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 Elikura Chihuailaf Nahuelpan

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Mena

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MessageSujet: Elikura Chihuailaf Nahuelpan   Jeu 29 Mai 2008 - 19:28

La Poésie Mapuche ou l'Identité revendiquée


Dan un lointain pays nommé le Chili, il était une fois un peuple fier et courageux qui ne voulait pas se soumettre. C'est ainsi que nous devrions commencer cette présentation littéraire, comme un conte raconté aux enfants, les jours d'hiver au coin du feu, ou bien le soir pour les endormir, pour que leurs rêves soient bercés par les exploits des courageux Indiens.
Elikura Chihuailaf Nahuelpan et Leonel Lienlaf font partie de cette lignée de Mapuches dits "pacifiés", mais jamais vaincus. Il nous faudrait remonter un peu dans l'histoire de la conquête du Chili pour trouver peut-être une explication, afin de comprendre le parcours de ces deux poètes exceptionnels. Et nous garderons ce dernier qualificatif pour parler d'eux, car exceptionnels ils le sont tant comme personnes que comme symboles d'une identité jamais reniée et toujours revendiquée.

Elikura Chihuailaf Nahuelpan: "le poète bleu"




Elikura Chihuailaf est né en 1952 dans une petite ville du sud du Chili appelée Quechurewe, au sein d'une famille d'Indiens cultivateurs. Dans sa "Lettre confidentielle aux Chiliens" (Recado confidencial a los Chilenos) dont le site Letras (1) a publié quelques extraits, il dit: "Je n'ai pas la prétention de croire que peut-être vous me connaissez déjà et qu'il vous intéresse de savoir qui est celui qui vous adresse cette lettre où je raconte un peu de ma vie, et où je raconte ma diversité mapuche..." et il ajoute "dans ma culture les prénoms expriment un désir partagé de parents: Elikura signifie "pierre transparente", Chihuailaf veut dire "brume qui s'étend sur un lac" et Nahuelpan "tigre et puma".

Très jeune il fréquente l'école de son village, au sein de sa communauté. Il raconte le choc ressenti lorsqu'il découvre les livres: " J'ai connu les livres qui me montraient d'autres cultures, une autre façon de vivre, et aussi ils me montraient les "Araucanos". Il s'agissait de livres qui me parlaient, qui nous parlaient de choses qui n'avaient aucun lien avec notre vie quotidienne, au sein de la communauté..." Et il continue: "mon intérêt pour aborder les livres est dû peut-être au fait de les savoir "autres", c'est ce qui me poussa à vouloir en savoir plus sur cette "autre chose".

Quand ses parents se voient contraints d'émigrer vers une autre ville plus au sud, il entre comme interne au lycée de Temuco:
"Le lycée se trouvait sur la colline Ñielol (L'oeil ou le maître de la caverne..."), bordé par une grande avenue de châtaigniers, éternellement dressés au coeur d'un automne; lui aussi, éternel, semblable à celui où j'ai commencé à écrire" [...] "En écrivant, je pensais que je pouvais parler avec les autres des expériences qui me paraissaient plus proches, à force d'être éloignées, de ces choses qui me parlaient fort: les voix de mon enfance. Des voix où le ruisseau qui coule dans les bois commence à nous révéler les mystères de la vie et de la mort: l'arrivée de l'eau et de l'esprit sous la lune cendrée (l'automne, mon extérieur-intérieu; mon intérieur-extérieur). Et le ruisseau qui grossit peu à peu en nous communiquant sa musique, son arôme, sa brillance, son langage. Puis, la tristesse du temps comme celui où l'on dirait que la vie va finir, comme un corps qui reste vide sous la lune des fruits abondants..."

