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 Sept jours en danger [Fiona 1 - terminé]

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MBS



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MessageSujet: Re: Sept jours en danger [Fiona 1 - terminé]   Sam 15 Mar 2008 - 0:49

J’aurais eu de nombreuses raisons de remercier Coralie. Au moment de redescendre pour entamer mon marathon infernal du jour, je lui savais surtout gré de m’avoir passé cet ensemble de jogging. C’était exactement ce qu’il me fallait pour redescendre de la planète sexy que j’avais trop fréquentée la veille. Une planète sur laquelle j’avais parfois oublié que je n’avais pas ma place. Etait-ce cela la fameuse « habitude » ?
- Allez, on y va ! Dernière cassette !…

- Bonjour Fiona ! Qu’avez-vous appris cette semaine sur vous ? Plein de choses j’en suis certaine. Mais vous restez persuadée de n’être qu’une goutte dans l’océan et c’est pour cela que vous vous écartez des autres. Il est temps que vous compreniez que le monde est dominé par ceux et celles qui savent s’imposer, se mettre en avant. Hier, vous étiez troublante. Aujourd’hui, vous serez à nouveau au centre de toutes les attentions… et même plus que cela ! Toutes vos capacités doivent trouver à s’exprimer. A vous de vous dominer pour dominer le monde. C’est le défi de ce sixième de vos Sept jours en danger !

Je me suis précipitée vers la « porte aux mystères ». Au bout de six jours, je commençais à saisir la rhétorique du discours de Daphné, les allusions. Là, il avait été trois fois question de « dominer ». Que pouvait-il y avoir de pire que ce qu’on m’avait infligé la veille sinon de verser dans le sado-masochisme… ou du moins dans quelque chose qui s’y apparenterait, diffusion télévisuelle oblige.
J’ai ouvert sans prendre le temps de réflexion habituel. J’étais certaine de ce que j’allais trouver derrière la porte.
Et je n’ai pas été déçue !
- J’y crois pas… Ils ont osé !…
C’était étrange. J’avais à la fois envie de rire et de m’effondrer en larmes. C’était les nerfs qui lâchaient. Vraiment. Je criais, je trépignais et puis je hoquetais à m’en étouffer. Je me cachais les yeux, je les rouvrais et je replongeais dans l’hystérie.
Et les deux hyènes à caméra n’en perdaient pas une miette.
- C’est pas possible… C’est trop… trop extrême… Vous ne pouvez pas exiger ça de moi… Je ne peux pas porter ça, c’est impossible… On va me mettre en taule pour de vrai ce coup-ci.
- Fiona, je les ai prévenus… J’ai raconté ce qui vous est arrivé hier soir… J’ai proposé qu’on trouve autre chose pour aujourd’hui… Ils ont refusé…
- C’était ça votre coup de téléphone tout à l’heure ?… Merci pour les scrupules Sophie… Mais ils ne changent rien à ma situation.
- Je trouve que vous faites une histoire pour pas grand-chose, intervint Jean-Claude. C’est juste un jeu d’apparence… On ne va pas vous demander d’aller fouetter des gens ou je ne sais quoi…
- Je suis heureuse de l’apprendre… Mais vous diriez quoi monsieur le raisonneur si votre petite amie devait enfiler ce truc ?…
- Ca me plairait plutôt…
- Ouais, évidemment… Tous des détraqués les mecs.
Ce « truc » - je n’avais pas de nom précis pour le désigner – était une sorte de longue combinaison noire intégrale couvrant le corps du cou jusqu’aux pieds. Sa matière brillante paraissait taillée pour épouser les formes de l’usagère de ladite combinaison. Une longue fermeture éclair courait du col jusqu’à l’arrière des fesses et suggérait des possibilités de tripotage que je me refusais à imaginer plus avant.
Accrochée à un cintre, la combinaison était accompagnée par de longues bottes rouges qui montaient jusqu’aux genoux, par un collier hérissé de piques et d’une petite sacoche.
J’ai senti ruisseler de grosses gouttes le long de mon dos. Je m’étais mise dans un tel état que je transpirais comme après un effort sportif.
- La sacoche, c’est un baise-en-ville ?
Je ne savais même pas ce que signifiait l’expression. Je l’avais entendue à la télé… Dans un film ou une pièce de théâtre, je ne savais plus… Mais à la vulgarité de leur projet, je ne parvenais qu’à répondre par une vulgarité de mots. C’était le premier qui m’était passé par la tête.
- Il y a quoi dedans ? Des menottes ? Des chaînes ?…
- Calmez-vous, Fiona… Pour le moment, vous y trouverez les consignes du jour… Ensuite, la sacoche pourra vous servir à transporter votre matériel…
Quelque chose, proche de la panique, passa dans le regard de Sophie. Elle se mordilla les lèvres, cherchant ses mots avant de reprendre.
- Quand je dis « matériel » ce n’est absolument pas ce que vous croyez… Ouvrez, vous verrez !… Ce n’est pas aussi dégradant que ce que vous imaginez.
- Si ce n’est pas dégradant, pourquoi avez-vous téléphoné à la production tout à l’heure ?
- Pour éviter ce qui s’est passé à l’instant… Je pense que cela commence à faire beaucoup pour vous. Rares sont les candidats qui tiennent jusqu’au samedi. Je n’ai pas envie que vous lâchiez avant la fin.
- C’est sympa comme encouragement, mais pas très pro, Sophie… Vous êtes là pour m’enfoncer, vous semblez l’oublier.
- D’autant, intervint Lydie, que quoi qu’il se passe vous remontez à la surface.
C’était quoi ces doutes, ces compliments à mon endroit de la part des deux femmes qui étaient derrière moi depuis le début de la semaine. Une sorte de syndrome de Stockholm ?
Je ne demandais qu’à les croire. C’était tellement rassurant d’avoir confiance en quelqu’un au milieu de cette folie. Combinaison moulante contre sourire chaleureux, cuissardes rutilantes contre encouragement du bout des yeux. Le match s’équilibrait quelque peu. Il était temps de refaire surface, comme l’avait dit Lydie, afin de découvrir ce qu’on attendait de la dominatrice qu’on m’imposait d’être pour toute la journée.
- Vous tournez là ?…
- On n’a pas arrêté, répliqua Romain.
- Bob savait quand cesser…
- C’est pour ça qu’il n’est plus là… Allez, la vedette, on vous attend.
- « 15 heures, conférence au bar La Grande Odalisque de Montauban sur le thème de la sexualité du Grand Siècle à nos jours… 18 heures, participation à un concours de karaoké dans le même établissement… 20 heures, dîner VIP puis soirée à la discothèque Frenetic Dance… ». Ce programme m’inspire plusieurs remarques : d’abord, comment je fais une conférence sur le sexualité sans avoir creusé la question…
- Vous avez un peu plus de quatre heures pour le faire…
- Génial !… Alors un jour, je suis trop dans mes livres… et deux jours après on m’y renvoie… Ensuite, le karaoké, c’est pour m’apprendre à apprivoiser encore plus le ridicule ?
- Il paraît que vous chantez plutôt pas mal…
- Mieux qu’une casserole mais moins bien qu’un Polonais ayant forcé sur la boisson… Tertio : je suis sensée faire quoi à la discothèque ? Parce que si je chante pas terrible, la danse c’est pire… Et, pour finir, en dehors du sujet de la conférence, c’est quoi le rapport entre ces fringues de malade et la soirée en boite ?
- Montre lui, demanda Sophie à Jean-Claude… Moi je ne peux pas…
- Me montrer quoi ? C’est quoi, Sophie, ce regard désespéré ?… Je croyais qu’il n’y avait rien de dégradant.
Jean-Claude est revenu avec une affiche qu’il a déroulé devant lui. Sur un fond noir, en lettres fluo orange, on annonçait pour le soir même à la discothèque Frenetic Dance la présence de la vedette de l’émission Sept jours en danger de Channel 27… et son strip-tease !!!
- Vous êtes une belle bande d’enfoirés !
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MessageSujet: Re: Sept jours en danger [Fiona 1 - terminé]   Sam 15 Mar 2008 - 11:50

Se calmer pour pouvoir passer à autre chose. Voilà une compétence que j’avais rodée depuis des années fort heureusement. Avant les examens, j’avais une tendance à monter en pression pour être carrément survoltée dans l’heure qui précédait. A moi, l’habituelle discrète, les jeux de mots les plus vaseux, les propositions de sujets les plus improbables jetées à la cantonade. Certains de mes camarades, à me voir dans cet état, devaient se demander si je ne me saoulais pas la gueule avant les partiels. Il suffisait d’un sas de quelques minutes pour que tout retombe. Comme dans une écluse, je fermais une porte, celle de la tension, pour en ouvrir une autre, celle de la concentration.
Cela faisait des années que je n’avais pas retrouvé cette situation, mes derniers partiels remontant à la licence, mais je ne doutais pas de mes capacités dans ce domaine. Préparer un exposé sur la sexualité du Grand Siècle à nos jours, c’était du B.A.BA quand on avait atteint le niveau de la thèse de doctorat. On en voyait de bien plus gratiné en épreuve de hors-programme à l’Agrégation : la poterie Ming, les échanges de draps au Moyen Age, la nuit au XVIIIè siècle et j’en passe. Les réflexes restent aiguisés par le travail sur les archives, par la mise en fiches d’ouvrages fondamentaux. Cerner le sujet, le problématiser, le nourrir en informations et, surtout pour une présentation orale, en exemples bien concrets.
Sur le Grand Siècle – mon XVIIè siècle à moi – je ne manquais pas de références à défaut d’avoir des idées précises sur ce domaine. Au-delà, certaines catégories d’attitude m’apparaissaient évidentes : de la morale bourgeoise du XIXè siècle – dont Feydeau avait bien souligné dans ses pièces toute la fausseté – jusqu’aux doutes des années SIDA en passant par le relâchement spectaculaire des années 60. Une périodisation se dégageait à grands traits.
Plusieurs choses me gênaient en fait dans le sujet. D’abord la non-définition de son aire géographique : la France, l’Europe, le monde ? Je décidai de me centrer sur la situation française tout en me promettant quelques ouvertures sur l’extérieur à des fins de comparaisons éventuelles. Ensuite, le terme de sexualité : comment la définir précisément ? Fallait-il s’en tenir aux pratiques avérées ? S’intéresser aux fantasmes qui, par définition, étaient davantage cachés et ne devaient guère remonter dans les sources ? Devait-on faire une étude tenant compte de la diversité des classes sociales ou présenter un panorama général sans fouiller ce qui pouvait bien être différent entre un paysan, un bourgeois et un Grand à la Cour ?…
Et plus que tout cela qui n’était en fin de compte que les interrogations auxquelles se trouve confronté tout étudiant face à un sujet s’ajoutait une question fondamentale : combien de temps ai-je pour présenter tout cela ? J’aurais pu abandonner ma table de travail pour aller poser la question en bas. Je n’en avais pas le moindre commencement d’envie. Il me suffisait de regarder la grande combinaison noire pendue dans mon armoire pour que la colère, le dégoût me reviennent aux lèvres. Alors les voir, eux !… D’ailleurs, personne n’avait osé proposer de venir faire quelques images de la thésarde préparant la conférence dans sa chambre. Cela me permettait de travailler à l’aise, dans la confortable chaleur du jogging de Coralie.
Ils pensaient que préparer une intervention sur la sexualité allait me coincer (ou me décoincer c’est selon), que c’était me mettre en danger. Quelle erreur ! Quand on aime l’Histoire, on ne peut pas se permettre de mépriser certaines questions qu’on jugerait en dehors de cela graveleuses ou inintéressantes. Tout a un sens, tout a une histoire. Cela ne me dérangeait nullement de creuser ces questions-là parce que mon œil était scientifique, mon raisonnement seulement attaché à dégager des régularités, et que j’approchais tout cela sans porter le moindre jugement de valeur. Avec un regard froid et distancié, on peut tout étudier… même les pires abominations.
En parler en public, c’était cependant tout autre chose…

A midi, sans que j’ai rien demandé, Sophie est venue me proposer de me monter de quoi manger.
- Je ne sais pas si vous allez trouver quelque chose dans le frigo, je n’ai pas fait les courses de la semaine.
- Pas grave… On va se faire livrer des pizzas…
Je n’étais pas une fana des pizzas mais je me suis forcée à ne pas faire ma chochotte…
- Ok pour moi… Evitez juste de commander un truc qui m’emporterait la gueule.
- Jambon – fromage, ça ira ?
- Ca ira…
- Ca avance ?…
- Ca roule… D’ici une heure, j’aurais terminé…
Sophie m’a regardé ébahie. Comment pouvait-on balayer en quelques heures quatre siècles d’Histoire sur un sujet aussi pointu ?
- Il suffit de savoir où chercher… Ne pas se perdre dans des pages de lecture… Aller à l’essentiel…
- On aurait peut-être dû vous demander alors de raconter cette Histoire depuis les origines de l’homme. Cela vous aurait occupé plus longtemps.
- Croyez-moi, Sophie… Il me faut garder du temps pour m’habituer à l’idée que je vais porter ça.
- Si je peux vous livrer le fond de ma pensée, vous y serez plus à l’aise que dans la minijupe d’hier…
- Vous avez vu la hauteur des talons des bottes… Au moins huit centimètres…
- Douze centimètres exactement, Fiona.
- Préparez les béquilles alors… Il y a deux entorses qui se préparent… Si j’ai de la chance, cela m’évitera peut-être l’humiliation de ce soir… Les béquilles dans un strip-tease, ça ne doit pas être très glamour…
- Je suis désolée… J’ai essayé d’empêcher ça… Après hier…
- Sophie, vous avez essayé de l’empêcher ce matin… Mais jusqu’à hier, ce qu’on m’avait préparé pour aujourd’hui ne vous choquait pas…
- On pensait que vous n’iriez pas aussi loin dans la semaine…
- Mauvaise pioche !… Et croyez-moi, même si je vais avoir du mal à entrer dans cette peau de dominatrice, je vais aller jusqu’au bout… C’est ma « putain de fierté » qui veut ça.

