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 George Hilaire

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MessageSujet: George Hilaire   Mer 4 Juin 2008 - 1:58

On a parfois la chance de croiser la route d'un poète, un grand, de ceux qui ont le feu sacré du génie, dont le corps est tout entier transit de langage, de ces êtres qui se foutent qu'on les nomme poète car ils en savent la vanité, de ces êtres à la puissance universelle. On a encore plus de chance quand cet homme rare qui s'appelle George Hilaire vous fait lire les plus beaux textes dès vos 14 ans, parce qu'il vous considère comme son égal, que vos textes ne sont en rien inférieurs aux siens (il vous le fait croire en tout cas). Et si en plus, il devient un ami, qu'on est toujours le bienvenu chez lui, 18 ans plus tard, qu'il vous donne la confiance qui vous fait tant défaut, alors oui, vraiment, j'ai beaucoup de chance.

Son grand chant d'amour pour une terre qu'il aime et qui meurt vient de paraître. "La lampe-tempête". www.larumeurlibre.fr En voici un extrait:

" Peut-être ces errements étaient-ils nécessaires, pour entrevoir, sur le passage, l’incendie d’une vie. Une vie fragile, consumée par l’alcool, qui tentait de se réchauffer au seul feu restant, celui de l’alcool encore, mais à brûler, et versé dans une lessiveuse. Etait-ce l’incendie d’une maison, entrevu à travers les carreaux de la fenêtre, dont l’un était absent, hautes flammes jaunes dans le désert blanc du jugement et de la condamnation du " malgré tout ", non, ce n’étaient que les derniers feux d’une vie. Signal par nous compris, mais que faire, quand cette vie exclue par les autres les exclut aussi, s’accrochant encore désespérément à un passé de " distinction ", de domination, même sans objet, refusant la solidarité des solitudes, de toutes les solitudes, je veux dire des solitudes qui sont celles de tous. Incendie d’un pays peut-être qui ne se résigne pas à ne plus être ce qu’on lui a fait croire qu’il aurait été : un puissant bourg marchand, dominant de sa haute stature un monde de pauvreté. L’erreur de croire que l’on a été riche, même si quelques hautes pierres l’attestent, de n’avoir pas compris que ces nobles pierres avaient été élevées par des mains et des corps humbles. L’erreur d’une bourgeoisie qui croit que la beauté se possède, est une marque de distinction, et donc d’exclusion du peuple.

Cependant nous montons à la recherche du soleil. Les hauts plateaux de la Margeride et du Gévaudan sont engloutis dans la mer du brouillard. On imagine le déluge. La nature, ce jour-là, pressent et montre jusqu’où peut aller la destruction. Ce n’est plus seulement la riante petite vallée de Naussac qui est submergée, mais tout un pays, un désert qui recueillerait les eaux vives des plateaux, les mettrait en réserve, les lâcherait en été, pour que les riches, plus bas et en aval, puissent continuer à s’enrichir ; et ils soutiendraient, comme ils le font actuellement de Naussac, planches aux pieds et voiles de plastique aux aisselles, mécaniques perdues dans le vent, que le linceul de la destruction couvre bien le paysage, et s’intègre à lui.

Le lent gravissement du chemin, marqué en son centre de la croix de pierre, l’embrasement des tournants qui rejettent le soleil à l’écart pour mieux le faire éclater plus haut, arrachent aux rares promeneurs, aux fouleurs de la terre, aux perceurs du ciel, des cris de surprise, car seuls les mâts de navires des grands arbres givrés indiquent que ces hauts lieux, formant aujourd’hui une immense vallée de purgatoire trouée de jaune et de rouge, ont existé et existeront demain. Alors brutalement la poésie est expulsée des corps les plus carrés, des sensibilités les plus frustes, et les mots s’échappent, détachés, cassés, naissent : preuve que rien n’est perdu quand tout est perdu, puisque tout est perdu. Tête coupée du soleil rouge épandant son sang jaune. "
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George Hilaire
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