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 Roman : En quête de correspondance. Tome II

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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Roman : En quête de correspondance. Tome II   Mar 8 Jan 2008 - 10:58

En cette nouvelle année, l'inspecteur Lavigne se voit contraint de reprendre du service.
Cette suite n'est compréhensible que pour mes fidèles ayant déja lu le feuilleton que vous trouverez à l'adresse suivante:http://liensutiles.forumactif.com/vic-taurugaux-f65/en-quete-de-correspondances-t12779.htm

Mais l'urgence du débat suscité par le fil: http://liensutiles.forumactif.com/a-propos-f36/de-l-auteur-au-lecteur-t14078.htm l'oblige aujourd'hui à sortir de sa réserve.
Donc, que les lecteurs qui prendraient ses aventures en cours de route se rassurent. Nous n'irons pas trop vite dans cette suite vu qu'elle est encore en écriture. Qu'il prenne le temps de nous rejoindre pour ce nouveau chapitre:




Chapitre 1


« Quand l’ouvrage a paru, son interprétation par l’auteur n’a pas plus de valeur que toute autre par qui que ce soit.
Si j’ai fait le portrait de Pierre, et si quelqu’un trouve que mon ouvrage ressemble à Jacques plus qu’à Pierre, je ne puis rien lui opposer, son affirmation vaut la mienne
. Mon intention n’est que mon intention, et l’œuvre est l’œuvre. »
Harvey repose son bouquin sur le zinc.
-C’est des conneries ! affirme Bertrand. Les mecs qui écrivent ça, sont mieux payés que nous à la pige. T’inquiète qu’ils surveillent leur bébé pour pas qu’on le leur plagie. Si vous saviez le nombre de plaintes entre collègues !
-On ne te parle pas des droits d’auteur, on te parle des droits du lecteur. Ton lecteur, il a bien le droit d’ imaginer ce qu’il veut. Avec les mots de ton texte, il se réécrit dans sa tête l’histoire qu’il souhaite lire. Il s’en fout de penser exactement comme l’Auteur. En tant qu’écrivain, toi, tu as le droit à ton expression, mais lui qui te lit a le droit à sa propre imagination !
-Tu parles ! Alors quand j’écris dans mon article que le CAP a perdu dimanche 25 à 9 contre Cahors, mon lecteur aurait le droit s’imaginer le contraire ? Cela lui sert à quoi d’acheter son Sud-Ouest, s’il ne me croit pas, moi son journaliste. Faudrait pas oublier que je m’escrime à lui rapporter des informations fiables !
-Mais, c’est son Sud-Ouest ! Il te l’a payé !
s’emporte Harvey, il le lit et l’interprète à sa façon. C’est pas moi qui le dis. C’est écrit là par Paul Valéry. Et lui, tu peux pas dire, c’est tout de même un auteur !

Je redemande une tournée au loufiat. Tant qu’à mettre la pression ! Pendant que mes deux acolytes se disputent, je repense à Anna. A tout ce travail que ça lui demande de nous écrire. Bon, apparemment, les gens ont bien aimé notre histoire ! A ce qu’elle veut bien nous en dire ! Du coup, aujourd’hui elle veut nous remettre en scène. Direct, en plein apéro ! Qu’est-ce que le public va penser de nous ?
-Ne vous engueulez pas trop pour commencer, ça pourrait décourager les gens ! Dis-je, en leur faisant passer les demis.
-Quels gens, Robert ? Me rétorque Bertrand en me montrant la salle vide. On est tous seuls. Il faut attendre midi trente actuellement pour voir des gars venir se jeter un petit jaune. Tout fout le camp, je vous le dis ! Alors si en plus les gonzes ne lisent pas ce que j’écris…

Je lui repasse les cacahuètes. Avec lui, on ne sait jamais s’il est de mauvaise foi ou vraiment con. J’essaie :
-Je ne te parlais pas des habitués du Café de Paris, eux, ils nous connaissent que trop ! Je pensais aux gens qui nous lisent !
Bertrand s’étrangle dans sa mousse. Il en émerge par un énorme éclat de rire. Se tourne vers Georges qui fait déjà sa caisse :
-Hé ! Patron, tu ne connais pas la meilleure ! Lavigne s’est mis à écrire et il s’inquiète pour son lectorat. Alors là ! Pour un scoop, je tiens LE SCOOP ! Ah ! Non, vraiment vous êtes des marrants tous les deux ! Bon, je vous laisse à vos délires, le seul professionnel ici, c’est moi et il faut que je file pondre mon foutu article si je veux gagner ma croûte ! Georges, mets tout sur mon compte. Le flic le plus taré de la ville qui devient écrivain, voila un sujet qui vaut de l’or !