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MessageSujet: Re: Sept jours en danger [Fiona 1 - terminé]   Sam 15 Mar 2008 - 17:39

Un peu après 13 heures, j’ai abandonné ma peau de chercheuse pour ma peau noire et brillante de dominatrice. Entre les deux, un sas « gastronomique » constitué d’une maigre portion de pizza et d’un verre de Coca Cola.
Lydie s’est chargée de m’accompagner dans ma nouvelle mutation.
- Vous allez voir, la sensation est étonnante.
- Etonnante dans quel sens ?
- D’abord une impression de froid intense parce que la peau est directement au contact du vinyle et puis, progressivement, la chaleur du corps inverse la sensation… C’est très bon pour les petits bourrelets disgracieux… Mais vous, vous n’en avez pas vraiment besoin.
- Raison de plus pour me proposer autre chose comme vêtement.
- C’est une idée que vous vous faites… La matière capte les regards, peut allumer le désir mais si vous réfléchissez bien, vous ne montrez rien de votre corps.
- Vous avez l’air de vous y connaître, Lydie…
- Il m’est arrivé de porter des tenues en vinyle dans des soirées parisiennes… mais ne vous faites pas d’idées fausses, c’était pour le look, le côté créateur, et pas pour autre chose.
- Qu’est-ce qu’on porte dessous ?
- Mais rien… A quoi serviraient les fermetures éclairs si elles ne donnaient pas accès aux zones stratégiques de votre corps ?…
- Je dois être nue là-dessous ?!…
- C’est recommandé…
- Mais pas obligatoire ?!
- D’un autre côté, qu’est-ce que vous avez comme dessous disponibles ?…
Ca c’était à la fois la voix du bon sens et une remarque narquoise. A moins de garder la culotte un peu trop large de Coralie, je n’avais rien d’autre à mettre.
- Vous êtes sûre qu’il n’y avait pas autre chose avec ce costume de carnaval érotique ?
- Sûre et certaine, c’est moi qui l’ai placé dans le placard quand on nous l’a « livré » ce matin.
- Alors, allons-y pour un nouveau « jet de pudeur par-dessus les moulins ».
Avec des gestes lents, toujours timides, j’ai ôté un à un mes vêtements jusqu’à me présenter dans ma nudité la plus complète devant Lydie.
- Oh là là… Ce soir, il faudra que je fasse ça devant des dizaines de personnes.
- Chaque chose en son temps, Fiona… Oubliez mes yeux et concentrez-vous sur votre nouvelle peau… Vous rentrez dedans comme s’il s’agissait d’un pantalon puis vous remontez les côtés comme si vous enfiliez une veste. Je m’occuperai des fermetures.
- C’est parti pour la honte de ma vie !
Le « tissu » émettait des petits bruits qui n’avaient rien à voir avec ce que j’avais coutume d’entendre en m’habillant. C’était proprement irréel. Sous les doigts aussi, les sensations étaient très particulières. J’avais à faire à quelque chose à la fois souple et rigide. Pas désagréable au contact de la peau comme me l’avait confié Lydie mais transmettant un pouvoir sensuel que je ne pouvais que constater au fur et à mesure que je m’imprégnais de la matière.
- Allez, on ferme, s’écria joyeusement Lydie… Ca va peut-être serrer un peu mais ça se fera à votre silhouette, ne vous en faites pas.
Effectivement, lorsque la fermeture éclair joignit les deux parties de la combinaison, j’eus une sensation d’étouffement. Le tissu plastifié s’imprima quasiment dans ma chair, épousant mes formes au plus près. La sensation était plutôt agréable finalement lorsqu’on se laissait aller. Je fis quelques pas entre l’armoire et le bureau.
- Je supporte plutôt bien la chose…
- Allez, reconnaissez que vous aimez bien…
- Plutôt mourir qu’avouer ça ! D’ailleurs mourir, c’est ce que je vais faire maintenant en enfilant les bottes…
- Cuissardes…
- Si vous voulez, mais je ne compte pas aller à la pêche en plus pendant la journée…
Là je me suis sentie beaucoup moins à l’aise. Mes pieds se rapprochaient dangereusement de la verticale pour compenser la hauteur des talons, se tordaient en une position absolument pas naturelle surtout pour moi qui étais une adepte convaincue des chaussures de sport plates. En plus, j’avais une nouvelle vision des choses depuis les sommets que j’atteignais enfin. Ce n’était pas évident de se situer face à la poignée de la porte, au bureau, aux étagères de l’armoire.
Et c’était encore moins évident de marcher. Mes précédentes expériences avaient été pitoyables. Là, je touchais au ridicule le plus grandiose me déhanchant comme une oie pour garder mon équilibre.
- Encore, m’encourageait Lydie… Encore… Les cuissardes doivent finir par faire partie de vous comme la combinaison en vinyle. Vous ne devez faire plus qu’un… Et alors là, mamma mia !…
- Quoi mamma mia ?!
- Vous pourrez aller écumer les milieux underground de Paris…
- Très peu pour moi merci… Je ne vois pas plus loin que le Frenetic Dance… Et ça me semble déjà un objectif compliqué à atteindre.

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MessageSujet: Re: Sept jours en danger [Fiona 1 - terminé]   Dim 16 Mar 2008 - 11:24

Le plus simple était encore, comme la veille, d’imaginer que j’étais une autre, de jouer un rôle. Si jamais j’en venais à accepter l’idée que la fille que j’avais vue et revue tourner dans ma chambre c’était moi, ma raison vacillerait irrémédiablement. Cela n’empêchait en rien d’ailleurs mon esprit de me jouer des tours. Les regards qui se portèrent sur moi tandis que je remontais les rues vers La Grande Odalisque, je les pris parfois vraiment pour moi, pour mon vrai moi. Comme si les gens me découvraient telle que j’étais au naturel, sans le masque de maquillage que Lydie avait posé sur mon visage, sans l’artifice érotisant de mes vêtements. Comme s’ils pouvaient percer au cœur de mon être. Insensiblement, cela s’insinuait en moi : je pouvais avoir de l’intérêt pour les autres. Certes, c’était mon look qui faisait tout et l’image que je pouvais renvoyer aux passants étaient sans doute plus celle de l’excentricité… Mais, à dire le vrai, dans ces petits moments de nirvana, je m’en foutais. C’était trop bon d’exister !
Heureusement, cela ne durait pas. A la faveur d’une torsion de cheville ou d’un froissement de vinyle, je sortais de ma petite bulle, je redescendais de mon nuage. Tout cela était artificiel ! En pull et jean, dans ces fringues classiques que je me promettais de retrouver très vite, personne n’aurait posé le moindre regard sur moi.
L’entrée à la Grande Odalisque fut ponctuée d’un tonnerre d’applaudissements. Déjà, devant la porte, j’avais dû me plier à une séance de photos rapide pour le compte du site web de l’établissement. Heureusement, le ciel n’était pas clément et crachotait une bruine fine qui poussa le photographe à abréger mon calvaire existentiel : quelles poses prendre ?
En donnant à son pub le nom de La Grande Odalisque, le propriétaire-fondateur Peter Lawsdone avait clairement balisé ses desseins. La référence au tableau de Ingres était un moyen de flatter le patriotisme local tout en gommant un peu – son accent le rattrapait très vite – le fait qu’il était un de ces nombreux Anglais venus recoloniser le Sud-Ouest de la France. Par ailleurs, les peintures de nu sur les murs, rappelant là aussi la toile de Ingres, disaient le caractère coquin de l’établissement. Ici, les serveuses avaient des jupettes hyper-courtes, des jambes interminables gainées de soie noire et de jolis corsets verts. A les voir virevolter entre les tables, je les admirais déjà en connaisseuse : elles avaient des talons aussi importants que les miens mais elles semblaient voler, leur plateau tenu à bout de bras. Tout restait cependant dans l’apparence, les lieux ne se prêtaient pas à des scènes de débauche sexuelle.
- Si on peut le suggérer, le susciter, tant mieux, mais il y a des établissements plus libertins pour cela, expliqua Peter Lawsdone en finissant de m’expliquer – et d’expliquer aux caméras – ce qu’était La Grande Odalisque.
Moi que la foi avait abandonnée devant la tombe de mon père au cimetière, j’en venais à prier muettement Dieu que Frenetik Dance, cette boite que je ne connaissais pas, ne fut pas un de ces « établissements plus libertins ». Je me méfiais des mauvaises surprises qui pouvaient encore m’attendre. Mes accompagnatrices, Sophie et Lydie, paraissaient toujours gênées par ce qu’on me proposait, raison pour laquelle sans doute elles restaient nébuleuses sur les réjouissances à venir.
Il y eut une nouvelle vague d’applaudissements terribles lorsque je pris place sur la petite estrade qui avait été aménagée pour la conférence. L’ambiance avait déjà été chauffée à la bière pression et des cris, des coups de sifflets suffisaient à me montrer que certains des clients étaient déjà « à point ».
Je fus présentée à la foule par une serveuse. C’était quelque peu étonnant mais à voir les arabesques que celle-ci dessinait avec son corps tout en parlant, je dus convenir qu’elle était plus susceptible de faire monter encore l’excitation de l’assistance que son patron et ses cheveux grisonnants.
- Miss Fiona Toussaint est une grande historienne…
Applaudissements plus retenus.
- … montalbanaise …
Déchaînement.
- Elle est vraiment mimi, pas vrai ?
Délire complet de la salle où les cris et les sifflets reprirent de plus belle. Eh bien, cela permettait d’étalonner, sans grande surprise il est vrai, la considération de la clientèle : mieux valait être sexy ou du coin qu’une simple scientifique.
- Elle nous propose cette après-midi une conférence sur l’histoire de la sexualité du Grand Siècle à nos jours. Miss Fiona Toussaint !
Tandis que les applaudissements reprenaient, la petite serveuse s’effaça de la position centrale qu’elle avait sur l’estrade, me montra d’un geste du bras puis quitta la scène en effectuant la roue… spectacle qui suffit largement à détourner les regards de l’assistance vers son joli string vert pailleté.
J’ai baissé la tête vers mes feuilles comme je le faisais à chaque fois que je devais présenter un exposé. Moment de fusion entre moi et mon sujet. Je m’imbibais une dernière fois de tout ce que j’avais pu écrire, relever, classer. Je laissais infuser en moi le plan que j’avais construit. Miracle sans cesse renouvelé, je pourrais ensuite parler de nombreuses minutes sans jeter le moindre regard à mes notes.
Lorsque je relevais la tête, je démarrais aussitôt. Là, aucun mot ne sortit de ma bouche. Je balayais l’assistance d’un regard désespéré, quasi hagard. Ce n’était pas mon public habituel, des profs, des étudiants... Dans un autre registre, je retrouvais en eux l’attitude des élèves du collège toulousain, attendant d’être subjugués avant même que d’être instruits. Je distinguais les regards des occupants des premières tables. Leur attention se portait plus sur mes cuissardes que sur mes lèvres. J’avais à nouveau tout faux. Mon érudition ne me servirait à rien pour tenir l’auditoire… ou pas à grand-chose si je ne donnais pas ce qu’ils attendaient.
Du show !
Du chaud !

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MessageSujet: Re: Sept jours en danger [Fiona 1 - terminé]   Dim 16 Mar 2008 - 17:47

Soit je restais tétanisée assise derrière ma petite table, soit je me lançais. L’immobilité m’apparaissait infiniment plus rassurante parce que, quelque part, elle signifiait un refus du danger. Je serais ridicule en potiche muette. Et alors ? Ne l’étais-je pas déjà dans cette combinaison qui me tenait de plus en plus chaud sous les deux projecteurs braqués sur moi ?
Seulement voilà, ce ridicule là j’avais déjà donné trois jours plus tôt. En étant incapable de m’adapter à mon public de collégiens, en persistant à rester moi. Persister c’était donner à ceux qui me tourmentaient une preuve supplémentaire de mes faiblesses, leur avouer que j’étais incapable de présenter de moi aucun chose qu’un portrait falot et inintéressant. Il me suffisait d’accepter l’idée que je pouvais jouer à être ce que je ne serai jamais au fond de moi, qu’il n’y avait là aucun risque pour ma santé mentale, pour mon honneur. Je devais admettre qu’il faut être acteur pour exister, qu’on n’est pas toujours son meilleur ambassadeur en se bornant à être juste soi-même.
J’ai articulé un bonsoir un peu timide, lancé la machine par une introduction qui montrait toute la complexité du terme « sexualité ». Jusque là, c’était assez classique dans la forme. Pour accompagner la présentation de ma première partie sur « les évolutions d’une normalité sexuelle », j’ai repoussé la table, je me suis juchée sur mes talons interminables et j’ai commencé à bouger sur l’estrade. Peu à peu, je me suis laissée envahir par l’autre, par ses mimiques, par ses gestes. J’étais seule responsable du contenu, de l’érudition du propos. Elle, mon double, mon clone sensuel, se chargeait de faire passer le tout.
Je n’avais jamais prononcé des mots crus ou induisant des idées qui l’étaient tout autant comme « fellation » ou « sodomie ». J’aurais dû trembloter, hésiter, chercher des périphrases pour les éviter. Je n’en ai rien fait. Même scabreux, le thème qui m’avait été imposé ne suscitait aucune timidité au moment de l’aborder face à cette centaine d’inconnus. J’avais franchi un mur, déconnecté ma personnalité de toutes ses limites mentales. Je venais souffler des bisous à quelques centimètres des premiers clients, je posais langoureusement mes mains sur les parties du corps que j’étais amenée à évoquer, je tripotais avec une fausse candeur la fermeture éclair de ma combinaison lorsque je sentais que l’auditoire commençait à décrocher.
En une heure, je parvins à brosser un panorama de la question. Succinct par rapport à mes notes mais complet par rapport à l’ambition du sujet. Je n’avais évité aucun des passages obligés – et attendus ? – sur l’évolution de la sexualité : les libertins du XVIIè siècle comme Bussy-Rabutin, Donatien de Sade et ses jeux, les cocottes des salons bourgeois du XIXè, les rigueurs doctrinales de l’Eglise qui traversaient toute la période étudie. Je terminai par une pirouette rhétorique qui m’avait traversée l’esprit le matin pendant ma préparation. Une idée que j’avais repoussée me jugeant incapable de l’appliquer.
- Quant à savoir ce que sera l’avenir de la sexualité en France, la réponse se trouve dans le slip ou la culotte de chacun d’entre vous… Je vous remercie…
Un éclat de rire général précéda la dernière salve d’applaudissements de l’après-midi. J’y répondis par un petit signe de tête et un grand sourire. L’actrice en moi s’effaça aussitôt, me laissant désemparée, incapable de savoir ce que j’avais bien pu faire tout au long de cette conférence. J’étais entrée dans un état second dont je m’extirpais avec un sentiment de honte. Tout avait été filmé. On verrait donc Fiona Toussaint se palper la poitrine, allumer l’assistance d’œillades langoureuses ou que sais-je encore. Et personne ne ferait la différence entre l’originale et le rôle qu’elle avait tenu.
Je me suis réfugiée auprès de Sophie et du patron des lieux.
- Comment c’était, ai-je demandé ?
- Fantastique, a applaudi Peter Lawsdone !
- Aïe, répondis-je ! J’ai dû aller trop loin…
- Il y a deux jours, vous auriez été incapable de faire le quart de la moitié de ce que vous avez montré là, approuva Sophie.
- Alors, je crois que je peux oublier ma carrière d’historienne…
- Mais pourquoi cela ?… Vous avez du talent !…
- Ce talent, monsieur, on ne l’apprécie guère là où je veux aller. Etre une femme n’est déjà pas simple… Alors être une sa…
C’était impossible pour moi d’en dire davantage. Les mots ne sortaient plus de ma gorge. Je ne savais plus où j’en étais. Il en était de mon intervention comme de la combinaison que je portais : avant, j’avais refusé de l’accepter ; ensuite, je m’étais laissée aller et j’avais pris un plaisir immense à ne plus être moi-même ; après, je n’avais plus qu’un sombre dégoût et dans la bouche quelque chose qui ressemblait à de la cendre.
- Si on vous embête à cause de cela, qu’est-ce que cela sera après ce qui vous attend ce soir !
Ce Romain avait véritablement le sens de la diplomatie et des mots qui déchirent. Je lui aurais sans doute volé dans les plumes si le propriétaire ne m’avait pas pris par le coude en me disant :
- Allons, venez ! Votre public vous réclame !… Je crois que certains ont des questions à vous poser.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Sept jours en danger [Fiona 1 - terminé]   Dim 16 Mar 2008 - 18:35

Après une heure de conférence, je dus encore affronter une dizaine de questions dont certaines, il faut le reconnaître, étaient dictées par un véritable souci de compréhension de ce que j’avais présenté. On pouvait donc avoir applaudi à mes simagrées érotisantes et suivi dans le même temps mes propos. Tout cela en ingurgitant une ou deux bières. C’était là le genre de performance que je ne parvenais ni à imaginer, ni à comprendre.
J’ai enfin pu gagner la table qui avait été réservée pour l’équipe de l’émission. Je me suis assise entre Lydie et Sophie, mes deux alliées les plus sûres.
- Alors, a chuchoté la maquilleuse à mon oreille, cette combinaison et ces bottes ?… Elles ne vous gênent plus maintenant ?
- Je ne vais pas dormir avec cette nuit… Je suis en nage…
- Raison de plus pour ne rien porter dessous !… Maintenant, il se pourrait que le jury de l’émission refuse d’estimer à sa juste valeur votre prestation…
- Pourquoi ?… Qu’est-ce que j’ai encore fait ?
- On a oublié ça !
De sa valisette, Lydie a tiré le collier affreux avec ses piques dardées vers l’extérieur.
- Je remercie la personne qui a fait cet oubli… C’était déjà assez compliqué sans…
- Vous vous en êtes très bien tirée… Vous avez un sens étonnant de la scène.
- Il était bien caché, croyez-moi… Et, en fait, j’espère qu’il va retourner se cacher pour longtemps.
- Fiona, écoutez-moi bien !…
C’était assez pittoresque comme expression car après une bonne heure de silence, les soiffards s’étaient mis à rattraper le temps perdu et beuglaient à qui mieux mieux. Du coup, Lydie qui avait commencé par chuchoter me hurlait dans l’oreille… et je ne pouvais faire autrement que de l’écouter.
- Si lundi matin, vous oubliez tout ce que vous a vécu cette semaine, si vous revenez à votre vie plan plan d’avant, alors vous serez une véritable idiote !… Je sais bien que je ne peux pas rivaliser avec vous côté intelligence, mais côté vie là je peux vous assurer que je sais de quoi je parle. Vous pouvez être un phare, une lumière… Vous avez assez de qualités pour rendre jaloux un groupe d’une dizaine de personnes qui à eux tous n’en auront jamais autant. Sortez de votre grisaille, arrêtez de croire que vous allez faire du mal à la Terre parce que vous existez. Dîtes-vous qu’au contraire, c’est votre existence même qui peut faire le bonheur des gens… Regardez l’accueil qu’on vous a fait. Repensez aux applaudissements qu’on vous a donné. Ces gens-là, vous les avez instruit, vous les avez rire, vous leur avez donné des émotions… et puis quelles émotions ! Même moi ça m’a chatouillé dans ma culotte…
- Arrêtez Lydie, arrêtez !… Je ne veux pas en entendre davantage… Mon destin c’est donc de me mettre à poil devant les gens pour qu’ils soient heureux.
- Pas forcément… Mais l’image est la bonne… Il ne suffit pas de vouloir donner aux autres, il faut aussi savoir comment donner pour que cela soit bien reçu.
- Et avec cet horrible collier, ça sera mieux ?
- Si vous y croyez, sans aucun doute.
J’ai donc dû accepter en même temps qu’un raccord maquillage ce lourd collier autour de mon cou. Idéal lorsque la prochaine étape de mon calvaire du samedi consistait à chanter.

