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 Le Père Noël est une ordure.

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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Le Père Noël est une ordure.   Ven 20 Juin 2008 - 16:28

Fait divers à Nantes.

La femme découpée.
Libération De notre correspondant à Nantes NICOLAS DE LA CASINIÈRE
QUOTIDIEN : vendredi 20 juin 2008



Aussitôt arrêté, Alain a raconté comment il a tué sa compagne, Françoise, 60 ans, instit à la retraite, dans son appartement nantais. Une «dispute banale dans un climat de violences entre conjoints, sur fond d’alcool», selon la gendarmerie. Il dit qu’elle l’a giflé. Il lui serre aussitôt le cou. Elle meurt étranglée. Il laisse le corps dans la chambre à coucher, s’imbibe de bière pendant six jours à côté du cadavre, avant de trouver un moyen de s’en débarrasser. Il achète une scie égoïne, des gants, des sacs-poubelle et une valise, et en prend une autre dans les affaires de la victime. Avec une bougie, il brûle le bout des doigts pour effacer les empreintes. Des bougies parfumées et du déodorant se chargent de masquer l’odeur. Dans la chambre, il protège tout ce qu’il peut de sacs-poubelle, découpe le cadavre, sépare la tête, les jambes, et les emballe dans des sacs, nettoie les tâches de sang. Quand le téléphone portable de sa compagne sonne, il endort la méfiance des proches en répondant par SMS qu’elle est en déplacement.


Après des études littéraires, il a enchaîné quelques boulots d’extra dans des bars et des restaurants. Sans passé psychiatrique, mais en difficulté psychologique et en grande précarité sociale depuis une quinzaine d’années, sans domicile connu jusqu’à sa rencontre avec Françoise fin 2007, cet homme de 49 ans n’a pas de voiture. C’est en bus et à pied qu’il traîne les valises et les balance à l’eau dans deux rivières nantaises distantes de 10 km. Mardi 10 juin, le corps décapité, amputé des jambes. Jeudi, les restes du cadavre.
Il apprend par la presse que la première valise n’est pas restée immergée. Inquiet, il retourne sur la berge où il a jeté la seconde valise. Il y est reconnu par un capitaine de police qui avait déjà eu affaire à lui pour une affaire de cambriolage. Puis les gendarmes répertorient 3 000 valises de ce type achetées depuis début janvier. La bande d’une caméra de surveillance du rayon bagagerie d’un supermarché nantais recoupe son profil avec le portrait-robot établi par les témoins qui l’ont aperçu roulant une valise au petit matin sur la rive de la première découverte macabre. Depuis 2005, son ADN était inventorié par le FNAEG, fichier national automatisé des empreintes génétiques. Des échantillons de cet ADN ont été relevés sur la poignée de la première valise. «Cet homme, qui a tout fait pour retarder l’enquête, a pourtant paru soulagé qu’on l’interpelle», explique le procureur de Nantes, Xavier Ronsin.


Le respect des cadavres n'a pas toujours été quelque chose qui allait de soi. La corruption du corps peut être vécu comme un phénomène naturelle et donc son démembrement comme une possibilité. Il faut attendre septembre1299 pour que l'Eglise Romaine interdise formellement de telles pratiques.


C'est la décrétale Detestande feritatis
[/size]En voici le texte:
« Il est un usage d'une férocité abominable que suivent certains chrétiens par une coutume atroce ; c'est justement que nous ordonnons qu'on l'abolisse, nous qui sommes guidés par la pieuse intention d'éviter que cet usage féroce ne fasse plus longtemps dépecer les corps humains, ne frappe plus d'horreur les fidèles ni ne trouble l'esprit.

« Lorsqu'un des leurs, soit noble, soit haut dignitaire, meurt loin de son pays (c'est le cas le plus fréquent), alors qu'il avait choisi sa sépulture dans son pays ou loin de l'endroit de sa mort, les chrétiens soumis à cette coutume perverse, mus par un soin sacrilège, le vident sauvagement de ses entrailles et, le démembrant horriblement ou le coupant en morceaux, le jettent dans l'eau pour le faire bouillir au feu. Quand enfin l'enveloppe de chair s'est détachée de l'os, ils ramènent les os vers la région choisie pour les inhumer. Voilà qui est parfaitement abominable lorsqu'on prend garde à la majesté divine, mais qui doit horrifier presque encore plus en regard du respect qu'on doit à l'homme.

« Nous voulons donc, comme c'est le devoir de notre charge, qu'une habitude aussi cruelle, aussi abominable, aussi sacrilège soit entièrement détruite et ne gagne pas d'autres hommes ; nous décrétons et ordonnons de notre autorité apostolique qu'à la mort de tout homme, quelle que soit sa dignité ou sa naissance, en quelque lieu que ce soit où règne le culte catholique, personne ne songe à appliquer au corps du défunt cet usage ou tout autre qui y ressemblerait et que la main des fidèles cesse de se souiller aussi monstrueusement.

« Mais, pour que les corps des défunts ne soient plus traités si cruellement, il faut les conduire à l'endroit où, vivants, ils avaient choisi leur sépulture ; si ce n'est pas possible, qu'on leur donne une sépulture chrétienne à l'endroit de leur mort ou tout près, et qu'on attende que leur corps soit tombé en poussière pour le transporter là où ils ont choisi de reposer.

« Si les exécuteurs testamentaires d'un défunt ou ses familiers ou quiconque, quel que soit son rang ou sa naissance, même s'il est revêtu de la dignité épiscopale, osent enfreindre notre édit en traitant inhumainement et cruellement le corps du défunt ou en le faisant traiter ainsi, qu'ils se sachent frappés d'excommunication par leur fait même, excommunication que nous lançons dès maintenant et dont ils n'obtiendront pas l'absolution, si ce n'est du seul Siège apostolique ou à l'article de la mort. Et, tout autant, celui dont le corps aura été traité de façon aussi inhumaine, qu'il soit privé de sépulture ecclésiastique. »

http://terrain.revues.org/document3028.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Detestande_feritatis
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Mena

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MessageSujet: Re: Le Père Noël est une ordure.   Ven 20 Juin 2008 - 17:51

Ah! Le père Noël est un asocial, un dément! D'autres circulent encore, avant de déraper...quand? à n'importe quel moment! Personne n'est à l'abri!
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http://www.literaturismena.com
Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Le Père Noël est une ordure.   Ven 20 Juin 2008 - 19:20

Ouvrir les corps, les dépecer, les démembrer, cela à désormais quelque chose de sacrilège. Pourtant, la médecine a franchi le pas qui pour connaître notre véritable nature invente la dissection.

Voir: http://liensutiles.forumactif.com/vic-taurugaux-f65/vicant-florens-t14996-15.htm

Mais, comment pouvoir se former à faire une chose aussi horrible?

Toujours dans la revue Terrain, un joli article sur la formation de nos chers carabins par Emmanuelle Godeau.

"Dans un amphithéâtre"


Dans le hall du bâtiment, ils attendent en bavardant, affichant des attitudes décontractées et nonchalantes que trahissent, cependant, des rires un peu forcés, des regards inquiets. Enfin, trois ou quatre garçons, parmi ceux qui rient et parlent le plus fort, osent pousser la porte battante sur laquelle est affiché cet avertissement : « Laboratoire d'anatomie. Passage interdit à toute personne étrangère au service. » Nous voici dans un sombre couloir. Les rangs se resserrent. Ici des fioles de parfum circulent, dont on imbibe mouchoirs ou foulards, là on s'inquiète : « J'ai pas envie d'y aller, je vais pas le supporter », on s'interroge : « Tu crois que ça saigne ? », « Y'en a qui se sont évanouis ? », on se rassure : « C'est une chose, c'est pas une personne », ailleurs on fanfaronne : « Si je vois pas mon mort, je fais un caca nerveux ! » Enfin, les étudiants du groupe précédent sortent de la salle : « Alors ? – C'est nul, on voit rien ! », « C'est de la viande ! », « Surtout ne pensez pas que ce sont des êtres humains. » Entre leur fausse modestie un rien condescendante « Vous allez voir, c'est pas si terrible ! » et leur franc dégoût « Ah ! C'est dégueulasse ! », chacun s'efforce de se faire une idée de ce qui l'attend. Il faut pourtant se résoudre à franchir la porte, un dernier regard en arrière, une dernière bouffée d'air pur, et l'on pénètre dans la salle de dissection1.

Aux perplexités des jeunes étudiants en médecine, que nous voyons hésiter entre inquiétude et fanfaronnade au moment d'assister à leur première dissection, font écho les souvenirs ambivalents de leurs confrères plus âgés. Ceux-ci dénoncent l'absence de valeur pédagogique des travaux pratiques d'anatomie : « l'intérêt est nul », « je voyais pas à quoi ça nous servait », « sur le plan anatomique j'en ai rien retiré », que l'on peut résumer par cette formule lapidaire qui revient avec insistance : « on n'y voit rien ». En même temps, ces séances demeurent remarquablement présentes dans leur mémoire, qui les associe toujours à une « tradition », une « coutume », à ce point nécessaire que ne pas s'y soumettre serait risquer de ne jamais devenir tout à fait médecin : « Ça m'aurait presque frustrée de faire des études de médecine sans avoir vu mon petit macchab' en salle d'anat' (...) J'avais envie de voir, parce qu'il faut aller voir. » Ainsi, cette nécessité, confusément ressentie, semble faire des exercices de dissection le cadre obligé d'une expérience spécifique, le lieu et le moment d'acquisition d'un savoir « autre », qui « fait » le médecin.