Au lycée il apprend des choses qui ne parlent pratiquement pas de son monde à lui, des choses qui lui sont complètement étrangères, tandis qu'il rêve des bois où habite sa communauté et se souvient des narrations de ses parents et de ses grands-parents.
Depuis les temps lointains de la conquête, le peuple mapuche s'est réfugié dans l'oralité, dans les récits des exploits de guerriers où les esprits de la nature sont toujours présents. C'est une façon de communiquer leur culture pour qu'elle ne meure pas.
"Près du feu j'entendais chanter ma tante Jacinta et j'écoutais les récits, les dévinettes des gens. Un poète n'existerait pas s'il ne s'alimentait de la mémoire d'une famille, de celle qui appartient à sa propre culture, et pour moi cette culture-là était belle, parce qu'il y avait beaucoup de tendresse" [...] Il ajoute: "Mon expression écrite n'arrive pas à atteindre l'immensité de cette mémoire qui ne demande qu'à être couchée sur le papier..."

Elikura Chihuailaf est fier de son bilinguisme; sa grand-mère ne lui racontait que des histoires dans sa langue vernaculaire, la langue de ses ancêtres, le mapundungun. Son grand-père parlait l'espagnol avec difficulté. Il disait que s'ils avaient mieux connu cette langue ils n'auraient pas été dépossédés. Ses parents ne parlaient que le mapundungun lorsqu'ils débarquèrent à Temuco vers les années 30 pour y étudier et s'intégrer. Aussitôt installés ils réussirent à organiser un groupe d'étudiants, le Newentuain (Soyons forts!). Par la suite ils envoyèrent leurs enfants à l'école pour qu'ils viennent grossir le contingent des maîtres et des maîtresses rurales, afin d'instruire les enfants de leurs communautés. En somme, une vie entière dédiée à la conservation de leur patrimoine culturel, n'excluant pas pour autant l'apport que l'Etat leur offrait(2).
Elikura a obtenu un diplôme de médecin obstétricien, dont il ne s'est jamais servi, parce que, dit-il: "Je m'appelle "pierre transparente" et la pierre est le coeur qui doit être poli avec l'eau de l'esprit. Alors celui qui veut être transparent doit travailler avec les mots..."

Traducteur de Neruda dans sa langue vernaculaire, il commente à son propos: "Il semble que Neruda a dit "La Araucana" (3), c'est bien, c'est un poème qui sent bon. Les Mapuches vont mal, ils sentent la race vaincue, et les usurpateurs sont impatients d'oublier, d'oublier tout..."
L'oeuvre de Neruda a été traduite dans une centaine de langues, quelques-unes de ces langues sont peu connues, mais, hélas, le poète n'a pas eu le bonheur de connaître une traduction en mapundungun. C'est maintenant chose faite. Elikura Chihuailaf pénètre au plus profond des racines des mots employés par Neruda. Il y trouve "une compénétration avec la nature, l'amour des animaux, le respect de la vie dans tous les domaines, la reconnaissance du patrimoine moral légué par ses aînés..."Elikura reçoit en 1994 le Prix de la meilleure oeuvre éditée, décerné par El Consejo del Libro (Le Conseil du Livre) [/size]pour son livre Sueños azules y contra sueños (Rêves bleus et contre rêves) réédité en 2000.
En 1977, il publie El invierno y su imagen (L'hiver et son image), puis vinrent en 1988 El País de la memoria (Le pays de la mémoire) et en 1993 Otros poemas azules (Autres poèmes bleus)
Voici un échantillon de sa poésie bilingue :

En mis sueños[/b](Castillan)

Lejos de mi tierra añoro
cuando en mis Sueños
me abrazan las altas cumbres
de mis montañas
No es tan ancho el mar
hermanas, hermanos
y de pie estoy sobre estas
Aguas, les digo
Envíenme vuestro Caballo
Azul, galopando volveré
De lejos vengo, pero mi
corazón resplandece
De ustedes soy hijo, pues
Así hablaré a nuestra Gente
Amada.