Un peu avant dix-huit heures, deux des serveuses ont commencé à équiper l’estrade pour le karaoké. C’était encore sans doute une idée libidineuse du patron que de faire charrier par ces jeunettes en jupette tout le matériel, de le connecter en se mettant à plat ventre sur la scène ou en se penchant par-dessus les enceintes. La performance devait être bien payée car les deux serveuses mettaient beaucoup d’énergie et de sensualité à la tâche. En une grosse dizaine de minutes, la sonorisation, un écran géant et deux micros se trouvèrent installés. A 18 heures, Peter Lawsdone en personne put lancer le concours en rappelant le principe du jeu : passait sur scène qui le voulait mais sans pouvoir choisir sa chanson.
- Ce serait trop simple… Moi je prendrais le God save the queen et je serais sûr de gagner… Vous les Français vous n’avez jamais su chanter de toute façon !
La salle réagissait évidemment par des éclats de voix qu’imperturbable, flegme britannique oblige, le propriétaire calmait en poursuivant la présentation du règlement .
- Nos charmantes hôtesses vont vous distribuer un papier pour le vote… Deux catégories, dotées de la même manière pour ne pas faire de jaloux, la meilleur interprétation et la pire. Alors, à vous de choisir si vous voulez être applaudi pour votre talent ou pour votre nullité… A gagner, mais je suis sûr que vous le savez déjà, une pinte de bière brune irlandaise.
J’étais ravie d’apprendre qu’il fallait être volontaire – ce que je n’étais pas évidemment – et qu’il y avait un trophée pour la personne la plus nulle, j’avais donc toutes mes chances. Le collier, en revanche, m’oppressait bien plus que la combinaison ou les cuissardes avaient pu le faire. C’était insupportable physiquement et moralement.
- Et pour ouvrir ce karaoké de La Grande Odalisque, j’appelle miss Fiona Toussaint.
Tous les clients présents n’avaient pas assisté à ma conférence car un certain renouvellement s’était effectué dans l’assistance vers 17 heures. Il n’empêche que quand je revins sur l’estrade le déchaînement de la foule fut aussi enthousiaste que quelques heures plus tôt.
- On vous a choisi une chanson bien adaptée, miss…
- Ah !…
Je me serais foutue des coups de pieds aux fesses… Voilà qu’à nouveau je me bloquais… Impossible d’articuler quelque chose de spirituel en réponse. Juste ce « Ah ! » qui ne marquait ni surprise, ni inquiétude. Juste une totale apathie.
- C’est un grand classique de la chanson française… De madame Juliette Gréco… Déshabillez-moi !

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MessageSujet: Re: Sept jours en danger [Fiona 1 - terminé]   Lun 17 Mar 2008 - 10:59

J’avais beau vaguement connaître la chanson, j’étais furieuse de mon incapacité à articuler les mots dans le micro. Ca donnait dans les hauts parleurs un truc dans le genre « Désha…llez-moi Dé…bi…moi ». Le public n’a pas tardé à manifester bruyamment son désappointement. J’ai paniqué encore plus.
J’étais dans la situation classique du sportif qui a fait un exploit et qui s’effondre le lendemain. Après avoir dompté, discipliné mon caractère tout au long de la conférence, j’étais incapable de rentrer à nouveau dans la peau de l’autre, celle qui était extravertie, qui osait, qui pouvait tout se permettre. Peut-être que si le thème de la chanson avait été tout autre, s’il n’avait pas évoqué ce qui allait être l’Himalaya de ma journée. Peut-être alors que oui, j’aurais pu chanter. Un peu faux sans doute mais j’aurais chanté.
C’était tellement la cata que j’ai posé le micro et que j’ai quitté l’estrade.
- Je vous l’avais bien dit, ai-je jeté face à la caméra… Je suis nulle…
Cinq minutes après, la pression une fois retombée, je me maudissais d’avoir prononcé cette phrase. Elle serait retenue contre moi comme on disait dans les mauvais feuilletons judiciaires.
- Quand est-ce qu’on s’en va ? Je commence à en avoir assez de l’Odalisque.
- Quand vous aurez repris vos esprits et que vous serez apte à affronter la suite, me répondit Sophie.
- Parce que vous pensez que je serai apte un jour à affronter la suite ? Il faut être réaliste, Sophie… Je préfère jeter l’éponge tout de suite… Je suis fatiguée… Ce collier m’étrangle, ces bottes me serrent, cette combinaison m’étouffe… J’en peux plus… Allez, on dit que vous avez gagné et on n’en parle plus.
- Vous êtes prête à dire ça face à la caméra ?… Là, on est entre nous… Les mecs fument une clope dehors… Je peux faire comme si je n’avais pas entendu…
- Vous jouez quel jeu au juste, Sophie ?… J’en suis à un point où je ne comprends plus rien à cette émission. Vous me mettez en danger comme vous avez fait pour d’autres auparavant. Les autres ont tous fini par se laisser submerger par leurs peurs et ont dit pouce… Mais moi il faudrait que je m’en sorte quand même ?
- Vous ne pouvez pas tout comprendre, Fiona. L’émission n’est que la partie visible de tout un tas de jeux qui vous dépassent. Vous êtes entré dans le cercle sans en connaître toutes les règles, tous les codes. Lorsque vous en sortirez, vous n’aurez pas tout saisi de la complexité des rapports entre tous ceux qui oeuvrent pour ce programme.
- Vous en dîtes trop ou pas assez…
- Parce que… il y a ce qui peut filtrer au dehors et ce qui doit rester au-dedans… Je repense à une autre émission sur laquelle j’ai travaillé… L’animateur était un nul notoire. Il passait son temps à se planter… donc il fallait multiplier les prises pour obtenir quelque chose de potable à l’antenne. Mais comme il était populaire et que l’émission rapportait beaucoup en parts de pub, on continuait. Du coup, sur le plateau, c’était toujours tendu. Quand on commençait une série d’enregistrements, c’était sans savoir si on allait déborder de une, deux ou trois heures. Devant les candidats, on ne pouvait rien dire et quand l’animateur se plantait ou se mettait en colère, on devait déguiser ça avec des formules du genre « c’est pour mieux vous mettre la pression » ou « c’est pour vous montrer que même lui il peut se tromper ». Mais, après, dans les couloirs ou les coulisses, on sortait les flingues pour le dégommer… Et comme, évidemment, il avait ses irréductibles, vous imaginez l’ambiance.
- Ce que vous essayez de me dire…
- Je n’ai rien dit…
- Disons alors que ce que je crois comprendre, c’est qu’il y a deux camps dans l’équipe de production : ceux qui veulent que je m’en sorte et ceux qui veulent que j’explose en plein vol.
- Si on simplifie beaucoup, ça peut être un genre de truc comme ça…
- Et donc ?…
- J’aimerais assez que vous ne craquiez pas aujourd’hui et que vous alliez au bout… Même si pour cela, il faut montrer votre cul dans une discothèque.
Les confidences de Sophie m’aidaient un peu à recoller les morceaux de ma semaine. Elles allaient dans le sens des réactions enregistrées aux studios de Saint-Denis après mon face à face tendu avec Daphné. J’avais compris qu’il y avait ce qu’on montrait à l’écran et ce qu’on ne montrait pas. Je découvrais que le choix qui était effectué recouvrait en fait des intérêts incompréhensibles pour le commun des téléspectateurs, des luttes souterraines mais pas vraiment feutrées. J’avais sacrément envie d’en savoir plus.
- On va y aller maintenant… N’oubliez pas ce que je vous ai dit…
- Cela ne risque pas… Par contre, Sophie, vous pouvez oublier mes faiblesses de tout à l’heure.
- Quelles faiblesses ?

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MessageSujet: Re: Sept jours en danger [Fiona 1 - terminé]   Lun 17 Mar 2008 - 13:17

Entre La Grande Odalisque et la discothèque, Lydie me servit de chauffeur. Pour m’éviter de revivre une interpellation par les forces de police comme pour me permettre de me reposer. Jusqu’à mon départ du pub, j’avais été assailli par mes nouveaux « fans ». Certains espéraient une bise – que je délivrais du bout des lèvres -, d’autres brandissaient leur téléphone portable en me demandant une photo en leur compagnie. C’était toujours accompagné de petits mots sympas à mon égard… même quand on m’avouait de pas avoir entendu de chanteuse aussi peu audible depuis Carla Bruni. Cette gloire éphémère n’arrivait pas à me faire oublier ce qui m’attendait, à me rendre la force nécessaire pour affronter le conflit entre celle que j’étais et celle que j’étais capable de devenir.
- Alors, cette combinaison, me demanda Lydie en chemin ? Quel bilan ?
- On n’en a pas déjà parlé ?…
- Oui mais depuis ? Vous n’êtes pas encore plus à l’aise ?
Je sentais poindre un nouveau développement sur l’habitude qui, seule, me permettrait de triompher de mes blocages.
- Là, elle commence un peu à me peser… J’ai l’impression d’être liquide à l’intérieur.
- Alors vous ne vous plaindrez pas d’être obligée de vous changer en arrivant à la discothèque.
- Je ne me plaindrai pas de me changer… La question est : en quoi ?

J’eus la réponse lorsque intervint la « livraison » attendue par Lydie. Les caméras recommencèrent à tourner lorsque on me transmit dans ma loge le cintre portant mes nouveaux effets pour la soirée.
Habileté pour maintenir plus longtemps le suspens, le tout était enveloppé dans une pochette opaque que je me mis à déchiqueter sans empressement exagéré. Si c’était ma tenue pour le strip, elle devait comprendre beaucoup d’accessoires légers et faciles à enlever.
Au final, on ne quittait pas l’ambiance dominatrice. Normal puisque c’était le leitmotiv de la journée ! Je devais apprendre à dominer les autres… Pour le moment c’était assez mitigé en terme de résultats. Avec un body en vinyle, des bas noirs, un string minuscule, je n’avais pas, a priori, l’impression de pouvoir dominer qui que ce soit… Même si je conservais les grandes bottes rouges pour me grandir d’une dizaine de centimètres. Le dernier de mes accessoires vestimentaires, et pas le moindre, était destiné à m’envelopper. J’observais sans aménité particulière cette grande cape rouge sur laquelle « ils » étaient allés jusqu’à floquer mon prénom.
- Alors ?
Je laissais les fameuses secondes destinées à faciliter les coupes au montage avant de répondre à l’interrogation de Sophie.
- Je crois que je vais avoir aussi froid maintenant que j’ai pu avoir chaud cette après-midi. Ca ne couvre rien cette cape !
- Vous pouvez vous envelopper dedans…
- Oui mais alors je perds l’usage complet de mes bras… Pour le repas, ça va être galère.

Le repas VIP réunissait une vingtaine de personnes dans une salle annexe à la discothèque. Je voisinais avec une ancienne gloire locale de la chanson dont l’intérêt pour la bouteille avait triomphé des capacités musicales. Deux ou trois fois pendant le repas, il me pinça la cuisse entre le pouce et l’index; à la troisième, je trouvais en réaction un usage imprévu à mes talons surdimensionnés. Son pied gauche doit encore en porter la trace. A ma gauche, se trouvait une journaliste spécialisée dans le people à laquelle je dus consentir quelques propos afin qu’elle pût faire partager à ses lecteurs « le plaisir de cette rencontre ».
Bref, ce fut une heure longue, bavarde et inutile que je terminais en ayant ingurgité une petite salade verte et une part de cake. Déjà que je peinais à manger beaucoup en temps utile, là j’avais carrément le ventre noué par l’angoisse.
Le repas tirait à sa fin lorsque nous avons vu arriver deux invités retardataires. J’en connaissais l’élément féminin : Daphné de Saint-Aignan.
- Qui c’est lui, demandai-je à ma voisine qui connaissait tout le monde et s’en vantait à longueur de bavardage ?
- Comment ? Vous ne le connaissez pas ?… Vous devriez pourtant… C’est Richard Lepat, le producteur de Sept jours en danger.
J’eus la sensation de pouvoir enfin mettre un nom et un visage derrière le « ils » collectif que je n’avais cessé de maudire depuis le début de la semaine. Sensation qui se trouvait contrebalancée par une autre plus dérangeante : si les deux étaient venus jusqu’ici, ce n’était pas pour profiter des mérites d’un menu que j’avais jugé sans intérêt. S’ils étaient là, c’était parce que les requins adorent l’odeur du sang. Et ce sang, symboliquement, serait le mien.

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MessageSujet: Re: Sept jours en danger [Fiona 1 - terminé]   Lun 17 Mar 2008 - 17:13

Richard Lepat portait beau la cinquantaine. Il avait de l’allure avec sa taille élancée et son costume italien de grande marque. Ses yeux d’un vert très pâle finissaient de le distinguer de la masse triste des autres hommes. Il avait du charme, le savait et, en passant saluer chacune de personnes autour de la table, marquait son territoire.
- Enfin, je vous rencontre… Bonjour Fiona… Vous ne me connaissez peut-être pas… Je suis le producteur de Sept jours en danger.
- C’est ce qu’on m’a dit… C’est donc à vous que je dois la tenue inconfortable dans laquelle je me trouve.
- En quelque sorte… même si je ne m’occupe pas directement du choix des épreuves infligées à nos candidats.
- Et vous êtes donc venu voir votre proie ?…
- Les rushs de l’émission ne mentent pas… Vous êtes vraiment redoutable… Toujours prête à griffer…
- C’est le propre des dominatrices, n’est-ce pas ?
Pour toute réponse, il s’excusa de m’abandonner pour saluer les autres convives. Quelques instants plus tard, Daphné débarquait pour passer la seconde couche.
- On s’embrasse Fiona ?
- S’il le faut, fis-je en tendant la joue.
- Allons, pas comme ça… Vous n’êtes plus dans le monde réel, Fiona… Vous êtes une VIP désormais… Et dans ce monde-là, on ne se fait pas une simple bise…
Daphné s’approcha de mon visage et me baisa rapidement les lèvres.
- Vous voyez… C‘est comme un signe de ralliement pour les gens du même monde.
- Je ne crois pas que nous soyons du même monde, Daphné… Je vous trouve beaucoup trop classique dans votre habillement pour rivaliser avec moi.
- Qu’est-ce qui vous prouve que je ne peux pas en faire autant ?… Vous croyez que pour faire ce métier, on n’a pas parfois à se forcer à dépasser sa nature.
- On y est sans doute mieux préparé parce qu’on l’a choisi…
- Vous avez raison… Il vaut mieux être du côté des dominatrices pour réussir… Vous vous sentez prête ?
- Pas du tout…
- Je veux dire à faire l’interview…
- Quelle interview ?
- Sophie ne vous l’a pas dit ?… Cette fille est vraiment nulle… On va finir par la virer… Elle savait pourtant qu’elle était en sursis… Déjà l’autre jour, elle aurait dû vous suivre à Paris. Elle ne l’a pas fait parce qu’elle s’est trouvée un nouveau copain sur Toulouse… Ca l’arrangeait de pouvoir avoir son après-midi de libre… Bref, ne parlons plus de ça… On va donc faire une interview de vous avant votre soirée, filmer votre arrivée dans la salle, vos premiers pas de danse et puis on repart vers le studio à Toulouse pour monter l’émission… Ca va être juste au niveau timing mais ça devrait passer.
- Vous ne montrerez rien du… enfin, vous savez bien du moment où je dois…
- Où vous devez faire quoi, Fiona ?
- Où je dois me déshabiller en public ?
- Vous déshabiller en public ?… Pourquoi voulez-vous en montrer plus ?… Vous êtes déjà assez vénéneuse ainsi.
- Pourtant, on m’avait dit que je devais…
- Qui vous a dit cela ?…
Là, ça commençait à partir en vrac dans ma tête. Il y avait quelque chose de pas net dans cette histoire. Les versions de Sophie et de Daphné n’allaient pas du tout dans le même sens. Qui devais-je croire ?
- On ne me l’a pas dit… Je l’ai vu sur l’affiche.
C’était bien trouvé comme explication. Je me votais des félicitations pour mon sens de l’improvisation.
- C’est ce qu’on va voir… On va aller se renseigner directement auprès de Paul…
- Qui est Paul ?
- L’organisateur de la soirée et le propriétaire des lieux… On ne vous l’a pas présenté quand vous êtes arrivée ?
- Ben non… Je suis directement allée me changer et puis on m’a conduit à table.
- Double raison alors pour que vous rencontriez Paul.