Il sort en riant. Je regarde Harvey. Il n’a pas touché son verre.
-Je crois que je l’ai blessé. J’aurais jamais du lui parler de ses lecteurs. C’est sensible, un journaliste raté !
-Il n’est pas raté, tout le monde l’apprécie ici ! Tiens l’autre jour, regarde le gars qui le félicitait pour son article !
-C’était de la promo pour son magasin ! Non, passer sa vie à écrire sur les chiens écrasés ! Sûrement s’était-il rêvé une plus brillante carrière !


Harvey regarde son bouquin de Paul Valéry. Lui aussi à l’air nostalgique. Je voudrais lui remonter le moral. C’est vrai, avec Bertrand, on se marre bien. Je m’en fous de passer pour le bouffon. Je lui dis :
-Mais enfin à Anna, les gens lui ont dit qu’ils aimaient notre première nouvelle. Elle peut redevenir célèbre avec nous et…
-Ne me reparle plus d’Anna !
Je ne le comprends plus.
-Tu es fâché contre elle ?
-Non, mais nous ne sommes pas dans son autobiographie. Nous sommes ses personnages de fiction. Je sais que cela va être difficile pour toi puisqu’elle t’a élu narrateur, mais il faut que tu arrêtes de penser tout le temps à elle. Vis cette histoire comme un personnage, c’est tout.
-Je peux penser à Félicité ?
-Je préfère !
Harvey porte son verre à ses lèvres. Il me fait un clin d’œil, mais j’ai compris ! Lui aussi est d’accord pour jouer le jeu. Dire que maintenant nous sommes dans l’imagination de nombreux lecteurs ! Ceux-ci nous connaissent pour nous déjà avoir lus. Quelque part, nous ne sommes plus seulement des petits flics de province. Anonymes pour qui ne serait pas du coin. Nous sommes devenus des « personnages » importants. Dans leurs têtes. Imaginaires. De fiction, si vous préférez ! Bien sûr, faut pas rêver ! Ou plutôt si, mais là, je parle pour moi ! De plus, j’ai le premier rôle. Si Maman était encore là, je suis certain qu’elle serait fière de moi !

Dehors, le soleil est enfin revenu. Il ne s’agit plus que d’éviter les flaques. Mes nouvelles chaussures sont en daim. Des mocassins. Enfin, je vous dis en daim, c’est ce qui était marqué sur l’étiquette. Harvey est déjà devant. A grandes enjambées. Des pigeons s’ébrouent dans le bassin des Jets d’Eaux. Je connais une dame qui tous les soirs va nourrir les canards qui pullulent sur l’Isle. Il y en a tellement que c’est une vraie calamité. Mais elle, qui se prend sans doute pour Brigitte Bardot, leur balance tous les soirs des poches entières de vieux croûtons de pains. La poche lui coûte zéro soixante quinze euros à la boulangerie de la grande surface. Multipliez par quatre tous les soirs. Ca lui fait un budget de quatre vingt dix euros tous les fin de mois sur son RMI. C’est vrai qu’elle non plus n’a pas d’enfants. Alors, elle les rêve sous forme de canards. Remarquez, des enfants, cela aurait pu se fai…
-Tu te dépêches un peu, le commissaire nous attend !


J’ai déjà du vous le dire, Harvey adore croire que c’est lui qui mène l’enquête ! Je ne veux pas le décevoir et je hâte le pas. D’autant que j’ai laissé mon déjeuner dans le frigo du bureau. Avec tout ce soleil pour un mois d’Octobre, comme dans le plus torride des thrillers, ma peau se met à suer.
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nouchka

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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondance. Tome II   Mar 15 Jan 2008 - 1:28

et alors....alors...?
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondance. Tome II   Mer 16 Jan 2008 - 10:32

Chapitre 2

Je ne me souviens pas vous avoir parlé du bureau du commissaire.
Or, maintenant que je loge, m’a-t-on dit, dans votre tête tout aussi bien que vous dans ma propre histoire, autant commencer par un état des lieux. Des fois que vous ne me trouviez pas crédible en tant que raconteur d’histoires. Au moins que cette description vous serve de caution ! Remarquez, de mon côté, je ne vous demande rien. Cela ne se fait pas. Pas encore ? Un personnage de roman qui demanderait à un de ses lecteurs des comptes sur ses capacités d’imagination ? Ce n’est pas dans les conventions. Le lecteur qui n’a pas l’audace de suivre ce que je dis, a depuis longtemps refermé ce livre. Un point c’est tout. Anna me dit que je ne dois pas penser tout haut des choses comme cela. C’est pas bon pour le moral de l’équipe.

