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 Peace and love

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béquille mutuelle

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Date d'inscription : 27/11/2007

MessageSujet: Peace and love   Lun 7 Jan 2008 - 19:59

Un peu de deuxième degré...



Peace and love.


J'avais vingt-trois ans quand ils sont arrivés. Autant dire que j'étais incapable d'aligner deux phrases sans "Moi" ou "Je". Je parlais fort, je roulais des mécaniques. Nous étions une dizaine comme ça dans la bande, dix imbéciles gonflés de testostérone.
J'avais largué mes études sans aucun remords, après avoir bien profité des années de fac. J'avais bu tout ce qui pouvait se boire, fumé tous les pétards, sniffé toutes les poudres aux quatre coins des boums étudiantes. Tous les jupons que j'avais réussi à lever étaient passés à la casserole, et si j'avais souvent eu du mal à me lever le matin, c'était rarement à cause des révisions de la veille.
Bref, j'étais revenu comme un vétéran de la guerre, démarche chaloupée et sourire en coin de celui qui a tout vu : les nuits sans sommeil et la chaude-pisse en sortant des bouges.
Mon père m'avait trouvé un boulot chez "Lefebvre et fils", une boite d'intérim du bâtiment. Pas sur les chantiers, bien sûr, j'étais allé en fac quand même..., non, comme employé de bureau. Le méga pied ! Quatre secrétaires et moi dans une pièce. Vous imaginez ? Les trois premières n'avaient duré que le temps d'une nuit, l'une d'elles avait même mis les voiles avant que le jour se lève. Un sacré coup pourtant. Je me souviens qu'elle avait une façon de…, mais bon, je ne vais pas tout vous raconter non plus.
La quatrième avait été plus difficile à lever. Petite, châtain banal, visage banal, c.. banal. Au bout d'une semaine, quand elle avait craqué, je l'avais raccompagnée chez elle : banal encore, et je pèse mes mots. Le soir, au Café des Sirènes, sur le quai de la Victoire, mes potes m'avaient charrié en me demandant des nouvelles de ma pouliche. C'est vrai qu'elle avait une culotte de cheval…
Aujourd'hui, pourtant, après toutes ces années, Dieu sait que je donnerais mes deux mains pour avoir des filles qui lui ressemblent.


Les vaisseaux sont arrivés un matin de printemps, par une de ces journées où l'air vibre de renouveau, et où les hormones bouillonnent. Les feuilles à peine nées bruissaient dans l'air frais, les jeunes affamés piaillaient dans les nids, et je me retournais au passage du moindre arrière-train que l'abandon des manteaux frileux voulait enfin me dévoiler.
Plus d'un millier de vaisseaux se sont doucement immobilisés à mi-distance de la lune. Moi, j'ai assuré à Léa qu'elle était la plus belle au monde, je n'avais pas l'intention de passer la nuit seul. Ou, peut-être était-ce Noémie.
Bien sûr, le Monde a tremblé. Certains ont pleuré et ont couru se cacher, d'autres ont prié, d'autres ont sorti leurs fusils. La panique n'a pourtant pas duré longtemps.
On ne tire pas sur une beauté pareille.
L'essaim étincelait dans le soleil, comme une nouvelle constellation. Très vite, des navettes s'en sont détachées. Elles étaient d'une telle finesse, d'une telle grâce, quand elles sont descendues sans bruit à travers le ciel pur, que l'adjectif "féminin" a fleuri sur toutes les lèvres.
Bien sûr, les Etats-majors ont ordonné de braquer toutes les armes que l'on possédait mais, là non plus, la résolution n'a pas duré bien longtemps.
On ne tire pas sur des beautés pareilles.
Comme tout le monde j'étais devant ma télévision ─ Léa-Noémie n'avait pas survécu à l'événement ─, lorsque les premières images des ambassadrices sont apparues.
Je n'avais pas la trouille. A vingt-trois ans, on n'a peur de rien. J'avais fait mon Service Civil Obligatoire et même démonté deux fois un Famas, alors de quoi avoir peur ? J'avais deux gros testicules entre les jambes en guise d'hémisphères cérébraux, et quoi qu'il puisse sortir des ces vaisseaux, martiens verts gluants à tentacules ou araignées gigantesques, j'étais prêt ! Je leur rentrerais dedans !
Drôle d'expression quand même, quand on y pense. Je ne croyais pas si bien dire…
Vous connaissez le loup de Tex Avery ? Dans le dessin animé ? Lorsque la blonde sculpturale passe devant lui en roulant des hanches, la main dans les cheveux, ses immenses cils papillonnants ? Vous vous souvenez de ses yeux qui lui sortent tout à coup des orbites avec un bruit de klaxon ? Et de sa langue qui tombe par terre pour se dérouler sur plusieurs mètres ?
Je suis sûr que le bruit de klaxon a fait le tour de la Terre.
Tous les hommes de la planète, moi en tête, se sont retrouvés la gorge sèche, le pouls à deux cents, avec une poussée d'hormones à faire pâlir Priape.
Adieu les pages centrales de Penthouse ! Enfoncés, les calendriers de pin-up ! Circulez, les effeuilleuses du Crazy Horse, vous pouvez vous rhabiller !
La Femme était là. La Vraie ! Celle qui, en un regard, vous donne la sensation d'être Dieu sur terre, qui vous incendie l'âme et tend votre pantalon. Je suis sûr d'avoir bavé sur mon tee-shirt.
Que dire de plus ?
Imaginez, chacun, la voisine, la collègue de bureau ou l'actrice qui habite vos fantasmes. Vous la voyez ? Elle est là, devant vous, habillée de la façon la plus exquise, la plus divine, et en même temps la plus sexy que vous n'auriez osé imaginer. Son regard est sur vous, uniquement sur vous, rien d'autre n'existe, et il est empli d'une telle candeur, d'une telle pureté, que vous êtes convaincu d'avoir face à vous la virginité absolue, l'innocence incarnée. Mais en même temps, elle tend vers vous son bassin d'un déhanchement si provocant que la salive vous manque. Vous la voyez toujours ? Sa gorge pleine, son ventre plat, ses jambes fuselées ? Alors vous savez, oh oui vous savez, que désormais votre monde est là, face à vous, et que votre avenir est entre ses mains. Tenez, si vous aviez la chance d'avoir une laisse dans votre poche, vous la lui tendriez pour que jamais elle ne promène un autre chien que vous, que pas un seul de ses regards, une seule de ses caresses ne vous échappe.
Vous ressentez tout ça ? Cet amour infini qui vous submerge, et en même temps ce désir inouï qui brûle vos reins et vous fait haleter ?
Pourtant, tout ça n'est rien : un placard moisi face à la Galerie des Glaces, un fadasse jet de prostatique devant les chutes du Zambèze, comparé à ce que j'éprouvai, à ce que tous les mâles de la planète éprouvèrent en un seul instant.
Finis nos femmes et nos enfants !
Finis nos mesquins coups tirés à la va-vite, un œil sur la montre.
Inutile de chercher plus.
Inutile de rêver plus.
Tous nos rêves étaient là.
Avec des yeux d'ange et un ventre offert.


Les ambassadrices ont obtenu le droit de poser l'ensemble de la flotte le jour même. Les rares pays ayant une présidente à leur tête ont du attendre quelques heures de plus, le temps qu'un putsch aussi viril qu'expéditif mette fin à cette vilénie.
Le lendemain matin, Elle a sonné à ma porte.
Son sourire m'a ébloui, son regard m'a capturé.
─ Je m'appelle Sénΐªe, a-t-elle murmuré d'une voix chaude, mais tu peux me donner le nom qui te plait.
Je l'ai appelée Aurore, comme le soleil qui venait de se lever sur ma vie.
Elle m'a pris la main et m'a conduit vers la chambre.


Des aurores ont illuminé les cieux de tous les hommes de la planète. Pas un n'a été oublié. Même mon voisin ─ soixante-quatorze ans quand même ─, acariâtre et fripé comme une vieille prune, a eu droit à sa visite. Je suis sûr d'avoir entendu, dix minutes après, son sommier qui grinçait.
Du plus beau au plus moche, du plus grand au plus petit. Noir, blanc, jaune, chacun a eu l'une d'Elles à son entière disposition.
La Femme Parfaite dans chaque foyer…
Bien sûr, les terriennes ont tenté de se rebiffer quand elles se sont retrouvées sur le trottoir avec leur valise. Elles ont créé des associations, des mouvements de résistance et manifesté leur colère dans la rue, haut et fort.
Les canons à eau des blindés anti-émeutes ─ symboles phalliques ont dit certaines ─ ont eu tôt fait de refroidir les ardeurs de ces harpies. Aurore a jeté un œil distrait aux reportages de la télévision tandis qu'elle m'apportait un petit cognac dans le plus simple appareil.
Franchement, que pouvaient espérer ces féministes, même en brûlant leur soutien-gorge, face à une perfection aussi ultime et… à des bouches aussi chaudes ?
D'autant qu'elles n'ont même pas réussi à trouver un évêque, un moine tibétain, un ermite ou même un vieillard desséché pour les soutenir. Même les gays n'ont pas été longs à craquer !
Elles ont fini par se résigner à vivre regroupées dans des ghettos où plus aucun biberon n'a été nécessaire.


Je vis avec Aurore depuis.
Quatre-vingts ans de bonheur total. Parfait. Idyllique.
Pas un jour ne s'est écoulé sans que le plus petit de mes désirs ne soit exaucé. Je dirais même prévenu. J'ai eu tout ce que je voulais sans avoir à le demander.
Petit déjeuner au lit, pain frais, beurre, confiture, café à la température idéale. Puis petite gâterie et grasse matinée.
Parce que, bien sûr, elles étaient si nombreuses et en même temps si fortes, si habiles, si dévouées, qu'elles ont volontiers pris nos places au boulot. Finie la paperasse chez "Lefebvre et fils", les heures dans le métro, le patron à supporter. Elles ont annoncé qu'elles continueraient à nous verser nos salaires pour "compenser les inconvénients d'avoir emménagé sous nos toits". J'ai ri à m'en péter la bedaine quand j'ai entendu ça. Inconvénient ? Lequel ?
Après la grasse matinée, mon journal m'attendait, sur lequel pas une mauvaise nouvelle n'apparaissait. Les femmes s'étaient enfin calmées, les hommes faisaient comme moi, profitaient à temps plein de leur nouvelle vie. Les rues étaient calmes. Plus de crimes ou d'attentats. Pourquoi faire la guerre quand on est si bien chez soi ?
Les repas étaient somptueux. Chaque matin, elle fredonnait dans la cuisine et des rossignols emplissaient la maison. De ses mains si douces, si fines, et qui venaient de me donner tant de plaisir, elle pétrissait, façonnait, cuisait des plats plus délicieux que ceux d'un grand Chef.
Le Michelin enfoncé ! Bocuse à la cantine !
Du foie gras, des morilles, des légumes raffinés, des poissons somptueux. Et pourquoi pas, si l'envie m'en prenait, du pâté, du chevreuil et de la sauce. Pourtant je n'ai jamais eu cent grammes de trop ou un soupçon de cholestérol.
"Ta santé passe avant tout", disait-elle et elle me choyait, me bichonnait.
Le médecin était une rousse flamboyante qui passait toutes les semaines pour me faire un check-up : examen complet ─ je dis bien complet ─, prise de sang, spermogramme…
De toutes façons, je n'aurais pas pu prendre de poids.
Après une petite sieste, Aurore m'accompagnait au sous-sol où elle avait organisé une salle de gymnastique. C'était vite devenu un jeu entre nous. Son string brésilien et sa façon si particulière de jouer du cheval d'arçon, avaient vite fait de me motiver. Je soulevais, avec ardeur, des tonnes de fonte, et avalais des kilomètres de tapis roulant tant je savais la récompense au bout. Parfois, je n'avais même pas le temps de prendre ma douche, ou bien nous la prenions à deux.
L'eau coulait longtemps...
Même aujourd'hui, je ne peux m'empêcher de repenser à son corps. A sa bouche et à ses mains sur moi. A son ventre brûlant…
Avant elle, je pouvais me vanter ─ et ne m'en privais pas ─ d'avoir troussé à peu prés tout ce qui pouvait se faire : des brunes et des blondes, des grandes, des maigres, des belles et des moches, des femmes d'affaires et des mères de famille, des bimbos et des intellectuelles. Je pensais connaître sur le bout des doigts l'anatomie féminine et le Kama Sutra. La levrette, le vol des mouettes ou le lotus inversé n'avaient aucun secret pour moi. J'étais un expert, copains, et surtout copines, pouvaient en témoigner.
Pourtant le premier jour où Aurore posa ses mains sur moi, je sus que je n'étais qu'un vermisseau, pataugeant lamentablement dans sa flaque de boue sous le ciel étoilé.
Le Paradis cueilli à sa bouche.
Le Nirvana sous ses doigts.
Le Palais du Walhalla contre sa peau.
Le Temps du Rêve entre ses bras.
Soyons francs, Messieurs, de quoi d'autre un bon macho rêve-t-il ?