Or cette conviction trouve une première confirmation dans le nom même donné aux étudiants en médecine – les carabins, lequel les associe justement à la violence meurtrière et aux manipulations de cadavres. Au xvie siècle, ce terme désigne « un soldat de cavalerie légère » (Littré 1877), puis par extension « une personne qui agit par boutade, en tirailleur, sans mettre de suite dans ses actions » (Larousse 1866-1879). Appliqué à l'univers médical, il a d'abord désigné les aides chirurgiens : « par exemple les carabins de Saint-Côme, du nom de l'école de chirurgie à Paris » (ibid.), avant de s'élargir, au siècle dernier, à l'ensemble des étudiants en médecine. Si les dictionnaires s'accordent sur les divers usages de ce mot, l'étymologie en demeure obscure2. Le Littré (1877) en propose deux, soit Calabre, machine de guerre en provençal, soit Calabrinus, qui est de Calabre (pays des carabiniers), le passage du soldat à l'étudiant se faisant par dénigrement. Le Trésor de la langue française (Imbs 1977), quant à lui, suggère une altération d'(e)scarrabin, ensevelisseur de pestiférés au xvie siècle, venant lui-même d'escarbot, insecte fouillant la terre et le fumier. La réputation d'efficacité des soldats carabins pour liquider leurs ennemis, attribuée par dérision aux aides chirurgiens inexpérimentés, rendrait compte de l'évolution sémantique. Faire de tout étudiant en médecine un carabin, n'est-ce pas, dès lors, l'inscrire dans une relation particulière à la mort et aux morts ?

Cependant, les facultés de médecine témoignent, à leur tour, d'une remarquable ambivalence, dans le temps, à l'égard des dissections. Longtemps, c'est dans la clandestinité, bravant les interdits, que les chirurgiens ont pu les pratiquer3. Ce n'est que progressivement que la dissection, comme base de l'anatomie, s'est affirmée comme indispensable à la bonne formation des praticiens. Elle ne se verra pleinement légitimée qu'a posteriori par les savants du xviiie siècle, bénéficiant de l'essor de la méthode anatomo-clinique4. Mais, alors qu'on aurait pu s'attendre à son déclin alors que se diffusent, depuis les années quatre-vingt, des techniques d'imagerie médicale de plus en plus sophistiquées et dotées d'une bien plus grande valeur didactique, on observe au contraire un effort de revalorisation de la dissection, à l'initiative des étudiants, soutenus par les enseignants d'anatomie qui affirment, eux aussi, sa nécessité, alimentant ainsi une polémique au sein de l'Université.

Enfin, la place accordée à cet enseignement pratique est loin d'être identique dans tous les pays. En Italie, ne serait-ce que du fait d'un très grand nombre d'inscrits, les séances de dissection sont devenues facultatives et réduites, lorsqu'elles existent, à une démonstration magistrale, où seuls opèrent le professeur et son assistant. Aux États-Unis5, à l'inverse, les étudiants doivent disséquer dès la première année et, par petits groupes de cinq ou six, se voient attribuer un corps sur lequel ils vont travailler tout un semestre. Actuellement en France – du moins dans les facultés toulousaines – si ces séances sont obligatoires, notées et sanctionnées par un examen oral, les étudiants, en revanche, ne sont plus tenus de disséquer eux-mêmes6.

Aussi, pour donner sens à cet enseignement qui paraît marquer définitivement ceux qui s'y sont soumis, tout en faisant l'objet d'évaluations aussi contrastées, dans la longue durée comme dans la diversité présente des formations, suivons donc nos étudiants dans la salle d'anatomie. Seule, en effet, l'observation directe confrontée aux souvenirs d'étudiants plus âgés et de plusieurs générations de praticiens, nous permettra de reconnaître la « tradition » dont relèvent, dit-on, ces travaux pratiques, revendiqués comme une nécessité « coutumière »7.
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Le Père Noël est une ordure.   Ven 20 Juin 2008 - 19:21

Y'avait un macchabée...



Dans la salle, une chaire, un tableau noir, une dizaine de paillasses. Les rideaux sont tirés, les néons allumés. Malgré une mise en garde de leurs camarades : « Surtout, ne regardez pas au fond ! », pas un qui n'y porte d'emblée son regard. Là, étendus sur quatre tables en inox, les corps, plus ou moins bien recouverts d'une pièce de toile de jute marron. Les étudiants s'installent le plus loin possible d'eux, se groupant – contrairement à leurs habitudes – aux premiers rangs à trois ou quatre par table. On se regarde, à la fois excité et mal à l'aise. Mon voisin me souffle : « Ils font pas vrai, on dirait pas des vrais. » Mais la séance commence. Au tableau, un volontaire planche sur la question de ce premier jour : « la région scapulaire »8, guidé par les remarques de deux moniteurs9 ; les autres, studieux, prennent des notes en silence. Au bout d'une heure, tous commencent visiblement à s'impatienter, ils s'agitent, chuchotent, se retournent... Enfin, les enseignants annoncent, souriants : « On va disséquer. Vous allez disséquer, si vous voulez... Vous êtes venus pour ça, non ? », et tous de rire nerveusement en attrapant leur blouse blanche – pour ceux qui l'ont apportée – et en se dirigeant vers les cadavres. Inaugurant la démonstration, chaque prosecteur découvre un corps devant les étudiants : « Le but de cette année, c'est la mémoire visuelle. » Dans un murmure, on s'installe autour du « théâtre anatomique ». Certains enfilent avec détermination des gants en caoutchouc, deux volontaires vont manier le scalpel et la pince en tentant malhabilement de suivre instructions et commentaires de l'enseignant. Il s'agit maintenant de dégager la région ou l'organe que l'on vient d'étudier et de schématiser au tableau, afin de l'observer in situ en trois dimensions. C'est bien sur cet aspect qu'insistent les professeurs d'anatomie, en réaction contre la tendance actuelle qui verrait « l'enseignement de la médecine se [faire] au tableau », ceux qui justement défendent envers et contre tous « leurs » travaux pratiques expliquant ainsi certaines carences techniques constatées chez les internes en chirurgie qui « ne vont jamais à l'amphithéâtre pour disséquer » ou qui « s'ils l'ont fait, on l'a fait pour eux en première année et ils l'ont oublié complètement ». Mais ces exercices que le discours pédagogique présente comme un prérequis indispensable à l'étude du fonctionnement normal et pathologique des organes, constituent, pour les étudiants, une véritable épreuve, physique et psychique – « on n'était pas dans notre état normal... personne » –, dont la réussite nécessite un apprentissage particulier.

La participation aux tâches à accomplir, ne serait-ce que la simple observation, se heurte d'emblée à une série d'obstacles. Le premier, qui saute au nez dès que l'on franchit la porte, est souligné par tous : l'odeur. C'est que, se souvient un urologue, il s'agit d'une odeur « ... difficilement rapprochable d'autre chose... pas du tout une odeur de mort. Une odeur de formol, mais pas un formol comme on l'entend, du moins comme on sent. C'est un formol imbibant quelque chose, et... c'est vrai qu'il y a une odeur caractéristique, un peu comme le métro, une odeur qu'on n'arrive pas à définir... mais qui n'est pas forcément agréable, même qui est assez suffocante ». Voire, nous dira-t-on, « pestilentielle », « dégueulasse » ou « ignoble ».

Le deuxième sens mis à rude épreuve est la vue, tant à cause de la couleur des cadavres, « jaunâtre », « un peu verdâtre », que de leur aspect général, « raides, desséchés », « décharnés », « en décomposition ». Séverine raconte sa première séance : « J'ai vu le cadavre, je me suis mise à pleurer, et je suis partie. » Les évanouissements, à vrai dire assez rares, mais redoutés par tous les étudiants – « Moi, j'avais peur de tomber... d'avoir un malaise, au premier T.P. » – constituent une autre forme de fuite dont les jeunes Américains interviewés par Segal (1988 : 20) explicitent l'enjeu : si l'on craint une éventuelle syncope, c'est que celle-ci pourrait faire douter de la capacité à devenir médecin. De fait, quelques mètres de distance entre le corps et soi suffisent le plus souvent pour pouvoir agir par personne interposée : ainsi, Isabelle, qui ne s'approchera pas de la table, précisera : « J'ai pas regardé le corps, j'ai regardé les têtes [de ses camarades], et rien qu'à voir les têtes j'imaginais ce qu'ils pouvaient faire ! » Bref, ce spectacle est tellement « ignoble » que, ajoute ce même chirurgien, « il y avait une règle... éthique, qui existe encore, et qui faisait que les rideaux doivent être tirés dans la salle de dissection. Pour pas que n'importe qui vienne regarder ».

Transgresser cette règle est justement le premier devoir des jeunes étudiants, qu'avant même la première séance, leurs aînés soumettent à un apprentissage progressif en les invitant à se hisser subrepticement sur une borne et à se glisser à l'intérieur d'une haie de sapinettes pour entrevoir, à la faveur d'un rideau mal tiré, un « bout » de cadavre. Certains, plus téméraires, essayent même de s'introduire clandestinement dans le laboratoire. Épreuve qui distingue les futurs médecins, voir les cadavres est, à l'inverse, interdit à tous ceux qui n'exerceront jamais la médecine, et cette règle commandait au xixe siècle, la construction des nouveaux amphithéâtres d'anatomie : le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales stipule qu'à défaut de les éloigner des villes, il faut les « entourer de murs très élevés » et surtout que « les jours pris au dehors soient munis de treillages à mailles serrées ou de volets en tabatière, comme on le fait pour les prisons de manière à dérober à la vue des voisins le spectacle répugnant des travaux qui s'y accomplissent » (Dechambre : s.v. Anatomie). Quant à ceux qui doivent franchir les portes de l'amphithéâtre, la confrontation avec les corps doit être, à son tour, progressive : « le tout [est] recouvert de toile de jute, pour ne pas agresser l'œil d'emblée ». Et l'on s'indigne lorsque cette règle implicite n'est pas respectée : « On est rentrés, on a vu les cadavres découverts. Ils les avaient pas recouverts (...). On est entrés en plein dans le vif ! »

Rares sont les étudiants qui vont aller jusqu'au toucher, malgré la mise à leur disposition de gants en latex. Ceux qui auront osé, préciseront avec une moue dégoûtée, que « c'était sec, froid », « cartonneux », « raide, dur comme du béton armé », bref fort éloigné de l'expérience habituelle d'un corps humain. Ainsi, à l'épreuve des sens, ces morts se révèlent comme autant d'êtres « bizarres », de nature incertaine, de statut mal défini et qui, en outre, s'inscrivent dans une diversité qu'il s'agit d'apprendre à distinguer.

Ces êtres auxquels sont confrontés les étudiants, sont, bien sûr, des cadavres. Mais, s'agit-il vraiment de cadavres d'êtres humains ? « C'est quelque chose de déshumanisé... pas humain, quoi », « j'avais du mal à imaginer que c'était des gens morts, qui avaient pu avoir une vie antérieure », « [ils ont] des traits qui ne sont pas des traits d'êtres qui ont pu vivre il y a quelques mois ou années ». Devenir carabin, c'est, au fil des séances, apprendre à distinguer ces « cadavres vieux », « ancestraux », « moyenâgeux », des cadavres frais, non préparés, entreposés au froid, à la morgue, qui ont conservé la plupart des caractéristiques de la vie, et qui, de ce fait, se voient attribuer une valeur supérieure : « On attendait les cadavres frais, parce que c'est vraiment dégueulasse les cadavres formolés. » La distinction s'accompagne donc d'une hiérarchisation des êtres manipulés, fondée sur une proximité de plus en plus grande avec le vivant10. Chaque étape franchie dans ce registre marque une progression parallèle des étudiants dans une autre hiérarchie, celle basée sur la connaissance et l'expérience acquises tout au long du cursus universitaire : « Les prosecteurs, les moniteurs se servaient d'abord », « parce qu'on est en deuxième année, on nous donne des vieux, enfin des cadavres assez vieux, parce qu'ils sont pas frais, là ». Les enseignants eux-mêmes les encouragent en ce sens : « S'il y en a qui sont vraiment intéressés, laissez votre téléphone et on vous appellera pour les cadavres frais. » Anne, qui a arrêté ses études de médecine en troisième année en 1961, met clairement en évidence la différence de statut : « Si on voulait mieux comprendre ce qu'on avait fait à la dissection, on descendait à la morgue (...) et on refaisait la dissection sur un mort frais11. »

L'incertitude quant à la nature de ces êtres réservés au tout premier apprentissage se retrouve dans la diversité des termes employés par les étudiants pour les désigner. Pour certains, « c'est des gars qu'on connaît pas », « des types », pour d'autres « de la viande et puis c'est tout, ça pourrait être un bœuf, un lapin... », voire « de la charogne », ou encore « un outil de travail ». A l'opposé, cet échange entre deux amis se croisant au sortir d'une séance : « C'était le même bonhomme ? – Non, c'était une dame. » Ces incertitudes lexicales sont d'autant plus remarquables qu'elles s'opposent aux façons de parler propres aux enseignants – et à la plupart des médecins – qui reconnaissent en eux des macchabées. Aussi, s'exercer aux dissections anatomiques, n'est-ce pas seulement acquérir un savoir positif sur la structure de tel ou tel organe. C'est, tout autant, maîtriser les règles et les usages qui permettent de fréquenter ces êtres qui peuplent les théâtres d'anatomie. Apprendre, à son tour, à les nommer, c'est apprendre à reconnaître en eux des êtres sociaux à part entière, comparables à ces autres êtres sociaux que sont dans bien des sociétés les morts avec lesquels on communique et qui jouent un rôle dans cette vie. Or, en Europe, le groupe des morts, on le sait, est plus particulièrement fréquenté par les jeunes gens au temps de leur « formation » coutumière12. N'est-ce pas, dès lors, de cette même « tradition » que relève la nécessité, pour les carabins, de se soumettre à l'épreuve des macchabées ?
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Le Père Noël est une ordure.   Ven 20 Juin 2008 - 19:22

A chacun sa distance



Faire des cadavres à disséquer des macchabées, c'est, tout d'abord, les soumettre à une série de « manipulations » qui ne se réduisent pas aux techniques de dissection. Il importe en premier lieu de se préserver de leur odeur de « moisi » et de « décomposition », ce à quoi s'emploient les mouchoirs parfumés observés entre les mains de nos néophytes, leurs écharpes et leurs cols roulés. Mais il existe d'autres recours : « Je me mettais toujours derrière la même fille, parce qu'elle sentait bon », et d'autres écrans : « On essayait de masquer l'odeur en fumant comme des pompiers, le cadavre se perdait dans les nuages. » Or il s'agit moins de se préserver de l'odeur des cadavres que de soumettre ceux-ci à une métamorphose progressive dont les nuages de parfum et de fumée sont à la fois la condition et le résultat. Ainsi dissoute, la matérialité répulsive des corps morts peut faire place à ce qui a pu leur servir autrefois de substitut13 : cires, préparations anatomiques et autres modèles artificiels exposés dans les musées d'anatomie et que les étudiants sont engagés à visiter aujourd'hui encore. Aux macchabées, on reconnaît un « aspect cireux », « on dirait des mannequins », « c'est comme le musée d'anat, ça serait de la cire... Ça fait pas humain ! » Cette assimilation suggère des jeux de substitution que nous révèlent des biographies de médecins : « Au milieu des cadavres, il arrivait qu'un plaisantin glissât l'un des modèles en cire fabriqués à dessein : ils étaient fendus par-devant et la tripaille dégringolait. Il était difficile de distinguer le faux cadavre du vrai, car l'on fumait trop de cigares pour tuer la puanteur et l'on avait trop l'habitude de détourner les yeux dès qu'on ne travaillait pas directement. Quelqu'un plongeait sa lame dans la cire colorée, et de grands éclats de rire volaient au-dessus des tables » (Paul West 1991 : 175-176)14.

Mais, tandis que les étudiants s'emploient à métamorphoser les cadavres en mannequins, en « corps de cire » aux visages semblables aux « masques » des anciens rituels funéraires, les enseignants les invitent à soumettre les macchabées à des techniques de morcellement qui prolongent celles que certains mettent spontanément en œuvre. Ce peut être un découpage virtuel, comme pour Séverine : « Je me suis mise derrière les autres, de manière à ce qu'entre les têtes et les épaules j'arrive à cadrer juste ce que je voulais voir [pour] oublier que c'était un homme entier » ; un partage théorique, dans le cas de ce généraliste : « La vision des différentes zones d'anatomie, régions que l'on étudiait, permettait d'oublier le côté choquant de la visualisation de la mort » ; ou effectif, par exemple dans les souvenirs de ce chirurgien : « Il faut que je dissèque le maxillaire, que je cherche le facial. Et on voyait pas tellement que c'était la joue d'un bonhomme. » Ainsi, « Plus ça allait, moins c'était épouvantable (...), impressionnant, (...)ça n'avait plus rien d'un corps humain. » Les étudiants américains se voient demander par leurs enseignants de n'exposer aux regards que la zone sur laquelle ils travaillent, et de recouvrir par des champs opératoires adaptés le reste du corps (Segal 1988 : 20). Un médecin du début du siècle dernier commentait ainsi ces pratiques : « L'homme studieux, profondément occupé de la partie qu'il recherche, des moyens de l'isoler et d'en découvrir la structure et les usages, ne songe plus au triste spectacle qu'il a sous les yeux, tout entier à sa science il oublie une pitié mal entendue pour des restes inanimés » (Panckoucke 1814 s.v. Dissection).

Cette déshumanisation exige la suppression de ce qui est le plus « humain » dans l'homme : les visages, les mains... Séverine, quand elle reviendra assister aux travaux pratiques, ira demander à l'enseignant de « ne pas découvrir les visages », aux USA pendant le reste du travail, faces et organes génitaux sont recouverts par de petits morceaux de tissu blanc (Fox 1988 : 54). « C'est vrai que les têtes m'ont marquée, et les mains », « Un type à qui on a ouvert la joue ou quelque chose comme ça, parce qu'on reconnaît bien la structure d'un être humain, c'est un peu plus impressionnant. » Une anatomopathologiste italienne nous confiera que lorsqu'elle conduit une autopsie, après l'indispensable examen médico-légal de la face, elle s'empresse de la recouvrir jusqu'à la fin de sa tâche.

Or, ces diverses manipulations des corps morts, afin qu'ils ne soient plus ni tout à fait des cadavres, ni tout à fait des personnes, ne constituent pas seulement l'apprentissage des premiers gestes techniques que l'on retrouvera, ensuite, lorsque l'ouverture du corps devient le préalable nécessaire au diagnostic et à l'intervention curative. Suspendre l'humanité des êtres à manipuler fait immédiatement surgir d'autres images, s'éveiller d'autres appétits qui n'ont, semble-t-il, que peu à voir avec l'acquisition de compétences médicales.

« Viande », « bidoche », « barbaque », voire « charogne », surgissent, tout à coup, des exclamations et des commentaires qui fusent autour de la table de dissection ou bien viennent ponctuer, après coup, les récits des exercices d'anatomie15. Et la dimension agressive de ces façons de dire n'échappe pas à ceux qui prennent plaisir à les employer comme autant de défis à ces êtres redoutables, qu'il faut en quelque sorte « neutraliser ». Cette violence n'est pas seulement verbale, comme l'atteste cette scène observée à la fin de l'une des premières dissections : au centre d'une dizaine de leurs camarades, Christophe et Manuel ont officié, ne cessant de se disputer la prérogative de manier le scalpel et de découper le corps. « Qui veut du foie ? Bon appétit. Viens voir le foie ! On dirait du foie gras... », « Et des rognons ?... » Soudain, Christophe, pince à disséquer dans une main, s'empare, de l'autre, du bistouri de Manuel, et manipulant ces instruments tels de macabres couverts, se penche sur le thorax ouvert du cadavre d'un air affamé. Ce geste ne suscitera parmi les spectateurs fascinés que quelques ricanements gênés. Et l'un d'eux conclura la séance par un – à peine ironique – « Nous étions en classe d'apprentis bouchers ! »

Cette parenté de la dissection avec la boucherie s'inscrit, on le sait, dans une très longue durée. Écoutons ce qu'au xixe siècle en disait un anatomiste : « On ne peut s'empêcher de comparer la plupart des élèves qui dissèquent à des bouchers qui passent leur vie à tailler dans la viande, sans jamais se préoccuper des objets placés sous le tranchant du couteau » (Forth 1868 : 2). Ajoutons que les employés du laboratoire d'anatomie et de la morgue sont parfois appelés « les garçons bouchers ». Rappelons-nous enfin ces caricatures où chirurgiens anatomistes et anatomopathologistes sont décrits ou représentés avec les attributs des bouchers : tabliers blancs maculés de sang et grands couteaux16. Cette assimilation guidait, au siècle dernier, le choix des lieux appropriés à la construction de nouveaux amphithéâtres d'anatomie : « De tels établissements devraient être rejetés, comme les abattoirs et les clos d'équarrissage, à une certaine distance des localités habitées » (Dechambre : s.v. Amphithéâtre)17. Elle compose, enfin, depuis le Moyen Age, l'une des images du chirurgien (Pouchelle 1983 : 125).

Mais, à devenir « étal de boucherie », la table d'anatomie suscite d'étranges « manières de table » qui ne font pas seulement basculer nos carabins vers les métiers sanglants mais éveillent en eux le rêve d'une consommation cannibale de chair crue que partagent d'autres mangeurs monstrueux. « J'ai faim ! » dit un garçon au début des travaux pratiques, « Vas-y, te gêne pas ! » lui rétorque son voisin en désignant un corps. Dès lors, comme dans les fins de repas de pensionnat ou, plus tard, dans ces moments de fête où les jeunes gens se retrouvent entre eux pour des défis relevant de la dépense carnavalesque, la chair interdite se mue, dans de bien réelles batailles, en déchets impropres à la consommation. « Y'avait la bagarre de bidoche, (...) assez peu se livraient à ce sport, y'en avait un certain nombre qui découpaient de la bidoche et qui vous la flanquaient sur la figure : extrêmement désagréable ! » Seuls des praticiens ayant dépassé la soixantaine peuvent évoquer de tels souvenirs, presque identiques à ceux rencontrés dans La pierre d'Horeb (Duhamel 1926) et Les hommes en blanc (Soubiran 1949), autobiographies romancées de médecins qui font encore figure de modèles pour le parcours du carabin18. « Les uns jouaient à la boucherie avec les déchets de leurs préparations, installaient un étal et simulaient des marchandages ; d'autres, retranchés derrière les tables, finirent par se battre avec les débris » (Duhamel : 71). L'un des protagonistes des Hommes en blanc se justifie ainsi : « Une bataille de bidoche, c'est naturel, c'est hygiénique, ça détend et ça ne fait de mal à personne, pas même aux macchabées » (Soubiran 1949 : 130).

Les macchabées survivent donc à ce dépeçage sans merci, dont les effets se lisent sur les étudiants eux-mêmes, telle par exemple, l'apparition assez fréquente de dégoûts alimentaires : « La première fois, j'ai pas pu manger de la daube pendant longtemps », « Moi, je vais devenir végétarienne ». Comme une victoire péniblement acquise sur la répulsion tout d'abord éprouvée, les « batailles de bidoche » consacrent l'appartenance au groupe, en déclenchant à la fois la répugnance et le rire libérateur auquel on reconnaît une valeur cathartique – « on a tous sorti une blague à la con (...) pour tenir le coup »19, et que l'on identifie comme appartenant en propre au carabin puis au médecin : « De toute façon, tous les toubibs sont comme ça, ils sont vachement cyniques, et l'humour noir, ça compte énormément. » Mais au sein du groupe ainsi constitué, apparaissent des différences significatives. Dès les premières dissections, se dessine une organisation concentrique fondée sur une hiérarchisation des acteurs, qui va permettre à chacun de définir l'intensité de son engagement au sein de l'épreuve collective20, de celui qui est au centre et en fait trop, paraissant transgresser une règle implicite – par exemple en « baffant21 les cadavres, en balançant leurs bras », voire en « les dilacérant au scalpel » – à celle qui demeure en retrait et critique ses camarades, « non, ça me choque », « ils s'amusaient avec le corps (...) je voyais des vampires ». Autour des macchabées, en effet, garçons et filles sont à la fois unis et séparés. Les étudiantes se trouvent le plus souvent du côté des spectateurs passifs, alors que les attitudes de leurs homologues masculins relèvent davantage du défi, de la preuve à fournir, à soi et aux autres. L'un d'eux ne précise-t-il pas : « Il y a une espèce d'émulation de groupe, faut pas flancher devant les autres ! » Mais ce partage, bien sûr, n'est pas rigide. Pour passer du côté des garçons, certaines filles adoptent d'emblée les gestes les plus agressifs, elles découpent, plaisantent, parlent haut et fort, d'où la remarque critique de ce médecin : « Certaines filles étaient plus excitées que les garçons, par le fait d'aller tripoter tout ça. Elles ne se sentaient plus. »

Mais, en général, à l'assaut des macchabées, les filles sont tenues à plus de réserve, devenant à leur tour la cible des plaisanteries de leurs compagnons d'apprentissage. Aujourd'hui médecin généraliste, Anne se souvient : « Un jour en sortant de la fac, il pleuvait. Je mets mon capuchon et ils m'avaient mis une oreille dedans. C'était les copains. C'était classique », d'autres « glissent des doigts dans les trousses des filles ». Disséminant des fragments comme autant de reliques sur leur passage, les macchabées franchissent le seuil du théâtre d'anatomie : on « oublie » une tête dans un placard, une main dans un tiroir, on la « passe le long du dos de quelqu'un devant soi ». La parole obscène – qui affiche l'identité virile – accompagne bien souvent ces plaisanteries, et là encore, elle prend pour cible les filles. « On échangeait des blagues de sexualité de bas étage, surtout s'il y avait une fille », reconnaît un gynécologue-accoucheur. Telle par exemple, cette réponse à la question angoissée d'une étudiante : « Ils sont complètement nus ? », « Mais tu crois pas qu'ils ont un soutien-gorge ! » De ces répliques les garçons ne sont pas protégés, comme en témoigne cet échange dans le couloir du laboratoire : « Tu en as mis du temps ! », « Ben oui, je lui taillais une pipe, au cadavre ! » On peut toutefois penser que l'accès de plus en plus massif des filles aux études médicales favorise l'émergence, au sein même de l'amphithéâtre, de blagues macabres ou obscènes qui autrefois devaient trouver leurs cibles privilégiées à l'extérieur du groupe, « les surveillantes, les infirmières trouvaient des doigts, n'importe quoi dans leurs poches », voire à l'extérieur de la faculté : « Sectionner un sexe de cadavre et le faire pendre à la braguette et aller prendre le car avec ça, et la première personne qui faisait une remarque, on disait "oh, excusez-moi" et on remettait le sexe dans sa poche », « Avec une belle bite et une paire de roubignoles dans le sac d'une vieille fille, ça serait encore plus drôle » semble surenchérir ce personnage de Soubiran (1949 : 132). Les observateurs des anciens usages funéraires ont parfois noté, pour s'en scandaliser, les jeux qui accompagnaient dans les sociétés paysannes, les veillées mortuaires. Par exemple, en pays de Montbéliard, « ils [les garçons] s'amusaient parfois du dehors à faire des niches aux filles, à les effrayer, à leur jouer des tours de leur façon. Les divertissements naissant de cette rencontre des garçons et des filles ont maintes fois dégénéré en scandales et même en odieuses profanations » (Van Gennep 1946 : 704-705). La nécessité de se protéger de la dangereuse proximité des macchabées suscite, autour de la table de dissection, le même recours à l'obscénité, mais, en outre, celle-ci n'annonce-t-elle pas la suractivité sexuelle plus particulièrement prêtée à cette fraction des étudiants – les internes – qui se doit d'accomplir jusqu'au bout un parcours de formation jalonné de fêtes et de soirées tumultueuses où doit être éprouvée et exhibée une virilité qu'anticipent les plaisanteries autour des macchabées ?
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Le Père Noël est une ordure.   Ven 20 Juin 2008 - 19:22

La leçon d'anatomie



Cependant, cette irruption et cette mise en scène de la violence, de la dérision, de la parole obscène ou blasphématoire n'épuise pas l'éventail des conduites que suscite la manipulation des macchabées. Aux antipodes des diverses formes de transgression, d'autres gestes, d'autres attitudes paraissent tout aussi nécessaires.

A Toulouse, la première séance de travaux pratiques n'est plus institutionnellement précédée d'un discours fondé sur « le respect, la sacralité du cadavre » comme c'est le cas en Italie22 et aux États-Unis, où l'on souligne la générosité des donateurs, le privilège des médecins d'ouvrir les corps et où l'on rappelle le devoir de garder une attitude sérieuse, scientifique (Fox 1988 : 59). Cependant, entre eux, les étudiants admettent des règles implicites qui ordonnent et limitent les conduites en apparence les plus déréglées. Les premiers à les dénoncer sont d'abord ceux et celles qui ont mal supporté les séances : « Je trouve qu'il y a un respect envers la mort, une dignité qui est pas respectée. Non, ça me choque », mais les participants passifs des scènes les plus mémorables affirment eux aussi l'existence de bornes. Ainsi, la dissection menée par Christophe et Manuel – les dissecteurs cannibales – a suscité les critiques les plus vives : « on a tous dit quelque chose contre », le principal reproche portant sur le « manque de respect » du cadavre, qui suggère un tout autre dérèglement : « Lui c'est un malade », « Il est pas bien... » Mais le même Christophe, sera, à son tour, le premier à condamner l'attitude d'un autre étudiant, censé avoir « dilacéré [les macchabées] au scalpel » : « Y'a quand même un minimum de décence à avoir ! (...) Y'a des limites à tout. Faut pas déconner ! » Ainsi, de la même manière que chacun dans le groupe détermine, pour soi, la bonne distance avec le macchabée, il doit apprendre – quitte à les franchir – les frontières du licite et de l'illicite, du toléré et de l'intolérable. Mais qu'entend-on, au juste, signifier lorsqu'on invoque le « respect du cadavre » ?

Là encore, une observation attentive des séances de dissection peut nous mettre sur la voie. Il arrive ainsi que l'on se détourne du mort pour éternuer, qu'on lui demande pardon lorsqu'on le frôle par inadvertance, et que, du moins lors des premières séances, on baisse la voix auprès de lui. Toutes ces précautions s'éclairent si l'on ajoute qu'étudiants et enseignants font souvent le « lapsus » entre cadavre et malade ou patient, comme, par exemple, ce garçon de première année : « On ne voyait que les malades... les cadavres qui étaient sur les tables. » La même assimilation est attestée aux États-Unis, où les étudiants non seulement traitent les cadavres comme des patients, mais s'appellent « Docteur » entre eux, et de plus confondent dissection et opération (Segal 1988 : 21). Ainsi l'immobilité de ces corps allongés, aux yeux clos, bien bordés dans leurs linceuls, transforme ces êtres inquiétants en de paisibles dormeurs. Faisant entrer un groupe dans la salle, le garçon d'anatomie plaisante : « Ne vous inquiétez pas, je leur ai donné un somnifère ! » Un prosecteur, voulant expliquer une particularité anatomique, précise, « De toute façon là, le malade est endormi...23 »

« Respecter » les cadavres, c'est donc tout d'abord reconnaître en eux leur irréductible humanité, et cette attribution prend forme dans une série d'interrogations qui toutes visent à redonner une identité sociale à ces êtres anonymes. Les étudiants cherchent à savoir l'âge, les antécédents, l'étiologie et les circonstances du décès de leur « patient ». Qui sont donc ceux qui ont voulu « donner leur corps à la science » ? Quelle fut leur vie, quel genre de personnes étaient-ils ? Pour le rendre encore plus familier, les Américains attribuent à « leur » mort un nom, voire le marquent à leurs initiales (Segal : 22). Mais, à Toulouse, l'attribution d'une identité se fait, de manière plus inquiétante, sur le mode de la reconnaissance : « La façon dont on regarde un cadavre a bien une arrière-pensée, et je pense que [c'est] celle de reconnaître quelqu'un. » Le plus souvent, on n'y voit que « des clodos », « des vieux », « des mendiants », qualifications qui semblent assigner aux macchabées la fonction de médiations entre les vivants et les morts que toutes les sociétés paysannes d'Europe délèguent aux pauvres. Sans aller aussi loin que ces deux médecins, qui se souviennent d'avoir reconnu l'un, « un instituteur, que j'avais eu quand j'étais en CE1 ou CE2 », l'autre, « une clocharde qui habitait plus ou moins dans le couloir de la maison de ma marraine », plusieurs étudiants nous ont confié que si les premières séances avaient été difficiles, c'était bien parce que « ça m'a un peu fait penser à une grand-mère », « Le vieux, là, c'était mon grand-père ! »

Mais, juste retour des choses, cette humanité retrouvée fait s'interroger sur sa propre identité. Faire des macchabées ses propres ancêtres, n'est-ce pas se reconnaître, à son tour, comme participant d'une même nature et d'un même destin ? Ainsi scrute-t-on attentivement les secrets changements qu'opère en soi leur proximité. Retournons dans le couloir du laboratoire, devant la porte encore fermée de la salle d'anatomie. Une fille attend, un garçon sort. Elle : « Alors ? », lui : « C'est dégueulasse, ça pue ! Regarde, sens ! » Il l'attrape alors par le capuchon de son manteau et lui plonge le nez entre son écharpe et son cou, « Tu sens pas ? », « Peut-être, un peu... » répond-elle, inquiète. Or cette odeur, nous le savons, est la première caractéristique des macchabées. Qui la respire s'en imprègne : « J'ai un copain, après, il était tout le temps en train de se sentir les mains... » Les traités médicaux consacrés, au siècle dernier, aux maladies professionnelles, plaçaient cette odeur au centre des « dangers » guettant les anatomistes : « Les miasmes putrides qu'exhalent les cadavres, et dont s'imprègnent la transpiration, les urines et les matières fécales des anatomistes, peuvent produire sur l'économie une impression funeste, et occasionner des maladies graves » (Pâtissier 1822 : 171). On va jusqu'à élargir les risques à tous les apprentis-médecins en énumérant les « Inoculations vénéneuses », les « empoisonnements septiques » et surtout les terribles « piqûres anatomiques » qui « décimaient » leurs rangs (Dechambre s.v. Amphithéâtre).

L'épreuve que constitue l'intimité imposée avec les macchabées ne consiste donc pas seulement à voir la mort, mais tout autant à la frôler, à s'exposer à son danger. Aujourd'hui encore, alors que des antibiotiques et des antiseptiques puissants permettent de contrôler le danger septicémique, les moniteurs répètent les mêmes recommandations : « Surtout, attention de ne pas vous couper ! », et cet étudiant, impressionné, mettra à son tour ses camarades en garde : « A la moindre coupure, on peut y rester ! » Autant dire que confronté à ces êtres menaçants, on risque à son tour de passer du côté des morts. Traditionnellement, à l'entrée des amphithéâtres d'anatomie, était gravée cette épigraphe : Hic locus est ubi mors gaudet succere vitae... A Toulouse, l'ancienne plaque de marbre noir, don des Capitouls en 1686, transportée à chaque déménagement de l'amphithéâtre, est devenue presque illisible, aussi, en face, peut-on lire en rouge sur fond blanc sa traduction : « C'est ici que la mort apprend à secourir la vie, rassasiée de sang elle y abandonne ses dépouilles, afin que les cadavres des morts procurent la santé à leurs concitoyens. C'est ici qu'une main discrète, animée d'une cruauté pieuse, poursuit les embûches des maladies et met obstacle aux menaces du destin. » Mais, à vrai dire, l'efficacité du savoir acquis auprès des macchabées est d'une tout autre nature. Franchir la porte de l'amphithéâtre d'anatomie, c'est, très exactement, passer dans l'autre monde pour en éprouver soi-même les propriétés. Comme le dit explicitement un généraliste, tirant la leçon de ces travaux pratiques, « on ne peut accepter de continuer ses études de médecine que quand on a accepté sa propre mort. C'est-à-dire quand on l'a visualisée ». En cela réside l'épreuve qu'il faut subir. Mais encore faut-il se révéler plus fort que les macchabées qui, tout comme les mauvais morts des représentations coutumières, tendent toujours à entraîner avec eux les vivants. Envahissant la vie nocturne des futurs thérapeutes, la lutte peut prendre la forme répétitive de cauchemars, comme l'a vécu ce neuropsychiatre : « Moi, je fais partie des gens qui ont failli ne pas faire médecine à cause des macchabées ! (...) Je me rappelle encore un rêve, comme si c'était hier, j'étais poursuivi par des cadavres (...). Je sautais par les fenêtres, je courais, je montais l'escalier, je revenais dans la salle, et les cadavres couraient après moi. Les types étaient après moi, et ils cherchaient à m'attraper. C'est un rêve qui m'a poursuivi à plusieurs reprises, ça m'avait profondément impressionné. »

Et l'on peut maintenant donner sens aux « batailles de bidoche » qui, à la fois réprouvées et revendiquées, bouleversent le cours ordonné des séances de dissection : n'est-ce pas une manière de s'incorporer littéralement la mort et par là même d'acquérir le double pouvoir de revenir, changé, parmi les vivants et de guérir ceux que la maladie fait, provisoirement, passer dans l'autre monde ? Observons le jeune Alain, maintenant chirurgien réputé, à la sortie de sa première dissection dans les années soixante : « Je vois passer les gens sur les allées, et je me suis dit : Vraiment, tu n'es pas comme eux, ce sont des laïcs, toi, tu es un clerc. Ils ne comprendront jamais ce que tu fais. Tu es dans un autre monde qu'eux, et tu sais des choses qu'ils ne sauront jamais. »

Fiers d'avoir surmonté cette première épreuve, les carabins s'emploient à le faire savoir. A leurs cadets d'abord, pour lesquels ils enjolivent leurs exploits : « J'en tirais gloriole auprès des première année. » Auprès de leurs aînés, les bizuts sentent bien qu'il est inutile de surenchérir, mais ils savent aussi que cette étape les rapproche d'eux : « Au moment où ils les font [les travaux pratiques], ils se sentent plus intégrés », remarque après coup un interne. Mais la reconnaissance attendue ne se limite pas au cercle restreint des futurs confrères. Amis et famille doivent, à leur tour, supporter des récits hauts en couleur : « On fabule vachement, après. Surtout les premiers temps, l'excitation de l'avoir vu, de l'avoir fait (...). J'ai peut-être dû les bassiner avec ça » admet une interne en gastro-entérologie, tout comme cet étudiant qui se vante d'avoir « écœuré les invités » à la table familiale. Ce faisant, les futurs médecins ne font que se conformer à cette attente sociale qui voit en eux de « joyeux carabins », ouvrant et découpant des cadavres comme à plaisir et dont on exige qu'ils fassent partager un peu de leur savoir : « Parce que les gens, ça les intéresse de savoir si on l'a vu, qu'est-ce qu'on a fait dessus, qu'est-ce qu'on est allés trifouiller », et tous de répéter : « la question vient des autres ».

Mais le récit qui soumet parents et amis à une épreuve identique à celle que l'on a soi-même subie n'est pas la seule forme de consécration de cette connaissance nouvellement acquise. Écoutons ce psychiatre : « Y'avait un photographe qui venait chaque année et tout le monde prenait sa photo autour du cadavre. » La photographie vient ainsi fixer un passage auquel elle donne la dimension d'une cérémonie.

Ritualisation que l'on retrouve aux USA, dans l'institution du grand banquet que les enseignants d'anatomie président, auquel toute la promotion assiste et qui clôture le cycle d'enseignement (Segal : 23). Récits et images qui « fixent » la traversée de cet au-delà sont, parfois, accompagnés d'un geste purificateur, tel ce bûcher qu'allume, aux États-Unis, l'un des professeurs d'anatomie, pour brûler les vêtements portés par les étudiants au cours de l'année écoulée (Chicago Tribune 21/01/82, cité par Segal : 25). En France, les étudiants ont la possibilité, à l'issue des séances de dissection, d'acheter os et crânes provenant des macchabées, ils les conserveront avec eux tout le long de leurs études, voire de leur carrière. Comment ne pas y voir autant de trophées témoins de leur passage de l'autre côté, du côté des morts ? Lors même que cette épreuve est refusée, certains lui substituent des usages équivalents, tel ce généraliste qui retrouve les gestes de l'initiation coutumière des garçons : « Quand j'étais en première année, je suis allé à la fosse commune de mon village, la fosse commune qui m'avait toujours impressionné étant enfant (...) J'ai ramené un tibia, le crâne et le maxillaire inférieur (...) Ce crâne que j'ai ramené m'a toujours servi, parce que je le mettais à côté de moi. »

Ainsi, parallèlement à l'enseignement scientifique qu'elle dispense, l'université accueille, voire organise, une forme paradoxale d'expérience, qui permet aux étudiants d'acquérir un savoir sur la mort qui ne relève en rien du corpus de connaissances et des modèles explicatifs de la médecine contemporaine. Véritable exigence coutumière, la leçon d'anatomie soumet donc le futur thérapeute à une transformation durable, « ça te passe au moule » dit précisément l'un d'eux, en transposant dans l'amphithéâtre les jeux des garçons avec l'au-delà. Mais ici, blagues macabres, incursions dans les cimetières, masques terrorisants des revenants24 prennent une allure bien particulière pour métamorphoser de misérables corps « donnés à la science » en ces redoutables dispensateurs du savoir sur la mort que sont, non pas tant les maîtres de la Faculté, que les macchabées, auxquels il faut tout à la fois se soumettre et résister, et sur l'identité desquels nous devons une dernière fois revenir.
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Le Père Noël est une ordure.   Ven 20 Juin 2008 - 19:23

Martyrs et bourreaux



Dans le journal de Félix Platter, étudiant en médecine à Montpellier de 1552 à 1559, comptes rendus de dissections et de mises à mort en place publique alternent, voire se superposent : « Le 3 décembre [1556] eut lieu l'exécution de Béatrice (...). Elle fut pendue sur la place (...). Le corps fut donné à l'amphithéâtre d'anatomie (...). Enfin le bourreau vint reprendre les débris, les lia dans un drap, et les suspendit à une potence » (Platter 1979 : 145). Les xvie et xviie siècles virent une même popularité des exécutions et des anatomies publiques. Giovana Ferrari (1987 : 100) insiste sur le fait qu'en dehors des démembrements et autres mutilations relevant d'une même mise en scène ritualisée de la violence, le principal point commun entre ces deux spectacles, c'est bien le corps du condamné. D'autre part, les anatomistes n'opéraient que sur des suppliciés, de sorte que l'on a pu voir dans la dissection « un prolongement du supplice subi par le criminel » (Pouchelle 1976 : 274). Si tenace est cette homologie qu'elle se retrouve au xixe, dans cette critique du Conseil d'amélioration des prisons : « en livrant au scalpel des anatomistes les restes des détenus, on aggrave de cette manière leur punition » (D'Arcet, Parent-Duchatelet 1831 : 280), et qu'elle fonde, selon ces mêmes auteurs, la « haine que le bas peuple porte aux jeunes anatomistes » qui « disposent, pour les besoins de la science, des restes des pauvres et des misérables » (ibid. : 250). Les équivalences entre anatomie et exécution, corps « anatomisé » et corps exécuté, se prolongent jusqu'aux acteurs qui apparaissent comme interchangeables : « Il arrive même que le personnage du chirurgien se confonde avec celui du bourreau, soit que les criminels soient exécutés de la façon choisie par les anatomistes qui le disséqueront ensuite, soit que des expériences soient tentées sur des condamnés » (Pouchelle 1976 : 274)25. Dans le Massachusetts, au début du xixe siècle, une loi donnait au coroner la disposition du corps des hommes tués en duel, soit qu'il les fasse enterrer sans cercueil et transpercés d'un pieu, soit qu'il les livre à un chirurgien pour être disséqués (Haggard 1929 : 159-160).

Or, qui dit bourreaux dit martyrs, et c'est bien ainsi que se présentent les macchabées. L'Encyclopédie de Berthelot (1888 : s.v. Macchabée) signale l'usage du mot Macchabee ou Macabit par les mariniers, pour dénommer un cadavre trouvé flottant sur l'eau. Un noyé donc, au corps difforme et méconnaissable, à jamais privé de « vraie » sépulture, un mauvais mort26. Le Petit Larousse (1979), pour illustrer l'adjectif Macabre, cite cet exemple : « Faire une découverte macabre dans la Seine : repêcher un cadavre », cette parenté entre noyés et macchabées est encore bien présente, comme en témoigne cette remarque d'une interne en biologie : « On nous avait dit qu'à Paris il y avait une grande piscine pleine de formol où on mettait tous les cadavres à tremper. » Mais selon Philippe Ariès (1977 : 118), l'emploi du mot Macchabée pour désigner un cadavre date du xive siècle, et aurait la même origine que Macabre : le martyre de sept frères juifs, dits « Les Macchabées », décrit dans le deuxième Livre des Macchabées (2M618-73) et surtout le quatrième, apocryphe (Vigouroux 1908 : s.v. Macchabées). Ainsi, tout comme les martyrs de l'Ancien Testament auxquels ils empruntent leur nom, les macchabées sont condamnés, à travers les dissections, à subir un véritable martyre – « Écorchez-le vif ! » s'écriera un garçon pour encourager ses camarades à inciser –, qui, comme tel, exige réparation.

« Le premier novembre, fête des morts, (...) il y avait une messe des morts pour les corps qui étaient disséqués (...). Cette année j'ai dit dans mon cours : "Je vais vous raconter une tradition du laboratoire d'anatomie. Puisque cette année vous avez eu l'occasion de disséquer avec moi, je voudrais qu'on le refasse (...)." Et on a organisé une messe chez les dominicains qui sont derrière la fac. Voilà, résurgence d'une tradition perdue. C'était une grande tradition, la messe des Macchabées ça s'appelait, qui était dite pour ces... gens. » Ce témoignage contemporain marque la continuité d'une vénérable coutume dont les premières traces remontent à avril 1493 dans un relevé des dépenses consigné par le doyen de la Faculté de Paris, Jean Lucas, sous la rubrique Anatomie : « ... item pro sacerdoce qui corpus inhumavit, et pro missa per cum celebrata pro anima deffuncti : 4 sol parisis » (Wickersheimer 1910 : 166). En 1496, la Faculté décrétait officiellement que tout corps disséqué serait inhumé en Terre Sainte et qu'on célébrerait une grand-messe en son honneur (Dechambre s.v. Anatomie). A Bologne, des offices avaient lieu en même temps que la dissection (jusqu'à dix à quinze jours d'affilée), dans une chapelle voisine, aux frais du professeur (Ferrari 1987 : 51). Encore aujourd'hui, en Italie, on trouve des crucifix dans les salles où l'on travaille sur les cadavres.