Paul avait commencé comme videur et il avait, malgré sa soixantaine, de beaux restes. C’était une montagne de muscles, une armoire à glace à laquelle il valait mieux ne pas trop se frotter. Je l’avais vu plusieurs fois traverser la salle du repas, donner des ordres, mais jamais il ne s’était approché.
Daphné l’interpella lorsqu’il fit sa réapparition. Toujours malhabile sur mes talons, je la suivis à la rencontre du boss.
- Qu’est-ce que j’apprends Paul ?… Vous avez édité des affiches disant que Fiona se déshabillerait sur scène ce soir ?
- Sûrement pas… La dernière fois qu’on a proposé un truc comme ça, on a eu des ennuis… Je me suis promis que plus jamais je ne ferais de strip-tease dans la boite… Je laisse ça à d’autres qui ont des systèmes de sécurité plus importants… Sur Toulouse, ça se fait… mais ici, depuis deux ans, pas question !
- Mais je ne comprends pas… J’ai vu l’affiche de mes propres yeux ce matin.
- Qui vous a montré cette affiche, Fiona ?
- Les cameramen…
Cette fois-ci, je n’avais pas hésité à répondre. Jean-Claude et Romain m’étaient clairement antipathiques et je respirais mieux depuis qu’ils m’avaient lâchée au dessert.
- Ces deux truffes sont bien foutus de faire un sale coup comme ça… Juste pour vous mettre dans la merde en envoyant les images sur le net.
- Avouez que là vous ne mettez pas seulement ma semaine en danger, c’est toute ma vie que vous allez foutre en l’air… C’est comme le refus de ma réinscription à la fac…
- Ca, on n’y est pour rien…
- Qui dois-je croire, Daphné ?… Tout est très compliqué depuis hier.
- Excusez-moi les filles mais il faut que j’y retourne, fit Paul.
- Allez-y Paul… Merci…
- Oui… Merci…
Oh je l’aurais embrassé ce brave Paul avec ses cheveux teintés et ses rides viriles ! Il m’avait par ses dénégations libérée d’un poids énorme. Je n’aurais pas à aller faire la playmate devant une foule de jeunes déchaînés. La complexité des relations entre les membres de l’équipe de l’émission, leurs coups tordus, à la limite maintenant je m’en foutais. J’avais franchi le dernier col de l'étape et je n’avais plus qu’à me laisser glisser vers l’arrivée.

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MessageSujet: Re: Sept jours en danger [Fiona 1 - terminé]   Lun 17 Mar 2008 - 18:06

Daphné m’avait abandonnée pour courir saluer d’autres personnes. Je n’arrivais pas à comprendre comment elle pouvait connaître autant de personnes sur le coin alors que l’émission ne s’était installée sur Montauban que le dimanche précédent. A croire qu’une fois terminés les enregistrements elle se précipitait pour entamer de vaines causettes avec ces femmes qu’on baisait sur la bouche et dont on disait ensuite du mal par derrière.
Lydie vint me pêcher alors que l’ex-vedette du Top 50 cherchait le moyen pour venir se faire à nouveau poinçonner les orteils. Il avait dû aimer ça le bougre ! Fort heureusement, Lydie interrompit son approche boitillante me lançant de loin :
- Il paraît qu’il y a une interview avec Daphné… Il faut que je vous maquille.
- Oui, il paraît… Vous n’étiez pas au courant ?
- Sophie n’en a rien dit… Ce n’était pas dans le conducteur de la journée… Peut-être que ça c’est décidé au dernier moment.
- Parfois je me demande comment l’émission fonctionne… Tout est écrit ou ça se décide au fur et à mesure ?
- Eh… Mais vous n’essayeriez pas de me soutirer des informations là ?…
- Je suis une dominatrice, oui ou non ?…
Lydie était celle qui s’était le plus transformée au cours de la semaine. De franchement imbuvable le lundi matin, elle avait fini par se calmer et d’un abord de plus en plus agréable. Elle finissait par être vraiment à mes petits soins… même si son obstination à me faire dire que j’adorais porter la grande combinaison en vinyle m’avait un peu intrigué.
Je n’eus aucun mal à la convaincre de m’en dire plus.
- Puisque demain c’est terminé, je peux bien comprendre deux ou trois trucs de fabrication, non ?
- Ok… Ok… Mais attendez qu’on soit dans la loge.
Deux couloirs et trois portes de sécurité plus loin, la maquilleuse entamait son œuvre. Tout en surveillant la porte et les bruits venus de l’extérieur, elle me livra quelques informations sur le background de ma semaine.
- Déjà, il ne faut pas imaginer qu’on débarque au dernier moment… Cela fait plus de quinze jours que l’équipe est dans le secteur et vous observe… On vous a déjà filmé à votre insu dans votre vie d’avant… Ce sont des images qu’on garde pour la dernière…
- Pas étonnant alors que Daphné semble connaître tout le gratin du coin…
- Ca, Daphné elle n’a aucun mal à faire ami ami avec les célébrités… Comment vous dire ? Elle fait des cornes à ce pauvre Richard pratiquement tous les jours… Mais bon, là, vous n’avez rien entendu…
- Parce que Richard et elle ?…
- Oui… C’est grâce à ça qu’elle a obtenu la présentation de l’émission…
- Belle mentalité, jugeai-je en mon for intérieur… Et après, ça veut donner des leçons de comportement en société aux autres.
Je repris à haute voix.
- Donc, je suis votre proie depuis quinze jours… Ca laisse du temps pour me cerner correctement…
- Moi je n’étais pas là… Je suis arrivée en catastrophe dans la nuit du dimanche au lundi… La maquilleuse précédente s’est engueulée avec Daphné et ils l’ont virée…
- De là votre caractère de chien lundi matin…
- Oui… Mais bon, ma semaine de vacances, je ne la regrette pas finalement… J’ai eu le privilège de transformer une chenille en papillon…
- Merci pour le compliment… mais le papillon a-t-il besoin d’avoir les lèvres aussi rouges ?
- C’est pour essayer de faire oublier que vos yeux sont marqués par le stress et la fatigue… Mais après j’atténuerai si besoin est…
- Donc on écrit les épreuves à l’avance… Il faut que tous les jours ce soit plus fort que la veille… Tant que le candidat n’aura pas demandé grâce…
- Il y a un débriefing le soir après la diffusion de l’émission. On reçoit une fiche avec les grandes lignes de la journée, les objectifs à atteindre, le type d’images attendues…
- Qui la pond cette fiche ?
- Trois petits génies à l’esprit tordu… Il y a trois mois, on avait un gars qui avait le vertige… Vous imaginez un peu ce qu’on lui a proposé… Tous les jours, c’était un peu plus haut… Et pour essayer de l’aider, on l’amenait voir des spécialistes… Le jeudi, ils n’ont rien trouvé de mieux que de lui faire traverser le viaduc de Millau au volant d’un voiture… Avant même d’arriver sur le pont, le type a mis sa caisse en travers de l’autoroute. Bilan : deux blessés.
- Je vois le truc… Avec moi, ils ont pu raffiner… Entre la peur des chiens, l’agoraphobie et mon obsession pour mon travail, ça leur laissait des possibilités… Mais c’était quand mon viaduc de Millau à moi ?
- Mercredi au collège…
- Ils ont failli réussir…
- Du coup, j’ai l’impression qu’à partir de jeudi ça a été davantage dans l’improvisation. L’élimination de vos vêtements était prévue puisqu’ils avaient imaginé que vous achèteriez de nouveaux habits avec vos 2000 euros… Mais le look de grande salope, je crois que c’est venu comme une sorte de vengeance. Et pour aujourd’hui, je crois qu’ils sont allés au-delà de ce qu’on peut exiger…
- Les trois tordus ?
- Oui… Plus Richard et Daphné puisque ce sont eux qui valident les idées… Et Sophie les met ensuite en musique sur le terrain.
- Vous avez la fiche pour aujourd’hui ?
- Je ne peux pas vous la montrer…
- Lydie, dans cette histoire, vous pensez que j’ai été bien traitée ?…Vous venez de dire qu’ils étaient allés au-delà de ce qu’on pouvait exiger… Ils ont quand même réussi à me foutre dans la merde pour ma thèse et à me faire enfermer dans une cellule de gendarmerie.
- C’est sûr…
- Allez, lâchez votre pinceau et passez-moi cette fiche… Je ne fais que jeter un coup d’œil.
- Ok… Mais vous ne la touchez pas… Juste des yeux…
- Promis !
Lydie a posé son pinceau, ouvert une fermeture éclair sur le flanc de sa valisette et tiré une fiche bristol blanche qu’elle a brandi sous mes yeux. J’ai sauté tout de suite à la fin. Les consignes étaient claires : « Strip-tease dans la boite : humiliation finale dont elle ne doit pas se relever ; elle doit craquer là ! – filmer soft pour Romain, plans de foule et hards pour Jean-Claude ».
Où j’allais là ?

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MessageSujet: Re: Sept jours en danger [Fiona 1 - terminé]   Mar 18 Mar 2008 - 0:25

Je n’ai pas eu le temps de poursuivre mon interrogatoire déguisé. Quelqu’un a frappé à la porte, Lydie a fait disparaître la fiche précipitamment dans sa valise de maquillage et j’ai essayé de cacher mon trouble sous le fard couleur chair.
- Daphné attend…
- Une seconde… Je n’arrive pas à retrouver la bonne couleur de lèvres.
- Eh bien, grouillez-vous… On est ric-rac pour le timing.
Décidément, outre le fait qu’il n’aimait pas ma Super 5, ce Romain avait le chic pour se rendre désagréable. Il avait le profil adéquat pour avoir monté le piège dans lequel j’étais sensée tomber : me dessaper en public pour ensuite ruiner ma réputation sur internet. En revanche, comment avait-il pu modifier la fiche des instructions données à l’équipe ? Daphné qui les supervisait avec le producteur aurait dû constater l’existence du strip-tease si la fiche avait déjà été transformée. Mais Lydie avait bien dit que tout le monde recevait les fiches au moment du débriefing du soir… Il était donc impossible de changer leur contenu après ce moment-là.
Ou alors quelqu’un m’avait menti.

- Bonjour Fiona… Il est bientôt 21h30… Dans quelques instants, la discothèque va ouvrir ses portes. Vous allez être la vedette de la soirée. Comment vous sentez-vous ?
- Assez mal à l’aise. Je pense que vous savez que je ne suis pas à l’aise au milieu de la foule. Je préfère faire les courses à l’ouverture quand il n’y a pas grande monde, je vais au cinéma à la séance du matin… Donc là me dire qu’il va falloir plonger au milieu de tout ce monde, ça me tétanise un peu…
- On a vu dans le résumé que ça c’était plutôt bien passé pour votre conférence cette après-midi… mais que question chanson il y avait des progrès à faire…
- J’étais surtout déstabilisée par le public… et fatiguée aussi…
Tu parles !… Je pouvais dire ce que je voulais. La caméra avait enregistré mon « Je suis nulle » et c’était le genre de déclaration qu’ils pouvaient monter en boucle juste pour en convaincre les téléspectateurs.
- Ce soir, il va pourtant falloir recommencer à vous produire devant un public… et même au milieu d’un public. Vous avez peur ?
- Je n’ai pas peur… En fait je suis terrifiée… Ca doit vous faire plaisir non ?
- Le but c’est que vous alliez jusqu’à vos limites pour les dépasser… Donc, si vous êtes terrifiée, c’est qu’on fait plutôt bien notre job…. Dîtes-nous, Fiona, vous êtes plus rock, techno ou alors carrément danse de papa ?
- Je ne suis pas danse du tout… A moins qu’on considère que bouger la tête, les bras et les jambes en rythme cela suffise à prétendre danser.
- Cela fait donc deux défis d’un coup…
- Non, Fiona, je pense que vous comptez mal… Ca en fait trois… Gérer la foule, maîtriser la danse et… vous savez de quoi je veux parler.
Ils n’avaient pas le temps de recommencer l’interview… Pas même le temps sans doute de me passer un savon. Daphné allait devoir réagir vite à mon insinuation et, selon sa réponse, peut-être que je saurais ce que je devais faire.
- Pas du tout… Mais dans la vie, on a parfois des surprises… Des bonnes et des moins bonnes… Alors, si vous ne craquez pas ce soir Fiona, ce que je vous souhaite, on se retrouve demain après-midi pour l’émission finale… D’ici là, faites face au danger…
- J’essaierai de ne pas vous décevoir.
Un blanc et puis la voix sèche de Daphné aux deux cadreurs.
- C’est bon, on coupe… Ca suffit !… Allez dire à ce gros plein de muscles de Paul qu’il peut faire entrer la foule… Et vite ! Ca commence à urger !…
Un court instant, moins d’une minute, on s’est retrouvées seules Daphné et moi.
- Je ne sais pas qui vous cherchez à tromper, Fiona… mais ça ne marchera pas. Vous essayez de torpiller l’émission et je ne vous laisserai pas le faire. Vous dansez cinq minutes si vous voulez et vous vous tirez. C’est comme vous voulez… Mais n’allez pas sous-entendre qu’on vous impose des trucs ignobles…
- Daphné, j’en ai autant à votre service… Rien n’est clair dans votre histoire… Les consignes que je reçois sont toujours différentes pour ce soir… Alors, je vais vous dire ce que je pense. Vous combinez tous un truc pour que je renonce au dernier moment… Mais je ne renoncerai à rien. Vous avez fait de moi un être hybride. Je ne suis plus la fille coincée d’il y a une semaine mais je ne suis pas encore quelqu’un qui aurait votre envergure dans l’art de manipuler et de médire par derrière.
- Vous ne comprenez rien… Je me casse…
- On ne s’embrasse pas ?…

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MessageSujet: Re: Sept jours en danger [Fiona 1 - terminé]   Mar 18 Mar 2008 - 1:13

La musique s’est déchaînée lorsque les portes se sont ouvertes. Basses bien marquées, il était impossible pour quiconque, même moi, de ne pas rester dans le rythme. Puisqu’il le fallait pour des questions d’horaires, je me suis mêlée à la foule des premiers téméraires sur la piste de danse, poursuivie – pour ne pas dire pourchassée – par Jean-Claude. Et je me suis efforcée de donner le change : grands sourires, mouvements de bras exagérés, voltes qui faisaient tourbillonner ma cape de satin.
Peut-être que j’aurais pu m’abandonner comme les autres à la musique, me laisser porter par le rythme, m’oublier. En quoi étais-je différent de tous ces jeunes ? Certains d’entre eux – la plupart peut-être – étaient dans un cursus universitaire. Ils aimaient sans doute ce qu’il faisait. Cela ne les empêchait pas de prendre du plaisir sur le dance floor. Oui, j’aurais pu être comme eux. J’aurais dû être comme eux.
Mais j’étais Fiona Toussaint, perpétuelle insatisfaite et incapable de me fondre dans la masse. Faute d’avoir les qualités pour y exister, pour m’en extraire, j’avais choisi depuis des années de rester à côté. C’était ma première soirée dans une boite de nuit, je ne connaissais pas les codes, je ne connaissais pas les usages.
Et en plus j’étais censée me déshabiller dans un moment devant tous ces gens pour qui je n’étais qu’une sorte de folle un peu gothique qui balançait ses bras avec trop d’énergie.
La caméra de Jean-Claude m’abandonna enfin… « Vous dansez cinq minutes si vous voulez et vous vous tirez. C’est comme vous voulez… » avait dit Daphné. J’étais tentée de la prendre au mot. Mais avant, je voulais avoir l’opinion de Sophie. Puisqu’elle était la principale responsable « sur le terrain », elle devait avoir la clé ultime pour débloquer ma situation.

Je trouvai la script dans un coin de la salle, discutant avec Romain… ce qui était à mon sens un mauvais point pour elle.
- Déjà terminé, me demanda-t-elle ?
- On est dans l’illusion non ?… J’ai dansé devant la caméra… On en conclura que j’ai dansé toute la nuit… Où est Lydie ? Je voudrais récupérer les clés de ma voiture.
- Pour quoi faire ?
- Mais pour rentrer… J’ai fini mon boulot ici… Et j’en ai un autre, infiniment plus passionnant, qui m’attend.
- Eh, mais ça veut dire que vous capitulez ça, s’écria Romain !
- Je ne sais pas ce qui se mijote ici mais je n’ai pas envie de me griller toute ma vie professionnelle parce que je me serai montrée à poil dans une boite de nuit.
- Qu’est-ce que vous insinuez ?
- Que c’est un traquenard !… Lundi, j’avais peur des chiens et on m’offre un chien… Ma trouille, elle n’émeut personne… Ce soir, je dois me déshabiller en public ce qui est quand même d’un autre niveau il me semble… Et je n’ai même pas besoin d’avoir la trouille, tout le monde me rassure… Sauf que personne ne me rassure de la même manière. Donc, légitimement, je me pose des questions. Déformation professionnelle. Quand la source d’un document est douteuse, on oublie le document. Mon problème c’est que ce soir toutes les infos sont foireuses. Alors, je fais quoi ?… Eh bien, je rentre…
- Ce n’est pas Lydie qui a vos clés, c’est moi… Croyez-moi, vous faites une bêtise… Je ne sais pas ce qu’on vous a dit…
- Moi je sais ce que je ne suis pas prête à risquer… Merci pour les clés.

J’étais épuisée. Je ne savais plus que penser. Moi qui avait traqué les comportements de vieux barbons d’il y a trois siècles dans des papiers sans âme, j’étais incapable de comprendre les intérêts, les luttes, les non-dits de toute la bande de Channel 27.
J’ai pris cinq minutes pour respirer un peu avant de me sauver. L’air était pourtant froid et je grelottais sous ma cape, l’hiver même chez nous ne pardonne que rarement en février. Le ciel dégagé invitait à se perdre dans des mondes lointains, à se dégager des pesanteurs terrestres pour s’évader ailleurs.
De temps en temps, un nouveau groupe de night-clubbers débarquait d’une voiture. Certains me regardaient, d’autres m’ignoraient superbement. Pourtant, une fille sexy seule dans la nuit à la porte d’une discothèque, ça peut inciter à mener des tentatives d’approche.
- T’attends un copine ?
- Non… Je vais partir…
- Attends, tu vas partir ?… T’as vu l’heure qu’il est ?… On part pas à dix heures du soir !
Il était déjà collant ce blondinet sûr de lui. Beau gosse évidemment sans quoi il n’aurait pas eu cette assurance.
- En plus, excuse-moi mais t’as un look d’enfer… SI t’as rien de prévu, je te paye l’entrée et on va se boire une vodka…
- Désolé ! Je ne bois pas d’alcool…
- Ben, au moins, tu peux rester jusqu’à minuit…
- Qu’est-ce qu’il y a à minuit ? Je pense pas qu’on soit le 31 décembre pour se souhaiter la bonne année.
- Attends… Tu sais pas ce qu’il y a à minuit… Mais c’est l’heure où arrivent les filles ?
- Quelles filles ?
- Celles qui font un strip-tease !

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MessageSujet: Re: Sept jours en danger [Fiona 1 - terminé]   Mar 18 Mar 2008 - 10:52

Je crois que j’aurais pu passer tout un dictionnaire d’injures sans me calmer pour autant. Ils avaient failli m’avoir ! Intoxication comme on disait dans le monde de l’espionnage. Trop d’informations contradictoires font perdre de le fil, diluent la vérité à tel point qu’on ne sait plus par quel chemin la retrouver.
Les petits génies avaient fait fort pour me faire trébucher sur la dernière marche. Stratégie brillante mise en place sans doute après l’échec de leur « viaduc de Millau » du mercredi. M’entourer de tellement d’attentions que je ne verrais plus l’essentiel, la voie qu’il fallait suivre pour m’extirper sans dommage de cette semaine de folie. Daphné, qui faisait tout pour être antipathique, me disait une chose qu’il me plaisait d’entendre. Sophie et Lydie, devenues très proches de moi et sympas, me disaient le contraire. La logique aurait voulu que je crois les personnes les plus dignes de confiance. Mais ce que m’affirmait Daphné avait plus d’attrait. Leur calcul était de penser que je me laisserais convaincre par ce qui m’arrangeait, que je renâclerais face au danger. En clair, mon absence sur la scène du Frenetik Dance serait considérée comme une fuite, un abandon.
De quoi avaient-ils besoin pour me confondre ? D’images pouvant appuyer leurs propos. Avaient-ils laissé tourner les caméras le matin même lorsque j’avais découvert l’affiche de la soirée ? Je n’en étais pas sûre. Au pire, ils pouvaient incruster l’image de l’affiche dans le résumé avant de passer au film de ma soirée dans la discothèque. Il leur fallait aussi les images de ma fuite. Romain n’avait pas sa caméra lorsque je l’avais trouvé en grande discussion avec Sophie… mais Jean-Claude, lui, n’était plus dans le secteur. Il avait pu me filmer en train de quitter la discothèque… comme il pouvait attendre de me voir quitter le secteur avec ma voiture.
Lentement, pour ne pas donner l’impression de chercher quelque chose, je me mis à tourner sur moi-même pour scruter la nuit. Sans résultat. S’il y avait une caméra en train d’enregistrer tous mes faits et gestes, elle était d’une discrétion absolue. Ou alors j’étais en train de finir par virer complètement parano !
Qu’est-ce que je devais faire ? Il était exclu que je leur donne la satisfaction de m’avoir terrassée. Ma foutue fierté me l’interdisait. Je m’étais lancée dans cette aventure à contrecœur mais, comme pour tout ce que je faisais, il fallait que j’aille au bout. Finir ma thèse en quatre mois ou arriver la tête haute à l’émission bilan du dimanche, c’était pour moi la même chose. Un objectif à atteindre sans faiblir.
Puisqu’ils étaient persuadés d’avoir gagné, j’allais dans un premier temps leur donner entière satisfaction. Ca me laisserait un peu de temps pour définir ma contre-attaque et cela les amènerait peut-être à se découvrir.
J’ai regagné ma chère Titine, mis le moteur en marche. J’ai enclenché la marche arrière et la voiture a démarré en patinant un peu sur le gravier.
- J’espère que l’image est bonne, ai-je murmuré.

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MessageSujet: Re: Sept jours en danger [Fiona 1 - terminé]   Mar 18 Mar 2008 - 11:30

Allez savoir pourquoi tandis que je m’éloignais de la discothèque, les paroles d’une chanson de Francis Cabrel sont venues me hanter. C’était, je crois, tiré de L’encre de tes yeux, son premier succès. : « Puisqu’on est fous, puisqu’on est seuls, puisqu’ils sont si nombreux ». La folie, c’était indubitablement la mienne… et eux, ils étaient vraiment trop nombreux. Ils avaient pu me suivre pendant une quinzaine de jours sans que je les remarque. Peut-être ne connaissais-je qu’une partie de l’équipe d’ailleurs ? Et moi j’étais trop seule pour faire face à tout cela. Il me fallait des alliés… Et je n’en voyais qu’une !
J’ai un rapport très particulier au téléphone portable. C’est un instrument dont j’use avec tellement de modération que je conserve une vieille rogne préhistorique qui ne prend pas de photos, ne stocke pas de musique et ne possède qu’une seule sonnerie. Son format le rend tellement encombrant que comme me l’avait dit un jour le professeur Loupiac : « Si quelqu’un essaye un jour de vous le voler, vous pouvez toujours l’assommer avec… c’est un avantage que les autres possesseurs de portables n’ont pas ». Bref, pour pouvoir appeler quelqu’un, je devais d’abord entrer les 14 chiffres de ma Mobicarte de secours.
Je me suis garée sous un lampadaire afin de doubler la luminosité dans l’habitacle de ma voiture. La lumière du plafonnier était devenue, avec le temps, balbutiante et blafarde. Il me fallait au moins ça pour déchiffrer le code d’identification. Enfin, après quelques manipulations, j’ai pu récupérer du crédit pour appeler Coralie.
22h50 ! Peut-être était-elle sortie ?
- Allo.
- Coralie, tu es chez toi ?…
- Sinon, comment voudrais-tu que je te réponde… Tu tombes bien, j’étais juste en train de finir de regarder tes aventures de la journée… Ca a été chaud dis donc.
- Plus que tu ne crois… J’ai besoin de toi…
- Pour mater ton strip-tease ?
- Ah, ils en ont parlé ?!…
- Oui, il paraît qu’il y aura les images dans l’émission de demain… Si tu vas au bout… Et à voir ta tête, j’ai l’impression que c’est pas gagné…
- Ce sont des enflures !… Tu connais le Frenetik Dance ?
- C’est pas mon département mais j’en ai entendu parler… Pas toujours en bien…
- Tu peux débarquer là-bas le plus vite possible ?
- En tenue ?
- En tenue de quoi ?
- Ben, en tenue de boulot… Tu veux leur foutre les jetons ?…
- Non, non… Tenue classique, ça m’ira… J’ai besoin d’avoir des yeux sur place qui ne soient pas les miens… Par contre, si tu peux oublier les limitations de vitesse… Il faudrait que tu sois là à 23h30.
- Je fonce !

J’ai fait demi-tour en pleine rue et j’ai repris la route de la discothèque. Le parking avait continué à se remplir pendant mon absence mais cela ne me gênait pas vraiment. Comme à la fac, j’avais bien l’intention d’éviter cet entassement de voitures pour me placer en retrait. L’essentiel pour moi était de pouvoir surveiller une camionnette que je connaissais bien, siglée Channel 27. Quel pouvait bien être l’intérêt pour les conjurés du soir de demeurer dans cette boite de nuit alors qu’ils n’y avaient plus rien à faire ? Ils auraient pu vouloir y rester pour s’amuser comme tant de personnes aiment à le faire lorsque vient le week-end. Je n’y croyais pas. J’avais du mal à imaginer ces spécimens si particuliers de l’humanité se mêlant par pur plaisir à cette mer de jeunes. Lydie avait fait part à plusieurs reprises de ses soirées dans les milieux branchés parisiens, Sophie s’était régulièrement tenue à l’écart de la foule depuis le début de la soirée. Quant aux deux cameramen, si je les imaginais volontiers prêt à aller draguer les minettes, je savais aussi qu’ils devaient être à leur poste le lendemain pour l’émission bilan. Tout plaidait donc pour un départ rapide de l’équipe.
A 23h12, j’ai vu de l’agitation autour de la camionnette. Les portes se sont ouvertes puis refermées. L’éclairage s’est allumé. S’il n’y avait eu les rythmiques de la discothèque pour saturer le silence de la nuit, j’aurais peut-être entendu le moteur démarrer. Enfin, le véhicule a commencé à bouger, a remonté une allée puis a quitté l’enceinte du parking.
La voie était libre.

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Dernière édition par MBS le Mar 18 Mar 2008 - 14:46, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Sept jours en danger [Fiona 1 - terminé]   Mar 18 Mar 2008 - 12:13

- C’est toi qui remplaces Sarah ?
- C’est moi… Oui…
- Tu es à la bourre… Le boss va pas aimer.
C’était un coup de poker qui se révélait magnifique. Ayant déjà fréquenté l’intérieur de la discothèque, j’avais repéré l’entrée du personnel. J’étais allée sonner là-bas comme j’imaginais que les strip-teaseuses – qui soi-disant n’existaient pas – le faisaient en arrivant. J’avais écarté ma grande cape rouge pour dévoiler le côté droit de mon corps. Body vinyle, bas résille, cuissardes cela avait suffi à m’identifier auprès de celui qui était venu ouvrir. J’étais la remplaçante de Sarah.
Je ne savais pas, et je ne sais toujours pas d’ailleurs, pour quelles raisons cette Sarah n’était pas venue ce soir-là, mais ce fut assurément une bénédiction. Comme le fut aussi l’absence d’une véritable remplaçante. La chance sourit aux audacieux dit-on… moi qui n’avais jamais véritablement osé quoi que ce soit dans ma vie, je me trouvais encouragé par ce concours de circonstances favorable.
- Par où je dois aller ?
- Tu n’es jamais venue ?…
- Ben non…
Il fallait au moins ça pour rester plausible. Je me doutais bien que le machino m’indiquerait la direction de la loge que j’avais occupée quelques heures plus tôt.
Ce n’était plus la même loge en fait. Il y avait des fringues jetées partout et l’ordre avait cédé la place à un paysage post-cataclysme. Les demoiselles avaient leurs habitudes ici et une confiance absolue dans leur capacité à récupérer après le show toutes leurs affaires.
- Tu es déjà habillée, toi ?
- Oui… On m’a prévenu au dernier moment… Alors j’ai essayé de gagner du temps. C’ets pas facile d’enfiler ça quand on attend au feu rouge…
Il me fallait imaginer, improviser, jouer le personnage de la remplaçante un peu paumée. Et je devais m’oublier sans perdre de vue ce qui m’animait : le sentiment de piéger ceux qui avaient voulu me faire tomber. Soutenue par la rage, j’y arrivais sans trop de problème.
- C’est quoi ton nom ?
La régisseuse en était à sa deuxième question. Nul doute que ce ne serait pas la dernière. Pour essayer de ne pas ressembler à la célèbre potiche que je peux être dans une telle situation, je piquai un crayon à lèvres pour rectifier mon maquillage.
- Moi… c’est… Fiona…
- Tu veux passer quand ?
- Je ne sais pas… Assez tôt… Parce que… j’ai un autre engagement sur Toulouse dans deux heures…
- Eh ! Elle va pas passer devant nous comme ça…, fit une voix mécontente dans le groupe.
- Elle passera en numéro 2, trancha la régisseuse… Les rousses ça fait toujours monter la pression dans la salle !
Si j’étais restée avec ma couleur originelle de cheveux, j’aurais sans doute été reléguée en fin de spectacle. J’allais finir par croire que tout ce qu’on m’avait imposé depuis le début de la semaine m’était en fait toujours profitable. J’avais appris à dominer, parfois, ma réserve, j’étais capable de me jeter dans l’aventure sans perdre ma rigueur de raisonnement… et j’étais une rousse sexy, le genre de fille qu’on considère bien davantage qu’une ado attardée châtain clair.
- Tu as besoin d’accessoires ? Tu as une musique ?
J’ai laissé tomber le crayon à lèvres pour essayer de mimer la surprise et le désarroi…
- Merde ! Je les ai oubliés !… Vous avez pas Déshabillez-moi de Juliette Gréco dans vos CD ?…
- Si… Mais on évite en général… Ca fait trop cliché…
- C’est justement ça qui est intéressant… Et comme accessoire, il me faudrait un micro… Branché !

J’ai essayé de faire abstraction de tout. Des caquetages des filles, des caresses un peu suggestives qu’elles ébauchaient parfois. De mon propre stress qui montait.
J’avais une idée assez précise de ce que je voulais faire sur scène. Dans les grandes lignes au moins. Parce que, si je pouvais concevoir le plan de mon show personnel, je ne savais absolument pas si je serais capable de l’assumer et de l’assurer. Les gestes, je les avais en tête pour les avoir vu à la télé dans des films ou des émissions. Qu’en serait-il de ma capacité à les rendre langoureux, érotiques ? Je n’en avais pas la moindre idée.
J’allais reprendre là où j’avais failli l’après-midi. Sur la chanson. Si je parvenais à entrer dans le texte, à m’en imprégner, à mêler ma voix à celle de Juliette Gréco, je pourrais peut-être créer ce double qui était capable de faire ce dont j’étais incapable.

A 23h35, le portable a sonné.
- C’est quoi cette sonnerie ringarde ?
- C’est mon portable… Désolée…
Je suis allée m’enfermer dans les toilettes pour ne pas discuter devant tout le monde.
- T’es où ? Je t’attends devant l’entrée !
- Je suis déjà à l’intérieur… Prête au combat…
- Qu’est-ce que je fais, moi ?
- Tu entres et tu attends que j’arrive sur scène…
- Et mes yeux ils te servent à quoi ?
- Tu prends ton super téléphone portable et tu filmes !
- Je filme quoi ?
- Une étudiante en thèse de doctorat qui est prête à sacrifier sa vertu et sa vie pour ne pas perdre sa fierté.

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MessageSujet: Sept jours en danger - DIMANCHE   Mar 18 Mar 2008 - 12:21

DIMANCHE


Je l’ai fait à minuit vingt !
Sans aucun problème d’ego. Sans la moindre pudeur.
Je me suis déshabillée petit à petit tout en chantant. Lentement. Langoureusement. Consciemment.
Au moment ultime, alors que le string commençait à glisser vers mes cuisses un « noir » salvateur m’a enveloppée.
Puis la salle a explosé en applaudissements tandis que je cherchais à tâtons mes vêtements dispersés sur la scène. J’ai mis la main sur le satin rouge de la cape, m’en suis enveloppée pour mieux disparaître.
C’était fini.

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MessageSujet: Re: Sept jours en danger [Fiona 1 - terminé]   Mar 18 Mar 2008 - 13:06

- Tu débutes pas vrai, m’a demandé celle qui attendait pour me remplacer en scène ?
- Comment tu le sais ?
- La manière dont tu as balancé tes fringues… Il faut savoir précisément où tu les mets… Comme ça, tu peux les retrouver à la fin… Et ça évite que la suivante, c'est-à-dire moi, soit obligée de naviguer entre des trucs qui traînent… T’inquiète pas… Je vais me débrouiller et, en plus, je te rapporte tes trucs à la fin.
- Sympa, tu es un ange !
Ce qui était véritablement le cas. La fille commençait son numéro déguisée en ange, mais si je me souvenais bien de ce que j’avais vu dans la loge ses dessous étaient beaucoup plus sulfureux.

Au pied de la scène, ce n’était pas un ange qui m’attendait mais le fameux Paul. A en juger par son expression, il était furieux.
- Qu’est-ce que vous foutez là ?… Vous deviez partir…
- Je n’ai pas pu résister, monsieur Paul… Et là, je me sens… Comment vous dire ?… Je me sens totalement libérée…
Ce n’était de l’ironie qu’à moitié. Je me sentais de taille à dire « merde » à la Terre entière. Et, en plus, les yeux dans les yeux.
- Vos amis m’ont vraiment gonflé… D’abord, il a fallu tirer des affiches vous annonçant comme vedette de la soirée… Puis après changement de programme, il ne fallait plus que vous vous produisiez sur scène… Ca m’a coûté du blé…
- Je ne doute pas que vous rentriez dans vos fonds très vite… Vous savez ce que vous devriez faire : proposer des strip-teases à vos clients. Je sais que vous ne voulez plus, mais c’est un tort.
Mon second degré n’avait pas pour but de mettre le propriétaire en colère mais de l’amener à m’expliquer pourquoi il m’avait menti quelques heures plus tôt.
Echec complet !
- Vous ne vous foutez pas de ma gueule sinon c’est la vôtre qui va souffrir ! Ici, je suis chez moi… Et je décide ce qui se fait et ce qui ne se fait pas… Qui passe sur scène et qui ne passe pas… Vous allez vous casser en vitesse sinon je vous…
- Je pense que vous devriez modérer votre langage, monsieur… Gendarmerie nationale !
Coralie, telle la cavalerie, arrivait à la rescousse pour me délivrer des menaces de l’ancien videur. Son poing sur ma figure, ça aurait fait très mauvais effet à l’antenne car je doutais que la science du maquillage de Lydie pût arranger un œil tuméfié.
- Qu’est-ce que vous me voulez ?…
- Déjà vous allez présenter des excuses à la demoiselle, ranger vos poings dans vos poches et, si vous n’êtes pas convaincant, je demanderai à jeter un coup d’œil à vos autorisation et à vos comptes de la soirée.
- Je n’ai rien fait d’illégal…
- Eh bien, demandons à cette jeune personne très peu vêtue si elle a signé un contrat de travail pour sa prestation ébouriffante ?
- Je crois bien que non, ai-je reconnu ?
Dans les faits, la question d’un éventuel paiement de Fiona, la remplaçante de Sarah, ne m’avait pas effleuré l’esprit. Pas étonnant qu’on ait vite compris que j’étais une « débutante ».
- Alors, vous allez payer à cette demoiselle ce que vous lui devez et établir un contrat à son nom pour le spectacle qu’elle a donné.

Il faisait de plus en plus froid. Je n’avais pas pris le temps de me rhabiller après que « l’ange » m’eût rapportée mes affaires. Trop contente de filer entre les grosses pognes de monsieur Paul sans y avoir laissé des bosses. Et finalement ravie d’avoir soutiré 350 euros au propriétaire des lieux, somme dont l’usage était tout trouvé : lundi, il me faudrait me récréer une garde-robe.
- Pourquoi tu as insisté pour lui faire signer un papier ?
- C’est la loi, Fiona… Sinon c’est du black !… Et je suis sûr qu’en la matière, le Paul il doit bien s’y retrouver… Et puis, imagine que mon film soit pourri, illisible… Quelle preuve tu aurais ?
- Il y a pas mal de témoins, je crois.
- Après cinq strip-teases, ils confondront toutes les filles… Ne compte pas là-dessus !
- En tous cas, il faut que tu me confies ton téléphone jusqu’à demain midi.
- Comment je fais pour vivre sans jusque là ?
Coralie éclata de rire. J’aurais bien voulu l’imiter mais je grelottais de plus en plus… On s’embrassa en se promettant de passer l’après-midi du lendemain ensemble.
J’avais gagné une amie dans cette semaine de fous.
C’était déjà ça.

J’ai pris le temps de faire un détour pour aller vide la boite aux lettres. Il était 1 heure 30 du matin, j’étais à la fois crevée et sur les nerfs. J’attendais de me laisser couler dans la chemise de nuit en soie que je n’avais pas pu porter la nuit d’avant. Un peu de douceur après tous ces vêtements de brutes !
Il y avait un autre petit papier. Même format, même écriture.
« Fiona, c’est de l’amour ! Il faut que ce soit la même chose pour vous… Sinon je n’y survivrai pas ».

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Dernière édition par MBS le Mar 18 Mar 2008 - 20:41, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Sept jours en danger [Fiona 1 - terminé]   Mar 18 Mar 2008 - 20:40

J’ai mis longtemps à m’endormir malgré une double douche apaisante. Tant d’événements s’étaient enchaînés en quelques heures qu’il me fallait faire un tri avant de passer à autre chose. Ce sont des moments pénibles. On tourne et on retourne, on trouve l’oreiller trop dur, mal placé, on rejette les draps pour s’en couvrir aussitôt. Et puis, soudain, le miracle vient. On sombre dans un néant confortable… Surtout pour moi qui suis incapable de me souvenir de mes rêves.
C’est la sonnette de l’entrée qui m’a expulsée du pays des songes un peu avant dix heures. J’ai dégringolé l’escalier en chemise de nuit pour ouvrir à un chauffeur stylé, veste noire et casquette. Peut-être le même que le lundi d’avant… mais à ma grande honte, je n’avais pas vraiment fait attention à lui et me trouvai incapable d’en être sûre.
- Mademoiselle, j’ai été chargé de vous conduire à Toulouse. On m’a confié ceci pour vous…
- Merci… Vous m’attendez ?
- Tout à fait mademoiselle… Je dois cependant vous prévenir que nous devons être arrivés pour 11 heures… donc avoir quitté Montauban dans une vingtaine de minutes.
- Je me dépêche…
Que m’avaient-ils préparé pour cette dernière ligne droite ? Je doutais fort qu’ils persistassent dans le côté vulgaire. L’émission bilan, d’après ce que j’en savais, n’était qu’une sorte d’évaluation finale où chacun exprimait son ressenti sur les faits marquants de la semaine. L’épreuve était ailleurs. Dans les jugements plus que dans les actes. On n’aurait pas besoin de m’y humilier à nouveau à travers mon apparence.
On m’avait préparé quelque chose de classique, de seyant et en même temps avec un côté un brin provoc. Le rouge vif était de retour à travers une jupe qui s’arrêtait juste au-dessus du genou, une veste cintrée en cuir souple et un chemisier blanc. Des bas noirs à petits motifs et des escarpins complétaient mon uniforme de combattante des écrans.
Pour la première fois depuis longtemps, je me sentais à l’aise dans mes vêtements. Une semaine plus tôt, ceux-ci m’auraient pourtant paru impossibles à porter. Les temps changeaient beaucoup plus vite à l’époque de la télévision que dans mon XVIIè siècle aux rythmes immuables.
J’ai pris cinq minutes pour aérer Rex et renouveler ses gamelles. A 10 heures 20, j’étais prête.
- On y va !
- Bien mademoiselle… Si vous souhaitez vous distraire pendant le voyage, vous pouvez utiliser le lecteur de dvd.
- Je vous remercie, monsieur… Mais j’ai apporté de la lecture.

Nous avons quitté le périphérique toulousain à l’échangeur des Ponts-Jumeaux en direction du centre-ville. Après une boucle, nous avons longé le canal de Brienne, construit au XVIIIè siècle pour relier le canal du Midi, œuvre conçue par Riquet sous Louis XIV, et la Garonne. C’était un endroit que j’aimais bien pour ses frondaisons apaisantes. Marcher le long de l’ancien chemin de hallage, c’était oublier la ville.
- Où allons-nous exactement, demandai-je au conducteur ?
- Nous arrivons mademoiselle.
Après avoir franchi le canal, nous avons débouché place Saint-Pierre, haut lieu des soirées toulousaines, puis tourné à gauche. L’enregistrement était programmé dans l’ancienne église Saint-Pierre des Cuisines aujourd’hui devenue auditorium du Conservatoire. Le choix du lieu se comprenait aisément : c’était un édifice historique puissant, qui rappelait mon principal centre d’intérêt, et qui, de plus, avec ses nouvelles attributions offrait l’espace et l’éclairage indispensables à l’enregistrement de l’émission.
Il y avait bien sûr un comité d’accueil. Toujours le même. Sophie et son bloc-note, Jean-Claude et sa caméra. Ostensiblement, je leur ai fait la gueule. Ils avaient essayé de me truander et j’avais le pardon difficile. Maman en savait quelque chose !
- C’est bien, vous êtes en avance, a dit Sophie en jetant un coup d’œil à sa montre.
- Vous en doutiez, ai-je répondu avant de filer vers l’entrée ?
Je connaissais les lieux pour les avoir fréquentés alors que s’y terminaient les dernières fouilles archéologiques. Je n’étais alors qu’une élève d’école primaire mais l’histoire du lieu m’avait fascinée. L’église avait été au cours des derniers siècles outre un établissement religieux, un dépôt de munitions, une écurie… avant d’être laissée à l’abandon. Il y avait la hauteur de la voûte qui apparaissait démesurée pour l’enfant que j’étais, les tombes de la nécropole gallo-romaine, les sarcophages qu’on en avait retiré. Cela avait frappé mon imaginaire de petite fille refermée sur elle-même. Les mystères du temps qui passe, de la vie et de la mort s’incarnaient entre les lourdes façades quasi aveugles du monument.
Tout avait changé bien sûr. Une volée de sièges courait du sol jusqu’aux cimes de l’église, s’accrochant fragilement au mur d’un côté. Un espace scénique recouvert d‘un parquet de bois aux teintes chaudes s’ouvrait au pied de l’ancien chœur. En levant la tête, on pouvait découvrir sous une voûte en bois l’enchevêtrement complexe des projecteurs. C’était un endroit grandiose où la musique pouvait s’exprimer véritablement. Trop grandiose à mon sens pour accueillir une émission de télé-réalité.
Sophie et Jean-Claude, la caméra toujours en action, m’avaient emboîté le pas pour cette redécouverte des lieux.
- Maquillage, Fiona…
- Ok, je vous suis.
Sophie me guida vers l’arrière du bâtiment dans l’espace qui accueillait les membres des orchestres avant qu’ils passent sur scène. Lydie y avait installé son quartier général, posant deux grands miroirs verticaux sur une table sur tréteaux.
- C’est quand même honteux de travailler dans des conditions comme ça.
- C’est quand même mieux que de ne pas travailler du tout.
Ca lui coupa la chique. Je n’étais pas d’humeur à écouter ses plaintes. Elle aimait travailler dans de bonnes conditions et pas dans l’urgence. Moi aussi. Sauf que mon urgence à moi était devenue vitale depuis deux jours.
La tension monta encore d’un cran quand Daphné arriva à son tour pour se faire maquiller. Elle était accompagnée de Richard, le producteur, qui la tenait affectueusement par la taille. S’il y avait de l’eau dans le gaz entre ces deux-là, comme Lydie me l’avait dit la veille, ils jouaient parfaitement une partition contraire ce matin.
- Tu en as pour longtemps avec Fiona, demanda Daphné à la maquilleuse ?
- Un peu… Elle a des cernes sous les yeux qu’il va falloir camoufler.
- Mal dormie, me demanda l’animatrice avec un ton doucereux qui me donnait envie de lui mettre des claques ?
- On dort toujours mal quand on se rend compte qu’on connaît mal les gens… Lydie, je crois que vous débordez sur la lèvre…
- Oui, pardon.
La maquilleuse tremblait depuis l’entrée du couple. Et moi, sous ma blouse protectrice, je serrais les poings. L’ambiance était électrique mais personne n’osait entamer le grand déballage. J’attendais l’émission pour dire ce que j’avais sur le cœur et décocher ma vidéo. Jusque là, je ne voulais pas évoquer ce qui s’était passé la veille. Eux, en revanche, auraient eu tout intérêt à m’en parler. Après tout, dans leur vision des choses, ils avaient réussi à me faire craquer, à me faire renoncer. Ils avaient l’occasion de bien m’enfoncer avant l’enregistrement. Pourquoi n’en profitaient-ils pas ?

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MessageSujet: Re: Sept jours en danger [Fiona 1 - terminé]   Mar 18 Mar 2008 - 21:09

Des machinos installaient le décor – minimaliste - de l’émission. Il fallait conserver le cachet du lieu. Tendre de grandes parois en contreplaqué bariolées de logos eût été totalement contreproductif.
Sur la partie droite de l’espace scénique, deux simples chaises avaient été disposées. Elles se faisaient quasiment face. Pour Daphné et moi sans doute. En fond, un écran plasma de grandes dimensions. De l’autre côté, baignée pour l’instant par des éclairages changeants, on finissait de construire une estrade en bois blanc qui prenait la forme d’une demi-lune. Pour des spectateurs ? Pour des témoins ? Je n’en savais pas plus.
Je suis allée m’installer au premier rang des fauteuils pour observer ce va et viens rythmé. Eclairagistes, spécialistes du sons, décorateurs, tous s’empressaient pour être prêt dans les temps mais sans qu’il y eut jamais un cri, une manifestation de tension. Le stress paraissait apprivoisé parce qu’il faisait vraisemblablement partie intégrante du job.
- Bonjour Fiona.
- Salut Bob… Comment va ?
Le cameraman se trouvait dans le mince couloir qui permettait d’évacuer la salle par les côtés. Il prenait ses marques lui aussi pour l’enregistrement.
- C’est mon dernier jour, ici… Alors, ça va…
- Ils vous ont viré ?
- Non c’est moi qui vais partir… Je me demande bien comment j’ai pu tomber si bas. De reporter de guerre à accompagnateur d’ados attardées en train de découvrir le monde…
- Je comprends… Mais parfois les ados attardées savent être dangereuses…
- Je suis bien placé pour le savoir. Elles arrivent toujours à faire des sales coups en douce.
Tout cela était dit sans aucun reproche. Je sentais bien que Bob essayait de me remercier de lui avoir ouvert les yeux sur ce qu’il était en train de devenir à son corps défendant.
- C’est dingue… Dans cette émission, on cherche à éclairer les gens sur les raisons de leurs peurs, sur ce qui les enferme… Et nous sommes les premiers à nous barricader dans des attitudes, dans des fausses vérités… Parce que ça paye bien et qu’il n’y a pas de risques, on s’embourgeoise peu à peu et on oublie qu’il y a pu y avoir un avant. Plus vrai et plus fort.
- Bob, est-ce que je peux compter sur vous ?
- C’est-à-dire ?
- Est-ce que vous êtes la seule personne fiable et de confiance de tout ce bastringue ?
- Je crois vous l’avoir prouvé déjà…
- Alors, débrouillez-vous pour extraire le film que contient ce téléphone portable… Techniquement ça ne doit pas vous poser de problème ?
- Aucun… Je fais ça les yeux fermés…
- Eh bien, justement, ce serait mieux pour moi que vous le fassiez les yeux fermés… Le transfert se fait sur un ordinateur avec un graveur de dvd.
- Bien sûr… On a quand même du matos !
- Alors, gravez-moi le dvd…
- C’est important ?
- Ca pourrait être vital.
- Alors je vais le faire…
- Le plus vite sera le mieux…
- Je l’avais compris… Est-ce que c’est ce que je pense ?
- Je vous interdis aussi de penser, Bob !

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MessageSujet: Re: Sept jours en danger [Fiona 1 - terminé]   Mer 19 Mar 2008 - 1:37

Dix minutes plus tard, tout était en place du côté du décor. Il ne restait plus qu’à réaliser les derniers tests techniques avant de lancer l’enregistrement.
Une responsable du son est venue m’installer un micro HF. Difficilement d’ailleurs car le micro noir était trop visible sur le blanc du chemisier et glissait sur le cuir lisse de la veste rouge. Puis il fallut ruser pour que, faute de poche, l’émetteur tienne entre ma jupe et mon dos.
- Si vous ne bougez pas trop, cela devrait tenir.
- J’espère… ne pas avoir à bouger. On va déjà voir si je peux aller jusqu’à ma chaise.
Sophie avait pris le relais, donnant les dernières consignes aux techniciens, m’indiquant ma place et la manière dont je serais filmée. Je l’écoutais sans rien dire, me contentant de hocher la tête. J’avais fini par oublier les caméras et même les regards des autres.
Daphné est arrivée avec à la main un petit paquet de fiches, s’est installée sans me jeter un regard puis s’est tournée vers la régie qui était placée derrière elle.
- On peut y aller pour le moteur !
- Moteur demandé, lui a répondu une voix qui devait être celle du réalisateur… 4, 3, 2, 1… Moteur !
Il y avait trois caméras autour du plateau. Bob s’occupait de moi, Jean-Claude cadrait Daphné et Romain faisait des plans plus généraux. Rien ne pourrait échapper à l’objectif des caméras. Tout geste de nervosité, toute grimace seraient immédiatement utilisés pour souligner ou exagérer une situation de faiblesse.
La fin de l’indicatif du générique se perdit dans les voûtes de Saint-Pierre. Daphné leva la tête de ses fiches, lissa ses cheveux puis elle alluma un sourire sur son visage.
- Bonjour à tous. Aujourd’hui, c’est dimanche. Dernier jour pour notre candidate Fiona de ses Sept jours en danger. Le dernier mais pas le moindre car aujourd’hui les masques tombent, les vérités finissent de se révéler… Bonjour Fiona.
- Bonjour Daphné.
Le monde de la télévision était formidable. On se disait bonjour à longueur de temps juste pour faire vrai. Qui pouvait bien être dupe et imaginer qu’avant le début de l’émission Daphné et moi nous ne nous étions pas vues ? Par quel miracle serions-nous arrivées face à face sans nous voir et sans nous saluer ? Et pourtant, le rituel était toujours là. Terriblement horripilant quand on finissait par en prendre conscience.
D’autant que la voix du réalisateur s’imposa pour casser l’élan de Daphné.
- Daphné, il y a un problème avec le micro…
- Le mien ?
- Non, celui de la candidate… On ne l’entend pas.
En catastrophe, la responsable du son revint pour remonter mon micro qui avait glissé… Et le cirque reprit son cours. Avec ces bonjours.
- Bonjour à tous. Aujourd’hui, c’est dimanche. Dernier jour pour notre candidate Fiona de ses Sept jours en danger. Le dernier mais pas le moindre car aujourd’hui les masques tombent, les vérités finissent de se révéler… Bonjour Fiona.
- Bonjour Daphné.
- Fiona, vous avez été une candidate exceptionnelle puisque vous n’avez pas abandonné jusqu’à hier soir. Vous avez affronté les dangers avec ténacité et intelligence… Mais un doute subsiste encore : avez-vous bien affronté toutes les épreuves qui vous étaient proposées ?… Nous le saurons dans un petit moment… Mais avant, pour ceux qui n’auraient pas suivi nos émissions de la semaine, ce qui n’est pas bien, redécouvrons en cinq minutes la semaine de Fiona.
- Ok… C’est bon pour la première séquence… On passe aux réactions de la candidate.
- On y va… Alors, Fiona, vous répondez à mes questions mais sans vous lancer dans de grands développements… Il faut que ça fasse un peu ping-pong. Du rythme !…
- Je crois que j’ai compris… Du percutant quoi !
- C’est ça… Gérard, on peut y aller !… Envoie le moteur !
Le réalisateur reprit le décompte et on effaça en trente secondes une période de cinq minutes.
- Alors, Fiona, dans cette semaine, quels moments ont été les plus difficiles ?
- Sans hésiter, le retour depuis Paris en train couchettes. Le type au-dessus de moi ronflait comme un sapeur.
Je lus l’énervement dans le regard de Daphné. Elle n’était pas au bout de ses surprises. J’étais bien décidée à démonter ses questions en répondant par du deuxième degré. Plus elle sortirait de ses gonds, plus elle révélerait son véritable visage. Chacun son tour d’être en danger !
- Plus sérieusement…
- Mais je suis très sérieuse… Vous pouvez demander au cameraman qui m’accompagnait…
Un grand sourire éclaira le visage de Bob qui leva le pouce en signe d’approbation.
- On a vu que quand vous vous êtes retrouvée face aux collégiens, votre détermination a vacillé.
- Vous avez trouvé ?… Moi pas !… On sait bien que les jeunes d’aujourd’hui ne s’intéressent plus à rien parce qu’ils ne savent plus écrire… C’est le ministre de l’Education nationale qui explique cela à longueur de temps. Pourquoi j’aurais été surprise de constater qu’ils ne comprenaient rien.
- Par contre, quand vous vous êtes vue en rousse, ça vous a fait un choc !
- Autant que quand vous vous verrez la tête tondue pour avoir collaboré avec la production…
- Non, explosa Daphné !… Ce n’est pas possible !… Vous vous rendez compte de ce que vous dîtes. C’est n’importe quoi ! C’est complètement stupide !
- On coupe, hurla le réalisateur !
- Mes réponses sont stupides parce que vos questions le sont… Je ne sais pas ce que vous avez repris comme images dans votre résumé de la semaine et je n’ai pas l’habitude, par formation, de parler sur des documents que je n’ai pas lu, vu et travaillé. Donc, si vous me demandez de répéter des évidences, je vous balancerai des âneries. Ce n’est pas compliqué à comprendre. J’en ai assez qu’on me prenne pour un jouet ! Faites des questions intelligentes et je répondrai intelligemment.
Oh le regard de Daphné ! Deux lance-flammes braqués sur moi et crachant un feu d’enfer. Juste l’espace de quelques secondes et puis, miracle de la technique maîtrisée de la professionnelle, Daphné reprit le contrôle de ses nerfs. Où était-elle allée trouver la force nécessaire pour dompter sa colère ?
- On reprend !… Vous voulez quoi comme question, Fiona ?
- Demandez moi si je pense avoir changé… Comme ça, je n’aurais pas besoin de paraphraser votre résumé.
- Ok, ça marche pour moi… Gérard, le moteur.
- Moteur demandé… 4, 3, 2, 1… Moteur !
- Alors, Fiona, pensez-vous avoir changé pendant cette semaine ?
- Je pense que je ne le saurais que dans quelques semaines ou quelques mois… Il est sûr que j’ai appris beaucoup sur moi et sur le monde. J’ai ouvert les yeux sur des choses que je refusais de voir. Donc j’ai évolué c’est sûr… J’ai assumé des situations qu’il m’aurait été impossible d’assumer la semaine dernière. La pression de l’émission, ça permet de se sublimer pour tenir… et aller au bout.
J’avais tendu consciemment la perche à Daphné. Il fallait qu’elle embraye sur la question de l’épreuve finale du samedi soir. J’étais à peu près certaine que c’était cette perspective qui l’avait calmée. Elle s’était raccrochée à l’idée de me renvoyer au centuple mes vacheries.
- Aller au bout, Fiona… Cela voulait dire respecter toutes les conditions que nous posions…
- Je les ai respectées.
- Jeudi, ce fut limite… Vous avez joué sur les mots pour acheter des livres là où nous vous l’avions interdit…
- Le jury a finalement validé ce que j’ai fait.
- A une voix de majorité si vous voulez tout savoir… Mais il y avait les contraintes que nous vous avions imposées pour la journée d’hier… Pensez-vous les avoir respectées ?
- J’en suis certaine.
- Eh bien, revoyons les événements de la soirée… En commençant par votre arrivée à la discothèque Frenetic Dance… que nous remercions d’ailleurs pour son accueil.

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MessageSujet: Re: Sept jours en danger [Fiona 1 - terminé]   Mer 19 Mar 2008 - 14:09

J’avais bien flairé le coup. Après m’avoir montrée débarquant de ma Super 5 encore vêtue de la grande combinaison noire, ils avaient injecté l’image de l’affiche annonçant mon effeuillage. Le résumé proposait également des images me montrant sortant de la loge où je m’étais changée, mâchouillant nerveusement ma tranche de cake, discutant avec Daphné puis gigotant – plus que dansant – sur la piste. Ensuite, ils avaient fait parler les ciseaux magiques. On me voyait, toujours aussi nerveuse, quitter le dance floor en direction du bar, puis parlant – mais à qui ? on ne voyait que l’épaule de mon interlocuteur… - avec véhémence.
- J’ai fini mon boulot ici… Et j’en ai un autre, infiniment plus passionnant, qui m’attend…
Le temps d’un plan de coupe sur les danseurs et je réapparaissais à l’image avec une phrase définitive aux lèvres.
- Je n’ai pas envie de me griller toute ma vie professionnelle parce que je me serai montrée à poil dans une boite de nuit.
Fondu enchaîné. On me voyait quitter la discothèque, monter dans ma voiture, démarrer et partir. Pour bien insister sur ma fuite, la caméra ne m’avait pas lâchée jusqu’à ce que les points rouges de mes feux arrières disparaissent. Lorsqu’on ne vit plus rien, que l’image fut entièrement noire comme diluée dans la nuit, Daphné planta les banderilles qu’elle tenait en réserve depuis notre précédente altercation.
- Vous n’avez pas assuré votre contrat jusqu’au bout. Vous deviez effectuer un strip-tease à la boîte de nuit Frenetik Dance et vous avez refusé de l’assurer. Je suis désolée mais nous ne pouvons pas valider votre journée du samedi.
Désolée ! Mon œil !… Daphné trahissait ses sentiments réels par des petits plissements indiscrets à la commissure des lèvres. Elle ne pouvait pas ouvertement, face à la caméra de Jean-Claude, trahir ses véritables sentiments. Une jubilation profonde : celle de m’avoir enfin condamnée à céder.
Mais, de mon côté, je gardais un sourire d’une grande sérénité tout en quêtant auprès de Bob un signe m’indiquant que je pouvais déclencher la contre-offensive.
- Fiona, vous avez été une candidate redoutable mais, hélas pour vous, vous n’êtes pas parvenue au bout de cette semaine de danger…
- Pardon de vous contredire, Daphné… Je prétends au contraire que je me suis jouée de vos pièges, y compris du dernier, qui consistait à ne plus me donner de consignes claires. Il est facile dans un montage de ne retenir que des éléments à charge. Si on avait les images vous montrant en train de m’expliquer qu’il n’y avait pas de strip-tease prévu dans la soirée, que ma seule contrainte dans cette discothèque c’était de me mêler à la foule pour montrer que je pouvais vaincre mon agoraphobie. Que diriez-vous si on montrait là, maintenant, ces images-là ?
- Je n’aurais rien à dire, rétorqua Daphné sans exprimer le moindre signe de tension. Rien à dire parce que de telles images n’existent pas… Et elles n’existent pas parce que la scène que vous racontez ne s’est jamais passée… Vous êtes mauvaise joueuse, Fiona !… Il faut que vous assumiez votre défaite.
- Vous avez raison, Daphné… Ces images-là n’existent pas… Mais cela ne signifie pas pour autant que cela ne s’est pas passé. Avons-nous des images de la bataille de Waterloo ou d’un discours de Robespierre à la Convention ? Non… Et pourtant, tout le monde sait bien que cela a eu lieu. Inversement, alors qu’on a des images du 11 septembre, il se trouve des gens pour penser que tout cela est faux… Donc les images, quelle belle preuve !…
- Vous connaissez le principe de l’émission… Nous vous suivons toute la semaine et…
- Si vous m’aviez vraiment suivie toute la semaine, vous auriez peut-être pu filmer ces images-là. Si la régie veut bien les envoyer.
Je transpirais sous ma veste de cuir. Que se passerait-il si Bob m’avait trahie ? Si le transfert des images s’était mal effectué ? Si le réalisateur lançait de sa grosse un « J’ai pas d’images ». Tout se jouait là. Comme au poker, j’abattais ma dernière carte. Il fallait qu’elle soit gagnante.
- Où sont ces fameuses images ?
- Elles arrivent… Là, sur l’écran…
Le grand écran plasma venait de virer au noir. Mon cœur se mit à battre encore plus fort. Pourvu que les images soient bonnes. Pourvu que les images soient bonnes.

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MessageSujet: Re: Sept jours en danger [Fiona 1 - terminé]   Mer 19 Mar 2008 - 15:23

Les images étaient bonnes. Plutôt nettes pour des images venues d’un téléphone portable.
Mais ce n’étaient pas les bonnes.
D’un autre côté, elles venaient sans le moindre doute du portable de Coralie puisque ces jambes prises dans des bas à grosses résilles rouges, c’était les miennes. D’ailleurs, le travelling vertical se poursuivant, on pouvait découvrir ma jupe hyper-mini, mon débardeur et enfin mes cheveux roux alors tout neufs. La scène avait été filmée dans la brigade de gendarmerie, pendant que je remplissais une fiche d’identification. Pas sûr que cette capture ait été très légale. Ca sentait le souvenir personnel qu’on peut montrer aux copains de la brigade : « Vous imaginez pas la fille qu’ils ont pêché à Saint-Jory l’autre soir ! ».
- Que sont sensées montrer ces images ?
- Je dois reconnaître que ce ne sont pas les bonnes… Mais elles sont intéressantes pour souligner à quel point vous avez réussi à me pourrir la vie ! Elles ont été prises dans une brigade de gendarmerie où j’avais été conduite pour des soupçons de racolage… La faute bien évidemment aux vêtements de pute que vous m’aviez ordonnée de porter.
- Cette histoire est regrettable… Si elle est véridique… Mais cela n’a pas de lien avec notre problème…
Bob me faisait des signes que j’avais du mal à interpréter. Il tournait sans arrêt sa main gauche comme les ailes d’un moulin sous le vent.
- Pas de lien ?… C’est une façon de voir les choses… Si vous pensez qu’après avoir passé deux heures en prison pour une affaire liée aux moeurs, on se sent capable dès le lendemain d’aller s’exhiber en public, c’est que décidément, comme disait la pub, nous n’avons pas les mêmes valeurs.
Les ailes de moulin de Bob continuaient leur rotation. Je devinais un sourire sur ses lèvres qui me laissaient à penser que je n’avais pas à m’en faire… Il fallait juste tenir face à Daphné.
- Vous n’avez pas à juger des épreuves… Vous vous êtes engagée à les subir.
- Et je les ai subies… Jusqu’au bout… Je le maintiens…
Les ailes du moulin se sont arrêtées de tourner. Bob a levé le pouce et, comme par miracle, les images que j’attendais sont arrivées sur l’écran plasma.
- Discothèque Frenetik Dance, cette nuit, précisai-je… D’ailleurs, vous avez le jour et l’heure en bas de l’écran… Comme quoi, il s’en passe des choses quand les caméras qui me suivent ne sont pas là… Heureusement qu’il y a de sympathiques vidéastes pour faire le boulot à votre place.
J’ai évité de regarder les images. Je n’étais pas sûre de les supporter. En revanche, les réactions de l’assistance se sont révélées très instructives. Sophie était hilare. Lydie ouvrait des yeux incrédules. Richard le producteur avait le visage fermé… Normal, je lui ruinais son concept d’émission. Si quelqu’un pouvait triompher de tous les dangers, ça n’était plus « marrant ». Quant à Daphné, qui me présentait son profil, je ne parvenais pas à déchiffrer ses sentiments. Elle avait l’air subjuguée par ce qu’elle voyait.
- Peut-on considérer que j’ai rempli mes obligations du samedi ?
Daphné se tourna vers Richard avant de me répondre. Elle avait besoin de son accord avant de se prononcer.
- Vous avez de bien étranges façons de procéder, Fiona… Mais on peut dire que oui… Vous avez GA - GNE !
Comment réagir à cette nouvelle ? J’avais gagné !… Mais qu’avais-je gagné au juste ?… Il n’y avait pas de cagnotte à la clé, pas de voyages ou de cadeaux offerts par un parraineur. Ce que j’avais gagné, c’était le droit de pouvoir me regarder en face encore, de penser que je n’avais pas flanché et que c’était bien.
Et ma « putain de fierté » avait décidément une sacrée gueule !
Daphné s’est levée de son siège, a enjambé la petite table qui nous séparait, m’a fait mettre debout face à la caméra de Romain. Elle avait illuminé son visage d’un sourire radieux où rien ne trahissait ni déception, ni amertume, ni haine. Elle paraissait heureuse pour moi.
Sincèrement.
Je n’y comprenais plus rien.
- Bravo Fiona… Vraiment bravo !… Je suis ravie que vous ayez pu triompher… Allez je vous embrasse.
Moi, je ne trouvais rien à dire, hébétée par la situation, par la versatilité apparente de l’animatrice. J’avais gagné, oui… mais sans comprendre les ressorts de la comédie qui s’était jouée autour de moi.

