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 Crime parfait

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Farouche



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MessageSujet: Re: Crime parfait   Sam 19 Juil 2008 - 11:37

Quelqu'un a quelque chose à dire contre les corses ? Rage

mdr mdr mdr
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Vilain
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MessageSujet: Re: Crime parfait   Sam 19 Juil 2008 - 11:39

Farouche a écrit:
Quelqu'un a quelque chose à dire contre les corses ? Rage

mdr mdr mdr


Non, non....je tiens à ma maison, moi..... AngeR
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Bronach

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MessageSujet: Re: Crime parfait   Sam 19 Juil 2008 - 12:13

Ca va, moi au Pays Basque, les corses ils la feront pas sauter ma maison... Enfin, je crois.
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JoK
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MessageSujet: Re: Crime parfait   Sam 19 Juil 2008 - 13:33

Pourtant la Corse devrait te plaire Vilain, c'est la région de la procrastination par excellence. Ça a été promu statut étatique là-bas.
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Crime parfait   Sam 19 Juil 2008 - 19:43

Je ne voulais pas la tuer. Il ne fallait pas. Pourtant, l’idée n’était venue petit à petit. Vingt ans de vie de couple. Vingt ans à tout partager. L’amour, bien sûr l’amour, les enfants, le crédit de la maison, celui des voitures, les vacances chez les beaux-parents, encore chez les beaux-parents et puis aussi ce doute qui taraude les mariages les plus enviés. Cette gangrène qui s’immisce petit à petit entre elle et vous. Ce n’est pas tant sa personne que vous détestez. Elle est restée plutôt aimable. Multiplie les attentions pour vous quand vous n’êtes pas au mieux de votre personne. Cache ses rides. Soupire à vos embarras. Elle demeure votre compagne coûte que coûte et c’est cela, en votre for intérieur, que vous vous mettez à détester.

La mort, c’est comme la vie. Elle avance petit à petit. Vous ne vous dites pas : Tiens, demain, je vais la tuer ! Non ! Le mal est plus ténu. Plus sourd. Les habitudes conjugales sont comme une vérole pour les couples bourgeois. Au début, comme tout un chacun, vous avez bien pensé à lui pourrir la vie. Comme on répand un poison. Méthodiquement. Pour les rats. Mais, envenimer votre maison, si c’est d’abord jouissif, cela finit toujours par se retourner contre vous. La vérole, surtout dans un couple, ça finit par être contagieux. Ce n’est pas la solution ! La solution doit être plus expéditive. Pour vous délivrer d’un coup. D’un poids. Le poids de la dépendance. Couper les amarres. C’est cela. Oui ! C’est cela. Appareiller enfin. Ne plus jamais la revoir. Il faudrait savoir trancher dans le vif.

Un instant, j’avais espéré l’existence d’un amant. Mais, ceux-ci aussi sont des lâches et laissent les honnêtes maris à leur désarroi. Ces messieurs font miroiter bien des choses. Ils ne vendent que du rêve. Elle vous quitterait pour lui. Vous vous mettez à le croire. Le costume de cocu n’est pas si difficile à porter. Il vous rend à votre liberté sans qu’on vous accable de reproches. C’est une veulerie à laquelle on aspire…

Dans le creux de son cou, sectionner la carotide. Au moyen d’un objet tranchant. Par exemple, l’Opinel, qu’elle vous avait offert pour vos quinze ans de mariage ou une paire de ciseaux pointus. Un couteau de boucherie, enfin ce qui vous passe sous la main. Attendre que son sang s’écoule. Tout ce sang et que vous avez aimé. Ne pas s’émouvoir des convulsions de son corps. Il faut encore un temps pour que sa vie s’efface. Penser à changer la moquette. Désormais, les tâches ménagères vous reviennent. Il vous faudra tout nettoyer. Surtout les souvenirs. Lessiver votre mémoire. C’est que vingt ans de vie commune, ça s’incruste. Ne plus penser à nous. C’est cela. Se dire, désormais je ne pense qu’à moi. A ma nouvelle liberté. S’offrir une bouteille de Champagne. Ben quoi ? Il n’y a pas de raison. Elle serait là, elle dirait : tu sais, sois un peu adulte, pense à ton cholestérol, pas plus que deux coupes !

Le célibat, c’est l’espace de toutes les folies. J’ai bu toute la bouteille de Champagne. Cinq coupes à moi tout seul. Après, je ferais le ménage. Il n’y a rien qui presse. Plus rien. Plus personne pour me dire : Mais enfin ! Dépêche-toi-donc, on va être en retard chez Maman !

J’irai vider les poubelles à mon heure ! Quand ça me plaira !

Comment ? Excusez-moi, je m’étais assoupi ! Se débarrasser du corps ? Et oui ! Forcément ! Son corps ! Il n’y a toujours eu que son corps qui comptait. Le coiffeur, les nouvelles robes sous prétexte que l’on changeait de saisons ! Son régime ! Sa diététicienne ! Est-ce que tu me trouves encore belle ? L’avantage d’un miroir sur un mari, c’est que ce premier n’est pas obligé de répondre. Je réfléchis qu’il dit. Allez, vous, répondre cela ! La scène. Infiniment répétée. La scène du crime. Et toutes ces empreintes. Toutes ces récriminations accumulées depuis plus de vingt ans.

Tout comme vous, j’ai pensé au feu. A l’incendie. C’est comme ça que l’on s’était connu. C’était l’été. Une saison où la chaleur fait que vous ne pensez plus à rien. Elle croise votre chemin. Accapare vos idées comme on tient un lapin par la nuque. Rapte votre vie au moyen d’un simple parfum. Puis, innocemment allumeuse, elle fait exploser votre Sainte-barbe.

Je peux vous le dire maintenant, je l’ai jetée dans la Gironde. Avec le courant de ce printemps, ça m’étonnerait que vous trouviez quoi que ce soit. La nuit. Je l’ai jetée la nuit. C’est plus commode pour la culpabilité. Vous ne voyez pas trop ce que vous faites. Vous vous dirigez à l’instinct au-delà du bec d’Embiez. Dans le noir. Comme une bête sauvage qui fuirait les miroirs. Cinq ans à apprendre à vous cacher dans les roseaux. De vous. Des flics. Brouiller les pistes pour les chiens. Faux célibataire, durant cinq longues années, vous refaire au contact de la nature, une virginité.

La perfection d’un crime consiste à ne pas en importuner son voisin. Aujourd’hui que l’étau se resserre, que les forces de police cernent enfin ma cache, je vous poste ce courrier comme message posthume. En souvenir d’elle, j’avoue humblement que j’avais gardé l'Opinel. Aussi, à l’heure où vous me lisez, je suis parti la retrouver.
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filo

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MessageSujet: Re: Crime parfait   Sam 19 Juil 2008 - 22:06

Sympa le récit, on s'y prend bien... Mais ce n'est pas un crime parfait !

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
L'art est parfois un sale boulot, mais il faut bien que quelqu'un le fasse
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Bronach

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MessageSujet: Re: Crime parfait   Lun 21 Juil 2008 - 0:22

Citation :
Ca y est. C’est aujourd’hui. C’est aujourd’hui que j’accomplis ma tâche. Tout est prêt. Le somnifère, le couteau du meurtre, le mobile, le lieu, l’heure exacte. J’ai réussi à trouver le code de l’alarme que je ne suis pas censé connaître. Celui-là même qui a été changé la semaine dernière et qui n’est connu que de quelques-uns. Ce sera ce soir.

Ce soir je suis invité à un repas de famille. Je me suis proposé pour arriver plus tôt et aider à préparer le repas. Quand je suis arrivé, la petite amie de mon grand-père coupait le rôti que l’on servirai froid au repas. Pendant ce temps, je préparai les verres pour l’apéritif, puis j’allai chercher les fruits dans le verger, pour le dessert.

Pour information, je suis issu d’une riche famille. Si riche que mon grand-père l’a délaissée au profit de ses affaires. Il a toujours eu des maîtresses et délaissé ma grand-mère. Il y a cinq ans, après avoir échoué son voilier, il est rentré en France avec l’une d’elle. Il lui a acheté un appartement et s’y est installé avec elle. Un an plus tard, il achetait un appartement dans lequel il installait ma grand-mère (le divorce lui aurait coûté beaucoup trop cher) ; puis décida de s’installer avec sa maîtresse dans la maison familiale, celle où j’ai passé toutes mes vacances depuis tout gamin. Ma grand-mère était gravement malade et se laissa plus ou moins dépérir depuis. Elle est morte il y a deux mois des suites d’une opération à cœur ouvert. J’ai toujours considéré mon grand-père comme responsable des malheurs de ma grand-mère, sans jamais rien lui montrer de mon ressenti. De plus mon grand-père m’a toujours considéré comme un enfant indécis, ne sachant jamais ce qu’il voulait et profondément immature. En fait il ne supportait pas l’idée que je ne rêvais pas du même type de vie qu’il a eu. Et il me le faisait comprendre.

