Forums Liens Utiles


 
AccueilAccueil  FAQFAQ  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Petite question ?

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2
AuteurMessage
Selmer
Perturbateur de masses en fils


Nombre de messages : 4270
Date d'inscription : 13/08/2005

MessageSujet: Re: Petite question ?   Mar 13 Mai 2008 - 21:56

Novocaïne a écrit:
je pense qu'un "auteur" qui est lu par ses proches se met en qques sortes à nu, et c'est en ce sens que ma question est posée en fait.
D’accord, je comprends mieux.
On ne peut effectivement pas éviter, en publiant, d’être lu par des proches. Selon la nature et le contenu, cela peut être d’autant plus redoutable qu’ils sont à même de comprendre l’écrit différemment du lecteur inconnu, de faire des rapprochements, et qu’ils peuvent être directement visés dans l’écrit. Ce ne sont à l’évidence pas des lecteurs comme les autres. Je crois que cela peut freiner ou conditionner la plume mais je ne vois que trois solutions : assumer, cesser d’écrire ou écrire sous autocensure.
Quant à écrire pour tout le monde à l’intention délibérée d’un proche, cela me semble plausible et probablement courant, toujours à condition que le degré de qualité supporte l’extension au-delà du cercle des proches. Je pense à J. Brel et Ne me quitte pas, texte qui aurait pu être celui d’une lettre personnelle mais qui, par son universalité et sa qualité poétique justifiait une oeuvre publique. Passer par les ondes pour supplier celle qu’on aime, quel plus bel hommage ?
Revenir en haut Aller en bas
Novocaïne

avatar

Nombre de messages : 1106
Date d'inscription : 01/06/2007

MessageSujet: Re: Petite question ?   Mar 13 Mai 2008 - 22:38

Diego Ortiz a écrit:
Pendant que se reposent les cheveux malmenés de Novocaïne, je continue le mouvement de mon premier message, qui avait été pillé par des fourmis peu soucieuses de bon sens.

Entre les lignes, je comprends, Novocaïne, que la fidélité de la poétesse à sa plume est parfois remise en question par sa fidélité au reste du monde, à commencer par les êtres les plus proches et les plus aimés.

Oui, Albert Londres disait bien, à propos du journalisme : "Il faut porter le fer dans la plaie", en parlant de la responsabilité du grand reporter de ne faire aucune concession aux pressions sociales et aux loyautés imposées, et de se tenir debout, inacceptable au besoin, mort si nécessaire, lorsqu'il était question de vérité et d'authenticité. Position de journaliste, de reporter, de témoignage.

Pour la poétesse il y aurait la tentation de plaire ou de ne pas déplaire. Celle de plaire davantage. Celle de ne pas saborder une relation chère pour quelques lignes. Ou alors, de tout garder dans des tiroirs secrets, autrement dit vivre une double vie. Kafka, je crois, avait expressément demandé à ce qu'on jette tout ce qu'il avait écrit. Je n'ai pas encore tout à fait compris où tu situais ton propre dilemme, voilà pourquoi je te demandais, dans mon intervention précédente, de préciser un peu ta question.

Pour ce qui me concerne, je considère l'écriture comme plus exigeante encore que les autres formes d'expression artistique, parce que les espaces de la vie concrète et de celles des profondeurs y sont indissociables. Je n'ose imaginer combien d'œuvres majeures sont passées à la trappe parce que l'écrivain ne se résolvait pas à mettre en jeu son être social, voire sa tête à prix. Il y a en effet un risque très concret ici. Salman Rushdie en a été un exemple, parmi de très nombreux autres, dont la plupart furent privés, familiaux, sous la forme de scissions et de brouilles parce que la voix du poète avait remis en cause certaines illusions sur lesquelles il était tacitement entendu une fois pour toute qu'on n'y toucherait pas.

C'est dangereux, quelqu'un qui parle en se laissant parler même si parfois il ne saisit pas entièrement la portée de ce qu'il est en train de dire, qui s'inscrit non seulement dans un espace littéraire, mais aussi social, dont il ne détient pas toujours les clefs. Je ne sais pour toi, mais il m'est arrivé de découvrir des choses à propos de ma propre vie et de ce que je considérais comme ma personne uniquement après m'être laissé écrire, tout simplement. Et aussi d'avoir des lecteurs ou des lectrices qui saisissaient en première lecture, et bien avant moi, certains motifs qui m'étaient encore entièrement inconscients, ce qui m'a donné parfois du fil à retordre.