[b]Ñi oewma mew gvman
(Mapundungun) (Mapu=terre - dungun= langue (Langue de la Terre)

Ka Mapu mvlepun gvmaken
ñi Pewma mew
rofvlenew ti pu wechun wenu
ñi pu mawizantu mew
Mvte alvtuwlay ti rvpv
pu lamgen, pu peñi
ka witralen mvien tvfachi Ko
mew, pifiñ
Kvpalelmu chi tamvn Kallfv
Kawell wirafkvlen wiñotuan
Kamapu kvpan, welu ñi kvmel
kaley ñi piwke
Eymvn mew ta choyvgen
Femgechi zuguafiñ taiñ ayin
pu Che.

Dans mes rêves

Loin de ma terre j'ai la nostalgie
quand dans mes rêves
m'étreignent les hautes cimes
de mes montagnes
La mer n'est pas si large
mes soeurs, mes frères
et je suis debout sur ces
Eaux, je leur dit
Envoyez-moi votre Cheval
Bleu, je reviendrai au galop
J'arrive de loin, mais
mon coeur resplendit
Je suis votre enfant, donc
Ainsi je parlerai à nos gens
Aimées.

1)http://www.letras.s.com/elicura05122.html.
2)Le Chili s'est logtemps targué d'être l'une des premières et plus durables démocraties du continent lation-américain... jusqu'à l'avènement de Pinochet, l'école obligatoire et gratuite était un de ses fleurons.
3) Première poésie épique écrite sur le peuple araucan, par le soldat poète conquistador Ercilla.


(Article publié dans la revue "Chemins de Traverse N°16" de Juin 2002
Par Diomenia Carvajal)
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MessageSujet: Re: Elikura Chihuailaf Nahuelpan   Ven 30 Mai 2008 - 17:44

T'as pas un autre passage de son oeuvre des fois, celui-là est courtet je le trouve pas génial... Gaga
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Mena

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MessageSujet: Re: Elikura Chihuailaf Nahuelpan   Ven 30 Mai 2008 - 18:15

Oui, j'ai ceci que je traduits à la volée. Après je ferai la correction.

C'est comme ça qui parlent nos "machi"(femme chaman), le cannelier et le fleuve Bio-Bio.
(Extrait)

Je suis venu te soigner, me dit l'Arbre Sacré
Va et ramasse mes feuilles et mes graines
il me dit
tes bonnes machis
mes bons machis
sont venus de tous les coins,
des quatre terres,*
des quatre eaux**
nous allons servir de médiateur,
ils m'énumèrent leurs pouvoirs
sur tes nerfs, sur tes os, dans tes veines
Ou alors, tu veux abandonner nos gens?
Je prierai plus fort, je leur réponds
Aïe, mes pensées se sont éloignées
des paisibles Fleuves de mon Coeur:
Pierre Transparente sera celui-ci, tu l'as dit pour moi
ô Genechen***, donne-moi ton souffle,
ton puissant souffle
Celui-ci sera chanteur, tu as dit, en m'offrant
le cheval Bleu du Mot
Dans ses Rêves
il arrivera jusqu'à
La Terre d'en Haut
pour contrer le messager de ses ennemis
Il m'entendra quand je parlerai
de la sève des plantes et des fleurs
Tu as dit cela
Mais j'ai voulu oublier le conseil des Anciens
et des Anciennes
C'est pour ça que maintenant je suis malade
Mes pensées se sont éloignées des paisibles
Fleuves de mon Coeur [...]

"Recado condidencial a los chilenos" (sur le liens qui unit les gens de la terre à la terre)

*La terre d'en haut (le ciel) - La terre d'en bas(celle où nous marchons) -
La terre de l'orient, là où le soleil se lève - La terre de l'occident, là où le soleil se couche.
**L'eau de la mer, l'eau des fleuves, l'eau des lacs, l'eau qui tombe du ciel
*** L'Esprit protecteur à qui il faut faire des offrandes.

(Si tu m'as fait faire des fautes... je te tue!, alors dis moi s'il y en a, j'sais plus écrire!)
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