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MessageSujet: Re: Sept jours en danger [Fiona 1 - terminé]   Mer 19 Mar 2008 - 16:12

Le réalisateur a crié un « Coupez ! » énergique et rigolard. En dépit de l’arrêt du tournage, Daphné n’a pas lâché mon bras. Elle a continué à le serrer doucement comme pour m’accompagner hors du plateau.
- Tu ne peux pas imaginer comme ça fait du bien, m’a-t-elle soufflé osant un tutoiement qui eût été impossible une dizaine de minutes plus tôt.
- Qu’est-ce qui fait du bien ?
Je n’ai pas pu avoir de réponse. Sophie et Lydie arrivaient pour m’embrasser.
- Finalement, vous nous avez cru, fit Sophie… On voulait que vous vous en sortiez, Fiona… On le voulait sincèrement.
- Mais vous, vous ne vouliez pas entendre, renchérit Lydie…
- Je ne comprends plus rien… Je suis sensée être là pour perdre… ou plutôt vous êtes sensées tout faire pour que je perde. D’ailleurs, vous étiez plutôt dans ce registre-là en début de semaine. Qu’est-ce qui s’est passé ?
- On ne peut pas vous le dire, Fiona… Ce sont des choses internes à l’équipe.
- Moi, je peux vous l’expliquer, fit Daphné. Il faut que je me libère de plein de choses…. Mais pas ici… Venez, on va prendre l’air…

Prendre l’air. Quelle idée !
Dehors, il y avait les gens. Ceux pour qui Daphné de Saint-Aignan était une sorte de belle-fille idéale comme ces petits vieux qui voulurent lui faire la bise, ceux pour qui elle était le prototype de la fille sympa. Ces derniers voulaient un autographe, une bise, une photo… Quelque chose qui laisse une marque de cette rencontre fortuite avec leur héroïne.
Il fallut cinq bonnes minutes pour s’extraire du petit groupe – prévenu par qui ? - qui s’était agglutiné devant les grilles de Saint-Pierre. Enfin, nous pûmes nous éloigner vers les quais de la Garonne.
- C’est pas pesant cette gloire, ai-je demandé ?
- C’est un peu pour ça qu’on choisit le métier…
- Un peu ?…
- Oui… Beaucoup… Fiona, ce que j’ai à dire n’est pas facile… Et, en plus, je ne sais pas par quel bout commencer.
- Commencez par le commencement…
- Vous savez sans doute que Richard Lepat le producteur et moi on vit ensemble…
- Vous faites tout pour que cela se sache… Pas plus tard que tout à l’heure, vous étiez main dans la main quand vous êtes arrivés.
- C’est du cinéma, Fiona… Entre nous, c’est devenu infernal. Oh, on ne s’est jamais promis fidélité à l’église et on a chacun eu nos petites aventures. Il les aime brunes et plutôt soumises… tout mon portrait vous voyez… Et moi… Ben moi je saute un peu sur tout ce qui passe. Dans ce boulot, il faut une soupape… Pour les uns, c’est la drogue ; pour d’autres, l’alcool… Moi j’aime bien la fête et les mecs…
- Quel ?…
- Quel rapport avec vous ?… J’y viens… Lentement mais j’y viens. Depuis quinze jours, j’ai flashé sur quelqu’un… Et plus les jours ont passé, plus ça s’est confirmé. Richard l’a senti, ce n’était pas une passade. C’était fort, puissant… Ca me mettait la tête à l’envers. Lui, il a fait une crise de jalousie énorme. Mais on ne peut pas extérioriser tout ça parce qu’on produit l’émission ensemble, qu’il y a de l’argent, beaucoup d’argent, derrière tout cela. Il faut sauver les apparences pour que la société de production vive. Mais, il faut me croire, Fiona, lorsqu’il n’y a plus personne pour nous voir et nous entendre, ça devient terrible.
- Laissez-moi essayer de deviner la suite… Moi j’arrive là-dessus pour rajouter de la tension car vous n’êtes plus d’accord sur l’attitude à avoir vis-à-vis de la candidate qui ne lâche rien… Richard pense au concept qui ne peut supporter la moindre victoire du candidat, vous c’est un peu moins strict parce que peut-être, vous arrivez mieux à me comprendre. Se trimbaler en mini-jupe et lire dans les yeux des gens qu’on est une salope, il faut être femme pour imaginer ce que cela peut faire.
- Vous n’y êtes pas, Fiona… Vous n’y êtes pas du tout… C’est quoi cet endroit ?
Le changement de ton, la question, tout indiquait qu’on était arrivé à l’heure de l’explication ultime. Daphné renâclait au moment de franchir l’obstacle.
- C’est le gué du Bazacle… Vous voyez la chute d’eau sur le fleuve… Cet endroit correspond à une zone où on pouvait franchir assez facilement le fleuve dans l’antiquité… C’est pour cela que la ville s’est établie ici… Allez, Daphné, il faut aller au bout maintenant.
- Vous avez trouvé des petits mots dans votre boite aux lettres. Des petits mots anonymes. A l’encre bleue.
- Richard ?!… C’est lui mon mystérieux amoureux ?… C’est sa réponse à votre folle passion ?… Faire de moi votre rivale pour qu’à longueur de temps vous souffriez, pour que vous me détestiez chaque jour davantage.
- Vous n’y êtes pas, Fiona… Ces petits mots c’est moi qui les ai écrits.

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MessageSujet: Re: Sept jours en danger [Fiona 1 - terminé]   Mer 19 Mar 2008 - 16:47

On a continué à marcher le long de la rue jusqu’à gagner les berges du canal de Brienne. J’étais interloquée par les confidences de Daphné. Elle était véritablement tombée amoureuse de moi. Sans jamais avoir été attirée par les femmes auparavant. Une sorte de coup de foudre fatal. Et plus je me libérais de ma gangue de coincée, plus elle craquait. Et plus elle craquait pour moi, plus Richard pesait pour qu’elle soit abjecte avec moi.
- La manière dont vous avez répondu aux questions des jeunes internautes, ça m’a scotché. Le courage que vous avez montré en plusieurs circonstances, il m’impressionne. La détermination et la sagesse, la douceur et l’humour. J’ai fondu sur chaque parcelle de votre caractère. Je vis avec des gens faux, superficiels, vaniteux. Là, j’avais près de moi un exemple d’humanité… J’adore votre phrase : « j’aime les gens c’est pour cela que je les regarde de loin »… Moi, je suis obligée de voir l’humanité de près… Et elle n’est pas belle… Et comme elle est moche, je me sens moche moi aussi. Alors trouver quelqu’un comme vous, quelqu’un comme toi… Je ne voulais pas qu’ils te fassent du mal.
- Je ne sais pas quoi répondre, Daphné…
- Tu ne m’aimes pas et tu ne m’aimeras jamais ?
- Je ne pense pas être attirée un jour par une femme…
- Je ne le pensais pas non plus… Avant de te croiser…
- Oh là là !… Tout cela me dépasse… La jalousie de Richard, elle vous touchait par ce qu’il vous imposait.
- Le chantage c’était « si tu me lâches, la boite coule ». D’un côté, ça m’aurait rendu ma liberté… De l’autre, je perdais tout… Alors, je devais me forcer à être sèche, désagréable, pointilleuse. Je sortais des enregistrements vidée, en larmes… Il fallait que j’aille te retrouver pour expier. Je restais là devant la maison, garée dans ma voiture, et avant de partir me saouler la gueule au Frenetik Dance je laissais mon petit message.
- Le coup dur pour ma thèse, c’est Richard ?
- Richard pour l’initiative, Guillotin pour la réalisation… Entre collègues de fac, on peut se rendre parfois des services… J’ai essayé de négocier, promis que je reviendrais s’ils annulaient le truc. Richard n’a pas voulu transiger et puis de toute façon c’était déjà trop tard. L’administration, quand elle enregistre un truc, elle refuse ensuite de revenir dessus. Quand je disais que j’étais désolée, ça allait bien au-delà de ça, Fiona. Ce qui t’arrive m’écrase de chagrin.
- Je vais m’en sortir… De ça comme du reste, Daphné… Mais, ce que vous me dîtes là, c’est terrible à entendre… Regardez ce que vous avez fait de moi. Je suis transformée… Pas simplement pour l’apparence… Même à l’intérieur, je sens que ça a bougé. Et tout ça, je le dois à quoi. A une querelle amoureuse et professionnelle. J’ai été l’otage de vos passions. Passion amoureuse, passion du pouvoir. A plusieurs reprises, j’ai failli y laisser mon peu de raison. La peur c’est terrible.
- Je sais… Parce que moi j’ai peur de te perdre.

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MessageSujet: Sept jours en danger - EPILOGUE   Mer 19 Mar 2008 - 17:48

EPILOGUE


Deux années ont passé depuis ce dimanche de fin d’hiver. Et pas un jour sans penser à tous ces mensonges qui m’ont ouvert les yeux sur ma vérité.
Je suis désormais maître-assistante à l’université Jules Verne à Amiens. Recrutée après la soutenance de ma thèse grâce à l’appui d’un des membres de mon jury. J’assure là-bas des cours d’histoire moderne mais j’interviens aussi dans le cadre de leur nouveau master sur les métiers des archives et les technologies appliquées. Je m’éclate dans cette nouvelle vie entre enseignement – un peu – et recherche – toujours beaucoup ! -.

J’ai commencé à faire du théâtre l’année dernière pour parvenir à extérioriser toute la confusion qui s’était amoncelée dans mon esprit. En jouant à être une autre, je suis parvenue à mieux dessiner celle que j’étais… ou plutôt celle que je voulais être.

Ma réputation est déjà faite : je suis la prof la plus sexy de l’université. Talons hauts, jupe au-dessus du genou, matières brillantes, coupes généralement peu classiques. C’est ma façon à moi de créer la distance qui me protège. Etre une icône froide sous des dehors sulfureux. Ca marche du feu de Dieu. Les étudiants viennent à moi, discutent, posent des questions bibliographiques mais jamais ils ne s’avisent de me contester, de me chahuter. L’amphi reste plein même lorsque, les mois passants, les défections commencent à creuser de lourdes saignées dans les effectifs des cours. Il paraît que mes genoux ont autant de succès que mes interventions sur les pouvoirs dans la ville moderne.

Je vis toujours seule mais je me suis fait des amis… et des amies… Je m’impose deux ou trois sorties par semaine. Sur Amiens ou sur Paris. Les musées, les cinés, les spectacles. Je vis, quoi ! Et bien en plus ! Ma seule réserve, que mes amis ne comprennent pas, c’est les discothèques où je refuse obstinément d’aller. Ils ne pourraient pas comprendre pourquoi… et je n’ai pas envie de leur expliquer.

Je reçois encore de temps en temps du courrier qui me ramène un peu de ma vie d’avant. Maman voudrait bien renouer le contact ; je me contente de la rassurer, lui envoie un peu d’argent mais pour ce qui est de lui pardonner, elle peut toujours courir ! C’est comme cette salope de Léa qui est venue assister à ma soutenance de thèse et m’a félicitée la larme à l’œil. Je l’ai virée sans ménagement à la grande stupéfaction des personnes présentes. Elles auraient dû comprendre le fameux dimanche où elles sont venues, en tant que témoins, prendre acte des transformations qui s’étaient opérées en moi. J’avais refusé de leur parler, de leur répondre. Elles étaient sans doute persuadées d’avoir joué un rôle capital dans ma métamorphose alors qu’elles m’avaient surtout mis dans une merde noire. Mais entre nous, c’était fini !
Mon cher Robert Loupiac est un correspondant beaucoup plus agréable et, en plus, bien plus assidu. Nous échangeons plusieurs mails par semaine pour parler de tout et de rien. Beaucoup de boulot, de lectures, de théories, mais aussi de plein de petites choses futiles qui font qu’avec lui je me sens toujours bien. Comment oublier que c’est lui qui m’a recueillie le lundi matin avec pour toute garde-robe trois tenues (dont deux pouvaient me valoir de retrouver le froid d’une cellule si je m’avisais à les porter en pleine nuit le long du canal du Midi) ? Comment oublier son soutien permanent jusqu’au moment où le jury m’avait rendu son avis (très favorable avec félicitation à l’unanimité) ?
- Maintenant, vous n’avez plus besoin de moi…
- Au contraire. Je crois, monsieur, que cela ne fait que commencer.

J’ai eu quelques nouvelles de Bob qui a retrouvé une place de cameraman auprès du service de politique étrangère de France 2. Quand je vois des images de combat quelque part dans le monde, je me dis que c’est peut-être lui qui est derrière l’objectif… Et que je vais voir sa main gauche faire à nouveau des moulinets me demandant de meubler jusqu’au lancement de la bonne vidéo.
Daphné s’est accrochée à moi pendant quelques temps. Le professeur Loupiac retrouvait dans sa boite aux lettres de longues déclarations enflammées que je lisais mi-attendrie mi-hilare. L’amour rendait vraiment ridicule. Je n’étais pas prête à jouer à ce jeu-là. Peut-être l’archiviste que m’annonçait ma mère n’existait-il pas après tout. Et alors ?… Il y a tant de gens à aimer dans le monde sans avoir à leur faire l’amour.

J’ai supposé que l’arrêt des courriers de Daphné coïncidait avec la mise en préparation d’une nouvelle série d’émissions de Sept jours en danger. Pourtant, chaque semaine, le programme télé se faisait muet à ce sujet. Il me fallut bien me faire à l’idée que le concept n’avait pas survécu au clash entre Richard et Daphné. Me faire à l’idée aussi que j’avais tué l’émission. Quand la victime refuse d’être complice de la manipulation qui s’organise autour d’elle, quand elle en démonte les mécanismes pour les exposer sur la place publique, la télé-réalité ne peut pas tenir le choc. Leur réalité est en toc et ça finit par se voir, ça finit par se savoir.
Il me reste de ces sept jours quelques reliques dans ma penderie que je regarde souvent. Quand, parfois, j’ai un coup de blues – tout n’est pas encore bien stabilisé en moi – je me glisse dans ma longue combinaison en vinyle pour me recharger en énergie. N’en concluez pas que je basculerai un jour dans ce qui m’épouvantait naguère. C’est juste un moyen pour moi de sentir cette autre peau fusionner avec la mienne. Un moyen de retrouver un peu d’une autre personne que j’ai abandonnée dans cette défroque. Une ado de 28 ans encore coincée dans ses rêves et qui n’attendait rien d’autre de la vie qu’un peu de soleil dans vos regards.


FIN

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