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 Maria Leon Bascur

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Mena

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MessageSujet: Maria Leon Bascur   Jeu 29 Mai 2008 - 13:52

Je continue de poster ici alors, mes articles sur les écrivains. OKay? Puisque j'ai déjà commencé... autant continuer!

María León Bascur


Le Chili, comme tous les pays de ce nouveau monde nommé Les Amériques, a été, depuis sa découverte et sa conquête, une terre d'accueil pour les émigrés, gens de passage dans ce monde des vivants, aventuriers de toute sorte, chercheurs de fortune, rêveurs invétérés et surtout des bâtisseurs. Mais pour faire partie de cette dernière catégorie il faut posséder aussi une ou plusieurs qua­lités des cinq autres précédemment énumérées : il faut être émigré, aventurier ou rêveur. Parce que pour bâtir quelque chose, ne fusse qu'une simple cabane au milieu d'un champ, il faut avoir sa part de magie et de rêves à accomplir.
Le Chili est parsemé d'exemples de ces gens qui se sont aventurés à rêver et... à bâtir des rêves.

Maria Léon Bascur fait partie de cette lignée de..., appelons-la « rêveurs-bâtisseurs », qui ont réussi à conquérir leur part de paradis dans un monde parsemé d'obstacles et de pièges uniquement conçus pour les faire trébucher, puis tomber dans les abîmes insondables de la médiocrité et de l'oubli. Car les rêveurs-bâtisseurs peuvent être tout sauf des médiocres.
Et c'est ainsi que commence son histoire.
Dans son autoprésentation qui sert de prologue à son livre,

"Augurio de Sibila para el Hombre 2000" (Les augures de Sybille pour l'homme 2000), elle raconte : « Je suis née dans une ferme nommée "El Ingénio" (1)à 20 kilo­mètres de La Ligua, la terre des douceurs et des métiers à tisser, lieu de naissance de l'extirpe de La Quintrala(2) [...] Mon père, Don Peter,comme on l'appelait, était le meunier. C'était un descendant d'une caste de vignerons origi­naires de Bordeaux, qui lisait Marx et d'autres livres interdits par le père Chacón, le curé de l'église de Cabildo qui nous rendait visite une fois par mois pour nous apporter le message de Dieu. Ma mère recevait le père Chacón avec ravissement, tandis que mon père lui parlait des ouvriers des salpêtrières du nord du Chili, de Recabarren(3), du massacre de l'Ecole Santa Maria(4), de la Révolution d'Octobre... »
Son orgueil : ses racines, la rébellion qu'elle doit à un père non conformiste, une enfance heureuse au milieu des champs, à écouter le bruit de l'eau sur les pierres de la rivière, le chant des merles, et l'amour immense qui liait ses parents : « Ma mère des­cendait d'une vieille et "rance" famille de Santiago. Elle fut déshé­ritée pour sa désobéissance [...] Mon père l'enleva un 13 janvier et l'emmena vivre au moulin. Il fut le seul et unique homme dans sa vie [...] Il l'emmena à la campagne avec un livret de famille bien établi [...] Ils se sont tant aimés qu'ils n'ont pas eu le temps de me laisser d'autre héritage que leur amour

[...] Mon père était fier d'avoir une femme de 20 ans plus jeune que lui. Ma mère avait l'habitude de dire que la première fois qu'elle le vit elle tomba foudroyée par l'éclat de ses yeux verts. »
Puis, après tant de douceurs et de bonheur, vient le jour fati­dique où son père « voit ses ailes coupées par son propre moulin » ; c'était un 13 décembre 1960 [...] « Je l'ai trouvé transformé en une bouillie de sang qui s'était répan­due sur les murs du moulin. Je n'ai pu récupérer que ses lunettes, son ceinturon et une de ses chaus­sures.. . [...] A partir de ce jour je suis devenue triste, mais je suis aussi une optimiste, car il n'y a pas de place pour la mélancolie dans cette vie qui vous dévore... »
Et malgré le malheur qui la frappe, qui lui fait découvrir que le paradis a peut-être une fin, elle continue de vagabonder dans les prés de son enfance : « Que de temps heureux ! Quand l'automne dégrafait les feuilles des peupliers, leurs aiguilles bordaient le chemin qui conduisait à la mai­son, et nous jouions, mes sœurs et moi, à chasser les papillons. Nous nous remplissions les poches de feuilles mortes ; celle qui en amassait le plus dirigeait la séance de jeux pour la journée... »
Et la reconnaissance qu'elle doit à cette terre qui l'a vue naître, son « manifeste » de poète : « C'était l'époque des gou­vernements radicaux et de leurs clubs de fraternité. En Europe, la Seconde guerre mondiale finissait, mais les tanks et les avions conti­nuaient de semer la mort tandis que moi, entre La Ligua et Le Cabildo, au milieu des pâturages de La Quintrala, je grandissais, sub­juguée par la musique des pierres du moulin et les cantiques des moi­neaux nichés tout en haut des saules, des peupliers et du figuier. C'est alors, je crois, que je décidai d'être poète... »
En 1989, elle fait une deman­de pour intégrer un groupe lit­téraire nommé Oscar Castro, en mémoire d'un poète national, originaire de la ville de Rancagua située au sud de Santiago. Mais oh, surprise ! ces mes­sieurs du groupe littéraire n'ac­ceptent pas de femmes ! Qu'à cela ne tienne ! Notre poétesse retrousse ses manches et fonde la revue Safo, seulement ouverte aux femmes ! Un pied de nez de digne descendante de son père, Don Peter, le meunier.
Elle raconte à ce sujet : « Je crois que c'est le dépit, l'impuis­sance devant l'attitude machiste de certains hommes de mon pays, qui me poussa à donner naissance à Safo (...) N'oublions pas que je vis au cône sud de l'Amérique du Sud, où la soumission de beaucoup de femmes pèse encore dans la balan­ce. Au début j'ai même dû suppor­ter que l'on doutât de ma qualité de « femme », à cause du nom que j'ai choisi pour ma fille littéraire... »
La Revue Safo compte actuellement plus de 80 numé­ros( maintenant elle en est au N°135). Elle organise des ateliers lit­téraires et d'écriture, ainsi que des récitals poétiques à travers tout le pays. Son travail est reconnu dans tout le Chili. Safo a donné naissance à une maison d'édition qui publie spéciale­ment les œuvres de femmes ori­ginaires du Chili. Mais dit Maria, « pour que l'on cesse de me critiquer j'ai ouvert il y a huit ans quelques pages de la revue aux hommes qui veulent se faire publier... » Elle compte aussi avec la collaboration de distingués journalistes ainsi que des membres de la Real Academia de la Lengua Chilena (l'Académie de la langue chilienne), des professeurs et des conteurs.
Bref, elle a obtenu d'être reconnue comme poète et femme de surcroît.
La toile de fond de sa poésie est et reste l'amour. Poésie forte, engendrée par le paysage et les sentiments du lieu qui l'a vue naître. Poésie sensuelle, qui n'a pas peur des mots, qui est loin des petits oisillons qui chantent, poésie qui est un chant de vie et à la vie :
« Mon homme... »
II est né de la partition d'un essaim d'anacondas.
Dans sa barbe se multiplient des tamarins, et ses jambes,
piédestaux de chêne, nouent ma saison crépus­culaire.
Chant Premier
(Augurios de Sibilia para el
hombre 2000)
Et dans le Chant Second du même recueil :
Je n'exagère pas quand je dis qu'il est titan,
déflagration d'éclairs sans mesure qui allume l'avenir de mes jupons.
Dans l'ouragan de ses mots s'étendent des champs de blé lumineux,
et le clignotement de ses paupières
fait que la lune fond comme une goutte de miel au printemps.

