Forums Liens Utiles


 
AccueilAccueil  FAQFAQ  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Jonathan Littell

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
voilier67

avatar

Nombre de messages : 438
Age : 54
Localisation : Alsace et Sud-Ouest pour le coeur
Date d'inscription : 01/06/2006

MessageSujet: Les Bienveillantes de Jonathan Littell (*)   Mar 5 Sep 2006 - 15:34

Voici le livre dont on commence à beaucoup parler dans les médias non spécialisés. Il s'agit d'un livre qui vient de sortir chez Gallimard.



Voici ce qui est écrit sur le site de Gallimard à propos de ce qui semblerait être une oeuvre majeure :

L'ouvrage
«En fait, j'aurais tout aussi bien pu ne pas écrire. Après tout, ce n'est pas une obligation. Depuis la guerre, je suis resté un homme discret ; grâce à Dieu, je n'ai jamais eu besoin, comme certains de mes anciens collègues, d'écrire mes Mémoires à fin de justification, car je n'ai rien à justifier, ni dans un but lucratif, car je gagne assez bien ma vie comme ça. Je ne regrette rien : j'ai fait mon travail, voilà tout ; quant à mes histoires de famille, que je raconterai peut-être aussi, elles ne concernent que moi ; et pour le reste, vers la fin, j'ai sans doute forcé la limite, mais là je n'étais plus tout à fait moi-même, je vacillais, le monde entier basculait, je ne fus pas le seul à perdre la tête, reconnaissez-le. Malgré mes travers, et ils ont été nombreux, je suis resté de ceux qui pensent que les seules choses indispensables à la vie humaine sont l'air, le manger, le boire et l'excrétion, et la recherche de la vérité. Le reste est facultatif.»
Avec cette somme qui s'inscrit aussi bien sous l'égide d'Eschyle que dans la lignée de Vie et destin de Vassili Grossman ou des Damnés de Visconti, Jonathan Littell nous fait revivre les horreurs de la Seconde Guerre mondiale du côté des bourreaux, tout en nous montrant un homme comme rarement on l'avait fait : l'épopée d'un être emporté dans la traversée de lui-même et de l'Histoire.
L'auteur
Jonathan Littell est né en 1967 à New York. Il a longtemps travaillé pour l'organisation humanitaire Action contre la Faim, notamimment en Bosnie-Herzegovine, en Tchétchénie et en R.D.Congo.


Si quelqu'un le lit ou l'a lu, merci de nous donner son avis ! incl36

Petit détail : il ferait 900 pages... mais il serait presque impossible de s'en détacher ! incl36

Un commentaire, celui de Télérama :