Les mêmes connotations religieuses traversent les récits autobiographiques lorsqu'ils évoquent la « profanation » des cadavres ou, au contraire la « piété » requise envers ceux qui sont « sacrifiés » sur des « autels » (Duhamel 1927 : 71), semblables à de « pathétique(s) crucifié (s) aux bras suppliants » (Soubiran 1949 : 119). Cette assimilation sous-tend encore les illustrations du Nouveau recueil d'ostéologie et de myologie de Gamelin (1779) dans lequel sont représentés, parmi d'autres, un crucifié, des squelettes arrachés à leur repos sépulcral par les trompettes du Jugement dernier27... Autant d'indices de cette irréductible part de sacralité que l'on persiste à reconnaître aux macchabées. « Honorés par l'Église comme patrons des morts parce qu'ils étaient réputés, à tort ou à raison, les inventeurs des prières d'intercession » (Ariès 1977 : 33), les macchabées sont ainsi les premiers passeurs de ceux qui se destinent à l'exercice thérapeutique. Après cette première épreuve, les carabins pourront poursuivre leur formation qui continûment conjuguera l'acquisition de connaissances scientifiques et l'exploration sous d'autres formes – autodiagnostics de maladies incurables, absorption de médicaments, ivresses et mises en scène macabres, « enterrement des anciens » de l'internat – de cet autre monde auquel ouvre l'accès aux macchabées qui doivent être, comme dans la chanson, engueulés, dépecés, mangés, enterrés...
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MessageSujet: Re: Le Père Noël est une ordure.   Ven 20 Juin 2008 - 19:27

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lafanette

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MessageSujet: Re: Le Père Noël est une ordure.   Lun 23 Juin 2008 - 20:37

L'histoire de cette femme m'a fait gamberger et j'ai imaginé la scène bien différemment . Au dela des êtres pris dans ce drame .
Elle ( que Dieu ait son âme) une chieuse ,le genre à triturer le cheveux avant de le couper en quatre , lui ( Dieu lui dira quatre mots et la justice des hommes aussi ) pauvre type au QI inférieur au nombre de degrés contenu dans sa chronembourg . Il veut une soirée jean-pierre foucault , elle veut regarder jean luc delarue . Un mot après l'autre , un geste poussant l'autre ,il l'étrangle afin d'étouffer au fond de sa gorge les insultes qui sortent comme les crapauds de la bouche d'une sorciére . Hélas , voilà qu'elle oublie de respirer ou peut -être a t-il serré un tantinet trop fort ? Toujours est-il qu'il regrette déjà . Trop tard . On doit dégriser tres vite dans ce genre de situation ...
Se débarrasser du corps ( même si l'oeîl est toujours dans la tombe pour regarder Caën ) ? comment ? où ?
La valise ! C'est elle qui l'a choisie pour partir une semaine au camping " des cigales ", lui l'aurait choisie plus petite , plus pratique aussi mais pour ce qui est de la couleur c'est lui . Rouge comme le sang . Il lui faut maintenant se débarrasser de la preuve du délit . C'est incroyable ce qu'elle est lourde même morte .
Tirer le corps , le positionner , le repositionner , tourner , virer , dessus dessous , l'affaire résiste ... Il y a du trop , de l'excédent .
Une coupe franche s'impose .
La suite vous pouvez l'imaginer .


Dernière édition par lafanette le Mar 24 Juin 2008 - 22:00, édité 2 fois
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Le Père Noël est une ordure.   Mar 24 Juin 2008 - 9:23

Imaginer, on peut. Ce qui me scie ici, c'est le cas de le dire: c'est le passage à l'acte de découper le cadavre en morceaux. Tuer en poignardant ou étranglant quelqu'un sous l'emprise d'une émotion trop forte et ou de l'alcool, ça arrive tous les jours. Ensuite, brûler, enterrer ou jeter le corps à l'eau, c'est dans la logique des choses. Mais, découper pour de vrai le cadavre pour s'en débarrasser, ça n'existerait que dans les films. Ici non! Le mec le fait réellement.
Durant mes études et mon stage en milieu fermé en psychiatrie, j'avais rencontré un tel type. Je me rappelle, je le trouvais délirant car il parlait toujours du fait que le gouvernement américain allait le sortir de là. Les infirmiers me conseillaient d'aller lire son dossier mais moi qui à l'époque recherchait la "pureté" de la relation avec le malade, je ne voulais rien lire sur lui pour mieux l'écouter. Un beau jour, une superbe bagnole américaine de 12 mètres de long est venu le chercher. C'était l'ambassade américaine qui venait récupérer ce ressortissant américain . Comme quoi, étiqueter quelqu'un de délirant ... Une fois parti, j'ai été lire son dossier. Il avait tué sa femme, l'avait découpée en morceaux, le tout mis dans une armoire. Il avait vécu ainsi plus d'un mois avec elle dans son appartement. C'était un malade très gentil. Je me rappelle à l'atelier ergothérapie, il donnait des cours de sculpture aux autres patients ...
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MessageSujet: Re: Le Père Noël est une ordure.   Mer 25 Juin 2008 - 9:47

Nombreux sont les précédents qui témoignent de l'inimaginable chaque fois que l'homme est plongé dans des conditions extraordinaires .
Sortons du champs du pathos .
1972 : un avion s'écrase dans la Cordillére des Andes . Les survivants privés de tous secours , mangeront les cadavres de leurs frères , de leurs amis pour ne pas mourir de faim . Pouvons nous imager la scène ? découpage des corps , ingurgitation de la chair . Le tabou désacralisé .
Barbarie et survie vont de pair .
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Le Père Noël est une ordure.   Mer 25 Juin 2008 - 13:54

lafanette a écrit:
.
1972 : un avion s'écrase dans la Cordillére des Andes . Les survivants privés de tous secours , mangeront les cadavres de leurs frères , de leurs amis pour ne pas mourir de faim . Pouvons nous imager la scène ? découpage des corps , ingurgitation de la chair . Le tabou désacralisé .
Barbarie et survie vont de pair .

J'ai vu un reportage, il n'y a pas longtemps sur cet événement. Les survivants revenaient sur les lieux du drame avec leurs propres enfants. C'était assez émouvant. Dans la montagne, Les survivants (ce qui avaient mangé leurs camarades morts) expliquaient à leurs enfants devant les cairns servant de stèles funéraires que c'était grâce à ces gens qui avaient été mangé que leurs parents avaient survécu et que eux (les enfants) avaient pu venir au monde.
Le reportage expliquait bien le long cheminemt psychologique de ces gens qui mourrant à petit feu dans la montagne ont vaincu ce terrible tabou de manger leurs proches décédés pour survivre. Cette décision avait été très longue à prendre.
Ensuite, une fois sauvés parce qu'ils avaient réussi eux-même à sortir de la montagne alors que tout le monde les croyait morts, ils ont du affronter l'opinion publique scandalisée par leur acte.
L'inimaginable s'expliquerait donc par le contexte. Ces "antropophages" dans leur condition de survie, les étudiants médecins dans le contexte de leur formation et sans doute ce criminel dans le contexte de sa propre déchéance... Comment juger alors son acte? Ce sera sans doute la difficile tâche des experts psychiatres et peut-être des jurés ...
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Selmer
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MessageSujet: Re: Le Père Noël est une ordure.   Mer 25 Juin 2008 - 14:59

lafanette a écrit:
1972 : un avion s'écrase dans la Cordillére des Andes . Les survivants privés de tous secours , mangeront les cadavres de leurs frères , de leurs amis pour ne pas mourir de faim . Pouvons nous imager la scène ? découpage des corps , ingurgitation de la chair . Le tabou désacralisé. Barbarie et survie vont de pair .
Il ne faut pas imaginer le groupe des survivants en cercle autour de marmites fumantes contenant un mollet de notaire ou une cuisse de vendeuse. Il n'y a pas eu de découpage mais des prélèvements de fines lamelles qui ont été mises à sécher au soleil, si mes souvenirs sont bons, puis absorbées par déglutition directe, sans mastication. La terrible préparation a été confiée aux personnes qui présentaient les meilleures dispositions morales et pratiques, des médecins il me semble. La décision et l'exécution ont été entourées de toutes les précautions d'ordre éthique, moral et psychologique, autant que faire se pouvait, et de tout le respect possible, pour les morts comme pour les vivants. C'est un cas extrême qui doit laisser des traces lourdes dans les consciences.
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MessageSujet: Re: Le Père Noël est une ordure.   Mer 25 Juin 2008 - 15:14

Quand je dis " pouvons nous imaginer la scène ?" Je ne pense ni à un banquet entre copains , ni à un joyeux pique-nique ...
pourquoi le mot Cene , me vient à l'esprit ?
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Selmer
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MessageSujet: Re: Le Père Noël est une ordure.   Mer 25 Juin 2008 - 16:24

lafanette a écrit:
Quand je dis " pouvons nous imaginer la scène ?" Je ne pense ni à un banquet entre copains , ni à un joyeux pique-nique ...
Bien sûr mais les termes "mangeront les cadavres de leurs frères", "découpage des corps", "ingurgitation de la chair" sont franchement de nature à exacerber l'acuité de l'horrible alors que ce qui s'est passé dans la réalité a précisément été fait, à tous les stades et dans le moindre détail, avec le souci de s'en éloigner le plus possible. Tu sais bien que selon la manière dont on le relate, le fait n'a pas la même signification. Je crois qu'en l'occurrence on doit à ces gens qui ont connu une vraie situation totalement tragique, de reconnaître qu'ils l'ont traversée avec tout ce qu'ils pouvaient de dignité. De plus, je ne trouve pas inintéressant de savoir comment ils s'y sont pris, justement, pour tenter de contourner le tabou et les multiples répulsions.

lafanette a écrit:
Pourquoi le mot Cene, me vient à l'esprit ?
Compte tenu de l'homonyme scène que tu viens d'utiliser et du rapprochement de situation (mangez-en tous, ceci est mon corps) qui saute aux yeux, je pense qu'il faut prendre ta question comme une boutade, non ?
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Le Père Noël est une ordure.   Mer 25 Juin 2008 - 18:43

Pas tant que ça. Dans le reportage, les survivants qui étaient pour la plupart chrétiens pratiquants ont eux même pensé à la communion. Effectivement, l'idée est venue d'abord aux "médecins" de récupérer des protéines sur les cadavres. La plupart des survivants étaient des jeunes étudiants qui allaient disputé un match au Chili. La plupart partaient de chez eux en avion pour la première fois de leur vie. Ils avaient un fort esprit d'équipe par le fait qu'ils étaient une équipe de foot ou de rugby, je ne sais plus. Ce sont les étudiants en médecine du groupe qui s'étaient chargés au départ de soigner les blessés et de rationner les quelques vivres en attendant les secours, qui par la suite ont pensé à alimenter ainsi le groupe. En effet, la tempête qui avait fait se scratcher leur avion a duré plusieurs jours rendant les recherches vaines. Ils ont entendu, je crois au bout de dix jours dans leur petite radio que les recherches avaient stoppé. Tout le monde les croyant morts. Ils ne pouvaient plus compter que sur eux-même pour s'en sortir. C'est après plusieurs mois et la mort de beaucoup d'entre eux, que deux des survivants ont eu la force physique et morale de franchir des centaines kilomètres de montagne pour aller chercher du secours.
La question du sacrifice était donc la même pour tout le monde, morts ou vivants. Se sacrifier pour le groupe. Les deux qui partaient chercher du secours avaient très peu de chance de réussir. Ils se sacrifiaient pour les autres plus faibles qui restaient attendre dans la carlingue de l'avion.
On peut donc dire que les morts mangés ont été littéralement sacrifiés pour la survie du groupe. C'est en celà que ces chrétiens pensent et transmettent à leurs enfants qu'ils n'ont commis non un sacrilège mais quelque chose de sacré. En mangeant des morts, ils ont sauvés des vies.
Et comme le dit Selmer, cette chair humaine était préparé et présenté comme des batonnets de protéines à sucer( A cette altitude dans la neige, tout était gelé). C'est aussi dans cette préparation de leur nourriture qu'ils tentaient de s'éloigner de la barbarie de leur situation.
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MessageSujet: Re: Le Père Noël est une ordure.   Mer 25 Juin 2008 - 19:26

Vic Taurugaux a écrit:
Pas tant que ça. Dans le reportage, les survivants qui étaient pour la plupart chrétiens pratiquants ont eux même pensé à la communion.
C'est précisément en raison de cette criante évidence que la question a l'air d'une boutade. D'ailleurs, avec un peu de boutade, ça passe mieux.
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Le Père Noël est une ordure.   Mer 25 Juin 2008 - 19:30

La boutade te monte au nez?
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MessageSujet: Re: Le Père Noël est une ordure.   Mer 25 Juin 2008 - 19:52

Il me semble que ...
Ce ne serait pas rendre justice à ces hommes que de parler de leur drame en termes aseptisés .A moins qu'une mise à distance des faits nous soit nécéssaire pour ménager nos sensibilités .Ma pensée comme mes mots vont à la douleur de ces hommes et non à l'horreur commise . A aucun moment je n'ai eu le sentiment de faire dans la télé-réalité et de poser là l'image de sauvages mangeurs d'hommes . Les mots ne sont pas dangereux quand ils parlent de nos émotions . Mes propos exacerberaient l'acuité de l'horrible écrit Selmer . J'entends . Mais ce qui a été vécu par ces êtres n'est pas humain . Et rester humain c'est dire l'horreur .
J'éprouve pour eux la plus grande des compassions .
L'écriture comme la pensée reste un grand mystère : il n'y avait pas une once de boutade dans mes propos .
Quant aux tabous ....Ils sont l'ultime frontiére avant l'horreur et fondateurs de toutes civilisations .
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MessageSujet: Re: Le Père Noël est une ordure.   Jeu 26 Juin 2008 - 3:13

Selmer a écrit:
lafanette a écrit:
1972 : un avion s'écrase dans la Cordillére des Andes . Les survivants privés de tous secours , mangeront les cadavres de leurs frères , de leurs amis pour ne pas mourir de faim . Pouvons nous imager la scène ? découpage des corps , ingurgitation de la chair . Le tabou désacralisé. Barbarie et survie vont de pair .
Il ne faut pas imaginer le groupe des survivants en cercle autour de marmites fumantes contenant un mollet de notaire ou une cuisse de vendeuse. Il n'y a pas eu de découpage mais des prélèvements de fines lamelles qui ont été mises à sécher au soleil, si mes souvenirs sont bons, puis absorbées par déglutition directe, sans mastication. La terrible préparation a été confiée aux personnes qui présentaient les meilleures dispositions morales et pratiques, des médecins il me semble. La décision et l'exécution ont été entourées de toutes les précautions d'ordre éthique, moral et psychologique, autant que faire se pouvait, et de tout le respect possible, pour les morts comme pour les vivants. C'est un cas extrême qui doit laisser des traces lourdes dans les consciences.

C'est exact, Selmer. J'ai le livre de cette histoire ici, et il en ressort que ce fut épouvantable pour chacun, bien que la question de survie soit essentielle. Il ne s'agissait pas de médecins, si ma mémoire est bonne, mais des passagers rescapés qui semblaient être les plus solides et volontaires pour cette terrible préparation quotidienne.
Il faudrait que je retrouve ce livre pour le reprendre, d'ailleurs.

Ici, dans mon patelin, il y a quelques années un homme a tué son épouse et l'a découpée en morceaux... bon sang, il faut avoir le coeur bien accroché...

Je n'ai pas encore eu le temps de lire l'intégralité de ce fil, je me le réserve pour dans quelques jours. Merci Vic.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Le Père Noël est une ordure.   Jeu 26 Juin 2008 - 8:43

Romane prend quatre lignes de mon fil qui mises ainsi en exergue me feraient dire ce que je n'ai pas pensé ...
Quand j'écris " barbarie et survie vont de pair " c'était pour répondre à Vic et à sa question : comment cela peut-il exister ? . Je donnais en exemple ce drame des Andes démontrant que dans l'extrème il y a de la place pour l'impensable . Dans l'histoire de la femme découpée , l'acte barbare a du prendre source à l'instinct de survie . Dans les Andes , il n'y avait pas de barbares .
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MessageSujet: Re: Le Père Noël est une ordure.   Jeu 26 Juin 2008 - 9:04

La boutade est d'abord contenue dans le titre même du fil: le père Noël est une ordure. Parfois pour parler de sujets trop sérieux, l'humour est utile. Non pas pour se moquer du malheur des gens mais plutôt pour approcher quelque chose des pensées scandaleuses.
Le thème de ce fil tourne autour de comment le corps humain est respecté ou pas. Personnellement, je trouve la pièce du Splendid très drôle parce qu'elle parle de choses très vrai. De même les carabins sont à la fois de joyeux lurons et des médecins consciencieux. L'humour est un mode de défense efficace pour approcher les choses dramatiques. Il ne faut y voir focément la marque du mépris. Plutôt une certaine mise à distance.
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MessageSujet: Re: Le Père Noël est une ordure.   Jeu 26 Juin 2008 - 9:28

lafanette a écrit:
Romane prend quatre lignes de mon fil qui mises ainsi en exergue me feraient dire ce que je n'ai pas pensé ...
Quand j'écris " barbarie et survie vont de pair " c'était pour répondre à Vic et à sa question : comment cela peut-il exister ? . Je donnais en exemple ce drame des Andes démontrant que dans l'extrème il y a de la place pour l'impensable . Dans l'histoire de la femme découpée , l'acte barbare a du prendre source à l'instinct de survie . Dans les Andes , il n'y avait pas de barbares .

C'est bien ainsi que je l'ai pris, cela ne fait aucun doute dans mon esprit, bien sûr. Justement mis côte à côte, les deux exemples montrent bien la différence, comme en toute chose, en tout acte. On parle ici du corps humain, mais on pourrait tout aussi bien parler de la chasse et j'ai déjà choqué sur je ne sais plus quel fil d'il y a longtemps, en répondant à je ne sais plus qui disait "non à la chasse" (un non ferme et définitif), que nous avons besoin de tuer pour vivre, comme n'importe quel animal. Le manque de nuances me gêne toujours. L'absolu n'existe pas à mon avis. Tout est toujours fait de tout et de son contraire. Ici encore une fois la preuve.

Je rejoins également Vic, en ajoutant que l'humour parfois permet de dire ce que nous ne dirions pas autrement. La pièce du Splendid est remarquable parce qu'elle met en avant une foule de choses pas jolies jolies, et pas seulement le découpage en morceaux de Katia, mais si vous vous souvenez bien, tout un tas de frilosités humaines. Finalement, ils font pitié, non ? Puisque je viens de monter la pièce, j'ai pu me réimprégner de ces personnages à la fois odieux et hilarants. La comédie humaine est bien l'une des choses les plus au point qui ne faiblit jamais...

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MessageSujet: Re: Le Père Noël est une ordure.   Jeu 26 Juin 2008 - 9:35

Il y a le thème du corps humain et du sacré ici mais peut être aussi il y a cette pensée récurrente au fond de nous : - et moi qu'aurai-je fait dans les Andes ?
C'est à dire , jusqu'où irai-je pour ma survie ?
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Le Père Noël est une ordure.   Jeu 26 Juin 2008 - 9:43

Je me souviens que dans le reportage, ils ont parlé de personnes qui ont réfusé cette nourriture et qui sont mortes. Mais en dehors du contexte, d'ici où nous parlons nous ne pouvons évidemment qu'imaginer ce que nous ferions alors.
Personnellement, je préfère ne pas tenter l'expérience qui fut la leur!
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Le Père Noël est une ordure.
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