Dans l'épilogue du même recueil, elle adresse un dernier commentaire à son père : « Don Peter, je me suis enivrée dans l'aphrodisiaque musqué du verbe, je suis condamnée à être heureuse dans les bras de Cupidon, j'ai bâti ma propre cathédrale de femme émancipée. Avec la distinction d'une diva orgueilleuse je déplie mon hérédité, votre génie de poète, votre lumière extravagante [...] Hautaine et sans préjudices moyenâgeux je me permets des licences de Renaissance, pour mieux poignarder des coeurs clandestins [...] Savez-vous, Don Peter, ce dieu infini avec lequel je communie rend vénale jusqu'à la dernière de mes irrévérences. Il m'excuse parce que je crois en moi-même, parce que je crois que l'amour est le seul rédempteur sur terre. Parole de fille.
C'est la parole de votre fille aux longues tresses blondes, qui une fois pleura, toute tachée de votre sang, dans les murs du moulin ; de celle qui, à peine âgée de 12 ans, pour jouer dessina des lèvres sur le tronc du figuier, afin de s'initier à l'art d'embrasser ; c'est la femme qui maintenant rassasie la bouche de celui qu'elle aime.
Notes:
l/ Nom donné aux propriétés qui employaient des esclaves.
2/ Personnage mythique du Chili colonial, héroïne d'une sombre his­toire d'amour où se mêlent la sor­cellerie africaine et les crimes, per­pétrés par amour, d'une descen­dante des conquérants, et qui devait son nom à sa rousse cheve­lure dont la couleur est apparentée à celle de l'arbre qui croît dans ces régions, « el quintral ».
3/ Fondateur du Parti communiste chilien.
4/ Massacre des ouvriers des salpétrières perpétré par le gouvernement de l'époque, en 1907.

Œuvres publiées
Trois livres de poèmes :
• Inviolable (Inviolable) ;
• Rugidos (Rugissements) ;
• Augurios de Sibila para el Hombre 2000 (Augures de Sybille pour l'Homme 2000).
• • «Maria Léon Bascur est propriétaire et éditrice de la Revue Littéraire Safo et des Editions Safo".


Article publié dans la revue N°15, "Chemins de Traverse",de mars 2002 aux Editions de l'Ours Blanc. Paris


Dernière édition par Mena le Jeu 29 Mai 2008 - 14:51, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Maria Leon Bascur   Jeu 29 Mai 2008 - 14:13

Mena, je lui donne un fil, pour la retrouver plus facilement.
Je viens de lire ton article et ça donne l'envie de lire tout court. Je pense que pour bien s'imprégner du pays, tu nous guides fameusement bien !
Son écriture me plaît, d'après les extraits que tu donnes. Le dernier paragraphe notamment, qui semble sortir tout droit de ses tripes, exactement comme elle aurait pu le dire avec sa voix, là, comme ça. Délicieux !

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MessageSujet: Re: Maria Leon Bascur   Jeu 29 Mai 2008 - 14:57

C'est bien Romane! J'suis heureuse de pouvoir vous rendre tous heureux aussi! Les autres articles sont à peu près de la même longueur, donc je puis les mettre pareil? C'est plus facile et plus ordonné, non?
Je te mets un mot en mp, pour toi.
Bisous.
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MessageSujet: Re: Maria Leon Bascur   Jeu 29 Mai 2008 - 15:05

Je suggère un fil par auteur et quand il ne s'agit pas d'auteurs mais d'articles, un fil par sujet. Bien titrés, ils seront idéaux pour naviguer de l'un à l'autre par n'importe qui. Tu fais un travail magnifique !

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