulait bien lui confier. Parfois aussi, s’ils restaient trop longtemps sans se rencontrer, dans le bois ou dans le quartier – cela arrivait encore de temps en temps – Léo allait s’inquiéter chez les parents de Charlie Pinelli. Ils avaient renoncé à retenir leur fils. De pauvres et braves gens honnêtes.
« Que voulez-vous – ils vouvoyaient Léo – c’est un indépendant ! Il n’a jamais été comme les autres enfants. Il s’asphyxie ici. Il a toujours eu besoin de respirer davantage. Sa vie c’est le vent et les bois. Où il est ? Cherchez du côté des Coutoux ou vers la Robertie : il avait promis pour les foins. A moins qu’il ne soit descendu chez son oncle à Arrens. Possible qu’il se trouve par là-bas. J’ai un frère berger dans les Pyrénées. Il y est fourré de plus en plus souvent. L’appel des grands espaces, il appelle çà. Il étouffe ici, faut le comprendre. Qu’est-ce qu’on peut lui offrir, nous autres, on est des gens de peu. C’est pourtant pas qu’il soit exigeant. M’est avis, même, qu’il aurait pu devenir quelqu’un. Je crois qu’il a fait un choix. La montagne, les moutons, la liberté, la lumière, faut croire qu’il lui faut çà à son bonheur. Si c’est sa vie ! Un brave petit, courageux et honnête. Mais trop à l’étroit chez nous. Allez quand même voir du côté des Coutoux, chez un nommé Mauriceaux, la petite ferme dans le hameau. »

Léo ne partait jamais en quête de Charlie Pinelli. Il avait le pressentiment que son ami n’aurait pas apprécié qu’il vînt le relancer sur ses territoires. Le fait est que Charlie Pinelli revenait toujours, tôt ou tard à son arbre. Il avait dit un jour : à notre arbre. C’avait été pour Léo un cadeau inestimable.

Léo quitta la région pour poursuivre des études supérieures. Il fréquenta l’Ecole doctorale de Physique de Strasbourg où il prépara un D.E.A. de physique subatomique. Les rencontres s’espacèrent. Mais jamais Léo ne manquait, lorsqu’il revenait au pays, d’aller passer plusieurs jours dans la cabane. Il y dormait souvent. Charlie Pinelli, où qu’il fût, comme s’il savait la présence de Léo, apparaissait dans la journée, au plus tard le lendemain. Léo se disait que, peut-être bien, c’est Firmin l’écureuil qui le renseignait, ou quelque oiseau. Ou le vent. Firmin l’écureuil s’était habitué à Léo, il entrait dans la cabane par le trou dans le toit, s’installait sur une branche, mais il ne venait jamais piocher une noisette. Léo avait bien essayé d’émettre le tsik-tsik suraigu qui donnait le signal. En vain.

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MessageSujet: Re: Roman : Avant le petit pois   Lun 1 Sep 2008 - 22:48

Chapitre 8


« Tu n’as jamais voulu savoir lire ?
- Pour en faire quoi ?
- Pour t’instruire.
- Qu’est-ce que j’ai besoin d’apprendre dans des livres ? Ce que j’ai besoin de savoir, je le ramasse autour de moi. Qu’est-ce que tu veux que j’apprenne dans un livre que les champignons vont sortir dans trois jours parce que le sous-bois est fleuri ? Que c’est temps d’aller aider le père Anselme parce que c’est demain que les brebis vont agneler ? Je le sais, point barre ! C’est un livre qui va me dire que demain la campagne sera blanche de gelée et que je vais marcher des heures à respirer le vent, que je vais lever une lièvre dans le labour et que j’aurai même pas de fusil et que, de toute façon, je la tirerai jamais, que je vais juste, comme çà, la regarder me narguer et qu’on va causer tous les deux ? C’est un livre qui va me dire çà ?
- Certains livres, oui.
- Foutaises ! J’ai pas besoin de lire ce que je sais déjà.
- Il y a d’autres choses dans les livres, des choses qu’on ne sait pas.
- Lesquelles ?
- Je ne sais pas !
- Tu vois bien !

Leurs conversations tournaient court à chaque fois. Charlie Pinelli n’avait aucun argument à opposer à Léo que ce « tu vois bien ». Et Léo n’y trouvait jamais rien à redire. Comme si ce « tu vois bien » contenait à lui seul toutes les explications du monde, tous les arguments. Après quoi, le silence s’installait, un silence qui n’en finissait pas, qui aurait aussi bien pu durer toute la vie, jusqu’à ce que Charlie Pinelli lance à Léo : « Tu vas être en retard », ou que Léo se lève en s’excusant : « Bon, il faut que j’y aille ». Alors ils se quittaient sans se dire au revoir, sans une poignée de main. Jamais ils ne se serrèrent la main. Il est des gestes tabous. A moins qu’il n’y ait des gestes superflus.
Pourtant ce jour-là, après un silence plus long que d’habitude, comme si aucun des deux n’osait le briser de peur que la magie prenne fin, Léo entendit la voix de Charlie Pinelli monter comme un murmure. Ils étaient restés immobiles et silencieux si longtemps, que la nuit s’était installée dans la cabane. Un coin de ciel par le toit de branches se posait au milieu de la pièce, les séparant chacun dans son obscurité :
« Tu vois, ce que j’aime, moi, c’est les matins. Où que je sois, je les attends. Je me lève toujours avant eux, pour les surprendre. Jamais tu n’as un matin pareil à un autre. Il y a des matins qui t’explosent à la figure, d’un seul coup. Ils t’éclaboussent la vie en pleine poire. D’autres qui n’en finissent pas de naître, et tu te dis que çà pourrait bien être aujourd’hui la fin du monde. Il y a des matins d’été qui commencent quand le soir fini, parce qu’il n’y a pas eu de nuit. Tu savais çà, toi l’intello ?
- Je le savais !
- Tu en as vu ?
- Non jamais.
- Tu vois bien ! »
Ce fut Charlie Pinelli qui conclut ce jour-là, sans laisser au silence le temps de s’installer :
« Tu vas être en retard ! »


Chapitre 9


Un samedi après-midi, Charlie Pinelli et Léo étaient assis, chacun contre une cloison opposée dans la cabane. La conversation avait tourné court, comme d’habitude. Léo ouvrit un livre qu’il avait amené avec lui.
« Ecoute çà :
Déjà, on dirait que les nuits d’été ne sont pas tout à fait la nuit. Elles conservent jusqu’à l’aube un peu du jour de la veille, en lisière. D’ailleurs, en juillet, elles semblent avoir du mal à s’imposer, l’horizon à l’ouest reste clair et les crépuscules n’en finissent pas : ce sont les plus lents de l’année. Une étonnante luminosité semble attiser l’embrasement des étoiles qui, en cette saison, parsèment à foison le ciel et diffusent leur étrange clarté.
Alors, on veille plus qu’à l’accoutumée. On attend la fraîcheur, parfois jusque bien après minuit, surtout sur les coteaux et les plateaux où la terre continue de rayonner, pleine d’une odeur de paille chaude. Dans les vallons, au contraire, dès le soleil couché, les ruisseaux soufflent des bouffées de fraîcheur. C’est l’heure où, avant la télévision, les gens sortaient les chaises sur les pas des portes.
Les grillons prennent le relais des cigales jusqu’à l’épuisement. Le silence ne s’installe qu’en fin de nuit…
Les aurores d’été sont bien moins flamboyantes que les aurores d’automne. Mais elles sont les plus longues. Au début, la campagne blanchit, lentement. Soudain, un petit vent à peine perceptible souffle d’un coup les étoiles, le temps de fermer les yeux, de les ouvrir. Le ciel devient laiteux, et puis c’est du miel qui coule doucement sur toute l’étendue du pays. Alors, la lumière est rarement aussi pure, aussi légère. La douceur est partout, même l’exaltation des oiseaux est plus contenue. La petite fraîcheur qui se lève est succulente.
Si les matins d’automne sont souvent une apothéose, les matins d’hiver parfois un éblouissement, ceux de printemps une résurrection, les matins d’été sont une espérance… » (*)
(* Michel Testut - Petits matins – La Lauze 2001)

La voix de Léo, douce, limpide, envahissait l’espace comme un cantique. Lorsqu’il termina sa lecture, Charlie Pinelli n’avait pas bougé d’un poil. Il avait les yeux fermés, on aurait pu croire qu’il dormait.
Léo se leva :
« Bon il faut que j’y aille. Je te le laisse ?
- Pour quoi faire ?
- Je l’ai en double. »
Il posa le livre sur la table et sortit. Charlie Pinelli n’avait pas rouvert les yeux.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Roman : Avant le petit pois   Lun 1 Sep 2008 - 22:51

Chapitre 10

Un jour que Léo rendait visite à Charlie Pinelli dans son arbre, il surprit Laure qui sortait du bois.
« Il t’a touchée ? »
Laure lui claqua un bécot sonore sur la joue, l’incendia de son sourire-soleil et s’en fut comme une fauvette, en riant :
« Sois pas jaloux, frérot, juste un p’tit peu les fesses !
- Tu n’as que quinze ans sœurette, il en a vingt-quatre !
- Je suis patiente.
Léo allait s’enfoncer dans les taillis, quand il se ravisa et fit demi-tour :
- Attends, je rendre avec toi !
- Attrape-moi si tu peux ! »
Et elle fila comme une biche heureuse.

Ils ne s’entretenaient jamais de Charlie Pinelli. Laura-secrète était un petit animal sauvage, Léo un taciturne. Elle avait ses reposées, lui sa réserve.
S’ils étaient aussi souvent que possible en conversations et en confidences, qu’auraient-il pu se confier l’un à l’autre concernant ce grand bonhomme étrange ? Léo avait le sentiment qu’ils ne connaissaient pas le même Charlie Pinelli.