Faut prendre l’ascenseur. C’est comme ça. C’est au premier et aussi bien vous pourriez monter par les escaliers. Chez nous, il y a sept étages. Tout en haut, les archives et plus bas, la BAC et les R.G. se partagent les paliers mais je ne sais plus dans quel ordre. Or, la tradition exige que pour respecter la hiérarchie quand vous montez chez le patron, vous vous devez de prendre l’ascenseur. C’est un privilège qui vous est accordé. Quitte à attendre dix minutes cet ascenseur qui reste toujours bloqué quelque part. Moi, je ne suis pas pressé. Par contre, Harvey piaffe. C’est drôle, je ne l’avais jamais remarqué trépigner ainsi. Monter sur ses grands chevaux, ça oui ! Mais là, à l’arrêt sur ses grandes jambes arquées, on le dirait à califourchon sur un poney. La secrétaire fait semblant tout comme moi de ne rien remarquer. Elle nous invite à nous asseoir sur le banc. Maintenant qu’on est à pied d’œuvre, l’ascenseur redescend. Elle téléphone pour annoncer notre arrivée. Cela donne le top départ du quart d’heure périgourdin. L’ascenseur remonte, il ne s’arrête pas à notre étage. Du coup, ça laisse un blanc. Je ne sais plus quoi dire. Heureusement, le téléphone sonne. Avantagée, la secrétaire est la seule à avoir quelque chose d’important à faire. Elle décroche. Elle met la main devant son rouge à lèvres pour ne pas que l’on perçoive le secret de sa conversation. La confidentialité de sa correspondance. A l’étage où l’on est, vous pensez, c’est top secret. C’est Raoul. Il veut savoir s’il a le droit d’ouvrir les bières.
-Je vous mets en attente !
Bienvenue au club ! Le bureau de Raoul se trouve comme le notre au rez-de-chaussée mais tout au fond du couloir. Il ne peut donc pas voir l’escalier et ce faisant, il ne sait pas que le commissaire n’a pas encore embauché. D’où sa méprise. Maintenant, il ne peut plus raccrocher, il doit comme Harvey et moi attendre son supérieur mais l’écouteur à l’oreille. En effet, s’il raccrochait, il laisserait là entendre ce que tout le monde sait tout en donnant l’impression de l’ignorer : à savoir que le commissaire n’embauche jamais avant treize heures. Aujourd’hui, il a au moins dix minutes de retard sur son retard traditionnel, mais il serait tout à fait inconvenant de le remarquer. Je présume qu’Harvey met à profit ce temps mort pour repenser à son Paul Valéry. La secrétaire regarde ses lèvres dans son miroir de poche. Ainsi, elle réfléchit à son bas résille gauche. Elle cherche le meilleur moyen pour dissimuler sa jambe derrière ses tiroirs. Ne serait cette énorme échancrure sur le genou, les autres trous sont du plus bel effet. Tous ces fils noirs entrelacés sur sa jambe si lisse et si bronzée. Mais, elle et moi de par la rencontre de nos regards, du malaise qui s’ensuit et de sa minijupe, nous ne pensons plus qu’à cet endroit de son anatomie où son bas a filé. J’imagine une araignée mais cette ombre, c’est le patron qui passe par le couloir de derrière. La secrétaire surveille les diodes de son appareil et dit dans le combiné :
-Monsieur le Commissaire, l’inspecteur Michon souhaiterait avoir des instructions pour l’authentification des corps.
Normalement, quand il n’y a pas deux olibrius posés sur ce banc comme nous actuellement, elle écoute l’échange téléphonique de son patron avec son correspondant. Notre présence l’en empêche. Elle repose son combiné et dit :
-Cela va être à vous ,Messieurs !

Juste au-dessus du bureau du commissaire trône le portrait du Président de la République. C’est un cliché officiel et obligé qui semble ici être juste toléré. En effet, malgré le sourire convenu de l’hôte de l’Elysée, son cadre semble faire la tête. De guingois, il penche sur la droite alors que le commissaire incline sa tête sur la gauche. Cet empilement hasardeux de figures de chefs accueille nos bouilles plutôt disposées à l’horizontal dans l’encadrement de la porte.
-Enfin, vous voilà, je commençais à m’impatienter ! Nous dit celui qui nous donne nos ordres. Nous nous asseyons dans les deux fauteuils indiqués.
-Cette fois, si je fais encore appel à vous ce n’est plus pour une disparition mais plutôt pour deux apparitions. Ce matin, des joggers ont découvert deux cercueils qui flottaient dans l’Isle. Les pompiers nous les ont repêchés et portés au canal. Votre collègue Michon vous attend pour ouvrir avec vous ces boîtes afin qu’ensuite vous me dressiez, grâce à vos aptitudes littéraires, le procès-verbal de leur contenu.
Harvey sourit. Il adore les rapports. Moi, je ne sais pas me servir de la machine. Dans notre binôme, les papiers c’est son job. A l’idée de découvrir des macchabées, je détourne la tête et entame un lent mouvement panoramique afin de vous décrire au mieux la pièce en commençant par les rideaux. Mais le commissaire n’a rien d’un cinéphile. Il aboie :
-Lavigne ! Quand j’aurai besoin d’un décorateur, je ferai appel à vous, mais pour l’instant, filez avec Dubuisson au canal afin d’aller constater ce que tout le monde redoute de voir.
Le canal dans le langage du commissaire, c’est l’institut médico-légal. Si vous n’êtes pas de la maison, vous ne pouvez pas comprendre. Il faut que je vous l’explique. Remarquez, à Périgueux, on reste plutôt discret sur la question. De même qu’à part vous, nous n’informons jamais personne qu’une fois tous les quinze jours, nous nous entraînons avec nos armes au stand de tir. Ce bâtiment est pourtant important, il fait plus de deux cent cinquante mètres de long. Lui aussi jouxte le canal. Les gens font leur footing juste à côté et ils ne le voient pas. Plutôt, ils imaginent que c’est une ruine qui date de la guerre. Du coup, comme pour la guerre, ils n’y prêtent plus attention, ils l’oublient comme les choses du passé. Ils ne peuvent pas croire qu’à l’intérieur, nous, nous continuons à apprendre à tuer des gens. Il faut viser la poitrine. Tir debout avec pistolet à cinquante mètres. Puis au pistolet mitrailleur. Tir un genou à terre à quatre vingt mètres. Tir couché avec les fusils à deux cents mètres. Les cibles sont toujours les mêmes, des silhouettes humaines : je n’aime pas ça.

- C’est pour cela qu’il faut s’entraîner régulièrement ! M’a dit un jour l’instructeur. Le jour où tu devras vraiment sortir ton arme pour abattre quelqu’un, il ne te faudra pas d’état d’âme. Si la situation l’exige, tu es un policier, tu dois tirer !
- Mais admettons que je me trompe ! Que le gars ne soit pas réellement dangereux ?
- Tu n’as que très peu de temps pour prendre ta décision. La bavure, elle se constitue après. A froid.

Franchement, il disait ça pour me tranquilliser mais moi, cela ne me rassurait pas du tout. La plupart du temps, j’oublie mon arme de service au bureau. Comme ça… Je ne le dis à personne. Il n’y a qu’Harvey et vous qui êtes au courant. Il me dit :
-Te bile pas Robert, ça va aller. Le jour où il faudra que nous fassions feu, on fera comme tous nos autres collègues, on improvisera.

Je repense aux Enfeus : le cimetière où est enterrée Maman. C’est vrai qu’avec la mort, faut improviser. C’est quelque chose que je ne maîtrise pas bien, Harvey me dit que je devrais arrêter de penser toujours à Maman. En descendant le cours Fénelon, il poursuit :
-Imagine que ce soit la Canebière ! Tu te rends compte, nous descendons vers le vieux port !
Harvey m’explique que la Canebière est une grande avenue de Marseille mais je comprends pas où il veut en venir, je n’ai pas l’intention d’aller là-bas !
-Toi, non ! Mais ton lecteur ! Imagine que ton lecteur ne soit jamais venu à Périgueux. Tiens, plutôt qu’un lecteur, prends une lectrice. Une lectrice marseillaise qui nous lit. Ca doit exister ! Bon, d’accord, toi tu lui expliques toujours un peu le décor d’ici, mais si elle, pour avoir plus d’images dans sa tête, elle se met à nous voir comme des flics marseillais… Tu comprends pour sa propre géographie ? Dans sa tête. C’est plus facile ! Elle remplace notre petite gare par la gare Saint-Charles et la basilique Saint-Front par la Bonne Mère. En plus, à Marseille, pour toi qui te plains toujours du mauvais temps, regarde un peu tout ce ciel bleu que nous fait le mistral !
-Et pour les truands ?

-Bon ! T’as raison, Marseille ça n’est pas forcément le meilleur exemple, mais tu as d’autres villes…

Je suis sûr qu’il pense à des villes d’Amérique. Comme fait exprès, nous passons devant l’agence de voyages de la Tour Mataguerre. Pile poil pour faire son plein de rêves. Harvey regarde dans la vitrine. New-York : huit jours en demi-pension, mille quatre vingt quinze euros. Los Angeles-San Fransisco : circuit en bus climatisé : quatre mille neuf cent quatre vingt dix neuf euros. Pour la différence de prix, autant qu’il rêve du circuit. Moi personnellement, je suis malade en car. Il repart, les jambes légèrement écartées. J’essaie de le suivre tout en extrayant de mon cartable mon sandwich. J’ai eu le nez creux ce matin de ne pas me préparer la salade de gésiers dans un Tupperware telle que je me l’étais inventée un moment cette nuit. Il faut être réaliste : les sandwiches, c’est plus pratique pour lorsque nous ne sommes pas installés au bureau ou dans la voiture.
-N’imagine pas le paradis ! Me dit Harvey. Seulement, regarde ce ciel. Ce peut être le ciel de n’importe où.
C’est vrai, descendre Sunset Boulevard tout en dégustant des rillettes de canard, j’apprécie. En bas, ce n’est plus l’Isle mais le Pacifique. Toute cette eau qui scintille dans les yeux de mon coéquipier. On croise réellement une Japonaise qui veut me prendre en photo à cause de mon béret. Harvey lui donne l’ordre de circuler. En américain ! Il lui parle en américain ! Je vous le jure !
-Une Japonaise à Périgueux en plein mois de Novembre ! C’est la première fois que je vois ça !
-Imagine ! Qu’il me répond. Toujours en américain !

Je me retourne. Non ! Non ! C’est bien une vraie, je ne vous raconte pas des craques ! Miss Yoko, qu’elle s’appelle me dit Harvey. Michon nous attend sur le parking. Il fume sa clope. Il a pensé à apporter l’appareil photo numérique.

-Les gars ont mis les cercueils dans les frigos. Au cas où ! Pour les odeurs ! Lavigne, tu remballes ton sandwich maintenant ou tu préfères gerber toutes tes rillettes sur nos pompes !
Je n’avais pas pensé à ça ! Je ne voulais pas y penser… Pour moi, la mort est raccrochée à des gens que j’aimais. Que je veux aimer encore. Je garde leurs images dans ma tête. Qu’elles ne s’effacent pas trop vite. Des fois, j’en perds des petits bouts ! Ca me fait peur ! Je rêve à Maman avec pour moitié son visage et pour l’autre une tête de mort. Je me réveille dans la nuit tout transpiré. Pourtant, je n’ai pas de problèmes de mémoire. C’est le docteur qui me l’a dit.
-Robert, ça n’a rien à voir avec Alzheimer, t’es triste, c’est tout !
Harvey dit :
-Si tu as peur de ne pas supporter, reste là ! Un de nous deux suffit.
-Mais les lecteurs, qu’est-ce qu’ils vont penser de moi. Je suis le héros, non ?
-Nous sommes deux ! Vu les circonstances, ils s’identifieront ou à toi ou à moi. On leur laisse le choix !
-Alors tu as raison. Mieux vaut que je reste ici. Anna m’a dit qu’il y avait certainement dans notre lectorat, des fidèles aussi sensibles que moi !


Je reste sur le parking avec les lecteurs qui n’ont pas envie d’imaginer davantage. De l’autre côté de la rue, je vois les pompiers qui s’affairent dans leurs garages autour de leurs véhicules. Je me dis qu’eux au moins doivent être habitués à voir des morts bien abîmés. Du moins, je pense qu’ils s’y habituent. C’est rassurant. Machinalement, je remords dans mon sandwich. Après tout, si j’y vais pas…






D’après le médecin-légiste, ce sont des gens de l’Europe de l’Est. Aux habits. Deux hommes de vingt, vingt-cinq ans, c’est difficile pour l’instant d’être plus précis. Peut-être des Roumains, des Moldaves, on ne peut pas savoir avec les sans-papiers ! On va devoir enquêter mais Harvey prétend qu’il n’y a plus là aucune énigme. Ils sont morts de misère. Après que ce soit la maladie ou quelqu’un qui a fait le coup ! On leur a fait croire que la France était un Eldorado.
- Tu parles, peste Harvey, un pays des droits de l’homme où pour prouver que tu fais partie de l’espèce humaine, il te faut des papiers. Ces types-là, je parie qu’ils ne savaient ni lire ni écrire. Alors du papier !
Il chiffonne sa feuille et jette son rapport dans sa poubelle. Il loupe sa cible. Je ramasse son projectile et le met dans la mienne.
-Il faut quand même qu’on écrive quelque chose. Nous sommes là pour leur dresser leur procès-verbal. Qu’est-ce qu’on peut faire d’autre maintenant pour eux sinon que de les faire rentrer ainsi dans la légalité ?

Harvey réinsère un formulaire dans le chariot de sa machine. Je l’entends taper. Un bruit saccadé comme celui d’un pistolet mitrailleur. Il y a beaucoup de lignes à remplir avec des séries de x. Sur le bureau, j’ai bien étalé les deux poches transparentes contenant les objets personnels que l’on a retrouvés sur eux et qu’il faut décrire le mieux possible dans l’espoir d’une identification. Tout cela est encore humide. Je passe ma main sur le plastique pour que s’efface la buée intérieure qui masque la montre et la dent en métal argenté. Ensuite, en suivant précisément les instructions d’Harvey, je décolle les étiquettes de la grande feuille et pose sur chacun des sachets le code-barre approprié.
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zoé sporadic
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondance. Tome II   Mar 19 Fév 2008 - 21:01

Et Lavigne ? Il a fait un coma éthyl ou bien il a encore filé pour ses RTT ?
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondance. Tome II   Mar 19 Fév 2008 - 21:04

Oh! Eh ben sur ce coup, il est en panne le Lavigne! Faudrait que je lui paie un verre, sinon son enquête risque de rester en plan.! Mais rassurez vous un jour ou l'autre la suite va viendre!
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Romane
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondance. Tome II   Mar 19 Fév 2008 - 21:05

Ça serait pas mal que la suite vienne. Les lecteurs se dessèchent sur place...

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondance. Tome II   Mar 19 Fév 2008 - 21:22

Se dessèchent... Sais pas, mais ce qui est sûr, c'est qu'ils vont devoir reprendre la lecture au début... Pfffffffffff... Zont pas qu'ça à faire... tricot
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Romane
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondance. Tome II   Mar 19 Fév 2008 - 21:24

Prends de l'avance... Rolling Eyes

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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondance. Tome II   Mar 27 Mai 2008 - 21:10

"Rien ne sert de me presser, je pense que je vais encore trouver la réponse avant les autres.

tu sais Alf, je trouve mes concurents un peu lents du cerveau. Ce succédané est particulièrement facile."

A propos de lièvre et de tortue... nous voici à la saison des foins...


Dernière édition par Astérisque le Mar 27 Mai 2008 - 21:32, édité 1 fois
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Romane
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondance. Tome II   Mar 27 Mai 2008 - 21:21

Tu es sûre que tu es sur le bon fil ? mdr

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondance. Tome II   Mar 27 Mai 2008 - 21:31

Du fil à la filature peut-être, va savoir...
spc
Dodo
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondance. Tome II   Mer 28 Mai 2008 - 9:12

Ah ben, ça alors?
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MessageSujet: Re: Roman : En quête de correspondance. Tome II   Ven 7 Nov 2008 - 3:06

Vic, pardon de mimiçer, mais... la suite ! On voudrait une suite !

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Roman : En quête de correspondance. Tome II
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