Mais retordre quel fil, et pourquoi s'en donner le souci au-delà de la simple décence, je me le demande aujourd'hui. Mon propre père a brûlé juste avant sa mort tous ses écrits, des fictions en particulier, dont je regrette infiniment la disparition, car je me souviens de certaines d'entre eux qu'il avait partagés avec moi, pudiquement, et je suis certain qu'ils étaient bons, et que s'ils étaient là, ils me nourriraient encore.

On ne peut blâmer le ciel, l'oiseau, la mer, ni les fientes occasionnelles qui se transforment en guano et fait les carrières de nitrates, au Chili, qui ont longtemps alimenté le monde en dynamite.

Dans l'état actuel de ma compréhension de ta question, Novocaïne, je dirais que le don de l'écriture fonde le droit d'écrire et d'aller aussi loin qu'on le sent dans la création littéraire, quelles que soient les pressions sociales exercées, ou autres éléments étrangers à l'art, comme la chance de percer comme écrivain, et ainsi de suite. La plume de la poétesse c'est son cœur et nul et nulle ne possède de droit là-dessus, et surtout sous la forme d'une censure. Quant au respect que porte la poétesse à sa plume, il implique qu'à son tour elle la laisse courir librement, donc sans s'appliquer à elle-même une autocensure qui résulterait de contingences sociales qui sont toujours, si l'on y réfléchit bien, complètement arbitraires et illusoires.

Ensuite se pose la question de la diffusion, du lectorat, et aussi de l'engagement de son moi dans son œuvre propre. Dans mon contexte et à mon âge, fort différents des tiens, il me semble que les articulations se font sur un mode analogue à l'expression de notre personne dans les autres domaines. Je porte des jeans et baskets et jamais de cravate même plus aux enterrements. Il arrive que je fasse une exception. Par exemple quand je fus garçon d'honneur dans un mariage au Rwanda.

Dans mon propre milieu social et culturel je puis parfaitement me défendre, et aussi me dégager facilement de qui tenterait de me passer la cravate au cou. Au Rwanda (un exemple parmi d'autres) je fais gaffe aux dégâts, aux blessures involontaires. Un effort continu sur les décennies a été de tenter de rendre ma vie toujours plus cohérente et donc susceptible d'être transparente. C'est une apparente contrainte qui n'a fait qu'augmenter ma liberté dans tous les sens du terme, d'une manière qui indispose parfois, mais souvent sans trop de gros séismes, et souvent aussi, dans un second temps, l'impression que je serais dangereux étant surmontée, un approfondissement dans les relations les plus chères.

Il y en a eu qui se sont rompues aussi. C'est déjà trop long ce que je te dis alors que je ne suis pas entièrement sûr que ce soit pertinent. A croire que les fourmis sont revenues décidées à s'exprimer à leur tour. Celles qui se sont rompues par intolérance à une manifestation de ma part avaient-elles lieu de se poursuivre ? N'étaient-elles pas déjà cuites ? Avait-on d'ailleurs encore le choix de se taire et de se cacher les choses ? Avec le recul je pense que non. Paul Watzlawick : On ne peut pas ne pas communiquer. Luis Prieto : Indiquer c'est influencer.

Nous sommes donc faits comme des rats. Pas question d'attendre toute la vie dans notre trou, ni question de se moquer des chats. Les carottes sont cuites, Novocaïne. Si tu as la fibre poétique, tenter de la dompter en dehors des impératifs artistiques ne serait qu'une automutilation, une amputation. Donc bons cheveux et bon tout. Voilà en gros ce qui me courait par la tête il y a quelques heures en lisant ce fil.


Bon: The Morceau!

Déjà , je l'adore ce morceau, car il est tellement riche d'infos, d'authenticité, de vraies questions, que je vais essayer d'être à niveau pour échanger mon point de vue avec toi.

Concernant Albert Londres ; je ne peux qu'être intimement convaincue de ce qu'il dit et vouloir tendre vers ça, mais malheureusement, je suis plus comme Kafka je pense. Sans parler d'une double vie, mais d'un jardin que j'ouvre quand je le sens à certains proches avec à chaque fois, une boule au ventre même si je l'ai choisit.