Chapitre 11


Sans que Charlie Pinelli le lui ait demandé, sans non plus qu’il s’y opposât, Léo prit l’habitude de lui faire la lecture. Il découvrit à l’occasion le plaisir de lire à haute voix Il est des textes qui ne devraient pas être simplement parcouru des yeux, qui ne dégagent leur saveur que s’ils sont dits ; ils demandent une mise en bouche. Alors ils livrent tous leurs arômes. Qui dégusterait un château yquem 1940 dans un verre en pyrex qu’il viderait cul sec ? Il choisissait des textes qui l’avaient ému, Le scénario était toujours identique. Chacun s’asseyait au sol à une extrémité de la pièce. Pourtant, Charlie Pinelli avait coutume de s’installer de sorte que Léo ne puisse pas l’observer. Mais Léo devinait l’émotion de Charlie Pinelli dans son écoute silencieuse, sa respiration se faisait plus paisible, et dans le silence qui se prolongeait, la lecture achevée.
Un jour que Léo allait reprendre la lecture du « Regain » de Jean Giono qu’il avait laissé sur la table une semaine plus tôt, il constata que le signet n’était pas à sa place, mais quelques pages plus loin. Il poursuivit sa lecture à l’endroit indiqué par le marque-page. Charlie Pinelli, qui avait pourtant une mémoire infaillible, ne fit aucun commentaire.
De ce jour là, Léo oublia plus souvent ses livres dans la cabane.

Léo montait aussi dans l’arbre, pour ses lectures personnelles, des ouvrages de vulgarisation scientifique, qu’il connaissait par cœur, mais qu’il avait plaisir à relire. Il commença par les écrits de Hubert Reeves, d’Albert Jacquart, de Stephen Jay Gould. Il s’installa ainsi une petite bibliothèque permanente. Charlie Pinelli ne fit jamais d’objection, ni aucune allusion. Il avait naturellement accepté cette intrusion, avait même construit des rayonnages bien à l’abri des quelques gouttières. Mais Léo était sûr de lui, quelques pièges dressés le lui confirmèrent : Charlie Pinelli lisait en secret.

Léo aimait à entretenir Charlie Pinelli de sujet qui le passionnait. Charlie Pinelli écoutait.

« Toutes les galaxies s’éloignent les unes des autres, dans toutes les directions de l’Univers, à une vitesse d’autant plus élevée qu’elles sont distantes en elles. L’Univers se dilate : il est en expansion. Passe le film à l’envers. Toute la matière, qui existe en quantité finie, se contracte. Remonte à treize ou quatorze milliards d’années en arrière : l’Univers est un petit-pois. Il contient toute la matière et toute l’antimatière, avec un grain de sel supplémentaire au profit de la matière. L’image du petit pois est incorrecte, car il possède une dimension et une masse, une température finies. Et surtout, on l’observe de l’extérieur. L’univers, lui, ne peut être vu de l’extérieur, parce qu’il est à la fois la matière, le temps et l’espace. Mais simplifions et conservons l’image de notre petit pois. N’imagine pas forcément plus petit, imagine infiniment plus dense. Tellement dense qu’il ne peut plus se suffire à lui-même. Il explose. Cette image de l’explosion est elle aussi simpliste. En réalité, un corps qui explose a besoin d’un espace préalable dans lequel se répandre. Ce n’est ici pas le cas, mais faute de mieux, imagine une explosion en un magistral Big Bang pour donner la soupe primitive qui est sa propre marmite, qui est à la fois contenu et contenant, qui s’enfle et se répand pour aboutir à Firmin l’écureuil, à Laura-douceur et aux petits matins. Du Big Bang à ce chêne, de ce chêne à ce que deviendra l’Univers dans quelques milliards d’années, tout est calculé, démontré, théorisé.

L’homme pensant a voulu comprendre parce qu’il est curieux. Mais il a compris parce qu’il a bâti des hypothèses, qu’il les a mises en équations. Il a conçu un outil fantastique : les mathématiques. Les mathématiques proposent des solutions, que l’observation et l’expérimentation viennent ensuite confirmer ou invalider. Longtemps Einstein n’a pas voulu admettre que sa théorie impliquait un Univers en expansion. L’idée selon laquelle l’Univers puisse avoir un début et une fin, lui était insupportable. Il n’était pas, culturellement, prêt à l’admettre. La plus grande et la plus belle qualité du chercheur est sa capacité à douter. Rien n’est jamais acquis. Le doute est le moteur du progrès scientifique, le stimulant de la pensée féconde. Sans le doute, la Terre serait encore plate. Les certitudes d’Einstein l’ont aveuglé au point qu’il a introduit une constante cosmologique dans ses calculs pour que l’Univers reste statique. Mais les mathématiques sont têtues. Quand d’autres calculs puis l’observation par Hubble, ont mis en évidence le principe expansionniste, Einstein a fait son mea culpa. Le physicien n’a jamais peur de se tromper.

Le Big Bang est un modèle mathématique. La preuve de son existence ne pouvait être apportée que par l’observation d’un bruit de fond et d’une température résiduelle. Les mathématiques ont prédit leur existence et les ont mesurés. L’observation est venue confirmer les calculs.

Fin de l’histoire ? Au contraire, c’est là que tout commence : avant le petit-pois. Dans l’infiniment lointain de l’Univers. Les calculs aboutissent à une singularité. Il y a blocage. Le temps de Planck à 10-43 secondes est infranchissable. D’autres murs se dressent : masse, température, densité. Nous disposons aujourd’hui de deux théories distinctes, qui expliquent, l’une l’Univers du Big Bang à nos jours et un peu au-delà, quelques milliards d’années plus tard, l’autre ce qui se joue au cœur des atomes, dans l’infiniment petit. Dans le petit-pois, aucune théorie validée n’a plus court. Tout grille, c’est le court jus total. La relativité générale et la mécanique quantique sont en contradiction, impossible de les faire fusionner. Il reste à les unifier en une théorie de la gravitation quantique.

La solution n’est probablement pas d’enlever encore et toujours du temps au temps : tu n’aboutiras qu’à un résidus de temps de plus en plus infime, mais jamais tu ne toucheras au temps zéro. Si tu as trop salé la soupe, elle reste trop salée, la dernière goutte autant que la soupière toute entière.
Il faut modifier l’angle d’attaque. Changer la recette.
Penser autrement ! »

Charlie Pinelli écoutait. Jamais il n’interrompait Léo, jamais non plus ne lui disait « Continue ! » Lorsque Léo interrompait son monologue, souvent Charlie Pinelli émettait son tsick-tsick suraigu et Firmin l’écureuil venait chercher la récompense d’une noisette.

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MessageSujet: Re: Roman : Avant le petit pois   Lun 1 Sep 2008 - 22:54

Ebauche de chapitre 12


- Qu’est-ce qui t’a décidé ?
- Les clôtures !
- Les clôtures ?
- Tu n’as pas remarqué ?
- Qu’est-ce que j’aurais dû remarquer ?
- Bien sûr, toi, tu es déjà enfermé dans ta cage. Bouquins et compagnie ! Tu vis en prison, tu y es né, tu ne vois plus les barreaux qui t’entourent. Ils font partie de ton paysage ordinaire. Moi quand j’allais à travers le Périgord, il y a encore quelques années, je pouvais marcher des heures sans rencontrer la moindre clôture, la moindre barrière, que celles des pâturages, mais celles-là ne sont pas des interdictions, mais des protections. Tu ouvres, tu passes, tu refermes derrière toi. Aujourd’hui, tu ne fais plus cent mètres sans te cogner aux barbelés. Les bois sont clos de partout. Et les panneaux : Cueillettes interdites, Propriété privée, Défense de ramasser les champignons, j’en passe et des pires. Ce bois même. J’en peux plus, j’étouffe, je me sens prisonnier, je m’en vais.

Léo avait proposé à Charlie Pinelli de l’accompagner à Arrens où il voulait vivre désormais. Son oncle souffrait d’arthrose, ne pouvait plus s’occuper seul de ses deux cents brebis. Il allait prendre le relais.

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MessageSujet: Re: Roman : Avant le petit pois   Lun 1 Sep 2008 - 23:13

Alors, Hombre ! Il s'agirait de ne pas laisser dans l'ombre ce roman si charmant ! Tu reprends le bic ? steuplééé !

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MessageSujet: Re: Roman : Avant le petit pois   Mar 2 Sep 2008 - 8:53

Ma? Qué el scapinocchio escribe plou vite que su sombra!
Finito la siesta sous el sombrero, dios mio!
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MessageSujet: Re: Roman : Avant le petit pois   Mar 2 Sep 2008 - 20:02

Dans ces chapitres, il manque un peu de la légèreté bondissante des 3 premiers. Mais si j'ai bien compris, ils ne sont pas totalement aboutis. Le travail est déjà super. Encore cette fois, j'attends la suite ! Wink
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MessageSujet: Re: Roman : Avant le petit pois   Mar 2 Sep 2008 - 20:26

Comme tu as raison ! Mais le monde est-il le même quand on a quatre ans et vingt, puis cinquante ?

A quatre ans, Léo est persuadé que son chien dénoue et renoue les lacets de chaussures. Il y croit dur comme fer. Faudrait-il que l'auteur écrive : "ce pauvre Léo, qui croyait qu'un chien peut renouer des lacets de chaussures !" Et le rêve ? Et la certitude innocente de l'enfant ? ça devient quoi ? Alors l'auteur raconte que le chien de Léo dénoue et renoue les lacets de chaussures. Il faut bien lui faire plaisir à ce gamin. Le rassurer. Chausser ses yeux et ses certitudes. Se mettre à sa hauteur. Dans son lagage à lui.

Mais le temps passe. Les certitudes se déplacent. Les doutes aussi. Et les rêves !