Lorsqu’en 1953 Robert Merle fit paraître La mort est mon métier, Mémoires imaginaires de Rudolf Höss, commandant du camp d’Auschwitz, l’écrivain et éditeur Jean Cayrol, ancien déporté à Mauthausen, réagit dans la revue Esprit de façon virulente, dénonçant le roman comme une tentative indue de « donner un corps romanesque à ce qui n’était qu’un monstre impossible à décrire ». Un demi-siècle plus tard, c’est en prêtant voix à un officier supérieur nazi qui, sur quelque neuf cents pages, relate les années 1941-1944 telles qu’il les a vécues, à Berlin et sur le front de l’Est, que Jonathan Littell signe une entrée stupéfiante sur la scène littéraire française. Le roman s’intitule Les Bienveillantes ; à travers le destin inventé du SS Maximilien Aue, il suit notamment les activités des sinistres Einsatzgruppen SS – ces groupes mobiles avançant dans le sillage de l’armée allemande pour exterminer les communistes et les juifs des territoires conquis –, et il se pourrait qu’il suscite semblables critiques à celle prononcée par Cayrol. La fiction n’est-elle pas, en effet, au regard de la spécificité du crime commis, de son intransmissibilité ontologique, le « crime moral » que dénonçait Claude Lanzmann, l’auteur de Shoah ? Mais Jonathan Littell n’a pas choisi l’intenable position qui aurait consisté à donner une représentation romanesque du plus grand génocide de l’Histoire. C’est en quelque sorte en marge de l’indicible qu’il se tient, tout en se tournant pourtant, sans lyrisme ni complaisance, du côté des bourreaux. Cela pour s’interroger, à son tour, sur la « banalité du mal », naguère définie par Hannah Arendt, et sur la façon dont l’appareil génocidaire nazi s’en est nourri et servi.
Le résultat est saisissant. Fresque de grande ampleur où sont convoqués des centaines de personnages réels ou fictifs, portée par une authentique puissance narrative et un souci éthique omniprésent – on pense souvent, à la lecture, à Vie et destin de Vassili Grossman –, Les Bienveillantes n’est certes pas de ces romans qu’on peut envisager d’aimer, mais il se dégage de ses pages une force de conviction hors du commun, une sensation inouïe de réalisme et de justesse. Que ce récit soit né sous la plume d’un écrivain de 39 ans, qui signe là sa première œuvre littéraire, n’est pas le moins surprenant. Si son nom est familier, c’est que Jonathan Littell est le fils de l’écrivain américain Robert Littell. Et si, bien que de nationalité américaine, il écrit, lui, en français, c’est qu’il a en partie grandi en France. C’est d’ailleurs dans la littérature française qu’il puise ses références, la généalogie d’écrivains qu’il a faite sienne : Sade, Flaubert, Genet, Blanchot, Bataille – c’est dire si la question des liens entre la littérature et le mal n’est pas, pour lui, chose impensée.
Le mal, la souffrance que les hommes s’infligent les uns aux autres, ce garçon laconique, à l’allure et au visage adolescents, installé aujourd’hui à Barcelone avec femme et enfants, se souvient y avoir été très jeune confronté : « Lorsque j’étais enfant, chaque soir la télévision rendait compte des opérations de l’armée américaine au Vietnam. J’avais 8, 9 ans, mais l’idée d’être un jour appelé à aller me battre là-bas était une véritable hantise. » Les hantises de l’enfance sont tenaces, et c’est sans doute pourquoi, quinze ans plus tard, après trois années passées à la fac, Jonathan Littell part dans les Balkans alors en flammes. Lorsqu’il atterrit en Bosnie, il est sans projet particulier : « Je voulais simplement voir de près ce qu’était la guerre. » C’est sur place, à Sarajevo, qu’il entre en contact avec l’association humanitaire Action contre la faim (ACF), qui le recrute. Il y travaillera sept ans, multipliant les missions, en Bosnie donc, puis en Tchétchénie, en Afghanistan, au Congo, à Moscou... Jusqu’à ce que la lassitude le pousse à s’arrêter. C’était en 2001.
