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 La Fête du Premier Mai

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Mena

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Localisation : TOULON
Date d'inscription : 20/04/2008

MessageSujet: La Fête du Premier Mai   Dim 1 Juin 2008 - 18:50

La Fête du 1er mai


Je ne pouvais pas laisser passer ce jour sans parler de cette fête, car une foule de souvenirs me tombent dessus. Rassure-vous, rien à voir avec « ma position de chilienne défendant les droits des travailleurs », non, c’est autre chose qui vient de très loin.

Dans ma famille, ou mieux encore, dans la famille de ma grand-mère, tous venaient du Nord, et même du Grand Nord (El Norte Grande) comme nous l’appelons là-bas (Nous avons en fait deux Nord : Le Grand (El Norte Grande, et Le Petit (El Norte Chico) . Elle avait vécu une enfance nomade, en compagnie de ses parents et de ses frères et sœurs. Son père était journalier, travaillant tantôt dans les mines du salpêtre, d’autres fois dans les salins. Et en bon journalier, il se déplaçait avec femme et enfants, et avec d’autres familles qui vivaient ainsi, ils arrivaient à bâtir d’immenses campements groupés dans certaines zones réservées à ces travailleurs là. Il est vrai que le désert est grand, immense. Quand ma grand-mère, qui avait l’art de raconter, en parlait, elle faisait surgir des images sombres ou colorées, selon le cas. Je me souviens qu’elle faisait souvent référence à ses jeux dans des dunes, moi, ne connaissant pas le Nord à cette époque-là, j’essayais d’imaginer des dunes, telles que celles déjà vues dans des magasines, dans des contes illustrés ou en bord de mer, je les associait toujours à la mer. Mais en fait, il s’agissait des dunes du désert, celles qui se trouvent dans ce qu’on nomme « La vallée de la mort ». Maintenant, en prononçant rien que le mot, j’en frémis, et les touristes découvrent ce Nord-là, en excursion, très bien imaginées et montées par des agences de voyage. Le mana du tourisme est arrivé maintenant là où ma grand-mère jouait avec ses frères et soeurs et les enfants des autres journaliers.
Elle racontait : « Je creusais dans le sable et tout à coup je déterrais un tibia ou une phalange, et sans savoir ce que c’était, je la lançais derrière mon dos, car je cherchais des pépites (d ‘or, bien sûr), que je n’ai jamais trouvées » et pour cause, son esprit pionnier, transmis par son père et le père de son père avait gardé cela en mémoire « les pépites, jamais trouvées » mais son père devait ramasser le plus de sel possible pour les apporter aux « Oficinas salitreras », là on pesait les sacs et on payait en espèces, au poids. Alors, je vois dans mon imagination cet arrière grand-père qui portait la charge à dos de mulet. Et je revois les tentes collées les unes aux autres, entends les voix ou plus, les murmures, écoute la nuit et contemple le lac salé qui brille dans l’obscurité. Mystères d’un autre temps. Dans mon esprit salins et « salitre » (salpêtre) se confondaient ne faisant plus qu’un ensemble qui permettait à ma grand-mère de jouer dans les dunes et déterrer des morceaux de squelettes des journaliers, certainement, qu’on avait enterrés là un jour de deuil pour la famille concernée. « Un jour - me racontait elle -, on vint informer ma mère qu’elle ne reverrai plus son mari, car il était mort dans un éboulement. Mais il avait choisi un bon patron, ma mère a eu de l’argent pour manger pendant quelque temps, avec ses enfants, et nous pliâmes bagages, avons pris le mulet et sommes rentrés à Iquique. Là, elle compta les sous et à sa grande surprise elle constata, avec l’aide d’un scribe chinois qui comptait avec des boules, à la chinoise, qu’elle pourrait avoir un petit commerce, même que c’est lui qui le lui a procuré. Il nous compta en chinois, je crois ou je pense, il désigna avec ses deux mains sept doigts, et il parla, moitié espagnol du nord (patois espagnol composé des mots quechuas ou aymaras, selon le cas) et moitié chinois, à sa femme qui s’inclina silencieuse et discrète. Puis nous avons dormis quelques jours dans sa cour, d’autres chinois de sa famille nous ont monté la tente qui était notre maison dans les dunes. Puis un jour nous sommes allé visiter « la pulpería » (magasin où l’on vend de tout, et sert même de bar à l’occasion) et ma mère s’y installa avec mes deux frères et mes quatre sœurs plus moi-même, qui pleurais parce que je voulais retourner jouer dans les dunes. Elle me donna deux coups de pieds aux fesses parce qu’elle avait les mains prises avec ma petite sœur dans les bras, puis j’ai dû m’esquiver pour qu’elle n’arrache pas mes cheveux à force de les tirer". - Ma grand-mère soupirait riait un peu et continuait -
"La « pulpería » se trouvait juste à l’entrée d’Iquique, ou mieux, c’était la première maison avec magasin qu’on voyait en débouchant dans la ruelle qui menait au centre ville. Là s’arrêtaient quelques ouvriers qui venaient dépenser leurs paye, mais ma mère ne servait pas trop d’alcool, elle avait peur de ces brutes qui parfois l’alcool faisait perdre raison, alors, elle ne « récompensait » que ceux qui achetaient leurs denrées pour la semaine avec un petit verre de chicha, de temps en temps. Mais avant, elle nous enfermait mes soeurs et moi, dans une chambre au fond du couloir, qui se trouvait séparé du comptoir par un épais rideau : « il ne faut pas que ces abrutis vous voient » - elle nous chouchotait - ou alors elle devrait quitter ce gagne pain, et nous mourrions de faim…et le châtiment que nous aurions dépasserait toute imagination, nous ne serions plus bonnes qu’à être enterrées dans les dunes".
Elle parlait parfois du passage, tant redouté pour quelques femmes en ce temps-là, de son enfance à l’âge de « adulte ». « Nous portions des tresses – elle avait des cheveux magnifiques et elle conservait une belle tresse, épaisse, d’une couleur châtain clair – dans un tiroir qu’elle fermait à clé, c’était « sa malle aux trésors », je vous raconterai une autre fois ce que j’y découvrit lorsqu’un jour je l’ai ouvert ce tiroir, en cachette, la tentation était trop grande - elle continuait - "alors nous devions sacrifier une de nos tresses et puis après on faisait un chignon, pas question d’avoir les cheveux courts ! une femme devait avoir des cheveux longs, mais pas épars, seule les « rameras » (putes)les portaient tombant sur leurs épaules. Alors, j’ai fait un chignon et descendit ma jupe pour qu’elle tombe sur mes souliers ne laissant voir que le bout ! Les petites filles pouvaient laisser voir leurs bas et leurs souliers, jusqu' à mi mollet, une jeune fille « bien », cachait ses mollets et remontait ses cheveux. Et là, surgit ton grand-père dans ma vie. Il était très bien mis, beau garçon, il parlait avec un drôle d’accent, il venait acheter du sucre ou de l’huile, mais avant il guettait patiemment que l’un de mes frères passe derrière le rideau, pour esquiver la corvée quand ma mère n’était pas là, ou c’était le milieu de la semaine et elle nous permettait de servir les denrées car il n’y aurait pas des journaliers descendus des mines acheter des « fideos (pâtes) ou autre chose. Et ton grand-père, Carlos Carvajal Alvayay (je n’ai su que bien plus tard que mon grand-père n’était pas né au Chili : lui, sa mère et ses sœurs avaient émigré d’Espagne, c’était une ancienne famille de « reconvertis » des séfarades, quoi !) il me caressait les mains à l’a dérobée, quand je lui rendait la monnaie. Un jour ma mère me surprit à lire une petit message, j’ai essayé maladroitement de le cacher dans mon jupon, mais elle vit le geste, me donna une baffe et souleva ma jupe pour s’approprier le petit mot, ton grand-père avait écrit maladroitement quelque lignes, style « je sifflerai un air de tango ce soir au coin de la rue, est-ce que tu l’entendras ? » et la réaction de ma mère fut terrible, elle ordonna à mes frères de guetter « le jilguero » (le moineau siffleur) et de le chasser à coups des cailloux. Puis, elle me retira du cours de Mademoiselle Elisa, une vieille maîtresse d’école qui donnait des cours particuliers aux jeunes filles afin de les instruire, grâce à ça je n’étais pas tout à fait analphabète. J’ai pu profiter de quelques cours d’anglais tout de même, j’ai appris à dire Yes, No, et Please (elle disait plïs). Mais je n’ai plus jamais fréquenté une école, alors « vida mía » (mon cœur) travaille bien à l’école, parce que tu as de la chance ». Ensuite elle me chantait un air d’opéra que j’ai appris grâce à elle, mais je n’ai pas sa voix ! Bien au contraire, je chante comme une casserole, je fais pleuvoir et tonner ! mais, pourquoi est-ce que je vous raconte ça ? Ah, c’était à cause du 1er Mai !
D’où est venue cette fête ?
Visitez ce lien pour vous instruire à ce sujet, mais je sais que vous le savez déjà !
http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%AAte_du_Travail

Alors, un jour du premier mai, je n’avais pas école et elle qui était mon encyclopédie, me raconta, que c’était une fête sacrée !
« C’est parce que un jour à la campagne, un patron a voulu faire travailler un de ses paysans, et Saint Pierre avait dit au paysan, dans son sommeil « aujourd’hui c’est le 1er mai, il ne faut pas travailler ! » Et le patron, tu sais mon amour que les patrons ont toujours raison ici !, appelle les carabiniers qui emmènent le paysan en prison. Et le patron après quelques heures dans l’après-midi, voit s’approcher un pèlerin, du moins il a crut que ça en était un, avec une longue barbe et un bâton, qui lui demande après son paysan et le patron lui répondit « je l’ai fait mettre en prison ! Il ne voulait pas travailler, il m’a raconté des balivernes sur un rêve qu’il avait eu avec Saint Pierre, c’est un fainéant ! Et comment as-tu fait pour envoyer cet homme en prison ? lui demanda le pèlerin, Et bien, répondit le patron, j’ai appelé les gendarmes et ils lui ont passé les menottes derrière le dos, et en expliquant le tout il faisait le geste de mettre ses mains derrière son dos, et puis ils l’on amené, j’irai le chercher demain, après qu’ils lui auront fait passer l’envie de ne pas vouloir travailler ! Alors le pèlerin lui dit « Ah, tu l’as envoyé en prison avec ses mains attachées sur le dos ! eh bien, c’est comme ça que tu resteras, ce sera ta punition ! Et l’homme resta ainsi jusqu’à sa mort, avec les mains attachées sur son dos »
J’ai crû longtemps que le 1er Mai était une fête sacrée dictée par l’église (lol !)

Dernière édition par Mena le Dim 25 Mai - 23:39, édité 4 fois


Dernière édition par Mena le Mar 13 Oct 2009 - 16:38, édité 1 fois
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Romane
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MessageSujet: Re: La Fête du Premier Mai   Lun 2 Juin 2008 - 0:02

Incroyable plongeon dans ce monde que Letelier qualifierait de fantasmagorique, en tout cas dont je dis qu'il est hyponotisant. Mena, te lire est cadeau. Ce genre de témoignage vaut son pesant d'or, bourré de détails, de vie, de mouvements, à entendre les voix et à connaître les personnages.

Il y a, dans chacune des histoires de là-bas, à la fois l'âpreté et l'humanité, toujours l'émotion. Très puissante.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
http://lessouffleursdereve.jimdo.com/
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