Faut-il que l'auteur, qui fabrique toute une vie sur son clavier, du berceau à l'hiver, soit invariable dans son style ?

Charlie Pinelli quelque part prévient Léo : "Tu perds ton humour, fais gaffe à tes fesses !" ou un truc du genre.

C'est la vie qui passe ! Celle de Léo. Et l'auteur là-dedans, qu'est-ce qu'il doit faire ? Et bien il s'adapte, l'auteur. Il est au service de ses personnages, le pauvre !

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MessageSujet: Re: Roman : Avant le petit pois   Mar 2 Sep 2008 - 20:38

Mais absolument ! Nous en sommes tous là : à nous laisser mener par le bout du nez par nos personnages.
C'était un brin de nostalgie de l'enfance qui s'exprimait par mes mots...

Léo, son ami et la petite soeur (en filigrane) sont tous 3 très attachants. C'est ce qui me donne envie de les suivre, tu vois.
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MessageSujet: Re: Roman : Avant le petit pois   Mar 9 Sep 2008 - 20:50

Quelques chapitres et quelques années plus tard... Ce qu'il s'est passé entre-temps, moi je le sais, mais vous, ce sera plus tard... peut-être !




Lettre de Laura à Léo.

« Je reçois ton courrier à mon retour du désert d’Atacama. Toute l’équipe du Cerro Paranal où nous avons réalisé des mesures avec le VLT te salue. Le VLT, c’est géant ! Quatre télescopes de 8,20 mètres de diamètre, qui peuvent fonctionner indépendamment ou en mode interférométrique, j’en suis sur les fesses ! Mais tu connais !
Lucien, Julien, Agnès sont restés pour traiter les données. L’air est si sec là-bas que je crains de les retrouver momifiés dans trois mois. Tu auras les résultats sur ta messagerie. Mais il me semble que tu n’es pas trop dans les étoiles ces derniers temps. Plutôt dans la lune !
J’ai retrouvé avec plaisir l’équipe des Marseillais du télescope Marly. Ils ont bien avancé sur le projet EROS III. Cet outil est vraiment un bijou. La recherche des effets de microlentille gravitationnelle des naines brunes de notre galaxie sur les étoiles du Grand Nuage de Magellan en est boostée. Les Marseillais sont très enthousiastes.
Curieusement, de retour de l’Atacama, à 500 kilomètres au nord de la Silla, notre avion a transité par Santiago du Chili. Cette ville est plus polluée que jamais. La vision sur la Cordillère des Andes est cependant toujours aussi spectaculaire. Et le survol de l’Aconcagua est toujours une féerie. Je me tiens assise sur un rocher, à proximité de ces nouveaux pétroglyphes que tu as découverts l’été dernier. A 2400 m d’altitude, l’air est vif, mais agréable. Un petit pull suffit. La force de l’habitude sans doute. Le sol est tapissé de saxifrages et d’edelweiss, un véritable patchwork. Le Grand Jardinier a un talent fou.

Charlie Pinelli est rentré d’Arrens, il y a six mois, pendant ton séjour à Montréal. J’étais à Paris. Une pause de deux mois entre la Sierra Nevada et le Chili, qui m’a permis de bien avancé sur ma thèse. J’ai planché sur l’équation des géodésiques. Ça va ! Je serai prête dans un an. Tu me diras ? Je travaille beaucoup en lien avec Guillaume le Fou, tu sais, cet astrophysicien-alpiniste qui travaille sur les trous noirs. Il m’a envoyé son module géodésique qui contient les fonctions et subroutines propres au calcul de la trajectoire d’un photon ; il avait émaillé son calcul de l’angle de réflexion de signes cabalistiques qui m’ont laissée pantoise un moment : O │ ┘ Δ .
Lorsque j’ai cliqué sur le dernier, le professeur Shadoko a jailli plein écran dans un bruit de trompette éraillée en criant « GA ! BU ! ZO ! MEU ! » qui sont les quatre lettres de l’alphabet Shadock, représentées par ces fameux signes cabalistiques. Avant de disparaître dans un bruit de verre brisé, le professeur Shadoko a déclaré : « S’il n’y a pas de solution, c’est qu’il n’y a pas de problème ! ». Le courriel de Guillaume le Fou était suivi d’une leçon du professeur Shadoko. Je l’ai imprimée et je te la fais passer.