La même année, il commence à travailler sur Les Bienveillantes – une référence empruntée à Eschyle, qui, dans Les Euménides, fait intervenir ces divinités cruelles et vengeresses. « Tout est parti d’une photographie que j’ai eue sous les yeux il y a longtemps, en 1989, me semble-t-il : une jeune femme, pendue par les nazis, à Kharkov, en Ukraine, et dont le corps est demeuré ensuite étendu, abîmé dans la neige... » De cette image – présente, et même récurrente, dans Les Bienveillantes – est né peu à peu le projet d’un roman, portant sur la guerre 39-45, le front de l’Est. Quelques années plus tard, Littell voit Shoah, de Claude Lanzmann, et est impressionné particulièrement par une séquence d’entretien avec Raul Hilberg, dans laquelle l’historien américain souligne le rôle joué par la bureaucratie nazie dans l’extermination des juifs d’Europe. « Auschwitz, les chambres à gaz, je savais cela – je suis né dans une famille d’origine juive, et même si elle a émigré de Pologne aux Etats-Unis à la fin du XIXe siècle et n’a pas vécu de façon directe ces événements, j’ai néanmoins grandi avec cette histoire. Mais le fait que le génocide ait été l’œuvre d’un appareil bureaucratique organisé, rationalisé, budgété, je ne le mesurais pas. » C’est cette machine administrative effarante, cette logistique sophistiquée que l’on voit à l’œuvre, de l’intérieur, avec une précision sidérante, dans Les Bienveillantes, à travers les faits et gestes de Maximilien Aue. Un individu qui n’a a priori rien d’un pervers, ni d’un idéologue fanatique. Un homme hanté par une histoire personnelle douloureuse, par des rêves et des symptômes physiques qui semblent les indices d’une dégradation morale intense, mais aussi un fonctionnaire du crime sans passion ni compassion, sans doutes ni hésitations, mû par un pur et simple et effrayant souci d’efficacité. « Ce que j’ai fait, je l’ai fait en pleine connaissance de cause, pensant qu’il y allait de mon devoir et qu’il était nécessaire que ce soit fait, aussi désagréable et malheureux que ce fût », se justifie Maximilien Aue, en préambule à ces Mémoires imaginaires.
On connaît cette rhétorique du devoir, de l’obéissance : les bourreaux nazis appelés après guerre à comparaître y ont amplement eu recours. Jonathan Littell n’ignore rien de l’historiographie du nazisme et des interprétations qu’il a suscitées depuis soixante ans. Avant de se lancer dans l’écriture des Bienveillantes, il s’est plongé, près de deux années durant, dans les archives écrites, sonores ou filmées de la guerre et du génocide, les actes des procès, les organigrammes administratifs et militaires, les études historiques et interprétatives. Il s’est aussi rendu à Kharkov, à Kiev, à Piatigorsk, à Stalingrad... sur les traces de l’invasion sanglante de la Wehrmacht s’enfonçant en URSS, à partir de juin 1941. Le résultat, tangible dans le roman, de ces travaux préalables : un sentiment de réel d’une prégnance incroyable. « C’est ça, le sujet de ce livre : le réel. Or il y a un grain dans le réel, comme on parle du grain d’une photographie : le réel a un goût, une odeur, des sons, et c’est cela que je voulais retrouver, rendre au plus juste. Quand on invente, on simplifie toujours. Je ne voulais surtout pas écrire ce qu’on appelle un roman historique, faire de ces événements un décor de théâtre devant lequel faire évoluer mes personnages. Tant qu’on s’appuie ainsi fermement sur le réel, la part inventée, romanesque, tient la route. »
Et le réel est bien là, atroce, et qui, à travers le regard lucide et indifférent d’Aue – au-delà de son histoire intime –, prend souvent toute la place : l’invasion, les tueries, la mise en œuvre organisée du génocide, le souci maniaque de rationaliser le crime, la déshumanisation sans fin des victimes. Pourquoi, de cela, décider de faire un roman ? « Le but, bien entendu, est de tenter de comprendre. Donc d’interpréter. La Shoah, en tant qu’objet historique, a ceci d’unique qu’elle est extrêmement documentée et étudiée, mais demeure rétive à l’interprétation. Chaque fait nouvellement établi suscite une nouvelle interprétation, mais cette interprétation se heurte toujours à un blocage, et l’énigme ne cesse de s’épaissir. » Cette opacité inscrit la Shoah dans l’Histoire comme un crime incomparable. Et Jonathan Littell ne se livre, de fait, à aucune comparaison. La question du bourreau, pourtant, il estime qu’elle se pose avec acuité aux hommes de toutes les générations, jusqu’en ce XXIe siècle commençant : il y eut le Vietnam, les guerres de décolonisation, il y a désormais Guantánamo et l’Irak. Alors, pose-t-il, « aujourd’hui, les bourreaux, c’est un peu nous ». Au moment où l’individu se doit de choisir entre le bien et le mal, qu’est-ce qui fait pencher la balance ? L’abîme est sans fond.
Revenir en haut Aller en bas
http://www.olivier-goujon.com
rizlabo
Saigneur des Grands Crus
avatar

