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 Les fauves de ma vie

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Farouche

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MessageSujet: Les fauves de ma vie   Dim 18 Mai 2008 - 11:34

J'en ai 4. Et si je me retiens d'en avoir encore, c'est que mes chats ont des exigences en matière de calins et d'attention qui m'obligent à rester raisonnable.
Je ne sais pas encore mettre des photos (ça viendra) mais voici quelques lignes à leur sujet. Si ça vous plaît, vous aurez la suite Smile

"One cat just leads to another" Hemingway

Hommage aux fauves de ma vie.


Le lotus est la fleur aux mille pétales. Mon Lotus est un chat. Le chat du manque viscéral, le chat avide, le chat supplié, rêvé, le chat idéal. C’est donc cette allure hiératique, cette silhouette de sphinx, ce regard admirable de chat égyptien, aux immenses yeux d’or pâle, fardés de khôl que j’attendais.
Je ne savais pas combien elle me manquait avant de la tenir entre mes mains, petite créature extra-terrestre aux yeux bien trop grands, aux oreilles comme des ailes de papillon, à la tête disproportionnée, énorme sur ce corps frêle et incertain. Il y a dans ce chaton de la chauve-souris.
J’avais oublié mon regard plissé de plaisir devant ses facéties de bébé, dès qu’elle est un peu plus assurée, conquérante d’un univers où les proies sont une feuille de chêne encore accrochée à sa brindille, un criquet de deux centimètres (dont on a prudemment croqué une patte arrière) un fil tombé de la table à couture, et qu’elle attaque avec une férocité toute féline, tassant à petits soubresauts son arrière-train pour bondir subitement sur l’ennemi perfidement immobile.
J’avais oublié mon bras ankylosé au supplice parce qu'elle s’est endormie dessus et qu’il est hors de question de troubler une seconde le sommeil de la minuscule déesse qui gît là, abandonnée, tiède, soyeuse.
Tout cela, je l’avais perdu, depuis la mort d’une chatte au nom espiègle de Galipette.
Lotus est le chat retrouvé, pour habiter de sa toujours gracieuse présence un bras de fauteuil, ou de sa distinction innée la poutre de la cheminée. Pour habiller de fourrure la paille d’une chaise, pour dévoiler le soleil sur les dalles de terre cuite en s’y jetant d’un trait, comme morte et s’y léchant d’une langue paresseuse, engourdie par la chaleur mais méthodiquement efficace.
Elle a la finesse inouïe du jeune guépard qui, échine hérissée en crinière, cherche encore parfois à labourer cruellement mon bras de ses pattes postérieures de future chasseresse. Elle en a aussi la farouche indépendance quand elle fuit mes trop pressantes caresses d’un bond qui la mène à cinq pas et me défie alors d’un regard ombrageux.
Et me voici mendiante à la cour de cette jeune Fille du Ciel, et lorsqu’elle me gratifie d’une longue séance où elle s’approprie ma personne à lents coups de tête ponctués de ronronnements hachés de silences, alors vibrent jusque dans mon âme une plénitude, une évidence sans questions, une féminité de chatte.

Et puis il y a le chat de l’abandon de toute résistance. Venez à moi félins de tout poil ! Le chat de la joie reconquise, le chat c’est-dans-l’ordre-des-choses.
Le chat sans plus rien de douloureux dans l’allure, sans dans sa démarche altière l’ombre d’un tourment inconnu qui plane. Le jeune chat, juste chat, sans peur, gourmand, curieux, joueur, malicieux et câlin à ses heures de fatigue.
C'est Narcheska, littéralement « Princesse » (selon Robin Hobb) et princesse effectivement : capricieuse, tyrannique, usant de son pouvoir naturel à des fins égoïstes, cherchant la préséance sur plus grand (Lotus) ou sur trop différent (Mouflette, la chienne) avec une assurance désarmante.
Elle invente des vocalises fantasques par lesquelles elle commente, interroge, demande, réclame, exige, d’une voix si impérieuse qu’on a peine à la croire sortie d’une si mince gorge.
Vêtue comme leurs Majestés les Chartreux ou les Seigneurs bleus de Russie d’une robe grise somptueusement uniforme, où brillent d’un éclat coquin les deux perles vertes de ses prunelles rondes, elle règne sur la famille entière. Elle a trois mois, elle est convaincue que vivant ou inerte, ici, tout lui appartient. Elle a raison.
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MessageSujet: Re: Les fauves de ma vie   Dim 18 Mai 2008 - 12:05

Magnifique ! Et tellement vrai. Tu es une vrai amoureuse de chats, tu sais voir, entendre comprendre et ressentir le chat. J'en parlais avec une autre amoureuse de cette trempe il y a peu de temps et nous nous disions que ceux qui disent ne pas aimer ces créatures magiques ne les ont jamais vraiment observées. Ils auraient beaucoup apprit sinon...

Merci pour ce bel instant, et maintenant j'attends les photos de tes poilus Wink
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MessageSujet: Re: Les fauves de ma vie   Dim 18 Mai 2008 - 12:28

Je ne demande pas mieux, mais pour l'instant, je n'y arrive pas Sad
un petit cours s'impose, je crois... que dois-je faire une fois que j'ai cliqué sur image ? Embarassed

Mon demi-siamois (comme le tien) vient de décider encore une fois d'apprendre à taper sur le clavier, il m'aide beaucoup...
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MessageSujet: Re: Les fauves de ma vie   Dim 18 Mai 2008 - 12:32

En fait il faut héberger tes images chez "servimg" (ou ailleurs) avant de clicker sur "image"... Une fois hébergée, tu copies l'adresse url de l'image, tu la colle dans ton message puis tu la sélectionne en surbrillance et là, tu clickes sur image.
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MessageSujet: Re: Les fauves de ma vie   Dim 18 Mai 2008 - 12:59


Voici Narcheska, la princesse capricieuse

[img]
Et Lotus, fille du ciel

[img]
Puis, Masango, mon presque chat (c'est un hybride de 3è génération)

[img]
Et enfin, Siam, venu consoler Masango de la perte de son frère GengisKhan qui a failli le tuer (grève de la faim et tout)



[img]

Et ils 'aiment ces deux-là, que c'est un bonheur !
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MessageSujet: Re: Les fauves de ma vie   Mar 27 Mai 2008 - 1:18

Ma-gni-fi-ques...
Mais je ne peux pas m'empêcher de trouver tous les chats magnifiques... J'suis perdue pour la cause des hommes Mr.Red
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MessageSujet: Re: Les fauves de ma vie   Mar 27 Mai 2008 - 22:38

Voui... J'ai tendance à penser pareil de moi... perdue, moi alien
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MessageSujet: Re: Les fauves de ma vie   Mer 28 Mai 2008 - 10:27

J'ai toujours aimé les chats, et les félins en général. Les tiens sont magnifiques, et surtout magnifiés par ton regard et tes mots !
Tu as bien fait de poster ça ici !

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
L'art est parfois un sale boulot, mais il faut bien que quelqu'un le fasse
Le site Filosphere ** Filographies : photo & design ** Ma musique récente ou inédite ** Musique de la Juste Parole
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MessageSujet: Re: Les fauves de ma vie   Mer 28 Mai 2008 - 10:48

Ya une suite ! toujours en évolution au fil du temps.
Je peux poster plus si ça suscite ton intérêt Smile
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MessageSujet: Re: Les fauves de ma vie   Mer 28 Mai 2008 - 11:45

Citation :
Puis, Masango, mon presque chat (c'est un hybride de 3è génération)

Tu veux dire quoi par hybride?
Tes chats sont magnifiques... feu puits
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MessageSujet: Re: Les fauves de ma vie   Mer 28 Mai 2008 - 14:18

Son arrière grand-père n'est pas un chat mais un serval

[img][/img]

regarde-le bien, et tu verras des similitudes, que je suis toute disposée à expliciter sinon Smile
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MessageSujet: Re: Les fauves de ma vie   Jeu 29 Mai 2008 - 0:05

Je connais, j'adore le serval et aussi un de ses cousins l'ocelot.
Mais comment as tu pu l'avoir? Enfin les servals n'existent pas en France...
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MessageSujet: Re: Les fauves de ma vie   Jeu 29 Mai 2008 - 12:30

Je te colle le lien de l'Africats Savannah Club, tu y trouveras beaucoup d'infos :
http://www.savannahclub.fr/

Mon Savannah est un hybride de 3è génération, donc pas considéré en France comme un chat. Bien que n'ayant que 13 % de sang de serval, il est très différent de mes autres chats, tant au niveau de la morphologie (mais ça demande une certaine habitude pour cerner toutes ces différences) que du caractère.
J'adore tous mes chats, mais je dois reconnaître que Masango est vraiment spécial.

Merci pour les compliments Wink les amoureux des chats adorent qu'on leur dise que les leurs sont beaux Smile
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MessageSujet: Re: Les fauves de ma vie   Jeu 29 Mai 2008 - 14:51

Super AngeR
Merci
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MessageSujet: Re: Les fauves de ma vie   Jeu 29 Mai 2008 - 21:05

argheuuuueu!!! " ma couille " revient tout de suite à la maison !!! mdr mdr
Ils sont que dire beaux hein Bloody ??
bon, je filoche les compter et si il n'y en plus que 6...je dépose plainte..
heu, les filles et les garçons, j'en ai un à placer dans deux mois... AngeR , pour l'instant il fait nem dodu, chat tigré...genre pirate il vient d'ouvrir un oeil ...c'est un mec !!
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MessageSujet: Re: Les fauves de ma vie   Ven 30 Mai 2008 - 10:11

Je vous donne encore un peu de mes chats Smile la suite de l'histoire, la la la

Lotus a grandi. Plus rien ne subsiste en elle de la chatonne maladroite et émouvante des premiers mois. Hormis peut-être lorsqu’elle se laisse aller dans ces jeux enfantins où l’entraîne Narcheska qui a bien changé elle aussi. Les peluches se sont muées en créatures mi-enfant, mi-adulte, comme le sont tous les adolescents -si j’ose cet anthropomorphisme- au gré des instants.
Leurs caractères respectifs se sont affirmés, marquant pour toujours des différences qui constituent deux individualités accomplies.

Lotus a suivi le chemin que le chaton qu’elle était préfigurait : elle est aujourd’hui une déesse gracile. Elle promène la silhouette de la noblesse absolue d’un pas d’une élégance nonchalante qui masque à la perfection des attaques d’une effrayante vélocité. Lorsqu’elle chasse, sa préférence va aux oiseaux qui, comme elle, viennent du ciel.
La nature lui a refusé le droit d’enfanter. Maintes fois, elle s'est livrée à une débauche indigne d'une telle majesté, ne rechignant pas à copuler à même le paillasson de l'entrée, avec une détermination remarquable et une totale absence de pudeur.
Mais jamais ses efforts bestiaux n’ont porté de fruits. Il y eut par trois fois des nuits dramatiques où elle s'arc-bouta dans des douleurs gémissantes qui signaient la fin d'une tentative de reproduction. Finalement, soulagée par la main de l'homme des pulsions naturelles qui la guidaient vers des mâles enfiévrés, elle reste une demoiselle à jamais.

Narcheska, elle, princesse certes, mais princesse campagnarde, a développé une ossature et une musculature plus rustiques ainsi qu’un tempérament de chatte orthodoxe.
Elle chasse volontiers des souris qu’elle torture avec art et s’indigne lorsque la petite bête meurt enfin, après de longues séances où elle s’est vue projetée en l’air, retenue par une patte posée négligemment sur sa queue, relâchée quelques instants pour être mieux rattrapée ensuite. Elle signifie alors son mépris à ce jouet trop fragile par des miaulements rauques et en croque, par principe, la moitié, me faisant don de l’autre dans sa grande magnanimité.
Elle rouspète aussi contre la pluie qu’elle déteste. A peine passé la chatière, elle se plaint sur un ton autoritaire, comme s’il était en mon pouvoir de faire cesser l’averse et que pour une raison purement égoïste je m’en abstenais.
Elle finit par sauter sur mes genoux, le poil trempé et froid, et attend pour ronronner de m’avoir pardonné cette inconséquence.
Narcheska a eu six beaux petits solides et sains comme elle. Elle s’est montrée une excellente mère, les flancs creusés d’une extrême maigreur par ses efforts constants pour les nourrir, et secondée par la chienne (disparue depuis) pour la toilette !

*********************

L'épisode Lili, qui pourrait s'intituler « cruelle erreur de jugement » .
Que font des amoureux des chats lorsqu'ils souhaitent dorer leur blason ? Ils se rendent dans un refuge pour y faire le bonheur d'un matou abandonné. Ils y sont pléthore et le choix est malaisé parmi tant de miaulements implorants, de caresses séductrices, de regards aguicheurs.
Rapidement cependant, notre choix se porte sur une minette répondant au nom de Lili dont le pelage gris pâle se marbre de beige et qui donne sous certaine lumière un rose saumon du plus bel effet. Lili doit avoir quatre ans, elle a un joli minois, se frotte contre nos jambes avec ardeur et semble n'espérer rien d'autre au monde que partir avec nous. Quelques papiers plus tard, la voilà à l'arrière de la voiture, manifestant son inquiétude et son impatience par des miaulements gutturaux et insistants.
Dès l'arrivée, son extase confine à l'hystérie. Elle devait être bien aimée de la vieille dame qui l'avait élevée pour retrouver avec tant de bonheur instantané les joies de la vie de famille et le cocon rassurant d'une maison ! Elle prend possession immédiate du panier préparé pour elle et garni d'un plaid moelleux, elle s'y roule, ne tient pas en place, en ressort pour se frotter inlassablement contre nous à grand renfort de ronronnements bruyants, nous suit comme notre ombre dans tous les déplacements et fait montre d'un enthousiasme débordant pour tout. Oh ! quelles bonnes croquettes ! Ah ! comme ce canapé est douillet ! Tout l’enchante, elle le dit et le montre.
Lotus et Narcheska ont perçu l'intruse et sont venues jeter un coup d'œil. Lili se montre timide, se cache, se réfugie auprès de nous tandis que nos deux chattes grondent et crachent à son endroit des : "Tu es ici chez nous" et des : "Ne t'avise pas de l'oublier". Mais nulle inquiétude ne vient entacher cette première soirée. Il n'est rien que de très normal dans cette attitude des propriétaires des lieux devant l'arrivée d'une nouvelle co-propriétaire, imposée qui plus est.
Nous lui offrons notre lit pour cette première nuit étant donnée la panique que nous lisons dans tout son comportement au moment de lui fermer notre porte. Tant pis pour les jalouses, il faut que Lili se sente acceptée. Elle est insatiable de câlins et de caresses, explore par le menu son nouveau territoire, et enfin, terrassée par tant d'émotions se roule en boule entre nous deux et s'endort.
Rien ne laisse présager le fiasco qui se prépare.
Lotus et Narcheska semblent prêtes à accepter une nouvelle compagne, engagent des pourparlers sous forme de "reniflage" de nez, d'approches subreptices à la manière féline. Pour un oeil exercé, disons que les choses suivent leur cours normal.
Mais Lili a d'autres projets que de simplement faire partie de la famille. Après quelques jours d'une timidité sincère ou feinte, je ne saurai jamais, sa décision est prise : la maison lui appartient. Elle nous veut pour elle toute seule. Elle veut bien laisser le jardin aux deux autres, elle ne sort d’ailleurs pour ainsi dire jamais (hormis pour satisfaire ses besoins naturels) mais l'intérieur doit être son domaine exclusif. Hors de question d'avoir à partager nos caresses et les coussins du canapé.
Et Lili la timide, la douce, la tendre se mue en furie de griffes et de crocs pour chasser Lotus et Narcheska dès qu'elles passent la porte, sidérées par ce comportement qu'elles paraissent ne pas comprendre. "Nous t'avons acceptée, que fais-tu ?" Elles tentent de croire à un jeu, mais prennent vite conscience qu'il n'en est rien.
Je me fâche, gronde Lili et lui explique maintes fois qu'ici les choses ne peuvent se passer ainsi. Elle est la bienvenue et ma réserve infinie de caresses peut suffire à de nombreuses fourrures, mais l'exclusivité, ça, c'est impossible !
Les choses empirent au fil des jours. Au bout de deux semaines, Lili refuse carrément l'entrée aux autres et les course même à l'extérieur, avec une agressivité qui ne laisse nul doute sur ses intentions. Les deux autres cèdent du terrain et osent à peine rentrer pour manger sous ma surveillance vigilante.
Alea jacta est.
La mort dans l'âme, je me décide à ramener Lili au refuge, où l'on me traite comme une pestiférée malgré mes explications. Mais j'ai tiré une leçon de l'expérience. Tant pis pour tous ces chats adultes qui ne demandent qu'affection au sein d'un foyer, jamais plus je ne prendrai le risque de mettre en danger mes trésors pour satisfaire l’un de ceux-là. Si ma faim de chat devient trop pressante, il faudra impérativement qu'il s'agisse d'un chaton, afin que ses sœurs plus âgées lui fassent signer le règlement des lieux. Elles sont chez elles, nul ne pourra plus le mettre en doute

******************

Voici qu’arrive au sein de la chatterie une minuscule boule siamoise à la robe seal point. Il portera le nom d’un conquérant : Gengis Khan. Premier mâle à intégrer la famille chatesque, il lui faudra faire sa place entre une déesse et une princesse, ce qui n’est pas rien ! L’empereur du plus grand empire de tous les temps me paraît approprié à cette entreprise.
Dès le premier jour avide d’une tendresse perpétuelle, il a décidé de grandir sur nous. L’univers se borne donc pour lui à ces corps de géants bienveillants qui le transportent, le bercent, le caressent, lui servent de couche moelleuse. Son petit moteur interne fonctionne déjà à plein régime dès qu’une main affectueuse s’approche et avant même qu’elle se pose sur sa fourrure laineuse de bébé.
Son regard d’un bleu changeant scrute dans les nôtres l’amour potentiel qui y flotte. Pendant toute une semaine, cela lui suffit.

Gengis Khan. Seigneur de guerre dont le nom fait trembler. Mon Gengis Khan à moi est sourd, obèse, larmoyant, loucheur et minuscule. Holà, me direz-vous, quelle pauvre créature est-ce là ? Mais il serait infiniment réducteur de s’en tenir là. Parce que ce chaton atypique réunit tout ce qui fait le charme le plus irrésistible d’un petit Prince du Siam.
De doux yeux ronds, d’un bleu incroyablement hypnotique percent le masque charbonneux d’un éclat de pierres précieuses. Affligé d’un léger strabisme occasionnel qui ne peut causer qu’attendrissement, il vous regarde comme s’il portait sur ses épaules le poids d’un empire à gouverner. En fait, c’est surtout le poids de son énorme bedaine qui le transforme ainsi en boule de dépit et le rend plus touchant encore.
Sa robe brumeuse et évolutive est cotonneuse à souhait, et vient accentuer cet air immuable de très jeune chaton. Car Gengis Khan ne grandit pas, ou presque. Souffrant d'un coryza contracté dans les premières semaines de sa vie, il a consacré toute son énergie à survivre, il n'en est pas resté assez pour croître ! Ce n'est pas faute de manger, activité à laquelle il se livre avec un sérieux et une régularité qui forcent le respect.
Il trimballe donc sans honte sa silhouette de poire et fait fi des quolibets les plus insultants avec indifférence. Les sons émis alors ne viennent nullement le perturber, ni aucun autre son d’ailleurs, il vit dans le monde silencieux des nuages.
Alors oui, il ronfle en respirant par ses narines perpétuellement encombrées et vous éternue dessus, oui, ses beaux yeux qui cherchent à se rejoindre parfois pleurent sans cesse, oui, on lui parle en vain et on cherche à attirer son attention dans le vent, oui, son ventre est proche du sol et ses proportions discutables.
Malgré cela, il conquiert toute personne qui l’aperçoit en un temps record. Beaucoup commencent en se moquant un peu, ou en jouant l’indifférence, puis il s’approche, les regarde, grimpe sur leurs genoux en ronronnant comme un tigre et les voilà minaudant, inventant de petits surnoms charmants ou drôles, se surprenant eux-mêmes, lançant des : « pourtant, moi, d’habitude, les chats... »
Eh oui. Il n’y a pas qu’une seule manière de conquérir le monde. Gengis Khan a trouvé la sienne, toute faite de contrastes. Comme sa douceur de laine mais ses dents pointues comme des aiguilles lorsqu’il vous mord par amour.
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MessageSujet: Re: Les fauves de ma vie   Ven 30 Mai 2008 - 10:35

Superbe! oui les chats sont cela et autres encore !!
J'ai eu beaucoup de petits félins dans ma vie, et je vis encore avec 7 chats et chattes ...
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MessageSujet: Re: Les fauves de ma vie   Lun 2 Juin 2008 - 15:40

génial... J'imagine que tu dois apprécier Rémo Forlani non ? Wink
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MessageSujet: Re: Les fauves de ma vie   Mar 3 Juin 2008 - 10:54

Merci Bloody Smile

J'apprécierais certainement beaucoup Rémo Forlani, si 1) je savais qu'il existe (mais je le sais maintenant) et 2) si je savais qui est ce monsieur Very Happy

Tu m'en dis plus ?
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MessageSujet: Re: Les fauves de ma vie   Mar 3 Juin 2008 - 10:59

Rémo Forlani est un écrivain, poète, auteur de théâtre, chroniqueur et recemment dessinateur grand amoureux des chats devant l'éternel Wink
Je l'ai découvert en lisant un de ces romans intitulé "Gouttière" que je ne peux que te conseiller, mais il y en a plein d'autres sur ce même thème de prédilection. En te lisant j'ai pensé à lui tout naturellement, vous faites partie de la même famille... Et moi aussi d'ailleurs cat
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MessageSujet: Re: Les fauves de ma vie   Mar 3 Juin 2008 - 11:18

Chouette ! Je ne saurais louper une telle occasion. Quand j'aurai lu, je te donnerai mes impressions Wink
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