La leçon du professeur Shadoko

« Dans le cadre de la campagne d’éducation des Shadocks, nous allons assister aujourd’hui au premier cours de logique du Professeur Shadoko. Au programme : les passoires.
« Le professeur parle : « agnagna agnagna ; passoires gna agna agna gna gna passoire. On appelle passoire tout instrument sur lequel on peut définir trois sous-ensemble : l’intérieur, l’extérieur et les trous.
« L’intérieur est généralement placé au-dessus de l’extérieur et se compose le plus souvent de nouilles et d’eau. Les trous ne sont pas importants. En effet, une expérience simple permet de se rendre compte que l’on ne change pas notablement les qualités de l’instrument en réduisant de moitié le nombre de trous, puis en réduisant cette moitié de moitié, etc. etc. et à la limite jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de trous du tout. D’où théorème : la notion de passoire est indépendante de la notion de trou et réciproquement.
« On appelle passoires du premier ordre les passoires qui ne laissent passer ni les nouilles, ni l’eau. On appelle passoires du troisième ordre, ou passoires complexes, les passoires qui laissent passer quelquefois l’un ou l’autre et quelquefois pas. Pour qu’une passoire complexe laisse passer l’eau et pas les nouilles il faut et il suffit que le diamètre des trous soit notablement inférieur au diamètre des nouilles. Pour qu’une passoire complexe laisse passer les nouilles et pas l’eau, il faut et il suffit que le diamètre des trous soit notablement inférieur au diamètre de l’eau.
« Quant aux passoires du premier ordre qui ne laissent passer ni les nouilles ni l’eau, il y en a de deux sortes. Les passoires qui ne laissent passer ni les nouilles ni l’eau dans un sens ni dans l’autre, et celles qui ne laissent passer ni les nouilles ni l’eau que dans un sens seulement. Ces passoires-là, on les appelle des casseroles. Il y a trois sortes de casseroles : les casseroles avec la queue à droite, les casseroles avec la queue à gauche et les casseroles avec pas de queue du tout. Mais celles-là on les appelle des autobus.
« Il y a trois sorte d’autobus : les autobus qui marchent à droite, les autobus qui marchent à gauche et les autobus que ne marchent ni d’un côté ni de l’autre. Mais ceux-là on les appelle des casseroles.
« Il y a trois sortes de casseroles : les casseroles avec la queue à droite… »
Jacques Rouxel

Les trous noirs n’ont qu’à bien se tenir !

Ça fait du bien, les gars comme lui. Qui a dit que les scientifiques étaient des vieux machins tristes ?
Aux dernières nouvelles, Guillaume était à faire de la grimpette quelque part dans les Grandes Jorasses, sont Nikon F70 en bandoulière. Sa collection de levers et de couchers de soleil est vraiment fantastique.
On vit décidément sur une belle planète. Saurons-nous la préserver ? C’est mal parti !

Je ne savais pas pour la cabane.
Charlie Pinelli s’est inscrit au baccalauréat en candidat libre et l’a obtenu.
Il passe ses jours et ses nuits dans les livres et sur l’Internet, fréquente la fac. Il s’est mis à fumer.
Lui si expansif, lui si jovial, il est devenu taciturne. Il m’a plutôt inquiétée. Je ne t’en ai pas parlé, excuse-moi, mais tu sais comment il est. Tu sais le cloisonnement qu’il a instauré dans ses relations entre nous, je veux dire sa relation à moi d’un côté et sa relation à toi de l’autre. Il nous aime différemment. Certes il ne parle jamais de toi, mais il t’aime, sois en certain. De manière différente, voilà tout ! (Ça te rassure ou tu es jaloux ? Excuse-moi, je te taquine !)
Je ne sais pas si cette métamorphose sera un bien ou un mal. Je suis inquiète, certes, mais il semble si enthousiaste. Ce n’est pas le mot : il me vient « frénétique ». Bien sûr il rompt avec son passé, avec sa « cancritude », comme tu disais, mais c’est trop d’un coup. Avec lui, c’est tout l’un ou tout l’autre, jamais de demi-mesure. C’est ce qui m’affole un petit peu.
Même pendant ces deux mois à Paris, il disparaissait fréquemment. Je pense qu’il a pris un studio quelque part dans Paris. Il doit s’y isoler pour travailler, étudier, comme s’il avait quelque chose à cacher, ou comme s’il n’était pas serein.
En tous cas, il ne m’en dit rien et n’a pas l’air de vouloir se confier sur le sujet. Je laisse faire, que puis-je faire d’autre ? C’est sa vie. Il mène sa barque.
L’histoire de la cabane pose problème. C’est plus qu’une rupture. De toute évidence, il a tué son passé.
Il me fait penser à cette plante du désert, j’ai oublié le nom, qui peut rester des années sans une goutte d’eau, qui sèche, se flétrit, se recroqueville, semble brûlée et morte. A la première pluie, elle se gorge d’eau, renaît et développe une exubérance de fleurs. Charlie Pinelli est devenu une véritable éponge. Il étanche sa soif de connaissances. Le savoir lui entre par tous les pores. Je crois aussi que cette plante, après floraison, donc lorsqu’elle a assuré la pérennité de son espèce – n’est-ce pas la finalité du vivant ? – se fane définitivement et meurt. Je crains la prochaine sécheresse.

J’ai les doigts tout engourdis par le froid. Je rentre me faire un thé brûlant.

Je te sens mal barré, frérot. Réfléchis bien, prends du recul, pose-toi le temps nécessaire, n’entreprends rien à la légère.
Mais aussi, mais surtout : « Fais ce que dois… »

Ta Laura-refuge.

PS : J’ai passé trois jours chez Sylvain à Périgueux. Il a une petite fille, Cécilia, un amour de bout d’chou. Te voilà tonton. Il t’embrasse.

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MessageSujet: Re: Roman : Avant le petit pois   Mar 9 Sep 2008 - 20:53

Et carrément beaucoup plus tard, mais cette fois, le lecteur devra imaginer.



Charlie Pinelli n’était pas satisfait. Plutôt d’humeur maussade. L’aréopage de ses collègues l’avait encensé, pourtant. Il n’y avait pas de quoi ! A quoi bon s’approcher à un milliardième de nanoseconde ? Ce fichu Big Bang restait un mur inatteignable, un point c’est tout ! Etait-ce même un mur ?
« Qu’est-ce que je fous là ? »
Il avait boycotté le cocktail, avait regagné sa chambre, revu son matériel de randonnée, préparé son sac à dos, avait gagné les cuisines pour se concocter quelques sandwiches. Il n’avait dit au revoir qu’à Laura. Laura le comprenait.
« Tu as tout de même franchit le temps de Planck.
- Pour buter à 10-45 secondes sur un autre obstacle. Ce n’était pas l’objectif.
- C’est maintenant une question de temps, si je puis dire. Tu as fait tomber la dernière barrière. Nous allons, à brève échéance vers une théorie unifiée de l’Univers, LA Théorie de la gravitation quantique. Et c’est ton œuvre, tu te rends compte ? Elle est là, quelque part dans tes calculs. Il suffit de les poursuivre, de les affiner : c’est le bon chemin, nous en sommes tous convaincus.
- Une hypothèse reste une vérité provisoire, aussi longtemps qu’elle n’est pas confirmée ou infirmée.
- On va s’en occuper. Tous. Tu sais que cette dernière barrière ils l’appellent déjà le temps de Charlie Pinelli ?
- J’ai décidé de la baptiser le temps de Léo.
- C’est donc cela ! J’aurais dû m’en douter.
- Te douter de quoi ?
- Tu ne veux pas, au moins, que je te descende à Gavarnie ?
Ce n’était pas nécessaire.
- Tu fais la gueule ?
Il ne faisait pas la gueule.
- Mais tu es en colère contre lui !
- Je ne suis en colère contre personne !
- On se retrouve à Paris, au moins ?
- On se retrouve.
Il n’avait pas dit quand. Laura s’en était contenté. Un bisou sur le nez. Laura-gentille.
Il descendit presque à la course le Pic du Midi, hors sentier, droit sur le lac d’Oncet. La première neige était tombée dans la nuit. Il avait besoin de mouvement. Neuf mois à peaufiner sa théorie, trois mois à préparer son intervention devant les plus grands astrophysiciens vivants du siècle. Les salves d’applaudissements du congrès furent comme une délivrance. Il avait transmis le bébé à la communauté scientifique. Une cascade d’équations. Un nourrisson issu de dix-huit longues années de gestation, qui allait vivre sa vie sans lui, désormais. Sa mission de mère porteuse était achevée. Ses collègues, unanimes, voyaient dans sa démonstration, l’étape ultime avant l’explication du tout, la conception du bébé parfait, celui qui toucherait au Big Bang. Charlie Pinelli n’y croyait pas. Presque ou pas du tout, c’est kif-kif. Il faudra penser autrement. Recommencer à zéro ?

Il avait besoin de mouvement. Toutes ces années de travail effréné, cloîtré dans son bureau enfumé des semaines entières, ou à courir les bibliothèques, à parcourir le monde, de laboratoires en observatoires, de conférences en congrès, de réunions en colloques. Toutes ces nuits passées devant des feuilles noircies d’équations, face à des écrans d’ordinateurs stupides, à ne plus voir se lever les petits matins.
Mission accomplie. Il passait le témoin. D’autres viendraient, ils étaient déjà là ; ses travaux leurs appartenaient à présent. Ils allaient s’en emparer, déceler les failles, corriger, rectifier. Il avait fourni la matière. Trop de matière.
« Il vaut mieux compter large, tu peux toujours en enlever.
- Ça ne vaut pas pour le sel dans la soupe ! »
Recommencer à zéro ?
Zéro : symbole numéral destiné à remplacer les ordres d’unités absentes ; nombre qui représente une collection inexistante, un ensemble vide ; grandeur, valeur nulle ; néant, rien. Temps zéro : origine des temps.
Asymptote. Cercle vicieux. Dérision des mots. Partir de zéro pour atteindre au « zéro absolu de temps » ? Tu n’en sors pas. Plus l’univers apparaît compréhensible, et plus il semble absurde.
Il faudra tout réinventer !

Il avait un besoin vital de mouvement. Comme un besoin de naître.

Le soleil était au zénith du Néouvielle. Un octobre de rêve.
Il descendait si vite qu’il sentait les bourdonnements dans ses oreilles. Le sang lui battait aux tempes. Il avait mal au crâne, la gorge sèche. Il s’arrêtait de quart d’heure en quart d’heure pour se réhydrater, s’accroupissait quelques minutes, la tête entre les genoux, pour faire passer ses vertiges. Il ne s’accorda une véritable pause qu’au pont de la Gaubie, au bord de l’évanouissement. Il était bien.
Il entreprit d’un pas plus mesuré la montée vers la Glère. C’est là qu’il dormirait, la première nuit. Si le gardien s’y trouvait encore, il mangerait et dormirait au chaud. Sinon, la salle hors sac ferait l’affaire.
Le refuge était vide. Philippe était redescendu à Barèges pour l’hiver. Charlie Pinelli investit la salle hors sac, enfila des vêtements secs, avala deux sandwiches et une gourde de glucose puis s’enroula dans son duvet. Il faisait encore jour. Il n’avait aucune idée de l’heure. Précisément, il ne se posa jamais la question.
« De quoi n’es-tu pas satisfait, pauvre poire ? »
A « poire », il dormait déjà.

Le lendemain, il se leva avant le soleil, se planta devant le refuge et grilla deux cigarettes, le temps que l’Est s’illumine. Il pensa aux petits matins.
« En Périgord, en Pyrénées ou ailleurs, chaque petit matin est le plus beau du monde. »
Il essuya du revers de la main une larme qui coulait sur sa joue.
« Tu m’as bien baisé la gueule, salaud, avec ton troc à la con gagnant-gagnant. »
Il avait froid. Il renifla un grand coup et entra se préparer un thé, avala un quignon de pain, un oignon et reprit sa route.
Il marcha tout le jour. Il choisissait délibérément les raccourcis les plus raides, comme s’il mettait son organisme fatigué au défi : « Tu passes ou tu casses », franchit des barres rocheuses qu’il aurait pu contourner sans risque, s’élança droit dans les talwegs quand des sentiers les coupaient en pentes plus douces. L’oxygène brûlait ses poumons, la douleur de l’effort irradiait dans tout son organisme. Il retrouvait ses sensations. La vie entrait en lui.

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MessageSujet: Re: Roman : Avant le petit pois   Mer 10 Sep 2008 - 10:57

Toujours le même plaisir à lire ton écriture qui coule comme un ruisseau.
Mention spéciale pour les passoires ! Tout à fait l'humour que j'aime Smile
J'espère que les trous se rempliront Wink
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MessageSujet: Re: Roman : Avant le petit pois   Mer 10 Sep 2008 - 13:45

Moi j'ai une question, que je m'étais posée lors de la première lecture et qui revient de plein fouet ici : comment fais-tu pour écrire ce que j'appelle "des textes gruyère", c'est-à-dire une sorte de patchwork que tu combleras et assembleras par la suite ?

J'écris toujours "en suivant", aussi je suis admirative de ce style de construction et surtout de la cohérence qui en ressort, quand tout est achevé. Est-ce grâce à la présence d'un plan ? Autre chose ? Oui mais quoi ?

Sinon, évidemment que le plaisir du petit pois est intact, et c'est bon signe, après des semaines de belle au bois dormant.

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Scapinocchio de la Mancha

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MessageSujet: Re: Roman : Avant le petit pois   Mer 10 Sep 2008 - 22:06

Je crois avoir déjà répondu, en d'autres temps, à cette question.
Il n'y a pas de recette.
Certaines fois, j'écris au fil du clavier : une idée en entraîne une autre, puis une autre. Rien n'est prémédité. Au bout d'un certain temps, parfois, c'est-à-dire par toujours, une cohérence semble émerger et alors, alors seulement, je travaille dans ce sens.
D'autres fois, l'idée pré-existe à l'écriture. Il n'y a plus qu'à l'exprimer et la développer. Alors, peu importe dans quel ordre arrive les chapitres.

L'écriture, c'est comme la sculpture. Tu peux y aller franchement à coup de burin, voire de marteau piqueur, et au bout d'un moment, le bloc semble vouloir exprimer une forme. Il ne te reste qu'à obéir au minéral et à terminer ce qu'il t'a suggéré. D'autres fois, tu sais au premier coup d'oeil ce qui est emprisonné dans le bloc de granit. Alors, peu importe que tu commences par le visage ou les pieds : le seul travail de l'artiste consiste finalement à enlever la matière en trop.

Au bout du compte, rien d'original là-dedans : tous ceux qui écrivent utilisent l'une ou l'autre méthode ou les alternent.

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Dernière édition par Scapinocchio de la Mancha le Mer 10 Sep 2008 - 22:12, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Roman : Avant le petit pois   Mer 10 Sep 2008 - 22:10

Oui, je crois bien que nous avions déjà abordé le sujet. Je suis cependant toujours sidérée quand je tombe sur un exemple. Ici, notamment, les chapitres à gruyère sont tous tellement dotés de précisions, fignolés je dirais même, qu'une fois encore, je reviens sur cette "technique" comme si c'était la première fois, avec le même étonnement.

La sculpture me parle beaucoup, tu as raison.

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