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 Marina Latorre

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Mena

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Date d'inscription : 20/04/2008

MessageSujet: L'Ecrivain du bout du monde.   Sam 26 Avr 2008 - 0:33

Je vais poster ici un article que j'ai écrit sur ma copine du Chili dont je viens de vous parler . Cet article a été publié une première fois dans la revue "Chemins de Traverse" aux Éditions de l'Ours Blanc, mon premier éditeur, en décembre 2001.

Marina Latorre


Elle est poète. Elle est journaliste de formation et l'une des premières femmes, au Chili, à avoir créé sa propre revue littéraire.
Marina Latorre a publié dans sa revue des écrivains et poètes de notoriété internationale: Pablo Neruda, Francisco Coloane, Violeta et Nicanor Parra, ainsi que des "nationaux" ou des personnes seulement connues pour l'instant en Amérique Latine ou dans le monde hispanophone: Emma Jauch, Andrés Sabella, Juvencio Valle, Oresthe Plath (tous décédés à l'heure actuelle), etc. Elle a vécu et vit encore entourée d'une myriade d'étoiles qui composent cette galaxie chilienne et latino-américaine de prosateurs, poètes et peintres.
Sa revue "Portal" (Portail), qui même sous la dictature de Pinochet continua d'ouvrir ses pages aux écrivains restés au pays, ou à ceux partis en exil, connut des hauts et des bas, tantôt restant absente des kiosques et des librairies qui l'accueillaient, ou bien déversant, comme une traînée lumineuse, ses pages écrites, ses lignes d'amour ou de combat, signées de noms prestigieux.
"Portal vient de paraître", "Portal, tel un phoenix, renaît de ses cendres" Portal a sept vies, comme les chats!" titraient de temps en temps les rubriques littéraires des journaux plus modestes que "El Mercurio" (placé à droite sous la dictature) ou "La Nación" (beaucoup plus difficile à cerner). Car Marina misa son capital culturel sur la presse locale, cette presse qui continua, malgré tous les avatars du moment, de faire vivre le peu de vie culturelle qui restait. Marina, habitante de la capitale, Santiago, déplaça ses écrits dans des journaux des villes telles que Rancagua, La Serena, Chillán, Linares, Iquique, se déplaçant sans cesse du nord au sud. Cette presse-là qui survivait, malgré tout, à la catastrophe présente, sut maintenir vivante la flamme culturelle, aidée par les différents comités, les associations poétiques qui tenaient encore debout.
Fille du sud du Chili, originaire de cette ville nommée "Punta Arenas" (Le sable du bout du monde), située en Terre de Feu, Marina vit son enfance et une partie de son adolescence dans l'univers à moitié sauvage de cette terre australe. Dans le prologue écrit par Francisco Coloane, de son roman "¿Cuál es el Dios que pasa?" (Qui est le Dieu qui passe?), celui-ci dit à son sujet: "L'esprit et l'ampleur de notre écrivain, que nous avons toujours admirée depuis la création de sa revue littéraire "Portal", dont elle a été la directrice, la propriétaire et représentante légale (...) soutenue avec de grands sacrifices financiers, symbolisent aussi l'aventure de la femme, de l'homme et de l'enfant que nous portons tous au fond de notre coeur..."
Dans ce roman, Marina parle de son enfance, de la société qui l'entourait et du caractère des gens qui ont construit cet univers de l'archipel de Magellan. Ces habitants issus d'une autre culture, non espagnole, mais d'une culture cosmopolite, "étrangère" à l'Espagne de la conquête.
Neruda raconte dans son livre "Confieso que he vivido" (Je confesse (j'avoue) que j'ai vécu): "La Frontera"(1), possédait ce sceau merveilleux de Far West sans préjugés. Mes camarades d'école se nommaient Scknakes, Schlers, Hausers, Smiths, Taitos, Seramis, Eramos. Nous étions au même niveau que les Aracenas, les Ramirez et les Reyes (...) Il n'y avait pas de Basques. Il y avait des Séfarades tels les Albalas et Francos; des Irlandais, Mc Gyntis; des Polonais, Yanichewkys. Et brillaient d'une lumière sombre, les noms araucans (mapuches), qui sentaient le bois et l'eau fraîche): Melivilus, Catrileos..."
Et Marina, comme un écho à cette voix, réplique:
"Nous habitions dans le quartier des Yougoslaves. Un village aux toits de tôle ondulée peinte en rouge, avec des murs bruts, non peints. En face des maisons il y avait les jardins où l'on cultivait les navets, les carottes et les choux géants. Le branches des arbres croissaient à l'horizontale, dans le sens du vent (...). Le vent était l'invité permanent. Il hurlait en toutes les saisons et plus encore en été qu'en hiver (...). Le moindre mal était qu'il arrache les toits. Après une nuit de dommages par milliers, on disait à l'heure du déjeuner: "Cette nuit le vent a emporté le toit des Mimiza". Un autre jour celui des Ruiz. Telles d'énormes soucoupes volantes, les toitures atterrissaient sur le pont d'échouage Doberti, ou bien au beau milieu de l'océan. Il s'agissait des faits dramatiques et réels, mais que les gens commentaient avec calme".
Ce climat, cette terre-là marquent son oeuvre d'une encre indélébile. Comme pour Neruda, qui porte toujours ses racines profondément enfouies dans son sol pluvieux du sud chilien et le tremblement incessant du sable baigné par l'océan Pacifique, Marina ne cesse de se référer à son coin natal, à sa géographie torturée et à sa faune.
"Nous naviguons dans le détroit de Magellan. Ce détroit que j'ai regardé durant toute mon enfance, qui m'a tant appartenu et qui maintenant ne me reconnaît plus. La fureur de cette mer contrariante, l'océan Pacifique, m'attend pour m'apprendre dès le début que rien dans ma vie ne sera facile. Seulement les noms s'éloignent: "Río de los Ciervos" (Fleuve des Cerfs), "Leña Dura" (Bois Dur), "Agua Fresca" (Eau fraîche). Et loin là-bas: "Puerto del hambre" (Port de la faim) (...). Mon âme est emplie de l'effort des pionniers qui transformèrent l'endroit le plus inhabitable du monde en villes importantes. Je m'insurge contre Darwin parce qu'il désigna comme "maudits" mes endroits sacrés; et parce qu'il soutint qu'aucun être humain ne pourrait survivre dans ces lieux (...). Je fais partie de ces gens qui domptèrent un climat hostile, le pire du monde, avec ténacité et constance. Tous ceux qui peuplèrent ces "terres d'enfer", comme les nomma Darwin, eurent une position différente de celles de découvreurs et conquérants qui ne firent que passer, exprimant leur désenchantement dans la nomenclature des noms qu'ils donnèrent à cette géographie accidentée: "Bahía Inútil" (Baie Inutile), "Desolación" (Désolation), "Puerto del Hambre" (Port de la Faim), "Obstrucción (Obstruction), "Ultima Esperanza" (Ultime Espoir), "Golfo de Penas (Golfe des Peines) (...). Dans ces nuits éternelles comme la mort, il y a ceux qui cherchent encore "La Ville Enchantée des Césars" (La Ciudad Encantada de los Césares)"(2). Et elle ajoute: "Chez-moi, dans ma maison de Magellan, nous manquions de nombre de choses, mais jamais de livres. J'ai grandi avec les livres. J'ai vécu avec eux. Mon père les échangeait avec ses compagnons lecteurs: livres de littérature, d'histoire, très lourds, que je n'arrivais pas à porter. Dans toutes les pièces de la maison il y en avait des tas. Je m'en servais pour m'asseoir, pour écrire en guise de bureau, comme table. Nous lisions à la folie. Nous écrivions depuis toujours. C'est une histoire qui date d'avant mon baptême. Jaime Concha, dans son livre "Neruda", parle de José Latorre Mieses, mon père: lecteur endurci, bibliomane, écrivain sans livre, fondateur de journaux perdus, ignorés, brûlés. Il fait partie de cette histoire de Magellan, qu'un jour il faudra ressusciter..."
Dans son livre de poèmes "Fauna Austral" (Faune Australe) elle trace un tableau saisissant de cette vie sauvage et sublime.

"Les condors continuent d'être
les propriétaires absolus,
maîtres et seigneurs.
Leurs nids il les fabriquent
sur les hauteurs et dans les précipices.
En bas, les fleuves charrient
les moutons ensanglantés
du festin"

Lorsque le pays amorça sa "transition" vers la démocratie, Marina retourna dans les salles de classe de l'Université du Chili, qu'elle avait "désertée" pendant presque 17 ans. Elle s'employa à essayer de transmettre sa vision du monde à ses élèves en journalisme: les nouvelles, les faits, comment analyser un événement sans le détourner de sa vérité, en somme "informer", mais toujours essayer de voir la poésie qui se cache dans les choses de la vie.
Actuellement Marina Latorre est attachée culturelle à la Municipalité de Santiago.
Ses oeuvres: plus de deux mille articles et chroniques parus dans des journaux depuis 1962; des dizaines de livres en prose, des contes et des nouvelles, ainsi que des recueils de poèmes. Sans compter les écrits et éditoriaux dans sa revue "Portal"

1) Nom qui désigne la limite du territoire "pacifié" durant la conquête.
2) Référence à une légende du sud du Chili.


Dernière édition par Mena le Jeu 29 Mai 2008 - 14:08, édité 2 fois
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Marina Latorre
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