Le repas s’est déroulé sans incident majeur, excepté la dispute entre mon grand père et sa chose quand elle a abordé une possibilité de mariage .Tout le monde est rentré vers vingt deux heures trente. Mon grand-père et sa compagne se sont couchés vers vingt deux heures, visiblement très fatigués. Le lendemain matin, mon grand-père était retrouvé mort par sa domestique, poignardé dans le coup. Le couteau qui avait servi à le tuer gisait à côté de son corps. Suite à l’enquête, on y retrouva les empreintes de la compagne de mon grand-père, qui s’était couché dans une chambre d’amis, suite à leur dispute.

Tout avait marché à le perfection. Pendant que préparais les apéritifs, je profitai de l’occasion pour verser du somnifère dans les verres des anciens. Un somnifère lent à agir, qui ne laissait au matin qu’un flou et des maux de tête, comme après une vulgaire cuite. Le même somnifère dans la gamelle du chien. J’avais surtout pris soin de repérer le couteau de cuisine qui avait servi à couper le rôti. Le reste fût facile. Une fois rentré, comme d’habitude, j’allai me mettre devant l’ordinateur. Vers deux heures trente du matin, je descendis de ma chambre, récupérai la télécommande de la porte de mon grand-père dans la voiture de ma mère et partis tranquilement à pied chez mon grand-père. Le chien dormait bien grâce au somnifère que je lui avais administré. Une fois la porte ouverte et l’alarme désarmée, je suis monté dans la cuisine récupérer le couteau. Vu que tout le monde dormait fort, il a été facile de monter sans réveiller personne, de trancher la gorge de mon grand-père d’un coup sec et de laisser le couteau plein des empreintes de sa compagne à côté. Les affaires et les gants noirs achetés au marché le matin-même , ainsi que le sac acheté à l’occasion gisait depuis longtemps dans l’Adour, qui passe à cinq cent mètres de la propriété de mon grand-père, quand j’ai remis la télécommande dans la voiture de ma mère. J’ai ensuite finit la soirée en boite de nuit, avec des copains trop alcoolisés pour s’apercevoir que je les avais rejoint qu’en fin de soirée.

La police a conclu que la compagne de mon grand-père l’avait tué car elle n’avait pas supporté son refus du mariage, et donc des droits sur sa fortune auquel elle aurait pu prétendre. Le fait que le reste de ma famille qui ne l’aimait guère l’ait décrite comme intéressée ne l’a pas aidé.Comme celui qu’elle avait quinze ans de moins que lui. Ils n’ont jamais cherché le sac des affaires, lesté, au fond de l’Adour, tant tout paraissait si évident. Elle a été jugée et condamnée à perpuité. A soixante ans, elle risque donc de mourir en prison, avant les trente ans de sa peine. C’est ce que je disai. D’une pierre deux coup.

Filo, je tiens à te remercier pour ce petit jeu d'écriture. Pour information, tout le contexte familial de ce texte n'a pas été inventé. C'est la vérité. Ainsi que les sentiments que j'y passe. Vous pouvez donc imaginer que ce texte ne fut pas des plus faciles à écrire, et que j'en suis même grandement insatisfait d'un point de vue littéraire. Mais il m'a permit d'évacuer pas mal de choses. On se dit ainsi que la créativité dont on fait preuve au théâtre en littérature ou ailleurs pourrait être bien dangereuse si elle servait à autre chose. Bref, j'aime la vie Very Happy . Merci
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MessageSujet: Re: Crime parfait   Lun 21 Juil 2008 - 1:40

Littérairement perfectible en effet (l'ordre des paragraphes, le passé qui succède au présent du début, et quelques petites fautes), mais je le trouve pas mal du tout dans l'ensemble, ton texte.

Cependant, le somnifère laisse des traces dans l'organisme, ainsi qu'à l'achat (d'où sort-il ?), et dans une telle enquête, la criminelle fait systématiquement une autopsie pour découvrir ce genre de traces.
L'heure du coucher des hôtes et l'heure de départ de leurs invités ne correspondent pas, il aurait fallu les inverser.