Nombre de messages : 7973
Localisation : Poireaux et blaireaux, it's my way
Date d'inscription : 05/04/2005

MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Dim 17 Sep 2006 - 22:56

Citation :
Si quelqu'un le lit ou l'a lu, merci de nous donner son avis !
Je suis en train de le lire. Dès la première page, bondissement : j'ai senti que j'étais en train de lire quelque chose de tout à fait exceptionnel.
J'en suis à la page 105, et la tête me tourne : c'est un chef d'oeuvre. Je ne croyais pas cela possible, mais si : aussi fort que le Kaputt de Malaparte, peut-être plus puissant encore.
Le thème central, lancinant, est plus que convaincant : comment toi, moi, pouvons commettre les monstruosités des plus abominables. Dès la page 50, on est mis en condition et on se surprend à évaluer négativement les méthodes de liquidation artisanales des Einsatzgruppen SS. A prendre parti dans leurs réunions d'organisation internes pour l'avis le plus pondéré, celui qui apportera le maximum de rendement pour un coût psychologique minimal. C'est tout simplement hallucinant.

Me voilà donc dans la peau d'un intellectuel SS, docteur en droit, opérant en arrière de la Wehrmacht, et je viens de participer à la liquidation de 400 juifs mâles. De nouveaux ordres viennent d'arriver, et j'apprend qu'à partir de demain, il s'agit d'éliminer également les femmes et les enfants. Ca ne me plait pas du tout évidemment. Je ne suis ni un assassin psychopathe ni un boucher sans état d'âme : pour eux, c'est facile évidemment. Il y en a quelques-uns parmi nous. Moi et la plupart de mes camarades, ça nous dégoute plutôt. Ces gens-là, il faut les surveiller, ils ne sont pas dignes de l'Allemagne.

Voila, c'est un peu le ton, avec l'extrême talent d'un auteur armé d'une documentation sans précédent. J'ai très rarement lu quelque chose d'aussi fort.
Revenir en haut Aller en bas
Barnabée
La Bielle de Cadix
avatar

Nombre de messages : 2131
Age : 51
Localisation : Au sommet de la Tour des Gamelles
Date d'inscription : 28/11/2005

MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Lun 18 Sep 2006 - 4:13

rizlabo a écrit:
Je ne croyais pas cela possible, mais si

Moi non plus je ne crois réellement pas cela possible. Tous les commentaires sur ce livre versent unanimement dans la dithyrambe, cela me semble suspect What the fuck ?!?

Tiens-nous au courant de ta lecture...
Revenir en haut Aller en bas
http://pogroms.de.liens.futiles.com
rizlabo
Saigneur des Grands Crus
avatar

Nombre de messages : 7973
Localisation : Poireaux et blaireaux, it's my way
Date d'inscription : 05/04/2005

MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Lun 18 Sep 2006 - 5:52

Je n'avais lu aucune critique, sauf la présentation de Voilier et quelques articles de presse reprenant la quatrième de couverture. Je suis très intéressé par l'histoire, praticulièrement l'histoire de la Seconde Mondiale et encore plus spécialement ce qui a trait à la guerre à l'Est. Le thème ne pouvait que m'intéresser de ce point de vue. Et je constate que sur le plan historique, ce bouquin est une mine. Je me demande comment l'auteur a pu rassembler un tel matériau, aussi précis et documenté, pour construire ces 900 pages.
Je suis tombé sur une page décrivant l'épopée de la légion Wallonie, plus tard intégrée dans la Waffen-SS. Et la, l'auteur ne parle pas de Degrelle, mais de Lucien Lippert, un de ses lieutenants. Qui connait encore Lippert ? Personne, presque personne. L'auteur, lui, on dirait qu'il l'a interviewé. Pourtant Lippert est mort, sur le front de l'Est..

Voilà donc, j'avance, et je n'en dors pas... J'en suis à l'été 1942 et Stalingrad approche, doucement amené... Doucement ? Si on peut dire...
Revenir en haut Aller en bas
Xian

avatar

Nombre de messages : 4036
Localisation : Etoile bleue dans l'univers
Date d'inscription : 06/09/2005

MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Lun 18 Sep 2006 - 8:04

Citation :
Jonathan Littell est né en 1967 à New York. Il a longtemps travaillé pour l'organisation humanitaire Action contre la Faim, notamimment en Bosnie-Herzegovine, en Tchétchénie et en R.D.Congo.

Je n'ai pas lu le livre et je ne le lirai sans doute pas, je n'ai donc pas d'idées - encore moins de jugements, à émettre sur la qualité littéraire de celui-ci... pour le reste, pour ce que j'en lis ici, il me déplaît de lire le parcours "biographique" énoncé et de savoir que celui qui aurait vécu ainsi trouve tant de fougue à dénoncer ceui sommes toutes lui permet de vivre son âme charitable. Pourqquoi a-t)il choisi de parler du passé alors qu'il dit vivre le présent, alors le présent, il doit avoir eu peur de dire aux gens : c'est vrai, au Congo on mange encore ses ennemis, on les déguste à la broche et les autres font rire, empalés autour du camp, en Bosnie les Muslims comme les Orthodoxes s'amusent a enterrer vivant et ailleurs, tant de correspondants de presse écrite ou photographique peuvent vous montrer les images du vingt-et-unième siècle...