Grâce à l'émission de notre ami Jean vilain, certains proches ont entendu mes poèmes lus par des acteurs, ce qui mettait une autre dimension à mes textes et à la relation de mes lecteurs "particuliers" vers moi en dehors de l'auteur, car, puisque je suis entendue en tant qu'auteur, je suis à leurs yeux bizarrement moins reliée à mes textes que lorsque je leurs en montrait un au hasard par voie personnalisée.
J'ai été agréablement surprise de leurs réactions, car ils ont réussi à me lire ( enfin, écouter) comme un auteur inconnu. Mais si je vais vers un lecteur "particulier" avec un poème en poche et que je lui demande de le lire; l'impact est tout autre. Il me lit, en dedans de moi. C'est comme cela que je le ressens.D'où ma question. Si cette personne le met de côté et me dit, je le lirai plus tard et que jamais je n'ai de retour, je me sentirai blessée, ignorée. Ou s'il utilise ce texte pour me manipuler parce que comme tu le dis, parfois, certains lecteurs peuvent déceler certaines choses que nous-même en tant qu'auteurs nous n'avons pas du tout perçu.
Mais en tant que lecteur lambda, sa perception restera tout de même dans le doute puisqu'il ne connaît que l'auteur et non la personne.

L'autocensure est un problème vaste que je n'arriverai pas à décortiquer aujourd'hui. J'en ai, elle est comme la pudeur, pourtant, il m'est déjà arrivé de lâcher les mords et le résultat me plaisait beaucoup plus évidemment. Cependant, est-ce bien raisonnable? Je me le demande encore, donc, automatiquement ; il y a censure.
Ce n'est pas tant pour plaire puisque je plais plus en lâchant prise, mais par peur d'être vue surtout. Donc analysée et peut-être mal jugée car j'ai en moi toujours ce sentiment que je suis difficilement compréhensible.

Mais pour te rejoindre, en effet, le fait d'être authentique aide à ne s'entourer que de personnes qui nous acceptent pour ce que l'on est , non pour ce que l'on paraît.Et on en revient encore et toujours à ce cher William!
Malheureusement, les gens qui n'acceptent pas les différences pourraient faire du tort; nos liens sociaux pondérés par ce politiquement correct et toute sa panoplie des quand dira t'on sont des armes capables de détruire plus vite que l'on n'imagine. Ne serait-ce qu'en tant que mère; je me dois de ne pas montrer tout de ce que je suis envers d'autres parents car les mauvaises interprétaions pourraient avoir des conséquences sur elle peut-être.
Comme pour mon métier, où, il faut bien l'admettre, plus la surface est polie et épaisse, plus on a de chances de réussir à faire son trou dans un premier temps. Et ensuite seulement, c'est ma personnalité qui fera bien-sûr la différence, j'en ai aussi conscience.
Alors le dilemme est là aussi vois-tu?

Faits comme des rats mon cher Diego! Exactement!

Mais je pense à une chose, toujours " S'affirmer en tant qu'être à part entière et authentique, avec sa tête, son cœur et son corps; est une force indestructible"
Mais y parvenir n'est pas chose aisée, il y a des chemins à parcourir.

Voilà Diego, j'espère avoir répondu à tes questions mais j'ai sûrement omis certains détails,si c'est le cas, n'hésite surtout pas à me le dire; ce sera avec plaisir que j'y reviendrai.

Bon,je suis arrivée à rattraper mon retard jusqu'à hier 17h27'. C'est bien, donc je reviens demain, pour rattraper le reste.


Dernière édition par Novocaïne le Mar 13 Mai 2008 - 22:50, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Romane
Administrateur
avatar

Nombre de messages : 91113
Age : 62
Localisation : Kilomètre zéro
Date d'inscription : 01/09/2004

MessageSujet: Re: Petite question ?   Mar 13 Mai 2008 - 22:49

C'est drôle... enfin non c'est pas drôle, je veux dire qu'après être passée par une phase questionnante approchant la tienne, un jour j'ai tout lâché sans me préoccuper des conséquences. Eh bien il n'y a pas eu de tremblement de terre, rien que des mains qui se tendaient franches et directes.

Je crois que finalement, on se pose peut-être de faux problèmes et qu'il n'y a pas de raison d'avoir peur. Je dis une bêtise ?