L'effet "d'une pierre deux coups" mettant en cause une autre personne à détruire est bien trouvé. Bravo pour l'idée, et aussi pour l'implication que tu as mis dans ton récit, vis-à-vis de ton vécu.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Crime parfait   Lun 21 Juil 2008 - 8:57

Bronach a écrit:

Mais il m'a permit d'évacuer pas mal de choses. On se dit ainsi que la créativité dont on fait preuve au théâtre en littérature ou ailleurs pourrait être bien dangereuse si elle servait à autre chose. Bref, j'aime la vie Very Happy . Merci

Prendre la peine d'écrire ses sentiments, s'en servir pour faire du théâtre ou tout autre forme artistique (peinture, musique etc) nous contraint à les penser. A mieux connaître la complexe architecture de notre vie affective permet ainsi que la violence de certaines de nos souffrances psychiques ne nous obligent pas à passer à l'acte.


Filo dit:
Citation :
Sympa le récit, on s'y prend bien... Mais ce n'est pas un crime parfait !

Si en tant qu'écrivain, je peux supporter tes critiques toujours amicales et constructives, sache qu'en tant qu'assassin, je ne tolère aucun reproche. Cela me met hors de moi et la prochaine que tu oses me dire quoique ce soit, je te ...!

Enfin, gardons calme et sang-froid! Puisque "Môssieu" trouve qu'il y a redire sur ma technique meurtrière, je vais récidiver!


Ne me reste plus qu'à trouver ma prochaîne victime....
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Farouche

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MessageSujet: Re: Crime parfait   Lun 21 Juil 2008 - 9:46

Toi au moins, Vic, tu as pondu quelque chose. Pour ma part, je rame lamentablement (ya toujours un truc qui va pas Rage )
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Vilain
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MessageSujet: Re: Crime parfait   Lun 21 Juil 2008 - 9:59

Moi, j'ai déjà écrit un beau meurtre parfait....c'est là

http://liensutiles.forumactif.com/jean-vilain-f108/manque-d-imagination-t15322.htm#307206

( j'allais quand même pas écrire un nouveau truc en plein été AngeR )
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Bronach

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MessageSujet: Re: Crime parfait   Lun 21 Juil 2008 - 13:32

Filo, dans l'ordre de couchers des "anciens" et des convives, je n'ai pas fait de fautes. Chez mon grand-père, on part souvent après le coucher des hôtes. Le temps de faire la vaisselle ou bien de profiter encore un peu de la piscine.

Sinon merci pour tes critiques !

Vic je suis tout à fait d'accord avec toi. Mais je sais pas si je pourrai un jour écrire toutes les souffrances psychiques que j'ai souffert. C'est parfois un peu difficile, on a envie de déchirer la feuille ou de jeter l'ordinateur bien avant la fin. Plus jeune le sport m'aidait à évacuer mes colères, et il était plus facile d'écrire après. peut-être que c'est ça la solution, combiner le sport pour évacuer la colère physique et l'écriture pour la colère psychique.
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Crime parfait   Lun 21 Juil 2008 - 14:25

Bronach a écrit:

Vic je suis tout à fait d'accord avec toi. Mais je sais pas si je pourrai un jour écrire toutes les souffrances psychiques que j'ai souffert. C'est parfois un peu difficile, on a envie de déchirer la feuille ou de jeter l'ordinateur bien avant la fin. Plus jeune le sport m'aidait à évacuer mes colères, et il était plus facile d'écrire après. peut-être que c'est ça la solution, combiner le sport pour évacuer la colère physique et l'écriture pour la colère psychique.

Pour écrire, prends ton temps devant ta feuille. J'ai trente ans de plus que toi et je n'essaie d'écrire que depuis quatre. Sur ce forum, tu liras, d'autres apprentis auteurs avec bien plus de bouteille...
Filo a raison. Toujours se relire. Non pas corriger ses fautes, quand on pense comme cela, on renforce sa culpabilité. Plutôt, améliorer son texte, sa plume.
Par exemple, au lieu de dire: Mais je sais pas si je pourrai un jour écrire toutes les souffrances psychiques que j'ai souffert.
Dire plutôt: Mais je ne sais pas si je pourrai un jour écrire toutes les souffrances psychiques dont j'ai souffert.
D'un premier abord, tu tombes là sur un vieux prof de français chiant. Il va te prouver, sa grammaire à la main, que "jeune homme votre pronom relatif n'est pas le bon".

En effet, si souffrir de souffrances reste un pléonasme, tout le monde t'as compris et ce redoublement signe plutôt leur importance. Mais, là où je veux en venir, c'est que, si tu as souffert, ce n'est pas de ton fait. Les soufffrances, tu les a subies. Que peut faire d'autre un enfant? Le pronom "dont" exprime cela. Les souffrances desquelles j'ai souffert.

On dirait par contre: Mademoiselle, vos beaux yeux que je souffre de ne plus revoir...
Plutôt que: Mademoisele, vos beaux yeux, dont je souffre de ne plus les revoir...

Car, dans cette première souffrance, on entend quelque chose de consentant. Bien sûr, il s'agirait alors d'une souffrance bien plus agréable.

La littérature, tout comme le théâtre ne satisfait donc jamais le besoin de réparer nos souffrances passées. D'ailleurs, comment croire cela possible? Non, les arts font comme les pronoms, ils relativisent la première proposition.
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Farouche

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MessageSujet: Nawashi   Jeu 14 Aoû 2008 - 0:16

Nawashi

Elle n’aurait jamais dû me tromper. Enfin, elle n’aurait jamais dû me le cacher. Infidèle ! Qu’elle m’eût demandé des amants et j’aurais choisi pour elle les plus captivants des hommes. J’aurais parcouru le pays à la recherche des plus beaux et vigoureux spécimens de mâle pour les lui offrir. Rien n’est trop beau, rien n’est sacrifice lorsqu’on aime comme je l’aimais. Elle préféra me trahir, à la sauvette, comme une vulgaire catin, dans des draps défraîchis, dans les bras velus d‘un soudard, dans une pauvre étreinte de mortels, dans la sueur et les remugles de friture qui montaient d’un bouge voisin.
Pour ceci, elle méritait la mort.
Mais je l’aimais cependant bien trop encore pour que ce voyage-là fût trivial. Bien qu’elle eût, par son acte inconsidéré, amoindri la dévotion que je lui portais, je ne pouvais faire moins que lui faire le présent d’un grandiose trépas.

J’ai toujours été fasciné par le Japon. Ce contraste permanent de violence et de délicatesse, de cruauté et de sagesse, de cris sanglants et de silence d’eau.
Ce pays qui, pour avoir presque tout volé à la Chine, n’en a pas moins développé des trouvailles en matière de combat, d’art et de sexe.
Le kinbaku en est un exemple frappant. De torture guerrière, il accède au rang d’art martial, puis d’art tout court, puis enfin de pratique érotique. Codifié à l’extrême, il devient d’un raffinement que l’esprit occidental peine à appréhender.
Je suis un nawashi. Celui qui attache. Mes cordes sont mon pinceau, mon instrument de musique, les bras infinis de ma danse d’amour et de pouvoir.
Avec elles, je redessine le corps dont j’exalte la géométrie, je crée des idéogrammes vivants, je transforme la chair blanche en bonsaï modelé par une tempête, je défie l’équilibre par l’asymétrie.
En échange de tant de beauté et de perfection, je m’emploie à donner à mon œuvre un plaisir rare, celui de n’être plus qu’un objet qui ressent. Je donne la liberté que seules donnent les chaînes. La suave morsure de la corde, l’entrave au mouvement, l’esthétisme vécu de l’intérieur procurent alors une stimulation qui amène bien souvent celle que j’attache vers des sommets jusque là inexplorés.

J’aurais préféré attendre qu’elle fût prête, je le lui avais dit. Je voulais l’amener au jardin des délices encordées par les chemins détournés de la Carte du Tendre.
Elle contraria donc mes plans. L’obligation où je me trouvais de la délivrer de sa félonie par la paix éternelle m’imposa d’accélérer les choses.
Je décidai de travestir ma pensée et lui annonçai qu’il me semblait l’avoir vue atteindre un degré suffisant de compréhension pour goûter aux ineffables douceurs des mes liens. Elle s’en réjouit.
J’occultai l’initiation progressive, flattant son ego en lui laissant entendre que pour elle c‘était inutile. Point n’est besoin d’ajouter que je celai également les motifs de cette soudaineté. La vanité des femelles est telle qu’elle n’en conçut aucun soupçon.