Ce qu'il faudrait faire, ce n'est pas enfermer l'horreur dans les livres mais bannir l'horrible des cerveaux ...
Revenir en haut Aller en bas
http://xianhenri.be
rizlabo
Saigneur des Grands Crus
avatar

Nombre de messages : 7973
Localisation : Poireaux et blaireaux, it's my way
Date d'inscription : 05/04/2005

MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Lun 18 Sep 2006 - 9:37

Je pense que c'est précisément son propos.
On nous rebat les oreilles avec la soi-disant incompréhensible folie hitlérienne, ce paradigme d'horreur absolue. Il nous montre comment des gens comme toi et moi pouvont agir au nom de la raison d'Etat. Tu cites des moeurs guerrières un peu artisanales, presqu'exotiques.
Aujourd'hui un Etat organisé éradique les "terröristen" avec des pilotes de bombardier et les "Forces spéciales". Et on trouve normal que le Liban soient ramené au "ground zero" par des pères de famille. L'islam et le Hezbollah ont remplacés les juifs et les communistes. A la lecture du bouquin, on ne voit que trop bien comment les mécanismes mentaux de la banalisation se mettent en place.
Revenir en haut Aller en bas
voilier67

avatar

Nombre de messages : 438
Age : 54
Localisation : Alsace et Sud-Ouest pour le coeur
Date d'inscription : 01/06/2006

MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Lun 18 Sep 2006 - 10:43

Je vais essayer de passer le feuilleter à la Fn*c.
Je pense que l'intérêt d'un tel ouvrage doit précisément être, outre le témoignage historique (bien qu'il ne s'agisse que d'un roman), celui de montrer comment un être "normalement" constitué est pris dans une logique qui le dépasse et l'absorbe tout entier. Nul n'est à l'abri de la barbarie et chacun doit rester vigilant tant vis à is d'autrui que pour soi-même. La frontière entre la civilisation et la barbarie n'est pas aussi hermétique que cela. Rien n'est définitivement acquis en la matière.
Revenir en haut Aller en bas
http://www.olivier-goujon.com
rizlabo
Saigneur des Grands Crus
avatar

Nombre de messages : 7973
Localisation : Poireaux et blaireaux, it's my way
Date d'inscription : 05/04/2005

MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Lun 18 Sep 2006 - 11:46

Voila. C'est très exactement mon point de vue. Du moins c'est ce que j'ai compris de ce bouquin..
Revenir en haut Aller en bas
Barnabée
La Bielle de Cadix
avatar

Nombre de messages : 2131
Age : 51
Localisation : Au sommet de la Tour des Gamelles
Date d'inscription : 28/11/2005

MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Lun 18 Sep 2006 - 14:47

voilier67 a écrit:
Je pense que l'intérêt d'un tel ouvrage doit précisément être, outre le témoignage historique (bien qu'il ne s'agisse que d'un roman), celui de montrer comment un être "normalement" constitué est pris dans une logique qui le dépasse et l'absorbe tout entier.

Je voudrais être sûre que la lecture de cet ouvrage puisse être d'un quelconque intérêt, après avoir déjà lu La Mort est mon métier de R. Merle et Je vous parle d'Auschwitz de Höss lui-même.

Sinon, j'ai encore lu dernièrement cet été, Lettres à un ami allemand de Camus et commencé Histoire d'un Allemand de Sébastian Haffner, qui montre comment les choses ont pu vivre dans la tête de ceux qui étaient de petits enfants pendant la Grande Guerre, et qui allaient voir chaque jour au Commissatiat local le "résultat" des combats de la veille... Le Nazisme ou ce qui y a mené est présenté comme quelque chose non pas dans quoi ces jeunes ont grandi ni n'ont été éduqués, ni comme une quelconque réaction à une défaite mal encaissée, mais bien plus comme une "évidence" ... Je trouvais cela si insidieux que j'ai abandonné, je crois que je vais le reprendre
Revenir en haut Aller en bas
http://pogroms.de.liens.futiles.com
rizlabo
Saigneur des Grands Crus
avatar

Nombre de messages : 7973
Localisation : Poireaux et blaireaux, it's my way
Date d'inscription : 05/04/2005

MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Lun 18 Sep 2006 - 15:03

D'abord, il a un intérêt historique évident et de premier ordre.
J'ai lu "Histoire du IIIème Reich", en deux tomes, de William Shirer, qui semble être une référence en la matière (Shirer était un un journaliste américain, il est resté en poste à Berlin jusqu'à 1941). Je le signale, car celà peut aider à comprendre certaines parties très touffues des "Bienveillantes".
C'est la première fois, à ma connaissance, que le thème des "Troupes spéciales" (Ersatzgruppen) est traité de l'intérieur.
L'écriture ne comporte pas d'effets littéraires à la Malaparte, du genre "les allemands avaient les yeux de plus en plus gris" et la démonstration semble, je dis bien semble, plus cérébrale. Pas d'yeux arrachés, ni de sang, juste ce qu'il faut (20 mégas morts, faut quand même planter le décor), pas de mélo.
En somme, ce bouquin ne me parait faire double emploi, mais cette vue est bien entendu en fonction de ce qu'on y cherche.
Enfin, sur le plan littéraire, je trouve son écriture fluide, d'une lisibilité extraordinaire.
J'achète rarissimement un bouquin à sa sortie, et avant la polémique qui ne manquera pas de surgir, mais ici, je m'en félicite.
Plan ciné, je pense à "La Chute", (Der Untergang), nième tentative sur le sujet, celle-là n'était pas de trop, trouve-je.

Merci pour tes autres références, c'est noté.
Revenir en haut Aller en bas
Barnabée
La Bielle de Cadix
avatar

Nombre de messages : 2131
Age : 51
Localisation : Au sommet de la Tour des Gamelles
Date d'inscription : 28/11/2005

MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Lun 18 Sep 2006 - 15:21

rizlabo a écrit:
J'achète rarissimement un bouquin à sa sortie, et avant la polémique qui ne manquera pas de surgir, mais ici, je m'en félicite.
C'est le contraire chez moi, et - pour une fois - j'essayais de faire un effort pour "résister" à la tentation de me précipiter.


rizalbo a écrit:
Merci pour tes autres références, c'est noté.
Ouille, non, les tiennes me semblent autrement plus "sérieuses". Ce n'était pas mon propos, juste dire qu'après avoir passé à peu près un an dans la littérature des camps, je voulais me pencher un peu sur le côté allemand ... J'ai bien beaucoup aimé Le Liseur de B. Schlink aussi, que des questionnements, pas de justifications, pas de réponses. Mais c'est du roman.
Revenir en haut Aller en bas
http://pogroms.de.liens.futiles.com
voilier67

avatar

Nombre de messages : 438
Age : 54
Localisation : Alsace et Sud-Ouest pour le coeur
Date d'inscription : 01/06/2006

MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Mar 19 Sep 2006 - 22:35

Alors Rizlabo ? Toujours aussi passionnant ? Ou en es-tu dans ta lecture ? incl36
Revenir en haut Aller en bas
http://www.olivier-goujon.com
rizlabo
Saigneur des Grands Crus
avatar

Nombre de messages : 7973
Localisation : Poireaux et blaireaux, it's my way
Date d'inscription : 05/04/2005

MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Mer 20 Sep 2006 - 2:40

Passionnifant, Voilier. D'assez longs passages où l'auteur m'entreprend personnellement de linguistique, dissèque les différences entre langues caucasiennes. Descriptions de villages avec références historiques remontant au XIIème siècle, pas pour faire le malin, pour illustrer pourquoi la fesse gauche de la cariatide du nouveau QG a une verrue. 50.000 terroristes pourr 200.000 habitants. Le GCG nous a envoyé des géomètres pour les fosses.
Heyndrich est au bar, et est finalement assez sympa. Il explique tout bien pourquoi le sens de mon boulot. Je me rend compte que l'Obersturmbannführer est amoureux de moi, et je n'aime pas les promotions canapé.
L'infirmier a pété un plomb et a tué l'interprète ukrainien.
C'est l'automne, la boue : la démesure de la plaine d'Ukraine porte aux nerfs.
Excusez-moi, j'ai quelques rapports à faire, et à cinq heures, il faut s'occuper de fusiller l'infirmier. Je ne suis pas qu'un "papierensoldat".
Savez-vous qu'il y a une certaine beauté dans l'excès ? Une esthétique au dela de la morale ordinaire ?
Heureusement, car notre boulot n'est pas facile.
Revenir en haut Aller en bas
bertrand-mogendre
Bienveneur bucolique
avatar

Nombre de messages : 3001
Age : 62
Localisation : ici et là
Date d'inscription : 09/03/2006

MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Mer 20 Sep 2006 - 2:41

riz tu me donnes le goût à le lire
Revenir en haut Aller en bas
http://www.flickr.com/photos/mogendre/
Xian

avatar

Nombre de messages : 4036
Localisation : Etoile bleue dans l'univers
Date d'inscription : 06/09/2005

MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Mer 20 Sep 2006 - 8:53

Citation :
La frontière entre la civilisation et la barbarie n'est pas aussi hermétique que cela

qui ou quand quoi une frontière , on ne m'en a jamais parlé, la civilisation c'est le mode de vie de ceux qui ont gagné la guerre, les barbares, ce sont les autres...

les civilisés de la Fabrique nationale d'armes de guerre font la grève pour sauver leur emploi, les barbares utilisent à Beyrouth et à Bagdad les armes fabriquées entre les grèves...
Revenir en haut Aller en bas
http://xianhenri.be
voilier67

avatar

Nombre de messages : 438
Age : 54
Localisation : Alsace et Sud-Ouest pour le coeur
Date d'inscription : 01/06/2006

MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Mer 20 Sep 2006 - 15:55

La première frontière est en soi. Chacun possède une part de barbarie. Nul n'est un saint doté que de "bons sentiments". C'est à cette première frontière que je fais allusion. Lorsqu'on se connait mal, lorsque son édifice personnel est chancelant, c'est clair qu'on est plus susceptible d'être influencé par des systèmes qui nous dépassent et contre lesquels on pense ne pas pouvoir lutter. C'est alos un boulevard pour l'asservissement de son être par des circonstances aléatoires ou des projets pas toujours progressistes.
Accepter sa condition de petit boucon de liège flottant dans un océan déchaîné, est-ce la seule optique de vie ? Notre conscience est-elle si limitée ? Se connaître sera-t-il toujours la résolution de la dernière seconde ?
Revenir en haut Aller en bas
http://www.olivier-goujon.com
Barnabée
La Bielle de Cadix
avatar

Nombre de messages : 2131
Age : 51
Localisation : Au sommet de la Tour des Gamelles
Date d'inscription : 28/11/2005

MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Sam 23 Sep 2006 - 2:45

Dans le Monde supplément littéraire d'aujourd'hui

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3260,36-815212@51-802444,0.html

La question est d'importance : vu le nombre d'exemplaires vendus, le nombre de pages, le nombre moyen de pages lues par le lecteurs moyen en une année, Les Bienveillantes ne risquent-elles pas d'éclipser toute la rentrée littéraire ?
Revenir en haut Aller en bas
http://pogroms.de.liens.futiles.com
Fulminou
Futur Banni *
avatar

Nombre de messages : 2138
Date d'inscription : 11/07/2005

MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Sam 23 Sep 2006 - 2:52

Barnabée a écrit:
La question est d'importance : vu le nombre d'exemplaires vendus, le nombre de pages, le nombre moyen de pages lues par le lecteurs moyen en une année, Les Bienveillantes ne risquent-elles pas d'éclipser toute la rentrée littéraire ?

Pas tellement. La production littéraire française (au sens de la langue ; et non de l'hexagone) ne dépasse généralement pas un très bon livre par an. Cette année, c'est donc sans doute le Littell. L'an dernier, c'était le Houllebecq. C'est suffisant. Il ne faut pas faire trop d'ombre aux traduction américaines, dont les auteurs, si nombreux, ont tellement besoin d'argent…
Revenir en haut Aller en bas
rizlabo
Saigneur des Grands Crus
avatar

Nombre de messages : 7973
Localisation : Poireaux et blaireaux, it's my way
Date d'inscription : 05/04/2005

MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Sam 23 Sep 2006 - 3:18

Je viens de lire la critique de Libé. Heureusement qu'il reconnait que sa contribution ne vaut qu'une cuiller d'eau. Et encore, pas d'eau chaude, qu'il ne semble pas avoir inventée. Si les critiques négatives sont de ce tonneau, ca ne va pas faire grand mal. On dirait que ce type a lu tout de travers. En tout cas, il n'a, selon moi, absolument rien compris. Les discussions linguistiques me paraissent au contraire un moment fort, un exposé des contorsions de la "science" raciste.
Ceci dit, il est vrai que l'homosexualité du héros Max Aue le range de ce fait dans une certaine marginalité, ce qui me parait affaiblir un peu le propos central de l'auteur. On a souvent glosé, à tort à mon avis, sur un supposé aspect homosexuel de l'idéologie nazie.
Quant à Lanzmann, il avait déjà descendu "Der Untergang", au motif qu'il avait trouvé Hitler trop humain et qu'on ne parlait pas de la Shoah. Je m'attendais donc à sa réaction.Son point de vue est tout à fait respectable, mais il ne semble pas décidément comprendre que l'adoption d'un point de vue apparemment neutre peut être percutant.

http://www.liberation.fr/culture/livre/202959.FR.php
Revenir en haut Aller en bas
Barnabée
La Bielle de Cadix
avatar

Nombre de messages : 2131
Age : 51
Localisation : Au sommet de la Tour des Gamelles
Date d'inscription : 28/11/2005

MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Sam 23 Sep 2006 - 3:21

J'ai lu aussi celle de libé (cette histoire de -e m'a fait penser au mien de -e), mais n'arrive pas à trouver l'article du Journal du Dimanche. Tu l'as trouvé sur le Net ?
Revenir en haut Aller en bas
http://pogroms.de.liens.futiles.com
rizlabo
Saigneur des Grands Crus
avatar

Nombre de messages : 7973
Localisation : Poireaux et blaireaux, it's my way
Date d'inscription : 05/04/2005

MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Sam 23 Sep 2006 - 3:34

Article payant, dommage. L'avis de Lanzmann eut pu être intéressant, je pense.

http://www.lejournaldudimanche.fr/recherche/recherche.php?istexte=on&texte=littell&x=4&y=8
Revenir en haut Aller en bas
Alf
Plumoversificateur
avatar

Nombre de messages : 13967
Age : 69
Localisation : TDCDM : Landes
Date d'inscription : 23/06/2005

MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Jeu 23 Nov 2006 - 13:15

(*)
Revenir en haut Aller en bas
francoisdalayrac

avatar

Nombre de messages : 2127
Age : 59
Localisation : Lille
Date d'inscription : 26/03/2007

MessageSujet: Jonathan Littell   Jeu 24 Avr 2008 - 11:18

“Voyez - vous, à mon avis, il y a trois attitudes possibles devant cette vie absurde. D’abord l’attitude de la masse, hoï polloï, qui refuse simplement de voir que la vie est une blague. Ceux - là n’en rient pas, mais travaillent, accumulent, mastiquent, défèquent, forniquent, se reproduisent, vieillissent et meurent comme des bœufs attelés à la charrue, idiots comme ils ont vécu. C’est la grande majorité. Ensuite, il y a ceux, comme moi, qui ont le courage d’en rire, à la manière des taoïstes ou de votre juif. Enfin, il y a ceux, et c’est, si mon diagnostic est exact, votre cas, qui savent que la vie est une blague, mais qui en souffrent.”

Jonathan Littell - Les Bienveillantes. Pages 413 / 414

Prix Goncourt 2006
Revenir en haut Aller en bas
monilet
Hélice au Pays des Merveilles
avatar

Nombre de messages : 3761
Age : 66
Localisation : Île de France, chtimmi d'origine et de coeur
Date d'inscription : 18/05/2005

MessageSujet: Re: Jonathan Littell   Jeu 24 Avr 2008 - 12:48

Ça me fait penser au livre de Kundera La plaisanterie. Très bien d'ailleurs.
Revenir en haut Aller en bas
http://monsite.orange.fr/claude-colson
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Jonathan Littell   

Revenir en haut Aller en bas
 
Jonathan Littell
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Les Bienveillantes de Jonathan Littell (*)
» Littell, Jonathan - Les Bienveillantes
» Jonathan Rhys-Meyers
» Susanna Clarke: Jonathan Strange & Mr Norrell + adaptation BBC 2015
» [Tropper, Jonathan] C'est ici que l'on se quitte

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forums Liens Utiles :: Littérature :: Biblio LU :: Salon des auteurs connus-
Sauter vers: