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 Pièce : Le PERP Goriot

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MBS

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MessageSujet: Pièce : Le PERP Goriot   Mar 1 Avr 2008 - 0:05

ACTE I


La scène est divisée en deux parties. A gauche du public, la pension Vauquer, triste, sombre, avec une grande table pour tout mobilier et une télévision dans un coin. A droite du public, un espace vide mais brillant sous les lumières : le beau monde du cinéma.

SCENE 1
(Script – Scénar – Une voix off)

Script
- Dans le cadre de ses soirées récréatives à but très peu lucratif…
Scénar
- La compagnie de la Treizaine vous présente ce soir sa nouvelle création…
Script
- Attends, euh… On a oublié de se présenter… Parce que je le vois venir gros comme une maison, au bout d’un moment, y a un type qui va se lever dans le public et qui va gueuler…
Voix off
- Vous êtes qui vous ?
Scénar
- Tu vois…
Script
- Bon… T’as raison… Bonjour, on m’appelle Script…
Scénar
- Et moi, je suis Scénar…
Script
- Ludivine Script
Scénar
- Et Virginie Scénar…
Script
- Depuis quand tu t’appelles Virginie ?
Scénar
- Depuis qu’il y a quelqu’un qui m’a appelée Melun… Je suis large d’esprit mais quand même j’accepte pas qu’on me confonde avec une ville… Même nouvelle…
Script
- Vous l’aurez compris si vous ne passez pas plus de 10 minutes chaque jour à vous faire ouvrir l’esprit sur TF1, ce soir, c’est dans le milieu du cinéma que cette histoire nous transporte…
Scénar
- Alors, comme c’est un monde étrange, nous, Script et Scénar, on est là pour vous guider dans ce monde magnifique

( On entend quelques notes au piano du thème du spectacle « c’est du cinéma » - Le rideau s’ouvre – Une femme s’active à installer des bols sur une table sous le regard méprisant d’une autre assise en bout de table)

SCENE 2
(Script – Scénar – Vauquer – Putrefaction)

Script
- Voici le petit monde fantastique du cinéma !
Scénar
- Euh non, ça, c’est les à-côtés pas fantastiques du cinéma… Le foyer Vauquer… du nom d’Annabelle Vauquer, sa propriétaire, une ancienne régisseuse de théâtre…
Script
- Après la loi sur l’assurance chômage des intermittents du spectacle, madame Vauquer s’est retrouvée sans rien…
Scénar
- Ou presque…Il lui restait cependant quelques petites économies…
Vauquer
- Placées en Suisse… A 12 % d’intérêts net d’impôts !
Scénar
- Je peux avoir l’adresse ?
Vauquer
- Non !
Script
- Grâce à ses économies… Non, mais 12 %, tu te rends compte…Oui, pardon… Grâce à ses économies, madame Vauquer a racheté un vieil immeuble qui menaçait ruine dans le XIè arrondissement… Et elle l’a transformé en foyer pour intermittents dans le besoin…
Vauquer
- Et on est obligé de refuser du monde !... Ca marche ! Je vais peut-être même racheter l’immeuble à côté pour m’agrandir…. Putrefaction, c’est prêt ?
Putrefaction
- Oui, madame !

(Mme Vauquer arrête un chronomètre.)
Vauquer
- 2 minutes 52… Vous avez déjà fait mieux ma fille !... Je retiens 3 euros sur votre salaire.
Putrefaction
- Mais madame !...
Vauquer
- Quatre euros !
Scénar
- Donc, les affaires vont bien !
Vauquer
- Oh là, non ! Y a les impôts !... Beaucoup trop d’impôts ! L’autre jour, Jean-Pierre Pernaut il disait que si on continue à ce rythme dans 100 ans on travaillera la moitié de l’année rien que pour payer nos impôts… Putrefaction, sonnons le réveil.

( piano / saxo : New York, New York )

SCENE 3
(Script – Scénar - Vauquer – Putrefaction – Vautrin – Victorine – Poiret – Simonneau – madame Couture)

Script
- Qui étaient donc les pensionnaires de la pension Vauquer ?
Scénar
- Bougez pas ! On vous les présente !
Script
- D’abord, il y a Victorine Taillefer…
Victorine
- Bonjour madame Vauquer, bonjour Putrefaction !
Putrefaction
- Bonjour mademoiselle Victorine
Vauquer (qui bougonne en lisant la page finances du Figaro)
- Ouais, c’est ça ! Bonjour, bonjour…
Scénar
- Victorine est une costumière de cinéma… Sans emploi depuis qu’elle a dessiné des casaques de mousquetaires avec gilet pare-balles intégré…
Victorine
- On m’avait pas dit… On m’avait rien dit…
Script
- Elle vit là, seulement soutenue par une ancienne amie de sa mère, madame Couture
madame Couture
- Bonjour…
Scénar
- Vous avez noté… La costumière, madame Couture… madame Couture, la costumière… Des trucs comme ça, y en plein la pièce… Alors, faut faire attention… Pour vous guider et savoir quand il faut rire, nous vous préviendrons à l’aide du petit jingle suivant… C’est plus discret que des rires enregistrés et surtout moins cher…
madame Couture
- Pauvre Victorine… Quand on pense que son frère…
Script
- Oui… Quand on pense que son frère a fait fortune sur le juteux marché de la crème glacée et qu’il laisse sa petite sœur à nager ainsi dans le malheur, ça fait froid dans le dos
Vauquer
- D’autant que les actions de sa compagnie ont encore pris 3 % hier suite à un rapport d’experts positif sur la fonte des pôles… Il a aucune raison pour oublier la petite rallonge qu’il m’avait promis pour votre hébergement chez moi.
Scénar
- Au premier étage, vivent Huguette Poiret et Roselyne Simonneau…
Poiret
- Bon…
Simonneau
- Jour
Poiret
- Ca
Simonneau
- Va ?
Script
- Poiret et Simonneau, c’est un duo comique des années 60…
Scénar
- Poiret et Simonneau, c’est deux films dont vous connaissez tous les noms… (jouer avec le public qui, bien sûr, ne sait pas)… Enfin, voyons… C’est quoi déjà ?
Poiret
- La Grande vadrouille
Simonneau
- Fait du ski…
Poiret
- Le dernier métro
Simonneau
- A la plage…
Script
- Poiret et Simonneau , c’est des tournées de music hall…
Poiret
- Oh ça oui ! On faisait quoi ?… Deux cents jours de spectacles…
Scénar (étonnée)
- Ah quand même !... Par an ?
Simonneau
- Non… En vingt ans…
Scénar (dépitée)
- Ah quand même !...
Poiret
- C’est pas de notre faute non plus…
Simonneau
- On était concurrencées par Poiret et Serrault… Poiret et Serrault…
Poiret
- Poiret et Simonneau, c’était gênant…
Simonneau
- On n’allait quand même pas changer de nom et s’appeler Poireau et Simonet non plus…
Script
- Au deuxième étage, vit un homme étrange…
Scénar
- Un type louche…
Script
- Vautrin qu’il s’appelle… Il parle pas beaucoup
Vautrin
- B’jour…
Scénar
- Et il est violent !
Vauquer
- Monsieur Vautrin, je vous rappelle que vous me devez encore le deuxième tiers de votre loyer du mois précédent.
Vautrin
- La ferme, la Vioque, sinon je t’arrache les yeux et je les jette aux rats…
Vauquer (qui manque s’évanouir)
- Oh… non… non…


Dernière édition par MBS le Mar 1 Avr 2008 - 11:47, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Pièce : Le PERP Goriot   Mar 1 Avr 2008 - 0:06

SCENE 4
(Script – Scénar - Vauquer – Putrefaction – Vautrin – Victorine – Poiret – Simonneau – madame Couture – Goriot – Delphine – Anastasie)

Script
- Au deuxième étage, en face de chez l’ignoble Vautrin…
Vautrin
- T’as quelque chose à me dire toi ?
Script
- Euh, non… Je constate c’est tout…
Vautrin
- On m’parle pas… C’est clair !... On m’oublie… Je bouffe là…
Scénar
- Sur le même palier que (elle montre Vautrin), vivait Jules Goriot…
Script
- Un comédien qui avait eu son heure de gloire en campant un époustouflant second rôle dans « Quai des brumes »…
Scénar
- Avant que son personnage soit coupé au montage.
Poiret
- Vous savez que le Goriot il a quand même un point commun avec le grand Raimu…
Victorine
- Ah ? Lequel ?
Simonneau
- Le prénom ! (et ils éclatent de rire)
Goriot (qui entre)
- Bon…

(Il remarque alors deux jeunes et jolies jeunes femmes qui attendent à la limite entre la pension et le monde du spectacle ; il se dépêche de les rejoindre)

Vauquer
- Allez ! Le v’la qui va retrouver ses poules…
Victorine
- Ca fait un moment qu’elles étaient pas venues…
madame Couture
- Victorine, occupez-vous de vos affaires…
Victorine
- Oui, madame Couture…
madame Couture
- Mais c’est qui au juste ces filles ?
Vauquer
- Des (elle articule le mot « pute » sans le prononcer)… de luxe sans aucun doute…
Poiret
- Pourtant, leurs visages me disent quelque chose…
Vauquer
- Et bien je ne vous félicite pas, madame Poiret… Vous avez de drôles de fréquentations…

(Poiret, mécontente de s’être fait remballer, se retourne vers Simonneau)

Poiret
- Et qu’est-ce que t’as à pleurnicher comme ça, toi ?
Simonneau
- J’ai cassé ma biscotte !...
Poiret
- Evidemment, t’as vu comment tu t’y prends !...

(A ce moment, Delphine de Nuncingen montre quelque chose sur la table… Le pain au chocolat de Goriot… Celui-ci vient le chercher pour le lui rapporter)

Vauquer
- Vous voyez ? C’est comme ça tout le temps… Il fait tout ce qu’elles lui demandent…
Putrefaction
- Madame, madame… Le monsieur du 3è, il est pas encore descendu…
Vauquer
- Eh bien, montez voir ce qui se passe ma fille !
Script
- Qui est ce pensionnaire du 3è étage gauche ?
Scénar
- Ah ça ! Vous aimeriez bien le savoir ?... Ben c’est inutile car…
Putrefaction (qui revient)
- Il est mort ! Madame, il est mort !
Vauquer
- Vraiment mort ?!
Putrefaction
- Oh là oui, madame ! Il s’est pendu avec un élastique… Son corps se balance de haut en bas devant la fenêtre… (elle mine le mouvement)
Vauquer
- Quels cabots ces comédiens… Même là, il a voulu se donner l’illusion d’un rappel… Donc mort ?!
Putrefaction
- Oui !

( Sur cette affirmation, les pensionnaires se précipitent sur le petit déjeuner du mourant… et pillent aussi par la même occasion ce qui restait de celui de Goriot )

Vauquer
- Ben, ça fera une place…

( Goriot vient de quitter les deux jeunes femmes… Il revient vers la table pillée…)

Anastasie
- T’étais pas au régime, toi ?
Delphine
- Si… (Elle jette le pain au chocolat à peine entamé)
Vauquer
- Terminé !

(Les pensionnaires se lèvent et sortent… Goriot n’a qu’un minuscule bout de pain à grignoter… Vautrin, attendant que tout le monde tourne le dos, va récupérer le petit pain au chocolat et le fourre dans sa poche.

Vauquer
- Putrefaction ! Vous rangez ! (elle sort son chronomètre)

SCENE 5
(Putrefaction – Rastignac)

Putrefaction (qui se laisse tomber sur une chaise)
- Ah non ! Tant pis, je vais encore perdre quelques euros mais je me repose… J’ai le cœur qui bat très fort… Ce pauvre monsieur du troisième… Enfin, en ce moment, il serait plutôt du deuxième au quatrième… Si j’avais su, j’aurais jamais quitté le Portugal… Là-bas, ils disaient dans la presse cinéma que j’étais la vedette de demain… Une sorte de mélange entre Jennifer Lopez et Anna Roumanoff… Et puis, il y a ce type qui est venu me dire qu’ils cherchaient une portugaise pour jouer le rôle d’une femme de chambre-cuisinière… Et voilà comment je me retrouve là !

(On sonne à la porte)

Putrefaction
- Oh non ! En plus, on sonne à la porte… (Elle ramasse à toute vitesse les bols et part ouvrir)
Rastignac
- Bonjour, je viens voir s’il y a une chambre à louer dans votre pension…
Putrefaction
- Presque !
Rastignac
- Presque ?
Putrefaction
- Dès qu’on aura décroché l’ancien locataire…
Rastignac
- Il y a une place ?! Oh ben j’ai du bol, moi !...
Putrefaction
- Non… Vous avez des bols (et elle les lui fourre entre les mains)… Je vais prévenir la patronne…
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MessageSujet: Re: Pièce : Le PERP Goriot   Mar 1 Avr 2008 - 0:07

SCENE 6
(Rastignac – Goriot – Vautrin - Victorine)

Rastignac
- Ca se présente bien ! Ca se présente bien !... Me voilà à Paris ! Paris ! La ville de la gloire, du succès et de la richesse… A Paris, je veux et je peux devenir comédien… Je veux et je peux devenir chanteur… Je veux mon nom en haut de l’affiche… En dix fois plus gros que n’importe qui, mon nom qui s’étalera… Je veux… Oh oui, il suffira de dire « je veux » et j’aurais…
Victorine (qui passe)
- Une maille à l’envers, une maille à l’endroit…
Rastignac
- Bonjour mademoiselle… Vous êtes la patronne ?
Victorine
- Oh non… Victorine Taillefer… Costumière…
Rastignac
- Enchanté !... Quand je serai riche et célèbre, vous serez ma costumière personnelle…
Victorine
- Oh oui alors !... Mais quand est-ce que vous serez riche et célèbre ?
Rastignac
- Demain sans doute !... Paris, c’est la ville idéale pour réussir… Je vais me présenter au concours d’entrée du cours Simon, du cours Florent et je serai un grand comédien… (il déclame) : « Rodrigue as-tu du cœur »… « Mais pour qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes ? »…
Victorine
- C’est des rôles féminins ça !
Rastignac
- Ah ?! Vous êtes sûre !
Victorine
- Oui…
Rastignac
- Pas grave ! Je vais me présenter au recrutement de la Star Ac, de PopStars et je serai un grand chanteur… Une rock star planétaire…
Victorine
- D’accord !... Celui-là, il est déjà complètement tapé avant même d’avoir eu du succès… Une maille à l’envers, une maille à l’endroit… (elle sort)
Rastignac
- Oh, je sens que je vais me plaire ici… Les gens ont l’air d’être sympas !... Et ils sont accueillants…

(Entre Goriot)
Rastignac
- Bonjour monsieur… Je suis Eugène Rastignac
Goriot
- Et moi, tu m’as blessée dans ce que j’ai de plus sacré…
Rastignac
- Oh désolé, monsieur !... Je n’ai pas fait attention !...
Goriot
- N’as-tu pas honte de la femme que je suis devenue ? Ma poitrine refaite, mes lèvres trop pulpeuses…
Rastignac
- Ouh là ! (Goriot s’éloigne en continuant à parler avec force gestes).

(Entre Vautrin)

Rastignac
- Bonjour monsieur… Je suis Eugène Rastignac…
Vautrin
- Si j’emprunte auprès d’une banque du Panama au taux de 5 %, ça me fait quinze millions d’euros… C’est pas assez !... Il faut que je trouve, il faut que je trouve !... 17+25 = 42… 42+23,4 =…
Rastignac
- 65,4 !
Vautrin
- Qui t’es toi ?
Rastignac
- Eugène Rastignac, je…
Vautrin
- Alors, t’apprendras, morveux de province, qu’on dérange pas monsieur Vautrin quand il travaille… Capice ?
Rastignac
- Euh oui…
Vautrin
- Sinon…
Rastignac
- Sinon ?...
Vautrin
- T’as de beaux yeux, tu sais…
Rastignac
- Euh…

(Vautrin sort en reprenant ses comptes)

SCENE 7
(Rastignac – Vauquer - Putrefaction)

Vauquer
- C’est vous qui voulez prendre une chambre chez moi ?
Rastignac
- Oui… Bonjour madame, je suis Eugène Rastignac…
Vauquer
- Comédien ?
Rastignac
- Oui…
Vauquer
- Faudra prendre un pseudonyme alors… Rastignac, ça fait jeune arriviste prêt à tout !
Rastignac
- C’est le nom de mes parents et je…
Vauquer
- Tu viens de province, pas vrai ?
Rastignac
- Oui, je suis de Montfousillon-les-Tartinettes…
Vauquer
- Je connais… Il fait quoi ton père ?
Rastignac
- Ben, en fait, il s’occupe d’un grand centre commercial… Mais en fait, c’est pas vraiment mon père… Il a connu ma mère à l’auberge du Gai Renard…
Vauquer
- Sur la route de Fliquensheim-le-Haut… Ok, c’est bon, j’imagine la suite… Alors, c’est 1000 euros par mois… Chambre avec toilettes. Douche sur le palier. Petit déjeuner compris, servi à 8 heures le matin… Repas du soir compris aussi à 8 heures le soir. Tout est compris ?
Rastignac
- Non… Pas le repas de midi…
Vauquer
- Exact !... Putrefaction ! Putrefaction !
Putrefaction
- Oui madame !
Vauquer
- La chambre de monsieur est libre ?
Putrefaction
- Pas tout à fait ! L’ancien locataire a du mal à couper le cordon… Il est resté pendu à sa fenêtre et…
Vauquer
- Réglez ça, je vous prie dans les deux minutes (elle sort son chrono). Ce jeune monsieur m’a l’air plein de promesses… Nous sommes flattées de le compter parmi nous… Vous pouvez vous asseoir pour libeller le chèque…

(Pendant que Rastignac écrit, on entend un grand bruit)

Rastignac
- Qu’est-ce que c’est ?
Vauquer
- La chute du premier acte !...
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MessageSujet: Re: Pièce : Le PERP Goriot   Mar 1 Avr 2008 - 0:08

ACTE II


SCENE 1
(Script – Scénar – Goriot – Rastignac)

Script
- Deux jours plus tard…
Scénar
- Rastignac s’est installé dans la pension Vauquer… Et très vite, il a noué des relations amicales avec Goriot…
Goriot
- Alors, c’est votre premier casting…
Rastignac
- Oui… J’ai le trac…
Goriot
- Mais vous allez voir, ça va bien se passer… Vous avez du talent ?
Rastignac
- Oui.
Goriot
- Vous avez de l’ambition ?
Rastignac
- Oh oui !...
Goriot
- Alors, contentez-vous d’être vous-même… Quand je jouais « Le Mariage de Figaro » au Festival d’Avignon…
Rastignac
- Oh, vous jouiez qui ? Figaro ou le mariage ?
Goriot
- Le premier hallebardier…
Rastignac
- Ah quand même !
Script
- Euh, pardon, je voudrais pas déranger… Mais faudrait y aller là… C’est l’heure !...

SCENE 2
(Script – Scénar - Rastignac – Anastasie – Restaud)

Restaud
- Entrez monsieur… Installez vous ! Nous allons faire un petit bout d’essai… Vous connaissez ma femme ?
Rastignac
- Madame Anastasie de Restaud est une immense actrice…
Anastasie
- Immense, immense ! N’exagérez pas, monsieur… monsieur Rastignac… Je fais même pas 1m70…
Restaud
- Elle vous donnera la réplique… Voici votre texte…
Rastignac
- C’est votre prochain film ?…
Restaud
- Oui…
Rastignac
- Quel est le sujet ?
Restaud
- Secret industriel !...
Rastignac
- Ah ! Espionnage !
Restaud
- Eh oui !... Allez y, je vous écoute ! De la conviction surtout !... Du tempérament, de la flamme, de la fougue !...
Anastasie
- Chéri c’est toi ?
Rastignac
- Oui !
Anastasie
- Mais chéri, je ne t’attendais pas aussi tôt…
Rastignac
- J’ai pu sauter dans un TGV in extremis… Me voici à la maison deux heures plus tôt.
Anastasie
- Quelle surprise !
Rastignac
- On dirait pas…
Anastasie
- C’est que le placard est plein et que mon amant ne sait pas où se cacher…
Rastignac
- Mais enfin, chérie tu perds la raison !... C’est moi ton amant… Alors qui est dans ta chambre ?
Anastasie
- Ciel, mon mari !...
Restaud (qui applaudit à tout rompre)
- Merci beaucoup, monsieur…
Rastignac
- C’était comment ?
Anastasie (qui commence à vouloir vamper Rastignac)
- Très agréable…
Restaud
- Ca manquait un peu de conviction peut-être…
Rastignac
- Je peux recommencer si vous voulez…
Script / Scénar
- Non, non, non !...
Restaud
- Il est clair que vous avez une présence, une gueule… Ca compte ça… Pas vrai, chérie ?
Anastasie
- Oh oui… Monsieur ne tardera pas à sortir du placard…
Rastignac (qui rentre dans le manège d’Anastasie)
- Ce serait un plaisir immense de jouer à vos côtés…
Anastasie
- J’en serai flattée tout autant… Vous semblez avoir de belles qualités…
Rastignac
- C’est bien peu à côté des vôtres…
Restaud
- Vous avez un agent ?
Rastignac
- Euh non ! En fait, j’arrive sur Paris… Je ne connais personne… Enfin presque parce que ma tante, Sophie de Beauséant…
Restaud
- Vous êtes en famille avec Sophie de Beauséant de la Comédie française ?…
Rastignac
- Oui… mais ma mère et elle sont fâchées… Alors… Sinon, il y a ce monsieur qui habite dans le même immeuble que moi qui me donne des conseils… Un ancien comédien qui s’est retiré… Monsieur Goriot…
Restaud
- Comment avez-vous dit ?
Rastignac
- Goriot… G O R…
Restaud
- Je connais pas… Et ma femme non plus !... Alors, en réfléchissant, vous ne pourrez pas convenir…
Anastasie
- Oui, vous êtes trop…
Restaud
- Trop… Trop âgé… Vous ne serez pas crédible dans le rôle du mari…
Rastignac
- Ah ! Mais ?.....
Anastasie
- Au revoir, monsieur…
Restaud
- La sortie, c’est par là…
Rastignac
- Euh, bien, merci… Bonne chance pour votre film…
Restaud
- C’est pas un film d’abord… C’est une pub pour la SNCF… « Pour éviter de tomber sur le mari de votre maîtresse, prenez plutôt un train Corail ! »… Qu’est-ce que vous voulez ?... J’ai pas d’argent pour faire un film… Et puis de toute façon, plus personne ne veut de mes idées… Et si j’avais de l’argent et des idées, je ne ferais sûrement pas appel à vous… Vous êtes mauvais monsieur… Très mauvais… Pas vu quelqu’un d’aussi mauvais depuis Orlando Bloom…
Anastasie
- Et pas beau aussi !...

(Rastignac franchit la distance qui le ramène à la partie gauche de la scène)

Rastignac
- Mais qu’est-ce que j’ai dis ? Qu’est-ce que j’ai fait ? J’avais le contrat sous le nez… et j’ai tout foiré… Mais quel con ! Quel con !
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MessageSujet: Re: Pièce : Le PERP Goriot   Mar 1 Avr 2008 - 9:46

SCENE 3
(Script – Scénar – Goriot – Vautrin – Victorine – madame Couture – Putrefaction – Vauquer – Poiret – Simonneau – Rastignac)

Script
- Eugène Rastignac déambula toute la journée dans Paris.
Scénar
- Si bien qu’il arriva juste à temps pour le repas du soir…
Vauquer
- Vous avez failli être en retard monsieur Rastignac !
Goriot
- Alors, jeune homme ?
Rastignac
- Quel con ! Quel con ! Mais quel con !
Vautrin
- Elle se tait la grande asperge qu’on puisse bouffer…
Rastignac
- Où est la place du con ? Je veux dire… ma place ?
madame Couture
- Là… En bout de table, c’est la place du mort…
Rastignac
- Ah !... Vous savez pour mon malheur ?... (personne ne prête attention à sa remarque)
Putrefaction (qui entre)
- Attention ! Chaud devant !
Poiret
- C’est…
Simonneau
- Quoi ?
Putrefaction
- Ma spécialité… La brandade de chèvre au porto !
Rastignac
- En fait, je viens de me souvenir que j’étais invité ce soir…
Tous
- Moi aussi… Moi aussi…
Goriot
- Invité par qui, mon jeune ami ?…
Rastignac
- Personne… J’aime pas la brandade…
Goriot
- Vous m’aviez bien dit que vous aviez une parente sur Paris…
Rastignac
- Nos familles sont fâchées…
Goriot
- Allons, vous voulez réussir ?
Rastignac
- Oui, je veux, je veux !...
Goriot
- Alors, allez la voir !

SCENE 4
(Rastignac – la vigile – Sophie de Beauséant – Catherine de Langeais)

la vigile
- Vous voulez quoi ?
Rastignac
- Rencontrer madame de Beauséant… C’est une parente…
la vigile
- Une parente comment ?
Rastignac
- C’est ma tante !
la vigile
- Impossible… Vous êtes trop vieux pour être son neveu…
Rastignac
- Trop vieux ? Mais j’ai seulement 19 ans…
la vigile
- Et madame n’en a que 30… Bon, vous libérez le passage…
Rastignac
- Mais elle n’a pas 30 ans !... Attendez, ma mère est née en 1962… et Sophie a quatre ans de plus… Donc elle est de 58… Elle a…
la vigile
- Elle a 30 ans ! Je dis ce qu’on me dit de dire… Ok, alors, vous libérez gentiment le passage ! Vous gênez les livreurs d’Ikéa…
Beauséant
- Il y a un problème, mademoiselle ?
la vigile
- Un malotru qui calcule votre âge…
Beauséant
- Quelle impolitesse !
Langeais
- Quel courage !... Faut s’accrocher pour les retenues !...
Beauséant
- Quoi ?
Langeais
- Rien…
la vigile
- Et il prétend en plus être votre neveu !...
Beauséant
- Qu’il est grossier !
Langeais
- Mais courageux… Révéler ainsi votre âge au monde…
Beauséant
- Bon, qu’est-ce qu’il a mon âge, Catherine ?
Langeais
- Rien… Il est juste… un peu…
Beauséant
- Un peu quoi ?
Langeais
- Rien…
Rastignac
- Mais enfin, tata, voyons… C’est moi ! Eugène ! Eugène !
Beauséant
- Eugène ?... Mais enfin, plus personne ne s’appelle Eugène de nos jours…
Rastignac
- C’est pour cela que tu ne peux plus douter que je sois bien ton neveu…
Beauséant
- C’est ce qu’on va voir… Quel est le prénom de votre mère ?
Rastignac
- Sidonie !
Beauséant
- Exact ! Quitte ou double ?
Rastignac
- Double !
Beauséant
- Quel est le prénom de votre sœur ?
Rastignac
- Sophie !
Beauséant
- Exact !... C’est le même prénom que moi en plus…
Rastignac
- Normal puisque c’est pas ma sœur en fait mais ta fille que tu as abandonnée pour venir faire carrière au cinéma… D’ailleurs, quand j’aurais réussi, j’écrirai un bouquin pour raconter tout ça !...
Beauséant
- Bon, laissez-le passer, Laïka…
Rastignac
- Laïka ?
Beauséant
- Prédestiné non pour une chienne de garde ?

SCENE 5
(Rastignac – Beauséant – Langeais)

Beauséant
- Mon neveu ! Déjà si grand !...
Langeais
- Sophie, vous êtes folle de laisser ce garçon entrer chez vous… Que va-t-on penser dans les rédactions de Voilà et Paris-Trash ?
Beauséant
- Je dirais que c’est mon nouvel amant… Il est pas beau, mon neveu ?
Langeais
- Si, bien sûr… Mais pour le rôle…
Beauséant
- Quoi le rôle ? Le producteur a été formel… C’est moi qui l’ai ce rôle ?
Langeais
- Mais…
Beauséant
- Oh, tu m’énerves avec tes « mais »… Au fait, Eugène, je te présente ma meilleure amie, Catherine de Langeais. Elle est ma régisseuse personnelle… Elle me maquille, elle m’habille, elle me déshabille, elle me fait couler mes douches…
Langeais
- C’est pour ça que certains m’appellent la doucheuse de Langeais…
Rastignac
- Ah !...
Beauséant
- Et qu’est-ce que tu es venu faire à Paris, Eugène ? Des études ?
Rastignac
- Non…
Beauséant
- Tu travailles dans la presse ?
Rastignac
- Non…
Beauséant
- Ne me dis pas que tu travailles à l’usine Eugène ? Ce serait stupéfiant !...
Rastignac
- Non, non…
Beauséant
- Mais alors, pourquoi es-tu à Paris ?
Rastignac
- Pour réussir !...
Beauséant
- Réussir dans quoi ?… Tu es comme tous les gens de notre famille… Tu ne sais rien faire…
Rastignac
- C’est pour ça que je veux être comédien… ou chanteur… ou auteur dramatique…
Beauséant
- Mais c’est pas possible…
Rastignac
- Ca je l’ai bien vu cette après-midi… J’ai été refusé à un casting avec Pierre de Restaud…
Langeais
- M’étonne pas, c’est un con…
Rastignac
- Attends, je te raconte !... Je joue une scène avec sa femme…
Langeais
- Anastasie de Restaud, c’est une conne…
Rastignac
- Tout se passe bien… Et au dernier moment, ça a foiré !... Tout d’un coup, ils m’ont plus voulu…
Beauséant
- Qu’est-ce que tu as fait ? Qu’est-ce que tu as dit ?
Rastignac
- D’abord, j’ai dit que j’étais ton neveu…
Beauséant
- Pas bon, ça ! Il peut plus me sentir depuis qu’il m’a fait tourner dans « Une femme sèche sous la pluie »… Il m’a appelée Beau cul pendant tout le tournage… Oui, Beauséant… Beaucul… Oh mais l’air de rien, il a du vocabulaire…
Rastignac
- Et après je lui ai parlé d’un vieux comédien de la pension où j’habite… Paul Goriot…
Beauséant
- Goriot ?!
Langeais
- Un con celui-là !...
Beauséant
- Mais enfin, Eugène, d’où débarques-tu ?
Rastignac
- De Montfousillon-les-Tartinettes… Tu connais ? C’est là que tu as grandi !...
Beauséant
- Mais enfin, Eugène, Paul Goriot, c’est le père d’Anastasie de Restaud !
Rastignac
- Son père ?
Langeais
- Et aussi de cette conne de Delphine de Nuncingen…
Rastignac
- Qui c’est ?
Langeais
- Une comédienne de second rang… Elle est mauvaise comme un cachou… Mais elle est mariée à Julien de Nuncingen…
Rastignac
- Le chroniqueur télé… Celui qui présente « Mon cinéma à moi chez toi » ?…
Beauséant
- C’est grâce aux cours de leur père que Delphine et Anastasie ont réussi… Et maintenant, elles ont honte de lui…
Rastignac
- Ca alors !
Beauséant
- Et toi, tu vas dire à Pierre de Restaud que tu connais son beau-père… Ce beau-père qui n’a plus pour survivre que son PERP, son plan épargne retraite populaire… Et qui est la honte de son nom…
Langeais
- Ca m’étonne qu’ils aient pas encore réussi à lui piquer ses derniers sous au vieux !...
Rastignac
- Pauvre homme !...
Beauséant
- Qu’est-ce que tu veux ? Réussir ou t’apitoyer sur un vieux bonhomme qui n’en a plus pour très longtemps à vivre et dont on ne verra même pas le nom et le visage pendant la nécrologie de la nuit des Césars ?…
Rastignac
- Je veux réussir ! Je veux être riche, célèbre et entouré de jolies filles…
Beauséant
- Ben, c’est pas en passant par des castings que tu y arriveras… D’abord tu es mauvais !..
Rastignac
- Mais !...
Beauséant
- Tu es mauvais !... Il suffit de te regarder… Tu te tiens mal, tu n’articules pas, tu bouges tout le temps… Mauvais !... Non, le seul moyen de réussir c’est…
Langeais
- D’avoir une maîtresse…
Rastignac
- Une maîtresse ? Qui ?
Beauséant
- Anastasie de Restaud…
Rastignac
- Elle voudra jamais de moi…
Beauséant
- Si elle te croise toujours sur son chemin, dans les fêtes, les réceptions… On connaît la fille… Il lui faut tous les beaux mâles… Elle ne résistera pas longtemps, crois-moi…
Rastignac
- Mais il me faudra de l’argent…
Beauséant
- Demandes-en à ta mère…
Rastignac
- Et toi ?
Beauséant
- Moi, je suis fauchée… Je viens de tourner une pub pour Canigou pour pouvoir payer la location de cet appartement… Non, écris à ta mère… Allez, va mon petit… On se retrouve à la cérémonie des Césars !... (Rastignac retourne vers la pension Vauquer)
Langeais
- Il est bien mignon, ce petit neveu… Ca t’a fait plaisir de le revoir ?
Beauséant
- Catherine, retiens bien ça ! Là où il y a Eugène, il y a pas de plaisir !... Jamais !
Langeais
- Ah, au fait, tu sais pour le rôle… le producteur a appelé… Finalement, tu ne feras pas l’aînée des filles Ingalls dans le remake de la petite maison dans la prairie…
Beauséant
- Et pourquoi ? A cause de mon âge sans doute ? C’est ça que tu essayes de me dire depuis tout à l’heure ?!...
Langeais
- Euh, non, non !... En fait, il y a un problème de budget… Ils peuvent pas trouver une prairie assez grande pour y caser a maison… Alors, euh, le projet est annulé !...
Beauséant
- Pas plus mal, j’arrivais pas à imaginer Depardieu jouant le rôle de mon père et Carole Bouquet ma mère… (pour elle-même) Non, non, non, c’était le rôle de ma vie… J’aurais été superbe avec des fleurs dans les cheveux…
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MessageSujet: Re: Pièce : Le PERP Goriot   Mar 1 Avr 2008 - 9:47

SCENE 6
(Rastignac – la vigile – Victorine)

Rastignac
- Ecrire… Il me faut écrire…
Victorine
- Vous voulez être romancier finalement…
Rastignac
- Non, il me faut de l’argent…
Victorine
- Alors, vous voulez écrire un livre qui va vous rapporter de l’argent…
Rastignac
- Non, non… Je vais demander de l’argent à ma mère…
Victorine
- Pauvre femme ! Vous avez dit hier à table qu’elle ne gagnait pas bien sa vie…
Rastignac
- Eh bien, j’ai un peu menti…
Victorine
- Qu’elle était malade…
Rastignac
- Et bien, elle va mieux… Je l’ai eue au téléphone ce matin… Elle a pris des antibiotiques…
Victorine
- Parce qu’elle a un téléphone ? Je croyais qu’elle était coupée du monde…
Rastignac
- Oh, c’est votre mère ou c’est la mienne ? Je la connais mieux que vous quand même !...
Victorine
- Ah bon, si vous le prenez comme ça !...
Rastignac
- Alors, voyons… Maman, j’ai besoin de sous… Vires-en sur mon compte… Ton fils… Eugène… Allez, hop, je ferme… Un timbre… (gag avec le timbre qu’il essaye de coller avec la langue… et qui reste sur la langue). Zou… la Poste… Et je fonce chez Anastasie de Restaud… (il se heurte à la vigile) Ben, qu’est-ce que vous faites là, vous ?
la vigile
- Madame de Beauséant m’a renvoyée… A cause de vous d’ailleurs… Heureusement, j’ai trouvé une place de vigile chez monsieur de Restaud…
Rastignac
- Il faut que je voie madame de Restaud
la vigile
- C’est qui pour vous ? Votre arrière grand-mère ?
Rastignac
- L’humour c’est pas une discipline imposée à l’école des vigiles ?…
la vigile
- Tu dégages !...
Rastignac
- Ok, ok !... (il retourne à la pension)
Victorine
- Courrier pour vous…
Rastignac
- Ma mère ! Déjà !... « On m’a coupé l’eau et le gaz ce matin… Peux pas t’envoyer d’argent… Maman… » Comment ça ? Elle peut pas ?... Je vais te lui répondre, moi… « Maman, tu n’aimes pas prendre de douche… De quoi te plains-tu ? Je te dis que j’ai besoin d’argent… Vires-en sur mon compte… Ton fils… Eugène… »
Victorine
- Vous êtes méchant avec votre pauvre mère…
Rastignac
- Elle n’avait qu’à payer ses factures… C’est vrai quoi… Elle fait rien de la journée… Elle est couchée dans son lit avec son goutte à goutte branché en permanence… Un timbre ! (il va pour le mettre à la bouche, se ravise…)… Allez, zou ! A la Poste !... Et chez Anastasie de Restaud !
la vigile
- Encore vous ?
Rastignac
- Je viens voir…
la vigile
- Madame de Restaud ?
Rastignac
- Tout juste !
la vigile
- Madame n’est pas là… Elle s’occupe de son association caritative…
Rastignac
- Parce qu’en plus, elle aide les pauvres… Brave femme ! Comment elle s’appelle son association ?
la vigile
- Mais enfin voyons, les Restaud du Cœur.
Rastignac
- Je peux lui laisser ma carte…
la vigile
- Si vous voulez…
Rastignac
- Voilà…
la vigile
- Mais c’est quoi ça ?
Rastignac
- C’est un nouveau concept de carte de visite que j’ai mis au point… Alors, vous voyez de ce côté-là, il y a mes coordonnées… Mon nom, mon adresse, mon numéro de portable Bouygues, mon numéro de portable Orange, mon numéro de portable SFR… Et l’autre côté, d’habitude, il reste blanc… Alors, moi, j’ai décoré… Alors, là vous avez la Tour Eiffel, le Sacré Cœur, l’Arc de Triomphe… Et pour que ce soit plus lisible, j’ai choisi un format plus grand… Bon, et maintenant que vous avez appris plein de choses, je peux entrer ?…
la vigile
- Non !
Rastignac
- Ok, ok… Mais je suis têtu ! Je reviendrai !... (il retourne à la pension)
Victorine
- Courrier !... Votre mère, je crois…
Rastignac
- Ah enfin ! « L’huissier sort de chez nous… Il nous a laissé juste le lit et la cuisinière… Peux pas t’envoyer d’argent… Maman… » Mais qu’est-ce que c’est que cette mauvaise volonté ?!... Répondre… « Vends la cuisinière… Tous feux gaz, bon état, four à pirolyse, à électrolyse, à catalyse et à dialyse… 60 euros… Et tu les vires sur mon compte chèques… Je vais quand même pas aller vendre des hamburgers chez McDo quand même !... Ton fils qui t’aime très fort mais qui en a marre de ta mauvaise volonté… Eugène… » Allez le timbre… Zut ! Plus de timbre ! Pas grave, on se débrouille !... Quelques coups de crayon… Et voilà ! Allez, zou à la Poste !... Elle est fermée ! En grève ! Ben voyons… Pourquoi se gêner ?... Ah, tiens, c’est pas elle qui pourrait être en grève !...
la vigile
- Madame de Restaud ne souhaite pas vous recevoir…
Rastignac
- Vous lui avez fait passer ma carte ?…
la vigile
- Oui… Elle a trouvé les photos très jolies…
Rastignac
- Et ?...
la vigile
- Elle m’a dit de vous renvoyer aussi longtemps que vous viendriez traîner ici…
Rastignac
- Ah !... C’est sans espoir alors…
la vigile
- Aucun…
Rastignac
- Ben alors, je sais ce que je vais faire…
la vigile
- Si vous comptez entrer en force, je vous signale que je suis ceinture noire de judo, de karaté et de plongée en apnée.
Rastignac
- Je ne m’y risquerais pas, j’ai une très mauvaise mutuelle… Non, voilà ce que je vais faire… Anastasie de Restaud ne me veut pas… Eh bien, je vais aller draguer sa sœur !...
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MessageSujet: Re: Pièce : Le PERP Goriot   Mar 1 Avr 2008 - 9:48

ACTE III

SCENE 1
(Scénar – Script – Vautrin – Rastignac)

Script
- Rastignac avait passé une longue nuit éprouvante…
Scénar
- Une nuit sans sommeil…
Script
- A 4 heures du mat’, il s’était relevé pour aller voir la télé…
Scénar
- Il y avait justement un documentaire sur l’élevage de la mouche de Patagonie…
Rastignac
- Passionnant ce documentaire… Je regrette pas de m’être levé…
Script
- Lorsque soudain…
Scénar
- Des pas se font entendre… J’ai dit : des pas se font entendre… Ah merci !... Le bruiteur c’est un descendant de Beethoven… Alors il est un peu… félé…
Rastignac
- Qu’est-ce que je me les casse à vouloir devenir riche ici, si je partais en Patagonie élever des mouches. Là-bas, c’est sûr, je ferai fortune et… Oh ! Je vais écrire à maman pour qu’elle m’envoie de l’argent pour le billet d’avion…
Vautrin
- Toujours à la recherche du pognon, mon gars ?
Rastignac
- Ah, monsieur Vautrin !... Vous aussi, vous ne dormez pas ?
Vautrin
- Je ne dors jamais… Je fais mes comptes…
Rastignac
- Ah ! Vous êtes dans les affaires…
Vautrin
- J’étais… Producteur… « La limace contre-attaque », « Le blouson noir qui n’aimait pas sa moto » c’était moi…
Rastignac
- Oh, je vois !...
Vautrin
- Non, vous voyez pas ! D’abord, personne n’a vu ces films !... Pourtant, c’était du vrai cinéma… Du cinéma d’auteur, avec du sentiment, de la vie, de la réflexion, de la sensibilité… Et je me suis fait poignarder dans le dos par mon associé, m’sieur Lagardère…
Rastignac
- Lagardère ? Jean-Luc Lagardère ?...
Vautrin
- Non. Lucien Lagardère… C’est une branche cadette de la famille… Bref, Lagardère, il m’a racheté ma société petits bouts par petits bouts sans que je vois rien venir… Alors, mon gars, tu dois savoir un truc… Au cinéma, faut bouffer pour ne pas être bouffé !
Rastignac
- Oh mais j’ai pas encore faim… Il est que 4 heures et quart…
Vautrin
- Dis, t’es sûr que ta mère elle t’a fini ?
Rastignac
- Oh, maman, c’est vrai ! Faut que je lui écrive…
Vautrin
- Oublie la ta mère !... Faut prendre la fraîche là où elle est… Ici !
Rastignac
- Où ça ?
Vautrin
- 1er étage, porte gauche
Rastignac
- Madame Couture ?
Vautrin
- Non, triple idiot ! Victorine Taillefer !...
Rastignac
- La casse-pieds qui s’occupe de mon courrier…
Vautrin
- « Glaces Taillefer, vous en mangerez même en hiver ! », ça te dit quelque chose ?!...
Rastignac
- Ben oui… C’est les glaces dont on fait la pub dans les cinémas… Même que c’est gonflant… T’as la pub à chaque fois et…
Vautrin
- Victorine, c’est la sœur de Michel Taillefer, le proprio des glaces Taillefer…
Rastignac
- Oh !
Vautrin
- Elle est pas plus jolie d’un seul coup la gazelle ?
Rastignac
- Mais pourquoi ? Comment ?...
Vautrin
- Peu importe !... Ecoute bien ! Imagine que ce frère richissime meure… Qui hérite ?
Rastignac
- Victorine ?
Vautrin
- Tout juste !
Rastignac
- Et il est malade Michel Taillefer ?
Vautrin
- Pas que je sache !...
Rastignac
- Ben alors, elle peut pas espérer hériter Victorine…
Vautrin
- Il peut toujours lui arriver un accident…
Rastignac
- Ca oui… mais les gens riches, ils sont bien protégés… Tiens, rien que les Restaud, on peut pas s’en approcher…
Vautrin
- Les accidents, ça se provoque !...

(Rastignac se lève, horrifié, ayant compris ce que voulait dire Vautrin… Il bat en retraite, poursuivi par Vautrin)

Vautrin
- Part à deux, compère !...

SCENE 2
(Anastasie – Delphine)

Anastasie
- Tu as pu venir ? Je craignais que tu ne puisses pas te libérer…
Delphine
- Rien ne pourrait m’empêcher de venir te voir car…
Anastasie / Delphine (chantant)
- Nous sommes deux sœurs jumelles… Nées sous le signe du Goriot… Mi fa sol la si ré… ré mi fa sol sol sol ré do… On n’est pas d’la Rochelle…Plus demoiselles, t’as pas d’pot. Mi fa sol la si ré… Ré mi fa sol sol sol ré do…
Anastasie
- Comment tu vas ?
Delphine
- Ben, ça va… Je viens de finir le dernier Lelouch
Anastasie
- C’est sûr, c’est le dernier cette fois ?
Delphine
- Dernier ? Premier ? Avec lui de toute façon… Et toi ?
Anastasie
- Je devrais faire un Spielberg aux States… ET 2 : le retour…
Delphine
- Oh oui… Je vois bien ça… Portable Vodaphone… maison !
Anastasie
- Mais j’ai pas donné mon accord… Pierre essaye de monter un film… Mais plus personne ne lui fait confiance… Alors, il cherche l’idée qu’on ne pourra pas lui refuser… Et pendant qu’il cherche, moi… je me trouve plein de beaux garçons sympas qui m’aident à meubler ma solitude…
Delphine
- T’es qu’une garce !
Anastasie
- Parce que tu fais mieux, toi ?
Delphine
- Non !...
Anastasie / Delphine
- Nous sommes deux sœurs jumelles nées sous le signe du Goriot… Mi fa sol la si ré… ré mi fa sol sol sol ré do…
Nos maris on les emmêle. Ils ont des cornes jusque dans le dos… Mi fa sol la si ré… Ré mi fa sol sol sol ré do…
Delphine
- Alors qu’est-ce qui marche comme films aujourd’hui ?... Les grandes adaptations de trucs historiques…
Anastasie
- Euh, c’est Pierre de Restaud qui doit faire le film… J’ai pas épousé Luc Besson…
Delphine
- Ben justement, il faut faire un film comme Taxi… Un truc pour les ados… C’est eux qui vont au ciné !
Anastasie
- Non, mais tu me vois dire des dialogues comme « eh l’ot bouffon, ta race de ta mère dans la cage à poules »… Là, la Comédie française, je peux faire une croix dessus… Et puis t’imagines papa… Il pourrait pas me faire répéter mes textes.
Delphine
- J’ai trouvé ! Faut qu’il fasse un film avec des chansons… Des chansons bien nunuches mais chantées par des enfants… Ca passerait, ça !
Anastasie
- Oh oui !... Mais ça va se voir qu’on veut refaire le coup des Choristes…
Delphine
- Non, non… Regarde… Un pensionnat pour jeunes filles… Une nouvelle prof qui arrive…
Anastasie
- Une prof de quoi ?
Delphine
- Je sais pas, moi… Ca a pas d’importance… D’anglais ou de latin ?... Et elle propose de nouvelles façons d’enseigner qui lui attirent l’hostilité de ses collègues… Ca a aussi un côté « Cercle des poètes disparus »
Anastasie
- T’es géniale, Delphine… Je vais dire ça à Pierre… Il va être fou de joie, il va se chercher un musicien pour travailler sur la musique… Et pendant qu’il va bosser, à moi les jeunes comédiens !... On se revoie aux Césars ?
Delphine
- Bien sûr… Tu sais que tu vas l’avoir, le César…
Anastasie
- Tu crois ?
Delphine
- Tu sais bien que Julien ne se trompe jamais… C’est lui qui oriente les votes… Là, cette année, c’est clair… Tu vas l’avoir la mocheté… Sur ta cheminée…
Anastasie
- Et chez les hommes ?
Delphine
- Arnaud Jouve… Là, y a pas photo… C’est le meilleur !
Anastasie
- Hum… C’est bon la gloire !...
Delphine
- Parle pour toi… Moi je décolle pas car…
Anastasie / Delphine
- Nous sommes deux sœurs jumelles… Nées sous le signe du Goriot… Mi fa sol la si ré… ré mi fa sol sol sol ré do… Mais si on est très belles…Y en a une qui a jamais d’pot. Mi fa sol la si ré… Ré mi fa sol sol sol ré do…

(Elles s’embrassent, s’éloignent)

Delphine (revenant vers sa sœur)
- Au fait !... Pourquoi tu voulais me voir ?
Anastasie
- Ah oui ! Selon des informations sûres, mais confidentielles, il y aurait un type du nom d’Eugène Rastignac qui aurait décidé de coucher avec toi…
Delphine
- Rastignac ?! Je connais pas… Il est comment ?
Anastasie
- Pas mal !... Mais bon, il a une tare… Il connaît papa !...
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MessageSujet: Re: Pièce : Le PERP Goriot   Mar 1 Avr 2008 - 9:50

SCENE 3
(Catherine de Langeais – Goriot – Rastignac)

Rastignac
- Non, non, non et non… Je ferai pas ça !... Je vais pas faire tuer un homme pour réussir… Je veux être riche, ok… Avoir les plus jeunes femmes dans mon lit, ok… Etre plus connu que Tom Cruise et Nicole Kidman réunis, ok… Mais pas comme ça… Non, non et non… Pas comme ça… Quoi que… C’est quoi un homme de plus ou de moins sur cette planète ? Un riche en plus… Son argent, il le garde pour lui… Moi je sais que je donnerais à la Croix Rouge, à l’UNICEF, à Médecins du Monde, à Médecins sans Frontières, à Médecins sans clients… Son fric finalement, il serait mieux entre mes mains qu’entre les siennes… C’est vrai quoi ! Quel salaud ce mec ! Quel égoïste ! Il pense même pas aux gens qui souffrent dans le monde !...
Goriot
- Eugène, il y a une dame qui est venue pour te voir…
Rastignac
- Une dame ? Quel genre de dame ?
Goriot
- Oh pas une jolie femme comme mes filles… Tu sais qu’elles sont bien mes filles… Elles ont du talent aussi… Alors, forcément, la dame qui vient, elle est moins bien qu’elles… Et puis, elle est plus âgée aussi… Bon, bien sûr, pas comme moi, mais elle s’en approche de plus en plus… Et elle a un lifting qui se voit…
Rastignac
- Son nom, monsieur Goriot ! Son nom !
Goriot
- Mais je ne sais pas son nom moi… C’est une femme qui ressemble à personne que je connais… Elle a le nez de Marlène Dietrich, la bouche de Michelle Morgan, le menton de Romy Schneider et les fesses de Laetitia Casta…
Rastignac
- Faites la entrer…
Langeais
- Ah Eugène, bonjour !... J’ai pas beaucoup de temps pour vous parler… Je suis venue sans que votre tante le sache… Quelle conne, celle-là ! Avoir un si gentil neveu et ne pas lever le moindre petit doigt pour lui… Mais moi je suis là… Je me suis débrouillée pour que vous soyez à la cérémonie des Césars…
Rastignac
- Moi, mais je…
Langeais
- Laissez-moi finir… Vous serez installé dans la salle à côté de Delphine de Nuncingen… Bon, c’est au 18è rang mais c’est pas grave, les caméras y vont parfois…
Rastignac
- C’est sympa mais…
Langeais
- Et, en plus, vous remettrez le César du meilleur acteur en compagnie de ?… de ?...
Rastignac
- De ?... Je sais pas moi… Nicolas Sarkozy ?
Langeais
- Qu’il est con, lui ! Non, Sarkozy il l’a déjà eu l’année dernière…
Rastignac
- Je vais passer à la télé… C’est chouette !... Maman, elle va pouvoir me voir… Ah ben non, il lui ont coupé l’électricité et saisi la télé… Bah, pas grave, je lui enverrai la cassette !...
Goriot
- Mon petit, je serai très heureux si vous et Delphine vous pouviez… vous me comprenez…
Rastignac
- Vous voulez dire « coucher ensemble » ?…
Goriot
- Oui, peut-être aussi… Non, je voulais dire… faire un film ensemble… Mais bon, ce Julien de Nuncingen est…
Langeais
- Un con !...
Goriot
- Pourri jusqu’à la moelle aussi… Alors…

SCENE 4
(Victorine – madame Couture)

Victorine
- Je te dis que c’était sa voix !
madame Couture
- Enfin, Victorine, tu dois voir la vérité en face ! Ce garçon ne t’aime pas, il ne t’aimera jamais. Tout le monde sait comment il traite sa mère…
Victorine
- Parce que vous y avez tous cru à ces lettres de madame Rastignac ?!... Des lettres qui arrivent en province et qui reviennent à Paris en moins de 24 heures…
madame Couture
- Il y a Chronopost quand même…
Victorine
- C’est moi qui ai répondu à chaque fois… La seule lettre de madame Rastignac, c’est moi qui l’ai.
Madame Couture
- Petite vicieuse !... Mais pourquoi as-tu fait cela ?
Victorine
- Mais parce que je l’aime ! S’il n’a pas d’argent, il devra cesser de courir après toutes ces stars… Et il finira bien par voir qu’il y a pas loin de lui un petit cœur qui saigne en l’attendant.

SCENE 5
(Script – Scénar – Victorine – madame Couture – Poiret – Simonneau – Goriot – Lucette Chon - Vauquer)

Script
- A la fin de la semaine, en clair sur Canal+, il y avait la nuit des Césars…
Scénar
- Petite précision à ce propos… En dépit des demandes répétées de Christophe Lambert, cette cérémonie n’a pas été débaptisée cette année pour s’appeler la nuit des Vercingétorix…
Poiret
- Maintenant, on se tait…
Simonneau
- Ca commence !...
Script
- La trentième nuit des Césars sera présidée cette année par la doyenne des comédiennes françaises, Lucette Chon…

(Pendant qu’elle entre à très petit pas…)

Scénar
- Lucette Chon a commencé au cinéma en tournant avec Georges Méliès dans « Le voyage dans la Lune »… Elle a été de la distribution du premier film parlant français « La jolie pépé de l’escadron ». A partir de juin 40, on la voit beaucoup avec l’oberführer Ludwig Von Schaffer, qu’elle quitte en juin 1944 pour les bras du capitaine de blindés John McCane. Elle a tourné plus de 200 films, portant à son sommet le rôle de la grand-mère acariâtre et réactionnaire. Elle sera prochainement à l’affiche de « Mémé aime bien les nudistes », une comédie romantique mise en scène par son arrière petite-fille Martine Coral.
Lucette Chon (arrivée au pupitre)
- Je déclare la 30è nuit des… des…
Tous (à la pension)
- Césars…
Lucette Chon
- Des Césars ou… ou…
Tous (à la pension)
- Verte…
Lucette
- Ou… ouh là là… Ca va pas fort (et elle s’effondre… bond des téléspectateurs de la pension… Script et Scénar se précipitent, font signe qu’il n’y a plus rien à faire…)
Script
- Bon, qu’est-ce qu’on fait là ?
Scénar
- Show must go on…
Script
- Qui c’est qui va la présider la cérémonie ? On va quand même pas demander à Denisot de faire ça… On a vu ce que ça a donné quand il a présidé le PSG ou Canal…
Scénar
- Ecoute… J’ai une liste des comédiens français, là… On va voir s’il y en a qui sont libres…
Script
- Mais des comédiens, il y en a plein la salle…
Scénar
- Justement… S’ils sont dans la salle, c’est qu’ils sont pas libres !...
Script
- Ouais… T’as raison… Alors vas-y voir
Scénar
- Jean Lefébvre ?
Script
- Il est mort !
Scénar
- Marlon Brando
Script
- Il est mort et puis il était pas français
Scénar
- Ah bon ?... Lucette Chon ?
Script
- Elle est là !...
Scénar
- Ah oui, c’est vrai !... Enfin, la bonne nouvelle, c’est que « Ma mémé aime les nudistes » ça va sûrement pas se faire comme film… Ca y est, j’y suis !... Alain Delon !
Script
- Il est mort !... Euh, non… mais bon, c’est tout comme…
Scénar
- Pfff… Mais ils sont tous morts… Jules Goriot, tu connais ?
Script
- Non !...
Scénar
- J’appelle… Ne quittez pas l’écoute, show must go on on vous dit…
Script
- En attendant, nous vous proposons un documentaire sur la pêche à l’asticot au Kenya.
Scénar (l’oreille collée au téléphone)
- Ah ?! Ca se passe comment la pêche à l’asticot au Kenya…
Script
- C’est très simple… Tu accroches un poisson au bout d’une canne à pêche, tu lances la ligne et tu attends que les asticots viennent bouffer le poisson…
Scénar
- Ca répond pas !...
Script
- Attends, j’ai une idée… (Script et Scénar prennent une chaise et installent dessus Lucette Chon)
Scénar
- The show must go on… Non mais !
Vauquer (qui entre à la pension)
- Oui, alors, je voudrais un conseil, monsieur Gaillard… A vos avis, les actions « Crème glacées Taillefer », elles vont monter ?... Oui parce que je suis en affaire avec mademoiselle Taillefer, la sœur de Michel Taillefer et… Oui, ça va monter !... (et elle ressort)
Poiret
- Bon, quand c’est qu’ils remettent les Césars ?
Simonneau
- Y en a marre des asticots… Ca me rappelle la « brandade de chèvre au Porto » !
Tous
- Ah !
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MessageSujet: Re: Pièce : Le PERP Goriot   Mar 1 Avr 2008 - 9:51

SCENE 6
(Script – Scénar – Victorine – madame Couture – Poiret – Simonneau – Goriot – Lucette Chon - Rastignac – Delphine de Nuncingen – Anastasie de Respaud)

[dans la salle]
Rastignac (qui arrive en retard)
- Désolé, je suis en retard…
Delphine
- Mon pied ! Vous pouvez pas faire attention !
Rastignac
- Pardon, je suis désolé
[sur scène]
Scénar
- Pour remettre le césar du meilleur acteur, j’appelle la belle
Script
- La ravissante
Scénar
- L’éblouissante (elles mettent des lunettes de soleil)
Script
- Anastasie de Restaud…
Anastasie (qui entre)
- Bonsoir… Au cinéma, il n’y a que de beaux mecs… Brad Pitt, Matt Damon, Tom Cruise, Josh Hartnett… Mais est-ce qu’il y a un seul bon acteur ?... Moi je crois que oui… D’ailleurs, j’ai un nom à vous donner… Celui qui est dans cette enveloppe !...
Scénar
- Les cinq nominés pour le césar du meilleur acteur sont :
Script
- Daniel Auteuil pour « le Retour de Galinette »
Scénar
- Gérard Depardieu pour « Le dernier film bien que j’ai fait c’était il y a dix ans »
Script
- Vincent Cassel pour « Monica, mon amour »
Scénar
- Igor Kjunivitchevskinovitch…
Script
- Qui ça ?...
Scénar
- C’est un Ukrainien qui a tourné dans un film français… Donc automatiquement, il devient un acteur français…
Script
- Ah ok… Moi, je roule en Honda… Donc je suis japonaise…
Scénar
- En quelque sorte… Donc Igor Kjunivitchevskinovitch pour « Un matin en Provence »
Script
- Et Arnaud Jouve pour « Center »…
Anastasie
- Et le gagnant est… Oh là là, je sais pas si je vais arriver à le dire…
Goriot
- Allez, vous allez voir que c’est Igor Kjunivitchevskinovitch qui l’a… Mais t’en fais pas, ma chérie, tu vas réussir à le dire son nom…. Souffle et tu décomposes… Igor Kju ni vitch ev ski no vitch…
Anastasie
- Arnaud Jouve pour « Center »
Script
- Il est pas là !
Scénar
- Oui, Arnaud Jouve tourne actuellement un nouveau film « Classe prépa »… S’il n’y a personne pour prendre ce prix, je lui remettrai en mains propres quand on se verra…
Script
- Donc, sans transition, nous passons à la remise du César de la meilleure actrice… J’appelle Delphine de Nuncingen…
Scénar
- Et Eugène Rastignac !...
Victorine
- Oh, c’est lui !... (elle se précipite vers l’écran)
Goriot
- Oh, c’est elle !

(Eugène et Delphine quittent leur place, chacun par un côté et ne se font vraiment face que sur la scène.)

Delphine
- Quoi c’est lui, Rastignac ?! Attendez, non, y a une erreur là… C’est la quatrième pièce de suite où je dois être amoureuse de lui, y a un problème là !... Y a une erreur de casting ou un acharnement, je sais pas mais… (Script se précipite vers Delphine et lui met dans la main un gros paquet de billets)… Ok, on y va !
Rastignac
- Bonsoir !
Delphine
- Bonsoir !
Rastignac
- Vous êtes ravissante, Delphine…
Delphine
- Vous savez que vous n’êtes vraiment pas mal…
Rastignac
- Vous faites quoi après la cérémonie ?
Delphine
- Dîner au Fouquet’s évidemment… On pourrait sortir ensemble ensuite…
Rastignac
- Pourquoi attendre ? On pourrait y aller tout de suite…
Delphine
- Ok, ça me va… Bon alors, la meilleure actrice c’est Anastasie de Restaud… C’est normal, c’est ma sœur… Je lui laisse venir chercher l’enveloppe et sa compression de César… Moi j’ai des trucs plus importants à faire… Bye comme dit Nathalie !...
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MessageSujet: Re: Pièce : Le PERP Goriot   Mar 1 Avr 2008 - 9:52

ACTE IV

SCENE 1
(Scénar – Script – Delphine – Anastasie – Restaud)

Scénar
- Jamais on n’a vu un film se monter aussi vite…
Script
- En deux mois, on a bouclé le scénario, la musique, le casting… On a trouvé les décors, une chorégraphe…
Scénar
- Faut dire que depuis les Césars, on ne parle plus que de la liaison entre Delphine de Nuncingen et le beau mais mystérieux Eugène Rastignac.
Script
- On lui a même trouvé un rôle dans « Les pensionnaires »… C’est le titre, provisoire, du film…
Scénar
- Et ce matin, c’est la première journée de tournage…
Anastasie
- Bonjour, ma chérie, tu vas bien ?
Delphine
- Impec ! J’ai fait une heure de gym en venant…
Anastasie
- Tu fais de la gym ?
Delphine
- Il faut bien se préparer pour le film… Je dois être en forme… C’est mon premier grand rôle…
Anastasie
- Euh, c’est pas un grand rôle… C’est un second rôle… La vedette, c’est moi !
Delphine
- Je croyais qu’il devait y avoir nos deux noms sur l’affiche…
Anastasie
- C’est pas possible, il paraît… Delphine de Nucingen – Anastasie de Restaud, c’est trop long !... Alors, les producteurs, ils ont pris le nom le plus connu…
Delphine
- Nous sommes deux sœurs jumelles… Nées sous le signe du Goriot… Ben, tu chantes plus ?…
Anastasie
- Pas envie !... Il est pas là ton beau débile ?
Delphine
- Eugène ?... Non, non, il est encore à la pension… C’est ça qui te met de mauvais poil contre moi ? Que j’ai un mec à moi ?
Anastasie
- Moi, mais alors pas du tout !... Tu fais ta vie… Ca ne m’intéresse pas du tout…
Delphine
- Mais il ne se passe rien avec lui…
Anastasie
- Comment ? T’as pas couché avec lui ?... Raconte… C’est vrai, tu me dis plus rien…
Delphine
- J’en fais ce que je veux… Il attend d’entrer dans mon lit, mais c’est pas demain la veille… Je suis surtout contente parce que ça fait enrager mon mari… Il va demander le divorce c’est sûr !... Et mes cachets ne serviront plus à payer ses dettes au Casino…
Anastasie
- Ton mari joue au casino ?!…
Delphine
- Non, il vole dans les rayons…
Restaud
- C’est pas possible ! C’est pas possible !...
Anastasie
- Qu’est-ce qui se passe ?
Restaud
- C’est de sa faute !...
Delphine
- Qu’est-ce qui est de ma faute ?...
Restaud
- La COFIRAMEC nous lâche…
Anastasie
- C’est quoi la COFIRAMEC ?
Restaud
- La Compagnie Financière des Rameurs Ecologistes…
Anastasie
- Et qu’est-ce qu’ils viennent faire dans ce film les Rameurs Ecologistes ?
Restaud
- Ils apportent 5 % du budget du film… Et sans ces 5 %, il y a plus de film !...
Delphine
- Mais qu’est-ce que j’ai à voir là-dedans, moi ?
Restaud
- C’est ton mari qui les a convaincus de retirer leurs billes ! A cause de ton aventure avec ce Postignac…
Delphine
- Rastignac !...
Restaud
- Comme tu veux… Alors moi je croyais que Veni, Vidi, Vichy… Ben non…
Delphine
- Veni, Vidi, Vi quoi ?
Anastasie
- Vichy !... Il s’est mis au latin pour écrire le scénar du film… Maintenant, il emploie des maximes latines à tout bout de champ…
Restaud
- Mon film ! Mon pauvre film !... Si petit encore !... Il a même pas eu le temps de naître… C’est un crime, je vous dis… On est remonté Ab Ovo…
Delphine
- A Beauvau ? Au ministère de l’Intérieur ?
Restaud
- Mais non ! Elle est vraiment bête ta sœur ou elle fait ça pour m’emmerder ?... C’est du latin… Ab Ovo, ça veut dire jusqu’à l’œuf… Jusqu’à l’origine, quoi…
Anastasie
- C’est vrai quoi ? Tu le fais exprès…
Restaud
- Elle a qu’à trouver une solution elle pour que le film se fasse…
Delphine
- Une solution ?... Mais y a pas de solution… A moins que ?…
Anastasie / Delphine
- Le PERP de papa !
Restaud
- Oui… Oh, je suis très fort…
Anastasie
- Tu es le meilleur mon chéri…
Restaud
- De minimis non curat praetor…
Anastasie
- Si tu le dis !...
Restaud
- Ca veut dire « Le préteur ne s’occupe pas des petites affaires »… Alors, il faut qu’il nous prête !... Et le reste, c’est nos affaires !
Anastasie
- Oh, mais il ne nous prêtera pas !...
Delphine
- Il nous donnera !
Anastasie / Delphine
- Nous sommes deux sœurs jumelles… Nées sous le signe du Goriot… Mi fa sol la si ré… ré mi fa sol sol sol ré do…
Le vieux à la poubelle…On aura le fric et sa peau. Mi fa sol la si ré… Ré mi fa sol sol sol ré do…

SCENE 2
(Vautrin – Rastignac – Victorine)

Victorine
- Il faut vous dépêcher, Eugène… Vous allez rater le premier jour de tournage…
Rastignac
- Mais je serai à l’heure, ne vous tourmentez pas, Victorine…
Victorine
- C’est ce qu’on dit… Et puis, paf, on se retrouve pris dans un bouchon sur le périphérique, un accident, une manifestation de la Confédération fromagère de Joseph Baudé… Et c’est fini !... On est viré !... Bougez pas, je vais vous chercher votre écharpe, vous l’avez encore oubliée…
Vautrin
- Alors, Eugène ? Elle est pas mimi la ptite Victorine ?
Rastignac
- Elle s’occupe beaucoup de moi mais…
Vautrin
- 17 500 000 d’euros elle pèse selon les cours de la Bourse d’hier…
Rastignac
- Et alors ?
Vautrin
- Il suffit d’un petit couic !
Rastignac
- Non ! J’ai dit non !
Vautrin
- Votre cœur disait non mais vos yeux disaient oui… La blondasse, je suis sûr qu’elle vous donne pas ça… (Rastignac secoue la tête)… J’en étais sûr… Plus c’est riche, moins ça les lâche… Tandis que Victorine, elle vous passera toutes vos envies… Et rien ne vous empêche de garder la blondasse quand même…
Victorine
- Et voilà ! Une jolie écharpe que je vous ai tricoté avec amour et des aiguilles de 12… Attendez, je vous la mets (elle l’étouffe presque, en profite pour le serrer contre elle)… Et voilà ! Avec mon écharpe, vous êtes tout beau !...
Rastignac (vers Vautrin)
- J’en suis pas aussi sûr que ça !
Vautrin
- 17 millions d’euros et des poussières…
Rastignac (vers Victorine)
- Vous avez raison… Elle est très jolie, cette écharpe !... Mille mercis, Victorine… Je suis un peu préoccupé par ce tournage… Mon texte à apprendre et tout et tout… Et je n’ai pas pu vous dire à quel point je vous trouvais gentille…
Victorine (rosissant)
- Oh, Eugène !
Rastignac
- Non, c’est vrai… Vous êtes jolie…
Victorine (rosissant)
- Oh Eugène !
Rastignac
- Et puis vous avez un goût très sûr pour tout ce qui est vestimentaire…
Victorine (rosissant)
- Oh Eugène !...
Rastignac
- Ca vous dirait qu’on sorte un soir tous les deux
Victorine
- Oh Eugène !... (Et elle lui saute sur les genoux et l’embrasse)
Vautrin (qui se frotte les mains)
- Les affaires reprennent… Alors, 5 millions d’euros plus 250 000 euros plus 78 500 euros, ça fait… Ca fait bien assez !

(Rastignac réussit à échapper son visage de l’étreinte de Victorine… Vautrin lui fait alors signe avec la main qu’il va pouvoir égorger quelqu’un… A ce moment-là, Rastignac se lève brusquement et Victorine tombe)

Rastignac
- Je vais être en retard… (il déroule la grande écharpe et la jette sur la table)… On se revoit un de ces jours, d’accord ?… La semaine prochaine… Non, le mois prochain… (il sort et Victorine s’effondre en larmes).
Victorine
- Mais pourquoi il ne m’aime pas ? Pourquoi il ne veut pas m’aimer ? Pourquoi il préfère l’autre-là ?
Vautrin
- Les hommes préfèrent les blondes, c’est connu !
Victorine
- Monsieur Vautrin, vous qui connaissez le monde et la vie, qu’est-ce que je dois faire ?
Vautrin
- Demain matin, au petit déjeuner, versez quelques gouttes de ce liquide dans le bol d’Eugène…
Victorine
- C’est quoi ? Du poison ?!
Vautrin
- Mais non, ptite caille ! C’est pas du poison, c’est un filtre d’amour…
Victorine
- Un aphrodisiaque ?
Vautrin
- Non, un filtre d’amour… Je le fais venir directement d’un sex-shop d’Amsterdam… C’est eux qui fournissent la famille Bush…
Victorine
- Ah !?
Vautrin
- Parce que vous pensiez qu’une femme dans son état normal pouvait aimer W ?... Quelques gouttes, vous vous en souviendrez ?
Victorine
- Oui…
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MessageSujet: Re: Pièce : Le PERP Goriot   Mar 1 Avr 2008 - 9:52

SCENE 3
(Anastasie – Rastignac)

Anastasie
- Ah, c’est maintenant que vous arrivez !
Rastignac
- Il y avait des embouteillages sur le périf… Delphine est pas là ?
Anastasie
- Elle est au maquillage pour tourner sa première scène… Dites, vous connaissez bien Jules Goriot, je crois ?
Rastignac
- Ben vous aussi puisque c’est votre père…
Anastasie
- Chut, mais chut… Faut pas dire ces choses-là !...
Rastignac
- Vous lui voulez quoi à monsieur Goriot ?
Anastasie
- A lui rien… Mais vous, qui êtes assez intime avec lui, vous ne sauriez pas par hasard combien il a d’argent sur son PERP ?
Rastignac
- Non mais j’y crois pas !... Elle veut taxer ses économies à un petit vieux !... Elle en veut au PERP de Goriot… son propre père…
Anastasie
- Chut ! Mais chut !... Faut pas dire ces choses-là !...
Rastignac
- Et qu’est-ce que vous comptez en faire de cet argent ? Prendre des cours de comédie ?... Parce que j’ai bien compris votre petit manège… Vous êtes incapable de jouer une scène toute seule… C’est votre père qui enregistre votre texte sur un petit magnétophone et vous vous avez seulement à imiter les intonations qu’il a choisies…
Anastasie
- Chut, mais chut !... Fau pas dire ces choses-là !... Sinon le film ne se fera pas !
Rastignac
- Le film ne se fera pas ?
Anastasie
- Non !... Y a les rameurs écolo qui ont fait je sais plus quoi, je sais plus comment… Et y a plus assez de sous !... (changeant de registre) Pauvre Delphine !... Elle l’aura pas son nom en haut de l’affiche…
Rastignac
- Je vais vous faire un chèque !
Anastasie
- Vous ? Ah, ah, ah, ah ! Mais vous êtes fauché !
Rastignac
- Je trouverai l’argent ! N’embêtez pas monsieur Goriot avec ça !... Combien il faut ? 20000 euros ?.... Plus que ça ? 100000 euros ?.... Plus ? 499999 euros ?.... Plus ? Pas 1 million d’euros quand même ?... Pfff… Allez, ça marche !...

SCENE 4
(Rastignac – Anastasie – Delphine)

Delphine
- Anastasie ! Ecoute, on te cherche partout… Y a ton mari qui commence à péter les plombs… Il vient de coller une baffe à un électricien…
Anastasie
- Et toi y a ton faux-amant qui va nous sortir de la merde... Alors, ma vieille, faut que tu sois très gentille avec lui…
Rastignac (à part, remplissant un gros chèque)
- Il faut que j’épouse Victorine ! Il faut que j’épouse Victorine !
Delphine
- Qu’est-ce qu’il y a encore avec Eugène ?
Anastasie
- Il est en train de nous faire un chèque de…1 million d’euros…
Delphine
- C’est pas vrai !… Mais d’où il sort ce fric ?
Anastasie
- Je sais pas…
Rastignac (à part)
- Il faut que j’épouse Victorine ! Il faut que j’épouse Victorine !...
Anastasie
- T’as qu’à lui faire ton grand numéro… Comme dans « Clair matin »
Delphine
- Mais s’il a vu le film ?
Anastasie
- Attends, ton film, il a fait 10 000 entrées en France… Alors, ça m’étonnerait qu’il ait pu le voir à Ploucville !...
Rastignac (à part)
- Il faut que j’épouse Victorine ! Il faut que j’épouse Victorine !...

SCENE 5
(Delphine – Rastignac)

Delphine
- Alors, mon amour, te voilà ! C’est bien toi que je devine dans cet halo blafard qui ressemble au bonheur !...
Rastignac
- Tiens, Delphine, voilà le chèque de 1 million d’euros…
Delphine (qui ne prend pas le chèque)
- Tes cheveux sont si beaux, ta bouche si experte… Je vivais dans le brouillard mais tes yeux sont devenus pour moi un phare qui brûle mon horizon…
Rastignac
- C’est gentil ce que tu dis… Mais tu le veux pas le chèque.
Delphine
- Prenons le large, veux-tu ? Conduis-moi vers d’autres lieux que ceux où le monde nous regarde… Faisons ensemble le chemin où tremblent les carillons et fleurissent les gentianes…
Rastignac
- Mais on peut pas partir en voyage, Delphine… On a un film à faire… Après oui, si tu veux…
Delphine
- Je serais tienne, je serais chienne… Aime-moi comme Marc Antoine aima Cléopâtre… Jusqu’au dernier souffle et même au-delà…
Rastignac
- Oh oui, ma Delphine !... On va s’aimer… Sur une étoile ou sur un oreiller… Au fond d’un train ou dans un vieux grenier… Oui, c’est ça ce qu’on va faire… Je vais louer un vieux grenier, un truc tout modeste où on abritera notre amour…
Delphine
- On coupera le téléphone car on ne l’aura pas… On coupera l’eau car on s’abreuvera l’un à l’autre… On coupera cette scène au montage, elle est trop nulle !...
Rastignac
- Prend le chèque, c’est la preuve de mon amour pour toi…
Delphine (qui sort du rôle)
- Ton amour pour moi ?... Ah oui, c’est vrai !... On disait quoi au juste ?
Rastignac
- Qu’on allait se chercher un bel appartement sous les toits de Paris, ma chérie… Un petit nid rien qu’à nous… Finies les chambres d’hôtel de luxe où tout le monde sait qu’on est là et où finalement on ne fait rien à part jouer au Scrabble… Ah, au fait, j’ai vérifié, « zip » c’est bon !
Delphine
- « Zip », c’est bon ?
Rastignac
- Eh oui ! C’est dans l’officiel du Scrabble…
Delphine
- Ah ?! (elle prend le chèque) Au fait, tu sais que le plan de tournage a été modifié… Finalement, tu ne joues pas aujourd’hui…
Rastignac
- C’est pas grave… Je vais t’attendre…
Delphine
- Non, non, ne m’attends pas !... Tiens, tu sais ce que tu vas faire… Tu vas aller faire les agences immobilières pour trouver ce fabuleux appart dont tu… dont on rêve…
Rastignac
- A plus tard mon amour !...
Delphine
- Oui, c’est ça… C’est ça ! (Elle lui fait signe en agitant le chèque)
Rastignac (en partant)
- Il faut que j’épouse Victorine ! Il faut que j’épouse Victorine !
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MessageSujet: Re: Pièce : Le PERP Goriot   Mar 1 Avr 2008 - 9:53

SCENE 6
(Delphine – Sophie de Beauséant)

Delphine
- Hummmmm… Je sens que ce rôle va faire décoller ma carrière (elle embrasse le chèque) ! L’année prochaine, le César il est pour moi… Je tiens à remercier le metteur en scène, mes partenaires, ma costumière, ma maquilleuse et la directrice du casting qui pour une fois m’a donné un vrai rôle de salope !...
Beauséant
- Delphine !
Delphine
- Sophie ?! Sophie de Beauséant ? Mais que ?...
Beauséant
- Je suis venue voir Pierre de Restaud… Est-ce qu’il n’aurait pas un rôle pour moi dans son nouveau film ?
Delphine
- Un rôle ?... Je ne pense pas… Le casting est bouclé de toute façon…
Beauséant
- Mais je peux tout jouer, vous savez… Une collègue d’Anastasie… Une surveillante… Même une jeune pensionnaire…
Delphine
- Sophie, vous n’y pensez pas !... Vous êtes…
Beauséant
- Je suis quoi ?... Trop vieille, c’est ça ?… Mais vous n’y êtes pas du tout, ma petite ! Je devais jouer la fille aînée des Ingalls dans la « Petite maison dans la prairie », moi… Alors, une pensionnaire dans une institution pour jeunes filles, je ne vois pas où est le problème… J’aurais préparé le rôle c’est tout… Avec beaucoup de travail, comme je sais le faire… Avec un petit séjour à la clinique du professeur Chotard… Il a un tarif spécial rides-fesses-lèvres… Même les plus grands plasticiens ne peuvent pas s’aligner question rapport qualité-prix. Je vous laisserai sa carte…
Delphine
- Je n’en ai pas besoin…
Beauséant
- Pas encore ! Mais croyez-moi, ça arrive vite… On batifole, on fait la folle… Et pof, y a des petites rides qui débarquent là, là et là… Y a des mauvaises graisses qui s’installent là, là et là…
Delphine
- Je n’en ai pas besoin, je vous dis…
Beauséant
- Pour garder un bel homme comme Eugène, il faudra savoir accepter certaines choses…
Delphine
- Lesquelles ?
Beauséant
- Etre plus reconnue que votre sœur par exemple… Je le connais bien mon Eugène… Il est attiré par ce qui brille au firmament… Et Anastasie, c’est quand même une star internationale désormais… Elle va partir à Hollywood tourner dans le prochain James Bond…
Delphine
- L‘enflure ! Elle s’est bien gardée de me le dire…
Beauséant
- Alors, si vous me trouvez un rôle dans ce film, moi je vous offre une place de sociétaire à la Comédie française…
Delphine
- La Comédie française !...
Beauséant
- La maison de Molière, oui…
Delphine
- Oh là, là ! Anastasie va en faire une jaunisse !... Venez, Sophie, nous allons voir Pierre de Restaud… Et j’ai là, dans ma main, le plus formidable des sésames… Il ne pourra rien me refuser !
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MessageSujet: Re: Pièce : Le PERP Goriot   Mar 1 Avr 2008 - 9:54

ACTE V

SCENE 1
(Scénar – Script – Poiret – Simonneau – Putrefaction - Navarette)

Script
- Etourdi par la promesse arrachée à Delphine de Nuncingen, Eugène Rastignac a passé toute sa journée à chercher un appartement sous les toits de Paris, pas trop cher, avec tout le confort : eau courante, chauffage central, douche et sanitaires à l’intérieur et pas sur le palier, climatisation, parabole pour la télé en numérique, petit bar et escalier de secours.
Scénar
- Ben, il a rien trouvé…
Script
- Il est rentré très tard, s’est effondré sur son lit… K.O. !
Scénar
- Pourtant, ce matin-là, à la pension, il s’en passe des choses…
Poiret
- Je te dis que non !...
Simonneau
- Je te dis que si !...
Poiret
- Et moi je te dis que non !
Simonneau
- Et moi que si !...
Putrefaction
- Qu’est-ce qu’il vous arrive ? C’est la première fois que je vous entends vous chamailler ?
Poiret
- Cette imbécile me dit qu’on a sonné à la porte…
Simonneau
- Mais oui on a sonné à la porte…
Poiret
- Mais non !
Simonneau
- Mais si !
Putrefaction
- Attendez, je vais voir !...
Navarette
- Bonjour, commissaire Navarette, police française, commissariat du 8è arrondissement, quatrième brigade, troisième secteur… On nous a signalé la présence d’un individu suspect dans le quartier…
Putrefaction
- Un seul ?...
Navarette
- Il s’agirait d’un escroc en fuite… Un certain Jacques Collin…
Poiret
- Vous avez…
Simonneau
- Sa photo ?
Navarette
- La voilà !
Putrefaction
- On voit pas bien !...
Navarette
- C’est normal ! C’est une photo prise dans un photomatom et qui a été retrouvée par une de nos agentes, mademoiselle Amélie Poulain… Elle a reconstitué la photo, mais il manque les yeux, les oreilles et la bouche…
Poiret
- Je trouvais bien aussi…
Simonneau
- Qu’il lui manquait quelque chose…
Navarette
- Par contre, il a un signe distinctif très clair et facile à identifier… Un tatouage du visage d’Elton John sur le haut du bras…
Putrefaction
- Ca va pas être facile pour l’identifier…
Poiret
- Mais c’est qui ce Collin ?
Simonneau
- Un gros poisson ?
Navarette
- Un producteur véreux… Il s’est barré avec tout l’argent de la société… Mais son associé, c’était pas n’importe qui… Monsieur Lagardère ! Et monsieur Lagardère, il a une phrase qu’il dit tout le temps quand il passe au commissariat, c’est « Si tu ne vas pas à Lagardère, Lagardère ira t à toi »
Putrefaction
- Ben, il parle mal le français, votre Lagardère… Moi j’ai beau être portugaise, je sais qu’on dit pas « Lagardère ira t à toi », mais « Lagardère ira z à toi »… (Poiret et Simonneau se marrent)… Qu’est-ce que vous avez à rire comme des bossues ?
Poiret
- Il ressemble quand même pas mal à monsieur Vautrin, votre type…
Simonneau
- Sauf que Vautrin avec un tatouage d’Elton John… C’est un dur monsieur Vautrin…
Poiret
- Ah, ça c’est pas lui qu’aurait joué dans « La Cage aux folles »
Simonneau
- D’ailleurs, hier soir, il est sorti avec madame Vauquer…
Putrefaction
- Et ils sont pas encore entrés !
Navarette
- Ecoutez, il faut en avoir le cœur net ! Voici un sédatif léger… Administrez-le à ce monsieur Vautrin… Soulevez sa manche et si vous trouvez un tatouage d’Elton John, prévenez moi au commissariat du 8è arrondissement, quatrième brigade, troisième secteur…
Poiret
- On s’en…
Simonneau
- Charge…
Poiret
- Vous avez dit que vous étiez la commissaire Navarette…
Navarette
- Oui…
Simonneau
- On pense qu’on a connu votre père dans le temps…
Navarette
- Ca m’étonnerait…
Poiret
- Si, enfin, voyons…
Simonneau
- Le commissaire Navarro…
Navarette
- Alors mon père, c’était pas le Navarro de la télé, ok… Mon père, il était boulanger-chauffagiste à Anguille-sous-Roche et il s’appelait Moulin… Navarette, c’est mon nom de femme divorcée… Et je vous emmerde… Alors, vous faites ce que je vous ai dit et j’attends votre coup de téléphone.

SCENE 2
(Putrefaction – Simonneau – Poiret – Vautrin – Vauquer – Victorine – Rastignac)

Vauquer
- Ah, monsieur Vautrin, vous parlez si bien aux femmes !... Quelle nuit ! Quelle nuit !
Vautrin
- C’est un vrai plaisir de fréquenter des femmes adorables telles que vous !
Simonneau
- T’y vas ?
Poiret
- J’y vais !... (et il verse le contenu du flacon dans le bol de Vautrin)
Vauquer
- C’est charmant surtout de voir à quel point nos avis sont les mêmes concernant la politique de défiscalisation des revenus de la construction navale…
Vautrin
- Exact !
Victorine (qui entre, compte les bols et s’assoie à la place de Rastignac)
- Bonjour !... Vous allez bien ce matin ? Moi j’ai une pêche ! Je sens que ça va être une superbe journée…
Poiret
- Monsieur Vautrin, votre bol vous attend.
Vautrin
- Minute ! Je cause à la dame !... Donc, vous seriez prête à investir dans la société Light and Films à la hauteur de 25 %.
Vauquer
- Sans hésiter… Un homme comme vous… Le restaurant, le champagne, la revue au Lido… Oh je ne m’étais pas amusée comme ça depuis la libération de Paris…
Simonneau
- En 44 ?
Vauquer
- Non, quand Delanoé est devenu maire…
Poiret
- Monsieur Vautrin, votre bol vous attend.
Vautrin
- J’ai pas faim ce matin… Z’avez qu’à prendre ma part !...
Poiret
- Oh, merci, c’est vraiment sympa ! (Poiret s’enfile d’une seule traite le bol de Vautrin et s’effondre)
Rastignac
- Bonjour…
Victorine
- Eugène, venez ! Venez !... Regardez, je vous ai gardé votre place préférée… J’ai beurré moi-même vos tartines…
Rastignac (pour lui-même)
- Et zut, j’avais oublié ! Il faut que j’épouse Victorine ! Il faut que j’épouse Victorine ! (vers Victorine) Je viens, j’accours…
Vautrin
- Perds pas de temps, l’ami ! Dans quelques heures, elle sera riche !...
Rastignac
- Oh non !... Qu’est-ce que je suis en train de faire ?
Victorine
- Venez !
Rastignac
- Non vous, venez ! Je dois vous parler en privé… (Elle s’approche) Ecoutez Victorine, vous êtes vraiment une chic fille… Et vous prenez beaucoup de votre temps pour moi… Je crois ne pas avoir pu encore vous dire à quel point j’avais apprécié le napperon bleu que vous avez tricoté pour moi… Voili voilà… Tant de gentillesse, dans le monde d’aujourd’hui, ça n’existe pas, ça n’existe plus… Alors je me demandais si…
Victorine
- Si ?...
Rastignac
- Si vous accepteriez que nous fassions un bout de vie ensemble… (à part) Oh putain, j’l’ai dit !...
Victorine (à part)
- Oh putain, il l’a dit !... Et sans le filtre d’amour de monsieur Vautrin… (à voix haute) Ca veut dire fiançailles ?
Rastignac
- Ca veut dire achat d’une belle bague, fiançailles, mariage, soirée trop arrosée et vomi dans les toilettes, voyage de noces à Tahiti…
Victorine
- Oh ! Eugène ! (Elle l’attire contre elle avec fougue)
Rastignac
- Oh ! Victorine !
Vautrin
- Voilà qui est bien, le contrat est signé… Ils vont voir ce qu’ils vont voir… Je suis de retour !... Bon, c’est pas tout ça, mais j’ai faim maintenant… (Il commence à petit-déjeuner avec le bol de Rastignac)
Rastignac
- Alors, mon amour, te voilà ! C’est bien toi que je devine dans cet halo blafard qui ressemble au bonheur !...
Victorine
- Tu vas l’oublier, hein la super-pétasse des Césars ?
Rastignac
- Tes cheveux sont si beaux, ta bouche si experte… Je vivais dans le brouillard mais tes yeux sont devenus pour moi un phare qui brûle mon horizon…
Victorine
- Mais c’est qu’il parle bien en plus… Oui, mes cheveux sont beaux, je les lave avec Head and Shoulders, le shampoing qui lave à la fois la tête et les épaules !
Rastignac
- Prenons le large, veux-tu ? Conduis-moi vers d’autres lieux que ceux où le monde nous regarde… Faisons ensemble le chemin où tremblent les carillons et fleurissent les gentianes…
Victorine
- Ben, t’avais dit Tahiti tout à l’heure…
Vautrin (qui arrive comme une furie et se jette à genou devant Rastignac)
- Je serais tienne, je serais chienne… Aime-moi comme Marc Antoine aima Cléopâtre… Jusqu’au dernier souffle et même au-delà…
Rastignac
- Mais quoi… Mais non… C’est moi qui doit dire ça !...
Vautrin
- Mais enfin, regarde-moi… Ca fait plus de deux mois que tu ne me regardes pas… Tu en as que pour l’autre grande folasse blondasse… Et maintenant, la petite truie glacée… Mais moi je t’aime… Tu le vois pas que je t’aime… Tu le sens pas le désir que j’ai pour ta poitrine de mâle, pour tes lèvres de feu… Tu le sens pas, dis…
Rastignac
- Mais enfin… Monsieur Vautrin… Vous êtes ivre !
Vautrin
- Non, je suis pas ivre… Je suis gay…
Rastignac
- Ne jouons pas avec les mots… Ivre, gai, c’est du pareil au même !...
Vautrin
- Comment il ne faut pas jouer avec l’homo ?!... Mais si justement… Il faut jouer avec… Il n’attend que ça…
Vauquer
- Mais alors c’était quoi tout ce baratin que j’étais charmante et adorable ?!
Victorine
- Eugène, c’est quoi cette histoire avec Vautrin ?
Rastignac
- Mais j’en sais rien, moi… On dirait qu’il est amoureux de moi tout d’un coup…
Victorine
- Mais c’est bien moi que vous aimez…
Rastignac
- Non, oui, je sais plus… Euh, oui, oui, bien sûr… (pour lui-même) Ah zut, avec tout ça, j’ai oublié la suite de ce que je devais lui dire…
Vautrin
- Je veux ta bouche, mon bel Apollon !
Rastignac
- Désolé, elle n’est pas disponible (et il embrasse Victorine)
Vauquer
- Dis donc toi, tu t’es bien foutu de moi, hein ? Prends-ça ! (elle flanque un grand coup de poêle sur Vautrin qui s’effondre)
Simonneau
- Vite, vite, son bras…
Vauquer
- Qu’est-ce que vous voulez faire avec son bras ? Moi il avait juste demandé ma main…
Putrefaction
- Allez y, je le tiens !...
Simonneau
- Par St Robert Redford, le tatouage…
Putrefaction
- Vous êtes sûre que c’est Elton John ?
Simonneau
- Ah oui, il y a un air de ressemblance certain…
Putrefaction
- Où ça ?
Simonneau
- Les lunettes !...
Putrefaction
- J’appelle la police !...
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MessageSujet: Re: Pièce : Le PERP Goriot   Mar 1 Avr 2008 - 9:55

SCENE 3
(Putrefaction – Simonneau – Poiret – Vautrin – Vauquer – Victorine – Rastignac- Navarette – deux flics)

Navarette
- Vous dérangez pas, elle est là la police… Alors pour ceux et celles qui ne me connaîtraient pas encore, je suis la commissaire Navarette, 8è arrondissement, quatrième brigade, troisième secteur… Et je ne suis pas en famille avec Roger Hanin !...
Simonneau
- C’est lui !
Navarette
- Je le sais que c’est lui !... Vous allez pas m’apprendre mon métier quand même ! Allez, on l’embarque…
Vautrin
- Attendez, attendez, j’ai quelque chose à dire…
Navarette
- Attendez, laissez-le parler…
Vautrin
- Eugène, mon petit Eugène, je t’aime…
Rastignac
- Mais arrêtez, pouah, c’est dégoûtant… Moi je ne vous aime pas…
Vautrin
- Tout ce que j’ai fait, je l’ai pour toi… Ne l’oublie pas !...
Rastignac
- Mais enfin, madame, évacuez cet homme… Vous voyez bien qu’il délire…
Navarette
- Vous avez raison… On l’embarque !...
Vautrin
- Attendez, attendez, j’ai pas fini !...
Navarette
- Attendez, laisser le parler !...
Vautrin
- Je sais, je vous fais perdre votre temps… Mais on s’est rendu compte que j’avais pas beaucoup de répliques dans la pièce… Alors, un artiste comme moi, ça a des caprices… Donc, j’ai insisté pour qu’on rajoute un monologue… Alors, voilà… J’ai eu une enfance malheureuse… J’ai été élevé à la DDASS… La DDASS, ton univers impitoyable ! Glorifie la loi du plus fort… Alors, comme j’étais faible, comme j’étais sensible, comme je regardais Candy en cachette à la télé en pleurant quand elle attendait son petit prince des collines, il a fallu que je fasse semblant. Il a fallu que je m’invente une apparence. Un type dur. Dur au mal, dur en affaires… J’suis innocent, messieurs les jurés… C’est l’autre pourri qui m’a truandé… Moi ce que j’aime c’est le cinéma… Les belles histoires romantiques… Je voulais faire un film avec toi, Eugène… Un grand film… C’est pour ça que j’ai fait ce que j’ai fait…
Navarette
- Ca y est ! C’est bon ?! T’as fini ?! Ton ego de vedette est assez gonflé comme ça ?… Alors, qu’on l’embarque
Vautrin
- J’suis innocent ! J’suis innocent !...
Navarette
- Pfff… Ils disent tous ça ! Un jour, faudra qu’un bon dialoguiste s’intéresse à la question… Bon, je me retire… A bientôt ! Mais je garde l’œil ouvert… Je sens qu’il va encore s’en passer ici…

(Ils sortent tous… sauf Rastignac et Victorine)

SCENE 4
(Rastignac – Victorine – madame Couture)

Victorine
- Quelle histoire !
Rastignac
- Je me suis jamais senti aussi mal dans ma peau…
Victorine
- Comment ? Mal dans ta peau ? Tu viens de me demander en mariage…
Rastignac (à part)
- Ah oui, c’est vrai ! Zut, le chèque ! Il faut que j’épouse Victorine !... (il se force à prendre Victorine par la main, à l’installer sur les genoux, à la regarder langoureusement)
madame Couture (qui surgit)
- Victorine ! Victorine !
Victorine
- Qu’est-ce qui se passe ?
madame Couture
- Il est arrivé malheur à votre frère !
Victorine (qui se cramponne à Eugène)
- Mon frère ?!
madame Couture
- Un terrible accident…
Victorine
- Oh là là !...
madame Couture
- Il a sauté sur une mine anti-personnel !...
Victorine
- Quelle horreur !... Mais il était où ? Au Cambodge ? En Irak ? Au Nicaragua ?
madame Couture
- Dans le bureau de son Directeur des Ressources Humaines… Il y avait un plan social en préparation… Paf, il s’est assis où il fallait pas…
Victorine
- Et il est ?...
madame Couture
- Mort ? Oui, hélas, ça ne fait aucun doute… Foudroyé sans même avoir pu toucher ses indemnités de licenciement…
Rastignac
- Ma pauvre chérie… Mais je suis là… On va faire face ensemble…
Victorine
- Ensemble ? Non mais, n’importe quoi ! Attends, maintenant, je suis riche à millions… Tu crois pas que je vais me taper un minus dans ton genre… Madame Couture, préparez mes valises…
madame Couture
- Tu ne me tutoies plus ?
Victorine
- Une personne dans ma position sociale ne tutoie pas le petit personnel… Salut machin, cours après ta blondasse s’il est encore temps… (Elles sortent).

SCENE 5
(Goriot – Rastignac)

Goriot
- Eh bien, qu’est-ce qui se passe ? Il n’y a personne ce matin ?
Rastignac
- Alors d’abord, il y a Victorine qui… Non, c’est même pas la peine que je raconte… Au bout d’une minute, vous appelleriez un asile pour m’interner… J’suis dans la merde, monsieur Goriot…
Goriot
- Allons, Eugène, racontez-moi !
Rastignac
- Oh là !... pfff…
Goriot
- Vous vous êtes disputés avec ma fille, c’est ça ?
Rastignac
- Même pas… J’ai cherché toute la journée d’hier un appartement pour nous deux et…
Goriot
- Mais que vous êtes bête… Il fallait m’en parler… Attendez… (Goriot fouille dans ses poches, sort une boite pleine de clés…) Attendez, attendez… Voilà, c’est la clé d’un grand duplex de 160 m² avec vue sur la Seine…
Rastignac
- Mais ?...
Goriot
- Oh, j’ai fait quelques placements il y a trente ans… ça a bien marché…
Rastignac
- Ben ça alors… moi qui pensai que vous étiez pauvre…
Goriot
- Mais je suis pauvre… Tout est sous le nom des filles, mais elles ne le savent pas…
Rastignac
- Et moi qui ai fait ce chèque de 1 million pour que le film puisse se faire… Je voulais épouser Victorine…
Goriot
- Delphine, vous voulez dire…
Rastignac
- Non, Victorine…
Goriot
- Victorine ? Mais elle n’a pas un sou…
Rastignac
- Maintenant, si… Avec vos appartements, vous êtes quasiment un rmiste par rapport à elle…
Goriot
- Ne vous en faites pas… On va aller arranger tout ça… Suivez-moi…
Rastignac
- Vous remontez pas chercher votre carte orange…
Goriot
- Quelle carte orange ? Y a urgence !… Je prends les clés de la Ferrari… Youpi ! On y va !

SCENE 6
(Script – Scénic – Restaud – Anastasie – Delphine – Beauséant – Langeais - les pensionnaires - Putrefaction)

Script
- Pendant ce temps, dans le grand studio où se déroulait le deuxième jour de tournage des Pensionnaires…
Putrefaction
- Pardon, est-ce que je peux débarrasser maintenant ? Parce qu’avec toute cette agitation, je suis en retard… Et le chronomètre de la patronne, il tourne toujours… Et si ça continue, c’est moi qui vais lui devoir de l’argent…
Scénar
- Allons-y !... Donc, sur le plateau de tournage, on se prépare à filmer un grand moment du film… une chanson…

(Anastasie, Delphine et Sophie de Beauséant sont assises et se font maquiller par Catherine de Langeais)

Delphine
- Pas trop, pas trop !...
Anastasie
- Encore un peu, merci…
Beauséant
- Encore, encore, encore… Faut pas voir mon lifting… Poudre, poudre, poudre…
Restaud
- Bon, vous êtes prêtes mes cocottes ?
Delphine
- Impeccable !
Anastasie
- Jamais sentie aussi bien !...
Beauséant
- Comme à 20 ans !...
Restaud
- C’est ce que j’espère aussi… Tu sais que j’ai pris un gros risque en t’engageant, ma cocote… Mais je me suis dit : Non nova, sed nove…
Beauséant
- Ce qui veut dire ?
Restaud
- Trop compliqué pour toi, Beaucul… Allez, en place ! En place !... Silence sur le plateau ! (entendant du bruit)… J’ai dit Silence sur le plateau…
Putrefaction
- Mais j’y peux rien moi, c’est les bols qui s’entrechoquent…
Restaud
- Silence !
Putrefaction (se baissant vers les bols)
- Chuuuut !
Restaud (après que d’autres « pensionnaires » aient rejoint le plateau de tournage)
- Bon, alors, les cocottes, on va se le faire gentiment… Gentiment mais énergique ! On filme d’abord en plan général… Donc, tout le monde est à 110 %... Surtout, toi !...
Beauséant
- Quoi moi ? Mais je n’aurai aucun problème… Je suis une artiste complète… Je chante, je danse et je joue la comédie…
Restaud
- Dans quel ordre ?... La caméra, c’est bien ? Moteur !...

CHANSON : Errare humanum est

Restaud
- Bon, c’était pas mal… Enfin, heureusement pour certaines que c’était du play-back… La petite là, faut que tu travailles ma cocotte… Plus haut la jambe… Ah oui, toi, c’est mou… Faut exprimer de la sensualité… C’est bien ça que vous découvrez dans ce pensionnat avec cette jeune prof, la sensualité, le désir, l’amour d’apprendre… Faut que ça se sente !
Une pensionnaire
- C’était pas bien ma façon de danser ?…
Restaud
- Pas terrible, non !
Une pensionnaire
- Non, parce que j’ai quand même fait 10 ans à l’opéra de Paris… Alors, c’est pas un vieux con prétentieux qui doit à peine savoir danser la valse qui va m’apprendre à bouger en rythme…
Restaud
- Mais, oh ! Elle se prend pour qui ?! (il lui colle une claque)
Toutes
- Oh !
Une pensionnaire
- Non mais ça va pas ! Vous êtes malade !
Restaud
- Moi malade ?... Non mais oh, vous savez à qui vous parlez ?... Pierre de Restaud, 12 films, deux Césars, nomminé aux Oscars, que des bonne critiques dans Télérama ! Alors, pouet pouet si tu veux faire carrière dans ce métier !... (et il lui colle une claque)
Beauséant
- Mais enfin, Pierre, tu perds la raison…
Restaud
- Oh, toi, Beaucul, je t’ai rien dit parce que je suis charitable… Je serais toi je méditerais cette phrase-là… Potius mori quam foedari… Plutôt mourir que se déshonorer… C’est pitoyable la manière dont tu danses… T’es pas en rythme, aucune souplesse… Y a rien qui passe… Rien !
Beauséant
- Enfin… Qu’est-ce que c’est que cette façon de me traiter ?! Mais, tu oublies à qui tu parles ! Tu oublies que j’ai couché… tourné avec les plus grands : Visconti, Truffaut, Chabrol, Besson, Hitchcock… Je suis à la Comédie Française…
Restaud
- Ben pourquoi, tu n’y es pas restée (il lui colle deux claques) ?! Vous êtes toute pareilles les comédiennes… Vous croyez qu’il suffit d’avoir du talent… Ben non… Faut autre chose, faut de la grâce, de la finesse… Regardez mon Anastasie… Tout ça elle l’a !
Anastasie
- Je t’en prie, Pierre, ne me mêle pas à ça !...
Beauséant
- Vous allez avoir des nouvelles de mon avocat…
Restaud
- Et bien, ça me fera plaisir ! Au moins, j’entendrai pas parler de toi s’il cause de lui… (et deux claques de plus qui partent… la foule des Pensionnaires engloutit Restaud qui est emporté hors du plateau).
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MessageSujet: Re: Pièce : Le PERP Goriot   Mar 1 Avr 2008 - 9:56

SCENE 7
(Anastasie – Goriot – Delphine – Rastignac – Script - Scénar)

Delphine
- Mon dieu, ton mari a tout fichu en l’air… Mon premier succès !...
Anastasie
- Bah, on va bien trouver quelqu’un pour le remplacer… T’en fais pas !...
Delphine
- Toi bien sûr, t’as l’habitude de le remplacer… Mais moi, j’ai plus rien… Julien m’attaque pour avoir des dommages et intérêts en plus du divorce… J’ai plus le film… Et même ce grand benêt d’Eugène qui n’est même pas venu m’embrasser ce matin comme il le fait depuis deux mois…
Anastasie
- Là, c’est sûr qu’on peut jouer Stupeurs et tremblements quand on veut… Notons-le bien…
Goriot
- Bonjour mes fifilles !...
Delphine
- Oh papa !
Anastasie
- Papa !
Goriot
- Et je ne suis pas venu seul…
Rastignac
- Salut Delphine… Bonjour Anastasie…
Delphine
- Papa, c’est affreux ! Julien, il veut le divorce…
Goriot
- Eh bien, tu pourras épouser Eugène comme ça…
Delphine (morose)
- Génial !
Anastasie
- Pierre s’est mis à cogner sur tout le monde… Il faut trouver un autre réalisateur…
Goriot
- On va en trouver un… Je vais appeler quelqu’un… Tu préfères Agnès Jaoui ou Cédric Klapisch ?
Anastasie
- Génial !... Mais il faut de l’argent pour tout relancer…
Goriot
- On va y arriver…
Delphine
- J’ai besoin d’une nouvelle voiture !
Goriot
- Ah !
Anastasie
- Et de payer un très bon avocat pour Pierre !
Goriot
- Oh !
Delphine
- Il me faut une bonne campagne de pub pour arranger mon image… Et finalement, je me demande s’il ne faut pas que je me fasse aussi refaire les seins…
Goriot
- Eh !
Anastasie
- Ah non ! On avait dit moi d’abord !!!
Goriot (qui s’effondre)
- Aaaaaaaaahh !!!
Rastignac
- Mais vous êtes folles… Vous le tuez avec toutes vos exigences…
Delphine
- Qu’est-ce qu’elles ont nos exigences ? Tu seras le premier content si je me fais opérer…
Rastignac
- Il meurt et vous vous en moquez...
Anastasie
- Il a été nul toute sa vie... Alors nul mort ou nul vivant, il reste nul…
Delphine
- Lucette Chon elle, elle est morte en scène ! Face au public !... Comme une artiste… Regarde, lui il se traîne, il gémit, il bave… Aucune dignité !...
Rastignac
- Monsieur Goriot, monsieur Goriot… Trop tard !
Anastasie
- Et merde !...
Delphine
- Va falloir en plus dépenser pour ses obsèques… (Elles sortent)

Rastignac
- Quel cinéma ! Goriot mort, Vautrin en prison, Victorine en héritière comblée, ma tante Beauséant mise sur la touche avec l’âge, Anastasie et Delphine riches à millions sans le savoir encore… Et moi dans tout ça ?… Moi, je n’ai été qu’un figurant ! Un drôle de figurant… celui qui se prend les portes dans la gueule, celui qui est toujours de dos à la caméra… Qu’ai-je gagné ? Rien !... Mais qu’ai-je perdu ? Pas davantage !... Allons, la gloire est encore là, toute proche… J’ai mon contrat pour ce film et Delphine me reviendra même si ce n’est que pour récupérer les clés de la Ferrari… Rien n’est perdu finalement ! A nous deux, maintenant !
Script
- Et pour premier acte du défi qu’il portait à la société,
Scénar
- Rastignac alla dîner chez Mme de Nuncingen…
Rastignac
- Non, non, c’est à elle de venir récupérer les clés de la Ferrari…
Script
- A la pension alors ?
Rastignac
- Ca va pas, c’est jeudi… Y a de la brandade de chèvre au Porto…
Scénar
- Ben où tu vas aller bouffer alors ?
Rastignac
- Chez McDo !... Il font un menu McCiné… Comme ça, après j’irai voir un film gratos…

FIN
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