La suite fut délectable en tout.
Ce début d’hiver était glacial et sec, et cette nuit-là, la lune pleine.
Je préparai avec un soin jaloux les sept mètres de chanvre nécessaires au rituel, mes gants de soie noire, mon masque de cuir que je déposai dans un petit coffre de bois.
Ma belle déloyale suivit à la lettre les indications données de vive voix et sans témoins pour se rendre dans cette clairière -où trônait un grand marronnier- entourée de futaies, que j’avais choisie parfaite : à trente minutes de marche environ de la route au bord de laquelle elle aurait laissé sa voiture, au bout d’un sentier serpentant dans la forêt dont le sol gelé n’imprimerait aucune trace de passage.
Je m’y étais rendu à pied et l’y attendais depuis de longues heures, recueilli, concentré, contenant en moi le bouillonnement du Mont Fuji, au sens propre comme au figuré.
Elle arriva, les joues rosies autant par l’air piquant que par l‘excitation, un peu inquiète toutefois du froid ambiant. Je la rassurai : la morsure des liens sur sa peau nue n’en serait que plus enivrante. Paradoxalement, le froid qui induit une légère anesthésie superficielle accroît aussi la sensibilité de l’épiderme.
Elle se dévêtit avec grâce et je pus contempler les marbrures exquises qui naissaient sur l’ivoire de sa peau.
Nue et frissonnante, elle se soumit en silence -il n’était plus temps de parler- à mes injonctions muettes tandis que je réalisais sur son corps docile le plus élaboré des hishi*. Son souffle se brusqua et ses yeux s’agrandirent lorsque j’achevai mon œuvre par le tsuri**.
Jamais mes entrelacs n’avaient été plus purs, plus étudiés. Jamais corps féminin ne se prêta mieux à mon art.

Elle ne tenta à aucun moment de se débattre ou de crier.
J’avais serré les liens en des points précis qui, peu à peu, les soumettant à la compression, priveraient les organes essentiels de leur influx vital. Mais non sans lui laisser le temps d’atteindre le divin paroxysme.
C’est ainsi que son sang, sa respiration, les battements de son cœur s’accélérèrent jusqu’au point culminant, pour ensuite ralentir progressivement jusqu’à s’éteindre.
La petite mort devenue grande.

J’admirai longuement le tableau contraire de son corps magnifié qui bleuissait déjà et du brasier jaune où je brûlai ses vêtements et mon masque. Je soufflai vers elle un baiser du bout du gant.

À l’aide d’une petite pelle, je ramassai derechef les cendres que je mis dans le coffre de bois, éparpillai avec attention les moindres résidus, puis m’en fus prendre le chemin du retour avec sa voiture. Je fis halte au bord de la rivière où je vidai le contenant de son contenu pour ensuite le laisser couler. Je déposai le véhicule devant chez elle et en jetai les clefs dans une benne éloignée.
L’aube était proche.
Rentré chez moi, je retirai et lavai mes gants. Enfin, je me mis au lit, la conscience en paix. J’avais à la fois sacrifié de la plus belle façon au kinbaku et accompli mon devoir purificateur.

On trouverait son corps d’ici quelques jours, sans doute.

Il eut bien sûr suffi d’un promeneur… mais qui par une nuit d’hiver s’irait bien promener dans les clairières ? Nul ne nous avait vus. Je n’avais pas croisé âme qui vive en rentrant.

La chance est un facteur sine qua non de toute perfection.









*Hishi : entrelacements réalisant l'aspect d'un diamant taillé.
**Tsuri : suspension verticale ou horizontale
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MessageSujet: Re: Crime parfait   Jeu 14 Aoû 2008 - 4:37

Quel beau récit, empreint de la délicatesse bien observée de la culture japonaise ! Et bien documenté en plus... Le kinbaku est plus communément appelé le shibari, mais il est vrai que c'est le terme d'origine.
Si tu as lu ma nouvelle "L'aquarelle d'Ojiisan", tu dois te douter à quel point j'apprécie !

Cependant, le crime est-il vraiment parfait dans ce cas ? Un mari jaloux maître de kinbaku ne serait-il pas dans une telle affaire le suspect numéro 1 ?
Le caractère "parfait" n'est donc pas évident ici.
Ton narrateur aurait dû faire disparaître le corps !

Compliments, en tout cas.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Crime parfait   Jeu 14 Aoû 2008 - 9:35

filo a écrit:
Le caractère "parfait" n'est donc pas évident ici.
Ton narrateur aurait dû faire disparaître le corps !

Compliments, en tout cas.
Moi aussi, je dis bravo.
Mais, je trouve que c'est un crime parfait. Non qu'il ne laisse pas de traces après lui et qu'on en retrouve l'auteur, au contraire! La Joconde est une oeuvre parfaite et de savoir qu'elle est de Léonard de Vinci en accentue le prestige.
La perfection du crime de Farouche tient donc dans la recherche d'esthétisme du meurtre. Là où un vulgaire cocu trucide sa femme, elle trouve un héros qui nous enseigne qu'une telle vulgarité peut être transformée en art.
Elle-même, Farouche, détourne la consigne en l'appliquant à la lettre. Le crime est parfait puisque toi-même Filo, tu le trouves beau.

La civilisation chrétienne a également glorifié la mort par l'art qui a peint et sculpté durant deux millénaires des crucifix, calvaires et autres descentes de la croix. Je ne connais pas la civilisation japonaise mais, à lire ce texte, j'ai l'impression que la représentation de la mort y est également quelque chose de hautement culturel. Farouche pourrait-elle nous éclairer davantage là-dessus ?
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Farouche

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MessageSujet: Re: Crime parfait   Jeu 14 Aoû 2008 - 10:57

Citation :
Si tu as lu ma nouvelle "L'aquarelle d'Ojiisan", tu dois te douter à quel point j'apprécie !
Je l'avais lue et commentée je te rappelle Wink

Citation :
Cependant, le crime est-il vraiment parfait dans ce cas ? Un mari jaloux maître de kinbaku ne serait-il pas dans une telle affaire le suspect numéro 1 ?
Bien sûr qu'il sera suspecté. Mais un crime parfait est un crime qui reste impuni. Or, comment prouver que c'est lui ? La police sera convaincue de sa culpabilité, mais ne pourra rien contre lui.

Citation :
Le kinbaku est plus communément appelé le shibari,
Le shibari est la version SM, disons "vulgaire". Je ne pouvais pas la choisir.

Citation :
Je ne connais pas la civilisation japonaise mais, à lire ce texte, j'ai l'impression que la représentation de la mort y est également quelque chose de hautement culturel. Farouche pourrait-elle nous éclairer davantage là-dessus ?
C'est le cas, en effet. A l'occasion, je prendrai le temps de parler un peu de ce sujet, et notamment de la mort vue par les samouraï.

Merci pour vos com Smile
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Romane
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MessageSujet: Re: Crime parfait   Jeu 14 Aoû 2008 - 13:53

Bon, je vais arriver bientôt sur ce fil. Y'a du retard dans l'air, y'a du retard dans l'air... AngeR

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MessageSujet: Re: Crime parfait   Jeu 14 Aoû 2008 - 15:24

Farouche a écrit:
Bien sûr qu'il sera suspecté. Mais un crime parfait est un crime qui reste impuni. Or, comment prouver que c'est lui ? La police sera convaincue de sa culpabilité, mais ne pourra rien contre lui.
Pour moi un crime parfait va plus loin que l'impossibilité de trouver les preuves pour confondre le meurtrier : il faut qu'il ne soit même pas soupçonné, donc inquiété, même dans la rumeur populaire. Qu'il soit considéré comme totalement innocent.
Mais bien sûr ton argument est parfaitement valable, et je m'y plie volontiers !
Considérons donc qu'avec celui de Bronach, c'est le crime le plus "parfait" de ce défi (et personnellement mon préféré) !

