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 Économie de marché ou capitalisme des oligopoles ?

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alejandro
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MessageSujet: Économie de marché ou capitalisme des oligopoles ?   Mar 12 Aoû 2008 - 12:19

Économie de marché ou capitalisme des oligopoles ? (1/4)

Samir Amin est un économiste d’une espèce rare : celle des économistes qui réfutent l’idéologie néo-libérale ambiante qui nous poussent à croire que le destin de l’humanité est de se livrer une guerre économique sans merci où les conditions de travail des petits soldats que nous sommes devraient s’aligner sur celles des travailleurs chinois. Pour cette raison, Samir Amin est un homme qu’il faut écouter attentivement, c’est une question d’hygiène intellectuelle.

Marianne2.fr annonce une série de quatre articles dont voici les extraits du premier :

Un capitalisme «au-delà du marché»

Tout d’abord, parce qu’il est important de mettre les points sur les i et d’appeler un chat un chat, et un rat un rat, une petite distinction qui a son importance :

Samir Amin a écrit:
Capitalisme et économie de marché ne sont pas synonymes, comme voudrait le faire croire le discours politique dominant et les économistes conventionnels. Le caractère spécifique propre au capitalisme est celui d'un système fondé sur la propriété privée des moyens de production. Une propriété qui est par définition celle d'une minorité, privilégiée. Une propriété qui est celle d'équipements importants (autres que la propriété du sol) à la hauteur des technologies modernes de la production depuis deux siècles, à partir de la première révolution industrielle (début du XIXe siècle), et les suivantes. La majorité, non propriétaire, est alors contrainte de vendre sa force de travail : le capital emploie le travail, le travail ne dispose pas librement des moyens de production. Le contraste de classe bourgeoisie/prolétariat définit le capitalisme, le marché n'est que la forme de la gestion de son économie sociale.

Cette définition situe donc le propre du capitalisme non «dans le marché», mais «au-delà du marché», dans le «monopole» que représente la propriété privée. Pour Marx, et après lui Braudel et même Keynes (en partie), il s'agit là d'une évidence plate, dont l'idéologie dominante feint d'ignorer l'importance décisive, pour lui substituer celle du «marché».

La bourgeoisie a exercé le pouvoir tout au long de l’ère moderne ; mais il faut également noter que cette bourgeoisie est fragmentée et puissamment hiérarchisée :

Samir Amin a écrit:
Il y a donc toujours eu des fractions de cette classe qui commandent les hauteurs dominantes du système économique. Ces fractions ont parfois été en mesure d'exercer un pouvoir de tutelle puissant sur l'ensemble de la classe, et dans ce cas ont prélevé sur le surproduit collectif produit par l'exploitation du travail une «rente de monopole» décisive.

En principe, ce sont les mécanismes de marché qui permettent à la fraction dominante de la bourgeoisie de ponctionner le surplus de la création de richesse, mais dans la réalité, c’est le monopole social et politique qui en est le moyen. Un monopole sur l’accès au capital.

Samir Amin a écrit:
La strate dominante du capital doit être qualifiée de «grand capital financier» […] au sens qu'il s'agit de capitalistes ayant un accès privilégié aux capitaux nécessaires pour l'épanouissement de leurs activités, […] Cet accès privilégié leur donne un pouvoir particulier et puissant dans le façonnement des marchés, qu'ils régulent donc à leur profit. […]

La puissance de cette strate est telle qu'elle entre en concurrence avec l'État, représentant collectif du capital et gestionnaire du bloc social hégémonique qui assure la valorisation et l'accumulation du capital.

Parfois, dans des conditions particulières, la domination et le monopole de cette fraction dominante a été limitée par l’alliance entre les fractions moyennes voire petites de la bourgeoisie avec les classes des travailleurs. C’est ce qui s’est passé au lendemain de la seconde guerre mondiale où l’Etat providence s’est imposée ; les conditions étant notamment la présence de pays communistes.

Samir Amin a écrit:
Dans certaines circonstances donc l'État intervient pour limiter les pouvoirs de la haute finance. Il se donne les moyens de contrôler le marché financier, la Banque Centrale exerçant alors un pouvoir décisif dans la détermination des taux d'intérêts, de contrôler les relations extérieures par le contrôle des changes à des degrés divers etc. Il va parfois même plus loin, l'État imposant sa tutelle sur la recherche et les décisions concernant les investissements majeurs. Ces pratiques peuvent dépasser de loin les seules politiques de la dépense publique et de l'endettement public, et les politiques dites monétaires.


Mais …

Samir Amin a écrit:
… dans d'autres circonstances la haute finance parvient à domestiquer l'État et à le réduire au statut d'instrument à son service. Les thèmes de la privatisation à outrance, de la «dérégulation» des marchés (entendue comme l'abolition des interventions régulatrices de l'État, abandonnant à la haute finance le contrôle des marchés), du retrait de l'État sont alors orchestrés, organisés en un ensemble doctrinal et idéologique adéquat.

S’il y a des raisons objectives, matérielles, au basculement d’un équilibre entre diverses composantes sociales vers une domination de la société par l’élite économique bourgeoise, il y a surtout des raisons politiques à cela :

Samir Amin a écrit:
[…] à l'origine de ce véritable renversement des rapports de force, de la substitution directe de la haute finance à l'État, il y a pour l'essentiel des raisons politiques et sociales: l'érosion et l'épuisement des formes de régulation de la reproduction économique et sociale propres à l'après seconde guerre mondiale. Ces formes – le Welfare State en Occident développé, le socialisme réellement existant à l'Est, les populismes nationaux dans le tiers monde – avaient régenté à la fois les rapports sociaux à l'intérieur de chacun des trois groupes de sociétés concernées et les rapports internationaux. La page de cette phase de l'histoire est tournée. L'épuisement – voire l'effondrement – des systèmes de l'après guerre a inversé les rapports de force au bénéfice du capital, et la haute finance s'est trouvée de ce fait capable de s'emparer des postes de commande.

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