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
http://lessouffleursdereve.jimdo.com/
Revenir en haut Aller en bas
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
Diego Ortiz

avatar

Nombre de messages : 530
Age : 60
Date d'inscription : 07/04/2008

MessageSujet: Bêtises ?   Mer 14 Mai 2008 - 1:13

Non, je ne le crois pas. Pour en revenir à mon domaine, lors de la consultation transculturelle cet après-midi à l'hôpital j'en suis venu à devoir dire à mes jeunes collègues médecins que le modèle biomédical commençait par nous désapprendre l'art de la conversation, puisque le médecin, dans ses premiers contacts, doit se comporter, et avec urgence, comme un enquêteur afin d'établir un diagnostic et une opportunité de traitement. Dans ce type de discours, celui de l'anamnèse, il importe avant tout de mettre les symptômes et les signes du malade dans un certain cadre et ensuite de formuler des hypothèses, un diagnostic différentiel comme on dit, et ensuite de faire le choix d'une ou deux priorités afin d'instaurer aussi vite que possible le traitement le plus probablement efficace. Il ne s'agit donc pas d'une conversation mais d'un interrogatoire suivi d'un monologue, où le médecin garde de bout en bout l'initiative au nom du mandat qui lui est conféré.

Cela suffit souvent. Des maladies guérissent en cinq jours, et d'autres entraînent la mort en cinq ans sans que les patients aient jamais le désir de connaître davantage que les conclusions et les décisions médicales, donc les conseils et les marches à suivre.

Souvent cela ne suffit pas, par contre, et il faut retrouver, ce qui est difficile avec une blouse blanche, un bip dans chaque poche, deux infarctus à la fois sur le feu, et une hiérarchie de type militaire, le chemin de la conversation dialogique, qui implique l'écoute de l'autre et l'acceptation à l'avance d'adapter sa pensée et ses valeurs à celles de l'autre. C'est là que commence l'art médical véritable et l'autonomie dans le métier.

Je disais donc au collègue plus jeune, appuyé en cela par un autre ethnopsychiatre, qu'il pourrait parfaitement résoudre le problème de l'incommunicabilité avec sa patiente presque morte et avec son mari presque assassin des médecins impuissants, en se positionnant en tant que personne, et en livrant certaines clefs. Il s'agit d'une illustration de l'intervention de Romane. Ce n'est pas des bêtises. La découverte de l'art, c'est que cela marche. Les gens redeviennent des personnes et reprennent les médicaments qu'ils avaient cessé de prendre en cachette de vous qu'ils prenaient comme un robot distributeur de médecine, et ainsi de suite. Cela marche. Mais on est obligé d'en passer par la première étape, celle du robot, afin de devenir un bon médecin technicien, rapide, décidé, paternaliste, efficace, avant de pouvoir desserrer un peu la cravate et aborder la quintessence de l'art.

L'essence de l'art, je crois, a pour ennemi principal la crainte du qu'en-dira-t'on. Je ne développe pas. Les exemples connus abondent, et quant aux inconnus, il doit y en avoir mille fois plus. Quel gâchis.
Revenir en haut Aller en bas
Novocaïne

avatar

Nombre de messages : 1106
Date d'inscription : 01/06/2007

MessageSujet: Re: Petite question ?   Jeu 15 Mai 2008 - 14:35

Romane a écrit:
C'est drôle... enfin non c'est pas drôle, je veux dire qu'après être passée par une phase questionnante approchant la tienne, un jour j'ai tout lâché sans me préoccuper des conséquences. Eh bien il n'y a pas eu de tremblement de terre, rien que des mains qui se tendaient franches et directes.

Je crois que finalement, on se pose peut-être de faux problèmes et qu'il n'y a pas de raison d'avoir peur. Je dis une bêtise ?

Et bien voilà ma Ro !

Tout est dit je pense.

Merci.

( Heu Diego....je crois en toute sincérité que je n'ai rien compris scratch )
Revenir en haut Aller en bas
Romane
Administrateur
avatar

Nombre de messages : 91113
Age : 62
Localisation : Kilomètre zéro
Date d'inscription : 01/09/2004

MessageSujet: Re: Petite question ?   Jeu 15 Mai 2008 - 15:52

Diego, je te reçois 5/5 et j'abonde en ton sens. Une fois ces étapes franchies, on ne craint plus grand chose à "se dire aux autres", et quand on est de l'autre côté de la barrière, à "écouter ce que disent les autres".

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
http://lessouffleursdereve.jimdo.com/
Revenir en haut Aller en bas
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Petite question ?   

Revenir en haut Aller en bas
 
Petite question ?
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 2 sur 2Aller à la page : Précédent  1, 2
 Sujets similaires
-
» petite question existentielle + ajout de sondage
» Petite questions entre amis!!!
» petite question sur upscaling 1080i
» [INFO] The topic de la petite question/info qui ne mérite pas un topic entier!!
» Petite question, demande de réponse rapide !

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forums Liens Utiles :: Littérature :: Biblio LU :: A propos de livres-
Sauter vers: