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 Alarmes de vie

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almalo

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MessageSujet: Alarmes de vie   Lun 24 Mar 2008 - 14:07

Alarmes de vie




Elle regarde l’enfant endormi dans la couveuse et ne se lasse pas d’admirer le miracle de la vie. Elle le voit tous les jours pendant son service, et pourtant son cœur bat plus fort à chaque fois.
Comment ce petit être, si fragile, peut-il se battre avec autant de force pour rester en vie ?
Et pourtant, elle a l’habitude de ces journées où tout peut arriver, le meilleur comme le pire.
Mais ce petit bout d’homme-là, elle se demande encore quel miracle est intervenu pour que son cœur continue de battre.
Il dort. Il respire si calmement qu’on en oublierait presque l’araignée de fils qui l’entourent et le gênent dès qu’il veut attraper son poing ou son pied.
Il y a deux jours à peine, ce « p’tit fromage » naissait sans être sûr de pouvoir survivre.
Oui, ses collègues et elle l’ont surnommé ainsi à cause d’une publicité pour un fromage qui porte le même prénom que lui. Alors, pour toutes les aides-soignantes du service, il est devenu le p’tit fromage. Elles l’ont fait à la fois pour détendre la maman inquiète, mais aussi pour elles-mêmes. Il faut bien qu’elles trouvent de quoi sourire et se détendre un peu, sinon elles deviendraient toutes folles.

Elle se demande souvent, d’ailleurs, ce qui la pousse à faire ces mêmes gestes, jour après jour. Elle se pose toujours la question du choix de ce métier, si difficile et pourtant si nécessaire. Lorsqu’elle a décidé de devenir puéricultrice dans ce service de réanimation il y a dix ans de ça, elle était sûre d’elle. Personne n’avait pu la faire changer d’avis, malgré le sacerdoce que ce serait tous les jours. Elle ne regrette pas plus aujourd’hui, surtout aujourd’hui.

Dieu sait que ses collègues et elle n’échangeraient leur place pour rien au monde. Un peu plus de salaire et de considération, peut-être. Mais leur métier est tout pour elles, et Marie le sait bien.
Elle contemple ce bébé de deux jours seulement, qui fait déjà partie du monde sans le savoir.
Sa maman est quelques étages plus bas. Marie se demande pourquoi cette jeune maman ne vient pas plus souvent voir son fils. C’est vrai, elle qui ne pourra jamais en avoir ressent toujours une colère sourde au fond d’elle-même quand elle voit comment certains parents se comportent avec leurs enfants.
L’autre soir, un papa est entré dans le service en baskets et la casquette vissée sur le crâne. Tout juste s’il avait éteint sa cigarette en entrant dans l’hôpital. Elle a dû user de toute la diplomatie dont elle était capable à onze heures du soir après avoir fait le tour du cadran, pour lui expliquer le plus gentiment possible qu’il se trouvait dans une unité stérile. Elle l’a doucement dirigé vers le sas afin qu’il se lave les mains avec le savon approprié, qu’il enfile des surchausses et une charlotte sur ses cheveux. Le jeune papa qui ne devait pas avoir plus de vingt ans l’a presque bousculée en grognant qu’il voulait garder la casquette, et elle l’a finalement laissé entrer avec. Elle ne pouvait pas se battre contre tous les mauvais caractères qui passaient dans son service, surtout à une telle heure.

Une alarme sonne dans la quiétude de la nuit. Elle va vérifier que c’est, pour la énième fois depuis le début de son service, un fil qui s’est débranché parce qu’un bébé rêve trop fort et a bougé un peu trop brusquement son pied. Au début, son cœur manquait un battement à chaque fois que cela se produisait, et elle se précipitait vers l’appareil responsable. Maintenant, elle connaît la signification de chaque son, du moindre bip qui résonne. Elle sursaute parfois encore malgré elle, et ne peut s’empêcher de sourire lorsqu’elle voit que ça ne réveille même pas les bébés que surveillent ces machines.