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MessageSujet: Re: Crime parfait   Jeu 14 Aoû 2008 - 16:55

OK, je ne l'avais pas entendu comme ça.
Je considère cependant avoir relevé le défi Wink
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MessageSujet: Re: Crime parfait   Jeu 14 Aoû 2008 - 20:12

Je viens de lire le texte de Bronach.
Je pense qu'il aurait mérité d'être revu en certains points, pour renforcer la crédibilité. En fait, cette histoire de coup de couteau laisse présager une enquête, et je me demande si le refus du mariage est suffisamment crédible. Je la trouve un peu facile. A mon avis, les potes allumés en fin de soirée pourront quand même raconter le début. C'est de la fin dont ils risquent de ne plus se souvenir. Je trouve aussi qu'il n'y a pas assez de témoins sur place lors du repas, pouvant appuyer la thèse du refus de mariage. Et puis franchement, la copine doit bien savoir qu'il n'est pas divorcé. Elle aurait pu, mais plus tard seulement, en dernier recours, passer à l'acte. Mais en l'état, ce me semble bien prématuré. Sans compter que les points de divergence entre le grand-père et le narrateur devaient être connus, ou visibles, ou perceptibles par d'autres.
Un tas de petits détails comme ça, qui font que si j'étais flic, je ne me serais pas arrêtée au minimum.

Donc à mon avis, ce n'est pas un crime parfait.

Cependant, l'essai est sympa ! Continue, mon grand.

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MessageSujet: Re: Crime parfait   Jeu 14 Aoû 2008 - 20:27

Farouche. Magnifique texte, je ne t'apprends rien évidemment, me joignant aux deux avis précédents.

Je ne sais pas si le crime est parfait, il suffit d'un flic zélé pour tout flanquer par terre. Mais l'idée est géniale et savamment distilliée, tant sur le plan littéraire que sur son déploiement.

Chapeau, m'dam' ! chinois

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MessageSujet: Re: Crime parfait   Ven 15 Aoû 2008 - 6:07

J'ai lu et j'ai adoré...Farouche.
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MessageSujet: Re: Crime parfait   Jeu 28 Aoû 2008 - 12:40

Bon difficile de passer après Farouche mais je prend le risque quand même, voilà mon crime:

J’m appelle George Hadida. J’suis banquier, le résultat d’une immigration réussie.
Hadida ça vient de mon père nord-Africain d’origine. Cursus classique, de clandestin il passe à travailleur au black puis comme Hadida c’est connu au pays, il épouse une femme de là-bas qui a la nationalité d’ici. Cette femme me pond, lui entre-temps il gagne des papiers, leurs vies est un sacrifice à mon service, on me nome George pour faire d’ici, je réussis l’école et hop.
Le truc c’est que j’crois que j’aurai préféré émigrer. Même si j’avais eu après que des petits boulots, il y aurait eu de l’aventure dans ma vie. J’me fais chier… Tout m’fais chier…

Une nuit glaciale d’hiver je sors de mon agence très tard, j’avais d’la paperasse à terminer, signer, expédier. Et Là ! Un putain d’clodo contre le mur de mon agence ! En train de ronfler sur les grilles d’aérations du parking ! Je bloque, mon esprit déraille…
J’ai pourtant déjà vu des clodos. D’habitude ils m’énervent juste un peu, j’sais pas pourquoi, enfin comme tout le monde quoi, mais lui…
Je m’lance dans une frénésie silencieuse de coup de pieds et putain ça m’plais ! Il faut qu’il paye, lui ! Le clochard, connard ! Pour la vie d’merde ! Mes parents d’merde ! Pour la merde que j’suis ! Pour la médiocrité de mon existence de merde ! Merde merde merde merde…

Il ne bouge plus, il a pas crié, je me sens vide, il était déjà dans un sale état de toute façon, je rentre chez moi.

Le lendemain je commence pas l’boulot avant l’après-midi. Lorsque j’me pointe, l’étudiante qui fait l’guichet m’aborde :
Oh msieur Hadida vous allez pas m’croire, ce matin le SAMU a emmené un SDF mort gelé dans la nuit. Ils viennent même dans notre quartier maintenant, si c’est pas malheureux !

Ce jour-là elle m’a sauvé, un ange ! Tout le monde s’en fou des clodos…
Je m’appelle George Hadida et chaque année j’attends l’hiver. Je me fais beaucoup moins chier.
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MessageSujet: Re: Crime parfait   Jeu 28 Aoû 2008 - 13:17

Ben j'adore ton histoire, moi !
Le style impertinent, le côté "l'indifférence est un facteur de perfection du crime"
Malgré quelques imperfections de l'écriture, je trouve ça excellent ! Smile
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MessageSujet: Re: Crime parfait   Jeu 28 Aoû 2008 - 14:01

Moi aussi ! J'ai bien ri !
Reste à savoir si tu écris toujours comme ça, ou si c'était pour camper ce personnage.
mdr

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