Ce matin, plus de la moitié d'entre Elles est repartie.
Une multitude de vaisseaux avaient été construits et ont décollé, dans le matin pur.
Aurore ne m'a pas donné de garçon, mais dix-huit filles. Elles sont adultes maintenant, et je ne doute pas qu'elles trouveront une planète habitée où elles seront accueillies à bras ouverts, comme nous l'avons fait. Elles sont toutes tellement belles, presque les copies conformes de leur mère.
Aurore n'aura pas assisté à leur départ. Ma compagne est décédée voilà quelques mois, me laissant seul, avec mes souvenirs et, je dois bien le dire maintenant, quelques remords.


Elles ont été très fortes, avouons-le. Tout s'est passé sans la moindre anicroche. Pas de sang, pas de rébellion. Vous avouerez que pour envahir une planète de cette façon, il faut être très fort. Nous n'avons rien vu venir, nous nous sommes jetés la tête la première, je ne peux même pas dire la fleur au fusil, pas un de nous n'a pensé une seule fois à prendre les armes. Non, l'image serait plutôt, "le sourire aux lèvres" et, tant pis pour la vulgarité au point où j'en suis, "la queue à la main". Il a simplement suffi qu'Elles nous prennent par ce petit bout d'anatomie pendouillant qui nous dirige…
Je ne dirais pas que j'ai honte. Honte aujourd'hui d'être un homme. Ou un Homme, la majuscule ne change rien. J'ai vécu des années fabuleuses, repu et amoureux à en pleurer. Simplement, avec l'âge, un soupçon de lucidité tardive me fait jeter un regard en arrière.
Les bipèdes incapables de penser autrement qu'avec leurs testicules ont été battus.


FIN
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Anna Galore



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MessageSujet: Re: Peace and love   Mar 8 Jan 2008 - 8:48

Génial ! J'ai adoré. Très drôle, jusqu'à la chute (c'est le cas de le dire).

Un régal. Rêve
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béquille mutuelle

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MessageSujet: Re: Peace and love   Mar 8 Jan 2008 - 10:03

Merci Anna. Smile
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sampang

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MessageSujet: Re: Peace and love   Mar 8 Jan 2008 - 11:05

Quel regard froid pour quelque chose de si chaud... tong
Comme Anna !
chinois
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béquille mutuelle

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MessageSujet: Re: Peace and love   Mar 8 Jan 2008 - 12:50

Merci Sampang. Very Happy
Hommes-femmes, c'est un sujet qui m'intéresse beaucoup. Le traiter avec humour permet de dire bien des choses...
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béquille mutuelle

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MessageSujet: Re: Peace and love   Mar 28 Avr 2009 - 12:05

Le forum Chantiers Imaginaires sort le numéro deux de son fanzine "Station Fiction" dont le thème est "Premier contact".
Il s'agit d'un recueil collectif de nouvelles, dont "Peace and Love".

Si un petit coup d'oeil vous tente, voici le lien : http://chantier-imaginaire.winnerbb.net/forum.htm
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Romane
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MessageSujet: Re: Peace and love   Mar 28 Avr 2009 - 14:42

Bonne nouvelle pour cette nouvelle signée de ta main, Bruno, qu'elle soit intégrée à ce recueil ! chinois

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
http://lessouffleursdereve.jimdo.com/
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Peace and love
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