Le p’tit fromage dort à poings fermés, son beau visage tout rond est calme et détendu, rien ne laisse imaginer qu’il a frôlé le pire, deux étages plus bas, deux jours plus tôt.
Quand même, en y repensant, elle ressent encore une colère sourde contre ce médecin qui a laissé faire ça. Il n’était même pas là, de toute façon. Et ce petit être qui s’est retrouvé étranglé par un cordon enroulé quatre fois autour de son si maigre cou. Et ce petit être qui ne criait pas, sa peau violacée, son visage fermé, ses bras ballants autour des mains de la sage-femme. Marie a dû inventer un énorme mensonge pour calmer la maman désemparée par ce bébé qui ne ressemblait pas aux photos que les beaux livres de naissance présentent à chaque page. Elle lui a affirmé précipitamment qu’elles allaient le laver, et ne lui a surtout pas laissé le temps de voir son enfant qui ne respirait pas. Elle a bien entendu les supplications de cette femme qui voulait savoir pourquoi son enfant ne criait pas. Elle s’est maudite de ne pas lui expliquer, de laisser dans l’ignorance et l’angoisse une maman dont c’est le premier enfant. Pourquoi ne dit-on pas la vérité tout de suite ? Par fois, ce métier lui pèse, parce qu’elle est obligée de respecter un protocole qu’elle déteste.
Elle a tenu le bébé à bout de bras pendant que la sage-femme, d’un geste précis et sans tremblement, a enfoncé ses doigts dans le pharynx minuscule du bébé, pour y enlever le liquide empoisonné qu’il avait avalé. Elle l’a frotté, elle a exhalé un souffle chaud sur son visage, sur sa bouche, elle a oublié tout ce qu’elle avait fait pour que ce bébé pleure, enfin. Combien de temps tout cela a-t-il duré ? Elle n’en a aucune idée. Plus rien n’existait, plus rien ne comptait que de faire partir ce cœur tout neuf qui refusait de battre.
Lorsqu’elle a traversé presque en courant la salle d’accouchement aux murs d’un vert blafard, elle a croisé le regard du papa qui tentait d’empêcher sa femme de s’endormir.
« Il ne faut surtout pas qu’elle s’endorme, monsieur, allez lui parler », lui avait-elle soufflé avant d’emporter le bébé. Lui-même ne savait pas pourquoi, mais elle avait lu dans ses yeux qu’il tremblait à l’idée d’avoir perdu en même temps son premier-né et sa femme à qui l’on avait posé un masque à oxygène.

Ce n’est pas ainsi, un accouchement normal. Rien n’est normal. Quelqu’un peut-il expliquer ça ? Y a-t-il un scientifique, un prêtre, un psy qui pourrait annoncer à un être qui vient de donner la vie que son fils est peut-être déjà mort ?
Et puis le miracle.
L’alarme de vie qui retentit dans le silence opaque et oppressant de cette salle sinistre.
Le bébé décharné parce que mal nourri dans le sein de sa mère, ce bébé respire enfin. Il crache, il tousse, son plexus se secoue à chaque fois et Marie a l’impression que les os vont éclater sous la pression de l’effort que ce petit être de deux kilos à peine est en train de fournir.
Il se bat, seul, contre sa propre vie.

Le regard de Marie croise celui de la sage-femme qui vient, une fois de plus, d’accomplir un miracle bien humain. Elles n’ont le temps que d’un furtif sourire, il faut à présent vraiment laver le bébé. Le Samu entre à ce moment-là, en même temps que le pédiatre et le gynécologue. Ce dernier prend à peine le temps de vérifier que tout est en ordre, et va inscrire sur le registre « Accouchement normal. Légère réanimation ». Marie est ulcérée. Elle détourne son regard du médecin pour ne pas lui coller son poing sur la figure. Accouchement normal. Il n’était même pas là. Il n’ira même pas voir la jeune maman qui mêle des larmes de joie et d’angoisse à celles du jeune papa.
Marie n’oubliera pas le regard impersonnel et froid du pédiatre venant annoncer au couple qu’il ne pourra pas se prononcer sur le sort de leur fils. Elle ne saura pas que, plus tard, dans le couloir de la maternité, ce même pédiatre annoncera sans ménagement au papa qu’il « doute que son fils passe la nuit ».
Ce petit d’homme qui se bat, seul, contre sa vie.

Marie enfile sa blouse et ressort de la salle de pause.
Elle s’efforce de penser à ce magnifique bébé qui promet d’être un sacré battant, et de ne pas tourner son regard vers le box d’à-côté.
Un enfant de six mois vient de succomber à une forme de mucoviscidose inconnue et ses parents sont en train de lui donner les derniers moments de leur tendresse.
C’était elle qui était de service vingt minutes plus tôt, lorsque la machine respiratoire a indiqué le zéro, signe de l’arrêt cardiaque. Elle ne peut s’empêcher d’écouter, à travers la porte du box restée entrouverte, la toute dernière berceuse que chante la maman à son éternel bébé. Elle se demande à chaque fois pourquoi la vie peut se montrer si dure avec ceux qui la donnent.
Son patron voulait lui donner son congé pour la fin de la journée, mais elle n’a pas pu quitter l’hôpital. Il lui faut justement rester là, rester aux côtés de ces parents désemparés devant leur ange poupée de cire. Rester aux côtés de ces parents qui pleuraient de joie parce que leur fils était enfin hors de danger après deux jours d’angoisse.
Rester pour ces alarmes de vie.

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Romane
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MessageSujet: Re: Alarmes de vie   Lun 24 Mar 2008 - 19:46

Bon. J'essaye de me décoller les neurones, pour pouvoir lire pleinement. Je m'en délecte à l'avance, encore faut-il que j'arrive à me réveiller... ce soir tard ?

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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almalo

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MessageSujet: Re: Alarmes de vie   Lun 24 Mar 2008 - 20:12

quand tu veux.bisou
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Romane
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MessageSujet: Re: Alarmes de vie   Sam 12 Avr 2008 - 5:48

Oufti ! quel texte... quel texte... Je me sens la poitrine serrée comme si j'avais reçu un coup de poing. Almalo, que dire... sinon que c'est bouleversant, à la fois si tendre-fragile et si brutal, la vie quoi, la vie dans son bouillonnement fait de tout, de tout ce qui peut nous porter, de tout ce qui peut nous anéantir. Avec cette petite phrase ; Il se bat, seul, contre sa propre vie. est d'une incroyable puissance, elle dit à elle seule le premier combat de vie de ces petits bébés qui naissent plus faibles, plus démunis que n'importe quel autre... et me touche au point centre de moi-femme-mère.

Je ne peux que m'incliner pour saluer la beauté et la cruauté réunies dans ce texte magnifique. chinois

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Alarmes de vie   Sam 12 Avr 2008 - 10:30

Ce texte magnifique illustre bien que pour qu'advienne un bébé humain à la vie, il faut la conjonction de deux bébés. Un bébé réel, c'est à dire un corps vivant de deux à quatre kilos avec ses potientialités de survie mais aussi ses éventuels handicaps et un bébé imaginaire, celui qui s'est développé durant ces neuf derniers mois dans les pensées, le coeur de ses parents. Dès la naissance, ces deux bébés devront oeuvrer pour s'ajuster l'un à l'autre malgré la différence de leur essence, charnelle pour l'un, de rêves et de désirs pour l'autre.
Malheureusement, parfois, comme dans ce texte, le bébé de chair ne "suit" pas celui qui relève de l'imagination. Alors, le bébé imaginaire dépourvu désormais de corps à investir continue d'hanter les pensées de sa famille. Ensuite, dans la tradition catholique, cette âme ira rejoindre un espace qu'on dénomme les limbes. C'est un endroit à la frange, à la frontière du paradis. Une sorte d'entre-deux maldéfini. En effet, la maman qui grâce à ce bébé imaginaire qui dirigeait son coeur de l'intérieur était "programmée" pour materner le corps de son bébé. Mais cette âme reste à la frontière de ce corps malgré les efforts héroïques des parents et des soignants pour lui insuffler ce désir de vie.
C'est pour cela à mon avis, que le deuil de ces enfants restent quelque chose de tout à fait particulier.
Flaubert écrit: "Que de choses flottent encore dans les limbes de la pensée humaine." Un peu comme si les limbes baignent pour toujours dans un milieu liquide.
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BloodyMary
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MessageSujet: Re: Alarmes de vie   Sam 12 Avr 2008 - 10:53

Pas de mot formulable vocalement ici. Parce que je te connais un petit peu peut-être.
Je viens sur LU sporadiquement certes, mais te lire là, comme ça, sur ce texte me remue la carcasse. Je relirais ce texte à tête froide tant que faire se peut un autre jour mais là, je l'ai prit en pleine gueule, en pleines tripes. Mon regard sur le fond est douloureux (syndrôme de la mère juive mea culpa) et celui sur la forme s'est fait la malle face au ressenti. Donc, j'y reviendrais, mais déjà, bravo Almalette.
bisou
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almalo

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MessageSujet: Re: Alarmes de vie   Sam 12 Avr 2008 - 11:10

Merci à vous trois.bisou
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meley

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MessageSujet: Re: Alarmes de vie   Sam 12 Avr 2008 - 11:22

Ca remue...

Connu ce coté là aussi du miroir, peu de temps, très peu... parce que je n'ai pas pu, je n'ai pas su faire ce que font si bien ces femmes jours après jours, pour les parents, pour leurs enfants. Et puis comme tu dis pas pu non plus affronter ces médecins, souvent très bons certes, mais parfois si absent, ou si acharnés ce qui est peut être pire.

Un grand moment de lecture.

Merci... pour elles.
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Lilylalibelle

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MessageSujet: Re: Alarmes de vie   Sam 12 Avr 2008 - 11:32

Très beau texte, almalette, tout plein de sensibilité, de la réalité toute nue, avec un petit quelque chose en plus qui remue ce qui est là, tout au fond.

Bravo !
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monilet
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MessageSujet: Re: Alarmes de vie   Sam 12 Avr 2008 - 11:33

On y est, almalo, une fois commencé, on ne PEUT plus lâcher. Clap clap.
Et après, on s'interroge encore...
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almalo

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MessageSujet: Re: Alarmes de vie   Sam 12 Avr 2008 - 11:48

vous ne pouvez pas savoir à quel point vous me touchez...Merci vous tous.bisou
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gohelan

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MessageSujet: Re: Alarmes de vie   Sam 12 Avr 2008 - 23:47

tu te rends compte: rien de plus beau que d'accompagner la vie. On croirait que tu fais ce métier tant tu es précise. Quel stress, mais comment lâcher un tel métier! J'ai lu d'une traite .
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almalo

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MessageSujet: Re: Alarmes de vie   Dim 13 Avr 2008 - 0:36

Gohelan, merci à toi.bisou
Je ne fais pas ce métier, mais j'ai vécu ces situations en tant que maman. Et je trouve que ce métier est un des plus difficiles...
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